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 Les camps d extermination (2012)

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naga
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Ven 18 Mai - 2:52


Auschwitz Birkenau mur d execution des deportes




Plaque Memorial





Memorial Monowitz




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naga
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Sam 19 Mai - 1:48


GROSS-ROSEN

Singularisé par le campanile de sa place d'appel,
Gross-Rosen a été un " camp d'extermination camouflé. ".

Le KZ de Gross-Rosen est pratiquement inconnu en France. Il n'y a pas eu de convoi de France vers ce camp. Très peu de Français y ont été détenus: tous provenaient, semble-t-il, de l'évacuation du KZ d'Auschwitz menacé par l'avance de l'armée Rouge.





LE KZ DE GROSS-ROSEN

Le KZ a été implanté tout à l'est de l'Allemagne, en Silésie, à 60 kilomètres au sud-ouest de Breslau (Wroclaw en polonais), au sud de l'Oder, près de la petite ville de Gross-Rosen (Rogosnica en polonais), nichée dans un paysage de collines.

En mai 1940, 98 Polonais extraits de KZ de Sachsenhausen y installent un kommando et commencent la construction d'un camp de concentration. Le KZ de Gross-Rosen devient autonome à l'automne de 1941. Ce KZ de la seconde génération, celle de l'expansion territoriale du Reich, est destiné essentiellement aux Polonais arrêtés par les nazis. Mais, dans les derniers mois, du fait de l'avance des Soviétiques, il reçoit des détenus provenant d'autres KZ repliés, notamment d'Auschwitz et appartenant à de nombreuses nations, y compris des Français. Le commandant du camp se nomme Johannes Hassebroek.

Il est construit au flanc d'une des collines. Son plan est celui des autres KZ: un vaste quadrilatère de barbelés électrifiés entoure deux rangées parallèles de baraques, qui font face à une vaste place d'appel, de l'autre côté de celle-ci se trouvent les bâtiments des SS et des services, ainsi que le Bunker et, en retrait, le crématoire. L'originalité du KZ de Gross-Rosen réside dans la présence, sur la place d'appel, d'un curieux campanile supportant une cloche. C'est cette cloche qui rythme la vie des détenus, sonnant les rassemblements, les mouvements, les couvre-feux, etc., ainsi que les exécutions. De nombreux kommandos essaiment jusqu'à Breslau et Görlitz. Le principal est celui qui a la terrible tâche d'exploiter une immense carrière de granit, où le sort des déportés est aussi pénible qu'à la carrière de granit de Flossenbürg. C'est dans cette carrière que vont souffrir et mourir le plus grand nombre de détenus.






LE CALVAIRE DES DÉPORTÉS

Tous les témoignages indiquent que la vie des déportés a été particulièrement pénible à Gross-Rosen. C'est ce qu'explique Marc Klein qui arrive, venant d'Auschwitz, le 20 janvier 1945.

L'accueil

L'accueil est sans équivoque :

« Dès que nous eûmes franchi la porte, écrit-il, nous sûmes à quel enfer nous avions abouti. Le Lagerälteste, triangle vert, muni d'une énorme trique, nous rassembla et nous dit: " Voici ces messieurs d'Auschwitz. Vous sortez d'un sanatorium pour aboutir à un vrai camp, et nous nous chargerons déjà de vous faire savoir ce que c'est que Gross-Rosen. " Je ne l'appris que trop vite, le surlendemain, lorsque le chef de Block me roua de coups: J'eus cinq côtes cassées pour ne pas avoir couru assez vite à la corvée de café. »

Les déportés sont conduits dans des baraques nues :

« Les Blocks dans lesquels nous nous trouvions parqués étaient constitués par de simples hangars entièrement vides. Rien n'était prévu pour le couchage, même pas la moindre planche. Chaque baraque pouvait contenir au plus 300 hommes; nous y étions entassés à 1 300 et même 1 500. Le jour il n'y avait pas assez de place pour s'asseoir par terre et il fallait se relayer les uns les autres pour se tenir debout ou pour s'accroupir. Il faisait cruellement froid et les vitres du hangar étaient presque toutes cassées. »

La tragédie quotidienne

Marc Klein décrit les aspects de la vie quotidienne du déporté à Gross-Rosen :

« Les nuits étaient indescriptibles. Nous nous blottissions tant bien que mal les uns contre les autres, mais finalement pris de sommeil nous tombions les uns sur les autres. Le signal de s'étendre étant donné, il fallait s'aplatir tout de suite, faute de quoi il pleuvait des coups de planche et de canne sur celui qui était encore assis ou debout, coups donnés par le SS de service ou les triangles verts. Auparavant, la lutte pour les couvertures donnait déjà lieu à des scènes sauvages. Au cours de la nuit, des pugilats avaient lieu entre les détenus pour la moindre parcelle disponible et ces scènes se terminaient par des coups de lanière et de canne distribués à la volée par les surveillants.

De plus, les nuits étaient occupées par les distributions de soupe, la cuisine, débordée, fournissait des rations aux heures les plus variables et les désignations pour la corvée de soupe ou de pain donnaient lieu à des scènes horribles, les détenus refusant, même contre des suppléments, de vaquer à cette fonction. Car la cuisine était très éloignée, au bas de la côte sur laquelle il ne faisait pas bon marcher par le temps de neige et de verglas. La distribution même de la nourriture était une occasion de plus pour des bousculades et des pugilats.

Enfin, le plus grand souci était l'accomplissement de la toilette et de nos fonctions naturelles, les installations sanitaires, tout à fait primitives et insuffisantes, se trouvaient dans des baraques spéciales; aux heures d'affluence, il y avait de violentes bousculades, les surveillants tapaient dans le tas et les coups se soldaient toujours par un certain nombre de morts. Tout détenu qui se faisait surprendre en train d'accomplir ses fonctions naturelles entre les Blocks se faisait assassiner par les SS et surtout par la Lagerpolizei (détenus au triangle vert). »

Bernard Klieger, déporté à Auschwitz comme juif, arrive lui aussi à Gross-Rosen en janvier 1945. Il confirme le témoignage de Marc Klein. Voici le récit d'une corvée de soupe à Gross-Rosen :

« Vers minuit la lumière se fait dans le Block et la voix de stentor d'Auerbach gueulait: " Il y a de la soupe ! Qui veut aller chercher les caissons comme volontaire? " Depuis six jours, nous n'avions rien mangé de chaud. Chacun de nous rêvait de soupe bien chaude. Et par suite, il y eut assez de volontaires. Mais après un certain temps, les volontaires revinrent sans soupe. Leurs visages exprimaient l'horreur. Que s'était-il passé ? Nous fûmes vite renseignés.
On les avait fait descendre la montagne vers le camp central, où se trouvait la cuisine. C'était une nuit sans lune et à peine put-on reconnaître le chemin. Un sentier très étroit était le seul passage. Il était à proximité immédiate des barbelés chargés de courant à haute tension. Plus d'un homme trébuchait dans le noir et tombait contre les barbelés. Naturellement, il resta directement accroché, tué net par le courant. Un pêle-mêle indescriptible s'ensuivit. Chacun essayait de s'éloigner le plus possible de la mort électrique. Mais les kapos les rouèrent de coups et les firent reculer. Dans leur détresse, les détenus se jetèrent sur les bourreaux et ce fut une bataille en règle. Les kapos restèrent les plus forts et c'était normal. Ils étaient armés, ne fût-ce que de triques. Les autres n'avaient que leurs faibles bras amaigris par la souffrance. 14 morts restèrent sur le terrain. Les survivants atteignirent la cuisine où on leur raconta que la soupe n'était pas encore prête. Ils devaient revenir dans les deux heures. Après quoi, ils s'en retournèrent. (Après une heure, Auerbach cria: " Des volontaires pour la soupe! " ... ) La plupart d'entre nous restèrent couchés. Comme des fous, les kapos commencèrent à nous rouer de coups. Bon gré, mal gré, nous étions forcés de nous lever si nous ne voulions pas être tués. Cent hommes furent choisis pour chercher la soupe. Ils y allaient malgré eux. Au moins vingt kapos les entouraient pour veiller à ce que personne ne s'échappât. Celui qui essayait seulement fut tué sans pitié. La colonne s'ébranlait. Maintenant on les traitait un peu mieux et ils revinrent sans pertes. Mais les hommes étaient complètement à bout. À deux, ils avaient traîné un caisson de 50 litres en fer. Pataugeant dans la boue, devant monter une colline, c'était un travail gigantesque que de monter les caissons. Ils avaient rapporté 25 caissons de 50 litres, donc 1250 litres de soupe. Nous étions environ 1 100 personnes. Donc, en admettant pour l'équipe du Block et les kapos, en tout cinquante hommes, une ration triple, chacun de nous aurait dû recevoir un litre de soupe. Or nous n'en recevons qu'un demi-litre: 12 caissons furent distribués entre nous, les 13 autres furent réquisitionnés par le chef de Block, son équipe et les triangles verts... »

La vie humaine n'a plus de valeur à Gross-Rosen. Marc Klein, qui arrive pourtant de l'enfer d'Auschwitz, observe :

« Nulle part je n'ai vu assassiner individuellement avec autant de dextérité qu'à Gross-Rosen; l'assassinat était pratiqué sans scrupule, par les kapos, par la Lagerpolizei, par les SS, munis de cannes. C'est avec une habilité consommée qu'ils arrivaient à abattre un homme en deux ou trois coups. Le camp était jonché de cadavres de camarades épuisés, tombés dans la neige ou liquidés d'un coup de canne. »

Bernard Klieger, là encore, confirme à l'aide d'un exemple :

« Un des kapos allemands battit les records de meurtre. À Gross-Rosen on l'appelait le Tigre. Sa spécialité consistait en la chose suivante: la nuit il prenait place parmi nous et attendait. Quand il entendait non loin de lui le bruit d'hommes se battant entre eux pour une place, il sautait d'un seul bond au milieu du groupe et frappait. Et d'habitude il frappait juste. De temps en temps, il frappait un autre qui avait le malheur d'être à côté de lui. Mais ça ne le dérangeait nullement. Au fond peu lui importait qui était tué, le principal était que quelqu'un crevait. Ce n'étaient que des juifs!... »

Le Revier n'est pas épargné par cette folie meurtrière indique le témoin :

« Une véritable usine d'assassinat fonctionnait à l'infirmerie du camp de quarantaine; les malheureux qui s'y faisaient admettre, malgré et contre toutes les recommandations, étaient retrouvés le lendemain morts devant la sortie (je suppose qu'on y opérait avec des piqûres intraveineuses de substances toxiques). Comme seul moyen de couchage pour les malades, il y avait une litière de foin par terre. J'ai pénétré une fois dans cette espèce d'étable sous prétexte de chercher un analgésique, en excipant de ma qualité de médecin; j'ai compris que je venais de faire un faux pas, mais j'ai pu me dégager. »

Les morts sont si nombreux que le crématoire, construit en 1941, ne parvient pas à brûler tous les corps. Si bien qu'en 1943 l'entreprise Topf und Söhne, qui avait déjà équipé d'autres KZ, entreprend la construction de " fours à quatre chambres et à grand rendement ".


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naga
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Sam 19 Mai - 1:52

Entree du camp






Une révolte

Toute action de résistance est évidemment impossible dans le camp central de Gross-Rosen. Mais il n'en va pas de même pour les kommandos extérieurs. Des tentatives d'évasion ont même lieu. La plus importante se produit dans le kommando situé à Brigue. Une trentaine de Polonais travaillant dans un entrepôt maîtrisent leurs gardiens pendant leur trajet de retour. Certains endossent leurs uniformes et partent en direction de l'est avec ceux qui auraient dû les ramener au camp. Ayant rencontré par hasard une voiture de police et se croyant poursuivis, ils se réfugient dans une forêt voisine où, traqués pendant plusieurs jours, ils finissent par être repris et exécutés.

Liste des kommandos

Aslau - Bad Warmbrunn Cieplice - Bautzen - Berndorf Bernartice - Blechhammer - Bolkenhain - Breslau - Wroclaw - Brief Brzeg - Brunnlitz Bruenec - Brusay Brzezowa - Buchwald Höhenwöse - Bunzlau Boleslawiec - Bunzlau Rauscha - Christianstadt - Dornhau - Dyhernfurth - Erlenbush - Eule - Falkenberg - Faulbruk - Frierland - Fürstenstein - Gadersdorf - Gassen - Gebhardsdorf - Gellenau - Gorlitz - Graben - Granefort - Grulich - Grunsberg - Gruschwitz Kruswica - Halbstadt Mezimesti - Hartmanndorf - Hirschberg Jelenia Gara - Hohenelbe Wrszlabi - Kaltwasser - Kamenz - Kittlitztrebben Kotlicki Trebin - Kursbach Grunthal - Landeshut Kamienogora - Langenblielau Lielawa - Larche Ludwigsdorf - Lehmwasser - Leszno Lissa - Mahrisch - Markstadt Laskowitz - Marzbachtal - Marzdorf - Mittelsteine - Neisse-Neusalz Oder Nova Sol - Niesky - Niesky Klein - Niesky Wittischenau - Oberalsstadt - Oberwustegiersdorf - Parschnitz Porici - Peterswaldau - Prausnitz Prusnica - Radisch - Rauscha - Reichenau Risznow - Reichenau Reichenbach - Reichenau Reichenberg Liberal - Schmiedenberg - Schotterwok - Seuferwassergraben - Striegau - Tannhausen - Waldenburg - Weiswasser - Wolsberg - Wustegierdorf Giercze Puste - Wustegierdorf Station - Wusteweltersdorf - Zittau.

LA FIN

En janvier, les déportés constatent que la population civile construit une immense tranchée sur la colline voisine et installe des défenses antichars. Des avions russes survolent de plus en plus fréquemment Gross-Rosen et le KZ. Au début de février, le grondement du canon s'amplifie dans le lointain. L'armée Rouge avance. La nourriture se fait de plus en plus rare. La brutalité des SS et des kapos tourne à la sauvagerie.
Mais la fin approche, que décrit Marc Klein :

« Le 7 février nous fûmes rassemblés sur la place d'appel. On nous distribua une dernière soupe aux rutabagas avec force coups de trique, puis une portion de pain pour une journée. Pendant tout ce temps le canon se fait entendre de plus en plus distinctement. Vers la tombée de la nuit, par rangs de cinq, nous quittâmes le camp; nous repassâmes sous la tour d'entrée, où des SS pratiquaient une rapide élimination à coups de gourdin de ceux qui ne pouvaient plus marcher. Malgré le chagrin de laisser de nombreux camarades morts dans ce charnier, malgré notre épuisement, nous partions le cœur léger, nous étions hors de l'enceinte de cet enfer, avec l'espoir d'être libérés sous peu. Le bourg de Gross-Rosen était désert, les rues barrées par des défenses antichars élevées en toute hâte et gardées par des Volksturm aux armes désuètes. À la gare, nous fûmes chargés en toute hâte sur des plates-formes ouvertes. Le train immense démarra aussitôt. Le son du canon s'éloigna et avec lui la libération si proche. Nous étions bons pour un nouveau camp de concentration... »

Marc Klein devait être évacué sur le KZ de Buchenwald et survivre à sa terrible épreuve. L'évacuation de Gross-Rosen s'est déroulée du 8 février au 26 mars 1945. Elle a porté sur 31 064 détenus, évacués sur les KZ de Buchenwald, Dora, Flossenbürg et Dachau, en plusieurs convois échelonnés. Si Marc Klein a eu la chance de survivre, cette évacuation s'est soldée par une effroyable hécatombe. Car les déportés affaiblis par les coups et les privations, enfermés pendant quatre ou cinq jours, sans nourriture, dans des wagons sans toit, sous des températures atteignant 25 à 30 °C au-dessous de zéro, périssent massivement. Les chiffres manquent. Mais on sait, par exemple, qu'un convoi parti le 28 février pour Dachau comprend 432 hommes: il n'en reste que 240 à l'arrivée et plusieurs dizaines vont mourir dans les jours qui suivent.
Le 5 mai 1945, les troupes soviétiques ne trouvent qu'un très petit nombre de survivants, les malades du Revier ayant été massacrés au moment de l'évacuation du KZ.

Conclusion

L'insuffisance des sources ne permet pas de préciser le nombre des déportés de Gross-Rosen, ni celui des victimes. Olga Wormser-Migot parle de 60 000 à 70 000 détenus ayant travaillé effectivement. On estime en général que 200 000 personnes sont passées par le KZ et ses kommandos. Parmi elles, plus de 40 000 ont trouvé la mort à Gross-Rosen (non compris les prisonniers de guerre, soviétiques surtout, assassinés pratiquement dès leur arrivée au camp).


Vue aerienne du camp de nos jours






Memorial









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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Lun 21 Mai - 13:22


L'EXTERMINATION

L'euthanasie

Le mot euthanasie, tiré du grec, désigne l'assistance apportée à un agonisant promis à une mort certaine et douloureuse en mettant fin à ses jours sans le faire souffrir, soit à sa demande, soit à la demande de ses proches. Cette notion s'est élargie en Allemagne après la Première Guerre mondiale. Sous couleur d'eugénisme, des scientifiques comme K. Binding et A. Hoche prônent la destruction des " vies sans valeur ", des " existences superflues ", des " esprits morts ", de " enveloppes humaines vides ". Ces conceptions, basées sur un matérialisme biologique s'inspirant de l'idée darwinienne de la " lutte pou la vie ", conduisent à envisager l'élimination des " êtres inférieurs " alcooliques, épileptiques, psychopathes, infirmes, faibles d'esprit invalides et incurables. Par la presse et la radio, les nazis habituent peu à peu les Allemands à concevoir et à admettre cette sorte d'euthanasie - d'autant plus justifiée selon eux qu'il s'agit de personnes inaptes au travail mais qui absorbent des ressources, ce qu'un pays en guerre ne peut admettre.


Une circulaire du ministre de l'Intérieur du Reich datée du 18 août 1939 oblige les médecins et les sages-femmes à déclarer les enfants souffrant de difformités: ils sont aussitôt tués par des piqûres de morphine ou de scopolamine. Un Comité du Reich pour l'étude scientifique des maladies graves, héréditaires et congénitales est créé pour étudier les modalités d'application de l' " euthanasie ". Et le 1er octobre 1939, une lettre d'A. Hitler (datée curieusement du 1er septembre 1939) donne l'autorisation aux médecins « d'accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible ». L'opération d'élimination des pensionnaires des hôpitaux et asiles commence sans tarder en octobre 1939. Elle se dissimule sous l'appellation de code " T4 " (le siège de la centrale étant situé à Berlin au 4, Tiergartenstrasse). L'opération comporte d'abord la sélection des victimes par une commission de contrôle (jugeant le plus souvent sur dossiers), le transfert vers l'un des six instituts d'euthanasie répartis sur tout le territoire, l'exécution par le monoxyde de carbone (les injections de morphine et de scopolamine s'étant montrées décevantes), l'incinération; un avis de décès et des condoléances sont adressés aux familles.


La chambre à gaz du centre d'extermination de Brandenburg est décrite ainsi:

« La salle de mise à mort, lors de son installation, avait été camouflée en salle d'inhalation. Les murs étaient carrelés. Plus tard, on ajouta au camouflage des douches fixées au plafond, alimentées par des canalisations fictives. Le long du mur, à dix centimètres du sol, courait une canalisation reliée aux bouteilles à gaz. Ce tuyau était percé de nombreux petits orifices par lesquels le gaz se répandait dans la salle. Les bouteilles de gaz se trouvaient dans une antichambre, dissimulées par un revêtement»

Bien que les opérations se déroulent dans la plus grande discrétion, en faisant appel à un langage codé, des rumeurs circulent. Des familles s'inquiètent. Les Églises protestante et catholique s'alarment. Le 3 avril 1941, Mgr von Galen, évêque de Münster, dénonce en chaire ces assassinats. Il sera imité par les évêques de Fulda et de Limbourg. Si bien qu'A. Hitler ordonne l'arrêt officiel du programme T4 le 24 août 1941. À cette date, le nombre des victimes est de 70 273 réparties comme suit: 9 839 à Grafeneck, 9 772 à Brandenburg, 8 601 à Bernburg, 18 269 à Hartheim, 13 720 à Sonnenstein, 10 072 à Radamar. En réalité, l'élimination des malades mentaux et des incurables se poursuit discrètement jusqu'en 1945. Les centres d'euthanasie reçoivent également des convois de détenus des KZ jugés inaptes au travail, Les documents signalent la mise à mort, par exemple, de 5 000 détenus provenant de Mauthausen et de 3 000 autres extraits de Dachau. Pour cette seconde phase de l'opération T4, le nombre des victimes est estimé à plus de 30 000. Tous les pensionnaires juifs des établissements thérapeutiques ont été mis à mort de cette façon. L' " euthanasie " a permis aux nazis d'assassiner plus de 100 000 victimes sans défense.

C'est la première fois:

• qu'est réalisée la " liquidation biologique " en application du concept d' " hygiène raciale ";
• que sont expérimentées les chambres à gaz... qui seront bientôt utilisées dans les KZ. L'euthanasie nazie constitue le prologue à l'extermination massive dans certains KZ.

Les Tziganes

A. Hitler méprise les Tziganes, à qui il voue une haine égale à celle qu'il a pour les juifs.
Pourtant, les Tziganes sont bien eux aussi des Aryens, puisqu'ils proviennent du nord de l'Inde, d'où ils avaient essaimé dans toutes les directions. C'est aux XVè et XVIè siècles qu'ils étaient arrivés en Europe. Mais ces populations nomades, difficiles à contrôler du fait de leur errance perpétuelle, source de troubles avec les populations autochtones, inquiétaient les Allemands. Des recherches anthropologiques, entreprises dès l'arrivée au pouvoir des nazis, " démontrèrent " que les Tziganes, loin d'être des Aryens, appartenaient en réalité à une race bâtarde, donc inférieure.


Dès lors, au nom de la défense de la race aryenne, les Tziganes sont persécutés. Les bourreaux voient large: est considérée comme tzigane toute personne ayant deux Tziganes parmi ses grands-parents. Ils sont systématiquement pourchassés, recensés, rassemblés, parqués dans des ghettos ou des KZ. Dans les KZ, ils portent le triangle noir réservé aux asociaux, aux parasites. En septembre 1939 notamment, 30 000 sont arrêtés dans l'ensemble du Reich et déportés en Pologne, notamment à Auschwitz. Pour cette population habituée à la liberté, à la vie au grand air et au voyage permanent, la détention est dure. Très vite, beaucoup meurent victimes de la faim et des épidémies.


Il semble que la décision d'extermination est prise au début de 1942. Elle s'applique à tous les pays d'Europe occupés par la Wehrmacht. On estime que les trois quarts de tous les Tziganes allemands ont péri entre 1940 et 1944. La proportion est encore plus forte pour ceux de Pologne et d'URSS. À partir de 1944, ils sont massacrés jusqu'au dernier en Hongrie et en Croatie. Le général commandant les troupes allemandes en Serbie donne l'ordre suivant: « Les Tziganes doivent être traités comme les juifs. »
Peu d'études ont été consacrées au calvaire des Tziganes. Peu de documents subsistent. On sait seulement, par exemple, que 5 000 Tziganes qui avaient été enfermés dans une section spéciale du ghetto de Lodz ont été conduits en 1944 au KZ de Chelmno où ils ont tous été gazés. On sait aussi que les 2 987 hommes, femmes et enfants restant encore au KZ d'Auschwitz ont été conduits à la chambre à gaz le 2 août 1944. Environ 750 000 Tziganes vivaient en Europe en 1939. Plus du tiers, soit 260 000, ont été massacrés pendant la Seconde Guerre mondiale. En France, ils étaient près de 40 000 en 1939: 15 000 devaient périr.

Les Homosexuels

Le sort des homosexuels dans les camps de concentration est mal connu. En effet, aucune enquête officielle ou officieuse n'a été faite, aucun travail d'historien ne leur a été consacré. Pourtant, leur présence est signalée dans la plupart des camps.
Leur signe distinctif est un triangle rose. Ils sont victimes de mauvais traitements et d'insultes de la part des nazis, des kapos et souvent de certains déportés. Cette hostilité générale est due au fait qu'ils sont considérés comme coupables d'un vice contre nature.
Pourtant, un livre récent de Jean Boisson apporte de précieuses indications. Il contient le discours d'Himmler sur l'homosexualité prononcé le 18 février 1937, qui expose l'opinion des nazis:

« Si j'admets qu'il y a 1 à 2 millions d'homosexuels, cela signifie que 7 à 8% ou 10% des hommes sont homosexuels. Et si la situation ne change pas, cela signifie que notre peuple sera anéanti par cette maladie contagieuse. À long terme, aucun peuple ne pourrait résister à une telle perturbation de sa vie et de son équilibre sexuel... Un peuple de race noble qui a très peu d'enfants possède un billet pour l'au-delà: il n'aura plus aucune importance dans cinquante ou cent ans, et dans deux cents ou cinq cents ans, il sera mort... L'homosexualité fait échouer tout rendement, tout système fondé sur le rendement; elle détruit l'État dans ses fondements. À cela s'ajoute le fait que l'homosexuel est un homme radicalement malade sur le plan psychique. Il est faible et se montre lâche dans tous les cas décisifs... Nous devons comprendre que si ce vice continue à se répandre en Allemagne sans que nous puissions le combattre, ce sera la fin de l'Allemagne, la fin du monde germanique. »


De son côté, Goebbels, dans un discours du 26 janvier 1938, déclare: « Ceux qui pratiquent l'homosexualité privent l'Allemagne des enfants qu'ils lui devaient. » Le 16 novembre 1940, dans un nouveau discours, Himmler affirme: « Il faut abattre cette peste par la mort. »
Dans les camps, les homosexuels subissent le même sort que les autres déportés: privation de nourriture, sévices, travail exténuant, expériences médicales, etc. Mais leurs conditions de vie sont le plus souvent pires que celles de leurs compagnons de misère, car ils sont maltraités et méprisés par les nazis, les kapos et la plupart des autres détenus. François Bédarida écrit:

« Dans les camps de concentration, les Tziganes se trouvaient, avec les homosexuels, au bas de la hiérarchie carcérale. Ils étaient soumis aux travaux les plus dégradants et les plus pénibles ».

La barbarie nazie vis-à-vis des homosexuels ne connaîtra pas de borne. Pierre Seel rapporte comment ils ont fait mettre nu un homosexuel du " camp de sûreté " de Schirmeck, proche du Struthof. Après lui avoir enfoncé la tête dans un seau en fer blanc, ils lâchèrent sur lui les féroces bergers allemands du camp qui le dévorèrent devant les autres déportés rassemblés pour le spectacle. Pour les nazis, l'homosexualité est considérée comme un délit, non du point de vue de la morale ou de la religion, mais de la race. Ils ont exterminé les juifs parce que, selon eux, ils nuisaient à la pureté de la race - et les homosexuels parce qu'ils nuisaient à la reproduction de la race.
Ce véritable génocide a conduit à la mort probablement 1 million d'homosexuels selon Jean Boisson. Les historiens ont le devoir de rompre le silence dont a été entourée cette persécution.

Les Slaves

En juin 1941, A. Hitler envahit l'URSS.
Pour les nazis, les Slaves sont les Untermenschen par excellence. L'avance victorieuse sur d'immenses territoires de l'URSS apporte la démonstration que ces " sous-hommes " sont incapables de résister aux forces années des Aryens. Goebbels les compare à " un conglomérat d'animaux ". A. Hitler déclare: « Ils doivent en savoir juste assez pour comprendre les signaux de la route afin de ne pas être écrasés par nos véhicules. »



Dès septembre 1939, les élites polonaises (clergé, officiers, cadres sociaux, intelligentsia) avaient été neutralisées, exécutées ou conduites dans des KZ. De ce fait, privée de cadres et de repères, la population est passive et se soumet au joug des vainqueurs. Le terme slave slave ne vient-il pas du mot esclave?

Avec les Soviétiques, le problème a une tout autre dimension. Dès l'offensive de juin 1941, A. Hitler décide de conduire une guerre d'anéantissement: anéantissement des unités militaires soviétiques (en premier lieu, des officiers et des commissaires politiques), des cadres du parti communiste et des cadres civils de la société (administrateurs des circonscriptions géographiques, de l'armature sociale et économique, intelligentsia, etc.) Cela se traduit par des exécutions massives de civils et de militaires. Les chiffres permettent de mesurer l'étendue de la tuerie: 3 300 000 soldats soviétiques avaient été faits prisonniers au cours des six premiers mois de la guerre entre juin 1941 et janvier 1942 ; or, à cette date, 2 000 000 sont morts (par exécution ou épuisement). L'extermination va se poursuivre jusqu'à la défaite nazie. Entre juin 1941 et février 1945, les Allemands feront prisonniers 5 700 000 Soviétiques: 3 300 000 seront morts à cette dernière date. Cette proportion de près de 60 % de décès est effroyable pour des prisonniers de guerre.


Dans cette tuerie, un rôle majeur est réservé aux Einsatzkommandos. Appelés aussi " Einsatzgruppen ", les Einsatzkommandos sont de petites unités spéciales, mobiles, motorisées, créées à l'instigation de Himmler au printemps 1941 dans le cadre de l'opération Barbarossa (la conquête de l'URSS). Ces groupes d'intervention sont chargés d'assurer par la terreur la tranquillité des arrières des armées allemandes. Ils suivent immédiatement la Wehrmacht dans les territoires nouvellement conquis. Ils massacrent systématiquement les communistes. L'effectif des Einsatzkommandos s'élève à 3 000 hommes environ, ce qui est peu compte tenu de l'étendue du front. Ils sont composés par des hommes issus de la Gestapo et des différentes polices du Reich, par des SS et, pour 10 %, par des Russes recrutés sur place. (À partir de fin 1942, les supplétifs locaux constitueront la majorité de ces équipes de tueurs.)

Quatre groupes sont mis sur pied, désignés par les lettres A, B, C, D. Chaque groupe est affecté à un secteur géographique:

• I'Einsatzgruppe A, le plus nombreux (1000 hommes), rattaché au groupe d'armées du Nord, opère dans les pays Baltes et l'URSS jusqu'à Leningrad;

• I'Einsatzgruppe B, rattaché au groupe d'armées du Centre, opère sur un territoire allant de la Biélorussie à la région de, Moscou;

• I'Einsatzgruppe C, rattaché au groupe d'armées du Sud, opère en Ukraine;

• l'Einsatzgruppe D, le moins nombreux (500 hommes), rattaché à la 11e armée, opère le long de la mer Noire.

Les massacres ont lieu en plein air. Les futures victimes sont amenées par groupes devant des fossés creusés à l'avance. Elles sont exécutées à la mitraillette, parfois à la mitrailleuse. Les cadavres sont ensuite poussés dans les tranchées, qui sont recouvertes de terre. Sur les 3 300 000 prisonniers de guerre soviétiques tués, 500 000 l'ont été par les Einsatzgruppen. On estime à 750 000 environ le nombre des victimes hommes, femmes et enfants exécutés par les Einsatzkommandos entre l'ouverture des hostilités en juin 1941 et janvier 1942. Une réaction se produit en 1942. Ces massacres massifs, en plein jour, ne peuvent rester secrets malgré les précautions prises. Les effets psychologiques affectent fâcheusement les soldats de la Wehrmacht... et même les bourreaux SS! En outre, Himmler arrive à regretter ce gaspillage d'une main-d'œuvre potentielle. Dans un discours à Potsdam, il déclare en 1942: « Le fait que des centaines de milliers de prisonniers (soviétiques) soient morts est à déplorer, pas au point de vue racial, mais à cause de la perte de la main-d'œuvre subie. » En fait, les opérations des Einsatzkommandos se poursuivront, mais à une échelle beaucoup plus modeste. Ils participeront de plus en plus à la lutte contre les partisans. Désormais, les exécutions massives auront lieu surtout dans l'enceinte des camps. Les juifs connaîtront le même sort.

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naga
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MessageSujet: Re: Les camps d extermination (2012)   Lun 21 Mai - 13:26


Les Juifs

A. Hitler a d'abord tenté de débarrasser l'Allemagne du " poison juif " en les expulsant ou en les contraignant à émigrer. Avec la guerre, son attitude se raidit. Déjà dans son discours du 30 janvier 1939 devant le Reichstag, il s'écrie: « Si la finance juive internationale en Europe et hors d'Europe parvenait à jeter une fois de plus les peuples du monde dans une guerre mondiale, le résultat ne sera pas la bolchevisation de la terre et donc la victoire du judaïsme, mais l'extermination de la race juive en Europe. »

Plusieurs phases vont se succéder dans la politique anti-juive:

• Première phase: après la conquête de la Pologne (septembre 1939), les juifs sont raflés et déportés par dizaines de milliers dans le Gouvernement Général (ce qui reste de la Pologne sous protectorat allemand) et plus précisément dans le district de Lublin, où il est question de les parquer dans une espèce de réserve.

• Deuxième phase: après la défaite de la France (printemps 1940) naît le plan Madagascar, qui prévoit de déporter les millions de juifs dans cette Île, qui constituera une vaste réserve sous l'autorité d'un gouverneur SS (le Reich compte alors 2 500 000 juifs sur les territoires qu'il contrôle). Eichmann écrit: « Comme moyen d'éviter des contacts prolongés entre les juifs et les autres peuples, une solution impliquant un transfert outre-mer dans une île doit être préférée à toute autre. » Mais ce plan doit être abandonné puisque la guerre continue et que la Grande-Bretagne reste maîtresse des mers.

• Troisième phase: la politique de "ghettoïsation" est alors entreprise. Afin de séparer les juifs de la population allemande, les nazis entreprennent de les regrouper dans des ghettos fermés. Le premier ghetto est créé le 30 avril 1940 à Lodz, avec 150 000 personnes. Puis naissent ceux de Cracovie le 20 mars 1941, de Lublin le 15 avril 1941, de Czestochowa et de Kielce, de Lvov en décembre 1941, de Varsovie le 15 novembre 1940: ce dernier ghetto, le plus important, va recevoir 445 000 personnes en septembre 1941 (la population totale de la ville est alors de 1 365 000 habitants)



Un important ghetto sera créé après la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 à Theresienstadt (en tchèque: Terezin). Qualifié par les SS de " ghetto privilégié ", il recevra plus de 100 000 juifs âgés ou anciens combattants. En fait, les déportés seront affectés à des kommandos de travail très meurtriers. Un grand nombre seront gazés dans les camps d'extermination. 25 000 seront incinérés par les nazis à Theresienstadt et 23 700 inhumés dans le cimetière. Chaque ghetto constitue une cité état captive étroitement soumise à l'autorité allemande. Celle-ci réduit de plus en plus la fourniture des produits alimentaires, n'assurant bientôt plus que 300 calories Par personne et par jour (contre 2 310 pour un Allemand). Les juifs du ghetto de Varsovie vont bientôt souffrir de la faim, de maladies (typhus endémique). Le 21 mai 1942, un rapport note: « Il y a en permanence 40 % environ de personnes malades. Le nombre des décès dans le ghetto continue à osciller autour de 5 000 par mois. » 470 000 personnes vécurent dans le ghetto de Varsovie entre la fin de 1940 et l'achèvement des déportations de masse en septembre 1942: pendant ce temps, on y enterra 83 000 personnes.
Mais le processus de destruction des juifs paraît trop long aux Allemands, qui vont chercher d'autres solutions.

• Quatrième phase: les Einsatzgruppen exterminent les hommes, femmes et enfants juifs des territoires conquis sur l'URSS. Un rapport de l'Einsatzkommando A donne une idée de la tuerie. Il précise qu'entre juillet et décembre 1941, opérant en Biélorussie et en Lituanie, ont été exécutés: 136 421 juifs, 1064 communistes, 56 partisans, 653 malades mentaux, 44 Polonais, 28 prisonniers de guerre, 5 Tziganes. Sur ce total, le rapport dénombre 55 556 femmes et 34 464 enfants. Un massacre est devenu tristement célèbre: celui de Babi-Yar, petite ville proche de Kiev où en deux jours, les 29 et 30 septembre 1941, 33 771 juifs ont été assassinés et jetés dans un ravin naturel.

• Cinquième phase: la " solution finale ". C'est l'extermination complète des juifs. C'est le génocide.
Selon le dictionnaire, un génocide est la destruction méthodique d'un groupe ethnique et, par extension, l'extermination d'un groupe important de personnes en peu de temps. Le terme " génocide " a été utilisé pour la première fois par le juriste polonais Raphaël Lemkin. L'ONU a érigé en 1948 le génocide en crime sur le plan international. Les Allemands utilisent le terme " Endlösung " (solution finale) ou " Vernichtung " (destruction), les Anglo-Saxons depuis 1960 celui d'" Holocauste " (la Bible désigne ainsi les offrandes sacrificielles dédiées à Dieu). Plus récemment a été employé le terme "Shoah" ("catastrophe", en hébreu). La " solution finale de la question juive " (Endlösung der Judenfrage), c'est, pour les nazis, la destruction de tous les juifs de l'Europe qu'ils dominent, et où ils sont plus de 2 millions.



Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee met au point le processus, ou plus exactement la planification méthodique de l'extermination (qui se substitue aux massacres inorganisés des mois précédents dans les ghettos, les KZ et par les Einsatzgruppen). Présidée par Heydrich, chef du RSHA (Reichsicherheitshauptamt, l'Office central de la sécurité du Reich), avec Eichmann comme secrétaire de séance, elle réunit les représentants de l'administration du Reich, des Affaires étrangères, de la police et des SS. L'élimination de tous les juifs est donc une entreprise majeure, qui mobilise toutes les forces du Reich!...



Il semble qu'A. Hitler ait pris cette décision à l'automne 1941. Le 24 février 1942, un mois après la conférence de Wannsee, alors que les victoires militaires sur l'URSS sont éclatantes et qu'il domine l'Europe, A. Hitler tient à souligner que la destruction des juifs est un de ses principaux buts de guerre: « Ma prophétie trouvera son accomplissement. Ce n'est pas l'humanité aryenne qui sera anéantie par cette guerre, mais le juif qui sera exterminé. Quoi que puisse apporter ce combat, quelle que soit sa durée, ce sera là le résultat final. »

Sans tarder, la solution finale entre dans les faits.
Le processus d'extermination prend une dimension massive et généralisée. Il va être systématiquement et impitoyablement réalisé. Pas sans tâtonnements d'abord, du fait de l'ampleur de l'entreprise. L'" euthanasie " avait montré que la technique d'assassinat par le gaz était plus efficace que le recours aux injections de morphine-scopolamine. C'est donc au gaz qu'il sera fait appel. Mais les exécutions massives devant commencer sans délai, les nazis vont employer des camions à gaz. Dans un premier temps sont utilisés des camions à gaz itinérants. L'exposé des motifs de la condamnation, en 1965, du SS Robert Mohr fournit un exemple de l'efficacité du procédé: « Pour tuer les juifs, Mohr mit en oeuvre dans le kommando de Stalino, à partir de mars, une voiture à gaz, un camion de cinq tonnes carrossé avec une caisse métallique, du genre d'une voiture de déménagement. La caisse pouvait contenir au moins soixante personnes serrées. On y entrait par une porte située à l'arrière. On pouvait, au moyen d'une conduite, dériver vers l'intérieur les gaz d'échappement. Mohr assista à la première utilisation de celui-ci. Au moins cinquante juifs, des deux sexes, réunis dans la cour intérieure de l'hôtel Donbas, durent y monter. Après la fermeture de la porte, le SS Sackenreuther dirigea les gaz d'échappement à l'intérieur. Les victimes faisaient du vacarme et hurlaient. Il fallut quinze à vingt minutes pour les tuer. Au moins deux cents juif furent tués au cours d'au moins quatre interventions des camions à gaz le matin d'un des jours de Pâques, le 5 ou le 6 avril 1942... Les membres du kommando d'intervention devaient retirer un à un de la voiture les cadavres souillés d'excréments et d'urine, enchevêtrés les uns aux autres, et les jeter dans le puits de mine. »



Mais les résultats paraissent vite trop modestes. Poussant la logique jusqu'à son point extrême, les planificateurs de l'extermination décident la création de camps spéciaux uniquement destinés aux exécutions massives. Le premier camp d'extermination commence à fonctionner à la fin de 1941: c'est celui de Chelmno (Kulmhof) au nord-ouest de Lodz. La troisième partie de ce livre sera consacrée à l'étude de ces camps d'extermination.

Conclusion

Couronnant la politique d'extermination décidée par les nazis, la mise en oeuvre de la " solution finale " a abouti au massacre des trois cinquièmes des juifs d'Europe. Les plus durement frappés ont été les juifs allemands et polonais, puis ceux de Belgique, des Pays-Bas, de Grèce, de Yougoslavie et de Roumanie, ceux d'Italie à partir de la fin de 1943, de Hongrie en 1944, etc.
Les petites communautés juives de Finlande et de Bulgarie ont été les moins atteintes, car les gouvernements, bien qu'alliés de l'Allemagne, se sont opposés à la déportation des juifs. Par ailleurs, la presque totalité des 7 000 juifs du Danemark ont pu être transportés clandestinement en Suède. Les juifs de France n'ont pas été épargnés, du fait de la politique de collaboration du gouvernement de Vichy.
Les KZ seront les instruments de l'extermination des déportés et surtout des juifs. Toutefois le décret Pohl va marquer un tournant dans le processus.

L'EXTERMINATION PAR LE TRAVAIL

Le 7 décembre 1941, le Japon détruit par surprise la flotte américaine du Pacifique. La guerre entre le Japon et les USA élimine, pour les nazis, l'espoir de voir le Japon ouvrir un second front en Sibérie..



La résistance inattendue de l'armée Rouge et la défaite de la Wehrmacht devant Moscou montrent qu'il faut désormais envisager une guerre longue, une guerre " totale ". L'impératif est, désormais, l'accroissement de la production du matériel militaire. Pour remplacer les Allemands appelés sous les armes, les nazis contraignent alors au travail les prisonniers de guerre, en violation flagrante de la Convention de La Haye. Cela ne suffisant pas, ils obligent les populations des pays occupés à fournir des travailleurs: ouvriers volontaires, puis requis, STO, raflés, etc. Cela ne suffisant toujours pas, ils font appel aux déportés.

Cette intégration des KZ dans le circuit du travail commence officiellement avec l'ordonnance du 29 septembre 1941 par laquelle Pohl, inspecteur général des KZ, ordonne de créer dans chaque camp un service d'organisation du travail (Arbeitseinsatz). Son ordonnance du 3 mars 1942 formule le concept d'extermination par le travail. Les deux impératifs de la concentration: l'extermination et le travail sont ainsi exposés: « L'exploitation de la main d'œuvre doit être ainsi appliquée jusqu'à la limite du possible afin que le travail puisse atteindre le plus grand rendement »; c'est la phrase clé de la nouvelle utilisation des concentrationnaires. De son côté, Goebbels dira: « L'anéantissement par le travail est le meilleur et le plus productif. » Le 14 septembre 1942, il déclare au ministre de la Justice: « Les juifs, les Bohémiens, les Polonais condamnés à la peine capitale, ou à la détention perpétuelle, ou par mesure de sécurité doivent être anéantis, mais productivement, par le travail. »

Même certains juifs pourront travailler, échappant ainsi à la mort. Par exemple, Himmler lui-même indique dans une correspondance du 16 décembre 1942: « Sur un chiffre de 40 000 juifs arrivant à Auschwitz, le filtrage doit donner au moins 10 000 à 15 000 personnes capables de travailler. » L'ampleur de l'opération ne peut être sous-estimée: des millions d'hommes et de femmes ont ainsi été contraints de travailler pour l'économie de guerre allemande. Dès 1942, des milliers de kommandos vont essaimer des KZ, fournissant la main-d'œuvre que réclament les firmes allemandes.

L'exemple de l'IG Farben est caractéristique, car il montre à la fois l'importance du travail fourni par les concentrationnaires et l'extermination qui les attend quand ils deviennent inaptes au travail: « En 1943, écrit 0. Wormser-Migot, l'IG Farben avait investi à Auschwitz un quart de milliard de dollars. Les murs du bureau du comité technique de l'IG Farben à Francfort auraient été couverts de diagrammes analysant en détail le prix de revient par tête de déporté, le nombre de déportés à utiliser, etc. On sait que les commandos d'Auschwitz, Buna, Leuna, Monowitz ont été créés par l'IG Farben qui avait commencé par installer des filiales devant être alimentées en main-d'œuvre par Auschwitz. Dès sa sortie du camp, le concentrationnaire est pris en charge par Farben. Les statistiques des décès même sont parfaitement tenues. Si le cachet porte le sceau hôpital, c'est que le déporté est mort à l'hôpital de la firme, tandis que de multiples pages portent la mention nach Birkenau: le déporté devenu improductif est renvoyé au camp pour y mourir, l'IG Farben cesse pour lui ses subsides au camp, le cycle de l'extermination par le travail est achevé. Entre 1941 et 1943 plus de 2 millions de déportés seraient passés par Auschwitz 1, dont des centaines de milliers à la demande de l'IG Farben qui en aurait en retour envoyé 100 000 mourir à la chambre à gaz. »

Conclusion

Dans l'article 4 de son ordonnance du 30 avril 1942, Pohl définit ainsi le travail concentrationnaire: « Le commandant (du KZ) seul est responsable de l'utilisation des travailleurs. Cette utilisation doit être épuisante (erschöpfend) au sens propre du terme, afin d'obtenir la plus haute mesure de production. » Le ministre de la Justice Thierack, rapportant son entretien du 14 septembre 1942 avec Goebbels, et commentant le mot " erschöpfend ", emploie, pour définir le régime des KZ, l'expression " Vernichtung durch Arbeit ", qui signifie bien " extermination par le travail ". La même expression sera utilisée par Himmler quatre jours plus tard.
La France du régime de Vichy a-t-elle eu conscience du sort réservé aux déportés arrêtés sur son territoire ?


Source
livre de Marcel Ruby : « Le Livre de la Déportation »

La présente étude s'appuie donc:

• sur les conclusions, notamment chiffrées, d'un petit nombre d'ouvrages généraux qui font autorité comme ceux de François Bédarida, de Raoul Hilberg « La Destruction des juifs d'Europe » ou d' Olga Wormser-Migot (dont le doctorat d'État a été publié sous le titre « Le Système concentrationnaire nazi »);

• sur les rapports officiels des commissions d'enquête judiciaires, par exemple celui établi par la Commission générale d'enquête sur les crimes allemands en Pologne;

• sur des témoignages originaux: n'ont été retenus que ceux d'anciens déportés capables de s'exprimer objectivement (médecins, policiers, avocats, professeurs, etc.), la plupart ayant été fournis par le canal d'associations d'anciens déportés, ou par certains dirigeants de ces associations (comme Robert Deneri pour Flossenbürg, le docteur Frejafon pour Bergen-Belsen ou André Laroche pour Dora);

• sur des témoignages publiés dans des monographies mises au point par des associations d'anciens déportés, notamment ceux de Ravensbrück et de Sachsenhausen;

• sur des témoignages publiés et n'ayant pas fait l'objet de critiques ou de contestations, par exemple ceux des professeurs de l'université de Strasbourg parus sous le titre: « Témoignages strasbourgeois »;

• sur des témoignages des SS eux-mêmes, contenus dans l'ouvrage d' Eugen Kogon, Hermann Langbein et Adalbert Rückerl : « Les Chambres à gaz, secret d' État », qui rapporte le texte des dépositions des responsables SS des camps.

moulinjc.pagesperso-orange.fr/Camps

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