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 Les camps d extermination (2012)

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naga
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MessageSujet: Les camps d extermination (2012)   Ven 4 Mai - 3:54


Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee met au point la " solution finale de la question juive ". C'est la décision d'exterminer les juifs se trouvant sur l'ensemble des territoires contrôlés par les nazis. C'est le génocide. Il est planifié sous le nom d'opération Reinhard, et c'est le général de brigade SS Globocnik qui en est chargé pour le Gouvernement général, c'est-à-dire pour la partie non annexée de la Pologne. Il fait construire les trois camps d'extermination de Belzec au sud (destiné aux juifs de Lvov et de la Galicie orientale, ainsi que de Cracovie et de la Galicie occidentale), Sobibor au centre (pour les juifs du district de Lublin) et Treblinka au nord (pour les juifs de Varsovie et du district de Radom).





Ces trois camps ne sont pas rattachés au système des camps de concentration. En effet, leur seule mission est l'extermination immédiate des juifs du Gouvernement général (et, par la suite, des juifs venant des pays européens occupés par la Wehrmacht). Les massacres commencent en mars 1942 à Belzec, en mai 1942 à Sobibor et en juillet 1942 à Treblinka. D'autres massacres massifs sont effectués en même temps à Chelmno et à Maïdanek.



LES INSTALLATIONS DE BELZEC

Belzec est le premier camp d'extermination construit sous l'autorité du général SS Globocnik. Il va servir de prototype. Le site sera toujours choisi dans un lieu isolé (loin des regards indiscrets) et proche d'une voie ferrée (pour faciliter l'arrivée des convois). Belzec est une petite ville de la voïévodie (district) de Lublin, à mi-distance de Lvov au sud-est et de Lublin au nord-ouest. Le sol, composé de dunes sablonneuses, est pauvre et porte des forêts de pins. Situé à 320 mètres de la gare, le camp est rectangulaire, de dimensions modestes: 275 mètres de long sur 263 mètres de large.
Le Polonais Stanislaw Kozak décrit le début des travaux :

« En octobre 1941 arrivèrent à Belzec trois SS, qui exigèrent de la municipalité vingt hommes pour les travaux. La municipalité désigna à cet effet vingt habitants de la commune, dont je fus. Les Allemands choisirent le terrain, qui se trouvait au sud-ouest de la gare et longeait une contre-voie, elle-même proche de la voie ferrée allant à Lvov. Nous avons commencé les travaux, 1er novembre, par la construction des baraquements du secteur voisin de la contre-voie. L'un d'entre eux, au voisinage immédiat de la voie, avait 50 mètres de long sur 12,50 mètres de large.
C'était une salle d'attente pour les juifs qui devaient travailler dans le camp. Le deuxième, de 25 mètres de long sur 12,50 mètres de large, était destiné aux juifs qui devaient prendre un bain.
À côté de ces baraquements, nous en avons construit un troisième, de 12 mètres de long sur 8 de large. Ce baraquement était divisé par des cloisons de bois en trois compartiments, chacun large de 4 mètres et long de 8, sur une hauteur de 2 mètres. Sur les murs de ces baraquements, nous avons cloué une cloison intérieure et rempli de sable l'intervalle. À l'intérieur, les parois étaient revêtues de carton bitumé; le sol et les cloisons jusqu'à 1,10 mètre de haut étaient recouverts de tôle de zinc. Entre le premier et le deuxième baraquement courait une allée de 3 mètres de large, fermée sur les côtés par des fils barbelés sur une hauteur de 3 mètres. Une partie de la clôture était composée de pins et de sapins, pour dissimuler la contre-voie. Du deuxième baraquement, un couloir couvert, de 2 mètres de large sur 2 mètres de haut et 10 mètres de long, conduisait au troisième. Par lui, on pénétrait dans le corridor de ce troisième baraquement, sur lequel s'ouvraient trois portes correspondant à trois compartiments. Chacun de ceux-ci avait de plus, sur le côté nord, une porte de 1,80 mètre de haut sur 1,10 mètre de large. Toutes ces portes, ainsi que celles ouvrant sur le corridor, comportaient une forte garniture en caoutchouc. Toutes s'ouvraient vers l'extérieur. Elles avaient été construites très solidement, avec des planches de 3 centimètres d'épaisseur, et elles étaient renforcées contre toute pression venant de l'intérieur par des barres de bois qu'on engageait dans deux crochets de fer montés spécialement à cet effet.
Le long du côté nord du baraquement, il y avait une rampe de 1 mètre de haut sur laquelle on avait posé une voie étroite. Celle-ci conduisait à une fosse commune, qui avait été creusée par les " noirs " dans le coin des limites nord et est du camp d'extermination. La fosse avait 6 mètres de profondeur, 20 mètres de large et 50 mètres de long. C'est la fosse dans laquelle furent enterrés les premiers juifs tués dans le camp. Les noirs l'avaient creusée en six semaines, en même temps que nous construisions les baraquements. Plus tard, on la prolongea jusqu'au milieu de la limite nord. Le premier baraquement était à 20 mètres de la contre-voie et à 100 mètres de la limite sud. Tandis que nous, les Polonais, nous construisions les baraquements, les noirs installaient la clôture du camp, composée de poteaux reliés par un réseau dense de fil de fer barbelé. Après que nous eûmes construit les trois baraquements, les Allemands nous ont libérés du travail le 22 décembre. »







L'équipement du camp n'a rien à voir avec celui des camps de concentration déjà présentés. En effet, les Blocks sont inutiles, puisqu'il n'y a pas de déportés à loger. Pratiquement, le camp est divisé en deux parties. La première partie, destinée à l'accueil et à l'administration, comprend: une rampe de voie ferrée pouvant contenir vingt wagons en moyenne, un baraquement pour le déshabillage des arrivants et un autre servant d'entrepôt pour les vêtements et les bagages. La seconde partie, destinée à l'extermination, comprend: les chambres à gaz et les fosses communes, ainsi que deux baraquements plus petits abritant la cuisine et le logement des détenus juifs employés pour transporter, enterrer et brûler les corps. Une voie ferrée de 500 mètres de long, venant de la gare de Belzec, pénètre dans le camp par le portail nord et se prolonge tout le long.

Cinq miradors permettent la surveillance: un dans chaque angle et un au milieu du camp. Le camp est entouré de barbelés et des conifères dissimulent chambres à gaz et fosses. Les SS, quelques dizaines, logent à 500 mètres du camp, près de la gare de Belzec. Une unité ukrainienne (les " noirs ") de 60 à 80 hommes assure la garde du camp, les patrouilles, les corvées, etc.


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naga
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Ven 4 Mai - 3:59


L'EXTERMINATION

C'est Christian Wirth qui est nommé commandant du camp en décembre 1941, avec Josef Oberhauser comme adjoint. Wirth a déjà acquis une expérience dans le domaine de l'extermination de victimes sans défense puisqu'il a appliqué le programme d'euthanasie. À Belzec, il renonce au Zyklon B et choisit le gaz d'échappement des moteurs Diesel, le monoxyde de carbone.
L'activité du camp va connaître trois périodes successives.

De la mi-mars à la mi-juin 1942

C'est la première phase: celle de l'extermination en masse.
Fin février 1942, des essais sont effectués avec deux ou trois convois de quelques wagons seulement transportant une centaine de juifs. Wirth utilise des bouteilles de monoxyde de carbone, puis les gaz d'un char de combat de 250 chevaux installé dans un appentis proche. Un tuyau conduit ce gaz dans la chambre à gaz. Les résultats étant jugés satisfaisants, cette technique sera définitivement retenue à Belzec. Wirth fait aménager le " boyau ", chemin entouré des deux côtés par les barbelés, conduisant de la chambre de déshabillage à la chambre à gaz. Tout est prêt, désormais, pour le massacre à la chaîne. Le SS Karl Alfred Schluch, lui aussi ancien de l'opération Euthanasie, resté seize mois à Belzec à partir du début, décrit l'arrivée d'un convoi et le processus d'extermination.

« Le déchargement des wagons était effectué par une corvée de travail juive sous la direction d'un kapo. Deux ou trois membres du personnel allemand surveillaient les opérations. Les juifs qui pouvaient marcher devaient se rendre au lieu de rassemblement . On leur disait qu'ils allaient être déplacés et qu'ils devaient auparavant être baignés et désinfectés. C'était Wirth, mais aussi son interprète, un kapo juif, qui tenait ces propos. Puis on conduisait les juifs aux baraquements de déshabillage. Dans l'un se déshabillaient les hommes, dans l'autre les femmes et les enfants. Après le déshabillage, les hommes d'une part, les femmes et les enfants d'autre part passaient par le boyau.
Mon poste dans le boyau était au voisinage des baraquements de déshabillage. Wirth m'y avait affecté parce qu'à son avis j'avais une influence tranquillisante sur les juifs. Quand ceux-ci avaient quitté le baraquement de déshabillage, je devais leur montrer le chemin des chambres à gaz. Je crois que je leur facilitais le chemin, car mes attitudes et mes paroles devaient les convaincre qu'ils allaient réellement se baigner. Quand ils étaient entrés dans les chambres, les portes étaient fermées par Hackenholt ou par les Ukrainiens qui lui étaient affectés. Aussitôt, Hackenholt mettait le moteur en marche. Après cinq à sept minutes, d'après mon évaluation, on regardait à l'intérieur par un judas pour vérifier que tous étaient morts. On ouvrait alors la porte extérieure et on aérait.
Après l'aération de la chambre à gaz arrivait la corvée juive sous le commandement d'un kapo. Les juifs avaient été entassés très serrés dans les chambres. Aussi les corps ne gisaient-ils pas sur le sol: ils étaient enchevêtrés les uns dans les autres, certains penchés en arrière, d'autres en avant, l'un sur le côté, l'autre agenouillé. Une partie des cadavres étaient souillés d'excréments ou d'urine, d'autres de bave. J'ai pu observer que les lèvres et la pointe du nez avaient pris une coloration bleuâtre. Certains avaient les yeux fermés, d'autres les yeux tournés. Une fois retirés des chambres à gaz, les cadavres étaient examinés par un dentiste. Celui-ci enlevait les bagues et arrachait les dents en or. Il jetait les objets de valeur ainsi recueillis dans un carton près de lui. Après cette opération, les cadavres étaient jetés dans les grandes fosses préparées à cet effet. »

De juillet à novembre 1942

C'est la seconde phase: celle de l'extermination accélérée.
Le 19 juillet 1942, Himmler donne l'ordre de tuer avant la fin de l'année tous les juifs du Gouvernement général. Des responsables de l'opération Reinhard décident donc d'accroître les capacités d'extermination des trois camps. À Belzec, Wirth fait démolir le bâtiment en bois avec ses trois chambres à gaz, pour construire en dur, au même endroit, un bâtiment de 80 mètres de long sur 10 mètres de large, comprenant six chambres à gaz. Tout est prêt au milieu de juillet.
Rudolf Reder, le seul survivant du camp d'extermination de Belzec, décrit les nouvelles chambres à gaz.

« Le bâtiment était bas, long et large. Il était fait de béton gris, avec un toit plat en carton bitumé, recouvert d'un filet muni de branchages. On entrait sans perron par trois marches d'environ 1 mètre de large.
Devant le bâtiment, il y avait un grand pot avec des fleurs aux couleurs vives et un écriteau très lisible: " Bains et locaux d'inhalation ". Les marches menaient à un couloir sombre et vide, qui était très long, mais large seulement de 1,5 mètre. À droite et à gauche s'ouvraient les chambres à gaz par des portes de bois de 1 mètre de large. Le couloir et les locaux étaient plus bas qu'il n'est habituel. Leur hauteur ne dépassait pas 2 mètres. Au mur faisant face à la porte de chaque chambre se trouvait une porte mobile par laquelle on jetait dehors les corps des victimes des gazages. Hors du bâtiment, il y avait un appentis de 2 mètres sur 2 où était installé le moteur à gaz. Les chambres étaient à 1,50 mètre au-dessus du sol. Ces chambres pouvaient contenir en une seule fois 1 500 personnes, soit un convoi d'environ 15 wagons de marchandises. »

L'extermination massive s'arrête au début de décembre 1942.

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naga
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Ven 4 Mai - 4:02

De décembre 1942 à mars 1943

C'est la troisième phase: celle du camouflage.
À l'automne, les responsables de l'opération Reinhard décident de faire disparaître les traces des exterminations massives. Il faut donc exhumer les milliers de cadavres gisant dans les gigantesques fosses communes, afin de les brûler.
Le SS Heinrich Gley a déclaré lors de son témoignage:

« C'est alors que commença l'exhumation et la crémation des cadavres. Cela doit avoir duré de novembre 1942 à mars 1943. Les crémations avaient lieu continuellement de jour et de nuit, tout d'abord en un, puis en deux foyers. On pouvait brûler 2 000 cadavres en vingt-quatre heures dans un seul foyer. Quatre semaines après le début des opérations de crémation, on construisait un deuxième foyer. Dans l'un, en cinq mois, on a brûlé environ 300 000 cadavres, et dans l'autre, en quatre mois, 240 000. Il s'agit, bien sûr, d'évaluation approximative. Le chiffre total de 500 000 cadavres devrait être exact. Ces crémations de cadavres exhumés étaient une opération tellement affreuse du point de vue de l'esprit, de la vue, de l'odorat que les hommes habitués à vivre aujourd'hui dans les conditions de vie civilisée ne peuvent en imaginer l'horreur. »

À la fin de 1942, la population juive du Gouvernement général a été détruite dans sa quasi-totalité. Il n'est donc plus utile de conserver les trois camps d'extermination de Belzec, Sobibor et Treblinka, Auschwitz-Birkenau augmentant alors sa capacité pour recevoir les convois de juifs provenant de tous les pays occupés par la Wehrmacht.

Belzec est le premier des trois camps d'extermination à s'arrêter au début de décembre 1942. Jusqu'en mars 1943, le camp continue à fonctionner pour la destruction par le feu des cadavres des fosses. Cette opération terminée, les chambres à gaz et les autres installations de Belzec sont détruites. Les terrains sont labourés. Des arbres sont plantés. Des fermes sont même installées, où s'établissent des Ukrainiens " noirs ". Les traces du massacre sont ainsi effacées du paysage.
Fin août 1943, Globocnik devient chef de la police et des SS en Istrie, où il est accompagné de Wirth et de la plus grande partie du personnel des camps d'extermination. Le 4 novembre 1943, il adresse à Himmler le message suivant: " J'ai terminé le 19 octobre 1943 l'opération Reinhard que j'avais menée dans le Gouvernement général et j'ai dissous les camps. "

LES VICTIMES

Il est impossible d'établir avec précision le nombre des victimes, compte tenu du soin que les nazis ont mis à faire disparaître les traces. Mais des calculs ont été faits à partir du nombre des survivants des ghettos où les juifs avaient été rassemblés, et à partir du nombre moyen des convois arrivés à Belzec.
Il est ainsi établi que dans la première phase, de la mi-mars à la mi-juin 1942, ont été exterminés à Belzec:

• du 17 mars au 14 avril: 30 000 des 37 000 habitants du ghetto de la ville de Lublin et 18 000 à 20 000 habitants de la région de Lublin (dont 3 000 de Zamosc, 3 400 de Piaski et 2 700 d'lzbica);

• le 25 mars: 700 juifs arrivant de Zolkiew;

• fin mars: 30 000 juifs du district de Lvov;

• fin mai: 1 300 de la région de Zamosc;

• début juin: plus de 20 000 de la région de Cracovie.

Au total, plus de 100 000 juifs ont été exécutés à Belzec entre la mi-mars et la mi-juin 1942.
Pendant la seconde phase, celle de l'extermination accélérée, les renseignements un peu précis font défaut. D'après le nombre des convois arrivés à Belzec, la Commission générale d'enquête sur les crimes allemands en Pologne a estimé que 600 000 personnes ont été assassinées dans ce camp, immédiatement dès l'arrivée des convois .

Conclusion

Raul Hilberg, dont les travaux font autorité, indique que de mars à décembre 1942 plus de 550 000 personnes ont été exterminées à Belzec . En quelques mois! Il s'agit essentiellement d'hommes, de femmes et d'enfants juifs. Ont été exterminés à Belzec des juifs venant non seulement de Pologne mais aussi d'Autriche, de Tchécoslovaquie, de Roumanie, de Hongrie et d'Allemagne. Il ne semble pas y avoir eu de juifs arrêtés en France.
Le camp a été entièrement rasé par les nazis et une forêt de pins a pris sa place.


Vestige du bucher de Belzec





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Daniel Laurent
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Ven 4 Mai - 9:17

Bonjour,
Intéressant démarrage, Naga, merci.
J’espère que tu vas continuer !
naga a écrit:
Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee met au point la " solution finale de la question juive ". C'est la décision d'exterminer les juifs se trouvant sur l'ensemble des territoires contrôlés par les nazis.
Attention, la décision de mettre en oeuvre le judeocide date de 1941, probablement a l’été.
La conférence de Wannsee n'est qu'une "réunion de chantier" destinée a répartir entre les différents intervenants les rôles (qui repère, qui arrête, qui transporte, qui construit les camps, qui se charge des meurtres, etc) le tout a partir de plans existants et approuvés en "haut lieu".

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vania
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Sam 5 Mai - 9:33

Dire que c'est l'Allemagne du XXème siècle qui a organisé tout ça.

Citation :
C'est Christian Wirth qui est nommé commandant du camp en décembre 1941, avec Josef Oberhauser comme adjoint. Wirth a déjà acquis une expérience dans le domaine de l'extermination de victimes sans défense puisqu'il a appliqué le programme d'euthanasie. À Belzec, il renonce au Zyklon B et choisit le gaz d'échappement des moteurs Diesel, le monoxyde de carbone.
Du fait que les autres ont témoigné, on peut penser qu'ils ont été jugés, mais qu'est devenu le dénommé Christian Wirth ?
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Daniel Laurent
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Sam 5 Mai - 9:38

Bonjour,
vania a écrit:
Dire que c'est l'Allemagne du XXème siècle qui a organisé tout ça.
Du fait que les autres ont témoigné, on peut penser qu'ils ont été jugés, mais qu'est devenu le dénommé Christian Wirth ?
Il a ete tue le 26 mai 1944 par des partisans en Yougoslavie.
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naga
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Dim 6 Mai - 1:48


LE CAMP DE SOBIBOR

La construction du camp

Le site choisi par Globocnik est un vaste terrain vague entourant une ancienne maison forestière en bois, à proximité du petit village de Sobibor situé dans le district de Wlodawa, région de Cholm, voïévodie de Lublin. Le camp lui-même est construit à 8 kilomètres au sud de Wlodawa, tout près de la gare de Sobibor, sur la ligne de chemin de fer Cholm-Wlodawa-Brest. La région, au sol et au climat ingrats, est peu peuplée. Au nord, à l'ouest et au sud, le camp est entouré d'une forêt clairsemée de pins. Selon leur habitude, les nazis ont donc retenu un emplacement éloigné des populations, dissimulé dans un bois et implanté près d'une voie ferrée.

La superficie de Sobibor est modeste: 58 hectares. Mais les déportés étant mis à mort sans délai, des Blocks pour les héberger sont inutiles. Le camp a donc seulement besoin d'une vingtaine de locaux pour l'administration et le logement de la garnison, à côté des équipements nécessaires à l'extermination en masse.
La construction commence en mars 1942, sous la direction du SS Thomalla. Elle est supervisée par le SS Christian Wirth qui, au début d'août 1942, sera nommé inspecteur des trois camps de l'opération Reinhard. Le 28 avril, Globocnik désigne le SS Franz Stangl comme commandant du camp de Sobibor. Il y reste trois mois jusqu'en juillet, où il devient commandant du camp de Treblinka. C'est le SS Franz Reichleitner qui lui succède à Sobibor.

Les travaux sont exécutés par des entrepreneurs privés locaux utilisant des ouvriers juifs raflés dans les villages avoisinants. Les aménagements seront poursuivis jusqu'à la destruction du camp mais, bien sûr, à l'aide de la main-d'œuvre fournie par les déportés choisis lors des sélections effectuées à l'arrivée des convois. Une ligne de chemin de fer à voie étroite relie la gare de Sobibor au camp, où elle aboutit à un quai de 400 mètres de long. Elle était utilisée jadis pour l'exploitation forestière. Elle va servir au transport des déportés. Le camp est entouré d'un réseau de barbelés, d'un fossé rempli d'eau et d'un champ de mines. Des branchages entrelacés dans les barbelés empêchent de voir ce qui se passe à l'intérieur. Des miradors armés de mitrailleuses surveillent l'ensemble. Au bord du quai de la voie ferrée est aménagé le Vorlager, quartier d'habitation du personnel. Ainsi, à la différence de Belzec, tous les SS et le personnel vivent à l'intérieur même du camp.

Sobibor est subdivisé en trois camps (Lager) séparés par des barbelés.

• Dans le camp 1 sont construits les baraquements où logent les déportés chargés des corvées (et qui seront constamment renouvelés, c'est-à-dire mis à mort et remplacés par d'autres au bout de quelques semaines ou de quelques mois), les cuisines et les ateliers des forgerons, des menuisiers, des électriciens, des tailleurs, des cordonniers, etc.

• Dans le camp 2, situé à la limite du Vorlager, se trouvent les locaux administratifs, les entrepôts où sont recueillis les vêtements et les bagages des victimes, ainsi que la baraque où a lieu le déshabillage. C'est là que sont conduits directement les arrivants. Un sentier de 150 mètres de long, étroit, encadré par deux haies serrées de barbelés, appelé " tuyau " ou " boyau ", conduit du camp 2 au camp 3.

• Le camp 3 abrite les structures d'extermination: les chambres à gaz et les fosses communes, ainsi que deux baraquements pour les gardes et les détenus juifs travaillant dans le camp 3.
Au sud du camp a été commencée la construction du camp 4, appelé " Nordlager ". Mais elle ne sera pas achevée.





Le personnel

Une vingtaine de SS occupent les fonctions de responsabilité. Plusieurs ont fait partie des équipes ayant pratiqué l' " euthanasie ". Ils habitent dans les coquettes villas du Vorlager, avec le commandant du camp. Les camps 1, 2 et 3 sont chacun sous l'autorité d'un Lagerführer SS. Ceux-ci commandent les auxiliaires ukrainiens qui assurent la garde, les patrouilles, qui conduisent les déportés à la mort; ils ont aussi sous leur autorité les déportés chargés des corvées. Ces Ukrainiens sont des volontaires recrutés par les nazis, appelés les " noirs " par les détenus du fait de la couleur de leur uniforme. Ils ont été entraînés dans le camp de Trawniki, construit à l'automne 1941. Ces mercenaires sont, en général, très brutaux avec les déportés. Ils sont placés à Sobibor sous le commandement d'Erich Lachmann qui les avait formés au camp de Trawniki. Ancien fonctionnaire de police, il n'est pas SS et est donc remplacé à l'automne 1942 par le SS Kurt Bolender. L'effectif des " noirs " a varié de 60 à 120. Ils sont répartis en trois groupes, qui se relaient dans leurs missions.

Les chambres à gaz

Pendant la première période, trois chambres à gaz sont installées dans un bâtiment en briques construit dans la partie nord-ouest du camp 3. Chacune mesure 4 mètres sur 4. Chacune est dotée de deux portes: l'une par laquelle entrent les victimes, l'autre par laquelle sont retirés les corps après le gazage. Ces trois chambres à gaz permettent d'asphyxier 250 personnes à la fois. À Sobibor, le gaz utilisé est, comme à Belzec, le gaz d'échappement d'un véhicule.
Au milieu d'avril 1942, Wirth vient assister aux essais ainsi que le relate le SS Erich Fuchs dans son témoignage devant ses juges :

« Sur les instructions de Wirth, je partis avec un camion pour Lvov, où je pris livraison d'un moteur à asphyxier, que j'ai transporté à Sobibor. C'était un moteur lourd à essence, d'origine russe, vraisemblablement un moteur de blindé ou le moteur d'un tracteur, d'une puissance d'au moins 200 chevaux (moteur en V, huit cylindres, refroidissement par eau). Nous l'avons installé sur un socle de béton et nous avons mis en communication le pot d'échappement et la conduite. Le chimiste, que je connaissais déjà de Belzec, se rendit dans la chambre à gaz avec un instrument de mesure pour vérifier la concentration des gaz. A la suite de ce contrôle, on fit un gazage d'essai. Je crois me rappeler que de trente à quarante femmes furent gazées dans une chambre à gaz. Les juives avaient dû se déshabiller dans un abri ouvert sur les côtés, édifié sur le sol même de la forêt au voisinage des chambres à gaz. Des SS et des auxiliaires ukrainiens les poussèrent vers la chambre à gaz. Lorsqu'elles y furent enfermées, je me suis occupé du moteur avec Bauer. Il a d'abord tourné à vide. Puis nous avons fait passer les gaz de l'échappement libre dans la direction des cellules, de sorte qu'ils parvenaient dans la chambre. Sur le conseil du chimiste, j'ai réglé le moteur à un certain nombre de tours: il n'était plus besoin ainsi de l'accélérer par la suite. Dix minutes plus tard, les trente à quarante femmes étaient mortes. Le chimiste et le Führer SS donnèrent l'ordre d'arrêter le moteur. Je ramassai mes outils... »



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naga
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Dim 6 Mai - 1:53


L'EXTERMINATION: MAI 1942-OCTOBRE 1943

Deux périodes sont à distinguer dans l'activité du camp de Sobibor.

La première période

L'extermination massive dure trois mois, du début de mai à la fin de juillet 1942. Les déportés sont, comme pour les autres camps, amenés à Sobibor par des trains de marchandises dans les conditions déjà décrites. Les Chambres à gaz, secret d'État rapporte un récit d'une femme juive, raflée en Hollande et ayant miraculeusement échappé à la mort à Sobibor :

« Nous avions été entassés dans un wagon à bestiaux. L'encombrement y était tel que le moindre mouvement était impossible. L'air manquait, beaucoup de gens s'évanouissaient. Dans un endroit isolé, le train s'arrêta. Des soldats sont entrés dans les wagons, ils nous ont dévalisés. Ils coupaient même les doigts pour prendre les bagues. Ils disaient que, d'ailleurs, nous n'en aurions plus besoin. Ces soldats portaient l'uniforme et parlaient ukrainien. En raison de la durée du voyage, nous avions perdu tout sens de l'orientation, et nous croyions être en Ukraine. Les jours et les nuits passaient. L'air du wagon était empuanti par l'odeur des corps et des excréments. Personne ne songeait à manger, on ne pensait qu'à l'eau et à l'air pur. Enfin, nous arrivâmes à Sobibor. »

Dans le même livre, un autre témoignage décrit l'accueil à Sobibor .

« Nous avons distinctement entendu le SS Michel, debout sur une table, rassurer les gens de manière convaincante. Il leur promit qu'après le bain ils retrouveraient toutes leurs affaires. Il était temps, disait-il, que les juifs deviennent des membres productifs de la société. On allait les envoyer en Ukraine où ils pourraient vivre et travailler. Cette allocution inspira confiance et même elle enthousiasma les gens. Spontanément, ils applaudirent. »

Le processus de mise à mort est précisé dans la déposition du SS Kurt Bolender .

« Quand le train s'était arrêté, on fermait les portails et la garde ukrainienne entourait le train. On menait aussitôt les juifs sur la place devant le bâtiment de l'administration. Quand j'étais à Sobibor, il n'y avait pas encore de baraquement affecté au déshabillage. C'était sur cette place que les juifs, hommes et femmes séparément, devaient se déshabiller. Après l'allocution, on faisait se déshabiller autant de juifs qu'on pouvait en mettre dans une chambre à gaz. J'évalue à quarante ou cinquante le nombre des personnes qui tenaient dans une chambre à gaz. Quand les juifs étaient entrés dans les chambres à gaz, les Ukrainiens fermaient les portes. Après le gazage, on ouvrait les portes, et une corvée juive enlevait les cadavres. »

Les corps sont enfouis dans des fosses communes de 30 mètres de long sur 15 de large, profondes de 4 à 5 mètres.

Le seconde période

La seconde période d'extermination massive va d'octobre 1942 à octobre 1943.
Himmler a décidé le 19 juillet 1942 de supprimer avant la fin de l'année 1942 tous les juifs du Gouvernement général. Le rendement de Sobibor étaient devenu insuffisant, l'extermination est arrêtée fin juillet 1942. Les trois chambres à gaz sont détruites. À la place, cinq nouvelles sont construites. Plus grandes, elles mesurent 12 mètres sur 4. Chacune peut contenir 70 à 80 personnes. Quand elles fonctionnent toutes les cinq simultanément, il est possible de gazer en même temps 400 personnes, et plus de 400 s'il y a des enfants. L'extermination intensive reprend en octobre 1942.
Himmler vient visiter Sobibor le 12 février 1943. Miriam Novitch raconte en détail l'événement:

« Au procès de Hagen, les onze SS membres du personnel de Sobibor, qui furent jugés, raconteront que, désireux de recevoir dignement le Reichsführer et de lui présenter toute l'opération de mise à mort, le commandant ordonna que deux cents jolies femmes et jeunes filles juives soient sélectionnées dans plusieurs convois. Elles durent se déshabiller dans le camp numéro 2 et passer par le " tuyau " vers le camp numéro 3, où elles furent reçues par Erich Bauer, surnommé Bademeister (baigneur), qui les conduisit vers les chambres à gaz. En cette occasion, en sa qualité d'ancien combattant de 1914-1918 et de membre de la Stahlhelm, Bauer avait mis son uniforme de parade, rehaussé d'attributs en cuivre. Tous les SS firent soigneusement astiquer leurs bottes. »

Pendant les travaux, un chemin de fer à voie étroite est construit du quai aux fosses communes, afin de transporter directement les morts, les malades et les invalides des convois vers l' " hôpital ". En fait d'hôpital, là, près des fosses, ils sont abattus. Avant, il fallait transporter ces handicapés sur des chariots tirés par des hommes ou des chevaux vers leur lieu d'exécution. Autre décision importante: c'est à cette époque que le commandant de Sobibor décide de brûler les cadavres. En effet, au printemps 1942, Himmler a ordonné que les juifs et les prisonniers de guerre assassinés soient retirés des fosses et brûlés, afin que disparaisse toute trace de ces massacres. Cette entreprise reçoit le nom de code d' " opération spéciale 1005 ". Cette mission, considérée comme un secret d'État, est confiée au SS Blobel. Après divers essais, la technique retenue est celle des bûchers en plein air. Elle est employée dans les trois camps d'extermination de l'opération Reinhard, en commençant par Sobibor.
Le SS Hagen a déclaré lors de son procès :

« Déjà au cours de l'été 1942, la mécanique de l'extermination avait dû être modifiée. En raison de la chaleur, les fosses remplies de cadavres gonflèrent; elles laissaient sourdre des liquides provenant de la décomposition des cadavres, attiraient des insectes nuisibles et répandaient dans toute la région une odeur pestilentielle. La direction du camp craignait la contamination de l'eau potable fournie par les puits. On amena au camp une excavatrice lourde munie d'un dispositif de ramassage. Les détenus juifs furent mis à son service. On retirait des fosses avec l'excavatrice les cadavres déjà décomposés, qu'on brûlait sur de grands grils dans une fosse déjà creusée, mais encore vide. Le gril était fait de vieux rails de chemin de fer posés sur un socle de béton. À partir de ce moment, tous les cadavres provenant des gazages furent brûlés ici, même de nuit. La lueur des flammes se voyait non seulement dans le camp mais au?dehors, et l'odeur de chair brûlée se répandait au loin. »

À partir de cette date et jusqu'à la fin, les victimes des nouveaux gazages seront toutes incinérées.


Les baraques




Les victimes

Les premières victimes de Sobibor sont un groupe de 150 juifs déportés de Wlodawa. Suivent, pendant la première période (mai-juillet 1942), des convois pratiquement quotidiens, d'une vingtaine de wagons en moyenne, transportant chacun 2 000 à 2 500 déportés. Les documents permettent de constater qu'arrivent régulièrement à Sobibor des juifs provenant de la région de Lublin (y compris ceux qui, arrêtés en Autriche et en Tchécoslovaquie, avaient été regroupés dans le ghetto de Lublin), 21 600 du ghetto de Pulawy du 3 au 12 mai, 11 300 du district de Krasnystaw du 13 au 15 mai, puis 7 200 du district de Zamosc, 6 130 du district de Chelm durant la seconde quinzaine de mai, 11 300 du district de Hrubieszow dans la première quinzaine de juin, ainsi que 3 000 de Biala-Podlaska, et 800 des districts de Krasniczyn et Krasnystaw. Pendant ces trois mois arrivèrent 10 000 juifs d'Autriche et 6 000 du protectorat de Bohême-Moravie. Pendant la première période de trois mois, plus de 77 000 juifs ont ainsi été exécutés. En outre, 24 378 juifs provenant de Slovaquie seront tués avant la fin de 1942.

Les renseignements chiffrés manquent pour la seconde période d'extermination massive qui va d'octobre 1942 à la fin. Les nouvelles chambres à gaz permettent d'intensifier le rythme des assassinats. Les foyers en plein air brûlent nuit et jour. À la fin de 1942, la population juive du Gouvernement général a pratiquement été anéantie. Sobibor reçoit, au début de décembre, les juifs encore détenus à Belzec quand ce camp cesse de fonctionner, et ils sont aussitôt gazés. On signale, par ailleurs, qu'arrivent à Sobibor, en mars et avril 1943, des convois de juifs provenant de Yougoslavie, de Grèce et du ghetto anéanti de Varsovie.

LA RÉVOLTE DU 14 OCTOBRE 1943

Le sort des détenus épargnés provisoirement afin d'assurer la maintenance du camp, et qui sont tous exécutés au bout d'un temps plus ou moins long dépendant du caprice des SS, n'a rien à envier à celui des autres déportés. Se sachant condamnés, il s'efforcent de préparer leur évasion. Informés chaque fois, les SS réagissent par des pendaisons et une sauvage répression. Une révolte réussira pourtant le 14 octobre 1943.

Les sévices

Miriam Novitch a recueilli un nombre très important de témoignages, qui figurent dans son livre sur Sobibor. Tous font état des sévices infligés aux déportés par les SS et les Ukrainiens. Celui d'Eda Lichtman, par exemple, est éloquent. Elle a survécu parce qu'elle s'occupait du linge des SS et qu'elle a participé à la révolte.

« Sur les 7 000 personnes parties de Hrubieszow, précise-t-elle, nous ne sommes que trois femmes à n'avoir pas été exécutées en arrivant à Sobibor. Des trois, je suis aujourd'hui la seule. Le jour de notre arrivée, deux prisonniers surveillés par un garde nous ont apporté deux caisses de linge sale à laver dans les deux jours. Le linge devait d'abord être désinfecté, puis nous devions aller puiser de l'eau pour le laver. Je me souviens de notre première nuit. Des cris m'ont arrêtée. J'ai entrouvert la porte, puis des coups de fouet m'ont cinglé le visage, puis un hurlement: " Si je te vois encore une fois, je t'envoie Barry! " C'était Lachmann avec son chien qui faisait sa tournée d'inspection. Je l'appris plus tard, comme j'ai appris que les cris étaient poussés par les jeunes filles violées avant d'être gazées. De notre baraque, je pouvais entendre les nouveaux déportés supplier pour avoir de l'eau. Parfois on permettait à l'un d'entre eux d'aller aux puits. Là, le Volksdeutsche Michel attendait. De sa baïonnette, il repoussait alors les malheureux vers les latrines, tout près de notre baraque. " Ramassez la m... avec vos mains! " disait-il. Puis, de sa baïonnette, il conduisait ses victimes vers les barbelés, vers le gardien Malinovski; celui-ci redressait sa casquette, fermait un oeil et visait la tête. D'autres jeux épargnaient la vie des victimes. Ainsi Michel aimait à faire pousser une brouette pleine de sable par un jeune prisonnier nommé Simon jusqu'à ce qu'il s'effondre...
Je me souviens aussi avoir vu, un jour, depuis la blanchisserie, deux déportés descendre d'un wagon avec une civière où était allongée une femme en couches. Au bout de quelques instants, j'ai entendu le cri du nouveau-né. Le SS Wagner était là; ayant entendu le cri lui aussi, il a donné l'ordre au garde ukrainien Klat de jeter le nouveau-né dans les latrines. La mère a été emmenée au camp numéro 3. Quelques jours plus tard, le cadavre du nouveau-né surnageait dans la fosse, parmi les excréments...
Paul Groth ordonna un jour à quatre prisonniers de le porter autour du camp, assis dans un fauteuil. De sa chaise à porteurs improvisée, il s'amusait à jeter des morceaux de papier enflammé sur les déportés... Un jour, dans un convoi venu de Vienne, les SS ont sélectionné trois belles cantatrices qui ont dû chanter pour eux jusqu'à ce que, lassés de leur répertoire, ils les exécutent. Dans un autre convoi de Berlin, trois jeunes filles de seize à dix-sept ans, Berthe, Léna et Ruth, furent épargnées. Ruth devint la favorite de Paul Groth. Mais elles ont bientôt été assassinées...
Chacun des SS avait une façon particulière de tuer. À l'arrivée des convois, ils étaient tous là. Bredow cherchait fébrilement les toutes jeunes filles qu'il fouettait jusqu'au sang. Gomerski assommait des déportés avec une trique au bout de laquelle il avait planté des clous. Paul Groth et Kurt Bolenger venaient avec leur chien. Lorsqu'ils disaient à un déporté: " Ach ! du willst nicht arbeiten ? " ("Ah! tu ne veux pas travailler?"), Barry lui sautait à la gorge et le mettait en pièces.
Quel que soit le temps, nous avions de nombreuses séances de gymnastique auxquelles les SS semblaient prendre grand plaisir. Nous devions courir, sauter, faire des pompes, grimper, etc. Ils aimaient beaucoup nous cravacher pendant que nous courions. Ces séances avaient lieu une fois par jour, puis, après qu'il y eut quelques tentatives de fuite, elles eurent lieu matin et soir..
Schultz et Mueller escortaient le kommando de la forêt. Sur le chemin, par jeu, Mueller blessa à la hache plusieurs prisonniers. Les blessures affectant leur rendement, Schultz les a abattus. »

Les témoignages recueillis par Miriam Novitch apportent beaucoup d'autres exemples de sévices fait par les SS " noirs " et le chien Barry..


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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Dim 6 Mai - 2:02


Les trois derniers mois

Le 5 juillet 1943, Himmler donne l'ordre d'utiliser Sobibor comme un dépôt pour les munitions prises à l'ennemi... sans que cesse le processus d'extermination. Pourtant, le rythme d'arrivée des convois de juifs diminue. Les déportés commencent à édifier de vastes entrepôts où devront être stockées les armes et les munitions récupérées sur l'année Rouge. Un convoi de déportés provenant d'URSS, et qui arrive à Sobibor le 23 septembre, est tout entier épargné et affecté à la construction de ces nouveaux baraquements...

Ils voisinent avec les magasins où sont empilés, comme à Belzec, les valises, vêtements et objets de tous ordres abandonnés par les victimes avant qu'elles soient gazées. Comme à Belzec, la récupération est systématique. Les dépouilles sont envoyées à Berlin, au ministère de l'Économie du Reich. L'or et les bijoux sont adressés à la Chancellerie. À Sobibor, le responsable de cette récupération est le SS Beckmann (il sera tué le 14 octobre).

La révolte du 14 octobre 1943

Le 2 août 1943, les déportés du camp d'extermination de Treblinka s'étaient révoltés et ceux de Sobibor l'apprennent. Depuis longtemps, ils s'efforçaient de s'organiser pour tenter d'échapper à la mort certaine et proche. Un plan est minutieusement mis au point par celui qui sera le chef de l'insurrection: le commandant Alexandre Petcherski, dit Sacha. Il est à noter qu' un fabuleux téléfilm avec pour titre " Les rescapés de Sobibor " a été réalisé. Pour son téléfilm, le réalisateur s'est assuré la collaboration des survivants. Avec Rutger Hauer dans le rôle d' Alexandre Petcherski (Sacha), Alan Arkin dans celui de Léon Feldhendler, Joanna Pacula dans celui de Luka et Simon Gregor dans le rôle de Szlomo. A voir absolument !
Voici le récit qu'en fait Thomas Blatt .

« Les participants à la révolte étaient divisés en trois catégories: les commandants Alexandre Petcherski et Léon Feldhendler; une deuxième catégorie groupait cinq prisonniers ayant à exécuter silencieusement certains nazis; le troisième groupe comportait une trentaine de personnes chargées de tâches secondaires. J'appartenais à ce dernier groupe.
De 16 à 17 heures, il fallait liquider la plupart des SS et s'emparer de l'arsenal. Il fallait ensuite porter à la baraque des charpentiers les armes prises aux nazis abattus; à 5 heures, il fallait se rendre dans l'ordre habituel au camp numéro 1 où avait lieu l'appel. De là, la révolte générale devait embraser le camp. On devait alors se diriger en rangs vers la sortie, ceux qui parlaient russe sommeraient la garde ukrainienne de se joindre à nous. Un groupe d'hommes était chargé de lancer des pierres ou des planches sur les mines qui entouraient le camp pour nous rendre la fuite moins meurtrière. Nous comptions aussi sur le fait qu'en fin d'après-midi les SS restaient généralement au mess.
Le jour de la révolte était fixé au 14 octobre. À 4 heures, anxieux, j'attendis au camp numéro 2 les hommes qui devaient venir au camp 1 pour abattre les nazis. Près de moi on murmure: " Ils viennent. " Voici Chubayev, prisonnier soviétique, ingénieur, âgé de trente-cinq ans environ, accompagné du kapo Benyo qui était dans le coup. Ils entrent dans le dépôt de vêtements. Quelques minutes auparavant, Phibs, un jeune prisonnier, avait invité le chef du magasin à passer à la baraque des tailleurs, pour y prendre livraison d'un manteau de cuir qu'il avait commandé. Wolf entre dans l'atelier. Les juifs y travaillent, tête basse. On lui présente le manteau, deux prisonniers l'aident à l'enfiler. À ce moment Chubayev le tue d'un coup de hache. Des prisonniers ont porté à Wolf plusieurs coups de couteau supplémentaires. Deux autres SS sont liquidés dans la même baraque. Drescher va d'un groupe à l'autre pour les mettre au courant. Nous apprenons ainsi que Niemann, le commandant adjoint, Greischutz, le chef de la garde ukrainienne, et Klat sont morts.
La cloche sonne l'appel. Les kapos forment les kommandos qui doivent aller au camp numéro 1. Beaucoup d'entre nous ne savent encore rien. Moi, je cours vers la baraque du forgeron où m'attend Szlomo. Il tient un fusil et sait s'en servir. Nous rejoignons l'appel où le kapo Benyo forme les rangs. Les Ukrainiens se tiennent encore tranquilles, quand un hurrah monte des prisonniers. Un garde arrive à bicyclette. Il est jeté à terre et assommé. Un prisonnier lui coupe son ceinturon et prend son revolver. Alors que nous nous dirigeons vers l'entrée principale, le cuisinier allemand tire vers nous en reculant vers le mess. Szlomo l'abat. Un des nôtres coupe les barbelés avec des tenailles. Mais la plupart n'attendent pas. Beaucoup sauteront sur les mines. Je suis pris dans les barbelés, puis je tombe dans le fossé. À ce moment je retire mon manteau, je sors de la fosse et je cours. Je tombe plusieurs fois, mais je ne suis pas blessé... »

Il y avait à Sobibor environ 600 déportés juifs chargés des corvées, dont 80 femmes. 300 parviennent à rejoindre la forêt. Certains retrouveront la liberté et pourront témoigner.

Depuis le 7 juillet 1943, Globocnick est remplacé par le général SS Jacob Sporrenberg. Celui-ci, chargé d'écraser la révolte de Sobibor, fait appel, tout comme le général Stroop à Varsovie en avril 1943, au concours de la Wehrmacht et de la Luftwaffe, et réussit à l'obtenir. Sporrenberg ordonne des représailles très cruelles. Les insurgés retrouvés dans les forêts voisines sont abattus sur place ou ramenés au camp. Ils y seront torturés, puis passés par les armes. Aussitôt après la révolte, Himmler décide la destruction de Sobibor. Les sapeurs de la Wehrmacht démontent les installations, dynamitent les chambres à gaz, les villas des SS et les bâtiments en dur, incendient les baraques. Comme à Belzec, le terrain est labouré et planté d'arbres afin de dissimuler les traces de l'extermination. En novembre 1943, tout est terminé.

Conclusion

La Commission générale d'enquête sur les crimes allemands en Pologne évalue le nombre des victimes à 250 000. Ce nombre de 250 000 est avancé également par Miriam Novitch . Raul Hilberg propose celui de 200 000, mais pour les juifs seulement. Dans un article de la revue Le Monde juif , Adam Rutkowski estime que le nombre des victimes a dépassé 300 000: d'après les calculs basés sur le nombre des convois parvenus à Sobibor, au moins 250 000 juifs sont arrivés par la voie ferrée, auxquels il faut ajouter ceux qui ont été amenés à pied, en charrettes, en camions. Les juifs polonais, les plus nombreux, ont été rejoints par 34 313 autres venant des Pays-Bas, 10 000 de Tchécoslovaquie, 1 500 d'URSS, 1 000 d'Allemagne, etc.; et il faut ajouter aux victimes juives plusieurs convois de Tziganes. D'après cette dernière étude, le nombre des victimes peut être évalué à environ 300 000.
Près de 4 000 juifs sont venus de France, précise Adam Rutkowski . Ils ont tous trouvé la mort à Sobibor.


Photos de Sobibor aujourd hui

La zone de la gare




Le Mausolee











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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Sam 12 Mai - 2:05


LE CAMP DE TREBLINKA

Construit après Belzec et Sobidor, Treblinka a bénéficié de l'expérience acquise par les SS pour l'installation aussi rationnelle que possible d'un camp d'extermination. Il est destiné à la destruction des juifs de Varsovie et du district de Radom.


Le site

Treblinka est une petite agglomération du nord du Gouvernement général, sur la rivière Bug, affluent de la Vistule. Elle est située à 60 kilomètres au nord-est de Varsovie, dans la voïévodie de la capitale. C'est surtout une gare sur la grande artère ferroviaire reliant Varsovie à Bialystok. Le site choisi pour le camp répond aux critères habituels: proximité d'une voie ferrée, région au sol ingrat, faible population. En effet, il est implanté sur le territoire du village Wolka-Obreglik, à 4 kilomètres de la gare de Treblinka. C'est une région de sable et de marais, sans grande couverture végétale, à part quelques touffes de bruyère, des buissons et, çà et là, des bosquets de pins. Les habitations sont clairsemées.

Un chemin de fer à voie unique relie la gare de Treblinka à une carrière de sable blanc. " La carrière est au milieu d'un terrain nu, si ingrat que les paysans le délaissent comme un désert. Par endroits, la terre est couverte de mousse. Çà et là, on voit se profiler la silhouette d'un pin chétif ", écrit Vassili Grossmann. Depuis le printemps 1941 avait été mis en service un camp pénitentiaire près de la carrière, à 3 kilomètres du futur camp d'extermination. Là, des prisonniers juifs et polonais, condamnés parfois à des peines de quelques mois seulement, exploitent le sable et le gravier destinés à la construction d'habitations et de fortifications. Ce camp va fonctionner jusqu'au 23 juillet 1944, sans aucune liaison avec le camp d'extermination. V Grossmann indique que le régime y est proche de celui d'un KZ, mais sans mise à mort systématique.


La Gare




Le camp

La construction du camp d'extermination proprement dit commence fin mai 1942. Le plan, les dimensions et l'aménagement sont inspirés de ceux de Sobibor. C'est d'ailleurs le SS Richard Thomalla qui, venant de Sobibor, dirige les travaux. Le camp de Treblinka a la forme d'un quadrilatère irrégulier, de 13,5 hectares. C'est peu, mais il n'est pas nécessaire de prévoir de grands baraquements puisque les victimes seront exterminées dès leur arrivée. Il est entouré de barbelés hauts de 3 à 4 mètres. Des branches de pins sont entrelacées dans ces barbelés afin de dissimuler ce qui se passe à l'intérieur. À intervalles réguliers se dressent des miradors équipés de mitrailleuses.

Le camp comporte deux parties. La première partie, couvrant les cinq sixièmes de la superficie, est la section administrative et économique. Elle comprend le quai du terminus de la voie ferrée, les bureaux, les cuisines, les dépôts, les magasins, les ateliers, les garages, le potager, etc., ainsi que les baraques où logent les Ukrainiens. À l'écart, près du quai ont été construites les habitations des Allemands, ainsi que l'arsenal. La seconde partie constitue la zone d'extermination, au sud-ouest du camp. Elle est entourée de barbelés, eux aussi garnis de branches de pin formant des haies. Là se trouvent la baraque où habitent les juifs chargés des corvées, deux bâtiments pour le déshabillage des déportés (un pour les hommes, l'autre pour les femmes), les chambres à gaz, les lieux où les corps sont inhumés, puis incinérés.

Le personnel

Comme à Belzec et à Sobibor, les SS qui occupent les fonctions de responsabilité sont peu nombreux, une vingtaine environ. Les auxiliaires ukrainiens, les noirs, sont entre 100 et 140. Ils sont brutaux et cupides. Comme dans les deux autres camps d'extermination, les corvées sont effectuées par des déportés juifs sélectionnés lors de l'arrivée des convois et choisis pour leur robustesse, ou pour leur compétence en ce qui concerne les artisans. Leur nombre varie entre 500 et 1 000. Tous sont exécutés périodiquement. Et ils le savent.

Le commandant SS du camp est Eberl jusqu'à la fin d'août 1942, puis Stangl jusqu'en août 1943, où il est remplacé par son adjoint Kurt Franz, surnommé Lalka (Poupée) par les détenus. C'est lui qui fait assassiner dès leur arrivée les déportés âgés, malades, infirmes ou blessés qui sont conduits sur-le-champ à l' " hôpital ": en fait d'hôpital, il s'agit de l'endroit soigneusement dissimulé par des barbelés et des branchages où ont lieu les exécutions massives par armes à feu.

Les chambres à gaz

Elles sont construites sous la direction du SS Erwin Lambert, qui avait participé à la réalisation du programme d' " euthanasie ". Au début, trois chambres à gaz seulement existent, abritées dans un solide bâtiment en brique. Comme à Sobibor, chacune mesure 4 mètres sur 4, pour une hauteur de 2,6 mètres. Chacune est munie d'une porte de 0,9 mètre de large et de 1,8 mètre de haut, pouvant se verrouiller hermétiquement de l'extérieur. Les parois de ces chambres sont carrelées jusqu'à mi-hauteur. Au plafond, des tuyaux apparents terminés par des pommes d'arrosoir sont destinés à faire croire aux futures victimes qu'elles vont effectivement recevoir une douche, alors qu'ils servent à amener le gaz mortel.

Celui-ci est fourni par le moteur Diesel d'un char lourd installé dans une pièce voisine.

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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Sam 12 Mai - 2:08


L'EXTERMINATION
(23 JUILLET 1942-17 NOVEMBRE 1943)

Le processus d'extermination est le même qu'à Belzec et à Sobibor.

Les convois

Vassili Grossmann note le secret qui entoure le camp dans lequel arrivent les convois de déportés juifs.

« Personne n'était autorisé à s'en approcher. On tirait sans avertissement sur quiconque passait par hasard à 1 kilomètre de là. Jusqu'au tout dernier moment, les victimes qu'une ramification de la voie amenait au camp ignoraient le sort qui les attendait. Les gardiens qui accompagnaient les convois n'étaient pas admis à franchir l'enceinte extérieure du camp: lorsque les wagons arrivaient, des SS venaient relever les gardiens. Le train, ordinairement composé de soixante wagons, s'arrêtait dans le bois qui masquait le camp, où il était divisé en trois rames de vingt wagons chacune, que la locomotive, allant à reculons, poussait successivement jusqu'au quai à l'intérieur du camp; elle-même s'arrêtait juste devant les barbelés, ce qui fait que ni le mécanicien, ni le chauffeur ne pénétraient dans le camp. Lorsque la rame était déchargée, le sous-officier SS de service sifflait les vingt wagons suivants qui attendaient à 200 mètres. Quand les soixante wagons étaient vides, la Kommandantur téléphonait à la station que le convoi suivant pouvait se mettre en route. Celui qu'on venait de décharger partait pour la carrière prendre du sable. »

La Commission d'enquête sur les crimes allemands en Pologne décrit ce qui arrive aux déportés à leur arrivée sur le quai du camp.

« Là attendaient les SS et les Ukrainiens, cravaches en main. Ils ouvraient les wagons et expulsaient brutalement tout le monde dehors. Cela devait se faire rapidement. On tirait sur les résistants et les hésitants. En même temps, les ouvriers juifs vidaient les wagons des cadavres, des bagages abandonnés et des ordures. »

Sur le quai, un grand écriteau se veut rassurant: " Juifs de Varsovie, attention! Vous vous trouvez dans un camp de transit, d'où vous serez envoyés plus tard dans des camps de travail. Pour éviter les épidémies, tous les vêtements et bagages doivent être soumis à la désinfection. L'or, l'argent, les devises, les bijoux seront remis à la caisse contre reçu. On vous les rendra plus tard sur présentation du reçu. Tous les nouveaux arrivés doivent avant de repartir prendre un bain de propreté corporelle . "

« Chassées des wagons, poursuit le rapport de la Commission, on faisait avancer les victimes sous les coups de cravache et les hurlements sur une place derrière le réseau de fils de fer barbelés, où on séparait les hommes des femmes et des enfants. Les vieux, les malades et les enfants étaient dirigés au Lazaret, où on les fusillait sur le champ. Ensuite les SS ordonnaient à tout le monde de leur remettre l'argent et les bijoux; les ouvriers juifs passaient avec les valises et ramassaient les bijoux. Ensuite on donnait l'ordre de se déshabiller. La plupart des témoins racontent que les hommes se déshabillaient sur la place même, les femmes et les enfants dans une baraque qui se trouvait à gauche. Dans cette baraque travaillaient soixante coiffeurs, qui tondaient les cheveux aux femmes. Les hommes complètement dévêtus transportaient en courant, sous les coups incessants, les habits de tout le transport sur un tas à un endroit où ils devaient être triés par la suite. Cette besogne achevée, les femmes tondues, on dirigeait les hommes toujours nus, avec les femmes et les enfants, sur le chemin conduisant aux chambres à gaz, en leur disant qu'ils allaient prendre un bain. Au commencement on ordonnait même aux victimes, les trompant jusqu'au bout, de tenir à la main un zloty comme prix à payer pour le bain. Un Ukrainien se tenant dans la guérite placée sur le chemin conduisant aux chambres à gaz encaissait ces zlotys. Par la suite, on renonça à cette pratique. »

Le chemin étroit conduisant des baraques aux chambres à gaz, appelé " boyau " ou " tuyau ", était baptisé par les SS de Treblinka la " rue du ciel ".

Les gazages

La Commission d'enquête résume sobrement la suite du processus d'extermination.

« Devant l'entrée des chambres à gaz se trouvaient habituellement quelques Ukrainiens avec des chiens. Ils poussaient brutalement les victimes à l'intérieur des chambres à gaz, les blessant souvent. Les condamnés étaient poussés dans les chambres les bras levés pour occuper moins de place, et sur les têtes des victimes ainsi tassées debout, on jetait les enfants. Ainsi que les témoins l'ont confirmé, l'asphyxie par le gaz dans les chambres durait quinze minutes environ; puis après un examen de l'état des victimes à travers des ouvertures vitrées spéciales, on ouvrait les portes et la masse tassée de cadavres s'écroulait de son propre poids. Les ouvriers juifs enlevaient immédiatement les cadavres pour préparer la place au groupe suivant de victimes. Depuis l'arrivée du transport sur la voie du camp jusqu'à son extermination dans les chambres à gaz, cela durait au maximum deux heures. Le camp de Treblinka peut être considéré comme un lieu d'exécutions en masse. »

L'acte d'accusation présenté devant le cour d'assises de Düsseldorf lors du procès des SS de Treblinka apporte quelques précisions complémentaires.

« Si, malgré tout, une personne était encore en vie à la fin du gazage, celle-ci était tuée au pistolet par le chef du kommando allemand ou par le personnel de surveillance ukrainien. Pendant la durée du gazage et jusqu'au nettoyage des chambres à gaz, les détenus suivants devaient, même par le froid le plus rude, attendre nus devant le bâtiment. La vue à l'intérieur des bâtiments mêmes leur était bouchée, par une porte pour les petites chambres à gaz, par un rideau pour les grandes chambres. Cette attente supplémentaire devint atroce pour eux, qui entendaient les cris des personnes dans les chambres. Ce martyre atteignait son apogée lorsque les moteurs, assez fréquemment, tombaient en panne, et qu'un temps assez long était nécessaire pour les remettre en marche. Après l'extermination, tous les orifices des corps des victimes étaient fouillés par des membres du kommando de travail juif pour y découvrir des objets de valeur. Les dents en or étaient extraites de la bouche au moyen de pinces assez grandes et ramassées dans des récipients. Après l'évacuation des chambres à gaz et leur nettoyage, la " fournée " suivante était introduite et la procédure recommençait. »

Les fosses et les bûchers

Des fosses gigantesques sont creusées par les juifs des corvées afin d'ensevelir les corps. Situées à l'est des chambres à gaz, elles mesurent 50 mètres de long, 25 mètres de large et 10 mètres de profondeur. Une voie ferrée étroite permet de pousser des wagonnets des chambres à gaz aux fosses. Mais au bout de quelques semaines, comme ces wagonnets se heurtent et déraillent souvent, ils sont abondonnés. Les cadavres sont alors traînés par les pieds jusqu'aux fosses. Ils y sont alignés en couches superposées, recouvertes d'une fine couche de sable. L'opération spéciale 1005, secret d'État, dont est chargé le SS Bobel, consiste à exhumer les cadavres et à les incinérer. Cette opération commence à l'automne 1942 à Belzec et Sobibor, mais seulement au début de 1943 à Treblinka. L'acte d'accusation du tribunal de Düsseldorf contient le témoignage du SS Franz Stangl :

« Ce doit être au printemps 1943. À ce moment-là sont arrivées des excavatrices. On s'en est servi pour vider les grandes fosses communes. Les cadavres anciens furent brûlés sur des grils, et on fit de même avec les nouveaux. Au moment de ces changements, Wirth est venu à Treblinka. Je crois me souvenir qu'il a parlé d'un Standartenführer qui avait fait l'expérience de brûler des cadavres. Wirth me raconta que, d'après cet essai, on pouvait brûler les cadavres sur des grils, ça marchait merveilleusement. Je sais aussi qu'on a utilisé d'abord des rails de chemin de fer à voie étroite pour constituer le gril. Mais ces rails se révélèrent trop faibles: ils se courbaient sous l'action du feu. On s'est alors servi de rails de chemins de fer normaux. »

La même source rapporte le témoignage du SS Heinrich Matthes qui précise :

« C'est Floss qui a fait établir le dispositif de crémation. Des rails avaient été posés sur des blocs de ciment. On y entassait les cadavres. Sous les rails, on brûlait des résineux. On arrosait le bois d'essence. On ne brûlait pas seulement ainsi les cadavres des nouvelles victimes, mais aussi ceux qu'on retirait des fosses. »

Ces bûchers, dont le nombre exact n'a pu être établi, brûlent nuit et jour à Treblinka. Ces centaines de milliers de corps incinérés produisent des mètres cubes de cendres. Les os résiduels sont broyés. Finalement, ces cendres sont répandues dans les fosses venant d'être vidées, en couches alternées avec du sable. Les fosses sont ensuite recouvertes de 2 mètres de terre.

Grue excavatrice




Les victimes

Le processus d'extermination a connu deux phases à Treblinka. Le premier convoi, immédiatement gazé, est arrivé à Treblinka le 23 juillet 1942, composé de 5 000 juifs de Varsovie. La première phase va du 23 juillet 1942 au 28 août 1942. Pendant ces cinq semaines, 5 à 7 000 juifs arrivent chaque jour. Puis le rythme s'accélère: certains jours plus de 12 000 déportés sont reçus au camp. Pendant cette première période sont exterminés 215 000 juifs venant du ghetto de Varsovie, 30 000 du district de Radom, 17 000 du district de Siedlce, 6 000 du district de Minsk-Mazowiecki, soit en tout 268 000 victimes.

Fin août, il apparaît que les trois chambres à gaz ne suffisent plus pour tuer autant d'êtres humains. Ceux qui ne peuvent être gazés sont fusillés. Globocnik et Wirth arrivent à Treblinka. Ils remplacent le commandant SS Eberl par Stangl et décident la construction de nouvelles chambres à gaz. Ils font édifier un bâtiment rectangulaire en dur contenant dix chambres à gaz, formant une surface de 320 mètres carrés (au lieu des 48 mètres carrés des trois anciennes chambres). Ces nouvelles chambres ont 2 mètres de haut. Elles sont disposées de part et d'autre d'un couloir central. Les portes d'entrée et celles destinées à l'enlèvement des cadavres sont semblables aux anciennes. Par contre, l'entrée du bâtiment est rendue accueillante. Les cinq marches qui y conduisent sont ornées de pots de fleurs des deux côtés. Au-dessus de l'entrée est placée l'étoile de David... Le moteur Diesel produisant le gaz est situé, lui, près des anciennes chambres. Pendant ces travaux, qui durent cinq semaines, les exécutions se poursuivent, à un rythme moins soutenu pourtant, dans les trois anciennes chambres.

La seconde période commence en octobre 1942 et va durer jusqu'à la fin, le 27 novembre 1943. L'augmentation de la capacité de la chambre à gaz permet l'augmentation du nombre des victimes: les nouvelles chambres permettent d'asphyxier 4 000 personnes en une seule fois. Au début de 1943, la population juive du Gouvernement général a été à peu près exterminée. Mais Treblinka continue à recevoir des convois en provenance des pays occupés par la Wehrmacht. C'est ainsi qu'arrivent en mars et avril les derniers convois de juifs du ghetto anéanti de Varsovie, ainsi que des convois de Yougoslavie et de Grèce.



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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Sam 12 Mai - 2:10


LA RÉVOLTE DU 2 AOÛT 1943

Se sachant condamnés, les juifs des corvées cherchent désespérément le moyen de s'enfuir et même de se révolter. D'autant plus qu'ils sont victimes des caprices et des sévices des SS et de leurs auxiliaires ukrainiens.

Les sévices

L'acte d'accusation du procès de Düsseldorf contient des témoignages éloquents.
Les déportés sont sans cesse frappés à coups de crosse, de cravache, de gummi:

« Cependant, la méthode la plus en vogue était le soi-disant sport. À cette fin, on faisait courir les détenus d'un endroit à l'autre de la place et on les mettait au bord de l'épuisement physique par des ordres de s'étendre et de se lever. À cette occasion, il arrivait plus d'une fois que ces hommes, rongés par le dur travail physique et la nourriture insuffisante, restassent tout simplement étendus sur place en grand nombre, ou bien qu'ils ne pussent plus adapter leur allure à celle des détenus plus forts et plus robustes. Ils attiraient l'attention et étaient punis. »

La mort menace en permanence les déportés des corvées devenus moins aptes au travail. Ils ont la hantise de ne plus paraître valides comme l'indique le témoignage d'un survivant.

« Les sélections étaient le glaive constamment suspendu sur nos têtes. Nous prenions l'habitude de nous lever chaque matin plus tôt, avant le signal, et de commencer à nous apprêter et à " nous rendre beaux ", afin de paraître aussi jeunes et frais que possible. À mes époques les meilleures, je ne me suis jamais rasé aussi souvent qu'à Treblinka. Chaque matin, nous étions tous rasés, et avions passé nos visages à l'eau de Cologne provenant des paquets juifs. D'autres se mettaient même de la poudre et du rouge. On se pinçait les joues comme on dit, et même littéralement, pour que surtout les couleurs restent. »

En effet, poursuit-il,

«...le plus dangereux était de se faire remarquer des Allemands. Un détenu, docteur assez âgé de Varsovie, avait un bandage à la main. Cela suffit pour le faire se déshabiller et mettre dans la fosse. Un invalide avec une plaie au pied avait l'habitude de travailler assis pour trier les vêtements. Dès que Poupée s'en aperçut, cet homme fut achevé en un instant. Un juif qui travaillait à la cuisine en campagne s'était ébouillanté ; inapte au travail, une balle dans la nuque! Cela eut pour effet que celui qui avait une maladie, une infirmité ou une blessure, le cachait comme le secret le plus inavouable, pour que surtout l'Allemand n'en sache rien. Un jeune homme qui dormait à côté de moi dans la baraque avait les pieds enflés. Il se donnait le plus grand mal pour que l'on ne s'en aperçût point. Mais allonger les pieds ne lui était pas possible; avant qu'on n'y prît garde, il fut guéri par une balle dans la nuque. »

Quelques sursauts de désespoir se produisent face à ces sévices et à la mort annoncée. L'acte d'accusation relève par exemple à la page 12 :

« L'accusé le SS Matthes, après avoir été attaqué, tua l'agresseur d'un coup de feu, sélectionna ensuite au moins vingt personnes et les fit exécuter par d'autres membres de l'équipe des gardiens. »

Et à la page 169 :

« Au début de septembre 1942, le SS Max Biala, membre de l'équipe des gardiens du camp, effectua une sélection parmi les travailleurs juifs, parce que ceux des juifs qui n'étaient plus à même d'accomplir ce travail pénible devaient être remplacés par d'autres juifs plus valides, qui avaient été choisis dans un convoi provenant de Tomaszow. Lorsque Biala se trouva, dans ce but, entre les files des détenus qui s'étaient mis en rang, un juif dont le nom était probablement Berliner se précipita sur lui avec un couteau et lui asséna plusieurs coups de couteau dans la région de l'épaule, à la suite desquels Biala mourut quelques jours plus tard. »

Naturellement l'agresseur fut abattu sur-le-champ.

La révolte du 2 août 1943

Vassili Grossmann décrit comme suit la préparation de cette révolte :

« Un plan de soulèvement avait germé dans l'esprit des détenus. Ils n'avaient rien à perdre. Chaque jour était pour eux un jour de tourments. Ils étaient tous condamnés à mort: les Allemands n'épargneraient aucun de ces témoins de leurs horribles forfaits. C'étaient des ouvriers qualifiés, des charpentiers, des maçons, des boulangers, des tailleurs, des coiffeurs affectés au service des Allemands. Ce sont eux qui créèrent un comité de soulèvement. Dans les baraquements des ouvriers, des armes apparurent: des haches, des couteaux, des matraques. Que de risques à encourir pour se procurer chaque hache, chaque couteau! Que de patience, de ruse et d'adresse pour dissimuler tout cela dans les baraques. Les détenus se procurèrent même de l'essence pour mettre le feu au camp. Enfin ils creusèrent une grande galerie sous le baraquement qui servait d'arsenal. Ils enlevèrent ainsi vingt grenades, plusieurs carabines et pistolets qui disparurent dans des cachettes profondes. Les conspirateurs formaient des groupes de cinq. Ils mirent au point dans ses moindres détails leur plan. Chaque groupe avait sa mission particulière. Le premier devait prendre d'assaut les miradors avec leurs mitrailleuses; le second attaquerait par surprise les sentinelles; le troisième s'emparerait des autos blindées; le quatrième couperait les fils téléphoniques; le cinquième se rendrait maître des casernes; le sixième pratiquerait des passages parmi les barbelés; le septième établirait un pont au-dessus des fossés antichars, le huitième arroserait d'essence les bâtiments du camp et les incendierait; le neuvième détruirait tout ce qui pourrait être rapidement détruit. »

D'après Miriam Novitch , le premier chef de la révolte fut le docteur Chorongitski. Le second commandant de la révolte fut Galewski, ingénieur à Lodz, " homme d'une très grande réserve ". Le compagnon de Galewski était le capitaine Zelo.

« Le titre de chef d'état-major de la révolte passa au capitaine Zelo, écrit-elle. La contribution de ce militaire, très instruit, facilita beaucoup la réalisation de l'entreprise, qui fut difficile est complexe. Un Tchèque du nom de Rudolph Mazarek se joignit au comité. Il avait refusé d'abandonner sa femme, une juive, et l'accompagna à Treblinka. De ses propres yeux, il avait vu comment on avait poussé sa femme, qui était enceinte, vers les chambres à gaz. Mazarek devint un des membres les plus actifs du comité. Il faut aussi rappeler le mécanicien Rudek, de Plotzk, qui travaillait dans le garage; son poste de travail fut très important pour notre action, parce que c'est là que l'on cacha les armes. »

Miriam Novitch évoque brièvement ce soulèvement du 2 août 1943 :

« Galewski et les membres du comité savaient parfaitement que, malgré leurs efforts héroïques, ils ne pourraient armer que 200 prisonniers sur 800 ou 1 000. J. Wiernik nous fera le même récit: il était de ceux qui étaient armés seulement d'une hachette et d'une petite scie, lorsqu'il s'enfuit du camp. Galewski profita de ce jour torride où des SS et surtout de nombreux gardes ukrainiens partirent se baigner dans le Bug éloigné de 20 kilomètres. Le signal devait être donné par un coup de fusil. Plusieurs gardes furent liquidés. Plusieurs SS se cachèrent dès qu'ils entendirent l'explosion du dépôt d'essence. Au procès de Düsseldorf, les inculpés l'avouèrent. Le feu embrasa le camp. Nous le savons aussi par un témoin, le Polonais Zablecki, employé à la station de Treblinka. N'ayant pas de dynamite à leur disposition, les insurgés ne purent faire sauter les machines d'extermination, qui continuèrent à fonctionner jusqu'à la fin octobre 1943. »

En effet, la plupart des bâtiments furent détruits par l'incendie provoqué par les déportés, à l'exception des chambres à gaz construites en dur. Mais les révoltés étant maîtres du camp, environ 600 détenus parviennent à s'évader sur le millier présents au camp le 2 août 1943. Ils se réfugient dans la forêt voisine. Des centaines de SS et de policiers, accompagnés de chiens, se lancent à leurs trousses. Même l'aviation est requise. La plupart sont repris. Jean-François Steiner écrit qu'un an plus tard, à l'arrivée de l'année Rouge, il ne restait qu'une quarantaine de survivants, " les autres ayant été tués par les Polonais, les résistants de l'Armia Krajowa, les bandes fascistes ukrainiennes, les déserteurs de la Wehrmacht, la Gestapo et les unités spéciales de l'armée allemande ".

La fin

Après l'insurrection, les nazis décident de détruire le camp. Pourtant les chambres à gaz restant opérationnelles, plusieurs petits convois arrivent encore à Treblinka, les deux derniers les 18 et 19 août avec 8 000 juifs du ghetto de Bialystok. Ensuite, les chambres à gaz sont dynamitées et détruites. Les baraquements, les enceintes et les autres installations sont démontées et disparaissent. Comme pour les autres camps d'extermination, le sol est labouré, afin que disparaissent toutes les traces. Du lupin est semé; des arbres sont plantés. Une fermette est construite pour les Ukrainiens.
Le 17 novembre 1943, le dernier groupe de 30 déportés juifs chargés des ultimes corvées est fusillé.

Conclusion

Le nombre de personnes exterminées à Treblinka ne peut être établi, aucune liste n'étant connue. Ce nombre ne peut qu'être évalué, approximativement, d'après quelques rares bordereaux ferroviaires, d'après les indications des témoins polonais sur l'importance et la fréquence des convois, ou d'après l'évaluation numériques des ghettos anéantis. La Commission générale d'enquête écrit dans la conclusion de son rapport: " Le nombre s'élève à 731 600 personnes au moins. Les victimes furent pour la plupart des juifs, citoyens polonais du centre de la Pologne (Varsovie, Radom, Czestochowa, Kielce, Siedlce). En outre on y exterminait des juifs des régions de Bialystok, Grodno et Wolkowysk. On amenait également à Treblinka les juifs de l'Europe occidentale: les juifs allemands, autrichiens, tchèques et belges. De l'Europe du Sud: les juifs grecs. En plus des juifs, on a aussi exterminé au camp de Treblinka un certain nombre de Tziganes . "

Ce nombre de 700 000 est repris dans l'article: " L'acte d'accusation du procès de Treblinka ". Raul Hilberg avance le chiffre de 750 000, pour les juifs seulement. Comme il s'agit de chiffres minima, le nombre vraisemblable des victimes tuées à Treblinka a dû dépasser 800 000.
Vassili Grossmann signale la présence de juifs arrivant de France. Mais sans précisions.

Kurt Franz et trois de ses subordonnés ont été condamnés aux travaux forcés à vie (peine maximale prévue par le Code pénal allemand), les autres à des peines allant de trois à douze ans de travaux forcés. Eberl, arrêté par les Américains en 1948 près d'Ulm, s'est suicidé dans sa cellule. Stangl s'est enfui en Italie, puis au Brésil; extradé et condamné à la prison à perpétuité à Düsseldorf en 1970, il y est mort en 1971.



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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Dim 13 Mai - 2:02


LE CAMP DE CHELMNO

Chelmno est un camp d'extermination massive et immédiate, le gazage s'effectuant à l'aide de camions spécialement équipés. Cette étude s'appuie sur le livre du Polonais Ladislas Bednarz, juge d'instruction de l'arrondissement du tribunal de Lodz, chargé d'une instruction judiciaire après la libération de son pays par la Commission principale de recherches des crimes allemands en Pologne. Les témoignages cités sont ceux qu'il a recueillis en 1945 au cours de son enquête, témoignages retenus parce que confirmés par d'autres dépositions ou par des preuves matérielles.

Le camp

Le village de Chelmno est situé à 14 kilomètres de Kolo, chef-lieu de canton sur la ligne de chemin de fer reliant Lodz à Poznan, dans le Warthegau annexé au Reich. D'une superficie supérieure à celle de la Suisse, le Warthegau est peuplé de 4,5 millions d'habitants, dont 450 000 juifs. Avant l'invasion allemande, Lodz, avec ses 600 000 habitants, était la seconde ville de Pologne et comptait 202 000 juifs, soit le tiers de sa population. Chelmno est alors un gros village rural, au bord de la rivière Ner, affluent de la Warta, qu'un chemin de fer à voie étroite et une route relient à Lodz distant de 70 kilomètres. Les juifs, rassemblés à Lodz par les nazis, seront conduits au camp de Chelmno par cette voie ferrée et par des camions.


Chelmno possède un petit château appartenant à l'État. D'un seul étage, non habité, il est entouré d'un parc à peu près abandonné de 3 hectares. Il est proche de la place du village, où est l'église. Le camp d'extermination de Chelmno va comporter deux parties: d'une part le château et le parc, d'autre part la forêt de pins, modeste mais dense, proche de 4 kilomètres. Château et forêt seront gardés par des SS et des Feldgendarmes et rigoureusement interdits à la population. C'est en novembre 1941 que commence l'installation du camp. Comme celui de Belzec, il ne nécessite pas de grands bâtiments puisque les victimes seront mises à mort dès leur arrivée. Voici ce qu'en dit un témoin, le jardinier polonais André Miszcak :

« Du temps où le château existait, on pouvait voir, des fenêtres de ma maison, les fenêtres du château. Mi-novembre 1941 arriva à Chelmno un groupe de Gestapo, avec Lange en tête. Le château et surtout la cave ont été très minutieusement examinés. Fin novembre, des matériaux de construction furent amenés et l'on commença de construire le camp. Le terrain du château a été entouré d'un clôture hermétique de planches ayant 2,5 mètres de hauteur, ne comportant qu'une seule ouverture pas très grande, côté rivière, clôturée d'ailleurs d'un réseau de fils de fer. Le château était construit sur la hauteur, de telle façon que la construction de la clôture, côté rivière, c'est-à-dire au pied de la colline, n'aurait pu modifier la visibilité de la cour du château.
En plus du château, le Sonderkommando SS Kulmhof (c'était le nom de la section qui venait d'arriver et qui a organisé le camp) a occupé la sacristie, l'ancienne mairie, la remise et des maisons de cultivateurs du village de Chelmno. Les propriétaires des fermes réquisitionnées ont été relégués dans d'autres villages ou bien répartis sur d'autres fermes. Nous ne savions pas, au début, à quoi le camp était destiné. Ce n'est que le 9 décembre 1941 que le premier convoi automobile venant de Kolo et transportant des juifs est arrivé, comportant 700 juifs. »






La garnison

Le Hauptsturmführer SS Lange a participé au massacre perpétré dans le cadre de l'euthanasie, de même que les hommes de son Sonderkommando. Ce sont donc des " spécialistes ". L'effectif du camp d'extermination reste modeste. 15 à 20 SS exercent les fonctions de responsabilité. Les 80 à 100 hommes de la police ordinaire sont répartis en trois sections s'occupant respectivement du château, de la forêt et des transports. SS, policiers et gendarmes n'ont jamais dépassé l'effectif de 150 hommes.
Le juge Bednarz précise les fonctions des responsables .

« Le directeur du camp d'extermination de Chelmno était, à partir de mars 1942, le Hauptsturmführer Hans Bothmann. Pendant les premiers mois du début, le directeur en était Lange. Les adjoints du commandant étaient: en premier lieu Lange, puis Platte, et en 1944 Walter Piller. C'est Lenz qui dirigeait les travaux dans la forêt; la direction des opérations dans le camp (en particulier la fouille des vêtements) était confiée à Heffelé. Le contrôle des fours crématoires était fait par Runge et Kretschmer. Les autos-chambres à gaz étaient conduites par Gustav Laabs et Gilof. Le directeur de la cantine était Schmidt. Le service des bijoux et objets précieux, la caisse et la comptabilité étaient confiés à Guerlich et à Richter. Walter Burmeister de Vienne était le chauffeur et l'aide de camp de Bothmann. »

La garnison, très bien nourrie, dispose d'alcool en abondance. La solde est de 150 Reichsmarks, à quoi s'ajoute un supplément quotidien de 13 Reichsmarks, sans compter les primes spéciales (500 Reichsmarks en mars 1943). Mais tous doivent garder un secret absolu sur ce qui se passe à Chelmno, sous peine de mort immédiate.


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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Dim 13 Mai - 2:10


L'EXTERMINATION

Deux phases vont se succéder: l'extermination massive commence le 9 décembre 1941 mais s'arrête le 11 avril 1943; elle reprendra au printemps 1944 pour se poursuivre jusqu'à l'arrivée de l'armée Rouge.

Les arrestations

Le camp de Chelmno a été prévu pour permettre l'extermination des juifs du Warthegau. Il reçoit son premier convoi de 700 juifs le 9 décembre 1941. À cette date, les juifs ont été rassemblés partiellement dans le grand ghetto de Lodz et dans ceux de certaines villes. Mais dans toute une série de petites villes, les ghettos n'existent pas: c'est justement dans celles-là que commencent les rafles (l'extermination des ghettos, jugée plus facile, n'ayant lieu que plus tard): notamment à Dab, Sapolno, Klodawa, Kolo, etc.
Ladislas Bednarz évoque l'exemple de Kolo.

« Voici de quelle façon on organisa la liquidation de la population juive dans la ville de Kolo. Des contingents militaires entourèrent la ville, ainsi que des détachements de gendarmes et les organisations auxiliaires du parti nazi. La communauté juive avait préalablement fourni une liste détaillée de ses ressortissants. On rassemblait les juifs à la maison du Comité juif à la synagogue. 10 kilos de bagages, au plus, étaient tolérés. On leur disait qu'ils allaient travailler dans un camp. Chaque juif devait verser 4 Reichsmarks pour frais de voyage. De bon matin, on chargeait les juifs dans des voitures et un SS pointait les noms de ceux qui étaient embarqués. On disait aux juifs qu'on allait les conduire à la gare de Barloga, d'où, en chemin de fer, ils devaient partir dans les régions de l'Est, sur les lieux de travail. »

Pratiquement toujours, les futures victimes, sans crainte, n'opposent pas de résistance. L. Bednarz donne des exemples de cette docilité inconsciente qui favorise le calcul des nazis. " Les malades étaient transportés à part, et les chauffeurs avaient reçu des ordres d'aller lentement afin de ne pas incommoder les malades. Tout ceci était destiné à annihiler la vigilance des hommes destinés à l'extermination. Il est ainsi arrivé qu'un des juifs, M. Goldberg, propriétaire d'une scierie à Kolo, a eu des pourparlers avec les autorités allemandes pour qu'elles lui confiassent la direction du camp après l'arrivée du convoi sur les lieux du travail. On est allé jusqu'à accepter la requête écrite qu'il avait présentée. Le Sonderkommando avait atteint son but: les juifs ignoraient que la mort les attendait; ils n'opposaient aucune résistance, ne tentaient pas de s'évader. De cette façon, l'organisme chargé de l'extermination pouvait épargner ses hommes et il pouvait agir plus rapidement et avec plus d'efficacité. "


Arrivee de convoi de deportes






Les camions de la mort

À Chelmno, il n'existe pas de chambre à gaz. La mise à mort s'effectue à l'aide des gaz d'échappement de camions spécialement aménagés. De tels camions avaient déjà été utilisés antérieurement pour tuer les malades de l'hôpital psychiatrique Kochanowka près de Lodz. Le juge L. Bednarz a consigné les résultats de son enquête en ce domaine :

« Trois autos-chambres à gaz fonctionnaient à Chelmno. La plus grande pouvait tuer 150 personnes à la fois (le témoin Rossa a déclaré qu'il a entendu un membre du Sonderkommando dire que l'auto-chambre à gaz pouvait contenir 150 personnes et même 175 si l'on utilisait le fouet). Le témoin Kozanecka a déclaré que l'auto pouvait contenir 150 adultes ou bien 200 enfants. Deux autos de plus petite dimension contenaient 80 à 100 personnes. Certains témoins ont mentionné l'existence d'une quatrième auto, mais il est possible que les témoins aient fait une confusion avec un camion destiné au transport de travailleurs juifs. Les autos-chambres à gaz avaient des pannes fréquentes et, à défaut d'ateliers de réparation sur place, on envoyait les autos aux ateliers de réparation à Kolo, dont le personnel était exclusivement composé de Polonais. Cette circonstance a permis à toute une série de mécaniciens de mieux connaître la construction des autos-chambres à gaz. Chacun d'eux a eu l'occasion de fabriquer de ses propres mains un modèle de tuyau d'échappement et le dispositif d'entrée de celui-ci à l'intérieur de la voiture: le tuyau d'échappement passait sous la voiture et, à mi-chemin, il rejoignait une partie de la tuyauterie fixée au plancher. Des témoins ont pu constater que l'entrée du tuyau d'échappement à l'intérieur de l'auto était assurée par un dispositif ressemblant à une passoire en fer-blanc. Le plancher de l'auto comportait un deuxième plancher en bois, comme c'est le cas dans les salles de bains, ce qui rendait impossible le bouchage, par l'extérieur, du tuyau d'échappement.
Les témoins ont décrit les dimensions de l'auto de la mort de la façon suivante: 2,5 mètres à 3 mètres de large, 6 mètres de long pour les autos de grande taille; de 2,3 mètres à 2,5 mètres de large et de 4,5 mètres à 5 mètres de long pour les autos de taille inférieure. La carrosserie de l'auto était construite de planches étroites façonnées comme des bondes de tonneaux, de sorte que l'auto donnait l'impression d'être recouverte de fer-blanc. Tout l'intérieur était recouvert de fer-blanc et les portes étaient hermétiquement calfeutrées. Toutes les autos de la mort étaient peintes en couleur gris foncé, presque noire. »

Il n'a pas été possible de déterminer si l'on se servait exclusivement des gaz d'échappement ou bien si l'on additionnait un produit nocif au mazout ou à l'essence.


Camion de gazage




Le gazage

Arrêté au début de janvier 1942, le bourrelier israélite polonais Michel Podchlebnik est un témoin privilégié puisqu'il est l'un des rares survivants de Chelmno. En effet, affecté aux corvées du fait de sa robustesse, il parvient miraculeusement à s'évader. Il décrit la façon dont sont massacrés les juifs à Chelmno. Ce témoignage , recueilli par le juge d'instruction Bednarz le 9 juin 1945 à Kolo, montre le processus d'extermination.

L'incarcération

« Nous sommes arrivés sur le terrain du parc près du château de Chelmno. Tout le terrain était entouré d'une clôture récemment construite en planches de 2,5 mètres à 3 mètres de hauteur. La clôture était très bien jointée, ce qui empêchait de voir ce qui se passait sur le terrain du château. Les portes furent ouvertes et nous arrivâmes devant le château. Un instant plus tard, une autre porte fut ouverte, notre auto pénétra dans la cour du château. Lorsque nous entrions, j'ai ouvert un peu la bâche et j'ai pu voir dans la cour un amas de vêtements usagés. Nous sommes descendus. Les SS ont alors ouvert l'entrée conduisant à la cave. Nous avons été comptés et enfermés dans la cave. Lorsque nous entrions, on nous frappait avec la crosse des fusils, en criant: " Plus vite, plus vite. " Tout le dimanche s'est passé sans événements et nous sommes restés sans rien faire, dans la cave. Un seau avait été placé pour nos besoins naturels, que l'un de notre groupe portait dehors sous forte escorte. Tout ce qu'il a pu apercevoir c'est que des postes de garde, très puissants, étaient placés partout. Il y avait beaucoup d'inscriptions dans la cave. Parmi ces inscriptions se détachait celle écrite en yiddish: " Celui qui arrive ici n'en sort pas vivant. " Nous n'avions plus d'illusion sur notre sort. Le lundi matin, trente juifs ont été envoyés pour faire des travaux en forêt, tandis que les dix restants, parmi lesquels je me trouvais, ont été laissés dans la cave. »

La mise à mort

« La petite fenêtre de la cave était aveuglée au moyen de planches. De bonne heure, vers 8 heures du matin, une auto s'est arrêtée devant le château. J'ai entendu la voix d'un Allemand qui, s'adressant aux arrivants, disait: " Vous irez dans la région de l'Est, où il y a de grands terrains, pour y travailler, mais il faut seulement revêtir des vêtements propres, qui vous seront donnés, et aussi prendre un bain. " Des applaudissements saluèrent ces paroles. Un peu plus tard, nous entendîmes le bruit fait par des pieds nus sur le sol du couloir de la cave, près de celle ou nous avions été enfermés. Nous entendions les appels des Allemands: " Plus vite! Plus vite! " J'ai alors compris qu'on les conduisait vers la cour intérieure. Au bout d'un moment, j'ai entendu le bruit de la fermeture de la portière de l'auto. On a commencé à pousser des cris et l'on frappait dans la paroi de l'auto. Puis j'ai entendu mettre l'auto en marche et six à sept minutes plus tard, lorsque les cris cessèrent, l'auto sortit de la cour. »






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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Dim 13 Mai - 2:16


La récupération

Les vêtements des victimes sont récupérés entre deux séances de gazage.

« C'est alors que l'on nous appela, nous autres les dix juifs travailleurs, en haut, dans une grande chambre où, par terre, en désordre, étaient jetés des vêtements d'hommes et de femmes, des manteaux, des chaussures; on nous ordonna de mettre rapidement les vêtements et les chaussures dans une autre pièce où se trouvaient déjà beaucoup de vêtements et de chaussures. Nous jetions les chaussures sur un tas à part. Après que nous eûmes terminé ce travail, on nous a vite chassés vers la cave. Une autre auto se présenta et le tout se répéta comme auparavant. Cela a duré toute la journée. Pendant toute la journée, cette scène s'est répétée. »

L'inhumation

Après une ultime récupération, les cadavres sont inhumés.

« Le jour suivant, j'ai demandé à aller travailler dans la forêt. En sortant, j'ai pu remarquer, du côté de la cour, une grande auto dont le côté arrière était tourné vers le château. Les portes de l'auto étaient ouvertes et un marchepied était agencé pour en faciliter l'entrée. J'ai également pu remarquer la présence, sur le plancher de l'auto, d'un assemblage de planchettes ajourées, dans le genre de celles que l'on emploie dans les salles de bains. Les trente travailleurs, dont était formé notre groupe, ont été chargés sur un camion et sur un autobus et conduits dans la forêt située près de Chelmno. Trente SS formaient notre escorte. Une fosse avait été creusée dans la forêt, et c'est là que furent ensevelis en commun les juifs que l'on venait de tuer. On nous a donné l'ordre de continuer à creuser la fosse et, dans ce but, on nous a distribué des pelles et des pics.
Vers 8 heures du matin arriva la première auto venant de Chelmno. Lorsque la porte en fut ouverte, une fumée noire à nuance blanchâtre s'en échappa avec force. Il nous était défendu, pendant ce temps, de nous approcher de l'auto et même de regarder dans la direction des portes que l'on venait d'ouvrir. J'ai pu remarquer qu'après avoir ouvert la porte les Allemands s'enfuyaient aussitôt avec rapidité. Je ne peux dire si les gaz provenant de l'intérieur de la voiture étaient des gaz de combustion du moteur de celle-ci ou bien des gaz d'une nature différente. Nous étions placés d'habitude à une distance telle que je n'ai pu en sentir l'odeur. On n'a pas fait usage de masques à gaz. Trois ou quatre minutes après, trois juifs pénétraient dans l'auto. Ce sont eux qui déchargeaient les cadavres en les mettant par terre. Les cadavres dans l'auto gisaient sans ordre, les corps reposant les uns sur les autres, et ils occupaient une distance atteignant à peu près la moitié de la hauteur du véhicule. Certains mouraient en serrant dans leurs bras ceux qui leur étaient chers. L'aspect des corps était normal. Ils étaient encore chauds. Certains donnaient encore signe de vie et les SS les achevaient en tirant des coups de revolver le plus souvent dans la partie arrière de la tête. Deux juifs passaient à deux Ukrainiens les cadavres qui étaient revêtus de chemises. Des serviettes de toilette et des morceaux de savon étaient éparpillés dans l'auto, ce qui m'a confirmé dans la conviction qu'après s'être dévêtus les juifs recevaient des serviettes et du savon et qu'ils devaient soi-disant prendre un bain.
Les Ukrainiens arrachaient les dents aurifiées des hommes morts, ils arrachaient les petits sacs contenant de l'argent attaché au cou des cadavres, enlevaient les alliance, les montres, etc. Les cadavres étaient fouillés dans tous les recoins et l'on cherchait de l'or et des bijoux même dans les organes sexuels et dans le rectum. On n'employait pas à cet effet de gants de caoutchouc. Les bijoux et les objets de valeur étaient déposés dans des valises. Les SS ne participaient pas à la fouille des cadavres, mais ils observaient très attentivement les Ukrainiens pendant leur travail. Après la fouille, les cadavres étaient placés dans les fosses et le long de celles-ci, par couches superposées, la tête des uns touchant les pieds des autres, la tête tournée vers le sol; les cadavres conservaient le linge de corps. La fosse était de 6 mètres de profondeur, de 6 à 7 mètres de largeur. La première couche du bas contenait 4 à 5 personnes, tandis que celle du haut en contenait trente. Les cadavres étaient recouverts d'une couche de sable d'un mètre. Lorsque je travaillais, la fosse commune pouvait avoir près de 20 mètres de long. 1 000 personnes étaient inhumées par jour. »

De l'inhumation à la crémation

Après l'extermination des juifs des petites villes commence celle de ceux du grand ghetto de Lodz. Arrivées par chemin de fer à Kolo, les futures victimes sont logées, pour la nuit, dans la synagogue de Kolo - et, plus tard, dans un moulin proche -, puis envoyées dès le lendemain matin par camions à Chelmno. Ces convois ferroviaires, de 1 000 personnes environ, sont accompagnés par six à huit gendarmes seulement (puisque les juifs pensent partir pour travailler dans l'Est). Bientôt, pour gagner du temps, les camions arrivent directement dans le camp de la forêt. Là, le déshabillage a lieu dans une grande baraque en bois. Le gazage suit, toujours présenté comme un bain.

Le camp de la forêt compte bientôt, de ce fait, cinq fosses de 30 mètres de long sur 10 mètres de large remplies de cadavres. Pendant l'été 1942, la quantité des corps en putréfaction est telle qu'une épidémie de typhus éclate. L'odeur, épouvantable, est telle qu'il n'est plus possible de tromper les arrivants sur le sort qui les attend. La décision est donc prise de brûler les cadavres des fosses communes et, bien sûr, ceux des nouveaux arrivés. Deux fours crématoires à grandes cheminées sont construits dans la clairière, tandis que sont allumés à côté de grands bûchers. Le juge Bednarz rapporte le témoignage de Rosalie Pehan, épouse d'un Feldgendarm, qui lui a déclaré :

« Berlin a envoyé un ordre d'anéantir les cadavres et d'effacer toute trace. A l'avenir, ces cadavres devaient être incinérés. À la suite de cet ordre, on devait rouvrir les tombes et brûler les corps, soit dans des fours crématoires spécialement construits, soit dans des bûchers monstres amoncelés dans le bois. Une Commission spéciale est venue de Berlin pour contrôler l'état des travaux. On suffoquait terriblement. Mon mari riait en racontant que " ces messieurs de Berlin " ne pouvaient rester plus de cinq minutes près des tombes ouvertes et se trouvaient mal. Deux fours crématoires avaient été construits. Je n'ai pas été admise à les voir. Je sais seulement que ces fours avaient de hautes cheminées et avaient été agencés de façon à avoir un très fort tirage. On disposait dans ces fours les cadavres par couches et entre deux couches on plaçait du bois léger. Lorsque ces corps étaient brûlés dans les bûchers, on arrosait d'essence l'amas de corps et de bois. On forçait un juif à y monter et à y mettre le feu. Le feu était si fort que le juif n'avait plus le temps de sortir et était brûlé vif. »

Les ossements sont concassés et les cendres versées dans des fossés profonds de 4 mètres et larges de 8 à 10 mètres. Ces fossés sont ensuite recouverts de terre. On y plante des pins, des sapins et des bouleaux. Au cours de la deuxième phase de l'activité du camp allant du printemps 1944 à la fin, un soin encore plus grand est mis pour détruire les restes des victimes incinérées. Cendres et ossements broyés sont recueillis dans des sacs, qui sont jetés la nuit dans la rivière Warta.
Pendant cette seconde phase, en 1944, de nouveaux fours crématoires sont construits, indique L.Bednarz, mais cette fois...

«...de façon à ne pas dépasser le niveau du sol. Ils avaient, vers le haut, la forme rectiligne de 10 mètres sur 6 mètres. Le four se rétrécissait vers le bas en forme d'entonnoir et se terminait par des grilles confectionnées avec des rails de chemin de fer. Le foyer avait les dimensions de 1,5 mètre sur 2 mètres. Le four avait 4 mètres de profondeur; ses parois étaient faites de briques d'argile recouvertes d'une couche de ciment. Sous le foyer se trouvait un cendrier, et une étroite excavation y était aménagée et débouchait au-dehors. C'est par cette excavation que l'on enlevait les cendres, au moyen d'un tisonnier spécialement construit à cet effet. Ce travail était si difficile que les ouvriers qui y étaient désignés mouraient quelques jours après: après quelques jours de ce travail, ils perdaient tant de forces que, incapables de tout travail, on les tuait. Lorsque les fours ne fonctionnaient pas, on les masquait dans la crainte de raids d'avions ennemis, de façon qu'ils soient invisibles d'en haut. Dans ce but, on les camouflait au moyen de plaques de fer-blanc et de branchages.
Les cadavres, dans les fours, étaient rangés par couches alternées de bois de chauffage et de cadavres. On les plaçait de façon qu'ils ne se touchent pas et n'empêchent pas l'air d'arriver aux couches inférieures. La couche supérieure contenait douze cadavres humains. Le four était allumé par en bas, par le cendrier. On n'arrosait les cadavres ni avec de l'essence, ni avec d'autres produits. Ils se consumaient rapidement, en vingt minutes environ. Au fur et à mesure que les cadavres se consumaient, les couches supérieures de cadavres et de bois s'affaissaient, ce qui permettait de faire d'autres chargements. Le four pouvait contenir à la fois 100 cadavres, ce qui permettait l'incinération immédiate, en une seule journée, d'un convoi anéanti par l'auto-chambre à gaz. »





LES VICTIMES

Les deux phases de l'extermination

En mars-avril 1943, les juifs de Warthegau ont été exterminés à Chelmno, à l'exception d'une partie du ghetto qui subsiste à Lodz. Là sont rassemblés les juifs robustes soumis au travail obligatoire dans les usines de guerre. En avril 1943, la liquidation du camp est donc ordonnée. Le 7 avril, le château est dynamité. Les palissades du camp sont enlevées. Du gazon est semé sur les fosses communes. Le 11 avril 1943, le Sonderkommando quitte Chelmno. La gendarmerie locale assure seule la garde des lieux.

Mais, au printemps 1944, les nazis décident de reprendre les opérations d'extermination à Chelmno. Bothmann revient donc avec son Sonderkommando, assisté de Walter Piller. Des juifs provenant de la plupart des pays occupés par la Wehrmacht y sont mis à mort, d'une façon intensive. L'extermination du ghetto de Litzmannstadt durera du début de juin à la mi-août 1944. En août, c'est au tour des survivants du ghetto de Lodz: Chelmno ne pouvant suffire, une partie des 70 000 habitants de ce ghetto sont conduits à Auschwitz pour y être gazés.

La fin

L'armée Rouge approche. Avant de s'enfuir, les SS détruisent les dernière traces de l'entreprise d'extermination. Puis ils exécutent les juifs composant la main-d'œuvre des corvées. Ce que relate le témoin Miszcak, en même temps que l'ultime sursaut de révolte de ces malheureux:

« On a commencé la liquidation des derniers juifs. On les a fait sortir par groupes de cinq. On leur ordonnait de se coucher par terre et on leur tirait des coups de revolver dans la nuque. Cette fois-ci, les juifs se sont révoltés. L'un deux, Max Zurawski, armé d'un couteau, a réussi à traverser le cercle des gendarmes et s'est enfui. Les gendarmes n'ont pu le découvrir. Les tailleurs juifs ont fracturé la porte conduisant au bois. Deux Allemands y ont pénétré. Parmi eux se trouvait Lenz. Les juifs les ont tués. Des mitrailleuses ont alors été dirigées sur l'intérieur du magasin à vivres. On a commencé à tirer et on a mis le feu au bâtiment. »

Il n'y a pas eu de survivants.

Juifs et non-juifs

Dans leur immense majorité, les personnes assassinées à Chelmno proviennent du Warthegau. Quelques indications ont été recueillies par l'Institut historique juif de Varsovie, indiquant qu'ont été acheminés sur Chelmno en 1942: 10 003 juifs entre le 16 et le 29 janvier, 34 073 entre le 22 février et le 2 avril, 11 680 entre le 4 et le 15 mai, 15 859 entre le 5 et le 15 septembre. Des témoignages prouvent qu'à côté des juifs polonais ont été exterminés à Chelmno :

• des juifs provenant d'Allemagne, d'Autriche, de Tchécoslovaquie, du Luxembourg, etc.;

• 5 000 Tziganes qui avaient, dans un premier temps, été internés dans une sélection spéciale du ghetto de Lodz;

• des convois d'enfants venant de Tchécoslovaquie, d'URSS et de Pologne;

• une centaine de religieuses;

• des prisonniers de guerre soviétiques.

Voici la conclusion de la Commission générale d'enquête sur les crimes allemands en Pologne :

« En plus des juifs polonais, il y avait des transports de juifs venant d'Allemagne, d'Autriche, de France, de Belgique, du Luxembourg et de Hollande. Tous ces juifs passaient d'abord par le ghetto de Lodz. Le chiffre global de juifs étrangers exterminés à Chelmno s'élève à 16 000. Outre l'extermination de la population juive du Warthegau (plus de 300 000), on assassina à Chelmno environ 5 000 Tziganes (Bohémiens) et un nombre relativement petit (environ 1 000) de Polonais et de prisonniers de guerre soviétiques. Il est à noter que les exécutions des Polonais et des prisonniers soviétiques se passaient le plus souvent la nuit. Les victimes étaient transportées directement dans la forêt où elles étaient fusillées. Le nombre de victimes exterminées à Chelmno ne peut être établi ni d'après les données statistiques du camp (les autorités du camp détruisirent toutes les preuves), ni d'après les documents des chemins de fer, car tous les billets collectifs furent emportés en Allemagne. L'instruction a dû se contenter pour les transports dirigés à Chelmno des renseignements fournis par des témoins. Afin d'obtenir le chiffre le plus exact des victimes, des témoins ont été interrogés dans les diverses localités où passaient régulièrement les transports. Les témoins déclarent avoir vu les billets collectifs de ces transports ou les transports mêmes. Ils déclarent avoir entendu des Allemands membres du Sonderkommando parler du nombre élevé des victimes dans les transports. En se basant sur les résultats de l'instruction, nous pouvons conclure que l'on extermina à Chelmno au moins 340 000 hommes, femmes et enfants. »

Deux ou trois juifs seulement sont parvenus à s'évader de Chelmno.

Conclusion

Le procès du Sonderkommando Lange devant la cour d'assises de Bonn en 1962 et 1963 a permis de préciser qu'au moins 145 500 personnes ont été tuées à Chelmno pendant la première phase (de décembre 1941 à avril 1943) et 7 176 pendant la seconde phase (d'avril 1944 au 19 janvier 1945, jour de la libération du camp par l'armée Rouge), soit 152 676. Ces meurtres sont prouvés, mais le tribunal a précisé que ce nombre ne reflétait qu'une partie de la réalité. Raul Hilberg retient le chiffre de 150 000 pour une période plus courte (de décembre 1941 à septembre 1942 et de juin à juillet 1944). On a vu qu'au terme de leur enquête officielle les autorités polonaises ont estimé que 340 000 hommes, femmes et enfants ont été exterminés à Chelmno.
Parmi eux, des Français en nombre indéterminé (mais sans doute modeste) . Hans Bothmann se suicidera en 1946 alors qu'il était en détention en zone britannique.


Fosse commune





Memorial



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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Lun 14 Mai - 13:27


MAÏDANEK

Le camp de Maïdanek est situé près de Lublin. Il a conservé le statut de camp de prisonniers de guerre jusqu'en mai 1942, bien que des massacres y aient eu lieu en grand nombre. À cette date, les SS lui donnent le nom officiel de " KZ de Lublin ". Depuis sa création, les habitants de la région l'appellent " camp de Maïdanek ", du nom du village le plus proche. C'est ainsi qu'il est communément désigné aujourd'hui.
Le document sur lequel s'appuie cette étude est le rapport de la Commission extraordinaire polono-soviétique chargée de l'enquête sur les crimes commis par les Allemands dans le camp d'extermination de Maïdanek, à Lublin: il figure in extenso dans le livre Forfaits hitlériens publié en 1945.


UN CAMP GÉANT

Maïdanek est construit à 2 kilomètres au sud de Lublin, dans le Gouvernement général, dans l'Hinterland séparant la Vistule à l'ouest et le Bug à l'est. Au nord-est a été édifié le camp d'extermination de Sobibor et au sud-est celui de Belzec. Fin 1940, les SS choisissent le site et décident d'implanter le futur camp dans un immense terrain vague, à droite de la chaussée de Chelm. Le plan initial, inspiré de celui du KZ de Dachau, mais beaucoup plus ambitieux, prévoyait en effet la construction d'un camp géant comportant plus de cinq cents Blocks. C'est à cette construction que vont être employés des dizaines de milliers de déportés, dans les conditions inhumaines de l'extermination par le travail.
Constantin Simonov évoque cette construction :

« La construction commença pendant l'hiver de 1941. D'abord y furent employés un certain nombre d'ingénieurs et d'ouvriers polonais auxquels bientôt furent adjoints comme main-d'œuvre principale des Polonais et des juifs faits prisonniers pendant la guerre germano-polonaise de 1939. Vers la fin du mois d'août 1941, un premier millier de prisonniers de guerre et de civils russes furent incarcérés au camp en construction comme main-d'œuvre. À cette époque, la construction d'un premier camp où s'élevaient dix baraques était à moitié achevée. Les travaux avaient duré pendant tout l'automne de 1941 et l'hiver de 1942.
Le nombre de gens qui travaillaient à cette construction augmentait de jour en jour. Bientôt, les prisonniers russes furent suivis de groupes importants de détenus politiques, tchèques et polonais, ainsi que de transférés des autres camps et incarcérés pour la majorité depuis 1933. Deux premiers milliers transférés du ghetto de Lublin arrivèrent au camp pendant l'automne de 1941. En décembre de la même année, 700 Polonais y furent transférés du château de Lublin. Puis furent amenés 400 paysans polonais qui n'avaient pas payé à temps leurs impôts à l'État allemand. En avril 1942, des convois de 12 000 détenus, juifs et détenus politiques, arrivèrent de la Slovaquie. Durant tout le mois de mai, des convois de prisonniers affluèrent sans cesse de Bohême, d'Autriche, d'Allemagne.
La construction du camp fut menée à toute allure et les bâtiments 1, 2, 3 et 4 étaient achevés en mai; ils devaient contenir 40 000 personnes environ.
On peut considérer mai 1942 comme le point final de la première étape de l'histoire du camp. Ce fut une période de travaux fébriles, de course à l'agrandissement du volume des locaux. Quand les baraques destinées aux 40 000 prisonniers furent achevées, que les principaux locaux et annexes furent construits, quand tout fut clôturé par une double rangée de barbelés pour la plupart électrifiés, la Gestapo jugea le camp prêt à entrer en service. Il continuait à s'agrandir, mais le rythme des travaux de construction avait changé. Dès le mois de mai 1942, la construction du camp se poursuivait peu à peu, sans hâte, avec toutes sortes de perfectionnements. »

À cette date, le camp de Maïdanek couvre une superficie de 273 hectares. Il comporte 6 sections séparées par des barbelés, renfermant chacune 24 Blocks d'habitation, soit 144 baraques, chacune d'elles pouvant loger plus de 300 détenus, sans compter les dépendances, entrepôts, ateliers, bâtiments administratifs, etc. " C'est une grande ville, écrit C. Simonov, avec des centaines de toits gris et bas, en rangées régulières séparées par des barbelés. "
Le camp est, en effet, solidement entouré de barbelés.

« La clôture du camp consistait en deux rangées de poteaux de 4 mètres de haut garnis de barbelés ; la partie supérieure de ce mur était recourbée, formant auvent. Les deux rangées de poteaux étaient séparées par un espace de 2 mètres, et traversées en diagonale du haut de l'une au bas de l'autre par une rangée de barbelés. Cette troisième rangée reposait sur des isolateurs et était électrifiée. Un courant mortel la traversait et rendait toute évasion impossible. »

À intervalles réguliers, des miradors armés de mitrailleuses assurent une veille permanente. La garnison est composée de SS et d'auxiliaires de la Kampfpolizei. 200 chiens-loups renforcent la surveillance. Pendant l'été 1943, Himmler vient inspecter le camp de Maïdanek.






LE CALVAIRE DES DÉPORTÉS

Les nationalités

Comme l'a souligné C. Simonov, Maïdanek accueille dans un premier temps, d'octobre 1941 à avril 1942, des détenus de toutes origines: prisonniers de guerre polonais et soviétiques, civils et " politiques " polonais et russes, et un nombre important de juifs. Dans un deuxième temps, à partir de mai 1942, les arrivées se font de plus en plus considérables.

« En avril et en mai 1942 d'importants groupes de juifs venant des ghettos de Lublin et de ses environs furent écroués au camp. Pendant l'été, 18 000 personnes arrivèrent encore de Bohême et de Slovaquie. En juillet 1942, un premier convoi de Polonais accusés d'activité de partisans arriva à son tour. Ce premier groupe, à lui seul, comptait 1 500 personnes. Le même mois, un fort groupe de détenus politiques arriva d'Allemagne. En décembre 1942, plusieurs milliers de juifs et de Grecs arrivèrent d'Auschwitz. Le 17 janvier 1943, 1 500 Polonais et 400 Polonaises furent amenés de Varsovie. Le 2 février, il arriva 950 Polonais de Lvov et le 4 février 4 000 Polonais et Ukrainiens de Talomy et de Tamopol. En mai 1943, il arriva 60 000 juifs du ghetto de Varsovie. Pendant tout l'été et tout l'automne de 1943, avec des intervalles de quelques jours, des convois affluèrent des principaux camps d'Allemagne: Dachau, Flossenbürg, Neuengamme, Gross-Rosen, Buchenwald. Aucun groupe ne comptait moins de 1 000 personnes. »

C. Simonov met l'accent sur le fait que Maïdanek reçoit des détenus provenant de toute l'Europe occupée par la Wehrmacht.

« La majorité des victimes était constituée par des Polonais: otages, partisans véritables ou imaginaires, parents de partisans et un nombre énorme de paysans surtout expulsés des régions qu'allait coloniser l'Allemagne. Puis viennent les Russes et les Ukrainiens dont le nombre est immense. Le nombre des juifs n'est pas moindre, amenés au camp de tous les pays d'Europe. Suivent les chiffres énormes aussi - chacun dépassant plusieurs milliers - des Français, des Italiens, des Hollandais, des Grecs. Un peu moindres, mais toujours considérables, sont les chiffres concernant les Belges, les Serbes, les Croates, les Hongrois, les Espagnols républicains capturés en France. En outre, des individus des nationalités les plus diverses - Norvégiens, Suisses, Turcs et même Chinois. »

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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Lun 14 Mai - 13:31







L'extermination par le travail

Des sélections sont pratiquées à l'arrivée des convois selon le principe habituel, c'est-à-dire que les personnes incapables de travailler sont mises à mort rapidement ou immédiatement. Le rapport de la Commission indique, brièvement, l'horaire de ceux qui sont astreints au travail: la journée de travail commençait à 4 heures du matin. Les Allemands faisaient irruption dans les baraques et chassaient les détenus de leur couchette à coups de fouet, tous devaient être présents à l'appel, malades ou non: ceux qui étaient morts pendant la nuit étaient portés dehors par leurs voisins. L'appel durait deux heures et s'accompagnait de coups et d'humiliations pour les prisonniers. Si l'un de ces derniers s'évanouissait et ne répondait pas à l'appel, il était porté sur la liste des morts et achevé à coups de bâton. À 6 heures du matin, on conduisait les prisonniers au travail. Il s'y ajoutait de graves châtiments corporels, des outrages et des meurtres. Des escouades de prisonniers qui rentraient à 11 heures pour le soi-disant dîner ramenaient ceux qui avaient été battus ou estropiés et les corps des tués. À l'appel du soir, le SS de service lisait la liste des prisonniers qui avaient mal travaillé et ceux-ci étaient fouettés, battus ou fustigés sur un banc spécial. Le minimum de coups était 25. Des gens furent souvent fustigés à mort. Un professeur suppléant de l'université de Varsovie, Zelent, qui avait été détenu dans le camp, déclara: " Je connaissais un avocat nommé Nozek, de Radom, qui reçut 100 coups; il mourut trois jours après. "
La nourriture est insuffisante.

« La ration journalière était composée par du café de navets brûlés, une fois par jour; de la soupe à l'herbe, deux fois par jour; et par 180 à 270 grammes de pain, fait d'une mixture comprenant 50 % de sciure de bois ou de farine de châtaigne. Cela avait pour résultat un épuisement total des prisonniers, la propagation générale de la tuberculose et d'autres maladies et des décès en masse. »

Les sévices

Le premier est le jeûne infligé à ces déportés chroniquement sous-alimentés. " La moindre infraction entraînait pour les prisonniers la privation pendant plusieurs jours de leur maigre pitance, ce qui, en fait, revenait à les faire mourir de faim ", poursuit le rapport de la Commission. Un ancien détenu du camp, le Tchèque Tomasek, déclara à la Commission:

« On mourait toujours de faim. Il régnait un état d'épuisement général qui provoquait la mort de beaucoup de personnes. Les prisonniers mangeaient des charognes, des chats, des chiens. La plupart des malheureux semblaient être des squelettes couverts de peau, ou encore étaient anormalement obèses par suite d'œdèmes et de gonflements provoqués par la faim. »

Le prisonnier de guerre Reznik, polonais, déclara:

« On ne donnait presque aucune nourriture aux prisonniers de guerre. Ils atteignaient un état d'extrême épuisement, étaient gonflés et même incapables de parler. Presque tous succombaient. »

Le rapport de la Commission donne une autre précision:

« La méthode préférée des SS était de suspendre des prisonniers par leurs mains attachées au dos. Corentin Ledu, un Français qui subit cette peine, déclara qu'un prisonnier suspendu ainsi perdait vite connaissance; on le dépendait alors, pour le rependre dès qu'il revenait à lui. Cette opération était répétée plusieurs fois. »

C. Simonov rapporte que ces sévices se terminaient souvent par la mort des déportés.

« Parfois, pour les faire mourir plus vite, les gens épuisés étaient exposés au froid pendant de longues heures. À cela, il reste à ajouter ce qu'on dénommait les exercices gymnastiques du soir. Après l'appel du soir, les prisonniers généralement las, exténués au dernier point par une pénible journée de travail, étaient astreints à courir pendant une heure et demie dans la boue jusqu'aux genoux, en hiver dans la neige, en été pendant la grande chaleur, autour du Block qui avait bien plus d'1 kilomètre de circonférence. Le matin, on ramassait les cadavres gisant tout le long de la clôture du Block. »

Il évoque ensuite les " amusements " des SS.

« Le premier amusement consistait en particulier en ceci: un SS prenait à partie quelque détenu, lui signifiait qu'il avait enfreint quelque règlement du camp et méritait d'être fusillé. Le détenu était poussé au mur et le SS lui posait son parabellum au front. Attendant le coup de feu, la victime quatre-vingt-dix neuf fois sur cent fermait les yeux. Alors le SS tirait en l'air, tandis qu'un autre lui assénait un grand coup d'une planche sur le crâne. Le prisonnier s'écroulait sans connaissance. Quand il revenait à lui et rouvrait les yeux, les SS disaient en s'esclaffant: " Tu vois, tu es dans l'autre monde. Tu vois, dans l'autre monde, il y a aussi des Allemands. " Comme le prisonnier était ordinairement tout ensanglanté, il était considéré comme condamné à mort et les SS le fusillaient.
L'amusement numéro 2 avait pour scène un bassin qui se trouvait dans une des baraques du camp. Le détenu déclaré coupable était déshabillé et jeté dans ce bassin. Il tentait de remonter à la surface et de sortir de l'eau. Les SS qui se pressaient autour du bassin le repoussaient à coups de botte. S'il parvenait à éviter les coups, il obtenait le droit de sortir de l'eau. Mais à une seule condition: il devait s'habiller complètement en trois secondes. Les SS le surveillaient, montre en main. Personne, naturellement, ne pouvait s'habiller en trois secondes. Alors la victime était de nouveau jetée à l'eau et martyrisée jusqu'à ce qu'elle se noie.
L'amusement numéro 3 entraînait inévitablement la mort de celui aux dépens duquel on s'y livrait. Avant de le tuer, on l'amenait devant une essoreuse luisante de blancheur et on l'obligeait à glisser le bout des doigts entre les deux rouleaux de caoutchouc destinés à tordre le linge. Puis l'un des SS ou un détenu sur leur ordre tournait la manivelle de l'essoreuse. Le bras de la victime était happé jusqu'au coude ou l'épaule par la machine. Les cris du supplicié étaient le principal plaisir des SS. »

Devenu inapte au travail, la victime était achevée.
Les femmes n'étaient pas épargnées, comme le mentionne C. Simonov:

« Je voudrais dire quelques mots sur le camp des femmes. Certains mois, le nombre de ces dernières atteignait jusqu'à 10 000. Elles vivaient dans les mêmes conditions que les hommes à cette différence près qu'elles étaient gardées par des femmes SS. Je veux parler ici de l'une d'elles. À l'appel du matin ou du soir, elle choisissait parmi les femmes épuisées ou amaigries la plus belle, celle qui avait conservé plus ou moins un aspect humain, et sans raison elle la fustigeait sur les seins. Quand la victime s'écroulait, elle la frappait entre les jambes, d'abord avec sa cravache, puis de ses souliers cloutés. Ordinairement, la femme ne pouvait plus se relever et rampait longtemps, laissant derrière elle une traînée sanglante. Après une ou deux exécutions de ce genre, la femme devenait infirme et ne tardait pas à mourir.»

Mais ces sévices et mises à mort individuels n'avaient rien de commun avec les massacres organisés.



Les baraques du camp





L'EXTERMINATION

À Maïdanek se retrouvent toutes les sortes de mises à mort rencontrées dans les autres KZ et les camps d'extermination.

Les pendaisons

« Le premier local d'extermination de masse, écrit C. Simonov, était une cabane en planches qui s'élevait à l'entrée du camp entre deux rangées de fil de fer barbelé. Sous le plafond de cette cabane était fixée une grosse poutre transversale portant toujours huit nœuds coulants de cuir. C'est là qu'étaient pendus les épuisés. Les premiers temps, la main-d'œuvre manquait au camp et les SS n'exterminaient pas les gens valides. Ils ne pendaient que ceux que la faim et les maladies avaient épuisés... »

Les fusillades

Le rapport de la Commission donne des précisions sur ces massacres

« L'histoire sanglante du camp de Maïdanek débute par la fusillade massive de prisonniers de guerre soviétiques, oeuvre des SS en novembre décembre 1941. 90 survécurent sur un groupe de plus de 2 000 prisonniers soviétiques; presque tous furent fusillés et un certain nombre furent torturés à mort. De janvier à avril 1942, d'autres groupes de prisonniers de guerre soviétiques furent dirigés sur ce camp et fusillés. »

Le témoin polonais Jean Nedzialek, qui travailla dans le camp en qualité de conducteur de camion, déclara:

« Au cours de l'hiver 1942, les Allemands tuèrent environ 5 000 prisonniers de guerre soviétiques de la manière suivante: on les conduisait des baraques jusqu'à une carrière où étaient creusées des fosses, et là on les abattait. »

Des prisonniers de guerre de l'ancienne armée polonaise, capturés dès 1939 et détenus dans différents camps en Allemagne, furent rassemblés en 1940 dans le camp de la rue Lipovaya à Lublin, de là conduits par fournées à Maïdanek, où le même sort les attendait: tortures systématiques, exécutions massives, etc. Le témoin Reznik déclara:

« En janvier 1941, 4 000 prisonniers de guerre juifs, dont j'étais, furent mis dans des trains à destination de l'Est. On nous amena à Maïdanek. De ce groupe de 4 000 prisonniers de guerre seuls quelques-uns, qui avaient réussi à s'échapper pendant le travail, restèrent en vie. En été 1943, 300 officiers soviétiques furent envoyés à Maïdanek. Ils y furent tous fusillés. Toute l'année 1942 vit des exécutions massives de détenus du camp et de civils venus de l'extérieur. Tadeusz Drabik, un Polonais du village de Krempek, déclara qu'un jour un SS amena dans la forêt de Krempek, 88 camions de personnes de tous âges et de toutes nationalités, des femmes, des enfants et des vieillards. On les abattit au-dessus de fosses toutes prêtes, après les avoir complètement dépouillés. Durant toute l'année 1942, les Allemands procédèrent à des exécutions massives dans la forêt de Krempek.
Au printemps de 1942, 6 000 personnes furent en une fois amenées au camp et massacrées en l'espace de deux jours. Le 3 novembre 1943, 18 400 personnes furent abattues au camp, 8 400 étaient au camp, 10 000 venaient de la ville et d'autres camps. Trois jours avant cette exécution massive, d'immenses fosses furent creusées dans le camp, derrière les fours crématoires. Les exécutions commencèrent le matin et se terminèrent tard dans la nuit. Des SS firent sortir les gens, nus, par groupes de 50 à 100, les firent se coucher au fond des fosses, la face tournée vers le sol, et les tuèrent. Une autre fournée de vivants étaient alors placés sur les cadavres puis fusillés; et ainsi de suite jusqu'à ce que les fosses fussent pleines. Ensuite, on les recouvrit d'une fine couche de terre et on les brûla deux ou trois jours plus tard dans le four crématoire ou dans des brasiers. Afin d'étouffer les hurlements des victimes et le bruit des détonations, les Allemands installèrent de puissants haut-parleurs près du four et dans le camp, et diffusèrent des airs entraînants pendant toute la durée des exécutions. »

Ce massacre du 3 novembre 1943 a été le plus grand commis dans le camp de Maïdanek. Les SS l'ont appelé la " fête de la moisson "... Les exécutions massives se sont poursuivies en 1944, continue le rapport.

« Les habitants du village de Decenta furent également souvent les témoins d'exécutions en 1944. Entre le mois de mars et le 22 juillet inclus, des hommes de la Gestapo amenaient souvent dans des camions des Polonais en grand nombre: il y avait des hommes, des femmes et des enfants. On les amenait près du four crématoire où, après les avoir complètement déshabillés, on les abattait dans des fossés. Certains jours, déclara le témoin Nedzialek qui assista à ces exécutions massives de Polonais, 200 à 300 personnes et plus furent tuées. »

Les gazages

Le rapport de la Commission précise que des exécutions ont lieu à Maïdanek à l'aide, d'une part, d'un " fourgon à gaz " et, d'autre part, de chambres à gaz, appelées ici " cellules à gaz ". Un seul fourgon à gaz a fonctionné à Maïdanek. Les témoignages montrent qu'il était équipé comme à Belzec. Des corps autopsiés après la libération du camp ont permis de confirmer que ces victimes avaient été asphyxiées par les gaz d'échappement du moteur. Le rapport contient un nombre important de témoignages signalant des exécutions dans les six chambres à gaz, notamment: 350 le 15 octobre 1942, 300 en mars 1943 (des Polonais), 300 le 20 juin 1943, 270 le 14 octobre 1943, 500 le 16 octobre 1943, 87 le 15 mars 1944, 158 enfants de deux à dix ans les 16 et 17 mai 1943 et 300 autres le 21 octobre 1943, 600 malades du camp en juin 1943, etc.
Le Zyklon B est utilisé à Maïdanek, ainsi que le monoxyde de carbone. Les installations ont fonctionné d'octobre 1942 à l'automne 1943. Le rapport conclut sur ce point:

« Lorsque toutes les cellules équipées pour l'empoisonnement fonctionnaient simultanément, il était possible de tuer à la fois 1 914 personnes. Il a été prouvé que dans ces cellules à gaz on empoisonna tous ceux qui étaient soit épuisés par la faim, soit affaiblis par un trop lourd travail et par le régime brutal, des prisonniers incapables de fournir un travail manuel, toutes les personnes atteintes du typhus et tous ceux que les Allemands jugeaient utile d'assassiner. »

7 711 kilos de Zyklon B ont été utilisés pour les gazages à Maïdanek.


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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Lun 14 Mai - 13:33

Les incinérations

Les corps des victimes étaient enfouis dans de vastes fosses communes, puis exhumés et brûlés sur des bûchers et dans des fours crématoires. Là encore, le rapport de la Commission est précis.


Sur les fours crématoires:

« Les Allemands commencèrent par brûler les corps de tous ceux qu'ils avaient tués ou torturés à mort. Plus tard, spécialement en 1943 et 1944, ils commencèrent à brûler des cadavres en exhumant des fosses les corps des fusillés. Comme il y en avait une quantité considérable, les Allemands entreprirent la construction d'un immense four à cinq fourneaux. Les fours brûlèrent continuellement. La température pouvait atteindre 1 500 degrés. Afin de pouvoir mettre plus de corps dans chaque fourneau, les Allemands démembraient les corps, coupant les membres à la hache. Les experts qui examinèrent en détail la construction des fours arrivèrent à la conclusion suivante; les fours devaient brûler sans interruption. Quatre corps, dont les membres avaient été hachés, pouvaient être placés à la fois dans le four. Cela prenait quinze minutes pour brûler quatre corps, de sorte que, quand tous les fours fonctionnaient, on pouvait brûler 1 920 corps en vingt-quatre heures.
Étant donné le fait qu'on découvrit de grandes quantités d'ossements dans le camp (dans des fosses, des jardins potagers, des tas d'engrais), le conseil d'experts estima que les os étaient enlevés des fours avant d'être complètement consumés et qu'ainsi, en fait, on brûlait beaucoup plus de 1 920 corps en vingt-quatre heures. »






Sur les bûchers:

« La Commission a établi que pendant une longue période, spécialement dans les deux dernières années, les Allemands brûlèrent des corps, non seulement dans des fours spéciaux, mais souvent aussi sur des bûchers, dans le camp de la forêt de Krempek. Des planches étaient posées en travers sur des bancs ou des châssis d'automobiles, et les corps étaient placés dessus. Venait ensuite une autre couche de planches, puis une nouvelle couche de corps (500 à 1 000 corps) était placée sur le bûcher. Un liquide inflammable était répandu sur le tout et le feu mis au tas. Chacun de ces bûchers brûlait durant deux jours. »

Les cendres et les ossements, concassés à l'aide d'un moulin spécial, étaient enfouis dans des fosses ou mêlés à du fumier. La Commission a découvert 1 350 mètres cubes de cet " engrais ".
LA FIN DE MAÏDANEK

Le 23 juillet 1944, les SS abandonnent Maïdanek.
Auparavant, ils avaient évacué les 17 000 survivants, notamment sur Auschwitz. Quand l'armée Rouge arriva, elle ne trouva que quelques dizaines de Russes. Beaucoup d'installations avaient été détruites, dynamitées ou incendiées. L'immense crématoire restait intact. D'énormes entrepôts étaient encore remplis des dépouilles des victimes: des dizaines de milliers de valises portant encore le nom de leur propriétaires, plusieurs centaines de milliers de vêtements, de bottes, de chaussures d'hommes, de femmes et d'enfants, des milliers de paires de lunettes, des dizaines de milliers de ceintures de femmes, de peignes, de ciseaux, de couteaux, de blaireaux, de biberons, etc. Certains de ces objets étaient emballés et prêts à être expédiés à Berlin. Vêtements et objets portaient la marque de tous les pays d'Europe occupés par la Wehrmacht.

Le SS Ternes, inspecteur financier du camp, a reconnu devant la Commission qu'une grande quantité d'or et d'objets précieux, volés aux victimes, avait été envoyée à Berlin... ou subtilisée par les nazis. Au terme de son enquête, la Commission a établi la liste des responsables : " Les principaux exécuteurs de ces atrocités furent l'Obergruppenführer Globocnik, chef des SS et SD de Lublin; l'ancien gouverneur de la province de Lublin Wendler; le chef des SS et des SD de Lublin Dominnik; le chef des camps de prisonniers de guerre en Pologne Liski; les chefs de camp Koch et Kegel; l'assistant du commandant du camp Meltzer; ainsi que Kloppmann, Tumann, Mussfeld, Kostial; les médecins du camp Grün, Rindfleisch et Blanke; le chef du four crématoire Wende. "

Conclusion

Maïdanek a été, comme Auschwitz, mais à un degré moindre, à la fois un camp de concentration et un camp d'extermination. La plupart des documents ayant été détruits, il est impossible d'établir le nombre des personnes qui y ont été assassinées. La Commission d'enquête, dans une première estimation le 28 septembre 1944, avait avancé celui de 1 300 000. Parmi ces victimes, les Polonais avaient été les plus nombreux, puis les juifs, puis les Soviétiques, dont une forte proportion de prisonniers de guerre. Raul Hilberg chiffre à 50 000 le nombre des juifs exterminés à Maïdanek, mais il s'agit seulement des juifs et seulement de la période allant de septembre 1942 à septembre 1943. Dans un article paru dans le numéro 31 de novembre 1985 de la Presse nouvelle, mensuel de l'UJRE, Roger Maria estime à 360 000 le nombre des victimes entre octobre 1941 et juillet 1944. Le nombre le plus généralement admis est d'au moins 400 000 victimes, appartenant à cinquante nationalités.
Parmi elles, au moins 4 000 Français, juifs et non juifs, dont quelques actes de décès ont été enregistrés à la mairie de Lublin. Notamment des hommes, des femmes et des enfants juifs partis en mars 1943 de Drancy.


Memorial




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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Mar 15 Mai - 11:07


AUSCHWITZ

Auschwitz est la plus gigantesque entreprise
criminelle de l'histoire.

À la différence des KZ déjà présentés, celui d'Auschwitz remplit une double fonction: d'une part il est intégré au système des autres camps de concentration infligeant aux déportés le travail forcé jusqu'à l'épuisement, d'autre part il est équipé pour l'extermination massive immédiate.
A Auschwitz, les nazis ont construit leur plus gigantesque complexe concentrationnaire comportant:

• Auschwitz I, le camp central (Stammlager), un camp de concentration comme les autres;

• Auschwitz II-Birkenau, le camp d'extermination ;

• Auschwitz III, le camp de travail.




AUSCHWITZ 1: LE STAMMLAGER

Auschwitz I ressemble aux autres KZ dans tous les domaines.

Le camp

Le KZ d'Le camp

Le KZ d'Auschwitz (Oswiecim en polonais) est situé à 30 kilomètres au sud de Katowice, à 50 kilomètres à l'ouest de Cracovie et au sud-ouest du bassin industriel et minier de la Silésie. Cette région a été rattachée au Reich après l'occupation de la Pologne par les Allemands. Le site, complètement entouré par la Vistule et la rivière Saula, est marécageux, plat, paludéen. Le climat, continental, est très rude. Brûlant en été, il descend jusqu'à moins 30 °C en hiver.

L'ordre de construire un vaste KZ à Auschwitz a été donné par Himmler le 27 avril 1940. Le 20 mai 1940 arrive à Auschwitz un premier groupe de trente détenus allemands destinés à assurer l'administration intérieure du nouveau camp, installé dans d'anciennes casernes. La plupart sont des criminels de droit commun. Le commandant du KZ est Rudolph Höss, jusqu'alors Schutzhäftlager au camp de Sachsenhausen.

Auschwitz I est destiné aux Polonais. Ils composent effectivement le premier convoi: 728 d'entre eux arrivent le 14 juin 1940. D'autres convois suivront. C'est seulement le 6 juin 1941 que débarque le premier convoi ne comprenant pas de Polonais, mais des Tchèques. Marc Klein donne une description précise d'Auschwitz I où il arrive, avec 200 autres déportés, le 2 juin 1944. Il insiste sur l'originalité du camp, avec ses Blocks en dur, puisqu'il s'agit d'une caserne désaffectée.

« Dès mon arrivée à Auschwitz I ce camp me fit une impression surprenante: celle d'un groupement d'habitation collective d'une extrême propreté. Le Stammlager était composé de 28 Blocks de pierre, couverts de tuiles, disposés en trois rangées entre lesquelles étaient tracées des rues bordées et empierrées. L'ensemble, occupant un rectangle d'environ 800 mètres sur 400 mètres, était entouré d'un mur en béton, lui-même bordé à l'intérieur et à l'extérieur par des haies de fil de fer barbelé, chargé de courant à haute tension. De place en place, dans cette enceinte, se trouvaient encastrés d'imposants miradors, où veillaient des SS armés de mitrailleuses; ces tours de garde étaient placées de telle façon que de leur haut on pouvait surveiller tout ce qui ce passait à l'intérieur du camp. Sur ce mur se trouvaient insérés également des pylônes portant de puissantes lampes électriques, allumées dès la tombée de la nuit et qu'on n'éteignait que lors des alertes aériennes. De nombreux services techniques se trouvaient à l'extérieur de l'enceinte, dans son voisinage immédiat: les casernements des troupes SS, les services administratifs SS, l'hôpital et la pharmacie SS, les garages SS, une station d'épouillage avec une installation moderne aux ondes courtes, la boulangerie mécanique, les écuries, les étables, l'abattoir et la fabrique de saucisses; enfin il faut citer tout spécialement les vastes constructions, entrepôts de douane désaffectés, qui contenaient, jusque sous les combles, d'innombrables objets de valeur, soigneusement classés, prélevés à l'arrivée sur les déportés qui, par millions, avaient abouti à Auschwitz depuis 1941. Ces amoncellements dépassent l'imagination humaine et avaient reçu dans l'argot du camp le nom de " Canadas ". »


Entree du camp Auschwitz I




La vie quotidienne

Le témoignage de Marc Klein permet de connaître les aspects de la vie quotidienne à Auschwitz 1 en juin 1944: l'arrivée et la quarantaine, puis le logement, la nourriture, les appels, le travail, le Revier..

« Nous avions déjà été délestés à Birkenau de tous nos bagages, puis dès l'arrivée au Stammlager, nous fûmes privés de tous les objets que nous portions sur nous, y compris nos papiers d'identité, montres, portefeuilles, stylos, lunettes, bagues, tous les menus objets qu'un homme peut porter sur lui furent jetés, selon les espèces, sur des tas séparés. Puis nous fûmes privés de nos vêtements, rasés sur tout le corps, passés à la douche et nous fûmes affublés du fameux habit rayé bleu et blanc. Dès notre entrée dans le camp, tous nos papiers d'identité furent détruits. Nous étions tombés au rang d'un objet numéroté, ce fameux numéro matricule qu'on n'allait pas tarder à nous tatouer sur l'avant-bras gauche, lors des formalités de l'enregistrement. La paperasserie occupait à Auschwitz I une place éminente. »

Les bâtiments en dur permettent un hébergement privilégié par rapport aux autres KZ.

« Chaque Block comportait un sous-sol surélevé, un rez-de-chaussée, un étage et des combles. Dans les périodes de grande affluence, tous les locaux disponibles pouvaient être occupés, mais dans les périodes moyennes, seuls le rez-de-chaussée et le premier étage servaient de locaux d'habitation aux détenus. Au rez-de-chaussée de chaque Block se trouvaient de petits dortoirs, réservés à des détenus privilégiés, des WC, des lavoirs spacieux, bien agencés et comportant de nombreux robinets. La propreté de ces installations, construites de façon moderne, constituait pour les chefs de Blocks et leurs subordonnés une des principales préoccupations et entraînait des corvées et des brimades pénibles. Au premier étage des Blocks se trouvaient des dortoirs spacieux qui pouvaient loger jusqu'à 1 000 détenus. Les lits étaient du type de ceux qu'on trouve dans les casernes allemandes, c'est-à-dire composé d'un bâti en bois à trois lits superposés. Chacun de ces lits avait une paillasse et deux couvertures. Dans les périodes moyennes, chaque détenu avait donc un lit individuel, ce qui, dans un camp de concentration, est une faveur insigne. La propreté de ce lit et sa confection lors du lever constituaient un gros tracas de notre vie de détenus. Un lit mal fait, repéré lors de l'inspection journalière des dortoirs par le Blockführer SS, pouvait entraîner les pires sévices corporels ou le déclassement vers le mauvais kommando avec son issue souvent fatale. Le Bettebauen était un souci quotidien et une source de vexations, surtout pour le nouvel arrivant qui ne possédait pas les réflexes nécessaires pour confectionner son lit en un temps minimum record et selon un modèle absolument fixe. Que de camarades ont finalement sombré pour ne pas avoir su s'adapter à cette clause pénible de l'emploi du temps journalier!...
[ ... ] Mais aucun Block ne possédait de réfectoire (Tagesraum) et les repas étaient absorbés par les détenus debout, ou, au mieux, accroupis sur les bois des lits, position qui entraînait des chicanes interminables entre les habitants du même bâti. Seuls quelques privilégiés de certains kommandos légers pouvaient se débrouiller pour manger à une table unique par chambrée.
La nourriture du camp comportait trois repas. Le matin, on distribuait un liquide chaud, café ou tisane, qui théoriquement devait être sucré trois fois par semaine. Le repas de midi représentait le plat de résistance, un litre de soupe bouillie dans laquelle entraient les ingrédients les plus divers. Le fond en était toujours constitué par des choux; il s'y ajoutait des farines, des graines, des légumes, des pommes de terre, des débris de viande. Dans aucun camp, je n'ai jamais mangé de soupe aussi mauvaise qu'à Auschwitz I. La médiocrité tenait à la malhonnêteté foncière du personnel polonais et russe travaillant à la cuisine, qui, de connivence avec les surveillants SS, détournait des quantités importantes d'aliments. Au repas du soir avait lieu la distribution d'un liquide chaud, de la ration journalière de pain de 375 grammes, à laquelle s'ajoutait deux fois par semaine pour les travailleurs un supplément de 550 grammes. La " portion " était faite d'une tranche de saucisson, ou d'un morceau de margarine, ou de marmelade, ou de fromage. Deux fois par semaine, il y avait un supplément de " portion ". Le pain et la portion aboutissaient au détenu plus ou moins rognés selon la malhonnêteté de la cuisine et surtout du personnel intermédiaire chargé de la distribution. »

Marc Klein expose ensuite les conditions de travail imposées aux déportés

« À Auschwitz I tout le monde était soumis à l'obligation d'un travail effectif. Il n'y avait pas d'invalides ni de vieux, ils étaient supprimés à l'arrivée et aux sélections. Comme dans tous les camps, il existait des différences dans la nature et la dureté du travail selon les différents kommandos, et à l'intérieur du même kommando selon les postes. Il y avait les mauvais kommandos (Scheisskommando) où le travail dur et continu épuisait rapidement les détenus mal entraînés et peu nourris. Il y avait les bons kommandos où le travail était léger et spécialisé et où les chances de survie étaient grandes. Mais même dans les plus mauvais kommandos, il y avait des postes privilégiés et dans les meilleurs kommandos pouvaient survenir des besognes qui mettaient temporairement à contribution toute la résistance physique d'un détenu. Ce qui jouait au premier chef, c'était la plus ou moins grande dureté du personnel de surveillance, autant SS que détenus. Les kapos (le terme s'écrit " capo " à Auschwitz) étaient, sauf rares exceptions, des triangles verts qui se livraient aux sévices allant jusqu'au crime sur les détenus, et qui se prêtaient aux pires bassesses devant les SS. Le travail anonyme le plus redoutable était celui du terrassement ou du transport, dans lequel sombrait par épuisement l'innombrable cohorte de ceux qu'aucune aptitude particulière ne qualifiait pour un travail spécialisé, et de ceux qui avaient la malchance de ne pas avoir trouvé d'amis solides qui, tôt ou tard, pouvaient les faire muter à un poste plus léger. Les emplois les plus enviables étaient ceux de scribes ou d'infirmiers existant dans tous les groupements de travail, et aussi les travaux variés dans les bons kommandos. Parmi ces derniers se trouvaient tous les emplois d'ouvriers spécialisés dans les usines, telles la Union, usine d'armement, les Deutsche Aussrüstungswerke (travaux de menuiserie), les services administratifs, la boulangerie, les abattoirs, la buanderie, la désinfection, la lutte contre les parasites, les garages. Ce qui primait toute compétence, c'était tout d'abord la catégorie à laquelle appartenait le détenu; ce qui comptait ensuite à l'intérieur même du kommando, c'était la plus ou moins grande débrouillardise d'un détenu, sa sociabilité, sa complaisance à effectuer toutes les corvées, même les plus désagréables; enfin ce qui jouait le plus efficacement, c'était l'appui réciproque que se prêtaient les détenus. Dès notre arrivée, pendant la quarantaine très dure, j'ai été affecté au Holzhof, où j'ai passé des journées au déchargement de troncs d'arbres; puis j'ai passé au Bauhof à faire le débardeur, en transportant des rails et des briques. J'ai été passagèrement dans un des kommandos les plus redoutables du camp, la Huta, où l'on construisait un gigantesque tuyau en béton, voie d'adduction d'eau pour la nouvelle centrale électrique du camp. Puis j'eus l'immense chance d'être affecté à la pharmacie des détenus. »

Marc Klein décrit aussi l'état d'esprit des prisonniers hantés par la crainte d'être sélectionnés et conduits à la chambre à gaz, les interminables appels du matin et du soir, etc. Il insiste plus particulièrement sur le Revier, ce qui est bien normal pour un médecin.

« L'hôpital d'Auschwitz I occupait un certain nombre de Blocks, dont l'installation intérieure répondait à la plupart des exigences de la technique hospitalière moderne. Le Block 19 était réservé à la dysenterie et aux maladies internes; le Block 9 aux seules maladies internes; le Block 20 aux maladies infectieuses et à la tuberculose. Le Block 2l, section chirurgicale, comportait une salle d'opération aseptique, une salle de pansements et de vastes locaux d'hospitalisation. Le Block 28, où j'ai travaillé, renfermait la consultation externe (Ambulanz), une salle d'opération septique, une salle d'otorhinolaryngologie et d'ophtalmologie, un laboratoire, une salle de triage pour plantes médicinales, la pharmacie des détenus, une installation de lunetterie. Il y avait même dans le Block de petites salles de malades pour des détenus privilégiés. Mais le fonctionnement apparemment normal de cet hôpital avait une contrepartie cruelle: les sélections. Tous les soins donnés, toutes les précieuses médications dispensées se trouvaient annihilés d'un coup par cette opération aveugle de destruction collective. Le choix des malades sélectionnés se faisait parfois après présentation du patient à un médecin SS. Mais le plus souvent le tri était pratiqué par des sous-officiers SS qui faisaient leur choix au hasard. »

Les médecins, sachant que les déportés du Revier risquent en permanence la sélection aveugle, c'est-à-dire la mort, refusent le plus possible de les hospitaliser. Ce que certains détenus ne comprennent pas, les accusant d'inhumanité ou même de complicité avec l'entreprise d'extermination des SS. Les médecins déportés connaissent ainsi de terribles cas de conscience.

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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Mar 15 Mai - 11:13

Les sévices

Les exactions, les humiliations, les coups, les tortures sont de même nature à Auschwitz que dans les autres KZ. Quelques exemples l'illustreront, empruntés au livre-témoignage d'Hermann Langbein.
Exemple de la cruauté des SS :

« La balançoire est la torture favorite du bureau politique (la Gestapo de camp). Les poignets étant attachés aux chevilles du détenu, un bâton est passé sous les genoux, entre les mollets et les avant-bras. L'homme est ainsi suspendu la tête en bas. On lui imprime alors un mouvement de balançoire et, à chaque oscillation, il reçoit un coup sur les fesses. Cela serait supportable, mais le pire, ce sont les coups sur les organes génitaux. Boger, le sinistre chef du bureau politique, les vise d'ailleurs directement. Jamais je n'aurais cru que le scrotum pouvait enfler à ce point. Ceux qui reviennent de la balançoire ne peuvent s'asseoir les jours suivants. Si le détenu n'a pas parlé malgré ce supplice, on vient le rechercher deux jours après. Celui qu'on attache de nouveau à la balançoire doit être de fer pour garder le silence. »

Exemple de la cruauté des kapos. Max Mannheimer décrit un Blockälteste de la quarantaine à Birkenau appelé le Tigre:

« Quand il frappait, c'était toujours avec des gants de cuir, à cause de la résonance. Je n'en ai connu qu'un qui n'ait pas été renversé du premier coup par ce colosse haut comme un arbre. Cette mésaventure le mit d'ailleurs en rage. Son prestige avait souffert. Il ne travaillait jamais sans spectateur. J'ai moi-même entendu parler d'un kapo vert du camp central qui, pour expliquer une nouvelle prise à un collègue, appela un juif qui passait là par hasard et démontra sur lui la manière de tuer un homme d'un seul coup. L'expérience réussit. Personne n'y prêta attention. »

H. Langbein évoque longuement le sort des déportés épuisés par la sous-alimentation, les " musulmans ", et ses observations sont valables pour tous les KZ.

« Très vite, celui qui avait fait l'expérience des camps voyait si le nouvel arrivant avait ou non des chances de survivre. Le docteur Waitz estime que l'on pouvait se prononcer au bout de huit ou dix jours. Celui dont la volonté craquait sous l'épreuve avait bientôt la mort inscrite sur le visage. À Auschwitz ces hommes anéantis étaient appelés " musulmans "; d'autres camps reprirent l'expression par la suite. »

Les médecins ont donné une description précise de cet état. W Fejkiel, qui, de tous ses confrères, est sans doute celui qui a la plus grande expérience, en dresse le tableau suivant:

« On pouvait diviser les symptômes de la dénutrition en deux phases. La première était caractérisée par l'amaigrissement, l'atonie musculaire et la diminution croissante de l'énergie motrice. Pendant cette phase, l'organisme ne subissait pas encore de dommages profonds; mis à part la lenteur de leurs mouvements et leur affaiblissement, les malades ne présentaient pas d'autres symptômes, pas de troubles psychiques non plus, si ce n'est une excitabilité caractéristique. Il était difficile de déterminer le passage d'un stade à l'autre; chez les uns il était progressif, chez les autres très rapide. On peut dire approximativement que le second commençait quand l'affamé avait perdu le tiers de son poids normal. Outre l'amaigrissement plus prononcé, l'expression du visage se mettait à changer; le regard devenait morne, l'expression indifférente, vide et triste; les yeux se voilaient, leur globe s'enfonçait dans l'orbite. La peau, qui prenait une teinte grisâtre, un aspect de papier mince et dur, s'écaillait, sensible à toutes les infections, surtout par lésions de grattage. Les cheveux hirsutes et ternes cassaient facilement. La tête semblait s'allonger; molaires et orbites saillaient. Le malade respirait lentement, parlait bas et avec beaucoup de difficulté. Selon la durée de la carence, des oedèmes apparaissaient, de plus en plus importants. Le matin, on les observait surtout au visage, le soir aux pieds et aux jambes, remontant parfois jusqu'au scrotum. À l'enflure s'ajoutait la dysenterie. Pendant cette période, les malades étaient indifférents à tout ce qui se passait autour d'eux. S'ils pouvaient encore se déplacer, c'était avec la plus extrême lenteur, sans plier les genoux. Leur température interne ne dépassant pas 36 °C, en général ils tremblaient de froid. Quand on observait un groupe au loin, il faisait penser à des Arabes en train de mendier, d'où le nom de " musulmans " qu'on leur donnait habituellement dans le camp. »

Le docteur Aron Bejlin résume ainsi des observations:

« Le stade de musulman est le dernier dans la cachexie. Celui qui y parvient se met à parler sans arrêt de nourriture. Or il y avait deux sujets tabous à Auschwitz: le crématoire et la nourriture. Quand quelqu'un perdait le contrôle de lui-même et se mettait à raconter sans arrêt les repas qu'il faisait chez lui, c'était le premier signe qu'il était arrivé au stade de musulman. Nous savions qu'il ne tarderait pas à perdre toute réaction. Ses mouvements se ralentissaient et son visage prenait l'aspect d'un masque; les réflexes abolis, il faisait ses besoins sous lui sans même s'en apercevoir. Il restait couché, immobile sur sa paillasse, bref, il était devenu un musulman, un cadavre aux jambes enflées. »


Entree Auschwitz Birkenau






Les expériences médicales

Tous les survivants d'Auschwitz se souviennent du docteur Joseph Mengele, médecin-chef du camp. Il sélectionnait lui-même les déportés dès leur descente des wagons " en désignant les victimes d'un geste négligent de l'index, tout en sifflant un air de la Tosca ". il recherchait tout particulièrement les jumeaux, car il poursuivait des travaux " scientifiques " visant à la multiplication de la race supérieure des Aryens.
Le professeur Robert Lévy note:

« Parmi les malfaiteurs et les assassins, le type le plus dangereux est le médecin criminel, surtout quand il est muni de pouvoirs tels que ceux détenus par le docteur Mengele. Il envoie à la mort ceux que ses théories radicales désignent comme des êtres inférieurs et nuisibles à l'humanité. Ce même médecin criminel reste durant des heures à côté de moi parmi les microscopes, les études et les éprouvettes, Ou bien debout des heures entières près de la table de dissection, avec une blouse maculée de sang, les mains ensanglantées, examinant et recherchant comme un possédé. Le but immédiat est la multiplication de la race allemande, le but final restant la production d'Allemands purs en nombre suffisant pour remplacer les peuples tchèque, hongrois, polonais, condamnés à être détruits sur le territoire déclaré espace vital du IIIè Reich et momentanément habité par ces peuples. »

Pour ses expériences sur la gémellité, Mengele recherchait les jumeaux, les interrogeait pour établir une fiche médicale détaillée, les tuait le même jour et les autopsiait pour comparer leurs organes. Il envoyait les pièces anatomiques et ses observations à l'Institut de biologie génétique et d'hérédité de Berlin-Dahlem. Tous les déportés atteints de gigantisme et de nanisme connaissaient le même sort que les jumeaux.
Mengele effectuait aussi des expériences dans d'autres domaines. H. Langbein rapporte le témoignage d'une infirmière polonaise déportée, Ella Lingens:

« Je me rappelle la petite Dagmar. Elle était née à Auschwitz en 1944 de mère autrichienne et j'avais aidé à la mettre au monde. Elle est morte après que Mengele lui eut fait des injections dans les yeux pour essayer d'en changer la couleur. La petite Dagmar devait avoir des yeux bleus ! ... » Romualda Ciesielska, qui avait la responsabilité d'un Block d'enfants à Birkenau, raconte que le médecin en prit 36 pour ses expériences sur les couleurs de l'iris. Ils éprouvèrent de vives douleurs et leurs yeux pleurèrent; puis ils revinrent lentement à un état normal. L'un deux, pourtant, perdit presque totalement l'usage d'un oeil .

Parallèlement aux recherches sur la reproduction accélérée des Allemands, les médecins nazis d'Auschwitz s'efforcent de mettre au point les moyens qui permettront de supprimer les facultés reproductrices des peuples asservis (en vue d'un génocide à l'envers en quelque sorte). Le docteur Viktor Brack, celui qui avait été chargé du programme d' " euthanasie ", étudie les possibilités de stérilisation et de castration par les rayons X. Le 28 mars 1941, il envoie à Himmler son premier compte rendu et propose un dispositif permettant l'irradiation de " 3 000 à 4 000 personnes par jour ". Ces expériences sont poursuivies par le médecin aviateur, le docteur Horst Schumann qui, lui, préfère la castration opératoire "qui ne dure que six à sept minutes et est plus sûre et plus rapide que la castration par les rayons X ". Le docteur Clauberg, gynécologue, estime, dans une lettre du 7 juin 1943 à Himmler, qu'il obtient des résultats bien meilleurs par des injections dans l'utérus.
Voici le passage du rapport de la Commission générale d'enquête sur les crimes allemands en Pologne sur ces expériences:

« Il y a des preuves irréfutables qui démontrent que certaines expériences ont été faites sur des hommes vivants. Ce sont les dépositions de plusieurs témoins et le compte rendu de la séance de la Section de chirurgie du 16 décembre 1943 qui cite notamment: 90 castrations, 10 ablations d'ovaires et une ablation de l'oviducte. Les expériences avaient lieu dans le Block 10 du camp principal. On peut les classer comme suit: expériences visant à l'examen du cancer, expériences de stérilisation, expériences hématologiques et sérologiques. Le plus souvent, des juives étaient employées à cet effet. Beaucoup d'entre elles furent à plusieurs reprises l'objet d'expériences. On constata, après quelques essais, qu'une fois opérées, les femmes n'étaient plus bonnes pour les expériences et dès lors on les expédiait directement aux chambres à gaz.
Les expériences de stérilisation au moyen de rayons étaient l'œuvre du professeur Schumann de Berlin, lieutenant d'aviation de la Wehrmacht. Beaucoup de femmes vomissaient violemment après de telles expériences, beaucoup moururent peu après. Au bout de trois mois, chaque opérée subissait encore deux opérations de contrôle, pendant lesquelles une partie de leurs organes était incisée afin d'en vérifier l'état. C'est probablement à la suite de transformations hormonales provoquées par ces opérations que les jeunes filles vieillissaient précocement et faisaient l'impression de femmes âgées.
Quant aux hommes, un testicule seulement était soumis à l'insolation. Après cette opération, ils retournaient aux Blocks généraux et, après un repos d'une journée seulement, ils étaient remis au travail, sans qu'on tienne compte de leur état de santé. Beaucoup d'entre eux succombaient à la première expérience. Ceux qui y avaient survécu étaient au bout d'un mois castrés par le même Schumann, qui collectionnait les testicules coupés et les expédiait à Berlin. On choisissait pour ces expériences des hommes et des femmes jeunes et robustes, le plus souvent des juifs de Grèce. Au cours d'une séance, trente femmes environ étaient soumises à l'insolation. De telles séances étaient organisées par Schumann deux ou trois fois par semaine. Mais c'est le professeur Clauberg, gynécologue allemand, qui fut le principal expérimentateur sur des êtres humains vivants .»

De nombreuses autres expériences effectuées à Auschwitz permettent de tester des médicaments, la résistance à la fatigue, etc.



Les exécutions

Le Block 11 est la prison du camp, le Bunker. Surnommé par les déportés le " Block de la mort ", il peut contenir jusqu'à 1 000 détenus. Les condamnés sont fusillés dans la cour séparant les Blocks 10 et 11, contre le " mur noir " élevé à l'extrémité de cette cour solidement barricadée. Tragédie de la déportation rapporte le témoignage d'Émile Juillard.

« Pendant la quarantaine de 1943 qui a duré quatre mois, nous étions logés au premier étage du Block II. Au rez-de-chaussée et dans les caves se trouvaient les détenus condamnés à mort, en instance de jugement, ou plus exactement de décision de la Gestapo. Leur nombre était en moyenne de 800 à 1 000 parmi lesquels il y avait des femmes et des enfants, logeant tous dans des conditions d'hygiène effroyables. Chaque jour, comme mes camarades, je voyais les internés du rez-de-chaussée qui étaient emmenés bien portants à la Gestapo; et le soir ils en revenaient blessés, meurtris, souvent portés sur des civières. Ils avaient subi d'affreuses tortures en cours d'interrogatoire. Chaque jour il était procédé à des exécutions au Block II.
Lorsqu'il n'y avait que deux ou trois camarades à exécuter, l'opération était faite dans les lavabos du Block. Lorsqu'il y en avait un plus grand nombre, on nous faisait séjourner dans le couloir du premier étage du Block pour que nous ne puissions pas voir ce qui se passait dans la cour où avaient lieu les exécutions, contre un mur spécialement construit à cet effet; mais nous entendions distinctement les coups de feu, ce qui nous permettait de compter combien de camarades étaient tués. Nous avons souvent atteint des chiffres de 50, 60, 80, 100. Un matin, nous en avons compté 180. Lorsqu'il nous était permis de redescendre dans la cour, nous voyions que la terre était imbibée de sang et nous apercevions encore des débris de cervelle, car tous ces camarades étaient abattus d'une balle dans la nuque. Nous pouvions encore vérifier le nombre exact des exécutés, parce que les corps étaient déshabillés avant leur transport au crématoire, et nous avions la possibilité de compter les vêtements et chaussures entassés dans un coin. Pendant mon séjour au Block II, il y eut en moyenne 500 exécutions par semaine, soit environ 8 000 détenus en quatre mois, parmi elles beaucoup d'officiers polonais . »

On estime à 20 000 le nombre de déportés fusillés devant le mur de la mort.
E. Juillard indique, dans ce même témoignage, qu'il a assisté à plusieurs pendaisons, notamment à une pendaison simultanée de douze déportés " sur la même poutre préparée à cet effet ". Comme dans les autres KZ, ces pendaisons ont lieu devant les déportés rassemblés, avec musique et défilé devant les corps des suppliciés.
Une sombre spécialité d'Auschwitz a été l'exécution par injection de phénol. H. Langbein rapporte le témoignage de ces faits que signalent tous les rescapés.


Le Block 11





« Stanilas Klodzinski, étudiant en médecine, qui avait la fonction d'aide-soignant au Block 20, décrivit devant le tribunal de Francfort le sort de ceux que le médecin SS avait condamnés à mort: " Parfois le matin, parfois à midi, les sélectionnés étaient conduits au Block 20, en chemise, avec une couverture et des sabots; ils entraient par la porte latérale, ceux qui ne pouvaient plus marcher poussés dans des brouettes. ils étaient alignés dans l'allée, le secrétaire recevait la liste qu'il devait vérifier, puis venait le SDG, le portier criait: Achtung! Et, à partir de ce moment, aucun malade ne pouvait plus quitter la pièce. Un silence de mort s'abattait sur le Block. Tous les malades du Block savaient de quoi il retournait, mais la plupart des sélectionnés l'ignoraient. Le SDG allait alors dans la pièce numéro 1, fermée le reste du temps et dont les vitres étaient peintes en blanc. À gauche de la porte, une petite table portant des seringues, de longues aiguilles et un flacon plein d'un liquide rose jaunâtre: du phénol. On écrivait les numéros au crayon encre sur la poitrine des victimes, puis je les faisais passer l'une après l'autre derrière le rideau sombre coupant le corridor. Un prisonnier l'accompagnait, le faisait asseoir, et l'infirmier SS Klehr (SDG), auteur de la quasi-totalité de ces assassinats, qui avait endossé une blouse blanche, pratiquait une injection de phénol directement dans le cœur. La mort était instantanée, juste un léger murmure, comme une exhalaison. Les cadavres étaient traînés dans les lavabos, de l'autre côté du couloir. Le soir, le camion du crématoire se plaçait l'arrière contre la porte et on le chargeait avec les corps. »

Par ailleurs, une petite chambre à gaz avait été construite à côté du crématoire.
En octobre 1941 avait débuté à Birkenau, à 3 kilomètres du camp central, la construction d'un vaste camp annexe.
Le 11 novembre 1943, le commandant du camp, Rudolf Höss, est remplacé par Arthur Liebehenschel, qui, après six mois où il s'efforcera d'atténuer le sort des déportés, est lui-même remplacé le 11 mai 1944 par Richard Baer.
À la même date, le camp d'Auschwitz, devenu le plus considérable des KZ, est subdivisé en trois: le camp central est désormais appelé Auschwitz I, le camp annexe de Birkenau devient Auschwitz II, tandis qu'Auschwitz III désigne l'ensemble des camps de travail créés auprès des usines d'armement et centralisés à Monowitz. Liebehenschel est à la fois le commandant d'Auschwitz I et le supérieur hiérarchique des commandants d'Auschwitz II et d'Auschwitz III. Auschwitz I conserve les services centraux et sanitaires. Par la suite, Auschwitz I et Auschwitz II seront à nouveau réunis. Les commandants du camp d' Auschwitz II (Birkenau) sont respectivement : Fritz Hartjenstein (1943-1944) et Josef Kramer (1944-1945). Le commandant du camp Auschwitz III (Monowitz) est Heinrich Schwarz (1943-1945).


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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Mar 15 Mai - 11:25


AUSCHWITZ III-MONOWITZ: LE TRAVAIL

Des camps annexes sont construits à partir de l'été 1942 près d'Auschwitz en application de la nouvelle politique d'Oswald Pohl. Il s'agit d'utiliser la main-d'œuvre concentrationnaire pour les industries d'armement. Le plus important de ces camps de travail est édifié près de l'usine de caoutchouc synthétique Buna de l' IG Farben. Il est appelé " Monowitz ", du nom d'une localité polonaise toute proche.
Auschwitz III-Monowitz et ses camps annexes sont placés sous le commandement du Haupsturmführer Heinrich Schwartz, le Lagerführer étant le Bavarois Schoettel.


Plan du site





La vie concentrationnaire

Le premier convoi de Français arrive à Auschwitz III en octobre 1943. Robert Waitz , qui en fait partie, décrit le KZ de Monowitz:

« Le camp de Monowitz est rectangulaire, entouré d'une double ceinture de barbelés. La clôture intérieure est électrifiée dès la tombée de la nuit et il est interdit de pénétrer sur le chantier intérieur qui longe les barbelés. Les sentinelles se trouvent dans des miradors érigés en dehors de la clôture. Le soir, après l'appel, un feu rouge sur la clôture indique qu'un SS se trouve à l'intérieur du camp. Le camp SS avec ses bâtiments administratifs, ses casernes, son garage, son infirmerie est situé en dehors du camp des détenus. Dans le camp, les Blocks, pour la plupart des baraques en bois, souvent repeintes, sont entourés de pelouses avec quelques parterres de fleurs au printemps et en été. Le contraste entre l'élégance du décor et les atrocités qu'on y commet plait aux SS. Au milieu du camp, une énorme esplanade constitue la place d'appel, éclairée lors des appels du soir par un projecteur installé au sommet d'un mât. »

L'accueil, la quarantaine, etc.: tout se passe comme à Auschwitz I. Y compris le tatouage du déporté sur la face interne de l'avant-bras gauche, les vexations du Bettenbau, les brutalités, les punitions, les appels du matin et du soir, la promiscuité dans les Blocks où deux hommes couchent ensemble par case, etc. L'infirmerie est appelée à Monowitz le " Krankenbau " (KB). Elle a un médecin SS et un sous-officier infirmier dénommé le SDG (Sanitatsdienstgehilfe). Comme dans tous les camps de concentration, l'infirmerie est autonome à l'intérieur du camp. Elle est composée d'un certain nombre de Blocks. L'un d'entre eux renferme le bureau administratif, les locaux de consultation et de pansement, la salle d'opération et, durant les derniers mois, un petit laboratoire. Les autres sont des Blocks d'hospitalisation remplis de lits à trois étages. A Monowitz, les soins médicaux sont donnés par des médecins polonais et français surtout. Robert Waitz note:

« Les médicaments sont très rares. On ne dispose guère contre la toux que des " solvens ", contre la diarrhée que de tannin. Les sulfamides ne peuvent être administrés qu'à un pneumonique sur dix. Inutile de dire que les sulfamides sont réservés avant tout aux proéminents et aux Aryens. Il n'y a pas de quinine, pas de sérum antidiphtérique. À certains moments, les médicaments contre la gale et contre les trichophyties manquent. Ces affections s'étendent très vite et il faut ouvrir des Blocks spéciaux pour hospitaliser les malades et limiter l'épidémie. Le manque de médicaments entraÎne souvent la mort d'un malade, curable en quelques jours dans des conditions normales. L'insuffisance de la nourriture ne permet pas au convalescent de récupérer ses forces et telle maladie bénigne survenant chez un déporté déjà en équilibre instable équivaut à une véritable condamnation à mort. Mais ce ne sont pas là les seuls facteurs du drame de l'infirmerie. De nombreux malades ne peuvent y être admis. Le nombre des malades hospitalisés ou exempts de service ne doit pas dépasser 10 % de l'effectif du camp en hiver et 6 % en été. Aussi ne peut-on hospitaliser que les grands malades ayant une fièvre élevée persistante, un foyer pulmonaire important. Beaucoup de malades ne peuvent être admis à l'infirmerie: fébricitants, diarrhéiques, oedémateux, porteurs de pneumopathies légères, etc. Aussi, bien des fois un malade envoyé le matin au travail alors qu'il a de la fièvre revient-il le soir avec une pneumonie. »

Les malades ne sont guère soignés à Auschwitz que lorsqu'ils peuvent guérir et reprendre le travail. Car les sélections ont lieu à l'infirmerie, comme d'ailleurs dans le camp. Robert Waitz précise également ce qu'est la nourriture à Monowitz.

« Le détenu reçoit de la soupe et des " portions ". Midi et soir, il touche un litre de soupe. À midi, il s'agit d'eau chaude avec quelques fragments de légumes séchés, des tiges plus ou moins ligneuses, parfois quelques feuilles de chou, des navets qui flottent dans cette eau. Le soir la soupe est plus épaisse. Quatre fois par semaine, elle consiste en une soupe contenant quelques très rares pommes de terre, mal pelées, noirâtres et à moitié pourries; elle est épaissie avec de la fécule. Deux fois par semaine est distribuée une soupe de rutabagas souvent immangeable et une fois une soupe d'orge très cuite, véritable colle de pâte, ou une soupe de petit blé. Dans la soupe de rutabagas, il n'y a jamais de matière grasse. Dans les autres soupes du soir, 1 ou 2 grammes au maximum par litre. À la cuisine, les détenus volent les cubes de margarine. Les portions comportent du pain, riche en son et souvent en sciure de bois, 300 à 350 grammes par jour. Avec le pain, cinq fois par semaine un rectangle de margarine pesant 25 grammes, soit 5 grammes de matière grasse; une fois par semaine un petit morceau de saucisse en partie végétale (75 grammes environ) et une fois par semaine une ou deux cuillerées à soupe de marmelade (20 grammes). De temps à autre, deux cuillerées à soupe de fromage blanc (30 à 40 grammes). Il faut souligner que ce qui précède constitue une quantité maximale d'aliments, car de nombreux détenus s'ingénient à réduire ce que reçoivent leurs camarades. Le nombre de calories (1000 à 1100) ainsi fournies est bien inférieur à la ration vitale minimale nécessaire à l'individu au repos. Au point de vue qualitatif, ce régime est essentiellement végétarien et très déficient en de nombreux éléments essentiels et complètement déséquilibré. L'eau n'est pas potable. Un demi-litre, au maximum, de succédané de café non sucré est distribué comme boisson. »

Le travail

Robert Waltz précise également les conditions de travail qu'il trouve en arrivant à Auschwitz III.

Buna

« L'usine de Buna en construction est une véritable tour de Babel dans laquelle travaillent, à côté des déportés, des prisonniers de guerre anglais, des hommes des Chantiers de jeunesse français, des ouvriers civils et polonais, des Ostarbeiter ukrainiens, des Allemands et beaucoup de femmes, surtout polonaises et ukrainiennes. Chacun de ces groupes loge dans un camp différent. Ces divers camps entourent l'usine. Malgré les défenses formelles de communiquer, quelques ouvriers civils français essayent d'apporter à leurs concitoyens détenus une aide, hélas minime. Déportés et ouvriers sont commandés par des contremaîtres allemands ou polonais qui, parfois, font preuve de sentiments humains et essayent de procurer aux déportés à midi un peu de soupe de l'usine.
Les détenus, très mal chaussés, doivent parcourir 3 à 5 kilomètres pour se rendre à leur lieu de travail. Quelques déportés travaillent dans les bureaux comme techniciens (chimistes, ingénieurs, électriciens, employés de bureau, etc.). La grande majorité est occupée à l'extérieur, exposée au vent, au froid, à la pluie et à la neige. Elle doit fournir un travail très pénible: terrassement, maçonnerie, déchargement de wagons, transport d'énormes tuyaux en fonte ou en terre cuite, de sacs de ciment, de sable, de charbon, déplacement de poutres en fer et de ferrailles, etc.
Un des kommandos les plus durs est le Kabelkommando, chargé de la pose des câbles souterrains qui sillonnent l'usine en tous sens. Ce kommando comprend 600 hommes. Ceux-ci, exposés à toutes les intempéries, doivent creuser dans le sol, même gelé ou dans la boue, de profondes tranchées et tirer dans celles-ci des câbles volumineux et très lourds. Pas plus que la plupart des déportés portant les ferrailles ou travaillant au terrassement, ils ne disposent, en hiver, de moufles suffisant à protéger du froid leurs mains couvertes de plaies. Ils sont pratiquement condamnés à mort en peu de mois.
Le nombre d'heures de travail varie suivant la saison. Le départ a lieu dès l'aube. En été, lever à 4 heures et demie, départ au travail à 6 heures, retour à 18 heures. En hiver, lever à 5 heures ou 5 heures et demie, départ à 6 heures et demie, retour à 17 heures. À midi, courte pause d'une heure pour la distribution du litre de soupe sur le lieu de travail. Sur les chantiers, les détenus sont encadrés par des centaines d'ingénieurs et ouvriers allemands. À l'échelon supérieur, les dirigeants de l' IG Farben coopèrent en bonne harmonie avec les SS du KZ. L'IG Farben paye aux SS 6 marks par jour par ouvrier qualifié et 4 marks par ouvrier non qualifié. Le coût de l'entretien d'un détenu étant évalué à 0,3 mark par jour, les deux parties y trouvent leur compte!
La construction de l'usine, assurée par plusieurs firmes sous-traitantes, avait commencé à la fin de 1941. Elle est partiellement achevée et fabrique déjà des sous-produits tels que le benzol et le diol, lorsqu'un bombardement aérien la détruit en août 1944. »


L usine IG Farben d Auschwitz III




Autres entreprises

Auschwitz III-Monowitz a administré en tout trente-neuf camps et kommandos de travail, parfois fort éloignés du camp central. Non pas simultanément d'ailleurs, car certains disparaissent, alors que d'autres sont créés selon les besoins. Ils sont au service de la grande industrie: Krupp, Siemens, Union, etc. Les conditions de vie, ou de survie, des déportés sont très variables selon les entreprises, les travaux exécutés, l'attitude de l'encadrement et des travailleurs civils.
Hermann Langbein apporte des témoignages sur les rapports entre civils et détenus sur les lieux de travail.

« Après la guerre, les chefs d'ateliers de Krupp affirmèrent qu'ils avaient ordre de traiter les prisonniers avec la plus extrême rigueur. Ils ne devaient certainement pas être les seuls. Le directeur des mines de charbon de Jawischowitz, Otto Heine, réclamait avec non moins d'acharnement que ses collègues de l'IG Farben le remplacement des détenus incapables du rendement maximal par de nouveaux venus, tout en sachant aussi bien qu'eux le sort qui leur était réservé. R. Dominik a assuré que, lors des contrôles, Heine frappait les prisonniers et qu'il avait exigé que des SS fussent affectés à la surveillance dans les puits. Henry Bulawko a constaté que la plupart des chefs d'ateliers allemands de Jaworzno portaient l'insigne à croix gammée, se saluaient par des Heil Hitler retentissants, vociféraient et frappaient souvent. Pourtant l'un deux, au lieu de harceler les détenus, leur apportait à manger et leur permettait de faire du feu l'hiver sur leur lieu de travail. D'après les souvenirs de Karl Dubsky, les civils de cette mine avaient des comportements très divers: les uns frappaient, les autres aidaient. Franciszek Piper, qui a rassemblé documents et témoignages sur le camp de Jaworzno pour le musée d'Auschwitz, écrit: " Pendant le travail, les détenus étaient sous les ordres des porions, contremaîtres, ouvriers civils et kapos. La surveillance était en général exercée par des Allemands très hostiles aux prisonniers. N'importe quel prétexte leur était bon pour les frapper sans pitié, jusqu'à leur faire perdre connaissance; beaucoup furent tués. Un jour, des porions trouvèrent quatre détenus qui s'étaient endormis pendant le travail. Kazimierz, témoin de cet incident, se rappelle qu'ils se jetèrent sur eux et se mirent à les frapper férocement. Quand les détenus furent inertes, ils s'assurèrent, par des coups de pied, que deux d'entre eux étaient morts. La majorité des porions appartenaient à la SA et ils recevaient des instructions de leur chef, Rempe, lors des réunions du parti. " Piper souligne que les mauvais traitements continuèrent, même quand la direction de la SS eut fait savoir, par une circulaire du 29 janvier 1944, qu'il était interdit au personnel des mines de frapper les détenus. Mais il y eut aussi de nombreux mineurs pour leur donner vivres et médicaments, leur communiquer les nouvelles et même les aider à s'enfuir.
Erich Altmann a raconté que chez Siemens, où il dut subir un examen professionnel, il fut réclamé en tant que spécialiste par l'ingénieur en chef Georg Hanke, alors que celui-ci savait que son curriculum vitae était faux. Hanke lui disait " Monsieur ", ce qui était si exceptionnel qu'Altmann se plaît encore à le signaler, des années après. Plus tard quand fut achevé l'aménagement du camp de Bobrek, près des usines, Altmann y fut transféré. Il écrit: " Je suis affecté à un kommando de la Luftwaffe qui sert un ballon captif au-dessus de la zone industrielle. Nous sommes aux ordres d'un caporal-chef. Il me prend à part et me dit: - Pas la peine de m'appeler Monsieur le Caporal-chef, tu peux me tutoyer. On est des camarades. Si je ne portais pas la tenue militaire, c'est sûrement la tienne que j'aurais. Il me donne tous les jours sa soupe, et, en revenant de permission, il m'apporte même une pommade contre la gale qui me guérit en quelques jours. " Pery Broad a rapporté qu'à l'inverse " les cheminots s'attardaient volontiers sur la rampe, simulant des accidents de machine, pour voler les bagages abandonnés par les détenus. »

Malgré tout, les déportés travaillant à Auschwitz III-Monowitz et dans ses camps annexes connaissent des conditions souvent meilleures que les déportés des autres KZ. Par contre, ce qui se passe à Auschwitz-Birkenau appartient à un autre monde, d'une inconcevable barbarie.

Liste des kommandos

Altdorf / Stara Wies - Althammer / Stara Kusnia - Babice - Bauzug - Beruna - Bismarckhütte / Chorzow-Battory - Blechhammer / Slawiecice - Bobrek / Oscwiecim - Brunn / Brono - Budy - Charlottengrubbe / Rydultowy - Chelmek / Chelmek-Paprotnik - Chorzow - Chrzanow - Czernica - Eintrachthutte / Swietochlowice - Ernforst - Ernfort-Slawecice - Freudenthal / Bruntal - Furstengrabe / Lawski - Gleiwitz I, II, II, IV / Gliwice - Golleschau / Goleszow - Gunthergrubbe / Ledziny - Harmeze - Harmeze - Hindenburg / Zabrze - Hubertushutte-Hohenlinde / Lagiewniki - Janigagrube-Hoffnung / Libiaz - Jawichowitz - Kobio / Kobior - Lagischa / Lagisza - Laurahutte / Siemianowice - Lepziny-Lawki - Lesslau-Wloclawek - Libiaz-Maly - Lukow - Monowitz / Monowice - Myslowice - Neu Dachs / Jaworzno - Neustadt / Prudnik - Plawy - Rajsko - Rybnik - Rydultowy - Siemiennowice - Sosnowitz I & II / Sosnowiec - Trezbinia - Tscechwitz / Czechwiece - Wloklawek-lesslan - Zasole - Zittau.
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Mer 16 Mai - 11:43

AUSCHWITZ II-BIRKENAU: L'EXTERMINATION

Auschwitz II-Birkenau, conçu et construit pour l'extermination massive, va devenir un effroyable abattoir humain.




Le KZ de Birkenau

En octobre 1941 commence la construction, à 3 kilomètres au nord-ouest du camp central d'Auschwitz 1, d'un vaste camp comprenant 250 baraques destinées à recevoir 200 000 déportés à la fois. Ce nouveau camp est baptisé Birkenau (" la prairie aux bouleaux "), forme germanisée du nom de la petite ville polonaise de Brzezinka rasée pour lui faire place. 13 000 prisonniers de guerre édifient le gros oeuvre pendant l'automne et l'hiver dans des conditions terribles, puisque 200 seulement survivront. Auschwitz II-Birkenau s'étendra sur 175 hectares.
Le docteur Rober Lévy , survivant de Birkenau, décrit Auschwitz II et évoque la vie quotidienne qu'il y a connue.

« Complètement entouré de cours d'eau, le camp se trouvait dans un terrain marécageux, si bien que le paludisme y régnait continuellement. Birkenau constituait le camp central d'une trentaine d'autres camps de la Silésie et de la Pologne et fournissait de la main-d'œuvre à ces camps pour alimenter en hommes les mines de charbon (Janina, Jaworzno, Jawoscowice, etc.) et les usines de guerre (Gleiwitz, DAW, Siemens, Buna, etc.). En échange, Birkenau recevait les inaptes au travail de tous ces camps et se chargeait de les faire disparaître à tout jamais.
Le camp ressemblait à tous les autres. La double clôture de fils de fer barbelés chargés à haute tension et les miradors, environ tous les 175 mètres, rendaient vain tout essai d'évasion. Tous ceux qui s'y risquèrent furent repris puis pendus, sauf quelques Russes qui semblent avoir réussi à passer.
Le camp se composait de sept groupes de bâtiments: le camp des femmes, le camp de quarantaine, le camp des Tchèques, le camp des hommes, le camp des Tziganes, l'infirmerie centrale, le dernier rassemblant les bains, les chambres à gaz et les fours crématoires. Les cadres, au début, étaient surtout fournis par des criminels de droit commun allemands, plus tard par des déportés polonais et russes et, à partir de 1943, quelquefois par des déportés tchèques, français et hongrois.
Les baraques pour 500 à 600 hommes étaient presque exclusivement des écuries pour chevaux, cloisonnées de façon à obtenir trois rangées superposées de lits, contenant quelquefois des paillasses remplies de copeaux de bois, presque toujours des couvertures. Tout le monde se levait à 4 heures et demie du matin, les kommandos quittaient le camp à 6 heures pour rejoindre leur lieu de travail. Ils recevaient auparavant un 1/2 litre de succédané de café ou d'une infusion indéfinissable. À midi, ils interrompaient leur travail pendant une heure, et recevaient de la soupe (3/4 de litre à 1 litre). Après, ils continuaient à travailler jusqu'à 17 heures environ. Le retour au camp était suivi d'un interminable appel, particulièrement pénible par temps de pluie, de neige ou de gel. Au repas du soir, on distribuait 1/2 litre de café ou tisane, 300 grammes de pain pour la journée, avec une cuillerée de marmelade de betteraves rouges, trois autre fois une tranche de saucisson et une fois par semaine 40 grammes de fromage. La nourriture quotidienne avait une valeur de 900 à 1 000 calories. Le travail physique exténuant, les accidents de travail fréquents, les brutalités des surveillants, la nourriture insuffisante, le misérable état des vêtements et des chaussures, les poux entraînaient une mortalité et une morbidité effroyables. Et tout cela était calculé et voulu. Ce n'était pas mauvaise organisation, négligence, non, tout le système que nous cherchions à comprendre était de tuer lentement ceux que l'on n'avait pas exterminés dès leur arrivée. »


Plan du site




Pendant seize mois, le docteur Lévy est affecté à l'infirmerie centrale des détenus, à 200 mètres des crématoires et des chambres à gaz. Il est donc le témoin impuissant de ce qui se passe à Birkenau.
Le médecin a aussi observé la situation sanitaire.

« Les galoches à semelles de bois grossières, légèrement excavées, provoquaient chez presque tous des plaies et ulcérations des pieds et des jambes. Le mauvais état général aidant, les phlegmons des pieds et des jambes oedématiées étaient une des grandes causes de mortalité, provoquée aussi par d'innombrables cas de tuberculose fraîche ou réveillée par les privations. Pneumonies et pleurésies se multipliaient. Au printemps 1944, il y avait un service spécial pour les pleurésies; sur 1 200 malades, on comptait près de 100 pleurésies. Pendant l'hiver 1943-1944, une grave épidémie de typhus exanthématique fit de nombreuses victimes; la fièvre typhoïde et la dysenterie sévissaient continuellement. À un certain moment, il y avait un Block entier de 300 à 400 diarrhéiques. En octobre 1943, l'infirmerie comptait une dizaine de petits Blocks de 100 malades et trois grands de 400 malades, soit une moyenne de 2 000 malades, avec un effectif de 50 médecins et de 120 infirmiers. La surveillance était exercée par un médecin allemand SS et un sergent infirmier SS. »

Et le docteur Lévy conclut:

« Combien de temps pouvait tenir un sursitaire de la mort ? À Birkenau, on comptait une survie de deux à trois mois au maximum pour un déporté travaillant dans un kommando. Au bout de ce temps, il était devenu squelettique. La fonte complète du tissu graisseux et partielle du tissu musculaire en avait fait un " musulman ", selon l'expression du camp. La faim, le froid, l'humidité, les blessures et les maladies le tenaillaient cruellement. Il essayait de ménager ses maigres forces en restant assis le plus possible, et en tirant sa mince couverture sur sa tête fléchie en avant. Il ressemblait à un musulman en prières. Un coup de poing d'un SS ou d'un surveillant, un coup de gourdin sur la tête suffisaient à l'achever avant qu'il ait été happé par la prochaine sélection . »

Car Auschwitz II-Birkenau a été avant tout un camp d'extermination, le plus grand camp d'extermination nazi.

L'extermination

La sélection pratiquée par les SS conduit les déportés vers la chambre à gaz. Cette sélection est pratiquée soit directement à l'arrivée des trains, soit périodiquement dans les Reviers et les KZ.
Cette étude s'appuie sur des témoignages, tous référencés, qui figurent dans le livre déjà cité, et qui fait autorité en cette matière, d' Eugène Kogon, Hermann Langbein et Adalbert Rückerl, intitulé " Les Chambres à gaz, secret d' État."


Vue aerienne crematoire II




Les sélections

Le SS Pery Broad, membre de la Gestapo du camp de 1945 à la fin, qui a rédigé un long mémoire sur Birkenau, décrit ainsi une sélection immédiate à l'arrivée d'un convoi:

« Sur une contre-voie de la gare de triage se tient un long train de wagons de marchandises. Les portes coulissantes sont fermées avec des fils de fer plombés. Un détachement de service a pris position autour du train et de la rampe. Les SS de la direction du camp de détention font descendre tout le monde du train. Un désordre confus règne sur la rampe. On commence par séparer les maris de leurs femmes. Des scènes d'adieu déchirantes ont lieu. Les époux se séparent, les mères font un dernier signe à leur fils. Les deux colonnes en cinq files avancent à plusieurs mètres l'une de l'autre sur la rampe. Celles qui, en proie à la douleur de l'adieu, essaient de se précipiter pour donner encore une fois la main ou dire quelques paroles de consolation à l'homme aimé sont rejetées par les coups des SS. Puis le médecin SS commence à sélectionner ceux qui lui paraissent aptes au travail. Les femmes en charge de petits enfants sont en principe inaptes, ainsi que tous les hommes d'apparence maladive ou délicate. On place à l'arrière des camions des escabeaux, et les gens que le médecin SS a classés comme inaptes au travail doivent y monter. Les SS du détachement d'accueil les comptent un à un. »

Ces malheureux sont conduits directement à la chambre à gaz. Trois témoignages précisent ce que sont les sélections effectuées dans les Reviers.
Le docteur Robert Lévy décrit, ainsi, les sélections qui sont faites dans l'infirmerie générale où il se trouve.

« Tout à coup, le médecin SS se présente dans les Blocks. Tous les malades et blessés doivent défiler nus devant lui (ils étaient du reste rarement munis d'une chemise). D'un geste de son index, il les fait mettre presque tous d'un côté de la baraque. Le sergent-infirmier inscrit leur numéro matricule. Consternés, car nous savons qu'ils sont condamnés à mort, nous mentons à ces malheureux et nous leur disons qu'on va les transférer dans un autre camp. La plupart ne se font aucune illusion sur le sort qui les attend.
Les plus jeunes pleurent et ne veulent pas comprendre qu'à cause d'un ulcère de la jambe ou d'une gale infectée ils doivent mourir. Ils me demandent anxieusement si l'asphyxie par les gaz est douloureuse. Les plus âgés sont résignés, d'autres prient et écrivent des lettres d'adieu qui n'arriveront jamais à destination. Les médecins, les infirmiers continuent à donner les soins comme d'habitude. Pendant des heures, nous renouvelons les pansements de ceux qui vont mourir. Heureux ceux qui sont tellement exténués qu'ils ne réalisent plus et sont devenus absolument indifférents. Quelques-uns meurent encore pendant la journée dans leur lit. Tout à l'heure, on entassera leurs cadavres parmi les vivants, qui dans la soirée sont réunis dans un local. Après un dernier appel et une dernière vérification de leurs numéros matricules, on leur enlève chemises et ceintures et ils montent tout nus dans les camions. Les quelques récalcitrants y entrent poussés par des coups de crosse et des coups de gourdin. Consignés dans nos baraques, nous regardons à travers les fissures les camions se diriger vers les fours. »

Un officier polonais qui a pu s'évader d'Auschwitz confirme ces scènes.

« La façon dont ceux qui étaient condamnés au gaz étaient envoyés à leur destin était exceptionnellement brutale et inhumaine. Les cas chirurgicaux graves portant encore leurs pansements, ainsi qu'une procession de malades épuisés et terriblement émaciés, et même les convalescents en voie de guérison, étaient chargés sur des camions. Ils étaient nus et le spectacle était absolument horrible. Les camions s'arrêtaient à l'entrée du quartier et les malheureuses victimes y étaient simplement jetées ou empilées par les auxiliaires. Je fus souvent le témoin de ces expéditions tragiques. Une centaine d'individus étaient comprimés dans un petit camion. Tous savaient exactement le sort qui les attendait. Une grande majorité restaient absolument apathiques, tandis que les autres, surtout les malades de l'infirmerie, avec leurs blessures béantes qui saignaient ou leurs plaies horribles, se débattaient avec frénésie. »

Le 18 juillet 1947, Kremer, médecin SS du camp, a témoigné lors de son procès à Cracovie.

« Les gazages des femmes épuisées du camp de concentration, des cachectiques qu'on désignait généralement sous le terme de " musulmans " était particulièrement pénible. Je me souviens que j'ai pris part une fois au gazage d'un groupe de femmes. Je ne saurais plus dire combien il y en avait. Lorsque j'arrivai près du Bunker, elles étaient assises par terre, encore habillées. Comme leurs tenues du camp étaient en loques, on ne les admettait pas dans la baraque de déshabillage; elles devaient se déshabiller en plein air. De leur comportement, j'ai déduit qu'elles savaient ce qui les attendait, car elles pleuraient et imploraient les SS. Mais toutes furent chassées dans les chambres à gaz et gazées. En tant qu'anatomiste, j'avais vu beaucoup de choses affreuses, j'avais eu souvent affaire à des cadavres, mais ce que je vis cette fois-là dépassait toute comparaison. C'est sous les impressions que je ressentis alors que j'écrivis dans mon journal le 5 septembre 1942: " Le plus horrible de l'horrible. Le Hauptscharführer Thilo avait bien raison de me dire aujourd'hui que nous nous trouvions à l'anus du monde. " J'ai employé cette expression parce que je ne pouvais m'imaginer quelque chose de plus affreux et de plus monstrueux . »

La sélection a lieu d'une façon aussi inhumaine dans les Blocks, toujours pour éliminer ceux qui sont inaptes au travail. Robert Waitz explique comment cela se passe à Auschwitz III-Monowitz:

« Dans le camp, la sélection se passe de la manière suivante. Brusquement, un soir, après la rentrée du travail, les Blocks sont consignés et aucun détenu n'a le droit de quitter son Block. Dans chaque Block passent soit des SS (exceptionnellement le médecin SS, rarement le sous-officier infirmier), soit habituellement des médecins déportés. On fait défiler devant eux, d'un pas accéléré, la totalité des détenus de ce Block, nus de face et de dos. Tous ceux qui sont très maigres sont inscrits sur une liste, même s'ils ne se sont jamais présentés à l'infirmerie depuis deux ans par exemple, et s'ils donnent pleine satisfaction à leurs contremaîtres. Il faut avoir vu les SS et les médecins inspecter la région fessière de ces hommes amaigris; un large espace bâille entre les cuisses, bien que les pieds soient réunis; les fesses sont réduites à un petit sac de peau plissée et entre elles on aperçoit tout le périnée et les bourses; l'anus se présente au fond d'un profond entonnoir. Dans les cas douteux, on soupèse les fesses, pour voir si, dans ces sacs fessiers, il persiste un peu de muscle. Au cours de ces sélections, les kapos ont un rôle important, car ils peuvent défendre un détenu, souligner son rendement au travail et le faire rayer de la liste. Inversement, ils peuvent facilement se débarrasser des déportés qui ne leur plaisent pas. »

Ces sélections constituent des "actions spéciales" aboutissant à la chambre à gaz. Elles ne coupent pas l'appétit au médecin SS de camp qui écrit dans son journal intime:

« • 2 septembre 1942. Ce matin à 3 heures, j'ai assisté pour la première fois à une " action spéciale ". En comparaison, l'enfer de Dante me parait une comédie. Ce n'est pas pour rien qu'Auschwitz est appelé un camp d'extermination.
• 5 septembre 1942. J'ai assisté cet après-midi à une " action spéciale " appliquée à des détenues du camp féminin (musulmanes), les pires que j'ai jamais vues. Le docteur Thilo avait raison ce matin en me disant que nous nous trouvons dans l'anus mundi. Ce soir vers 8 heures j'ai assisté à une " action spéciale " de Hollandais. Tous les hommes tiennent à prendre part à ces actions, à cause des rations spéciales qu'ils touchent à cette occasion consistant en 1/5 de litre d'alcool, 5 cigarettes, 100 grammes de saucisson et de pain.
• 6 septembre 1942. Aujourd'hui mardi, déjeuner excellent: soupe de tomates, un demi-poulet avec des pommes et du chou rouge, petits fours, une merveilleuse glace à la vanille. Parti à 8 heures pour une " action spéciale ", pour la quatrième fois.
• 7 septembre 1942. Assisté à la neuvième " action spéciale ". Étrangers et femmes.
• 12 septembre 1942. Inoculation contre le typhus. À la suite de quoi, état fébrile dans la soirée; j'ai néanmoins assisté à une " action spéciale " dans la nuit (l 600 personnes de Hollande). Scènes terribles près du dernier Bunker. C'était la dixième " action spéciale ". »




Dernière édition par naga le Mer 16 Mai - 11:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Mer 16 Mai - 11:45


Les gazages

Auschwitz 1 est, dès le début, pourvu d'un crématoire. Le premier gazage a lieu le 3 septembre 1941 dans le Block 11. Rudolf Höss, commandant du camp, qui a laissé une copieuse autobiographie de deux cent vingt-huit pages, en rend compte comme suit:

« Au cours d'un de mes voyages de service, mon suppléant le gardien chef Fritzsh avait employé un gaz pour tuer. C'était la préparation d'acide cyanhydrique Zyklon B qui était employé dans le camp comme insecticide et dont on possédait des réserves. Il m'en rendit compte à mon retour et, lors de l'arrivée du convoi suivant, on utilisa de nouveau ce gaz. Le gazage eut lieu dans les locaux disciplinaires du Block 11. J'ai assisté moi-même, vêtu d'un masque à gaz, à la mise à mort. Dans les cellules bondées la mort était instantanée. »

L'expérience étant concluante, la première véritable chambre à gaz est installée dans la morgue, attenante au crématoire. Il s'agit d'un local sans fenêtres de 16,8 mètres sur 4,6 mètres. Voici ce qu'écrit Höss à ce sujet:

« Je me rappelle le gazage de 900 prisonniers russes qui eut lieu plus tard dans l'ancien crématoire, car l'utilisation du Block 11 présentait trop de difficultés. On s'est contenté de percer plusieurs trous, d'en haut, à travers la couche de terre et de béton qui recouvrait la morgue. Les Russes ont dû se déshabiller dans l'antichambre, puis ils sont entrés très tranquillement dans la morgue: on leur avait dit en effet qu'on allait les épouiller. La totalité du convoi a pu entrer dans la morgue. On a fermé les portes et jeté le gaz par les ouvertures. Je ne sais pas combien de temps il a fallu pour les tuer. On a entendu d'abord pendant quelque temps un bruit de conversations. Puis, quand on a jeté le gaz, il y eut des hurlements et une bousculade vers les deux portes. Mais celles-ci ont résisté à la poussée. »

Cette chambre à gaz a fonctionné sans interruption de l'automne 1941 à octobre 1942. Mais elle ne suffit pas. Deux chaumières abandonnées dans un bois de Birkenau sont à leur tour transformées en chambres à gaz. On les connaît sous le nom de Bunkers 1 et 2. Voici la description qu'en donne le SS Broad:

« À quelque distance du camp de Birkenau qui grossissait comme une avalanche, il y avait deux chaumières, propres et jolies, séparées l'une de l'autre par un petit bois au milieu d'un charmant paysage. Elles avaient été peintes à la chaux d'un blanc éclatant. Leur toit était de chaume et elles étaient entourées d'arbres fruitiers du pays. Seul un observateur attentif de ces maisons pouvait s'apercevoir de l'existence de deux écriteaux portant en différentes langues l'inscription vers la désinfection. Il remarquait alors que les maisons n'avaient pas de fenêtres, mais que leurs portes étaient étonnamment robustes, munies de garnitures hermétiques en caoutchouc et de fermetures à vis, auprès desquelles on avait placé des targettes de bois; qu'on avait construit à côté, jurant avec elles, plusieurs grands baraquements d'écurie du genre de ceux qui servaient au camp de Birkenau à loger les détenus. La colonne des camions est souvent venue ici pour y conduire les condamnés à l'asphyxie par le gaz. Ils se déshabillaient dans les baraques. Puis on les enfournait dans les chambres à gaz. »

Le commandant d'Auschwitz, Höss, décrit lui-même les gazages:

« Au printemps de 1942 arrivèrent de Haute-Silésie les premiers convois juifs voués à l'extermination. De la rampe du chemin de fer, on les conduisait à la chaumière, le Bunker numéro 1, à travers les prairies. Quelques chefs de Blocks les encadraient et s'entretenaient avec eux de la manière la plus anodine, pour leur donner confiance. Arrivés près de la chaumière, les déportés durent se déshabiller. Ils se rendirent d'abord tranquillement dans les pièces où on devait les désinfecter. Mais dès ce moment certains d'entre eux marquèrent une hésitation, parlant expressément d'asphyxie, d'extermination. Un début de panique se manifestait. Cependant ceux qui étaient encore au-dehors furent poussés à l'intérieur des chambres et l'on ferma les portes hermétiquement. Au cours des transports suivants, on s'attacha à déceler les plus réticents et à ne pas les perdre de vue. Si quelque agitation naissait, on conduisait sans bruit les fauteurs de trouble derrière la chaumière où on les exécutait à l'aide d'un fusil de petit calibre: les autres ne remarquaient rien. »

Höss donne d'autres précisions.

« Sur la rampe du chemin de fer, les juifs, jusqu'alors sous la surveillance d'un piquet du camp, étaient pris en charge par la police d'État. Ils étaient amenés en deux détachements par le chef du camp de détention au Bunker. C'est ainsi que l'on appelait les installations d'extermination. Les bagages restaient sur la rampe, d'où on les portait à l'endroit du tri, dénommé " Canada ", entre les bâtiments du DAW et la cour. Les juifs devaient se déshabiller près du Bunker. On leur disait qu'ils devaient se rendre dans les pièces dites d'épouillage. Toutes ces pièces, au nombre de cinq, étaient remplies simultanément. On fermait les portes étanches et on jetait à l'intérieur les boîtes de gaz prévues à cet effet. Une demi-heure plus tard, on ouvrait les portes; il y en avait deux par pièce. On retirait les cadavres, qu'on portait aux fosses sur les wagonnets d'un chemin de fer de campagne. Des camions emportaient les vêtements à l'endroit du tri. Tout le travail, aide lors du déshabillage, remplissage du Bunker, vidage du Bunker, enterrement des cadavres, aussi bien que le creusage et le remplissage des fosses communes, était accompli par une corvée spéciale de juifs qui étaient tenus à part et qui, selon les instructions d'Eichmann, devaient être exterminés eux aussi après chaque opération importante. »


Chambre a gaz Block II







Le livre de référence rapporte le témoignage d'un déporté français, le docteur A. Lettich, qui décrit le sort réservé aux condamnés arrivant près du Bunker.

« Très poliment, très gentiment, on leur faisait un petit discours: " Vous arrivez de voyage, vous êtes sales, vous allez prendre un bain, déshabillez-vous en vitesse. " Subitement les brutes se réveillaient: on obligeait à grands coups ce troupeau humain, ces hommes, ces femmes, à sortir nus, été comme hiver, et ils devaient franchir ainsi les quelque cent mètres qui les séparaient de la " salle de douche ". Au-dessus de la porte d'entrée se trouvaient les mots Brausebad (bains-douches). Au plafond, on pouvait même voir des pommes de douches, qui étaient cimentées mais qui n'ont jamais distribué d'eau. Ces pauvres innocents étaient entassés, serrés les uns contre les autres, et là commençait la panique: ils comprenaient enfin quel sort les attendait, mais les coups de matraque et les coups de revolver ramenaient le calme rapidement, et tous pénétraient enfin dans cette chambre mortelle. Les portes étaient fermées et, dix minutes après, la température était assez élevée pour faciliter la volatilisation de l'acide cyanhydrique, car c'est avec de l'acide cyanhydrique que les condamnés étaient gazés. C'était le Zyklon B, terre à infusoires imprégnée de 20 % d'acide cyanhydrique, qu'utilisait la barbarie allemande. Alors, par une petite lucarne, le SS Moll lançait les gaz. Les cris qu'on entendait étaient effrayants. Mais au bout de quelques instants, un silence complet régnait. Vingt à vingt-cinq minutes après, fenêtres et portes étaient ouvertes pour aérer et les cadavres immédiatement jetés dans des fosses où on les brûlait; mais les dentistes avaient au préalable vérifié chaque bouche pour en extraire les dents en or. On s'assurait de même si les femmes n'avaient pas intimement dissimulé des bijoux et leurs cheveux étaient coupés et méthodiquement recueillis pour une destination industrielle. »

Dans son livre, Claude Lanzmann ( Lanzmann Claude, Shoah, Paris, Fayard, 1985), présente le texte intégral, paroles et sous-titres, de son film Shoah. À la p. 139, il rapporte le témoignage de Filip Müller, un des survivants du kommando spécial d'Auschwitz:

« - La mort par le gaz durait de dix à quinze minutes. Le moment le plus affreux était l'ouverture de la chambre à gaz, cette vision insoutenable: les gens, pressés comme du basalte, blocs compacts de pierre. Comment ils s'écroulaient hors des chambres à gaz! Plusieurs fois j'ai vu cela. Et c'était le plus dur de tout. À cela on ne se faisait jamais. C'était impossible.
« - Impossible.
« - Oui. Il faut imaginer: le gaz, lorsqu'il commençait à agir, se propageait de bas en haut. Et dans l'effroyable combat qui s'engageait alors - car c'était un combat - la lumière était coupée dans les chambres à gaz, il faisait noir, on ne voyait pas, et les plus fort voulaient toujours monter, monter plus haut. Sans doute éprouvaient-ils que plus ils montaient, moins l'air leur manquait, mieux ils pouvaient respirer. Une bataille se livrait. Et en même temps presque tous se précipitaient vers la porte. C'était psychologique, la porte était là... Ils s'y ruaient, comme pour la forcer! Instinct irrépressible dans ce combat de la mort. Et c'est pourquoi les enfants et les plus faibles, les vieux, se trouvaient au-dessous. Et les plus forts au-dessus. Dans ce combat de la mort, le père ne savait plus que son enfant était là, sous lui.
« - Et quand on ouvrait les portes ... ?
« - Ils tombaient... ils tombaient comme un bloc de pierre... une avalanche de gros blocs déferlant d'un camion. Et là où le Zyklon avait été versé, c'était vide. A l'emplacement des cristaux il n'y avait personne. Oui. Tout un espace vide. Vraisemblablement les victimes sentaient que là le Zyklon agissait le plus. Les gens étaient... ils étaient blessés, car dans le noir c'était une mêlée, ils se débattaient, se combattaient. Salis, souillés, sanglants, saignant des oreilles, du nez... On observait aussi certaines fois que ceux qui gisaient sur le sol étaient, à cause de la pression des autres, totalement méconnaissables... des enfants avaient le crâne fracassé...
« - Oui.
« - Comment ?
« - Affreux...
« - Oui. Vomissures, saignements. Des oreilles, du nez... Sang menstruel aussi peut-être, non, pas peut-être, sûrement! Il y avait tout dans ce combat pour la vie... ce combat de la mort. C'était affreux à voir. »

Höss explique comment les cadavres sont incinérés:

« C'est seulement en 1942 que furent terminées les nouvelles installations des crématoires. Jusque-là, il fallait gazer les détenus dans des chambres à gaz provisoires, et brûler les cadavres dans des fosses. Avant la crémation, on enlevait les dents en or et les anneaux. On alternait des couches de cadavres avec des couches de bois et, lorsqu'un bûcher d'environ 100 cadavres avait été constitué, on mettait le feu au bois avec des chiffons imbibés de pétrole. Quand la crémation était bien lancée, on jetait dans le foyer les autres cadavres. On collectait avec des seaux la graisse qui coulait sur le sol de la fosse et on la rejetait au feu pour hâter le cours de l'opération, surtout par temps humide. La durée de la crémation était de 6 à 7 heures. Par vent d'ouest, la puanteur des corps brûlés se faisait sentir dans le camp lui-même. Lors du nettoyage des fosses, on écrasait les cendres. Cela se passait sur une plaque de ciment où des détenus pulvérisaient le reste des ossements avec des rouleaux de bois. Puis les cendres, transportées par un camion, étaient jetées dans la Vistule à un endroit écarté. »

Le SS Pery Broad, évoquant la situation pendant l'été 1942, conclut :

« Les méthodes d'extermination d'Auschwitz ne satisfaisaient plus Himmler. D'abord, elles étaient trop lentes. Puis les grands bûchers répandaient une telle puanteur que la région en était empestée sur un rayon de plusieurs kilomètres. De nuit, à des kilomètres de distance, on voyait le ciel rougeoyer au-dessus d'Auschwitz. Mais, sans ces gigantesque bûchers, il aurait été inimaginable d'éliminer la quantité infinie des cadavres de ceux qui étaient morts dans le camp ou dans les chambres à gaz. »

Il faut donc utiliser d'autres moyens, d'autant plus que l'afflux des victimes est tel que les deux Bunkers ne suffisent plus pour les gazer.

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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Mer 16 Mai - 11:48


Les crématoires

Les Installations

Au printemps 1943 est achevée la construction, à Birkenau, de quatre installations modernes, appelées par les SS " crématoires " et numérotées de 1 à 4. Chaque installation comprend trois parties: un local pour le déshabillage, une chambre à gaz et un four crématoire, les deux Bunkers n'étant plus utilisés que dans les cas d'urgence.
Höss décrit leur fonctionnement.

« Les deux grands crématoires 1 et 2 ont été construits au cours de l'hiver 1942-1943 et mis en exploitation au printemps 1943. Ils avaient chacun cinq fours à trois creusets et pouvaient incinérer en vingt-quatre heures environ 2 000 cadavres. Ils comportaient au sous-sol des pièces de déshabillage et de gazage. On pouvait les aérer ou y faire le vide. Les cadavres étaient montés par un ascenseur jusqu'aux fours qui se trouvaient au-dessus. D'après les estimations du constructeur, la firme Topf, d' Erfurt, les deux crématoires plus petits, 3 et 4, pouvaient incinérer chacun 1 500 cadavres en vingt-quatre heures. La rareté des matières premières due à la guerre obligea la direction des travaux à construire ces deux crématoires à l'économie. On édifia en surface les salles de déshabillage et de gazage et les fours furent construits en matériaux légers. Mais bientôt il se révéla que cette construction légère des fours, chacun à quatre creusets, n'était pas à la hauteur des exigences. Il fallut arrêter à plusieurs reprises le 4, car, après une courte durée de fonctionnement de quatre à six semaines, les fours ou les cheminées étaient brûlés. La plupart du temps, on incinérait les gazés dans les fosses situées derrière le crématoire 4. »

Les déportés sont amenés par voie ferrée directement à la porte des crématoires. La même procédure que celle décrite pour les Bunkers est employée: les SS rassurant les futures victimes, qui sont empilées dans la chambre à gaz présentée comme une salle de douches. Mais désormais le transport des corps et leur incinération est organisée industriellement.

Les Exécutions Massives

Les exterminations sont de plus en plus massives. Le SS Broad écrit :

« Au printemps 1944, Auschwitz a atteint son zénith. De longs trains faisaient l'aller et le retour entre le camp auxiliaire de Birkenau et la Hongrie. Un triage à trois voies allant jusqu'au nouveau crématoire permettait de décharger un train alors qu'un autre entrait en gare. Le pourcentage de ceux qui étaient destinés à un " hébergement spécial ", comme on disait depuis un certain temps au lieu de " traitement spécial ", était particulièrement élevé parmi les déportés de ces convois. Les quatre crématoires travaillaient sous pression. Mais bientôt les fours devinrent inutilisables du fait de l'usage excessif et continu qu'on en exigeait. Seul le crématoire 3 fumait encore. Les corvées spéciales furent renforcées. Elles travaillaient fiévreusement pour vider sans cesse les chambres à gaz. On remit même en fonction l'une des chaumières, sous la désignation de Bunker numéro 5. À peine avait-on retiré des chambres le dernier cadavre et l'avait-on traîné jusqu'à la fosse aux incinérations par la place encombrée de cadavres derrière le crématoire que déjà les victimes du prochain gazage se déshabillaient dans la grande salle. À ce degré de rapidité, il était à peine possible de transporter les innombrables vêtements hors du vestiaire. Parfois, de dessous un baluchon se faisait entendre, aiguë, la petite voix d'un enfant oublié. On l'en sortait, on le brandissait en l'air et l'une des brutes qui assistaient les bourreaux lui logeait une balle dans la tête. »

Cette période d'extermination intensive permet aux SS de gazer, à partir du 16 mai 1944, la plus grande partie des 438 000 juifs raflés en Hongrie, arrivés en 148 convois. Les Tziganes subissent le même sort. Léon Poliakov écrit à leur sujet :

« Au début de l'année 1943 commencèrent à arriver à Auschwitz des convois de Bohémiens, dans leurs vêtements bariolés. Ils posaient aux potentats du IIIe Reich un dilemme: du point de vue de l'Etat policier, ces errants étaient des " asociaux ", qu'il fallait faire disparaître; pourtant du point de vue des dogmes raciaux, ils étaient de pure race indogermanique. Le moyen terme consista à les interner. Höss, qui les qualifiait de ses " détenus préférés ", assure avoir nourri beaucoup d'affection pour eux, et leur créa ce qu'il appela un " camp familial ". Ayant gardé leur nature enfantine, écrit-il, ils étaient inconséquents dans leurs pensées et dans leurs actes, et jouaient volontiers. Ils ne prenaient pas trop au sérieux le travail... Certains avaient fait partie des Jeunesses hitlériennes, ou d'autres organisations du parti; d'autres, arrivant au camp, portaient sur leurs poitrines des médailles ou les décorations gagnées au cours de la campagne de Pologne. Au total, leur nombre à Auschwitz s'éleva à près de 20 000; à l'été 1944, sur ordre de Himmler, ils furent tous gazés. »

Les enfants, considérés comme inaptes au travail, sont mis à mort dès leur arrivée à Auschwitz. Voici ce qu'écrit à ce sujet Robert Waitz .

« Dès leur arrivée en gare d'Auschwitz, les enfants en dessous de quatorze ou quinze ans sont groupés avec les vieillards et la plupart des femmes et conduits à Birkenau, vers la chambre à gaz. Dans des cas particuliers, aucun tri n'est effectué. Il en est ainsi de convois d'enfants partis de Drancy. Ces convois sont composés uniquement de tout petits enfants. Toutes les pièces d'identité et tous les signes permettant de les reconnaître ont été supprimés. Ils sont accompagnés de quelques infirmières ou assistantes sociales qui se sont attachées à eux déjà dans les maisons d'enfants dans lesquelles ils se trouvaient au moment de leur arrestation. Ces convois sont gazés intégralement dès leur arrivée. J'ai connu l'ancien Lagerälteste de l'hôpital de Birkenau, vieux communiste bavarois, arrêté depuis 1933, ayant survécu à Dachau, à Buchenwald de la grande époque et à Auschwitz du début. Je ne puis oublier l'un de ses récits. Un soir d'été, il était assis devant un Block de l'hôpital de Birkenau. Un camion est tombé en panne, venant de la gare. Ses occupants suivent à pied la route qui longe l'hôpital et les petits enfants s'échappent malgré les SS. Ils vont cueillir des fleurs au bord de la route, en font un bouquet et le portent à leur maman. La route qui suit aboutit à la chambre à gaz. »


Le Crematoire IV en 1943





LA FIN

La résistance

Comme dans les autres KZ, une résistance s'organise parmi les détenus d'Auschwitz et de ses camps annexes. Des groupes se forment, tout d'abord selon les affinités, réunissant des amis sûrs et résolus à faire face, à s'opposer dans toute la mesure du possible à la cruauté de leurs bourreaux. La première tâche de ces petits groupes consiste à assurer la survie de leurs membres. Ils s'efforcent de placer quelques-uns d'entre eux dans l'encadrement des infirmeries et des hôpitaux. Les premiers de ces groupes sont polonais. Certains membres des kommandos extérieurs parviennent à entrer en contact, sur les lieux de leur travail, avec des civils polonais astreints eux-mêmes au travail obligatoire, car Auschwitz se trouve en Pologne. Ces groupes polonais parviennent de bonne heure à transmettre des informations sur ce qui se passe à Auschwitz aux organisations polonaises de Cracovie.

Les juifs ont plus de mal à créer leur groupe, car ils sont rapidement exterminés. Par contre se constituent de petites équipes de clandestins yougoslaves, autrichiens, russes, tchèques, allemands, français, etc. La fusion de ces différents groupes en une organisation internationale de résistance, qui prendra par la suite le nom de Groupe de combat d'Auschwitz, a lieu au printemps 1943. La direction de ce groupe de combat demeure jusqu'à l'été 1943 entre les mains de deux Polonais et de deux Autrichiens. Le jeune Viennois Ernst Burger, qui sera pendu par les SS à la veille de la libération du camp, joue un rôle de premier plan dans cette action: chargé du secrétariat du Block 4, c'est là qu'il abrite les réunions des clandestins.

Tandis que le front se rapproche, ce groupe redoute l'extermination des détenus par les SS avant leur départ. Une liaison est réalisée avec l'organisation de résistance polonaise Armia Krajowa. Celle-ci envoie un officier chargé d'établir la liaison avec les clandestins. Mais il est capturé en août 1944 par les SS et exécuté. Surviennent alors les transferts des déportés d'Auschwitz vers d'autres KZ, en même temps que l'arrestation des principaux responsables du groupe international. Il n'y aura donc pas de résistance armée lors de l'évacuation totale d'Auschwitz. Des révoltes isolées ont lieu pourtant. Hermann Langbein cite, notamment, celle de Budy en octobre 1942, tentative désespérée de femmes qui se solde par une boucherie. Ainsi que celle du Sonderkommando du crématoire 4. Les 600 déportés de ce kommando chargé du transport et de l'incinération des détenus gazés, sachant qu'ils vont être eux-mêmes exécutés, se révoltent le 7 octobre 1944. Ils incendient le crématoire avec sa chambre à gaz. Ils sont exterminés jusqu'au dernier. Dans le combat, les SS ont quatre tués et un nombre important de blessés. Mais l'entreprise était sans espoir.

Par contre, des évasions réussissent. H. Langbein révèle que, d'après des sources fiables, 667 tentatives d'évasion se sont produites à Auschwitz 1, Auschwitz II, Auschwitz III et dans les camps annexes. 100 à 397 déportés ont réussi à prendre la fuite, dont 16 femmes. Ces évadés comprennent: 48 % de Polonais, 19 % de Russes, 16 % de juifs, 6 % de Tziganes. Le quart provient du KZ d'Auschwitz 1, pourtant le plus sévèrement gardé, et le plus grand nombre de Birkenau, du fait de sa population de beaucoup la plus nombreuse.
Des sabotages sont également signalés, oeuvre essentiellement de détenus d'Auschwitz III-Monowitz.


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naga
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Mer 16 Mai - 11:54


La libération

En 1944, Auschwitz reçoit des convois de déportés provenant de l'Europe entière. La majorité n'entrent même pas au camp et sont conduits directement à la chambre à gaz. Dans le camp, le nombre total des déportés dépasse 200 000. Pour le décongestionner, des transports sont envoyés vers d'autres camps: Bergen-Belsen, Flossenbürg, Mauthausen, Natzwiller, Ravensbrück, etc.

Le 26 novembre 1944, Himmler ordonne la destruction des chambres à gaz et des crématoires, espérant dissimuler les exterminations massives aux futurs vainqueurs. Seul le crématoire 5 fonctionne jusqu'à la fin. Le 20 janvier 1945, les Allemands le dynamiteront avant leur départ. La déportation des juifs cesse. Le dernier convoi est arrivé au camp le 3 novembre 1944. Le 30 décembre 1944, Ernst Burger a été pendu avec quatre de ses camarades du groupe de résistance. La dernière exécution a eu lieu au camp des femmes le 6 janvier 1945: quatre jeunes juives sont pendues pour sabotage. Tandis que sont brûlées toutes les archives et en premier lieu les registres du bureau des entrées, qui auraient permis de découvrir l'ampleur du massacre.

Le 17 janvier 1945 commence l'évacuation générale. Elle dure jusqu'au 19. Les malades restent sur place. Les déportés valides sont embarqués dans des wagons ouverts et transférés dans d'autres KZ, notamment ceux de Buchenwald et Mauthausen. Un grand nombre d'entre eux vont trouver la mort pendant ce transfert ou dans les camps d'accueil. Les troupes soviétiques arrivent le 25 janvier 1945. Elles trouvent 7 650 personnes dans l'ensemble concentrationnaire d'Auschwitz, essentiellement des malades. Le 6 février 1945, la Croix-Rouge polonaise dénombrera seulement 4 880 survivants.

Baraque des femmes liberees





Les victimes

Les Français

L'association " Les fils et filles des déportés juifs de France " a publié une plaquette intitulée Le Train de la mémoire: Drancy-Auschwitz, 1942-1962, qui, reprenant notamment les travaux considérables de Serge Klarsfeld, donne le tableau chronologique des convois ayant conduit les juifs de France à Auschwitz. D'après ce tableau, le nombre des juifs français déportés à Auschwitz est de 76 000 dont 43 441 ont été gazés à leur arrivée au camp, et dont 2 564 seulement sont revenus en 1945. Les Chambres à gaz, secret d'État avance les chiffres de 69 025 juifs déportés de France vers Auschwitz, dont 41 805 y sont morts .
H. Langbein indique que Georges Wellers a calculé que sur les 61 098 juifs venus de France entre le 29 juillet 1942 et le 11 août 1944, 47 976, soit 78,5 %, ont été gazés à l'arrivée.

Le nombre des Français non juifs internés à Auschwitz n'est pas connu. Il semble avoir été relativement modeste. Parmi eux figurent ceux du convoi des 210 politiques françaises parties de Romainville le 23 janvier 1943 (avec Danielle Casanova, Maria Politzer, Marie Claude Vaillant-Couturier, Marie Elisa Nordmann, Charlotte Delbo, etc.) et ceux du convoi du 27 avril 1944.

Nombre total des victimes

D'après O. Wormser-Migot, 405 222 personnes ont été immatriculées à Auschwitz, dont 269 373 hommes et 132 849 femmes. Mais les déportés immatriculés n'ont évidemment représenté qu'une petite minorité des victimes d'Auschwitz. D'après H. Langbein, la population maximale d'Auschwitz 1 était de 17 070 personnes le 22 août 1944, de 22 061 le 20 janvier 1944 à Auschwitz II, de 26 705 à Auschwitz III (" et sans doute 10 000 de plus environ ") au moment de l'évacuation. Il est absolument impossible de connaître le nombre total des morts à Auschwitz, puisque la plupart des registres ont été brûlés par les nazis avant l'évacuation du camp, que les sélections dans les Blocks et les Reviers n'étaient pas enregistrées et, surtout, qu'aucune trace comptable n'existe des déportés des convois conduits directement à la chambre à gaz.

Antérieurement, la Commission générale d'enquête sur les crimes allemands en Pologne , estime à 2 500 000 le nombre de ces victimes. De son côté, H. Langbein a indiqué qu'un déporté qui avait été secrétaire à Birkenau avait fourni une estimation de l'ordre de 1 750 000 personnes avant l'extermination des juifs hongrois et des habitants du ghetto de Lodz. Dans sa déposition devant le tribunal de Nuremberg, Höss, le commandant d'Auschwitz, a donné d'abord le chiffre de 2 500 000 morts. H. Langbein écrit :

« Le docteur Friedrich Entress, médecin du camp, attesta le 30 juillet 1945 à Gmunden que 2 000 000 à 2,5 millions de personnes avaient été tuées, puis admit qu'il pouvait y en avoir eu 5 millions... Maximilian Grabner, chef du bureau politique dont dépendait le service des entrées, et donc seul en mesure de fixer un chiffre exact, déclara le 16 septembre 1945 à Vienne: " Il y avait une telle quantité de morts que j'avais perdu toute vue d'ensemble et je ne pourrais plus dire aujourd'hui combien ont été tués. Mais au moins 3 millions pendant que je dirigeais le bureau politique. " Or, il avait été déplacé en octobre 1943. L'adjudant de cette section, Wilhem Boger, l'évalua à plus de 4 millions. Pery Broad estima le chiffre des victimes passées dans les chambres à gaz à 2,5 ou 3 millions. Toutes ces indications ont été données aussitôt après la guerre, alors que les souvenirs étaient encore nets et qu'aucune des personnes qui avaient été interrogées n'avait été influencée par d'autres estimations ou calculs. »

La revue Le Monde juif (numéro 112 d'octobre-décembre 1983), du Centre de documentation juive contemporaine, a publié une étude de Georges Wellers qui indique que, d'après la documentation dont il disposait et qui concernait 1 613 455 déportés, le nombre des morts dans les chambres à gaz d'Auschwitz s'est élevé à 1 334 700 personnes, dont 1 323 000 juifs, 6 430 Tziganes, 1 605 prisonniers de guerre soviétiques et 3 665 personnes de diverses nationalités (Polonais en particulier). Georges Wellers souligne qu'il s'agit de victimes dont il reste une trace avérée, et que les chiffres réels sont bien supérieurs. Jusqu'en 1991, le chiffre de 4 millions de victimes figurait sur la dalle du monument aux morts de Birkenau... Plus récemment, l'historien du Musée d'Auschwitz Franciszek Piper, faisant le point des connaissances en 1991 (dans un livre intitulé: Auschwitz, How Many Perished Jews, Poles, Gypsies, Karkov, 1991), a estimé que le nombre des victimes a été de l'ordre de 1 100 000.

Un élément nouveau a été apporté par la publication, en septembre 1993, du livre de Jean-Claude Pressac ( les Crématoires d'Auschwitz. La Machinerie du meurtre de masse, Paris, Éditions du CNRS). J.-C. Pressac a pu consulter les 600 dossiers, contenant 80 000 documents, enlevés par l'armée Rouge au moment de la libération du camp et détenus depuis, au secret, par le KGB. Ces documents constituent les archives de la Direction des constructions SS d'Auschwitz (la SS Bauleitung). Ils se rapportent exclusivement à la conception, à la construction et au fonctionnement des chambres à gaz et des fours crématoires d'Auschwitz: projets et plans des ingénieurs, appels d'offres des entreprises, devis, rapports sur les réparations et les innovations techniques proposées et approuvées, correspondances échangées entre les SS et les douze entreprises construisant les installations, notamment la Topf, etc. Le dépouillement méticuleux de ces archives a conduit J.-C. Pressac à décrire minutieusement la " machinerie du meurtre de masse ". S'appuyant sur cette source nouvelle, il a effectué des calculs lui permettant d'estimer le nombre des juifs déportés à Auschwitz à 945 200 et le nombre des morts (juifs et non juifs) à 800 000 (p. 148).

Cette estimation semble trop faible. J.-C. Pressac s'appuie avec raison sur les capacités de traitement des chambres à gaz et surtout des fours crématoires (il était plus facile de tuer que d'incinérer les corps), en tenant compte des dates de mise en fonctionnement, des pannes, etc. Mais les autres éléments de ses calculs sont contestables. Comment a-t-il apprécié le nombre des corps incinérés dans les fosses à l'air libre? N'est-il pas trop optimiste en considérant que 30 à 35 % des arrivants des convois n'étaient pas gazés mais sélectionnés pour le travail ? Höss a bien parlé de 25 à 30 %, mais en fait les SS n'épargnaient que les travailleurs dont ils avaient besoin, c'est-à-dire beaucoup moins. Et l'on sait que des convois entiers ont été exterminés. En outre, beaucoup de doutes subsistent sur le nombre des convois (surtout sur ceux venus des pays de l'Est) et sur les effectifs de ces convois, sur les transferts entre les camps, sur les pertes lors des terribles évacuations, etc. Si bien que les estimations de Raul Hilberg semblent s'approcher davantage de ce qu'a pu être la réalité (950 000 morts, mais pour les juifs seulement).


Conclusion

Auschwitz a constitué la plus gigantesque entreprise criminelle de l'histoire de l'humanité. Là, les nazis ont construit la plus scientifique usine d'extermination de tous les temps. Plus de 1 500 000 personnes sont vraisemblablement passées dans le complexe d'Auschwitz (Auschwitz I-Stammlager, Auschwitz II-Birkenau, Auschwitz III-Monowitz et leurs kommandos). Les historiens et les chercheurs ne sont pas d'accord sur le nombre des morts d'Auschwitz. Il semble qu'il a dû être voisin de 1 200 000 .

Les survivants d'Auschwitz conserveront jusqu'à la fin de leurs jours leur matricule de déporté tatoué sur leur avant-bras gauche par les nazis. Le commandant d'Auschwitz Rudolf Höss a été pendu le 16 avril 1947 sur l'emplacement de l'ancien KZ. Le docteur Fritz Klein a été exécuté en 1945. Le docteur Krammer a été gracié en 1958. Le docteur Mengele a pu se réfugier en Amérique du Sud et est décédé au Brésil où son corps a été identifié en 1985. Le docteur Clauberg, libéré par les Soviétiques en 1955, est mort d'apoplexie à Kiel en 1957 en attendant d'être jugé. Richard Baer, arrêté près de Hambourg en 1960, est mort en 1963 avant d'avoir été jugé.



Josef Mengele,Rudolf Hoss,Josef Kramer





DOCUMENT Le témoignage d'Elie Wiesel

Le témoignage d' Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, apporte une illustration exceptionnelle à l'étude sur Auschwitz.
Il a quinze ans quand il est déporté à Birkenau, au printemps 1944. Sa mère est sa sœur sont conduites, dès leur arrivée, à la chambre à gaz. Son père et lui sont " sélectionnés " pour travailler à l'usine Buna. Devant l'avance de l'armée Rouge, ils seront évacués à Buchenwald, où son père meurt de dysenterie le 28 janvier 1945.
Il a évoqué sobrement son calvaire de jeune garçon déporté dans un livre préfacé par François Mauriac, La Nuit, Paris, Éditions de Minuit, 1958 (les citations sont extraites de l'édition de 1988). Dans son livre-témoignage, Elie Wiesel évoque la solidarité des déportés, mais aussi la sauvagerie des SS et la déshumanisation provoquée par la déportation.

La solidarité des déportés (p. 54)

Elie Wiesel relate comment lors de son arrivée sur la rampe de Birkenau, un déporté anonyme chargé d'accueillir les nouveaux arrivants leur sauva la vie, à son père et à lui:

Ma main se crispait au bras de mon père. Une seule pensée: ne pas le
perdre. Ne pas rester seul.
Les officiers SS nous ordonnèrent:
- En rangs par cinq.
Un tumulte. Il fallait absolument rester ensemble.
- Hé, le gosse, quel âge as-tu ?
C'était un détenu qui m'interrogeait. Je ne voyais pas son visage, mais
sa voix était lasse et chaude.
- Pas encore quinze ans.
- Non. Dix-huit.
- Mais non, repris-je. Quinze.
- Espèce d'idiot. Écoute ce que moi je te dis.
Puis il interrogea mon père qui répondit:
- Cinquante ans.
Plus furieux encore, l'autre reprit:
- Non, pas cinquante ans. Quarante. Vous entendez ? Dix-huit et quarante.
Il disparut avec les ombres de la nuit.

Ce double mensonge devait permettre au père et au fils, lors de la sélection effectuée par les SS, d'être classés parmi les travailleurs et d'échapper ainsi à la mort immédiate.

La sauvagerie des SS

Pendaison d'un enfant accusé de complicité de sabotage (p. 103).

Un jour que nous revenions du travail, nous vîmes trois potences dressées sur la place d'appel, trois corbeaux noirs. Appel. Les SS autour de nous, les mitrailleuses braquées: la cérémonie traditionnelle. Trois condamnés enchaînés - et, parmi eux, le petit Pipel, l'ange aux yeux tristes.
Les SS paraissaient plus préoccupés, plus inquiets que de coutume. Pendre un gosse devant des milliers de spectateurs n'était pas une petite affaire. Le chef du camp lut le verdict. Tous les yeux étaient fixés sur l'enfant. Il était livide, presque calme, se mordant les lèvres. L'ombre de la potence le recouvrait.
Le Lagerkapo refusa cette fois de servir de bourreau. Trois SS le remplacèrent.
Les trois condamnés montèrent ensemble sur leurs chaises. Les trois cous furent introduits en même temps dans les nœuds coulants.
- Vive la liberté! crièrent les deux adultes.
Le petit, lui, se taisait.
Sur un signe du chef de camp, les trois chaises basculèrent.
Silence absolu dans tout le camp. À l'horizon, le soleil se couchait. - Découvrez-vous! hurla le chef du camp.
Sa voix était rauque. Quant à nous, nous pleurions. - Couvrez-vous !
Puis commença le défilé. Les deux adultes ne vivaient plus. Leur langue pendait, grossie, bleutée. Mais la troisième corde n'était pas immobile: si léger, l'enfant vivait encore...
Plus d'une demi-heure il resta ainsi, à lutter entre la vie et la mort, agonisant sous nos yeux. Et nous devions le regarder bien en face. Il était encore vivant lorsque je passai devant lui. Sa langue était encore rouge, ses yeux pas encore éteints.

La déshumanisation (p. 157)

Elie Wiesel décrit une scène qui s'est produite lors de l'évacuation du camp vers Buchenwald. Les déportés sont depuis dix jours entassés dans des wagons à bestiaux sans toit. Le convoi étant arrêté dans une petite gare, un ouvrier jette un morceau de pain dans le wagon où ils se trouvent.

« Dans le wagon où le pain était tombé, une véritable bataille avait éclaté. On se jetait les uns sur les autres, se piétinant, se déchirant, se mordant.
Des bêtes de proie déchaînées, la haine animale dans les yeux; une vitalité extraordinaire les avait saisis, avait aiguisé leurs dents et leurs ongles.
Un groupe d'ouvriers et de curieux s'était rassemblé le long du train. Ils n'avaient sans doute encore jamais vu un train avec un tel chargement. Bientôt, d'un peu partout, des morceaux de pain tombèrent dans les wagons. Les spectateurs contemplaient ces hommes squelettiques s'entre-tuant pour une bouchée.
Un morceau tomba dans notre wagon. Je décidai de ne pas bouger. J'aperçus non loin de moi un vieillard qui se traînait à quatre pattes. Il venait de se dégager de la mêlée. Il porta une main à son cœur. Je crus d'abord qu'il avait reçu un coup dans la poitrine. Puis je compris: il avait sous sa veste un bout de pain. Avec une rapidité extraordinaire, il le retira, le porta à sa bouche. Ses yeux s'illuminèrent; un sourire, pareil à une grimace, éclaira son visage mort. Et s'éteignit aussitôt. Une ombre venait de s'allonger près de lui. Et cette ombre se jeta sur lui. Assommé, ivre de coups, le vieillard criait:
- Méir, mon petit Méir! Tu ne me reconnais pas? Je suis ton père... Tu me fais mal... Tu assassines ton père... J'ai du pain... pour toi aussi... pour toi aussi...
Il s'écroula. Il tenait encore son poing refermé sur un petit morceau. Il voulut le porter à sa bouche. Mais l'autre se jeta sur lui et le lui retira. Le vieillard murmura encore quelque chose, poussa un râle et mourut, dans l'indifférence générale. Son fils le fouilla, prit le morceau et commença à le dévorer. Il ne put aller bien loin. Deux hommes l'avaient vu et se précipitèrent sur lui. D'autres se joignirent à eux. Lorsqu'ils se retirèrent, il y avait près de moi deux morts côte à côte, le père et le fils. J'avais quinze ans. »

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