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 Les camps de concentration KZ (2012)

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naga
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MessageSujet: Les camps de concentration KZ (2012)   Jeu 24 Mai - 3:29


Au début de 1933 les nazis arrivent, démocratiquement, au pouvoir en Allemagne. Ils vont aussitôt s'employer à éliminer tout adversaire, réel ou potentiel, susceptible de s'opposer au régime totalitaire qu'ils instaurent immédiatement. De plus, une idéologie raciste d'une agressivité extrême les conduit à réduire en esclavage puis à détruire des populations appartenant à ce qu'ils considèrent comme des races inférieures. Pour cela, un système concentrationnaire planifié est mis en place. L'organisation des camps de concentration est modifiée après le 1er septembre 1939 pour s'adapter aux exigences de la guerre. Si bien que trois politiques vont se succéder :

• La politique d'exclusion (1933-1939): avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les KZ reçoivent les victimes de la répression qui s'exerce à l'intérieur du Reich;

• La politique d'extermination (1939-1945): avec la guerre, les KZ participent à la destruction des ennemis des nazis;

• La politique d'extermination par le travail (1942-1945): à partir du 30 avril 1942, certains camps changent de finalité et sont chargés de fournir une main-d'œuvre d'esclaves à l'économie de guerre allemande.
En France, le régime de Vichy va accepter, et dans certains cas faciliter, cette entreprise de déportation.




LES KZ INSTRUMENTS DE L'EXCLUSION
(1933-1939)






Les Lois d' Exception
(4 et 28 février 1933)

Le 30 janvier 1933, A. Hitler devient chancelier du Reich. Le 21 mars 1933, le Manchester Guardian signale que le chef de la police de Munich a informé la presse qu'un camp de concentration vient d'être installé près de Dachau, et qu'il pourra recevoir 5 000 détenus. Moins de deux mois après la prise du pouvoir... Au regard de l'histoire, le nazisme sera inséparable de la conception et de l'organisation des KZ.
Sans désemparer, des dispositions sont prises pour donner une justification légale au système concentrationnaire.


La loi " pour la protection du peuple " du 4 février 1933 et le décret du 28 février 1933 " pour la protection du peuple et de l'État " qui la précise et la complète s'appuient sur l'article 48 de la Constitution de Weimar relatif à l'état d'urgence... pour suspendre la Constitution. Ces textes établissent, en effet, un " état d'exception légal " qui supprime les droits de l'homme, la liberté de presse, d'expression, de réunion, d'association, permettant perquisitions et réquisitions, ainsi qu'une censure généralisée. L'article 4 du décret du 28 février prévoit que " les infractions dangereuses pour l'ordre public " seront " passibles des travaux forcés ". Le terme " camp de concentration " n'est pas mentionné. Mais le droit étant mis hors la loi par ces mesures d'exception — et cela jusqu'à l'effondrement du régime —, les KZ peuvent s'ouvrir sans contrainte. Et les nazis pourront y interner sans autre formalité tous ceux qu'ils voudront.



Peu après, le secrétaire d'État à l'intérieur Grauert signe l'ordonnance du 14 octobre 1933 qui autorise la détention préventive ou " de sécurité " (Sicherheit). Cette détention préventive va être systématiquement pratiquée par la Gestapo. Elle remplit les KZ. La délation aidant, elle engendre une atmosphère de terreur permanente à tous les niveaux de la population, paralysant toute velléité d'opposition.


Beaucoup de régimes, à travers le temps et l'espace, ont supprimé les droits fondamentaux pour assurer leur pouvoir: c'est le totalitarisme. Mais ce qui rend infiniment plus grave le cas des nazis, c'est leur idéologie, car cette idéologie magnifie la seule race aryenne. Le racisme les conduit à éliminer les autres "races". Les racines du nazisme et de l'antisémitisme allemand sont très anciennes. On y retrouve l'influence des pangermanistes de la fin du XIXè et du début du XXè siècle, celle de Fichte opposant l'Allemand (incarnant le bien) et l'étranger (le mal), celle de Nietzsche (rêvant d'une société future " surhumaniste "), celle de Moeller van der Roeck (méprisant les démocraties occidentales au profit du style de vie prussien), celle de Rosenberg surtout (qui, dans Le Mythe du XXè Siècle, exalte la race et condamne les juifs), celle de Gottfried Feder (qui confronte le capitalisme juif destructeur et accapareur au capitalisme allemand créateur et fécond), etc.


A. Hitler a lu pêle-mêle bon nombre de ces auteurs, ainsi que des livres sur les légendes germaniques, sur le Volksturm (le Volk, le peuple aryen, est présenté comme porteur de toutes les virtualités et de toutes les promesses de l'humanité), sur la supériorité des Nordiques sur les Latins, les Slaves, etc. Il reprend ces idées dans son Mein Kampf. Pour lui, la race a une importance suprême. Il faut donc préserver la pureté du sang. Ce qui permettra, écrit-il, de « protéger l'existence et la reproduction de notre race et de notre peuple, la subsistance nos enfants, la liberté et l'indépendance de notre patrie ».


S'appuyant sur le darwinisme, les nazis considèrent en effet que, dans la lutte pour la vie, le plus pur ethniquement peut et doit l'emporter. Le chef politique doit donc s'employer à interdire aux races inférieures de polluer la race aryenne d'une part et, d'autre part, à tout mettre en oeuvre pour assurer son épanouissement. C'est la mission essentielle du Führer et de ses nazis, en application du Führerprinzip, mode d'organisation de la société en vertu duquel le chef (Führer) détient tous les pouvoirs et a autorité sur tous, au-delà et au-dessus des lois, car il incarne le peuple et l'État. Tous ceux qui commandent en son nom le font donc sans contrôle d'aucune sorte. Sous sa conduite, les Aryens " créateurs et porteurs de culture " sont appelés à dominer le monde.


Pour commencer, ils auront le droit de s'assurer un " espace vital " (Lebensraum) permettant leur expansion au détriment des autres. Ainsi sera assurée la domination du peuple des maîtres (Herrenvolk). Rauschning rapporte la confidence que lui a faite A. Hitler sur sa conception du monde: « Dans le futur État nazi, il y aura la classe des seigneurs qui sera recrutée dans le combat et trouvera ainsi sa justification historique. Il y aura la foule des divers membres du parti, classés hiérarchiquement. Il y aura ensuite la grande masse des anonymes, la collectivité des serviteurs ad vitam aeternam. Au-dessous encore, nous verrons la classe des étrangers conquis, de ceux que nous appellerons les esclaves modernes. »


Pour atteindre cet objectif grandiose, A. Hitler engage son combat (Mein Kampf). Et il désigne le premier adversaire que ce combat doit permettre d'éliminer: les juifs. Car, pour lui, les juifs sont dangereux à tous les niveaux: ils corrompent la pureté du sang aryen; ce sont des parasites et des ferments de décomposition de la société; ils constituent un danger pour la nation allemande, car la " juiverie internationale " a noyauté les rouages des démocraties occidentales " judéo-ploutocratiques ". Elle contrôle secrètement le monde des affaires, de la finance, de la presse, de la politique, du capitalisme comme du socialisme. Les agents révolutionnaires juifs ont, notamment, provoqué la révolution de 1917 en Russie. Le bolchevisme soviétique marque la première étape de l'action entreprise par les juifs pour s'assurer la domination du monde.

Pour A. Hitler, le danger juif est donc à l'échelle planétaire.
Le racisme nazi condamne aussi d'autres " races inférieures ": les Tziganes, les Polonais, les Slaves...
De telles conceptions justifient pour les nazis les lois d'exception et l'ouverture des KZ.


Camp de Dachau en 1933





Les Premiers KZ

Les premiers camps ont donc été ouverts avant la guerre: en mars 1933 Dachau, le 20 mars 1933 Oranienbourg (auquel s'adjoindra en août 1936 Sachsenhausen), le 3 juin 1936 Buchenwald, le 15 juillet 1937 Ravensbrück, le 3 mai 1938 Flossenbürg, le 8 septembre 1938 Mauthausen (après l'occupation de l'Autriche le 3 mars 1938).

Goering revendique l'idée de la création des KZ. Il explique qu'il s'est inspiré des camps de concentration utilisés par les Anglais pendant la guerre des Boers et en rejette la responsabilité morale sur ceux-là. Dans son discours du 30 janvier 1941, A. Hitler reprend l'argument, déclarant: « Ce n'est pas en Allemagne qu'on a imaginé les camps de concentration dont les inventeurs sont les Anglais qui, par une institution de ce genre, pensent pouvoir peu à peu briser l'échine des peuples. » Au procès de Nuremberg, Goering a tenté de légitimer son entreprise: « Nous avons dû traiter les ennemis de l'État sans la moindre pitié... aussi avons nous ouvert des camps de concentration où ont été expédiés, pour commencer, les milliers de fonctionnaires communistes et sociaux-démocrates. Que des excès aient été commis au début n'a été que trop naturel... »



Dès l'origine, les KZ ont pour rôle officiel de recevoir des personnes considérées comme dangereuses " par mesure de sécurité, par mesure de prévention ou par mesure de rééducation ".

Les premiers occupants des KZ sont des communistes: 4 000 sont arrêtés dans la nuit qui suit la promulgation de la loi du 28 février 1933. Des milliers d'autres arrestations suivent de sociaux-démocrates, de syndicalistes, d'hommes " de gauche ", d'intellectuels (par exemple celle de l'acteur Walter Langhoff), etc.
L'arbitraire le plus total préside aux arrestations. Ainsi, fait caractéristique, Martin Bormann signe le 30 novembre 1933 une circulaire précisant que seront envoyées en KZ les personnes qui saluent par " Heil " au lieu de " Heil Hitler "...


Très rapidement, le pays est mis au pas (Gleichschaltung); les partis et journaux d'opposition sont interdits; les administrations et entreprises sont épurées. Les nazis s'emparent de tous les rouages.
Les membres de l'Association pour la connaissance de la Bible (Bibelforscher), ou Adventistes du septième jour, ou Témoins de Jéhovah, sont persécutés et rejoignent les KZ à partir de 1934, les nazis leur reprochant leur refus d'accomplir leur service militaire et d'obéir à dieu plutôt qu'à A. Hitler. Des détenus de droit commun ne tardent pas à être internés à leur tour dans les KZ, ainsi que les homosexuels.


Himmler décrit ainsi les détenus des premiers camps: «... des hydrocéphales, des gens qui louchent, des individus difformes, des demi-juifs, un nombre considérable de personnes inférieures du point vue racial. »
Il est difficile de connaître le nombre des détenus de ces premiers KZ. Des indications fragmentaires montrent que la répression n'a plus cessé. Ainsi 18 000 communistes et 2 000 sociaux-démocrates auraient été internés en 1936 et 1937.

Mais ils vont bientôt recevoir les juifs...


La Persécution contre les Juifs

Entre 1933 et 1939, elle va prendre deux formes: la ségrégation d'une part et l'exclusion d'autre part.



Il fallait d'abord préciser qui était juif. En effet, la définition de la victime constitue une condition préliminaire indispensable à l'action ultérieure. Le 15 septembre 1935 est pris à Nuremberg, pendant le congrès annuel du parti nazi, le décret intitulé " Pour la protection du sang et de l'honneur allemands ". Il précise que sont déclarées juives les personnes ayant deux grands-parents juifs, qui sont elles-mêmes de confession judaïque ou ont un conjoint juif, ainsi que toutes les personnes ayant trois grands-parents juifs. Sont considérées comme " juifs partiels " (Mischlinge ou métis) les personnes ayant un grand-parent juif, ou ayant deux parents juifs qui ne sont pas de confession judaïque et n'ont pas de conjoints juifs. Désormais, des textes législatifs interdisent les mariages mixtes d'Aryens et de juifs (4 novembre 1933), le concubinage mixte (23 novembre 1933), les relations sexuelles mixtes.


La ségrégation s'exprime également par des mesures discriminatoires sur le plan professionnel: mise à la retraite de fonctionnaires juifs (7 avril, 11 avril et 8 août 1933), expulsion de la fonction publique (30 juin 1933), de la presse et du spectacle (4 octobre et 19 décembre 1933), du barreau (7 avril 1933), de la médecine (2 avril 1933, 13 décembre 1935 et 25 juillet 1938), de la pharmacie (26 mars 1933, 3 avril 1936), du commerce (18 mars 1938), de l'industrie (23 novembre 1938), de l'armée (26 juin 1936), de la fonction vétérinaire (3 avril 1936) ou paysanne (3 octobre et 29 septembre 1939), avec vente forcée des biens paysans juifs, etc. Un numerus clausus est imposé aux étudiants à l'entrée des écoles et des universités (22 avril 1933), en attendant l'interdiction.


Les juifs sont désormais considérés comme des ressortissants particuliers. Ils devront posséder des cartes d'identité spéciales (22 juillet 1938), des passeports spéciaux (5 octobre 1938). Les biens juifs et les capitaux des juifs doivent être déclarés (26 avril 1938); ils seront bloqués puis liquidés (3 décembre 1938, 16 janvier et 21 février 1939); un impôt spécial de 1 milliard de marks leur est infligé (12 et 21 novembre 1938) pour avoir provoqué " la juste colère du peuple allemand ".


L'autre aspect de la persécution des juifs entre 1933 et 1939 est l'expulsion hors du Reich. 500 000 juifs habitaient en Allemagne en 1933. Les exactions subies conduisent 150 000 d'entre eux à émigrer. Si bien qu'en 1938, ils ne sont plus que 350 000. Le rattachement de l'Autriche, qui comptait 185 000 juifs au moment de l'Anschluss (11 mars 1938), aggrave le problème. Les nazis organisent, sous l'autorité du SS Adolf Eichmann, l'expulsion du quart de ces juifs autrichiens. Car à cette date encore, la politique est de provoquer l'émigration des juifs: « Il faut guérir le corps du peuple de cette maladie (la présence de juifs en Allemagne) », écrit le ministre des Affaires étrangères le 25 janvier 1938. Mais l'annexion de la Bohême-Moravie (15 mars 1939) ramène un nouveau contingent de juifs dans le Reich. Alors la persécution s'aggrave. Une propagande obsédante accable les juifs de tous les maux. Les nazis, souvent suivis par la population, multiplient brimades et sévices. Les juifs sont insultés, molestés. Leurs magasins sont maculés, leurs vitres brisées. Accusés de comportement antisocial et criminel, ils sont de plus en plus nombreux à être arrêtés et envoyés dans les KZ. Les expropriations (L'"aryanisation") des entreprises se développent, comme le boycott des établissements juifs.

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 se produit dans tout le pays un vaste pogrom organisé par Heydrich et par Goebbels, qui sera baptisé la Nuit de cristal (Kristallnacht) du fait des vitres et vitrines brisées. Prenant prétexte de l'assassinat à Paris du diplomate allemand von Rath par le jeune Juif Grynszpan, les chefs du parti nazi poussent leurs militants aux pogrom. Les magasins appartenant à des Juifs sont saccagés, près de 200 synagogues détruites, des milliers de juifs sont agressés, blessés, arrêtés et dirigés sur les KZ (30 000 juifs sont arrêtés et déportés, essentiellement à Buchenwald); 91 sont tués. Les juifs vivent désormais dans un climat de terreur. Beaucoup tentent d'émigrer. De plus, une amende d'un milliard de marks est infligée à la communauté juive. Cette nuit marque le passage de la politique antisémite du IIIe Reich à la violence physique et aux déportations systématiques, dernière étape avant l'extermination.


Conclusion — Le Système
Concentrationnaire en 1939

C'est dans l'été 1936 qu'A. Hitler prend la décision de déclencher la guerre pour la conquête de son " espace vital " en Europe. Un " plan de quatre ans " est lancé à l'automne 1936 dans cette perspective. Comme il faut une police puissante pour mettre hors d'état de nuire ceux qui seraient tentés de s'opposer à ce dessein, toutes les polices sont unifiées sous l'autorité de Himmler le 17 juin 1936. Fidèle d'A. Hitler depuis toujours, Himmler devient chef des SS (Schutzstaffeln: section de protection. Les SS, soigneusement sélectionnés, ont juré fidélité inconditionnelle et soumission absolue à A. Hitler. Les effectifs des SS passent de 50 000 hommes en 1933 à 250 000 en 1939), du SD (Sicherheitzdienst: service de sécurité) et de la Gestapo (Geheim Staatspolizei : police secrète d'État, créée par Goering le 26 avril 1933).


À la centralisation de la police sous la direction de Himmler et de Heydrich correspond la normalisation de l'administration des KZ.
Ainsi en 1939, après bien des tâtonnements, des conflits entre les instances policières, des rivalités entre les chefs, le système policier et le système concentrationnaire sont bien rodés. Les KZ ont désormais un rôle structurel. Ils sont conçus pour être un des éléments permanents de l'organisation sociale en Allemagne. Ils seront projetés à l'échelle de l'Europe par la guerre et subiront, alors, de profondes modifications.

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naga
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 25 Mai - 2:44


LA DEPORTATION ET LA FRANCE

En juin 1940, la France connaît la plus grande défaite de son histoire. Le 22, l'armistice est signé. Les Allemands gardent 1 800 000 prisonniers et occupent les trois cinquièmes du territoire ( la ZO: zone occupée ). Il laissent libre la partie méridionale ( la ZNO: zone non occupée ). La Troisième République a cédé la place au régime de Vichy, à l'État français du maréchal Pétain. La France est, alors, le seul pays d'Europe où coexistent deux autorités: celle des Allemands et celle de Vichy.
Les Allemands et Vichy vont lutter contre les résistants, qui seront arrêtés, emprisonnés, exécutés ou déportés dans des KZ. Les Allemands et Vichy vont s'engager dans une politique antijuive, qui se traduira par la déportation des juifs dans les KZ.

LES RÉSISTANTS

Le nombre des personnes arrêtées en France et déportées en Allemagne n'a jamais été établi d'une façon définitive. Henri Amouroux rapporte une statistique publiée au Journal officiel du 18 juin 1991 qui indique un " total présumé " de 100 000 déportés politiques et de 120 000 déportés raciaux " y compris les étrangers ". De son côté, Serge Klarsfeld, au terme d'une étude très minutieuse, a établi qu'entre le printemps 1942 et l'été 1944, 75 721 juifs de France ont été déportés. Si le nombre de juifs peut donc être considéré comme définitivement établi, il n'en est pas de même pour les 100 000 déportés " non raciaux ".

Ceux-ci comprennent tout d'abord les résistants arrêtés par la police de Vichy ( SOL, francs-gardes, miliciens, etc. ) et par la Gestapo. Mais aussi les victimes des rafles qui ont été de plus en plus nombreuses à mesure que se prolongeait la guerre ( en représailles à la suite d'attentats contre des Allemands ou des collaborateurs, puis parce que le STO fournissait des contingents insuffisants de requis, et enfin dans les derniers mois de l'Occupation pour créer une atmosphère de terreur dans la population ), ainsi que les personnes arrêtées pour des délits de droit commun, pour du marché noir ou comme otages. Tous ont été déportés dans des KZ. C'est la Gestapo qui conduit la répression, en ZO d'abord, puis dans toute la France à partir de l'occupation de la zone libre le 11 novembre 1942. Depuis 1940, c'est Helmut Knochen qui dirige à Paris l'appareil policier de la Sipo ( police de sécurité ) et du SD ( service de sécurité ), appareil appelé communément Gestapo en France. Il ne dispose guère que de 2 000 hommes. Mais ceux-ci s'appuieront sur l'administration policière et les formations collaborationnistes de Vichy. L'adjoint de Knochen est Kurt Lischka qui commande la police nazie dans la région parisienne. Les autres centrales de la Gestapo ( KDS, Kommando der Sipo und SD ) s'installent en ZO à Bordeaux, Poitiers, Angers, Rennes, Rouen, Orléans, Dijon, Châlons-sur-marne, Nancy et Saint-Quentin.

La répression contre les résistants devient féroce à partir de 1942. Le 5 mai 1942 Heydrich, chef de l'Office central de sécurité du Reich, se rend à Paris pour y installer Karl Oberg comme chef des SS et de la police allemande en France. Son adjoint est Herbert Hagen. Il s'appuie sur l'appareil policier mis au point par H. Knochen. Dès que la ZNO est occupée par la Wehrmacht le 11 novembre 1942, des KDS s'installent à Lyon, Toulouse, Marseille, Montpellier, Perpignan et Vichy. L'emprise allemande est de plus en plus forte sur tout le pays. Fernand de Brinon, qui sera fusillé après la Libération, en témoigne lorsqu'il écrit:

« Non seulement ils ont la haute main sur la police, mais encore, sous le prétexte de sécurité, ils s'occupent de l'administration intérieure de la France, exerçant eux-mêmes le droit de veto qu'avait le Majestic (autorité militaire), nominations des préfets, etc .../... Non satisfaits encore, ils prétendent imposer le choix de certains hommes et régler leurs attributions. Ainsi le général Oberg, accompagné du colonel Bickler et du major Hagen, ira-t-il trouver Laval et lui dictera-t-il le statut de Darnand, secrétaire général au Maintien de l'ordre: le contrôle absolu de la police, la mainmise sur la préfecture de police, la responsabilité de la répression des dissidents, la poursuite plus énergique du terrorisme, le contrôle de la police économique, l'extension de la milice et, éventuellement, son installation en zone occupée. »

Dès le début de 1943, la Gestapo ne peut plus, en effet, compter que sur la Milice pour traquer les résistants et les juifs. Créée le 30 janvier 1943 par le chef du gouvernement Pierre Laval, bientôt commandée par Darnand, elle combat les résistants, les maquis, prend part aux rafles sur la voie publique, procède à l'arrestation des juifs, etc. Le 27 décembre 1943, son chef Darnand devient secrétaire général au Maintien de l'ordre. Il entre à la Waffen SS. Grâce à lui, la Gestapo pourra désormais obtenir l'appui des forces régulières de la police française. Ainsi s'explique l'efficacité de la répression qui frappe les résistants qui, arrêtés, sont exécutés ou déportés vers les KZ.

LES NACHT UND NEBEL
(décret du 7 décembre 1941)

Le sigle NN ( pour Nacht und Nebel: " Nuit et Brouillard " ) conserve dans la mémoire collective une connotation à la fois romantique et angoissante. Les NN sont créés par le décret du 7 décembre 1941 signé par Keitel, chef de la Wehrmacht à l'Ouest. Mais il est vraisemblable que c'est A. Hitler lui-même qui en est l'auteur, et qu'il a emprunté cette forte expression à l'œuvre de Wagner qu'il admire. L'originalité du décret réside dans le fait qu'il est un acte de la Wehrmacht, qui en confie l'exécution au ministère de la Justice. Il s'applique aux résistants arrêtés par la Wehrmacht dans les pays occupés de l'Ouest.

L'objectif de la procédure NN est de frapper de terreur l'opinion publique par la disparition ( dans la nuit et le brouillard ) des résistants arrêtés — et par l'ignorance totale du sort qui leur a été réservé. Pour cela, les détenus sont transférés en Allemagne, où ils sont jugés ( pas tous d'ailleurs! ) et où la peine leur est appliquée. Toujours dans le secret le plus total. Les familles doivent rester dans l'ignorance absolue de leur sort, y compris de leur mort éventuelle. Très vite RSHA et SS vont s'immiscer dans cette procédure. Les détenus sont alors déportés, dans des KZ ( surtout à Natzwiller, où la plupart des déportés sont des NN ). Mais, individualisés par la classification NN, ils ne pourront pas quitter l'enceinte du KZ pour travailler dans des kommandos extérieurs, ni donner ou recevoir des nouvelles.

La Procédure NN est résumée comme suit par Joseph de La Martinière, lui-même NN:

« Stupéfiante accumulation de mesures judiciaires exorbitantes: c'est la prolongation indéfinie de la détention sans jugement — la coupure totale du détenu d'avec ses proches, et d'une façon générale d'avec le monde extérieur, sans limite de durée, et le refus de fournir à qui que ce soit toute information sur lui, même au-delà du décès — le transfert par l'armée d'occupation de sa juridiction aux tribunaux civils allemands pour des délits commis par des étrangers sur leur propre territoire — l'absence d'un défenseur, ou lorsque celui-ci est commis d'office, dans les cas les plus graves, l'impossibilité pour lui d'exercer convenablement sa fonction, si d'aventure il en a le désir — le refus de permettre la citation de témoins à décharge, et pas davantage le besoin de témoins à charge, puisque le procureur n'est pas tenu de fournir des preuves, son affirmation suffisant à fonder la condamnation — le rôle presque uniquement formel des juges, à qui est laissée une infime marge d'appréciation, les décisions pratiquement prises d'avance par le procureur, de concert avec le ministère de la Justice — des procès à huis clos, sans publicité ni pendant ni après — aucune possibilité d'en appeler à une juridiction supérieure — la remise à la SS, et l'envoi en camp de concentration, jusqu'à la fin de la guerre, des accusés déclarés non coupables ou ayant achevé de purger leur peine. »

Le 30 juillet 1944, la procédure NN est abolie et les détenus encore présents dans des prisons " civiles " internés dans des KZ. À la débâcle, l'ordre est donné de ne laisser aucun NN tomber vivant aux mains des Alliés. Ainsi le commandant Faye, chef du réseau Alliance, est abattu par les SS à Sonnenburg. J. de La Martinière précise que les NN ont eu des pertes supérieures à la moyenne des déportés des KZ, raciaux exceptés.
Jusqu'au bout, les NN ont donc constitué une catégorie à part de déportés, celle des anciens résistants des pays occupés par la Wehrmacht condamnés à disparaître sans laisser de trace.

LES JUIFS

La déportation des juifs est mieux connue que celle des résistants, notamment grâce aux travaux de Serge Klarsfeld. Elle a été l'aboutissement d'une double action: celle du gouvernement de Vichy visant à l'exclusion des juifs — et celle des Allemands tendant à leur extermination dans le cadre de la " solution finale ". Pour la période allant de 1940 à 1941, c'est la répression qui domine. Pour la période allant de 1942 à 1944, c'est la déportation. Une chronologie montre l'aggravation progressive de la condition des juifs en France.

De 1940 à 1941: la répression

Lois et mesures prises par les Allemands et Vichy se succèdent et se chevauchent:

• 27 septembre 1940: ordonnance allemande qui prescrit des mesures discriminatoires, oblige les magasins juifs à se signaler par un écriteau spécial et ordonne le recensement de la population juive en ZO. Ce recensement est effectué par l'administration française en octobre. Il indique que l'agglomération parisienne compte 150 000 juifs et le reste de la ZO: 20 000. En juin 1941, Vichy ordonne à son tour le recensement; ainsi sont mis en fiches les 140 000 juifs de la ZNO. Le danger de ces recensements n'apparaît pas tout d'abord. Pourtant, ils permettront arrestations et déportations futures;

• 3 octobre 1940: promulgation du Statut des juifs par le maréchal Pétain. Élaboré par le garde des Sceaux Alibert, ce statut interdit aux citoyens français juifs les charges électives, les chasse de la fonction publique, de l'armée, de la presse et les soumet à un strict numerus clausus dans les professions libérales. Deux observations s'imposent: Vichy a élaboré sa politique antisémite en toute liberté, sans pression des Allemands, allant même plus loin qu'eux en 1940; par ailleurs, alors que les Allemands prennent la religion comme critère, Vichy choisit la race et déclare juive « toute personne issue de trois grands-parents de race juive, ou de deux grands-parents de race juive si son conjoint est lui-même juif »;

• 4 octobre 1940: loi prévoyant l'internement des " étrangers de race juive " dans des camps spéciaux. Ces camps sont situés surtout dans le Sud-ouest: Gurs, le Recébédou, Noé, Le Vernet, Argelès — auxquels s'ajouteront en ZO deux camps dans le Loiret à Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Le 22 octobre 1940, 7 500 juifs expulsés d'Allemagne ( du Palatinat, du pays de Bade et de la Sarre ) sont internés au camp de Gurs. Hommes, femmes et enfants vivent, dans ces camps sous administration de Vichy, dans des conditions sanitaires et alimentaires lamentables;

• 7 octobre 1940: les juifs d'Algérie, français depuis le décret Crémieux de 1870, perdent la nationalité française,

• 29 mars 1941: création du Commissariat général aux questions juives ( CGQJ ) chargé de coordonner la politique antisémite, c'est-à-dire d'éliminer les juifs de la vie civile, politique, économique et culturelle. Le premier commissaire est Xavier Vallat. À la demande des Allemands, il sera remplacé en 1942 par Darquier de Pellepoix, encore plus fanatique que lui ( il avait écrit en 1937: " Que les juifs soient expulsés ou qu'ils soient massacrés " );

• 29 novembre 1941: dissolution des oeuvres juives, regroupées dans une Union générale des israélites de France ( UGIF ) facile à surveiller;

• 2 juin 1941: second Statut des juifs, qui les élimine pratiquement des professions libérales et commerciales et de l'enseignement supérieur;

• à partir de juillet 1941: de nouvelles lois dépossèdent les juifs de leurs biens meubles et immeubles ( c'est l' "aryanisation économique" qui met sous tutelle plus de 30 000 entreprises; les comptes bancaires des juifs ont été bloqués en mars 1941 ) et leur interdisent de sortir entre 20 heures et 6 heures du matin, de posséder un poste de TSF, une bicyclette, un téléphone, d'entrer dans un lieu public ( jardin, théâtre, cinéma, piscine, etc. ), de changer de résidence et les obligent à faire apposer le tampon juif sur leurs pièces d'identité ( 11 décembre 1942 );

• sous la pression allemande, Vichy, en application de la loi de 4 octobre 1940, accepte d'emprisonner les juifs de la ZO et le 14 mai 1941, la préfecture de police de Paris procède à l'arrestation de 3 747 juifs étrangers, dont 3 430 polonais, qui sont internés dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande;

• 20 août 1941: arrestation par la police municipale de Paris, sous le contrôle allemand, de 4 232 juifs, hommes, dont 1500 français. Ils sont internés dans le camp de Drancy qui vient d'être créé;

• 12 décembre 1941: des Feldgendarmes assistés de policiers français arrêtent 743 notables juifs de Paris, tous hommes et presque tous de nationalité française, en représailles à des attentats dirigés contre des militaires allemands. Ils sont internés dans le camp allemand de Compiègne. Toujours en représailles, le commandant militaire allemand von Stülpnagel inflige une amende de 1 milliard de francs à la communauté juive et ordonne l'exécution le 15 décembre, au mont Valérien, de 53 juifs internés à Drancy.

Ainsi de l'armistice à fin 1941, Vichy a conduit une politique antisémite de répression, qui n'a cessé de s'aggraver. L'objectif était d'exclure les Français juifs de la communauté nationale. Mais pas de les détruire.
Tout va changer en 1942, quand la politique nazie change elle-même de nature.

De 1942 à 1944: la déportation

Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee donne le signal de la déportation des juifs en vue de leur extermination.

• 27 mars 1942: le premier convoi de déportés juifs quitte Drancy en direction d'Auschwitz.

• 29 mars 1942: ordonnance allemande obligeant tous les juifs de plus de six ans à porter l'étoile jaune en ZO. Vichy s'oppose à ce que cette mesure soit étendue à la ZNO, car elle est très impopulaire dans tout le pays, provoquant la première indignation générale à l'encontre des mesures antijuives.

• 15 juin 1942: Dannecker réclame la déportation de 100 000 juifs de ZO et de ZNO, trois convois de 1000 juifs chacun devant partir chaque semaine pour les KZ.

• 16 et 17 juillet 1942: grande rafle du Vel'd'hiv: cette rafle marque profondément la mémoire collective parce que c'est la première rafle de juifs de cette ampleur, parce qu'elle a concerné un grand nombre d'enfants, parce que toutes les personne arrêtées devaient être, déportées, et peut-être surtout parce qu'elle a été exécutée uniquement par des policiers français. Environ 4500 policiers arrêtent, en deux jours, dans des conditions souvent odieuses par leur brutalité, 13 152 juifs, dont 3 118 hommes, 5 119 femmes et 4 115 enfants, 4 992 célibataires ou couples sans enfants sont internés à Drancy. Parents et enfants restent enfermés dans le Vélodrome d'hiver jusqu'au 20 juillet, où ils sont transférés dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande. Le 19 et le 22 juillet, les premier convois d'adultes partent pour Auschwitz. Les enfants, séparés des parents, ne partiront que le 17 août. Ils seront tous gazés dès leur arrivée à Auschwitz. Les enfants avaient inventé un mot pour désigner le lieu mystérieux où ils allaient être déportés, un mot plein de poésie: " Pitchipoï "...

Pour mettre au point cette rafle, des négociations avaient eu lieu entre Dannecker et Knochen d'une part, Laval revenu au pouvoir en avril, Darquier de Pellepoix, commissaire général aux questions juives, René Bousquet, secrétaire général à la police, et son délégué en ZO Jean Leguay d'autre part. L'accord se fit sur la base suivante: les juifs seraient arrêtés uniquement par la police française, mais il s'agirait seulement de juifs apatrides. Ainsi, les juifs français seraient provisoirement protégés. Pour des raisons controversées, Laval avait demandé que les enfants soient arrêtés avec leurs parents, alors que les Allemands ne l'exigeaient nullement.

• 62 convois de déportés quitteront Drancy entre le 22 juin et le 17 août 1944, emportant vers les KZ 63 000 juifs; 11 convois partiront des autres camps. Au total, 73 853 juifs seront déportés. 2 564 sont revenus. Compte tenu des juifs du Nord et du Pas-de-Calais sous administration allemande, le nombre total des juifs de France déportés a atteint 75 721, dont 11 000 enfants.


L' année 1942 a été la plus terrible pour les juifs. Du 27 mars au 11 novembre, 41 951 juifs ont été déportés en 43 convois, tous pour Auschwitz ( 805 sont revenus ). En 1943, 17 convois ont conduit 17 069 déportés à Auschwitz et à Sobibor ( il y aura 466 survivants ). En 1944, 14 convois conduiront 14 833 déportés à Auschwitz , Kaunas et Buchenwald , dont 1289 reviendront.

Ainsi, environ 76 000 juifs ont été déportés de France: soit un peu moins du tiers, étant des ressortissants français — les deux tiers représentant des juifs étrangers: 26 000 Polonais, 7 000 Allemands, 4 500 Russes, 3 300 Roumains, 2 500 Autrichiens, 1 500 Grecs, 1 200 Hongrois. Sur ces 76 000, 10 750, soit 14 % du total, avaient moins de 18 ans; 9 700, soit 12 %, étaient âgés de plus de 60 ans. Les trois quarts, soit environ 42 000 déportés, étaient donc dans la force de l'âge (18 à 59 ans).


24 % de la population juive de France sera exterminée: 16 % des juifs français et 30 % des juifs étrangers.
Environ 3 % des juifs ainsi déportés sont encore en vie.

Conclusion

Douze années seulement s'écouleront entre l'arrivée au pouvoir d' A. Hitler en janvier 1933 et son suicide en mai 1945. Par l' "euthanasie", puis dans les camps de déportation et d'extermination, les, nazis provoqueront la mort de millions d'êtres humains. Le mythe de la suprématie de la race aryenne devait les conduire à la " solution finale", c'est-à-dire à l'extermination des races qu'ils considéraient comme inférieures. Ce qui devait se solder, en particulier, par la mort des trois cinquièmes des juifs d'Europe et du quart des juifs de France.

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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 28 Mai - 2:42


BERGEN - BELSEN

Camp d'hébergement à l'origine,
Bergen-Belsen est devenu un terrible mouroir



BERGEN-BELSEN
Camp d'Hébergement (avril 1943-1944).

Bergen est une petite ville située à 100 kilomètres au sud-ouest de Hambourg, à 65 kilomètres au nord-est de Hanovre, dans la plaine du Hanovre, et plus précisément dans le Lüneburger Heide (les landes de Lüneburg). Sur le sol sablonneux ne poussent que des bruyères éparses et des boqueteaux de pins, de hêtres et de bouleaux. La route conduisant de Bergen à Hanovre pénètre dans la forêt. Là ont été construits des casernes et un camp d'instruction de SS, très confortables. 2 kilomètres plus loin, le paysage change. C'est désormais la plaine nue, sans cesse balayée par un vent âpre, chargé d'humidité. La route atteint Belsen.

C'est là qu'un camp pour prisonniers de guerre a été édifié pendant le premier conflit mondial. En 1941 ce camp, reconstruit par des prisonniers de guerre français, comporte une centaine de bâtiments en planches répartis de chaque côté d'une allée centrale. Il est d'abord réservé aux prisonniers de guerre russes. Un monument porte l'inscription suivante: " 50 000 prisonniers de guerre soviétiques ont été torturés et sont morts ici, en Allemagne fasciste. "






En avril 1943, sur la demande de Pohl, ce camp est mis à la disposition des SS et devient un KZ (c'est le 27 avril 1943 qu'apparaît pour la première fois le nom de Bergen-Belsen dans un document SS). A cette date, le capitaine SS Adolf Haas en reçoit le commandement. Il le modernise. Un crématoire est construit à l'extrémité sud de l'enceinte. Six bâtiments proches de l'entrée constituent le camp 1 (Blocks 1 à 6), qui sera réservé aux Häftlinge (prisonniers) qui arriveront au printemps 1944, tandis que les prisonniers de guerre seront dirigés vers d'autres camps. Contigu au camp des Häftlinge, mais séparés par des barbelés, ont été installés les Blocks des " juifs à échanger ". Le KZ devient, pour les SS, un camp d'hébergement. En effet, le 13 février 1943, le ministre des Affaires étrangères von Ribbentrop a donné l'ordre de sélectionner les juifs en vue d'un futur échange contre des Allemands de Palestine. En avril 1943, Himmler a décidé la construction d'un camp spécial (Sonderlager) à Bergen-Belsen pour les recevoir. En juillet 1943 arrivent les premiers convois. Il s'agit de 2 300 à 2 500 juifs polonais arrêtés à Varsovie, Lemberg et Cracovie et possédant des passeports de pays d'Amérique latine. À l'exception de 350, ils seront conduits l'année suivante à Auschwitz et exterminés. À la mi-août arrive un transport de 441 juifs de Salonique, dont 367 d'origine espagnole: ces derniers rejoindront l' Espagne en février 1944.

D'autres convois de juifs espagnols, grecs, portugais, hollandais suivent. Si bien que les "juifs à échanger" forment, dans la partie du KZ qui leur est réservée, le "camp de l'étoile", car tous doivent porter l'étoile de David cousue sur leur vêtements. Leur nombre passe de 379 au 1er janvier 1944 à 4 100 au 31 juillet 1944. Parmi eux, seulement 358 seront finalement libérés grâce à un échange le 30 juin 1944. Ils arriveront à Haïfa le 10 juillet 1944, via Vienne, Budapest et Constantinople. Un nouveau transport quitte Bergen-Belsen le 21 janvier 1945 avec 301 prisonniers. 136 seulement arriveront en Suisse le 25 janvier, les autres étant retenus dans un camp d'internement civil à Ravensburg.

Les "juifs à échanger" bénéficient d'un traitement de faveur par rapport aux autres détenus de Bergen-Belsen. Pourtant ils sont eux aussi astreints au travail forcé: arrachage de souches d'arbres dans la lande voisine, établissement de canalisations dans le camp, récupération du cuir sur des chaussures usagées provenant de toute l'Allemagne, etc. Mais quand la Wehrmacht connaît de graves revers, la nourriture devient de plus en plus insuffisante, tandis que les SS leur infligent mauvais traitements et punitions pénibles; si bien que la mortalité ne cesse de croître.

Un camp de juifs hongrois est ouvert le 8 juillet 1944 pour 1 683 juifs raflés dans ce pays. Ils sont mieux traités que les juifs du "camp de l'étoile", ne sont pas obligés de travailler et font l'objet d'un échange qui leur permet de gagner la Suisse le 6 décembre 1944. À côté du camp des juifs est construit une "camp des neutres", composé de deux baraques. Il reçoit des juifs possédant la nationalité d'États neutres. Ils sont 366 en mars 1945, dont 155 Espagnols, 19 Portugais, 35 Argentins, 105 Turcs. Eux non plus ne sont pas soumis au travail obligatoire. Et leur nourriture est plus abondante, tout au moins pendant les premiers temps de leur détention. Dans le courant de 1944, une nouvelle catégorie de prisonniers arrive. Le KZ de Bergen-Belsen devient alors un "camp de repos" selon la très particulière terminologie des nazis.

DU "CAMPS DE REPOS"
AU CAMP DE CONCENTRATION

Dès mars 1944, le KZ de Bergen-Belsen reçoit une affectation originale: il est chargé d'héberger les prisonniers des autres KZ qui, malades, épuisés, trop âgés, sont devenus incapables de travailler. Ce camp de repos est installé dans la partie du KZ réservée au Häftlinge.

Venant de Dora, le premier convoi arrive le 27 mars 1944 : il comprend 1000 déportés, parmi lesquels 200 Français. Ils avaient travaillé dans le fameux tunnel et la plupart sont tuberculeux. De nouveaux convois suivent régulièrement tous les quinze jours. Le 8 avril 1944, veille de Pâques, un avion allié pique sur le KZ, le prenant sans doute pour une caserne. Une salve de mitrailleuse tue plusieurs prisonniers et en blesse une trentaine. Ceux-ci, transportés au Revier, ne reçoivent aucun soin. Aucun ne survit. Les documents relatifs aux convois ayant tous été détruits, les précisions manquent. On sait pourtant qu'à la fin de mai 1944 arrivent, 154 malades de Dora, en juillet 200 malades de Sachsenhausen surtout tuberculeux, le 3 août, 100 malades de Neuengamme, en décembre 400 autres de Buchenwald. En mai 1944, une épidémie de typhus éclate. Les victimes sont nombreuses.

À la fin de 1944, l'afflux des déportés provenant de KZ devient quotidien et considérable. À pied au terme d'un effroyable parcours, en camions ou en trains arrivent des milliers de déportés évacués des KZ d'Auschwitz, Buchenwald, Dora, Dachau, Neuengamme et Sachsenhausen. Un second camp est installé à quelques kilomètres du premier, avec dix nouveaux Blocks. Le 2 décembre 1944, l'effectif du KZ est de 15 227 détenus, dont 8 000 femmes et fillettes. Il passe en mars 1945 à 50 000, dont 26 300 femmes. C'est le 1er août 1944 qu'est arrivé le premier transport de femmes. Elles sont installées au "camp des femmes", constitué par un grand nombre de tentes montées sur le terrain bordant le camp. Les premières sont des juives hongroises et polonaises. Le "camp des femmes" est surtout un camp de transit, la majorité d'entre elles étant envoyées dans des kommandos de travail dépendant du KZ de Buchenwald.

En fait de "camp de repos", le KZ est en réalité un camp de concentration. La direction des SS n'a nullement l'intention de remettre sur pied ces personnes malades. D'ailleurs aucun équipement médical particulier n'existe. Vieillards, malades, infirmes, épuisés, à qui avaient été promis soins et repos, découvrent la terrible réalité: celle de la faim, de la souffrance, de la dégradation et souvent de la mort. Ainsi arrivent en novembre 1944 3 000 femmes et fillettes d'Auschwitz-Birkenau, "malades pouvant se rétablir". Mais leur état de santé est tel qu'elles ne sont pas dirigées sur des kommandos de travail, mais qu'elles demeurent au KZ. Parmi elles, Anne Frank. La jeune fille va rester quelques mois à Bergen-Belsen où elle va mourir du typhus en mars 1945, peu de temps après sa sœur Margot, de trois ans son aînée.

Des déportés médecins s'efforcent d'apporter leurs soins aux autres détenus. Ils se heurtent aux cadres mis en place par l'administration SS du camp: kapos et "infirmiers" qui, pour la plupart, sont des criminels de droit commun sans connaissances médicales, et qui malmènent et même torturent les prisonniers. L'un d'eux, Karl Rothe, nommé infirmier chef par les SS, se spécialise dans les piqûres au cours de l'été 1944 : il tue ainsi plus de 200 captifs par injection de phénol dans le cœur, choisissant ses victimes arbitrairement.





Dans le livre qu'il a consacré à Bergen-Belsen où il a été lui-même interné, le docteur G.L. Frejafon énumère, en praticien, les maladies dont souffrent et meurent ses camarades de bagne: la tuberculose, "la plus grande pourvoyeuse du crématoire de mars à octobre 1944", puis la dysenterie (qui prend le relais d'octobre 1944 à février 1945), les affections pulmonaires aiguës (pneumonies, congestions, broncho-pneumonies, etc.), l'érysipèle de la face, la gale (affectant plus de la moitié des détenus), la diphtérie, la poliomyélite, l'encéphalite, les affections chirurgicales (phlegmons, abcès, ulcères), les phlébites, etc.
Voici le témoignage de ce médecin:

« L'épuisement était la cause prépondérante des décès. C'était un état complexe déterminé par des facteurs alimentaires dont le principal était naturellement l'insuffisance globale de la ration quotidienne. Elle avait pour résultat un amaigrissement extrême, surtout tragique chez ceux qui avaient possédé un certain embonpoint. À l'insuffisance s'ajoutait le déséquilibre. L'excès relatif d'amidon météorisait les ventres et entraînait une incoercible diarrhée; la restriction en protéines créait les oedèmes, l'absence de fer anémiait les épidermes. Les avitaminoses ulcéraient les gencives et entraînaient des troubles de la marche... Les guérisons étaient impossibles, parce que l'hygiène du camp était volontairement horrifiante: les hommes restaient cinq, six mois sans changer leur misérable chemise, leur unique caleçon, sans être conduits aux douches, sans aller, dans certains Blocks, aux lavabos dont on leur interdisait l'accès; les paillasses, imprégnées des déjections des mourants, n'étaient jamais remplacées; les couvertures que l'on se repassait, minces loques effilochées, étaient couvertes de crachats desséchés; le parquet des baraques était noir de vermine; les détenus restaient quinze heures consécutives dans une salle aussi hermétiquement fermée qu'un tombeau, où se mêlaient les miasmes, tous les germes, car, malgré les efforts des médecins, les tuberculeux couchaient avec les érysipèles, les dysentériques avec les pneumonique les scarlatineux avec les blessés. Les guérisons étaient impossibles parce que les médicaments étaient donnés au compte-gouttes et n'étaient que des médicaments anodins... Les guérisons étaient impossibles parce que les gens de maîtrise ne laissaient passer aucun prétexte pour frapper ou glacer les malades, parce que entre les détenus même, les plus faibles subissaient les brutalités des plus forts, comme chez les bêtes... De même que dans tous les camps, on mourait à Belsen de mort violente, d'épuisement, ou de maladie. Les morts violentes étaient moins nombreuses que dans les grands camps; les pendaisons massives, les chambres à gaz y étaient inconnues. Les barbelés n'étaient pas électrifiés. Les fusillades collectives ne se produisirent que dans les jours qui précédèrent la délivrance. Il restait les meurtres individuels, officiels ou non, les piqûres et les suicides. Ces derniers étaient nombreux et procédaient par vagues épidémiques. On choisissait toujours la pendaison qui était à la portée de tous: une ceinture, une poutre, un escabeau ... »

Commencée au printemps 1944, la transformation du camp de Bergen-Belsen en camp de concentration s'achève le 2 décembre 1944. Ce jour-là, le SS Haupsturmführer Josef Kramer remplace Haas au commandement du camp.

Né le 10 novembre 1906, Kramer, nazi depuis 1931, SS depuis 1932, est un spécialiste des KZ. Dès 1934, il est entré au service de garde du KZ de Dachau et ne quittera plus ensuite l'administration des KZ. Il a commandé le KZ de Natzwiller puis, en mai 1944, celui d'Auschwitz-Birkenau. Dès son arrivée à Bergen-Belsen, il le transforme en un camp comme les autres: la fiction du "camp de repos" est bien morte. Le "camp de l'étoile" et les autres camps spéciaux. passent uniformément sous l'autorité brutale des kapos. Dans tous les KZ, les SS ont droit de vie ou de mort sur les détenus. Le refus ou la simple hésitation à obéir à un ordre peut entraîner la mort immédiate, ou même le simple caprice d'un nazi. Les SS désignent des déportés pour encadrer leurs compagnons de misère. Ce qui a, pour eux, le double avantage de faciliter leur propre tâche et de jouer les prisonniers les uns contre les autres.

Chaque baraquement de bois ou de briques est appelé Block. Le Blockälteste (doyen du Block) y fait régner la discipline. Si le Block est divisé en chambres (Stube), des Stubenälteste et des Stubendienste (Serviteurs) le secondent. Le responsable du camp est le Lagerälteste: c'est lui qui propose les Blockälteste à l'agrément des SS. Chaque kommando de travailleurs a à sa tête un kapo. Kapos, Blockälteste et Lagerälteste portent des brassards distinctifs. Ils jouissent d'une autorité pratiquement illimitée sur les autres déportés, qu'ils peuvent frapper ou même tuer (dans ce cas la seule obligation est de signaler le décès à temps pour que l'appel suivant tombe juste).

Les SS confient habituellement ces fonctions à des déportés dont ils savent qu'ils seront des instruments dociles. Dès 1938, ils choisissent de préférence des criminels allemands de droit commun internés dans les camps. En 1944, Himmler expose avec cynisme ce système et son évolution:

« Ces récidivistes allemands, quelque 40 000.... ,sont mes "sous-officiers" pour toute cette société. Nous avons nommé là.. ceux que nous appelons "kapos". Il y en a aussi un qui a la responsabilité... de 30, 40 ou 100 autres détenus. De la minute où il est kapo, il ne couche plus avec les autres. Il est responsable de l'exécution des travaux imposés, il doit veiller à ce qu'il n'y ait pas de sabotage, qu'ils soient propres, que les lits soient bien faits... Autrement dit, aiguillonner ses hommes. De la minute où nous ne sommes plus satisfaits de lui, il n'est plus kapo, il couche de nouveau avec ses hommes. Il sait alors qu'ils le tueront dès la première nuit... Comme nous n'avons pas assez d'Allemands, on s'arrange naturellement pour qu'un Français soit kapo des Polonais, un Polonais kapo des Russes... de manière à jouer d'une nation contre l'autre. »

Tous les détenus des KZ portent des signes distinctifs cousus sur le côté gauche de leur veste de bagnard.Un numéro et un triangle de couleur la pointe dirigée vers le bas.
(À Auschwitz, les numéros des déportés sont tatoués sur leur avant-bras gauche). Les triangles sont verts pour les droits communs, rouges pour les politiques (la première lettre de leur nationalité figurant en noir sur le triangle), violets pour les Témoins de Jéhovah, noirs pour les asociaux, roses pour les homosexuels, bleus pour les émigrants, bruns pour les Tziganes. Les juifs ont, surimposé sur leur triangle vert, rouge ou noir, un second triangle de couleur jaune placé en sens inverse, pointe dirigée vers le haut, formant ainsi une étoile à six branches. Ceux que l'on soupçonne de vouloir s'évader portent dans le dos une sorte de cible blanc et rouge peinte ou cousue. Dès le début de la guerre sont internés des "criminels de guerre" portant un K dans leur écusson (ils sont rapidement dirigés sur les compagnies disciplinaires).
Ces caractéristiques se retrouvent dans tous les KZ.


Le camp en 1944






L' ENFER

En janvier 1945, une seconde épidémie de typhus s'abat sur, camp, tandis que les convois de déportés affluent de plus en plus nombreux chaque jour. La situation devient effroyable.

Le typhus envahit tous les dortoirs, écrit le docteur G.L. Frejafon. Ceux qui avaient résisté aux cellules de la Gestapo, au tunnel de Dora, à la dysenterie, aux coups, aux piqûres, disparaissaient les uns après autres. Il y avait des formes foudroyantes, qui tuaient en quelques heures, des formes en apparence bénignes, qui donnaient l'illusion qu'il allait faire son typhus debout, et qui, brusquement plongeaient dans un coma mortel. On laissait les hommes atteints dans leurs Blocks, les bâtiments de contagieux débordaient jusque dans les lavabos; à trois par couchette, les corps gisaient, la plupart agités d'un délire bruyant, marmonnant des mots rapides, les yeux injectés, nuque raide, l'ouïe éteinte, la bouche imprégnée d'une saveur affreuse de pourriture. La saleté atteignait un niveau indicible. Les malades couchaient dans leurs matières qui coulaient sur les couchettes inférieures se répandaient sur le plancher où elles s'étalaient en un putride marécage... Les infirmiers, les policiers étaient frappés comme les autre. Les morts demeuraient des jours et des jours dans leurs grabats, dans les allées des Blocks, dans les rues du camp.

Devant l'avance des troupes soviétiques, les Allemands évacuent les KZ sur Bergen-Belsen, où arrivent des hommes et des femmes vêtus de loques, affamés, au terme de marches forcées ou entassés dans des wagons de marchandises ouverts au froid et au vent. Les documents ayant été détruits, il est impossible de connaître le nombre de ces arrivants. Des renseignements fragmentaires permettent seulement de savoir que 25 à 30 000 arrivent de Dora (évacué le 4 avril 1945) 20 à 25 000 femmes d' Auschwitz (entre le 1er décembre 1944 et le 15 mars 1945), 6 000 de Buchenwald (en janvier 1945), 6 à 7 000 de Sachsenhausen (dans la première quinzaine de février 1945), et en mars: 258 de Natzwiller, 1157 puis 870 de Flossenbürg, 2252 de Dora...

Parmi les évacués d'Auschwitz figure Simone Jacob, qui n'est pas encore Mme Simone Veil. À dix-sept ans, elle a été déportée à Auschwitz avec sa mère et sa sœur parce qu'elles étaient juives. À Birkenau, elles ont la chance exceptionnelle d'être affectées toutes trois à un petit kommando situé à Bobrek, à quelques kilomètres du camp, jusqu'au 18 janvier 1945. Elles sont alors évacuées à Bergen-Belsen. Là, la mère de Simone Veil va mourir du typhus. Une autre sœur de Simone Veil, l'aînée, agent de liaison du mouvement de résistance Franc-Tireur, est arrêtée en 1943, à dix-neuf ans, et déportée comme politique à Ravensbrück. Elle est devenue Mme Denise Vernay.

L'épidémie de typhus conduit rapidement à la mort ces déportés affaiblis par la sous-alimentation. Eberhard Kolb, chargé par le gouvernement de Basse-Saxe en 1960 de rédiger une étude sur Bergen-Belsen, donne des indications fiables sur l'évolution des effectifs du KZ:

« Quand Kramer prit la direction du camp le 2 décembre 1944, il y avait 15 257 détenus à Bergen-Belsen. Il y en avait 18 465 (9 735 hommes et 8 730 femmes) le 1er janvier 1945, 22 286 (5 811 hommes et 16 475 femmes) le 15 janvier, 41 520 (14 797 hommes et 26 723 femmes) le 1er mars,... 45 117 (14 730 hommes et 30 387 femmes) le 15 mars, 44 060 (13 338 hommes et 30 722 femmes) le 31 mars,... et 39 789 le 6 avril. »

Le 1er avril 1945, le crématoire éteint ses feux, car il ne suffit plus à faire disparaître les centaines de morts quotidiens. Des fosses sont creusées. Du 11 au 14 avril, 2 000 détenus encore capables de marcher y traînent les milliers de cadavres jonchant le camp et se décomposant. Le 5 avril, les SS brûlent les registres d'état civil. Il partent le 12, laissant la garde du KZ à 1 500 Hongrois sous l'autorité de quelques officiers de la Wehrmacht. Ceux-ci prennent contact avec les troupes anglaises. Un accord est conclu. Le camp est neutralisé et les Britanniques y pénètrent sans combat le 15 avril 1945.
E. Kolb rapporte le témoignage du général Glyn-Hughes à son arrivée au KZ:

« Le camp était dans un état indescriptible, aucun rapport, aucune photo ne sont à même de donner une idée de l'horreur qui s'offrait à nos yeux; et à l'intérieur des baraquements c'était encore plus effroyable. Partout il y avait des cadavres entassés sur différentes hauteurs. Quelques-uns de ces tas de cadavres se trouvaient de l'autre côté des barbelés, d'autres à l'intérieur, entre les baraquements. Le camp était jonché de corps humains en décomposition. Les fossés des canalisations étaient remplis de cadavres et dans les baraques elles-mêmes les morts étaient restés là, parfois enchevêtrés avec les vivants, dans le même lit. Près du crématoire l'on voyait encore des traces de fosses communes hâtivement remplies. Au bout du camp il y avait une fosse ouverte, à moitié remplie de cadavres; on venait juste de commencer les travail d'ensevelissement. Dans quelques baraques, mais pas dans toutes, il y avait des planches qui servaient de lit, elles étaient surchargées de prisonniers, à tous les stades de la maladie et de l'épuisement. Dans aucune des baraques les prisonniers n'avaient assez de place pour pouvoir s'allonger de tout leur long. Dans les baraquements les plus surchargés 600 à 1000 êtres humains étaient entassés là où il n'y avait normalement de place que pour 100. Dans un des baraquements du camp des femmes, là où étaient logées les malades atteintes du typhus, il n'y avait pas de lits. Les femmes étaient couchées à même le sol et étaient si faibles qu'elles pouvaient à peine bouger. Il n'y avait pratiquement pas de literie. Quelques-unes avaient des couvertures, les autres pas. Certaines n'avaient aucun vêtement et s'enveloppaient dans des couvertures. D'autres avaient des vêtements venant d'hôpitaux allemands. C'était l'image qui s'offrait à nos yeux.»

En raison du typhus, les survivants sont contraints de rester enfermés dans le KZ. C'est seulement à partir du 1er mai que l'évacuation commence. Les ambulances anglaises et américaines acheminent sans arrêt les malades - en commençant par les femmes - vers les casernes de Bergen, où sont hâtivement installées d'immenses formations hospitalières.
Le 20 mai 1945, à cause de l'épidémie, l'armée anglaise détruit entièrement le camp au lance-flammes.

Conclusion

Dans les derniers mois, des dizaines de milliers de prisonniers ont trouvé la mort à Bergen-Belsen, plus de 50 000, dit E. Kolb. Pour le seul mois de mars 1945, leur nombre s'élève à 18 168; 15 000 autres décèdent entre le 15 avril, jour de la libération du camp et le 20 juin 1945. Au terme d'une étude complexe, P.G. Fassina évalue à 120 469 (plus quelques milliers non enregistrés) le nombre des décédés entre la création du KZ et le 31 décembre 1944. En deux ans, plus de 170 000 déportés sont donc morts à Bergen-Belsen (en tout, 300 000 déportés auraient été détenus à Bergen-Belsen).

En septembre 1945, 48 tortionnaires du KZ de Bergen-Belsen sont jugés de Lunebourg; 11 seulement sont condamnés à mort. Le 13 décembre 1945, Joseph Kramer est pendu par les Britanniques à Hasselin. Adolf Haas sera tué par les Soviétiques.
Les nazis avaient assigné un statut particulier à Bergen-Belsen. Lieu d'internement multiple, camp d'hébergement pour otages à échanger, puis camp de repos pour les déportés malades, le KZ est devenu un camp comme les autres où la faim et les maladies, le typhus surtout, ont conduit à la mort des dizaines de milliers de déportés. Dans sa préface au livre du docteur G.L. Frejafon, Louis Martin-Chauffier a écrit:

« Bergen-Belsen, nom terrifiant. C'est là qu'on jetait les rebuts, ceux à qui il n'était plus possible d'arracher le moindre travail. On les y laissait crever. »

Bergen-Belsen a été un horrible mouroir.



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naga
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Jeu 31 Mai - 2:14


BUCHENWALD

Buchenwald, le KZ du " bois des hêtres ",
est le camp de concentration nazi classique.



KZ mais aussi camp de passage et de triage, il fournit la main d'œuvre à plus de cent kommandos. Il possède le vieux chêne à l'ombre duquel Goethe venait méditer, selon le légende.








LE KZ DE BUCHENWALD

Le KZ de Buchenwald est entré en service à la fin de juillet 1937. Il est situé en Thuringe, au nord-ouest d' Erfurt et au nord-est d' Iéna, sur la Saale, et près de Weimar, cette ville allemande qui fut jadis un grand foyer intellectuel, notamment grâce à Goethe (qui y mourut en 1832). Il est installé dans la forêt de l' Ettersberg, au flanc d'une colline balayée par le vent.

Autour de la place d'appel, une soixantaine de Blocks. Tout autour, des barbelés électrifiés et des miradors. Dans la partie supérieure, de grandes bâtisses en bois ou en pierres, le four crématoire, les cuisines, certains ateliers, la salle de désinfection et les douches. Dans la partie inférieure, celle du petit camp, les Blocks sont en bois. On pénètre dans ce camp par une large porte de fer forgé surmontée de la devise: "Jedem das seine", qui signifie: "À chacun son dû". Exemple de la sinistre ironie SS.

Le KZ avant la guerre (juillet 1937-septembre 1939)

A. Hitler ayant décidé de déclencher la guerre, un plan de quatre ans est lancé à l'automne 1936. Il prévoit notamment de créer un KZ à Buchenwald, camp qui devra abriter 3 000 détenus. Ils devront utiliser l'argile locale pour fabriquer des briques. Des prisonniers allemands sont donc amenés du KZ de Lichtenburg (qui sera dissous en août 1937). Ils défrichent la forêt sur le site choisi, travail qui se prolongera sur plusieurs années. Une carrière proche fournit la pierre nécessaire. Le KZ de Buchenwald va devenir une véritable ville avec ses rues, ses édifices en dur, ses usines. La construction de la voie ferrée et de la route (la " route du sang ") reliant le KZ à Weimar coûtera la vie à 10 000 déportés. L'allée centrale sera appelée le Carachoweg avec l'arrivée des Russes, avec son aigle de pierre que les déportés seront contraints de saluer obligatoirement à chacun de leur passage. A son carrefour, un poteau de bois sculpté indique deux directions: Celle des casernes des SS — et celle du camp des détenus représentés par un trafiquant, un prêtre, un juif et un " terroriste ".
À l'intérieur du camp, près des cuisines, un arbre a été pieusement préservé: " le chêne de Goethe " sous lequel le poète venait s'abriter pour penser et écrire.

À la fin de 1937, le KZ compte 2 912 détenus: communistes, socialistes, Témoins de Jéhovah, droits communs et prisonniers pour lesquels les registres indiquent simplement Sicherheit (détention de sûreté). Pendant cette première année, le KZ compte 48 décès — soi 1,65 % de son effectif. La rationalisation et la normalisation du système concentrationnaire, dans la première phase de l'existence des KZ, est l'œuvre de Theodor Eicke. Entré dans la SS en 1930, il devient commandant du KZ, de Dachau en 1933 et est nommé inspecteur général des KZ le 4 septembre 1936. Plusieurs camps avaient été créés anarchiquement par les SA et les SS dès la prise du pouvoir: Th. Eicke les aligne tous sur le modèle de Dachau. Et il les confie aux SS, qui en resteront les maîtres absolus jusqu'à la défaite du Reich. Les commandants du camp sont : Karl Koch (1937 - 1941) et Hermann Pister (1942 - 1945).

De 1937 à la fin, c'est la Gestapo qui, seule, désigne les lieux d'internement des détenus. D'après les règlements rédigés par Eicke, pendant la "période nationale" des KZ, c'est-à-dire jusqu'en 1939, l'idée de rééducation prime sur celle de l'élimination, les détenus jugés dangereux pour le régime ayant été exécutés peu après leur arrestation. Jusqu'en 1937, les prisonniers ne sont pas astreints au travail, sauf pour l'aménagement, l'entretien et le fonctionnement des camps. Mais cela n'exclut pas la brutalité. Déjà les SS désignent les déportés comme des Kopf (têtes) ou des Stück (morceaux).

Un curieux témoignage existe sur la condition des détenus. Le 22 mars 1937 l'ambassadeur allemand à Moscou adresse au ministère des Affaires étrangères de Berlin un texte paru dans les Izvestia le 10 mars 1937, intitulé " Dans les chambres de torture de Hitler ", et consacré au camp de concentration de Lichtenburg. Il a vraisemblablement été envoyé en URSS par un interné de ce camp évadé ou libéré. Ce règlement est calqué sur celui que Eicke a établi pour Dachau en 1933, et qui est devenu celui de tous les KZ uniformisés sous son autorité. En voici quelques passages principaux:

" Art. 6. — Est condamné aux arrêts de rigueur de huit jours et à vingt-cinq coups au début et à la fin de l'arrêt, celui qui insulte un SS ou se moque de lui, celui qui refuse de saluer conformément au règlement ou qui montre par toute son attitude qu'il ne veut pas tenir compte du règlement.
" Art. 8. — Est condamné aux arrêts de rigueur de quatorze jours et à vingt-cinq coups,
" 1) — celui qui, sans autorisation, quitte une colonne de travail en marche;
" 2) — celui qui, dans des lettres ou par tout autre moyen, se laisse aller à des déclarations sur le Führer, l'Etat, le régime, les autorités et les règlements, celui qui honore les chefs marxistes ou libéraux..., celui qui raconte les événements de la vie du camp ou celui qui, dans ses lettres, fait un récit mensonger de ses malheurs et introduit ainsi le trouble dans la population.
" Art. 11. — Celui qui, par écrit ou oralement, charge d'un message une personne libérée du camp, celui qui écrit des lettres clandestines, celui qui, par une lumière ou d'autres signaux, communique avec le monde extérieur, celui qui cherche à entraîner les autres à l'évasion ou à une faute, celui qui agit ou favorise une telle entreprise, sera pendu comme un mutin.
" Art. 12. — Celui qui offense un homme de garde ou un SS, celui qui, dans un esprit de révolte, refuse d'obéir ou de travailler ou qui abandonne par révolte la colonne ou le lieu de travail, celui qui siffle pendant une marche ou pendant le travail, ricane ou parle, sera fusillé sur-le-champ comme émeutier, ou sera condamné à mort par étranglement. "

Déjà, la mort est largement dispensée. En outre, l'appréciation de la gravité de la faute est laissée aux seuls SS, qui disposent donc en fait de la vie de chaque détenu.

Le KZ pendant la guerre (septembre 1939-1945)

Le 3 septembre 1939, Reinhard Heydrich, chef du RSHA, adresse à tous les responsables de la Gestapo une circulaire leur commandant d'assurer à tout prix la sécurité intérieure du pays en guerre et de sévir plus énergiquement contre les saboteurs, les marxistes, les communistes (le pacte germano-soviétique n'entraînant aucun adoucissement du sort des communistes allemands). Au fil des victoires de la Wehrmacht arrivent dans les KZ des femmes et des hommes soupçonnés d'être communistes ou antinazis: Autrichiens en 1938 après l'Anschluss, Tchèques en 1939, puis ressortissants de l' Europe centrale et orientale conquise, puis enfin en octobre 1941 les premiers Soviétiques.

Par son ordonnance d'application du 2 janvier 1941, Heydrich classe les KZ en trois catégories:

• Catégorie 1 (KZ de Dachau) : pour les détenus âgés mais capables d'être employés à de petits travaux comme le jardinage; les prêtres y sont internés après les accords de 1943 avec le Vatican;

• Catégorie 2 (KZ de Buchenwald, Flossenbürg, Neuengamme, Auschwitz-Birkenau) : pour les détenus sur qui pèsent de lourdes charges, mais qui sont pourtant susceptibles d'amendement;

• Catégorie 3 (le seul KZ de Mauthausen) : pour les irrécupérables: criminels endurcis, asociaux, déportés non susceptibles d'éducation.

En fait, la réalité concentrationnaire va s'inscrire en faux contre cette classification. Il s'agit probablement là d'une opération de camouflage, destinée à déguiser la réalité concentrationnaire au regard de l'étranger, et peut-être même du peuple allemand. De telles manœuvres de propagande vont se multiplier. L'exemple des déportés français est éloquent: de 1941 à 1944, 700 convois de déportés venant de France arrivent dans le Reich. La plus grande partie comprenant surtout des juifs est acheminée sur Auschwitz. Les politiques, les résistants sont eux dirigés vers les autres KZ sans qu'il soit possible d'établir une relation logique entre la cause de l'arrestation, l'importance du délit effectif ou supposé, l'appartenance sociale ou idéologique, etc. Il est évident que le lieu d'acheminement est beaucoup plus fonction de l'état d'encombrement des camps en Allemagne ou, surtout à partir de 1944, des besoins de l'économie de guerre du Reich.

Le calvaire des déportés est comparable dans tous les KZ. Sobre et précis, le témoignage du contrôleur général honoraire Fernand Gadéa, ancien de Buchenwald, a valeur d'exemple. Les déportés, arrêtés, interrogés et la plupart du temps torturés par la Gestapo, sont dirigés vers les KZ dans des wagons à bestiaux cadenassés. Ils sont entassés à plus de 100 par wagon et ne peuvent donc pas s'allonger pour dormir. Ils ne disposent que d'une seule tinette placée au milieu du wagon. Le trajet dure plusieurs jours (du 30 juillet au 5 août 1944 pour F. Gadéa). L'été, l'atmosphère devient vite irrespirable. Les malheureux souffrent de la brutalité des gardiens, de la faim et surtout de la soif.


Entree du camp





L'arrivée au KZ

Laissons la parole à F. Gadéa :

« Le convoi s'arrêta et nous comprîmes, aux cris des SS qui entouraient les wagons et aux aboiements féroces des chiens tenus en laisse, que nous étions arrivés à destination. Il était environ 21 heures lorsque nous nous sommes trouvés, à près d'un millier, sur le quai de la gare de Buchenwald. Encadrés par des SS en armes et entourés de chiens aussi hauts que de petits ânes, nous nous sommes engagés sur une longue avenue bordée de petits pavillons d'habitation — les logements des officiers et sous-officiers SS — pour arriver après dix minutes de marche à la porte monumentale du camp. À l'intérieur, sur une grande place entourée de bâtiments imposants, nous avons été comptés et recomptés, par des hommes vêtus d'uniformes bizarres: pantalons rouges, vestes et bérets bleus, puis dirigés dans une immense salle de douche où nous sommes restés entassés les uns sur les autres jusqu'au matin. C'est au cours de cette nuit que nous avons vu pour la première fois les, sinistres tenues rayées et que nous nous sommes rendu compte que nous étions au bagne. »

L'incorporation

« Au matin du 6 août, on nous fit sortir pour nous rassembler sur terre-plein. Nous fûmes dirigés, après ce moment de répit, vers de grandes salles où l'on devait procéder à notre incorporation rondement menée. En quelques secondes je me retrouvai entièrement nu dépouillé de mes bagues, montre, argent, documents et souvenirs. Comme je manifestais mon étonnement, je reçus des préposés — internés allemands déjà anciens — la première distribution de coups de la journée. Nous échouâmes, dans ce simple appareil, dans une autre salle où quelques dizaines d' "anciens" armés de tondeuses et de rasoirs firent disparaître avec conviction et dextérité nos cheveux et notre système pileux. De là, on nous poussa dans une salle dite de douche où le savon était remplacé par de la sciure mouillée. On nous obligea, en usant de brutalités et d'injures, à nous enduire le corps de cette mixture avant de passer sous la douche. Quelques compatriotes, une dizaine, qui portaient des lunettes furent sommés de les déposer dans un coin avant de se livrer à ces ablutions générales. Après la douche, quand on leur ordonna de reprendre leurs lunettes, ils n'étaient plus seuls à se conformer aux injonctions. D'autres, assez nombreux, se ruèrent en même temps qu'eux pour exécuter dans la confusion le mouvement commandé. Cet incident mettait déjà en relief l'efficacité des méthodes nazies. Il faut dire que le voyage Saint-Sulpice Buchenwald nous avait tous affaiblis, et que certains, dont j'étais, avaient en ces quelques jours perdu 8 à 10 kilos. Il faut ajouter aussi que les distributions de coups et les concerts répétés d'injures, de menaces et de commandements avaient achevé notre mise en condition. On nous conduisit ensuite dans des salles de désinfection où chaque préposé s'affairait, avec un pinceau imbibé d'un liquide verdâtre ou un pulvérisateur, à badigeonner ou à asperger les parties les plus intimes de notre corps. Puis on nous amena, toujours nus, dans des immenses magasins où l'on nous remit de vieux vêtements que nos bons clochards n'auraient certainement pas voulu mettre. Au dos de chaque veste une immense croix de Saint-André avec les lettres KLB (Konzentration Lager Buchenwald) étaient peintes en rouge, tandis que les pantalons portaient, sur le côté extérieur, une bande de la même couleur; une vieille casquette faisait office de couvre-chef; aux pieds des semelles de bois recouvertes d'une lanière de toile synthétique. »


Le petit camp

« Notre immatriculation réalisée, nous avons été dirigés vers le "petit camp" dit "camp de passage" et parqués dans des Blocks. J'étais affecté avec de nombreux Français de mon convoi au Block 52, longue baraque de bois d'une quarantaine de mètres de long sur 8 à 10 de large, et dans laquelle nous étions entassés sur trois niveaux de bat-flanc disposés de chaque côté dans le sens de la longueur. Au milieu un passage assez large permettait l'accès aux bat-flanc. On avait l'impression d'être embarqués sur une immense trirème antique. Ce Block était placé sous la direction d'un Allemand qui se disait antinazi et qui était interné depuis de nombreuses années. Lors du premier appel, il vint à moi et m'administra, pour des raisons que j'ignore encore, une magistrale correction qui ne prit fin que lorsque le souffle lui manqua. La nuit se passa sans fait notable. Nous étions si nombreux qu'il nous était impossible de nous allonger sur le dos, nous dormîmes tête-bêche sur le côté, serrés les uns contre les autres. Le lendemain des camarades du Block ayant quelques notions de couture fixèrent sur nos vestes à la hauteur de la poche supérieure gauche notre numéro matricule surmonté d'un petit triangle d'étoffe rouge portant la lettre F. Nous sûmes très vite que les internés étaient classés par catégorie, et que la couleur du triangle indiquait leurs antécédents. La lettre donnait la nationalité. Nous pûmes ainsi mieux connaître la topographie du camp et les lieux d'implantation des principaux bâtiments. Les clôtures, apparemment infranchissables tant elles étaient hautes, étaient constituées de plusieurs rangées de barbelés électrifiés. Elles étaient surveillées en permanence, de l'extérieur et du haut des nombreux miradors qui les jalonnaient, par des SS dotés d'armes automatiques. Des chiens complétaient ce dispositif qui était renforcé la nuit par de puissants projecteurs. Le petit camp, qui était séparé du grand par de puissants barbelés ajourés en quelques points de chicanes jalousement gardées, contenait 7 à 8 mille individus de tous âges et de toutes origines, vivant dans une atmosphère de tour de Babel. On y parlait toutes les langues et le moindre objet — bouton, épingle de nourrice, aiguille, boite en fer blanc — prenait ici une valeur insoupçonnée ailleurs. Les échanges donnaient lieu à de longs palabres qui se terminaient souvent par de véritables batailles à l'issue desquelles les moins astucieux et les moins forts se retiraient dépouillés et rossés. »

Les corvées

« Une fois mensurés et photographiés, nous avons accompli notre première corvée qui consistait à transporter des pierres de la carrière au camp. Cette carrière, située à environ 1,5 kilomètre du lieu de détention, offrait un spectacle hallucinant. Sur les pitons et aux points les plus bas, des SS en armes et quelques conducteurs de chiens montaient une garde. Les malheureux qui y étaient affectés devaient maintenir, sous une avalanche de coups de triques et d'injures, une cadence de travail des plus accélérées. Après l'extraction à l'explosif, la dislocation des blocs s'effectuait au pic dans des conditions inhumaines et dans une atmosphère de sauvagerie entretenue par les kapos et les Vorarbeiters sous l'œil narquois des SS. Nous nous chargions de pierres et nous retournions au camp pour les déposer auprès des maçons, des internés comme nous, occupés à construire les assises de Blocks imposants.
D'autres corvées plus pénibles nous attendaient, en particulier celle du Cheisskommando. Toutes les déjections des détenus, reçues dans des fosses alimentées d'un filet d'eau et sur les petits murs desquelles il fallait s'asseoir en rang et dos à dos pour faire ses besoins, parvenaient par un système de canalisations souterraines dans des bassins installés dans la partie basse du camp. Ces bassins, peu profonds, du genre marais salants, recevaient les matières fécales qui se diluaient dans l'eau. Sous l'action de l'air et du soleil, l'eau s'évaporait et à la surface apparaissait bien vite une croûte que nous devions ramasser à l'aide de pelles et étendre sur des aires proches. Quand ces matières étaient presque sèches, nous les transportions sur des civières à proximité des jardins, où nous les entassions dans des sacs qui étaient chargés sur des camions qui se dirigeaient ensuite vers l'extérieur. Les Français du Block 52 étaient peu nombreux à effectuer ce travail, une dizaine au plus. Chaque fois nous étions incorporés manu militari à cette équipe spéciale d'une cinquantaine de détenus de nationalités différentes, auxquels on faisait subir les pires brimades. Il ne se passait pas de jour sans que les SS et les kapos n'aient la fantaisie de nous pousser dans cette eau nauséabonde. Nous devions ainsi travailler dans une odeur pestilentielle, entourés de mouches et de moustiques attirés par les matières fécales qui avaient imprégné nos loques. Nous connaissions les moments les plus déprimants à notre retour. Après l'appel, souvent interminable, nous étions contraints par les Stubendienst — les préposés au service du Block — de rester dehors et d'attendre le milieu de la nuit ou le petit jour avant d'entrer. Nous traînions avec nous une puanteur indicible que nous nous efforcions d'atténuer lorsque nous avions le bonheur d'avoir un peu d'eau pour rincer nos défroques et nous laver.»

La nourriture

« La nourriture était des plus légères. Un demi-litre de soupe distribuée à des heures irrégulières, tantôt le matin, tantôt le soir, une tranche de pain noir accompagnée d'un bâton de tafel-margarine ou d'une cuillerée de mélasse constituaient l'ordinaire journalier, amélioré quelquefois de raves crues. »

Les piqûres

« Les autorités sanitaires du camp allaient bientôt appliquer leur programme de prévention: une série de piqûres. Après le rassemblement, trois infirmiers se plaçaient devant chaque file. L'un à l'aide d'un pinceau qu'il trempait dans un récipient contenant un liquide désinfectant badigeonnait la partie du corps qui lui avait été désignée par celui qu'on nommait le Docteur, l'autre armé d'une seringue contenant environ trois quarts de litre d'une solution verdâtre, bleue ou blanche selon les jours, injectait dans chaque corps la dose prescrite, le troisième avec un pinceau désinfectait à nouveau la partie qui avait été piquée. On nous piqua ainsi au bras, au ventre, au dos, au thorax, huit à neuf fois si mes souvenirs sont exacts. Ces opérations étaient toujours rondement menées; en quelques minutes plusieurs centaines de détenus étaient piqués. L'aiguille, qui s'ébréchait rapidement, provoquait chez les derniers des sensations particulièrement désagréables. Les bruits les plus divers circulaient à propos de ces piqûres. Les uns prétendaient qu'on nous stérilisait, les autres estimaient qu'on pratiquait sur nous des expériences, certains enfin pensaient tout simplement que les Allemands s'employaient à réduire les risques d'épidémie. C'était, je crois, l'opinion la plus plausible. »

La maison close

« Et nous allions, au fil des jours, de surprise en surprise. Nous fûmes intrigués, les premiers temps de notre détention, par un chalet entouré de barbelés et situé à une trentaine de mètres de la limite du "petit camp". Nous sûmes rapidement que c'était une maison de plaisir réservée aux militaires et aux plus hauts cadres de la maîtrise: kapos et les chefs de Blocks. Il y avait là une vingtaine de jeunes femmes, la plupart blondes, qui se livraient chaque matin, sur un terrain de sports attenant au chalet, à des exercices de culture physique sous la direction d'un moniteur et la surveillance de la responsable de l'établissement. Le soir, les SS et leurs collaborateurs, pourvus de tickets délivrés par un service spécial, pouvaient leur rendre visite. L'entrée avait lieu, après contrôle, par des portes différentes selon qu s'agissait de militaires ou de leurs valets. »

Le grand camp

« On apprit rapidement que les conditions d'internement des anciens installés au "grand camp" étaient différentes des nôtres. Les internés de toutes nationalités, au nombre de 40 000 environ, travaillant, pour la plupart, dans les usines ou à la carrière, portaient tous la tenue rayée et, lorsqu'ils se découvraient, ils arboraient une coupe de cheveux d'une originalité des plus dégradantes. Les uns avaient au centre du crâne, du front à la nuque, une raie de 3 à 4 centimètres de largeur faite à la tondeuse ou au rasoir, dans les cheveux de quelques millimètres. Les autres avaient les parties latérales de la tête rasées et portaient en cimier la raie que les précédents avaient en profondeur. Très tôt, chaque matin, nous percevions les flonflons d'une musique de cirque. C'était la fanfare du camp qui se produisait à la porte monumentale au moment où les détenus du "grand camp", après avoir été comptés et recomptés, se rendaient, par groupes, au travail dans les usines situées autour de Buchenwald. Au retour, en fin d'après-midi, la même scène se renouvelait agrémentée d'injures dont l'ensemble, mêlé à la partie musicale, constituait une contre-fugue d'un effet des plus déprimants. Les musiciens, qui étaient tous des internés, portaient effectivement la tenue des musiciens de cirque d'outre-Rhin, culotte rouge, tunique, béret bleu et bottes noires souples. Ceux qui appartenaient à cette fanfare bénéficiaient d'un régime assez doux. La plupart d'entre eux aidaient les policiers du camp à réceptionner les nouveaux arrivants et à former les convois vers l'extérieur. C'était donc des musiciens qui nous avaient accueillis le soir de notre arrivée. »

Le bombardement du 25 août 1944

« Le 25 août 1944 fut pour nous une date mémorable. Nous nous trouvions assez nombreux ce jour-là, vers 11 heures, à l'intérieur du Block, pour des raisons que j'ai depuis oubliées, quand l'alerte sonna. Nous n'y prêtions pas tellement attention car les alertes étaient nombreuses. Ce ne fut que quelques minutes plus tard que nous comprîmes que nous étions en danger. Pendant près d'une demi-heure, les vagues de bombardiers se succédèrent dans le fracas des accélérations des appareils et des explosions. On sut très vite que le camp n'avait presque pas été atteint mais que les usines, les casernes qui le bordaient avaient été en grande partie sérieusement endommagées. La fin de l'alerte sonna et nous pûmes, au milieu des cris des kapos et des SS affolés, mesurer l'ampleur des dégâts. Les secours s'organisèrent dans un désordre indescriptible. Les blessés étaient transportés selon leur état à dos d'homme ou sur des civières de fortune, faites de branches d'arbres hâtivement coupées, vers les Reviers et la maison de joie transformée en hôpital. On lavait les plaies à l'eau, on tentait d'arrêter les hémorragies à l'aide de garots faits de ficelles, de fils électriques, on tamponnait les plaies avec des chiffons et des papiers, on incisait, on amputait à froid. Plusieurs bungalows construits sur les pentes de Buchenwald en dehors du camp, et dans lesquels étaient installés des internés de marque, furent touchés par ce bombardement. C'est dans l'un de ceux-ci que la princesse Mafalda, épouse du prince de Hesse, fille du roi d' Italie, fut grièvement blessée. Transportée au chalet elle devait y décéder. Les pavillons des officiers et des sous-officiers SS avaient été pulvérisés, les casernes en grande partie démolies. Partout des lambeaux de chair, du sang, des cadavres qui n'avaient pas encore été retirés. À l'intérieur du camp, non loin de la place d'appel et des cuisines, le vieux chêne à l'ombre duquel, selon des données de l'histoire, Goethe venait souvent méditer avait été partiellement brûlé. Certains, évoquant une pensée du poète, voyaient en cet événement la fin du IIIe Reich. L'état-major SS du camp réagit promptement et la reprise en main des internés intervint dans la soirée. Le lendemain et les jours qui suivirent, nous fûmes occupés à des travaux de déblaiement. Les fours crématoires fonctionnèrent sans arrêt jour et nuit. »

Bilan officiel du bombardement: 450 détenus tués et 2 005 blessés, 161 militaires allemands tués et 450 blessés, 16 civils allemands travaillant dans les usines tués et 40 blessés. En réalité, les pertes furent plus élevées: les SS et civils allemands ont eu 600 à 700 morts; la mortalité a été effroyable parmi les déportés blessés transportés au Revier.

Arrivé le 5 août 1944, interné au "petit camp", F. Gadéa en part le 8 septembre avec un kommando pour Peissen, dans la région de Bernburg, à la limite de l'Anhalt et de la Saxe, pour travailler à la construction d'un camp. Pendant sa détention au "petit camp" de Buchenwald, il n'a pas connu les souffrances des détenus du "grand camp". Du moins sa description objective permet-elle d'avoir idée exacte du sort des détenus des KZ nazis.

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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Jeu 31 Mai - 2:19


Les expériences médicales

Buchenwald est l'un des KZ où les nazis entreprirent des expériences médicales sur les cobayes humains qu'étaient les déportés livrés sans défense à la discrétion de leurs bourreaux. Mon ami le docteur Jean Rousset, membre du réseau Buckmaster, déporté pendant dix-huit mois à Buchenwald, a été l'un des médecins du Revier. Voici comment ce praticien décrit les recherches pseudo-scientifiques sur le typhus poursuivies à Buchenwald dans le Block 46:

« L'inoculation du typhus exanthématique aux individus sains se fit à Buchenwald de différentes façons: d'abord par piqûre de poux infectés sur des individus malades, puis par injection de broyage de poux infecté, enfin par injection de sang d'individus atteints. Cette dernière méthode se révéla la plus fidèle et c'est la seule qui fut retenue. À notre arrivée au camp, elle atteignait un très haut degré de précision. Le détenu sain convoqué comme sujet d'expérience était immédiatement inoculé. Le plus souvent, Arthur , suivant les desiderata de ses maîtres SS, lui injectait de 1/10 à 1/2 centimètre cube de sang prélevé sur un malade en expérience ou atteint spontanément pour obtenir une infection au bout de 14 jours d'incubation, ou 22 centimètres cubes s'il s'agissait d'obtenir une incubation de 7 jours. On entretenait continuellement deux hommes-souches (nous allions écrire deux cobayes-souches) qui permettaient d'entreprendre n'importe quelle série d'expériences à la demande de la direction SS. Car, en réalité, le Block 46 était jumelé avec un autre Block, le numéro 50, où se poursuivaient des recherches de sérothérapie et de vaccinothérapie. Le maître de ces lieux était un ancien ouvrier confiseur de Vienne promu, par la grâce du régime, "savant" en titre de cet organisme désigné, par euphémisme sans doute, Institut d'hygiène des SS. Lorsqu'une "découverte" était au point au Block 50, l'activité destructive du Block 46 redoublait. Des prisonniers étaient choisis pour établir l'efficacité du produit étudié et des médicaments divers proposés par l' IG Farben. Durant une quinzaine de jours, ils bénéficiaient d'une bonne nourriture composée de lait, de beurre, d'œufs et de sucre. Puis un fort pourcentage d'entre eux (80 à 90 %) étaient inoculés grâce aux "souches" et tous, malades et bien-portants, étaient mis au traitement, ce qui permettait de juger à la fois de son activité thérapeutique et de sa toxicité. Dans un cas que nous avons pu connaître, le traitement consistait en une seule injection de 1200 centimètres cubes d'un "sérum" (?) qui devait être injecté dans une veine "à toute vitesse", et l'expérimentateur avait particulièrement insisté sur la nécessité de la rapidité de cette injection. Le résultat de cette thérapeutique fut un peu douloureux pour son inventeur: tous les typhiques moururent dans les 48 heures, quant aux sujets sains, nous avons ignoré leur sort ultérieur. Lorsqu'il s'agissait d'un vaccin, les prisonniers étaient, bien entendu, d'abord vaccinés, puis quinze jours après la dernière injection de vaccin, ils étaient inoculés. Dans ce cas, un certain nombre de "témoins" étaient infectés en même temps qu'eux pour que l'on puisse juger de l'activité de la souche typhique et du vaccin. La mort commençait à intervenir dans les dix jours qui suivaient l'inoculation. Suivant l'efficacité du produit étudié, les vaccinés résistaient plus ou moins bien. Nous avons connu des mortalités de 80 à 90 %, mais nous devons à la vérité de dire qu'il y en eut de 5 à 10 %, ce qui n'avait d'ailleurs aucune importance pour les "cobayes" rescapés, puisque, les expériences terminées, ils étaient supprimés par la méthode habituelle du Block, c'est-à-dire par injection d'acide phénique. En juillet 1944 par exemple, ces expériences coûtèrent la vie à 156 prisonniers. »

Le docteur Rousset ajoute:

« Pour bien fixer les responsabilités en ce qui concerne l'existence du Block 46 dans le camp de Buchenwald, précisons qu'il avait été réservé pour l'expérimentation sur l'homme dès le 2 janvier 1942 sur l'ordre de l'Académie médico-militaire de la Wehrmacht de Berlin. Le Block 50 (Hygien Institut des Waffen SS) avait été fondé en septembre 1943 par le Sturmbannführer Erwin Ding-Schuler. L'ensemble était placé sous la protection d' Himmler et dirigé par des SS qui allaient fréquemment rendre compte de leur activité à Berlin. Il ne s'agissait donc pas d'organismes nés du sadisme d'un simple commandant de camp. »

Le docteur Rousset précise que les nazis prenaient grand soin de dissimuler ces activités. Il indique, parmi les autres attentats contre la personne humaine perpétrés à Buchenwald, la stérilisation pratiquée couramment au Revier par le médecin-chef Schiedlausky lui-même, ainsi que les prélèvements de sang (jusqu'à 500 grammes par prise) sur les déportés invalides au profit de la Wehrmacht. Pendant ce temps, les autres déportés étaient astreints au travail dans les kommandos.


Les fours crematoires



BUCHENWALD ET LES KOMMANDOS
(1943-décembre 1944)

Olga Wormser-Migot donne des précisions sur les grandes centrales concentrationnaires et sur les kommandos extérieurs, s'appuyant sur des archives assez abondantes en ce domaine.

La centrale de Buchenwald

Du 19 juillet 1937 au 1er avril 1945, le nombre de détenus à Buchenwald est passé de 149 à 80 436 (y compris les kommandos extérieurs): 19 juillet 1937, 149; 1er janvier 1938, 2 557; 1er janvier 1939, 11 028; 1er janvier 1940, 11 807; 1er janvier 1941, 7 440; 1er janvier 1942, 7 920; 1er janvier 1943, 9 517; 1er janvier 1944, 37 319; 1er janvier 1945, 63 048; 1er mars 1945, 86 232; 1er avril 1945, 80 436. À Buchenwald même, les détenus ont construit le camp, y compris les bâtiments de la Kommandantur, les casernes, les garages des troupes, les cuisines, entrepôts, ateliers, etc. À l'extérieur camp, ils ont construit toutes les routes dans la circonscription Buchenwald, ainsi que la route menant du camp à la route nationale de Weimar, avec un embranchement vers les entreprises SS SiedlundKlein-Obringen.
Dans le camp même, les détenus ont travaillé dans les firmes SS:

• DAW, installées en septembre 1940 avec 532 détenus. Jusqu'au bombardement d'août 1944, ces entreprises employaient 1400 détenus. Après le bombardement, de nouveaux bâtiments furent reconstruits;

• Dans les entreprises Gustloff-Werke, installées dans le camp, travaillaient 280 détenus le 23 février 1942 (jusqu'à 3 000 au moment du bombardement);

• A la Mibau, ouverte en 1943 avec 30 détenus et qui en comptera 1500 au moment du bombardement.

Ainsi, la quantité maximale de détenus employés dans les entreprises à l'intérieur du KZ était de 5 900;

• Les horaires de travail à partir du début de la guerre étaient de 7 heures à 17 heures en hiver, de 5 heures à 19 heures en été, et à partir de 1944 de 6 heures à 18 heures, avec suppression du repos du dimanche.

Les kommandos extérieurs

À partir de 1943, des milliers de déportés affluent à Buchenwald. Après la station obligatoire dans le "petit camp" (le camp de quarantaine), ils sont dirigés sur des kommandos extérieurs: le KZ fonctionne donc comme un centre de tri de main-d'œuvre. D'après O. Wormser-Migot, il y aura 107 kommandos extérieurs: au 31 décembre 1940, 7 440 déportés travaillaient dans 2 kommandos extérieurs, et le 31 mars 1945, les 107 kommandos extérieurs emploieront 80 436 détenus. Ces kommandos comptent quelques centaines de détenus (200 pour la fabrique de munitions Oberndorf) à plusieurs milliers (5 875 pour Junkerswerken). Certains, celui d' Ohrdruf par exemple, le plus sinistre de tous, avec 10 989 détenus chargés de construire des galeries souterraines, voient mourir, chaque semaine, dit-on, un détenu sur trois. Dora était un kommando de Buchenwald avant de devenir un KZ autonome et n'est donc pas pris en compte dans la statistique ci-dessus.
L'exemple de Neu-Stassfurt illustre ce qu'est un kommando de Buchenwald.

Liste des kommandos

Abterode - Adorf - Allendorf - Altenburg - Annaburg - Arnstadt - Arolsen - Artern - Ascherleben - Baalberg - Bad Berja - Bad Godesberg - Bad Handersheim - Bad Salzungen - Ballenstadt - Baubrigade I-X - Bensberg - Berga/Elster - Berlstedt - Bernburg - Billroda - Birkhan-motzlich - Bischofferode - Blankenburg - Blankenheim - Bleicherode - Bochum - Bodtenberg - Braunschweig - Buttelstedt - Böhlen - Clus - Coblence - Colditz - Cologne - Crawinkel - Dernau - Dessau - Dornburg - Dortmund - Duderstadt - üsseldorf - Eisenach - Ellrich - Elsnig - Eschenhausen - Essen - Floeszberg - Freitheit-Osterode - Gandersheim - Gelsenkirchen - Giessen - Gleina - Goettingen - Goslar - Grasleben - Grosswerther - Gunzerode - Hadmersleben - Halberstadt - Halberstadt-zwieberge - Hardehausen - Harzungen - Hasserode - Herzberg/Elster - Hessich-Lichtenau - Hinzert - Hohlstedt - Holzen - Ilfeld - Ilsenburg - Jena - Kassel - Kelbra - Klein bischofferode - Klein bodungen - Klein niedergerba - Kleinnoshersleben - Kranichfeld - Köln - Langensalsa - Langenstein - Lauenberg - Lehensten - Leimbach - Leipzig - Leopoldshall - Lippstadt - Lohausen - Luetzkendorf - Magdeburg - Markkleeberg - Merseburg - Meuselwitz - Muhlhausen - Neustadt - Niederhagen - Niederorshel - Niedersachswerfen - Nordhausen - Nuxei - Oberndorf - Ohrdruf - Oschersleben - Osterhagen - Osterode - Penig - Plomnitz - Quedlindburg - Raguhn - Rehmsdorf - Roemhild - Rossla - Rothenburg - Rottleberode - Saalfeld Oertelsbruch - Salza-Thuringe - Sangerhausen - Schlieben - Schoenau - Schwalbe V - Schwerte - Schönbeck - Sennelager - Soemerda - Sollstedt - Sonneberg - Stassfurt - Stutzpunkt Sauerland 1 - Suhl - Tanndora - Tannenwald - Taucha - Thekla - Tonndorf - Torgau - Trautenstein - Troeglits - Unna - Walkenried-Wolfleben - Wansleben - Weimar - Weimar-Fischtenhain - Werferlingen - Wernigerode - Westeregeln - Wickerode - Wieda - Witten-Annen - Woebbelin - Wolfen - Wuppertal - Zeitz - Zella Mehlis - Zorbig .

Le kommando de Neu-Stassfurt

Le kommando de Neu-Stassfurt a été présenté d'une façon précise et complète dans l'excellente monographie qu'a eu l'amabilité de me remettre un ancien de ce kommando, M. Paul Bonte. En voici l'essentiel.
Le 13 septembre 1944, un transport de 480 déportés part de Buchenwald. Il arrive le 14 à Bruchfeld-Neu-Stassfurt, dans le Kreis de Stassfurt, ville qui se trouve dans le land de Saxe-Anhalt, à 30 kilomètres au sud de Magdebourg. C'est une ville d'importance moyenne, connue pour ses mines de sel et de potasse. Le kommando est installé à proximité d'un des nombreux puits de mine. Les SS le désignent sous le nom de code "Reh" (chevreuil). Mais les déportés l'appelleront "kommando de Neu-Stassfurt".

Le camp

Il est situé au cœur d'une lande inculte, plate et dénudée, parsemée de crevasses et d'entonnoirs dus à la mine. Il se présente sous la forme d'un rectangle de 400 mètres de long sur 150 mètres de large. Il se compose de quatre baraques (Blocks) parallèles en bois. À l'extérieur de la double ligne de barbelés ceinturant le camp, deux baraquements, servent de cantonnement aux gardiens SS.
Le camp est neuf. Des prisonniers de guerre italiens sont en train d'installer les barbelés quand les déportés arrivent le 14 septembre1944. Ils y resteront jusqu'à l'évacuation du kommando le 11 avril 1945.

Les déportés

Les 480 déportés provenaient des prisons françaises. En janvier 1945, 300 déportés juifs polonais, russes, hongrois, provenant d'Auschwitz via Buchenwald, renforcent le kommando et travaillent dans des équipes distinctes, ayant très peu de rapports avec les Français. Les détenus sont encadrés comme dans les KZ. Les kapos se montrent brutaux et sadiques. L'infirmerie du camp est tenue par un médecin déporté, assisté d'un infirmier et d'un secrétaire, sous l'autorité d'un sous-officier SS. La garde du camp et la surveillance des kommandos de travail sont assurées par une trentaine de SS commandés par un adjudant-chef. Ils sont pour la plupart jeunes et ont été réformés à la suite de blessures reçues en Russie.
Les renseignements fournis par les archives de Buchenwald, les témoignages des survivants et les déclarations des familles des disparus ont permis de dresser un état des 480 déportés du kommando de Neu-Stassfurt : 15 ont moins de 18 ans, 71 de 18 à 20 ans, 128 de 21 à 25 ans, 53 de 26 à 30 ans, 72 de 31 à 35 ans, 51 de 36 à 40 ans, 34 de 41 à 45 ans, 27 de 46 à 50 ans, 16 de 51 à 55 ans et 13 plus de 55 ans.

Le travail

Les détenus travaillent soit dans la mine, soit en surface. Situé à quelques kilomètres de Loderburg et d'Atzendorf, et à 1 kilomètre du camp, le puits 6 est l'un des principaux sites des mines de sel et de potasse de Stassfurt. 300 détenus travaillent à moins 400 mètres, à moins 430 mètres et à moins 460 mètres. Divisés en deux équipes, l'une de jour et l'autre de nuit, ils sont employés douze heures durant dans différentes équipes chargées d'aménager d'immenses salles souterraines, destinées à accueillir une gigantesque usine de fabrication de moteurs d'avions à réaction. Leur travail consiste à dégager les galeries, à transporter par wagonnets le sable et l'eau nécessaires aux bétonnières, à niveler les salles pour les bétonner ensuite. 150 déportés répartis dans plusieurs kommandos travaillent en surface, principalement à proximité du puits 7 situé à 2 kilomètres au nord du camp. Ils construisent des routes, des tranchées, des trous pour l'aménagement d'un banc d'essai de moteurs, posent des canalisations, des clôtures, etc.
Tous ces kommandos portent le nom des entreprises allemandes qui les utilisent: Kalag (installation de machines dans la mine), Walzer (soudure, tôlerie), Siemens (pose de lignes électriques), Preussag (terrassement), Severin (construction de routes), Arbeit (canalisations, tranchées), Schmielau (banc d'essai), Kriesgrube (sablières), Hambi (terrassement), Zaunbau (pose de clôtures en barbelés).

Vie et mort à Neu-Stassfurt

Les conditions de vie sont terribles.

HORAIRES :

4 h 30 à 5 h 30: réveil et distribution du café;
5 h 30 à 6 h 30: rassemblement et appel;
6h: départ des kommandos;
6 h 30: début de travail;
12h à 12h30: pause pour le déjeuner des gardiens;
19h: arrêt du travail;
19h à 19h30: retour au camp et distribution de la soupe;
20 h à 21 h: appel;
21 h 30: extinction des feux.


L' appel

Comme dans tous les KZ, les détenus sont soumis au cérémonial de l'appel. À Neu-Stassfurt, celui du matin est plus court que celui soir. Ils ont lieu par n'importe quel temps. C'est un calvaire pour les déportés, surtout quand les SS décident de les agrémenter de séances de gymnastique épuisantes.

La nourriture

La ration journalière est la suivante:

• Le matin: 300 grammes de pain, 10 grammes de margarine, cuillère de confiture synthétique ou une demi-tranche de boudin noir, 1/4 de litre de café (ersatz);

• le soir: 3/4 de litre de soupe (pommes de terre, carottes, rutabagas) ou 5 ou 6 pommes de terre cuites à l'eau, avec parfois quelques petits morceaux de viande dans la soupe (10 grammes).


La valeur nutritive de telles rations peut être estimée à 1000 calories journalières au maximum. Un tel régime, conjugué avec des conditions de vie déplorables, avec le surmenage physique et le manque total d'hygiène, entraîne un amaigrissement général. À fin de 1944, certains ont déjà perdu 20 kilos.

Le sommeil

Les Blocks d'habitation sont équipés de châlits à trois niveaux. Chacun possède une paillasse en papier remplie de paille, jamais changée, ainsi qu'une couverture. Ces châlits constituent le seul ameublement, avec un poêle unique par chambrée. Il n'y a ni table, ni escabeau. Vers 4 heures du matin, le réveil se fait sous les hurlements et la schlague des kapos.

L'état sanitaire

Très rapidement, les poux font leur apparition. Il n'y a pas de savon.
En janvier 1945, tout le kommando se rend à Stassfurt pour une désinfection générale. Les Blocks sont nettoyés. Mais une semaine plus tard, la vermine pullule à nouveau. Dès le mois de novembre 1944, le Revier ne désemplit pas, bien qu'il n'admette que les grands malades et les blessés. Il n'a pas de matériel, ni de médicaments. Dès novembre se produisent les premiers décès. Les plus jeunes et les plus âgés sont les plus touchés. 4 à 5 Français périssent chaque jour. Du 1er octobre 1944 au 10 avril 1945, 94 Français meurent au camp, soit 1/5 de l'effectif. 42 Français sont incinérés au crématoire de Magdebourg. 52 sont inhumés dans trois fosses communes, non loin du puits 7, sur le territoire de la commune d' Unseburg.
Qu'ajouter à ce témoignage précis de M. Paul Bonte, qui a valeur d'exemple pour la plupart des kommandos des KZ



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naga
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Jeu 31 Mai - 2:25


LA FIN DE BUCHENWALD
(janvier-avril 1945)

La résistance des déportés

Tout prisonnier rêve à l'évasion. Mais s'évader d'un KZ est une entreprise folle. Pourtant, certains la tentent. Ils sont pratiquement toujours repris rapidement, souvent avec le concours de la population allemande. La mort est alors automatique, en général par pendaison sur la place d'appel du camp, devant tous les autres détenus.

Les évasions

Quelques évasions ont cependant réussi. Ainsi quatre détenus du kommando d'Arolsen tentent leur chance pendant l'été 1944: deux Luxembourgeois (Pierre Schaul et Nicolas Wolff), le Belge Fernand Labalue et le Polonais Adolf Korzynski. Ils parviennent à occuper des fonctions qui vont favoriser l'entreprise: Korzynski et Wolff dans l'atelier de réparation des véhicules, Labalue dans le magasin d'habillement des SS et Schaul comme coiffeur de ceux-ci. Ce dernier subtilise des clefs dans les bureaux des SS et Labalue des uniformes SS, cependant qu'au garage les deux autres réparent un véhicule considéré comme inutilisable. Le 4 juin 1944, Korzynski endosse l'uniforme d'un général SS, les autres se contentant de tenues plus modestes. Ils passent sans encombre devant les sentinelles. Quand l'essence manque, ils poursuivent leur faite à pied et se risquent à monter dans un train se dirigeant vers Trèves. Là ils se séparent. Tous les quatre ont survécu. L'audace a été payante.
Mais l'exploit est tout à fait exceptionnel. Car les KZ nazis ne relâchaient pas leurs proies.

L'organisation de la résistance

Le régime de terreur permanente des KZ rend irréaliste une résistance, surtout si elle ne peut compter sur une aide extérieure. Pourtant la résistance prend forme très tôt à Buchenwald. Elle se structure d'une façon remarquable. En mai 1944 coexistent dans le KZ une organisation communiste française animée par Lucien Lagarde et une organisation gaulliste constituée autour de Frédéric Henri Manhès et Eugène Thomas. Après mai 1944 et l'arrivée de deux convois, l'un venant d'Auschwitz avec Marcel Paul, l'autre de Compiègne avec André Leroy, les discussions s'engagent entre les deux groupes. Elles aboutissent à la création d'un Comité des intérêts français (CIF) réunissant les différentes "familles". Ce CIF met en place une trentaines de groupes. L'organisation est rigoureusement cloisonnée, car la délation est omniprésente. Le CIF participe dès lors au Comité national clandestin et au Comité militaire international qui se sont progressivement constitués avec la participation de déportés de toutes origines, de toutes nationalités. Et qui, miraculeusement, ne seront jamais découverts par les nazis.

Cette organisation clandestine se montre efficace pour contrer les menaces des autorités du camp contre un détenu (en le dissimulant dans un Block ou au Revier) ou contre un groupe (surtout les juifs). Elle s'efforce de mettre en oeuvre la plus grande solidarité possible afin de permettre la survie du plus grand nombre. Elle protège, en particulier, des déportés éminents du monde scientifique, politique, économique, littéraire et artistique, etc. C'est aussi elle qui décide et organise la mise à mort des tortionnaires les plus dangereux parmi les kapos et l'encadrement. À l'origine, ce sont des déportés politiques allemands qui mettent au point l'embryon d'une organisation militaire. Les autres déportés y sont progressivement associés. Au début la motivation reste vague, mais forte: il s'agit de ne pas mourir à genoux, de faire face et éventuellement de "vendre sa peau" le plus cher possible. Après la défaite allemande à Stalingrad, l'espoir naît, en même temps qu'une stratégie plus offensive visant à libérer le KZ par la force, ne serait-ce que pour prendre de vitesse une extermination générale des détenus avant l'arrivée des armées alliées. Naturellement, beaucoup de temps et d'efforts sont nécessaires pour édifier cette organisation militaire. Le CIF pour sa part, crée une Brigade française d'action libératrice (BFAL). Jean Lloubes représente les Français au sein du Comité militaire international.

Un rapport rédigé un mois avant la libération fait état de 850 détenus enrôlés dans l'organisation militaire, les Soviétiques étant les plus nombreux, suivis par les Allemands, les Français, les Tchécoslovaques, les Autrichiens, les Hollandais, les Yougoslaves et certains groupes nationaux moins importants. Ces résistants se fixent deux tâches: pratiquer le sabotage et se procurer des armes.

Le sabotage

Hermann Langbein reproduit les rapports établis au lendemain de la libération du camp par les responsables militaires de Buchenwald .Voici celui qui concerne les usines d'armement Gustloff, contiguës au KZ, et où jusqu'à 6 000 déportés avaient été contraints au travail dans douze immenses ateliers:

« Les sabotages commencèrent dès la construction des bâtiments: les sacs de ciment furent gaspillés par milliers pour les fondations... Jamais les cages pour les ascenseurs et monte-charge hydrauliques, la grande fosse pour le montage des fusées, le stand de tir pour les essais derrière les usines ne furent étanches... En établissant les branchements sur les lignes de courant à haute tension, on incorpora une quantité de corps étrangers, et, grâce à ces sabotages, la production de Gustloff ne commença qu'avec plusieurs mois de retard. »

Les chiffres fournis illustrent l'étendue des sabotages:

« La fabrication des mousquetons de canons était fixée à 10 000 pièces par mois, les machines commandées et livrées devant suffire pour une production de 15 000. Or, au bout de dix-huit mois, elle n'atteignait que 8 000 au maximum... L'armée dut un jour renvoyer comme inutilisable toute la production de mousquetons livrée pendant neuf mois. »

Le rapport signale, par ailleurs, qu'à la suite du bombardement allié du 24 août 1944:

« les usines Gustloff étaient pratiquement détruites, mais un grand nombre de machines de très grande valeur restant intactes, les détenus chargés des travaux de déblaiement se sont arrangés pour rendre la plupart d'entre elles inutilisables. »

Les armes

Des armes sont évidemment nécessaires pour tenter de libérer le camp le moment venu. Les rapports mentionnés par H. Langbein indiquent qu'en août 1943 l'organisation militaire avait pu détourner de chez Gustloff 10 fusils cachés dans la cave à charbon du crématoire. Le communiste autrichien Franz Bera rapporte qu'étant contremaître dans l'armurerie des SS, il avait été chargé de se procurer et d'entretenir des armes. Très vite, il put détourner deux pistolets et des grenades à main, les munitions ne posant pas de problème parce qu'aucun contrôle précis n'était possible de la part des SS. Il fait également état de séances d'instruction que le kapo Wegerer autorisait le soir dans ses locaux !
Le 24 août 1944, jour du bombardement, raconte Erich Fein :

« les infirmiers avaient reçu mission d'apporter avec les corps des détenus tués les pistolets et les baïonnettes des SS morts pendant le bombardement. »

En fin de compte, il y avait dans le camp en février 1945: 91 carabines avec environ 2 500 cartouches, ainsi qu'un fusil-mitrailleur avec 2 000 coups, 20 armes à feu de petit calibre, 200 bouteilles incendiaires, des grenades à main improvisées, des armes blanches fabriquées avec les moyens du bord. Mais beaucoup de ces armes n'avaient pas servi depuis longtemps et ne pouvaient guère être utilisées. Si bien que les déportés du KZ espéraient surtout que les Alliés leur en parachuteraient pour leur permettre de se défendre dans la phase finale.


Deporte libere



L'évacuation

Himmler avait donné l'ordre d'évacuer les KZ avant l'arrivée des armées alliées. Du fait de sa situation géographique, celui de Buchenwald reçoit donc des convois de détenus en provenance de la plupart des camps, notamment d'Auschwitz et de Gross-Rosen, avant d'être lui-même évacué (le KZ de Buchenwald compte alors plus de 80 000 détenus). Au cours de véritables marches de la mort, les déportés sont donc évacués. Voici le récit poignant de l'évacuation du kommando de Neu-Stassfurt par M. Paul Bonte:

« Le 10 avril 1945, tous les kommandos de travail rentrèrent au camp dans l'après-midi. Le 11, le kommando de Neu-Stassfurt évacua le camp qui fut abandonné. 380 Français et 250 juifs russes et polonais prirent la route, à pied, encadrés par les SS et les kapos. Les malades de l'infirmerie furent embarqués à bord de deux voitures traînées par des chevaux. L'itinéraire suivit grosso modo la rive gauche de l' Elbe, en passant au nord de Halle et de Leipzig pour atteindre l'Erzgebirge et l'ancienne frontière tchèque. Les villes furent presque toutes évitées. La colonne emprunta le plus souvent des routes secondaires, voire des chemins forestiers. Chaque soir, les prisonniers étaient enfermés dans des granges. Du 11 avril au 8 mai 1945, le kommando parcourut 375 kilomètres, par étapes de 30 à 35 kilomètres. Quelques faits:

• 12 avril : à Konnern, sur la Saale, la colonne essuie un mitraillage de l'aviation alliée.

• 14 avril : à Zaacht, le kommando est sur le point d'être délivré par une pointe avancée des blindés US. Il est alors divisé en deux groupes: l'un est embarqué sur des remorques tirées par des tracteurs, l'autre part à pied et marchera toute la nuit.

• 15 avril : les deux groupes se retrouvent à Kossa. Il y a déjà une dizaine de morts.

• 16 avril : peu après le départ de Kossa, scène horrible dans un bois près de la route: 3 Français sont massacrés à coups de gourdin pour avoir volé un lapin... Dans la journée, le chariot qui servait à transporter les malades de l'infirmerie est supprimé: 17 déportés dans l'impossibilité de se déplacer sont assassinés.

• 17 avril : l'étape la plus meurtrière. Au départ d' Oberaudenhain, les survivants de l'infirmerie sont abattus: ils sont 34 à disparaître tués d'une balle dans la tête.

• 18 avril : à Bochwitz, 20 détenus qui avaient tenté de se cacher dans la paille d'une grange sont découverts et fusillés sur place.

• 19 au 26 avril : hécatombe... 50 Français exténués et affamés qui ne peuvent plus marcher sont abattus par les SS.

• 27 avril au 7 mai : les survivants du kommando (Français et juifs polonais et russes) vont rester dix jours enfermés dans une grange du village de Dittersbach.

• 7 mai : le kommando quitte Dittersbach et repart vers Ansprung où quelques-uns parviennent à s'échapper.

• 8 mai : les survivants sont délivrés par les troupes soviétiques. »



Quelques chiffres: à partir de renseignements fournis par plusieurs rescapés, une liste de 117 Français abattus pendant la marche d'évacuation entre le 11 avril et le 8 mai 1945 a pu être dressée. Nous savons aussi que 80 Français environ ont été tués durant l'évacuation, mais il a été impossible de préciser où, quand et comment. Une vingtaine de détenus réussirent à s'évader, sur la route ou le plus souvent en se cachant dans la paille des granges. Ils furent libérés par les troupes américaines ou soviétiques, après s'être cachés quelque temps, souvent aidés par les prisonniers de guerre français. 160 Français furent libérés les 7 et 8 mai 1945, à Ansprung pour certains, à Annaberg pour la plupart, par les troupes soviétiques.

Tous les "convois de la mort" de déportés transférés ont connu la même horreur. C'est au début d'avril 1945 que les nazis décident de vider le camp de Buchenwald. Le 3, un premier transport de 1500 hommes part pour Theresienstadt. S'appuyant sur des témoignages, H. Langbein écrit:

« L'évacuation signifiait la liquidation de la majeure partie des détenus, et ces derniers le savaient, car ils avaient devant les yeux le sort de ceux qui avaient été repliés d'Auschwitz à Buchenwald. Moins de la moitié étaient arrivés au camp. Les autres, épuisés par la longue marche à, pied, avaient tout simplement été abattus d'un coup de feu dans la nuque au bord des routes... D'autres, enfermés pendant des semaines de trajet dans des wagons à bestiaux, assoiffés, affamés ou étouffés, n'étaient plus que des cadavres à l'arrivée. »

• Le 3 avril, le commandant Pister déclare devant les détenus qu'il remettra le camp aux Alliés dans les formes réglementaires... sans, doute pour calmer les esprits et prévenir toute agitation.

• Le 4, l'ordre est donné de rassembler tous les juifs sur la place d'appel en vue de procéder à leur évacuation, c'est-à-dire probablement de les conduire vers la mort. La résistance entre en action: le, fichier des juifs est détruit; les juifs sont cachés. Il faut deux jours aux, Allemands pour réunir 1 500 des 6 000 juifs du camp et les mettre en route.

• Le 5, la Kommandantur convoque 46 détenus, dont plusieurs appartenant à la résistance du camp. Ils sont cachés. Tous échappent ainsi à la mort.

• Le 7, 6 000 détenus sont évacués; le 9, 9 600; le 10, 9 280. Il s'agit surtout de Polonais, de Tchèques et de prisonniers de guerre soviétiques. Le chef du Comité international écrira:

« Nous ne pouvions pas empêcher le départ des prisonniers de guerre soviétiques, mais seulement nous assurer qu'ils ne s'embarquaient pas sans défense dans un voyage vers la mort. On leur distribua des revolvers, des grenades à main, des armes blanches... Nos amis quittèrent le camp dans un ordre parfait, militaire. »

En tout les Allemands, malgré les actions de sabotage et de retardement des résistants clandestins, parviennent à faire partir 28 825 détenus. Mais l'évacuation totale a été évitée. Au matin du 11 avril 1945, il y a encore 21 000 déportés à Buchenwald.

La libération (11 avril 1945)

Le 11 avril, à 7 heures, l'alerte aérienne est donnée et elle ne cesse plus. Chasseurs et bombardiers américains survolent sans cesse le camp à basse altitude. À 11 heures retentit la sirène du camp. Par haut-parleur, les SS reçoivent l'ordre de partir immédiatement. Des tirs nourris de fusils et de mitrailleuses éclatent, tandis qu'on entend dans le lointain le grondement sourd et presque continu de l'artillerie. L'Oberführer H. Pister, chef du KZ, remet le commandement du camp au Lagerälteste Hans Heiden. Les Allemands s'enfuient précipitamment, dans l'affolement. Vers 14h 3O, les résistants clandestins s'emparent des locaux administratifs. Ils téléphonent à tous les responsables du grand camp: c'est le silence. Tous ont fui. Vers 15h 15, un drapeau blanc flotte sur le mirador 1.

« À ce moment, écrit le communiste allemand Karl Barthel, cité par H.Langbein, des masses de blindés et de half-track roulaient sur la montagne de Buchenwald. L'enthousiasme des détenus, jusqu'alors contenu, déferla comme une avalanche. Des torrents d'hommes sortirent de leurs baraquements pour se précipiter vers les libérateurs. Les malades qui se tenaient encore sur leurs jambes sortirent du lit en courant; eux aussi voulaient être là... Les barbelés chargés de mort, jusqu'alors si redoutés, furent arrachés avec de grands bâtons, les sentinelles SS restées dans les miradors désarmées et faites prisonnières. »

Pierre Durand décrit ainsi ces moments exaltants pour les Français :

« Au pas de course, Henri Guilbert revient de l'état-major international. Le signal est donné: on passe à l'attaque! Le colonel Manhès et Marcel Paul transmettent leurs directives: " Ordre est donné au commandant de la compagnie de choc de se rendre au Block 50 accompagné de dix hommes pour prendre livraison des armes destinées aux unités françaises. " Dans une course effrénée, nous descendons les rues du camp pour aboutir rapidement au lieu indiqué. Un camarade allemand nous indique du doigt notre destination. Nous pénétrons dans une immense cave remplie de charbon. Deux détenus allemands, munis de pelles, avec une énergie rageuse, écartent le charbon et dégage le mur du fond, puis à l'aide de gros marteaux, sur toute la longueur du mur, font voler en éclats une mince cloison derrière laquelle nous découvrons une petit arsenal: fusils, revolvers, munitions, grenades. Rapidement nous sont remises les armes destinées aux forces françaises. Quelques minutes plus tard, nos quatre compagnies reçoivent leur contingent d'armes. Le colonel Manhès, Marcel Paul me transmettent les ordres. Notre unité rejoint rapidement le secteur indiqué et dix minutes plus tard les 120 hommes de la compagnie de choc, fusils et grenades en main, montent au pas de course à cette immense place d'appel... La compagnie de choc atteint son objectif: la porte, le Bunker, les locaux administratifs sont investis. Les SS surpris, en proie à la panique, décampent à toute vitesse. Nous les apercevons au loin, jetant leurs mitraillettes pour fuir plus rapidement. »

Le communiste Franz Bera, responsable des armes et des munitions au sein de la direction militaire clandestine, écrit:

« La distribution des armes s'effectua selon les indications précises de la direction militaire aux groupes de diverses nationalités. Les formations de cadres occupèrent la porte principale et les miradors, exactement selon le plan. Les SS se replièrent en direction de Weimar. »

Après quelques instants de défoulement, d'un brouhaha assourdissant de voix mêlées au cours duquel un déporté est tué involontairement par balle, le Comité international clandestin reprend la situation en main. Vers 16 heures, les premiers Américains pénètrent dans le camp, follement acclamés. Avec leur accord, les déportés forment à partir du Comité international clandestin un directoire composé d'un Russe, d'un Français, d'un Allemand, d'un Tchèque et d'un Italien. La résistance organisée montre ainsi son efficacité pendant ces heure critiques. Elle administre dès lors le camp tandis que les groupes fouillent systématiquement le KZ et ses alentours et arrêtent plus de 150 SS avant 22 heures.

Le dénombrement des groupes nationaux effectué au moment de la libération indique qu'après les grandes évacuations des derniers jours il reste alors au camp: 4 300 Russes, 3 800 Polonais, 2 900 Français, 2 105 Tchèques, 1 800 Allemands, 550 Autrichiens, 1 467 Espagnols, 1 240 Hongrois, 622 Belges, 570 Yougoslaves, etc., soit à peu près 21 000 déportés.

Conclusion

Buchenwald présente toutes les caractéristiques des KZ nazis: mépris de la vie des détenus, extermination par le travail dans le camp central et les kommandos, sévices de toutes sortes, exécutions sommaires, expériences médicales, "route de la mort" pour les transférés, etc. O. Wormser-Migot, qui fait autorité en la matière, a établi qu'entre juillet 1937 et mars 1945 ont été enregistrés à Buchenwald 233 880 détenus, dont 56 545 sont morts (y compris ceux des kommandos extérieurs, mais sans compter ceux de Dora ni les femmes.
Le 19 avril 1945, les rescapés de toutes les nationalités prêtent un serment solennel :

« De cette Appellplatz, en ce lieu de crimes fascistes, nous jurons devant le monde entier: nous n'abandonnerons la lutte que lorsque le dernier des coupables sera traduit devant le tribunal des peuples. L'écrasement définitif du nazisme est notre tâche. Notre idéal est la construction d'un monde nouveau dans la paix et la liberté. Nous le devons à nos camarades tués et à leurs familles. Nous le jurons. »

Toute cette barbarie sanglante s'est déchaînée autour de l'arbre où Goethe venait méditer, lui qui a écrit:

« Nous appartenons à une race qui, de l'obscurité, s'efforce vers la lumière... »



Buckenwald Memorial










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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Dim 3 Juin - 3:36


DACHAU

Dachau est le premier camp de concentration construit par les nazis, qui le considéreront jusqu'à la fin comme le prototype des KZ.

LE CAMP MODÈLE DE DACHAU

Située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Munich, la petite ville de Dachau, au cœur de la Bavière, s'est construite autour d'un imposant château. Au nord et à l'est de la ville s'étendent de vastes marais et des tourbières couverts d'une végétation sauvage. Écrivains, peintres et artistes venaient volontiers, avant la guerre, chercher l'inspiration dans ce petit " Barbizon de la capitale bavaroise ".






Le camp primitif (1933-1939)

C'est là que les nazis décident, dès leur prise de pouvoir, de construire, au printemps de 1933, leur premier camp de concentration. Ils chargent les personnes arrêtées pour des raisons politiques de remettre en état les vastes bâtiments d'une fabrique de munitions désaffectée depuis la fin de la Première Guerre mondiale.

Cette création est annoncée par le Münchner Neueste Nachrichten du mardi 21 mars 1933 qui écrit, sous le titre:

« Un camp de concentration pour prisonniers politiques près de Dachau »:


« Le préfet de police par intérim Himmler a fait au cours d'une conférence de presse la déclaration suivante: " Mercredi s'ouvrira près de Dachau le premier camp de concentration. Il a une capacité de 5 000 personnes. Y seront rassemblés tous les fonctionnaires communistes et – si nécessaire – les fonctionnaires marxistes et ceux appartenant au Reichsbanner, qui mettent en danger la sécurité de l'Etat; car si nous voulons éviter une surcharge de l'administration, il n'est pas possible, à la longue, de maintenir les fonctionnaires communistes dans les prisons d'État, alors qu'il n'est pas question non plus de les relâcher. Nous avons donc pris ces mesures sans mesquinerie aucune, convaincus de rassurer ainsi la population nationale et d'agir selon sa volonté. »

Très vite, des échos se répandent sur ce qui se passe à Dachau. Ainsi le Journal des Travailleurs publié en Autriche écrit dans son numéro du 4 février 1934 sous le titre:

« Une cinquantaine de meurtres à Dachau »:


« Londres, 3 janvier – Le Manchester Guardian publie les informations sur le camp de concentration de Dachau. Les 2 200 à 2 400 internés sont logés dans dix baraques. Il y a parmi eux une cinquantaine d'intellectuels, quelques représentants de la classe moyenne, 50 ou 60 nazis, environ 500 sociaux-démocrates, 2 officiers, quelques condamnés de droit commun, 15 étrangers; tous les autres sont des communistes. Les ouvriers composent la très grande majorité des détenus. Les fonctionnaires communistes qui refusent de livrer aux nazis des informations d'ordre politique sont enfermés dans des cellules. Celles-ci sont humides, sombres et non chauffées. Les prisonniers sont attachés à des chaînes scellées dans le mur. De simples planches de bois leur servent de lit. Au mois de septembre, les internés ont été forcés de construire 21 nouvelles cellules. On pratique à Dachau les châtiments corporels. Les prisonniers sont fouettés avec des nerfs de bœuf entourés de fil de fer et qu'ils doivent tresser eux-mêmes. On leur applique avec force de 25 à 75 coups de fouet. Sans raison aucune, les communistes et les sociaux-démocrates sont battus à leur arrivée dans le camp. Suite aux traitements infligés, le communiste Fritz Schaper a été incapable de bouger pendant deux mois. Souvent, on leur brûle aussi la peau avec des cigarettes incandescentes. Parmi ceux ayant subi les pires sévices, il faut citer L. Buchmann, Georg Freischütz et le journaliste Ewald Thunig. Le communiste munichois Sepp Götz, incapable de se redresser après les coups reçus, a été assassiné. L'étudiant Wickelmeier a été abattu par balle, le communiste Fritz Dressel torturé à mort. Autres détenus assassinés: le conseiller municipal Haussmann, Aron, membre du Reichsbanner, Willi Franz, le fonctionnaire communiste Buerk, de Memmingen - au total près de 50 personnes. »
« Le correspondant du Manchester Guardian détient les noms de neuf gardiens qui torturent et assassinent les prisonniers. »

Dès 1934, l'opinion internationale est donc informée des traitements infligés à Dachau aux détenus raciaux (juifs surtout) et politiques. Pour rabaisser ces adversaires devant la population, les nazis leur adjoignent bientôt des criminels de droit commun. Un an après l'avènement d' A. Hitler, Dachau reçoit les SA de Röhm. Peu après, von Kahr, le commissaire d'État bavarois, un septuagénaire monarchiste qui s'était tourné contre les nazis après avoir fait semblant d'accepter leur putsch, y est assassiné. Après l'Anschluss, Dachau reçoit plusieurs milliers d'Autrichiens partisans de Dollfuss et de Schuschnigg, mais aussi des communistes et des socialistes arrêtés dans la petite République annexée par Hitler. Plusieurs milliers d'israélites arrivent au KZ après l'assassinat, à Paris, du conseiller d'ambassade von Rath par le jeune juif Grynzpan.

A ces premiers détenus se joignent des milliers de Tziganes, d' Homosexuels, de Témoins de Jéhovah, ainsi que des " asociaux " comprenant des vagabonds mais aussi des personnes arrêtées pour des raisons indéterminées. Au total, des dizaines de milliers d'Allemands ont été détenus de 1933 à 1939 dans le camp primitif. La mortalité a été élevée, surtout du fait de la brutalité des nazis (bastonnades, fusillades, pendaisons, etc.), alors que le KZ n'était pourtant pas surpeuplé, et que la sous-alimentation était encore supportable.


Dachau 1938




Le nouveau camp (1939-1945)

Les bâtiments

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le KZ est évacué. Les détenus sont répartis dans différents autres camps, notamment ceux de Flossenbürg près de la frontière tchécoslovaque et de Mauthausen près de Linz en Autriche. Seuls restent sur place quelques dizaines de détenus chargés de construire un camp beaucoup plus vaste.

Le nouveau camp ouvre ses portes au printemps de 1940. Tous les KZ vont être construits sur le même modèle. Il se présente comme un rectangle orienté nord-sud, entouré d'une double rangée de barbelés, surmontée par places de miradors. La vaste place d'appel fait face d'un côté à deux rangées de dix-sept Blocks destinés aux détenus, de l'autre aux bâtiments administratifs: bureaux, magasins, ateliers, cuisines, etc. Chaque Block comporte quatre chambres (Stube) à soixante-quinze lits disposés en trois étages superposés. Les deux premiers Blocks pairs sont réservés à la cantine, à des bureaux et à des ateliers. Les deux premiers Blocks impairs sont affectés à l'infirmerie (le Revier). Chacun des trente Blocks d'habitation peut accueillir 300 détenus.

Le KZ va s'inscrire dans une véritable ville comprenant: un QG de la Waffen SS, des casernes, des usines, des armureries, ainsi que des villas cossues destinées aux officiers et à leurs familles. Cette ville, avec ses routes asphaltées et des voies ferrées, est entourée sur des dizaines de kilomètres par de hautes murailles. Le site étant entièrement marécageux à l'origine, c'est le travail effectué dans la souffrance par les déportés qui a permis la construction et l'aménagement du complexe.
Prévu pour 9 000 personnes à l'origine, le KZ comptera à l'automne 1944 plus de 35 000 détenus.

L'administration du KZ

Le Mémorial Annuaire des Français de Dachau précise comment est administré le KZ à l'automne 1944. A cette date, les déportés allemands ayant été recrutés de force dans la Wehrmacht, les fonctions sont confiées à des déportés étrangers. La hiérarchie administrative, déjà évoquée pour les KZ de Bergen-Belsen et de Buchenwald, se retrouvera dans tous les autres KZ.

Les différents commandants qui se sont succédés sont : Theodor Eicke, Hans Loritz, Martin Weiss et Eduard Weiter. À la tête du camp est le Lagerälteste (doyen du camp), responsable de la discipline générale. C'est à lui que s'adressent les SS pour faire exécuter leurs ordres. Il désigne pour chaque Block un chef de Block (Blockälteste) qui désigne à son tour pour chaque chambrée un chef de chambrée (Stubenälteste). Le secrétaire du camp (Lagerschreiber) a la responsabilité du fichier (les SS y attachent une importance particulière), des questions d'état civil, de la répartition des détenus dans les Blocks. Il transmet aux SS les requêtes des détenus et les ordres de punitions aux prisonniers. Il détient donc un pouvoir de fait considérable. Jusqu'à l'automne 1944, c'est à Dachau le socialiste autrichien Emmerich Wenger, " particulièrement affable avec les Français ". Un Polonais lui succède, assez bien disposé envers les Français. Le Lagerschreiber emploie une dizaine de scribes auxiliaires. Il commande les secrétaires des Blocks (Blockschreiber), chacun étant assisté d'un ou de plusieurs scribes.

L'Arbeiteinsatzkapo dirige la main-d'oeuvre. C'est lui qui affecte les détenus aux différents kommandos de travail ou qui les dirige sur un autre camp sur l'ordre des SS. Il détient un pouvoir redoutable puisqu'il établit souverainement les listes de ces kommandos. De terribles luttes de clans dressent les déportés les uns contre les autres, chacun cherchant à faire effacer son nom ou celui de ses amis des listes destinées aux kommandos dangereux. À l'automne 1944, l'Arbeiteinsatzkommando est Friedl Vollger, un militant catholique du Tyrol du Sud, qui ne cesse de manifester une grande sympathie pour les Français.

Le Revierkapo est le responsable des services sanitaires. Il exerce son autorité sur les innombrables médecins et infirmiers (déportés) des Reviers des Blocks. Lui aussi a, en fait, la vie et la mort des détenus entre ses mains. Car il peut sauver la vie d'un malade en l'accueillant. Et il peut soustraire un déporté à une grave sanction ou à la haine d'un kapo en le dissimulant dans le Revier. Il peut alimenter le marché noir du camp en médicaments et en nourriture. Les murs clos du Revier permettent, aussi, maints règlements de comptes et, par exemple, l'exécution de kapos particulièrement sanguinaires. Les kapos représentent le dernier échelon de la hiérarchie administrative du KZ. Ce sont les chefs des kommandos de tous ordres chargés de la désinfection, de la boulangerie, du jardinage, des cantines, de l'entretien, etc. Chaque kapo a autour de lui une petite cour de protégés.

La population du KZ

L'univers concentrationnaire a produit une société structurée et complexe. Le niveau supérieur comprend le Lagerälteste, le Lagerschreiber, l'Arbeiteinsatzkapo, et le Revierkapo. Au-dessous viennent leurs auxiliaires, puis les kapos chacun avec leur clan. Ces catégories sont celles des privilégiés. Ils portent des chaussures de cuir, les déportés ordinaires devant se contenter de sabots. Ils ont le droit de porter les cheveux longs (les SS distribuent avec parcimonie une " carte de cheveux " !), le simple déporté ayant le crâne rasé ou " strassé ".

Le déporté moyen constitue l'échelon inférieur de la hiérarchie. Il a la chance d'être affecté durablement à un bon kommando, c'est-à-dire à un kommando où le travail n'est pas inhumain et où les brutalités des SS et des kapos ne provoquent la mort qu'accidentellement. Il survit en volant modérément, en trafiquant discrètement, en évitant de se lier à tel ou tel kapo ou à tel ou tel puissant, car ces puissants peuvent perdre tout pouvoir à la suite d'un caprice d'un SS ou d'une conspiration d'un autre clan - et alors ces déchus subissent la vengeance de ceux qu'ils avaient opprimés, ce qui les conduit à l'inscription pour un kommando dangereux et souvent à la mort. Vient enfin la classe la plus misérable, celle des uneingeteilt (les non-répartis), constamment à la recherche d'un kommando. Avec les vieillards et les infirmes, ils constituent une sorte de sous-prolétariat, en butte à toutes les brimades, tout désigné pour les pires kommandos ou les transports vers les camps d'extermination.

La vie quotidienne

Voici le programme journalier des déportés à Dachau pendant l'été:

• 4 h: réveil; l' hiver le réveil est à 5 heures.
• 5 h: appel sur la place;
• de 6 h à midi: travail;
• de 12 h à 13 h: déjeuner (comprenant l'aller et retour au lieu de travail);
• de 13 h à 18 h: travail;
• de 19 h à 20 h: appel;
• 21 h: coucher.

Pour effectuer leur longue journée de dur travail, les déportés reçoivent la nourriture suivante:

• matin: 350 grammes de pain, 1/2 litre de succédané de café;
• midi: 6 fois par semaine: 1 litre de soupe (avec carottes ou chou blanc); 1 fois par semaine: 1 litre de soupe aux pâtes;
• soir: 4 fois par semaine: 20 à 30 grammes de saucisson ou de fromage et 3/4 de litre de thé; 3 fois par semaine: 1 litre de soupe.

Eugen Kogon résume comme suit les sanctions appliquées par les SS dans tous les KZ:

« Les sanctions étaient les suivantes: privation de nourriture, station debout prolongée sur la place d'appel, travaux supplémentaires, exercices punitifs paramilitaires, transfert dans la compagnie disciplinaire, transfert dans un kommando de travail plus astreignant, bastonnade, flagellation, suspension par les poignets à un arbre ou à un poteau, emprisonnement dans le Bunker, mort pas assommade, par pendaison ou par balles, sans compter toute une gamme de tortures parfaitement étudiées...»

La bastonnade était la plus fréquente des punitions corporelles. Paul Berben la décrit comme suit:

« L'homme devait se placer le haut du corps sur une sorte de table à feuillet concave appelée le Bock, les bras et les jambes étant attachés à l'engin. Deux SS frappaient à tour de rôle au moyen de nerfs de bœuf préalablement trempés dans l'eau à effet de les rendre plus souples. Le plus souvent 25 à 30 coups étaient appliqués, mais parfois davantage. L'homme devait compter à haute voix les coups, et s'il ne parvenait pas à le faire ou s'il se trompait on recommençait à zéro. Quand le compte y était, le patient était détaché du Bock; souvent il avait les fesses en sang. On les lui badigeonnait alors avec de la teinture d'iode. Enfin, il devait faire une série de flexions des jambes " pour assouplir les muscles ", et annoncer qu'il avait reçu sa punition avec le motif de celle-ci. Parfois la victime devait être transportée à l'infirmerie et était incapable de se mouvoir pendant plusieurs jours. Mais les conséquences étaient encore bien plus graves lorsque des coups avaient été appliqués par mégarde ou intentionnellement sur les reins: des ablations ont même été rendues nécessaires. »


L entree du camp




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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Dim 3 Juin - 3:38


L'originalité de Dachau

Le KZ de Dachau présente des caractéristiques particulières qui le distinguent des autres camps de concentration.

Le camp modèle

C'est, semble-t-il, lorsque les nazis décident d'utiliser les détenus pour la production industrielle au lieu de les exterminer sans profit pour le Reich, donc vers la fin de 1942, que Dachau devient un "camp modèle". Le régime est adouci dans la mesure où les kapos perdent le droit de vie ou de mort qu'ils détiennent: théoriquement, les exécutions ont lieu uniquement par ordre de la hiérarchie SS. De véritables médecins remplacent, dans les Reviers, le personnel non qualifié qui y avait trouvé des sinécures. Une salle d'opérations chirurgicales et une salle de soins dentaires sont installées. Dans la classification des KZ en trois catégories en fonction de leur dureté, celui de Dachau figure parmi ceux de la catégorie 1, celle des moins pénibles.

Vers la même époque, une maison close est installée dans le Block 31. Cinq ou six filles, emprisonnées parce que prostituées, y exercent leur ancienne profession. Cette innovation est présentée comme un des adoucissements de cette période. Les kapos et les droits communs sont les seuls clients, les politiques s'interdisant de fréquenter ce lieu d'humiliation.

La route des marais

Avant la période où les détenus seront employés pour la production dans l'économie de guerre, les nazis s'emploient à rendre inhumaine leur condition en exigeant d'eux des travaux harassants et inutiles. C'est ainsi qu'est construite la fameuse " route des marais ", magnifique autostrade qui part du camp... et y revient, après avoir traversé les landes et les marais déserts, sans aucune espèce d'utilité. Paul Berben évoque dans quelles conditions cette route a été édifiée :

« L'organisation du travail était déplorable: les outils et les moyens de transport adéquats n'étaient pas fournis. L'homme, remplaçant le moteur ou la bête de somme, était attelé au rouleau compresseur, à la charrue, au chariot lourdement chargé de pierres. De ses mains il arrachait les souches d'arbres et extrayait les cailloux du sol. Le travail se poursuivait par tous les temps, sous le soleil brûlant comme par les froids les plus vifs, sans protection, tandis que pleuvaient les coups et les insultes. Les scènes qui se sont déroulées en certains endroits comme la Kiesgrube et le Plantage entre autres, et auxquelles des centaines d'hommes ont assisté, sont tout simplement horribles. »

Le camp disciplinaire (Straflager)

Les revers subis par la Wehrmacht en URSS conduisent les nazis à recruter massivement des volontaires dans les pays occupés, ainsi que parmi les prisonniers de guerre. Plus d'un million d'hommes sont ainsi réunis, qui sont répartis dans des unités spéciales de la Waffen SS. Parmi eux, beaucoup d'aventuriers et de criminels, qui supportent difficilement la vie du combattant. Les fautifs sont alors traduits devant les tribunaux militaires. C'est à Dachau qu'est construit le camp disciplinaire (Straflager) qui les accueille, vaste bâtiment rectangulaire bordant la place d'accueil, du côté opposé aux Blocks des déportés. Ce Straflager comptera plusieurs centaines de détenus vers la fin de la guerre, notamment des Français engagés volontaires dans la Waffen SS. Revêtus de vieux uniformes italiens, leur sort semble n'avoir guère été meilleur que celui des autres prisonniers.

Les prisonniers d'honneur

Si le Bunker traditionnel dans chaque KZ accueille, dans ses cellules froides et nues, des condamnés provenant du camp (déportés soupçonnés de menées clandestines, kapos fautifs, etc.), les prisonniers d'honneur bénéficient de cellules meublées relativement confortables. Ce sont des opposants au régime que les nazis tiennent à conserver comme otages, peut-être en vue d'éventuels échanges ultérieurs, comme le pasteur Niemöller ou des officiers anglais de l'Intelligence Service. Ce sont aussi, par exemple, les dirigeants du mouvement " légionnaire " roumain qui ont tenté un coup de force contre le maréchal Antonesco allié d'Hitler. (Quand ce dernier sera renversé par le roi en septembre 1944, ils seront libérés pour constituer un gouvernement roumain en exil à Berlin.)

Les prisonniers d'honneur gardent leurs vêtements civils et leurs cheveux. Certains peuvent recevoir des visites. Certains aussi sont gardés au secret, leurs noms ne figurant dans les fichiers que sous forme d'un numéro suivi de la mention détenu mâle. Au printemps 1945, ils sont rejoints par des détenus de Buchenwald, notamment l'ancien chancelier d'Autriche Schuschnigg, l'ancien président du Conseil français Léon Blum, des femmes et des enfants d'officiers impliqués dans l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler.
Avant l'arrivée des Américains, un transport regroupe ces personnalités, ainsi que Mgr Piguet, évêque de Clermont-Ferrand, le prince Xavier de Bourbon-Parme, un prince Hohenzollern, le pasteur Niemöller, etc. Ils seront finalement tous libérés dans un village du Tyrol italien.

Le Block des prêtres

De nombreux prêtres catholiques et pasteurs protestants sont arrêtés par les nazis dès leur arrivée au pouvoir, la plupart du temps parce qu'ils ont fait état, en chaire, des protestations du Saint-Siège contre les violations du Concordat, de l'encyclique Mit brennender Sorge de 1937 stigmatisant l'idéologie païenne du nazisme, des prises de position des évêques contre l' "euthanasie", contre les exactions et les camps de concentration, etc. Pourtant au début de la guerre, Hitler atténue sa lutte contre les Églises afin de ne pas s'aliéner la masse des croyants. En 1940, à la suite d'un accord négocié avec les plus hautes instances religieuses, il décide que tous les prêtres catholiques, allemands ou étrangers, retenus dans les KZ seront regroupés à Dachau. C'est donc à Dachau que seront internés pendant toute la durée de la guerre des milliers de religieux de différentes confessions, occupant tous les échelons de la hiérarchie ecclésiastique.

Les Blocks 26 et 28 leur sont affectés. Le 7 décembre 1940 arrivent ceux de Gusen, le 8 ceux de Mauthausen, le 15 ceux de Sachsenhausen. En 1944, le Block 28 abritera 800 ecclésiastiques polonais (ils avaient été plus de 1 800), alors que les prêtres des autres nationalités, dont 300 Allemands, sont réunis dans le Block 28 et dans trois chambrées du Block 26, la quatrième Stube étant transformée en chapelle. L'accord conclu précise qu'une seule messe sera dite chaque jour, que la chapelle sera strictement réservée aux membres du clergé, que ceux-ci seront exemptés de travail et ne figureront pas sur les listes des kommandos extérieurs et des " transports " (vers la mort). Leur nourriture est améliorée. Ils ont accès à la bibliothèque et reçoivent des sacs de couchage et même une demi-bouteille de vin par jour pour la messe. Leur sort est donc beaucoup moins pénible que celui des autres déportés. Certains préféreront pourtant travailler, dans les bureaux notamment (jusqu'à ce qu'en 1943 une interdiction générale suive la découverte de la tentative d'un prêtre visant à faire parvenir à l'extérieur du camp un rapport sur ce qui s'y passe). En fait, les SS opèrent une sélection; ainsi le sort des prêtres polonais devient bien vite pénible, tandis que les religieux allemands bénéficient des conditions les plus acceptables.
Le cardinal-archevêque de Munich a désigné comme vicaire de cette communauté religieuse un prêtre allemand détenu.







Les " volontaires " SS

À l'automne 1944, les SS recrutent de force plusieurs centaines de détenus qui leur paraissent aptes à porter les armes. Après deux jours de quarantaine, ils quittent le camp sous l'uniforme. Ils sont dirigés sur les formations disciplinaires du cruel général Dirlewanger. La plupart seront exterminés sur le front de l'Est. Le langage impitoyable du KZ les a qualifiés de " kommandos pour monter au ciel ".

La chambre à gaz

À la fin de juillet 1942, les nazis donnent l'ordre de construire une chambre à gaz à Dachau (nom de code: Baracke 10), selon le modèle classique: local pour le déshabillage, chambre de douches camouflées et morgue. Pourtant, aucun document ne prouve que cette chambre à gaz a fonctionné, peut-être du fait du sabotage de l'équipe chargée de sa construction et de son entretien.
À Dachau, il n'y eut que des exécutions par pendaisons ou fusillades. Elles furent d'ailleurs peu nombreuses en comparaison des autres KZ.

Les expériences médicales

L' Express de Neuchâtel (Suisse) du 16 janvier 1947 relate les expériences médicales effectuées sur les détenus par les médecins nazis:

• Hautes altitudes. À deux reprises, en 1942, des expériences ont été effectuées au camp de concentration de Dachau pour étudier, au profit de la Luftwaffe, les limites de la résistance humaine aux conditions physiques qui règnent aux très grandes altitudes, jusqu'à 20 000 mètres et plus. Les sujets étaient placés dans des chambres hermétiques où l'on diminuait la pression jusqu'à 40, voir 35 millimètres de mercure. Ils moururent en grand nombre; d'autres en souffrirent gravement.

• Réfrigération. Au même camp, et toujours pour le compte de la Luftwaffe, on rechercha les moyens de traitement des hommes ayant été exposés à de très basses températures. Dans une série d'expériences, les sujets étaient plongés dans l'eau, juste au-dessus de 0°C, et y étaient maintenus pendant plus de trois heures. Sur les survivants on appliquait divers moyens de réchauffage et de réanimation. Dans d'autres expériences, les victimes étaient exposées, nues, au grand air, pendant des heures, à une température inférieure à 0°C. Elles hurlaient de douleur au fur et à mesure que gelaient les différentes parties de leur corps.

• Malaria. Pendant au moins trois ans, de 1942 à 1945, on inocula la malaria à des détenus du camp de Dachau. L'efficacité de remèdes nouveaux était ensuite essayée sur eux. Il y eut de nombreux morts et des invalidités définitives.

• Eau de mer. Pour la Luftwaffe et la Kriegsmarine, il était important de posséder un moyen de rendre potable l'eau de mer. Les sujets d'expérience, à Dachau, étaient privés de toute nourriture et devaient absorber des échantillons d'eau à composition chimique variée.

Le 20 août 1947, sept des médecins nazis sont condamnés à mort, cinq à la détention à vie, cinq à des peines de prison et sept sont acquittés. Le nombre de leurs victimes n'a pu être évalué.

Les kommandos extérieurs

Les kommandos divers

En 1944, le camp central renferme 35 000 détenus. 40 000 autres sont répartis dans 183 kommandos extérieurs.

Ces kommandos extérieurs sont extrêmement divers. Certains rassemblent plusieurs milliers de déportés: c'est le cas du plus grand d'entre eux, celui d'Allach, situé près de Munich. Dans d'autres kommandos, comme les camps de la forêt échelonnés entre Landsberg et Kaufering au sud d'Augsbourg, dans la vallée de Lech, sont parqués à partir de juillet 1944 plus de 25 000 juifs évacués d'Auschwitz (la moitié d'entre eux vont y trouver la mort). La comptabilité SS enregistre comme formant un kommando complet deux femmes Témoins de Jéhovah chargées de tenir le ménage d'un officier SS. L' Annuaire des Français de Dachau indique que le réseau de ces sous-camps, les uns permanents et les autres temporaires (liés à l'exécution de certaines tâches: construction d'aérodromes, déblaiement de Munich, construction d'usines souterraines ... ), s'étendait du lac de Constance à la province de Salzbourg en Autriche, et du voisinage de Nuremberg au Tyrol.

Après la libération de l'Alsace en septembre 1944, les kommandos de la Forêt-Noire et de la vallée du Neckar précédemment rattachés au KZ de Natzwiller-Struthof sont administrés par le KZ de Dachau.

Liste des kommandos

Allach - Allach/Karsfeld/Moosach - Allach-Rothwaige - Allersdorf-Liebhof - Ampersmoching - Asbach-Baumenheim - Aibing - Aufkrich-Kaufbeuren - Augustenfeld-Pollnhof - Augsburg - Augsburg-Haunstetten - Augsburg-Pfersee - Bad Ischl - Bad Ischl Saint Wolfgang - Bad Tölz - Baubrigade XIII - Bayernsoien Bayrishezell - Bichl - Birgsau-Oberstdorf - Blainach - Brunigsau - Burgau - Burghausen - Burgkirchen - Donauworth - Durach-Kottern - Eching - Ellwagen - Emmerting-Gendorf - Eschelbach - Feistenau - Feldafing - Fischbachau - Fischen - Fischhorn/Bruck - Freising - Friedolfing - Friedrischaffen - Fulpmes - Fussen-Plansee - Gablingen - Garmisch-Partenkirchen - Germering-Neuaubing - Gmund - Grimolsried-Mitteneuf-Nach - Halfing - Hallein - Hausham-Vordereckard - Heidenhaim - Heppenhaim - Horgau-Pfersee - Ingoldstadt - Innsbruck - Itter - Karlsfeld - Kaufbeuren - Kaufering - Kaufering Erpfting (sous-kommandos de Kaufering Erpfting : Hurlach - Landsberg - Lechfeld - Mittel-Neufnach - Riederloh - Schwabbeg - Schwabmunchen - Turkenfald - Turkheim - Utting ) - Kempten-Kotern - Konigsee - Krucklhalm - Landshut-Bayern - Lauingen - Liebhof - Lind - Lochau - Lochhausen - Lohof - Markt Schwabben - Moosach - Moschendorf-Hof - Mühldorf - Mühldorf Ampfing-Waldlager V & VI (sous-kommandos de Mühldorf Ampfing : Mettenheim - Obertaufkirchen ) München - München Friedman - München Riem - München Schwabing - München Sendling - Neuburg Donau - Neufahrn - Neustift - Nürnberg - Oberdorf - Oberfohring - Ottobrunn - Oetztal - Passau - Puchheim - Radolfzell - Rohrdorf-Thansau - Rosenheim - Rothschwaige-Augustenfeld - St. Gilden/Wolgansee - St. Lambrecht - Salzburg - Salzweg - Sandhoffen - Saulgau - Schlachters-Sigmarszell - Schleissheim - Seehausen-Uffing - Spitzingsee - Steinhoring - Stephanskirchen - Strobl - Sudelfeld - Traustein - Trotsberg - Trutskirch-Tutzing - Uerberlingen - Ulm - Unterschleissheim - Valepp - Vulpmes - Weidach - Weilheim - Weissensee - Wicking - Wolfratshausen - Wolfratshausen Gelting - Wurach-Wolhof - Zangberg.

Le kommando d'Allach

Le témoignage de Marcel-G. Rivière (matricule: 73 945), futur rédacteur en chef du Progrès de Lyon, évoque le sort des déportés à Allach:

« La population du camp d'Allach, écrit-il, prévu pour 3 500 détenus, devait atteindre en mars 1945 14 000 détenus dont quelques centaines de femmes évacuées de Ravensbrück et d'Auschwitz. Comme ailleurs, on était à Allach un mort civil. Retranché du monde. Sans nouvelles des siens, sans colis. Un matricule. En juin 1944, la majorité des détenus étaient des déportés soviétiques, allemands et polonais. À la fin du mois de juin et au début du mois de juillet 1944 des contingents de déportés français et de républicains espagnols arrêtés en France allaient grossir l'effectif des détenus d'Allach. Il étaient arrivés après une longue marche en socques (sandales à semelles de bois) de Dachau, escortés par les SS et leurs chiens. D'autres allaient suivre... dans le courant du mois de juillet, quelques rescapés du " convoi de la mort " et au début du mois de septembre des N-N (" Nacht und Nebel ", Nuit et Brouillard) évacués du camp tristement célèbre de Struthof.

Quelques personnalités figuraient parmi les nouveaux arrivants. Notamment des préfets: Ernst devenu préfet régional à Rennes après la Libération, Pierre Lecène qui fut préfet de l'Ain, Goldefy qui fut préfet de Savoie, Grimaud qui fut préfet de la Haute-Marne... On notait également l'arrivée d'un chirurgien connu, le docteur Laffite des hôpitaux de Niort, du populaire radio-reporter sportif Georges Briquet, d'un champion de France de boxe Moïse Bouquillon, d'un international de rugby Olivier..

Dès le lendemain de leur arrivée et de leur précaire installation dans les longs baraquements sans fenêtres, les nouveaux " pensionnaires " étaient rassemblés sur l'une des places du camp. Là, ils étaient interrogés sur leurs spécialités et antécédents professionnels et offerts, presque à l'encan, au choix des délégués de différentes entreprises convoquées pour la circonstance. Il n'était pas rare de voir l'un de ces délégués palper les muscles d'un détenu, s'assurer de leur qualité avant de se déclarer... preneur. C'est de ce " marché aux esclaves " que dépendait généralement l'affectation du détenu dans un kommando, et par conséquent sa vie ou sa mort... Ainsi, épouvantables étaient les kommandos dits de " terrasse ", auxquels pour le compte d'une entreprise de travaux publics - l'entreprise Dicker Hoff - étaient affectés un grand nombre de détenus d'Allach. On y mourait vite, épuisé par le charroi en une ronde infernale de sacs de ciment, vaincu par le froid (certaines nuits l'on enregistra moins 27 °C) contre lequel les pauvres tenues de coutil n'étaient qu'un illusoire rempart, par la faim (2 litres de soupe claire et 200 grammes de pain par jour), assommé de coups ou victimes d'accidents (chutes par vertiges du haut des échafaudages). Moins redoutables étaient les kommandos d'usines. Répartis dans plusieurs gigantesques halls de béton (certains, Bunker Halle, à l'abri des bombardements) situés en pleine forêt de sapins, à 2 kilomètres du camp, des détenus travaillaient, avec un minimum de zèle, on le devine, pour le compte de la Bayerische Motor Werke (BMW) à des fabrications de guerre (carters et pièces de moteurs d'avions). Au moins avaient-ils cet appréciable avantage d'être à l'abri des intempéries...

[ ... ] Nous sommes en février 1945... L'hiver est particulièrement rigoureux en Bavière... Le thermomètre marque souvent 25 °C au-dessous de 0... Une bise aigre souffle sur le camp, hurlant dans la forêt de sapins que, matin et soir, en pleine obscurité, nous traversons pour nous rendre à l'usine BMW, cortège de spectres qu'encadrent des hommes en armes et des chiens diaboliques... Le froid est collé à notre peau... Depuis des semaines et des semaines... Les courtes nuits passées à deux sous une étroite et mince couverture ne nous en délivrent pas... Collé à la peau comme, depuis des mois, la faim collée au ventre... Et cet appel qui, ce matin, a duré une longue heure. Dans le vent... Au garde-à-vous... Nous marchons engourdis, les pieds gonflés d'œdèmes et d'engelures, mal contenus dans nos socques mouillées et devenues trop étroites... Nous pensons à tous nos camarades déjà morts... Nous pensons à ce Russe que les SS ont pendu ce matin, devant nous, après l'avoir déclaré coupable de "sabotage"... Le nœud a étranglé dans sa gorge le " Vive tovaritch Staline "... Ses tout derniers mots... Dès ses ultimes soubresauts, un kapo l'a dépouillé de ses pauvres vêtements rayés... Sans doute, nu et bleui par le froid, se balancera-t-il encore sous sa potence tout le jour. Pour l'exemple... Nous pensons à ce bon camarade que nous avons laissé tout à l'heure raide et gémissant dans la neige... Durant le long appel, ses deux meilleurs amis l'avaient maintenu debout en flasque garde-à-vous... L'a-t-on ramassé? L'a-t-on transporté dans la timide chaleur du Revier? Nous ne le reverrons sans doute jamais plus... Un bref commandement nous arrache à nos pensées. Nous sommes devant les lourdes portes d'un bâtiment de l'usine BMW.. Les hommes de l'équipe descendante se forment en colonne pour le retour au camp... Notre colonne se dénoue... Nous abandonnons le bras du voisin... Chacun de nous redevient... Un. »

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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Dim 3 Juin - 3:44

LES FRANÇAIS À DACHAU

Les nationalités à Dachau

Le Mémorial Annuaire donne des précisions chiffrées sur les nationalités des détenus de Dachau:

« Les Polonais et les Tchèques, premiers "pensionnaires" étrangers de Dachau, furent suivis à partir de 1940 par de nombreuses autres colonies étrangères: Norvégiens, Hollandais, Belges, Luxembourgeois, Français, Espagnols "rouges" soldats dans l'armée française ou arrêtés en France, Yougoslaves (Slovènes, Croates, Serbes), Grecs, Russes et Ukrainiens, Italiens, Danois. Cet afflux s'accompagna d'une sensible réduction du contingent allemand sans cesse "écrémé" pour les besoins de la guerre. 6 000 Allemands figuraient encore sur les listes lors de la libération, contre 15 000 Polonais, 13 500 Soviétiques, 12 000 Hongrois presque tous juifs des kommandos de la forêt, 5 700 Français, 3 200 Lituaniens, 4 000 Italiens, 2 000 Tchèques, 1 800 Slovènes, plusieurs centaines de Belges, Hollandais, Serbes, Croates, Espagnols, Slovaques, Grecs, Lettons, Luxembourgeois, 13 Anglais, 44 Albanais, 71 Norvégiens, 1 Japonais et même quelques Suisses qui devaient se sentir assez isolés à côté de ces colonies massives. »

Cette société concentrationnaire est constamment agitée par des conflits entre criminels de droit commun et politiques, entre groupes nationaux, et au sein de ceux-ci entre communistes et non-communistes, etc., si bien qu'à la fin de la guerre une quarantaine de SS et quelques dizaines de soldats suffiront pour maintenir en captivité plus de 35 000 personnes! Dans cet univers infernal, les gestes de solidarité ne manquent pas, pourtant. Les anciens expliquent aux nouveaux arrivants comment éviter les violences des SS et des kapos, comment se comporter pour survivre. On s'efforce d'aider les plus faibles, les plus âgés, les plus malades, en collectant pour eux de la nourriture, voire des vêtements ou du tabac. Des prêtres français se font même enfermer dans les Blocks des typhiques pour assister les moribonds. Beaucoup de témoignages rapportent de tels actes individuels, d'autant plus généreux qu'ils exposent leurs auteurs aux pires sanctions.

Les Français à Dachau

Selon le Mémorial Annuaire, jusqu'en 1943 le nombre des Français a été extrêmement restreint: quelques politiques du Nord arrêtés en 1941, des travailleurs libres, des prisonniers de guerre ou des requis arrêtés en Allemagne même. À l'automne 1943 quelques résistants arrivent à Dachau, dont Edmond Michelet et le germaniste Joseph Rovan.

Ce n'est qu'à l'été 1944 que le camp reçoit l'arrivée massive de Français: 2 140 le 20 juin, 255 le 26, 1416 le 5 juillet (c'est le fameux " convoi de la mort ": 2 400 prisonniers étaient partis de Compiègne, dont 984 étaient morts à leur arrivée à Dachau), 317 le 7 juillet, 62 le 28 août, 2 406 venant de Natzwiller-Struthof le 4 septembre, 61 le 5, 1990 autres venant de Natzwiller le 6 septembre, et toujours du même KZ, 102 le 20 septembre, 401 le 21, 248 le 25, 97 le 27 septembre, 281 les 22 et 23 octobre, 45 le 25, 230 le 29, 36 le 31 octobre, 17 le 18 novembre, ainsi qu'une centaine de Français arrêtés à Metz, Saint-Dié et Lyon. Fin novembre et en décembre 1944 arrivent à Dachau les déportés provenant d'autres KZ évacués, notamment de Gross-Rosen et surtout de Buchenwald d'où arrivent 2 909 Français « pour la plupart dans un état d'épouvantables moribonds, au bout de deux semaines de voyage dans des wagons de marchandises ouverts, à peu près sans nourriture et sans boisson »...


L usine de Production d armes





LES DERNIERS MOIS

Les derniers mois du KZ de Dachau sont marqués par une épidémie de typhus et par l'organisation d'une résistance des déportés.

Le typhus

Le docteur André Fournier est médecin chef de Block lorsque l'épidémie de typhus exanthématique (qui s'ajoute aux épidémies endémiques de typhoïde et de tuberculose notamment) éclate. En 1946, il a décrit les débuts du drame. Il était alors médecin du Block 23, Block qui se trouvait en quarantaine pour quelques jours encore à cause d'un cas de typhoïde.

« C'est la veille ou le lendemain de Noël 1944, écrit-il, qu'arriva à la visite un Tzigane titubant et grelottant de fièvre. Le diagnostic n'était pas difficile, d'autant plus que le piqueté rouge de l'exanthème apparaissait déjà sur son corps. Au chef de Block, plutôt heureux de la nouvelle, je dis donc: " Vous tenez votre quarantaine, car il a le Flecktyphus. " Le lendemain un autre cas fut envoyé au Revier et le docteur Kredit, hollandais, un homme et un médecin si parfait, qui devait lui-même mourir plus tard du typhus, confirmait le soir qu'il s'agissait bien de deux cas de cette terrible maladie. Dans les jours qui suivirent, d'autres apparurent, trois ou quatre qui, malgré les doutes et les sarcasmes de l'Oberpfleger chargé de procéder à la visite, furent envoyés au Revier 15, chez le docteur Ragot. La crainte de la maladie commença alors à envahir les esprits; le chef de Block s'agita, signala la situation, commanda la chasse aux poux avec les pauvres moyens habituels: désinfection des couvertures, contrôle; une forte quantité de cette " Russiapulver " qui faisait honneur à la chimie allemande nous fut même distribuée. Le docteur Ragot fit un rapport au médecin SS sur l'arrivée dans son Block du typhus venant du 23. Le kapo du Revier fut prévenu et déclara qu'il en parlerait au médecin-chef SS. Mais en ce temps-là celui-ci n'acceptait qu'on ne parlât de typhus que si la réaction de Weill-Félix, faite sur le sérum des malades, était positive. Pour cela, il fallait envoyer ce sérum à Berlin; la réponse revenait 15 jours après; quelque chose de très simple, comme on voit. L'ordre de lever la quarantaine du Block 23 fut donc maintenu.
C'est ici que ce qu'on peut appeler le crime commence. Le jour même où la quarantaine finissait, on devait répartir les nouveaux arrivants entre le 25 et le 21 ; jusqu'au dernier moment, nous ne crûmes pas à ce déménagement. Cependant, la maladie avait déjà pris au Block des proportions inquiétantes, une vingtaine de malades portaient des signes évidents de typhus. Mais il était trop tard pour changer quelque chose à l'ordre donné. Le lendemain, un dimanche (donc pas de visite médicale par surcroît), les docteurs Capella et Michel virent arriver au 25, au milieu des autres, une lamentable équipe de typhiques, bien couverts au surplus de poux, que les gens encore sains allèrent semer dans tout le camp, les Blocks étant ouverts.

Alors, vous savez tous avec quelle effrayante rapidité l'épidémie se développa: quelques dizaines de cas venant du 25 et du 21 les premiers jours, puis des autres Blocks, enfin des centaines. On remit les Blocks en quarantaine par la suite; puis un peu plus tard on recommença la grotesque plaisanterie des mesures de protection: désinfection au gaz qui ruine la santé des opérateurs, mais n'affecte pas beaucoup celle des poux; la douche où on attrape les parasites qu'on n'a pas; la vaccination antityphique et antityphoïdique dans le plus grand désordre, et d'ailleurs il était bien temps!
C'est dans ces jours de fin décembre 1944, début janvier 1945 que se joua le destin de milliers d'hommes, dont 50 % des Français du camp et nombre de médecins et infirmiers qui ne sont pas revenus. »

Paul Berben précise les pertes dues au typhus pour les Français:

« En octobre 1944 il y eut 403 décès, en novembre 997, en décembre 1 915, en janvier 1945: 2 888, en février 3 977, en mars 2 226. Nous eûmes autant de morts en un jour au printemps 1945 que dans l'année précédente en deux mois. »

La résistance

En dépit de la surveillance permanente des SS et des kapos, des déportés courageux s'efforcent de saboter la machine de guerre allemande. Marcel-G. Rivière explique ce qui se passe à l'usine BMW d'Allach:

« Le sabotage actif consistait à détériorer les machines en introduisant notamment de la limaille ou toute substance abrasive dans les graisseurs. Mais c'était une forme très dangereuse et impitoyablement punie de mort par pendaison sur la place d'appel. La forme la plus courante de sabotage était le ralentissement des chaînes de fabrication, ce qui freinait la production. Ou la surproduction anormale de pièces, ce qui obligeait à de difficiles stockages alors que, freinée, la production des pièces complémentaires était insuffisante.
Autre forme de sabotage: les quelques détenus chargés du contrôle des pièces (les Prüfer) rejetaient comme mauvaises de nombreuses pièces bonnes qui étaient alors retournées à la fonderie. »

Par ailleurs, les déportés s'organisent pour pratiquer dans la mesure du possible la solidarité et pour tenter de se défendre si les nazis décident d'anéantir le camp avant leur fuite, afin de dissimuler aux vainqueurs les horreurs de l'univers concentrationnaire. Les différentes nationalités constituent des comités de résistance clandestins. Le Comité national français est présidé par Edmond Michelet, convalescent, qui se relève du typhus. Les comités nationaux se regroupent en un Comité international, que préside le doyen du camp, le vieux militant communiste Oskar Müller, respecté par tous. Des mesures sont prises, notamment pour détecter et neutraliser les mouchards, pour organiser des manifestations culturelles dans les Stube, etc., et, bien sûr, pour rester à l'écoute des informations militaires. Quelques groupes de combat sont même mis en place dans les kommandos de travail.

Mais les nazis tuent encore. Le 19 avril, à 11 heures, le général Delestraint, chef de l'armée secrète de la résistance française, est assassiné, sur ordre venu de Berlin, d'une balle dans la nuque. Le corps est immédiatement incinéré avec ses habits et tout ce qu'ils contiennent.
Avec les ravages du typhus et la menace d'une destruction totale, les derniers mois du KZ sont dramatiques.

La libération

Marcel-G. Rivière décrit la dernière étape vue d'Allach.

Le 20 avril 1945, les déportés entendent dans le lointain le bruit du canon. Des avions alliés sillonnent le ciel. Le 22, la chute de Nuremberg est connue. Le 23, la direction du camp demande au service médical d'établir la liste de tous les détenus " capables d'effectuer une marche militaire " (soit 30 à 40 kilomètres par jour). Les différents comités nationaux se réunissent et décident de fournir le plus tard possible des listes aussi maigres que possible. Le 24, aucun kommando de travail ne quitte le camp. Le 25 avril, à 22 heures, ordre est donné de remettre immédiatement la liste des Russes.

Les comités se réunissent aussitôt et donnent l'ordre d'opposer la force d'inertie à la volonté des nazis. Le lendemain, les SS décident un rassemblement général. Sous la menace des mitrailleuses, une colonne des Russes quitte le camp vers minuit. En trois jours de marche, ils perdront la moitié de leur effectif. Dans la nuit du 28, les SS quittent le camp. Le 29, les déportés s'organisent sous la direction des comités ex-clandestins. Le 30 les sauveurs arrivent. Ils sont américains. Le Comité international les reçoit solennellement. Le camp central de Dachau a été libéré la veille. Les déportés vont faire le difficile apprentissage de la liberté. Mais plus de 2 500 malades vont encore décéder entre le 29 avril et le 16 juin 1945.

Au moment de sa libération, le KZ compte: 3 000 Allemands, 12 000 Polonais, 6 000 soviétiques, 6 000 Français, presque autant d'Italiens, 2 000 Tchèques, 1 500 Slovènes, plusieurs centaines de Norvégiens, Danois, Belges, Hollandais et Grecs, 11 Anglais, 1 Albanais et quelques Suisses.
Le 18 mai, le général Leclerc vient saluer les déportés. Il déclare avec émotion: " En vous, ce sont des soldats que je salue. "
Le rapatriement commence le 23. Le 27 mai, Marcel-G. Rivière retrouve sa bonne ville de Lyon.


Executions de gardiens allemands par l armee l US le 29 avril 1945




Conclusion

De 1933 à 1945, le KZ de Dachau a reçu environ 250 000 détenus appartenant à 23 nations. 70 000 environ devaient trouver la mort à la suite des sévices subis. 140 000 furent dirigés vers d'autres KZ et 33 000 furent libérés le 29 avril 1945 par la 7e armée américaine.

Pour ce qui concerne les Français, les chiffres fournis par le Mémorial Annuaire sont les suivants: Français se trouvant à Dachau le 26 avril 1945: 5 706; Français transférés vers d'autres camps: 5 185; Français décédés au camp: 1 602. En additionnant ces trois catégories, on constate que 12 493 Français ont été emprisonnés à Dachau entre 1940 et 1945.

Le 15 novembre 1945, le tribunal américain chargé de juger les tortionnaires de Dachau se réunit dans l'enceinte du camp. Sur les 40 accusés, 36 sont condamnés et 32 sont exécutés (dont les anciens commandants Weiss, Ruppert, Redwitz, Kick et le docteur Schilling, responsable des expériences médicales).


Dachau memorial








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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Mer 6 Juin - 2:30

FLOSSENBÜRG

Peu et mal connu en France,
premier camp de la nouvelle génération,
Flossenbürg est le KZ de la carrière de granit.



Jusque-là, les KZ étaient situés à l'intérieur du Reich, puisque destinés à des Allemands. En 1938, dans le cadre de sa politique de conquête territoriale, A. Hitler décide de créer des KZ pour y enfermer ses adversaires dans les pays conquis. Les premiers sont ceux de Flossenbürg pour les Tchécoslovaques et de Mauthausen pour les Autrichiens. (Après la défaite de la France et de la Pologne seront édifiés le KZ du Struthof dans l'Alsace annexée, et celui d'Auschwitz en Pologne.)


Le Camp




LE KZ DE FLOSSENBÜRG

Le KZ de Flossenbürg est construit dans une petite vallée forestière de l'Oberpfalz, près de la modeste ville de Flossenbürg, de 1200 habitants, dans la Haute-Bavière, à 120 kilomètres au nord-est de Nuremberg, à 250 kilomètres au nord de Munich et à 5 kilomètres de la frontière tchécoslovaque.

Les ruines d'un château médiéval dominent le site. Le climat est froid. Il neige d'octobre à juin. Le jeune avocat Henri Margraff, qui y est déporté le 25 mai 1944, décrit le cadre:

« Nous étions avant tout frappés par le caractère majestueux du site: à perte de vue s'étendait l'épaisse forêt montagneuse de la Bohême; des sommets comme le mont Saint-Odile et le Nideck dominaient l'horizon. Au bas de la colline apparaissaient le clocher et quelques maisons du village de Flossenbürg, flanqués d'une ruine, grise et morne même par ce soir si clair. »

Le 4 mai 1938 arrivent du KZ de Dachau une centaine de détenus. D'autres vont suivre provenant des KZ de Buchenwald et de Sachsenhausen. À la fin de décembre 1938, ils sont 1 500. Tous portent le triangle vert des criminels de droit commun.

L'emplacement de Flossenbürg a été choisi à cause du granit qui s'y trouve. Les plans colossaux de construction de Hitler, que devait réaliser l'architecte Albert Speer, exigeaient d'énormes quantités de matériaux de construction, notamment de granit. Ces plans prévoyaient le réaménagement de Berlin et de plusieurs villes, la construction d'édifices imposants pour les congrès du parti nazi à Nuremberg, des projets autoroutiers, etc. Pour cela Himmler crée une entreprise commerciale, propriété des SS et dirigée par eux: la Deutsche Erd und Stein Gesellschaft, DEST (la Société allemande Terre et Pierre). Fondée en avril 1938, elle achète des carrières de pierre et des briqueteries dans le cadre de ce programme. Les KZ lui offrent une main-d'œuvre servile immédiatement disponible. Au cours de sa première année d'activité, le DEST achète des carrières à Flossenbürg et à Mauthausen, tandis que les KZ sont créés à proximité. La DEST achètera d'autres carrières de granit à Gross-Rosen en Silésie en 1939 et à Natzwiller en Alsace en 1942. De 1938 à 1942, les déportés vont aménager le KZ. Ils creusent la terre, charrient des roches qu'ils transportent sur leur dos, déblayent des plates-formes sur le versant de la montagne, y bâtissent des Blocks. Henri Margraff décrit ainsi le camp dans lequel il arrive:

« Le camp offrait, par son impression de rudesse, un contraste brutal avec le paysage environnant; la place d'appel encadrée, d'un côté par la cuisine et de l'autre par les bâtiments de la désinfection, les Blocks du Revier et de la quarantaine, se confinait sur un espace plat, resserré entre deux collines déboisées. Au-dessus du bâtiment de la cuisine, taillé dans le roc de l'une des deux collines, s'élevaient deux rangées parallèles de sept Blocks, construits en gradins sur des terrasses en pierre de taille. Un large escalier de granit de 124 marches montait entre les deux rangées de bâtiments, permettant de les atteindre. Vers la gauche de ces Blocks, une immense roche granitique dominée par un mirador pointait vers le ciel: c'était le Steinbruch, la sinistre carrière de Flossenbürg. C'était là, somme toute, le type du petit camp de montagne, analogue à celui de Natzwiller. »

Le portail d'entrée portait l'inscription gravée: Arbeit macht frei (" Le travail rend libre "). Toni Siegert précise:

« Quand nous parlons aujourd'hui du camp de concentration de Flossenbürg, nous entendons au fond différentes parties. La carrière, propriété de la SS, était distante d'environ 300 mètres du camp de concentration. Elle comportait l'exploitation de la taille proprement dite et l'entreprise attenante de façonnage du granit où, dans de grands halls, on façonnait les pierres brutes au ciseau et au marteau pour obtenir des pierres de taille. Le camp de concentration lui-même comportait également deux parties. Devant le camp des détenus proprement dit se trouvait la caserne des SS, appelée aussi camp SS. Le camp de détention le jouxtait. Celui-ci fut entouré dans la phase finale par une clôture électrique. Les deux camps étaient en outre ceints d'un réseau de fils de fer barbelés, ainsi que d'autres dispositifs de sécurité. En définitive, c'est la disposition en cuvette de la vallée qui empêcha une large expansion du camp de concentration. En 1940, la SS essaya de gagner un complément de surface. À cet effet on entama une carrière à l'intérieur même du camp de concentration. Les détenus durent détacher du granit du flanc d'une colline. D'autres baraques furent dressées sur cette saignée faite dans la montagne. Les détenus donnèrent à cette carrière interne au camp le nom de mont des Oliviers. »

Comme dans les autres KZ, les SS se chargent de l'organisation générale, des appels et de la surveillance du camp. Ils confient aux kapos la discipline et l'administration interne. Ceux-ci sont, en général, des " triangles verts ", c'est-à-dire des détenus de droit commun, déshumanisés par de longues années de captivité et souvent particulièrement brutaux.


VIE ET MORT DES DÉPORTÉS

Créé à l'origine pour l'exploitation de la carrière qui devait produire chaque année 12 000 mètres cubes de pierre de taille, le KZ devait ensuite se mettre au service de l'économie de guerre et fournir de la main-d'œuvre à des usines d'armement.

La carrière

H. Margraff dépeint le calvaire des déportés affectés à la carrière:

« Fin février était arrivé de Buchenwald un convoi de 750 Français, parmi lesquels Jacques Michelin, par un hiver qui à Flossenbürg est toujours particulièrement rigoureux, hiver que les anciens du camp ne voyaient jamais s'approcher qu'avec une indicible horreur. Ils furent envoyés à la carrière où, exposés à un vent terrible et glacial, et ne recevant à manger que leur pain noir et des pommes de terre pourries ou gelées, ils durent briser des pierres, pousser des wagonnets, glissant avec leurs mauvais sabots sur la pente escarpée, continuellement harcelés par les kapos qui, à la moindre défaillance, les achevaient à coups de pierres et de barres de fer. Ils souffrirent à tel point que, lorsque nous arrivâmes, la moitié d'entre eux étaient morts et l'autre moitié pratiquement en train de mourir. »

Ce calvaire est encore aggravé par la pratique du Laufschritt (pas de course), de jeunes SS, féroces, obligeant les hommes à effectuer les transports des roches en courant, sous les grêles de coups. H. Margraff relate un épisode caractéristique de la cruauté des SS:

« En 1942, un SS paria une somme de 300 marks avec un de ses collègues qu'en l'espace de trois mois tout un pan de rochers d'une colline serait enlevé et que trois nouveaux Blocks (les Blocks 9, 10 et 11) y seraient construits. L'autre tint le pari. Pendant trois mois, le matin de 5 à 6 heures et le soir de 7 à 9 heures, les prisonniers durent produire un effort supplémentaire à peine imaginable. Au bout de trois mois le SS avait gagné le pari, mais il coûta la vie à environ 2 000 détenus. »

Aujourd'hui encore, les rares rescapés n'évoquent pas la carrière sans éprouver un sentiment de terreur.


La carriere de granit



En 1942


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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Mer 6 Juin - 2:40


L'usine

À partir de 1943, le travail à la carrière passe au second plan (à la fin de 1944, seulement 1000 déportés y seront employés). En effet, l'évolution de la situation militaire oblige les SS à accorder la priorité à la production de guerre.

Messerschmitt, la plus importante entreprise d'armement de l'Allemagne du Sud, cherche alors à utiliser la main-d'œuvre des déportés des KZ de Flossenbürg et de Mauthausen pour développer sa production d'avions. Des bâtiments industriels sont aménagés sur le domaine de la carrière de Flossenbürg. Le 5 février 1943, 200 déportés y sont employés à des travaux de tôlerie. Après le bombardement allié du 17 août 1943 qui détruit une grande partie des usines Messerschmitt à Regensbürg, le transfert vers les KZ de Flossenbürg et de Mauthausen est développé: les déportés travaillant pour la firme à Flossenbürg sont 800 à la fin d'août 1943, 1500 en décembre 1943, 2 200 en mars 1944. À part les moteurs et les gouvernes, Pratiquement la totalité du chasseur ME 109 est construite à Flossenbürg. Deux équipes travaillent jour et nuit, onze heures et demie chacune - En septembre et octobre 1944, 5 000 déportés de Flossenbürg ont construit 180 carlingues de ME 109.

Le sort des déportés travaillant pour Messerschmitt est bien meilleur que celui de ceux qui sont affectés à la carrière. En effet, les halls de l'usine sont chauffés. Les contremaîtres et ingénieurs de l'entreprise se comportent en général correctement. La firme parvient même à obtenir une augmentation des rations alimentaires pour les déportés. Mais l'encadrement par les kapos verts signifie toujours violence et exactions. C'est ce qu'indique H. Margraff, affecté à l'usine:

« La vie d'usine était par elle-même harassante. Plusieurs kapos s'étaient fait une habitude de tuer chacun leur homme tous les jours, à la moindre incartade (homme surpris à être assis ou en train de fumer), quinze jours de Strafkompanie d'où on ne revenait que par miracle...
En outre, le travail à l'usine de Flossenbürg présentait un danger supplémentaire: nous ne travaillions que des alliages spéciaux en duralumin dont la moindre égratignure provoquait un début d'empoisonnement; chaque blessure nous obligeait à tenir pendant plusieurs semaines le doigt bandé, avec du papier, et souvent, en nous rendant à l'infirmerie pour nous faire soigner, nous étions obligés de repartir sans que l'on se soit occupé de nous étant donné le nombre considérable de blessés. D'ailleurs, l'odeur nauséabonde se dégageant des plaies de toute cette foule qui attendait l'application d'un malheureux pansement était absolument indicible, et ne nous encourageait pas à rester. »





La vie quotidienne

Voilà ce qu'est une bonne journée pour H. Margraff, logé au Block 7, tout au sommet de l'escalier, ce qui l'oblige à escalader chaque soir, alors qu'il est exténué, les 124 marches conduisant à sa baraque:

« À 4 h 30, le veilleur de nuit, entrant dans le dortoir, de crier: - Kaffeeholer, raus!, les détenus désignés pour traîner les bidons de " jus " au haut des escaliers s'habillent et partent en bas; les lumières s'allument: - Aufstehen. Immédiatement la voix éraillée de " l'homme à la pipe " se fait entendre, puis surgit l'homme à la pipe lui-même avec son gourdin, et les coups de pleuvoir sans interruption pendant plusieurs minutes. Cependant, personne n'est mis KO ce matin-là. Encombrement aux WC, encombrement au lavabo, bousculades, cris, coups de poing. Les bidons de café arrivent: - Alles raus! 300 détenus se précipitent vers la porte trop étroite, se renversent, se piétinent, les matraques s'élevant et se rabattant sur le tas. Rassemblement par kommandos de travail, descente dans la cour, formation en colonnes de 100, départ. Arrivée à l'atelier, le travail commence immédiatement sans relâche. À 9 heures, distribution des 150 grammes de Frühstück, à 9 heures 15, reprise jusqu'à midi. Coup de sifflet pour la soupe, tout le monde court avec sa gamelle, se met en rang, le kapo veut que tout aille vite; en huit minutes, il a lui-même distribué la soupe aux 320 détenus de l'atelier. À 1 heure, reprise jusqu'à 6 heures. Le travail, pour une fois, s'est passé sans accroc. Rentrée dans le camp au pas cadencé, montée au Block, quarante minutes d'appel, on porte au Revier les camarades revenus malades, distribution du pain, ablutions, et à 8 heures, Einsteigen: tous les détenus doivent se rendre dans le Schlafsaal, pieds nus, afin d'en vérifier la propreté. (C'était le moment de la journée où on les salissait le plus.) »

Les commandants du KZ de Flossenbürg sont successivement:

• Jacob Weiseborn, qui se suicide le 20 janvier 1939 ;
• Karl Künstler, qui lui succède pendant trois ans et demi: c'est sous son autorité qu'ont lieu les exécutions massives de prisonniers de guerre russes et polonais; c'est lui qui accorde des permissions pour l'exécution de déportés " en cours d'évasion " (ce qui stimule le zèle meurtrier des SS);
• Karl Fritzsch, une partie de l'année 1942.
• Egon Zill prend la suite jusqu'en avril 1943, il avait dirigé le KZ de Natzwiller; c'est avec lui que débute la production d'armement pour Messerschmitt,
• Le dernier est Max Koegel: c'est un homme d'une grande brutalité qui a dirigé les KZ de Ravensbrück, puis de Maïdanek; il a exterminé des juifs et supervisé des exécutions; arrêté en 1946, il se pend.

Leurs adjoints Aumeier puis Fritzsch, véritables bouchers, viennent du KZ d'Auschwitz. C'est Fritzsch qui déclarait presque quotidiennement à Auschwitz puis à Flossenbürg devant les déportés au garde-à-vous:

« Il n'y a pour un déporté que deux chemins qui conduisent hors du camp. Ou bien il est libéré et passe le portail du camp, ou bien il voyage par la cheminée. C'est ce dernier chemin que prendront la plupart d'entre vous. »

Il n'y a pas de chambre à gaz à Flossenbürg.
Par contre, une maison close se trouve dans une baraque située derrière le Bunker, douze détenues composant le personnel.

Le Bettenbau

La bastonnade, pratiquée dans tous les KZ, entraîne à Flossenbürg des conséquences dramatiques.

« Si invraisemblable que cela puisse paraître, écrit H. Margraff, le Bettenbau causa à Flossenbürg plus de victimes que la carrière... Tous les matins à 4 h 30 les détenus, sautant du lit, à une époque où chacun avait un lit à lui tout seul et toujours le même, avaient dix minutes pour le faire, Chacun possédait deux couvertures, un drap et une palette destinée à égaliser la paille. Pendant dix minutes, chacun, dans le silence le plus complet, crispé par l'angoisse de faire un travail dont le SS se déclarerait insatisfait, aplanissait la paillasse, tendait le drap, étendait les couvertures, les bordait, de façon à ne provoquer aucun dénivellement, repliait le drap dépassant la couverture du côté de la tête du nombre de centimètres prescrit (et ceci au millimètre près), et devait obtenir non seulement un lit absolument plat mais, en outre, d'un niveau rigoureusement égal à celui des autres. Aussitôt après, les deux Blocksführer SS dirigeant chaque Block contrôlaient avec une attention scrupuleuse la confection des lits, dont chacun portait le matricule de son occupant. Les " récalcitrants " étaient appelés et alignés; l'un après l'autre, attaché sur le chevalet spécialement conçu pour que le patient soit fortement tendu en angle droit, recevait les 25 coups de matraque réglementaires, appliqués avec une sauvagerie inouïe. Fréquemment les détenus, plutôt que de défaire le soir un lit jugé convenable, couchaient à même le plancher. Beaucoup de ces malheureux partaient donc pour la carrière absolument incapables, par suite de la torture subie, de fournir l'effort exigé d'eux: nombreux étaient ceux qui étaient achevés; nombreux étaient ceux qui, las de cette vie où ils ne trouvaient aucun moment de calme, sortaient intentionnellement des rangs en marche pour se faire abattre par les SS; nombreux étaient ceux qui, désespérés, s'approchaient lentement, la nuit, des barbelés électrifiés et s'y accrochaient, délivrés. »

Il faut dire que, rapidement, l'afflux de déportés allait faire que plusieurs d'entre eux, jusqu'à cinq, durent coucher sur le même lit de 72 centimètres de large. Ce qui mit un terme à ce type de torture.


Porte d entree du camp



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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Mer 6 Juin - 2:42


Les expériences médicales

Il n'y a pas eu à Flossenbürg d' "expériences médicales" commandées par les SS. Pourtant un demi-fou, le docteur Heinrich Schmitz, y sévit de mai à octobre 1944. Ce médecin, stérilisé par décision du haut tribunal pour la santé de la race d'Iéna pour " démence maniaco-dépressive ", reconnu inapte au service dans la Wehrmacht, parvient à se faire admettre comme adjoint contractuel du médecin SS de la place, le docteur Schnabel. Toni Siegert précise que Schmitz se livrait à des expériences, chirurgicales surtout, pour son compte personnel. Et que les SS le toléraient sans rien dire. Il rapporte que le docteur Legais, médecin déporté français, a tenu un carnet secret d'opérations sur l'activité médicale du docteur Schmitz. On y trouve consigné, pour une période de six mois, plus de 400 interventions du docteur Schmitz. 300 d'entre elles étaient des amputations avec un taux de décès de 60 % ; 14 opérations, qui causèrent 11 décès, " n'auraient eu lieu que pour le divertissement du docteur Schmitz ". D'après la liste Legais, environ 250 victimes des opérations du docteur Schmitz sont décédées.

A . Margraff confirme, puisqu'il a failli être victime de Schmitz. Il relate :

« Il opérait surtout à mauvais escient pour " se faire la main ". Un jour, ressentant de violentes douleurs à l'estomac, je descendis au Revier pour essayer d'avoir un peu d'aspirine. J'eus le malheur de tomber sur Schmitz qui décida tout simplement de m'opérer de l'estomac. Heureusement le lendemain matin Michelin et Marx purent me faire sortir. »

Par ailleurs, Toni Siegert rapporte qu'en 1941 le docteur Trommer, alors médecin SS du camp, fit procéder à l'exécution d'au moins 200 prisonniers de guerre Russes et d'un nombre inconnu de Polonais par des injections de phénol.

DES PRISONNIERS SPÉCIAUX

À côté des déportés, le KZ de Flossenbürg reçoit des prisonniers particuliers.

Les Soviétiques

Un camp de prisonniers de guerre russes est établi à l'automne 1941 à l'intérieur même du KZ. 2 000 hommes sont enfermés dans les Blocks 11, 12 et 13, vidés de leurs déportés et entourés de barbelés. Ils reçoivent l'immatriculation des prisonniers de guerre. 300 d'entre eux périssent rapidement. À partir de l'été 1942, ils sont logés dans un camp séparé, constitué par 4 Blocks sans fenêtre. La mortalité est considérable. Ils seront transférés assez rapidement vers les KZ de Mauthausen, Neuengamme et Sachsenhausen.

Les détenus spéciaux

Des personnalités et des officiers jouissent à Flossenbürg d'un statut particulier. Ils portent des vêtements civils et ne sont pas immatriculés. Parmi eux:

• Le docteur Kurt Schuschnigg, ancien chancelier fédéral autrichien, avec sa femme Véra et sa fille de quatre ans qui l'avaient rejoint volontairement;
• Le docteur Schacht, ancien ministre des Finances d' A. Hitler;
• Le général de corps d'année Franz Halder, chef du haut état-major de Hitler jusqu'en 1942;
• Le général Thomas, conseiller économique de Keitel;
• Le prince Albert de Bavière, avec douze membres de sa famille;
• Le prince Philippe de Hesse, président du gouvernement du district de Hesse-Nassau;
• Josef Müller, résistant, qui fut après la guerre cofondateur de l' Union chrétienne sociale en Bavière;
• Gustav Calmins, sous-directeur des Finances de Lettonie;
• Hans Lundig, capitaine des Services spéciaux danois;
• Max J. Mikkelsen, danois, lieutenant de l'armée anglaise, arrêté pour espionnage;
• Jörgen Mogensen, vice-consul danois à Dantzig;
• Armand Mottet, résistant gaulliste.

Il y a encore à Flossenbürg 7 officiers grecs, 19 officiers anglais, un certain nombre de personnalités dont un général de corps d'armée SS, soit en tout 55 détenus spéciaux.

Les conjurés du 20 juillet 1944

C'est le KZ de Flossenbürg qui reçoit les conjurés du complot qui, le 20 juillet 1944, avaient tenté de tuer Hitler, après que leur prison de Berlin a été bombardée. Aux côtés de l'amiral Canaris, ancien chef des Services de renseignements allemands, se trouvent incarcérés: le général de brigade Hans Oster, le juge aux armées docteur Karl Sack, le capitaine de l'Abwehr Ludvig Gehre, le pasteur Dietrich Bonhoeffer, le général von Rabenau et le capitaine de réserve docteur Strünck.
Le 8 avril se tient dans l'enceinte du KZ une cour martiale. Le commandant du camp Max Koegel remplit les fonctions d'assesseur, La cour martiale prononce la peine de mort pour haute trahison pour tous les accusés. Ils sont exécutés le matin du 9 février 1945.

Les condamnés

L'enquête de Toni Siegert révèle que le KZ de Flossenbürg a été choisi comme lieu secret d'exécutions par les SS. Son relatif éloignement du front convient aux nazis pour mettre à mort là, discrètement, leurs adversaires. C'est en avril 1944 que commence cette série d'exécutions qui va durer jusqu'à l'évacuation du camp. Vers la fin sont exécutées jusqu'à 90 personnes par jour dans la cour du Bunker. Il semble qu'entre avril 1944 et avril 1945 environ 1 500 condamnations à mort y ont été exécutées.

Trois catégories de victimes peuvent être distinguées :


D'abord, il s'agit de détenus du KZ et de ses kommandos mis a mort pour tentative d'évasion, pour sabotage dans les usines d'armement ou pour sanctionner des infractions à la discipline. De juin 1944 au 18 décembre 1944, 131 déportés ont été exécutés pour ces motifs.

La seconde catégorie, la plus nombreuse, est constituée par des hommes, des femmes et des enfants n'ayant jamais été détenus dans les KZ et qui sont transférés à Flossenbürg pour y être exécutés: travailleurs de l'Est, prisonniers de guerre, membres de la Wehrmacht et civils (pour lesquels existe en général un ordre d'exécution émanant du RSHA).

Le troisième groupe concerne les prisonniers de guerre alliés envoyés à Flossenbürg à partir de l'été 1944: le 12 juin 1944 un major canadien et un officier anglais sont fusillés, le 29 mars 1945 sont pendus 13 officiers alliés qui avaient été parachutés sur la Normandie au moment du débarquement, etc.

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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Mer 6 Juin - 2:50


Les camps secondaires ou annexes dependant de Flossenburg




LES KOMMANDOS EXTÉRIEURS

Liste des kommandos

Altenhammer - Annaberg - Ansbach - Aue - Bayreuth - Beneschau - Bozicany - Brüx - Chemnitz - Dresden - Eisenberg - Erbendorf - Falkenau - Flöha - Forrenbach - Freiberg - Ganacker - Giebelstadt - Grafenreuth - Graslitz - Gröditz - Gundelsdorf - Hainichen - Happurg - Heidenau - Helmbrechts - Hersbruck - Hertine - Hof - Hohenstein Ernstthal - Holleischen - Holyson - Hradischko - Hubmersberg Hohenstadt - Janowitz - Jezeri - Johanngeorgenstadt - Jungfern Breschan - Kaaden Kadan - Kamenicky Senow - Kirchham - Knellendorf - Koningstein - Krondorf - Leitmeritz - Lengenfeld - Lobositz - Mehltheuer - Meissen - Mittweida - Moickethal Zatschke - Moschendorf - Mülsen- St. Michel - Munchberg - Neu Rohlau - Nossen - Nürnberg - Obertraubling - Oederan - Olbramowitz - Pilsen - Plattling - Plauen - Pocking - Porschdorf - Poschetzau - Pottenstein - Praha - Rathen - Rathmanndorf - Rabstein - Regensburg - Reuth - Rochlitz - Saal Donau - Schlackenwerth - Schönheide - Seifhennersdorf - Siegmar Schönau - Stein Schönau - St. Georgenthal - St. Oetzen - Stulln - Theresienstadt - Venusberg - Wilischthal - Witten Annen - Wolkenburg - Würzburg - Zatschke - Zschachwitz - Zschopau - Zwickau - Zwodau.

À partir du printemps 1942, dans le cadre de l'intensification de la production de guerre, le nombre des kommandos se multiplie à l'extérieur du KZ. Ils sont appelés " kommandos extérieurs ", " camps extérieurs " ou " camps annexes ", mais tous dépendent administrativement du KZ de Flossenbürg. Le premier est installé en février 1942 à Stulln pour l'exploitation de la fluorine, importante pour l'armement. Puis un immense réseau de kommandos extérieurs se développe. Ils seront 6 en 1942, 17 en 1943, 75 en 1944, 92 en 1945. Leur taille est très variable, allant de quelques déportés employés dans une boulangerie par exemple à 6 000 détenus. Ils s'implantent souvent loin de Flossenbürg, en Bavière, Saxe, Tchécoslovaquie, Haut-Palatinat, Thuringe. Les SS louent les déportés aux entreprises. Ils en retirent des profits considérables: 3,7 millions de Reichsmarks en décembre 1944, plus de 10 millions de Reichsmarks pour toute l'année 1944.

Dans ces kommandos extérieurs sont parfois affectés des détenus provenant d'autres KZ, notamment des femmes du KZ de Ravensbrück. Des kommandos de plus de 1 000 déportés sont ainsi créés en Bavière du Nord, à Saal sur le Danube (creusement d'une usine souterraine d'armement), à Helmbrecht dans l'Oberpfalz, à Freiberg, Venusberg, Zwodau, Flöha, Heidenau et Brüx en Tchécoslovaquie. Les plus grands et les plus sinistres de ces kommandos extérieurs sont ceux de Hersbrück et de Leitmeritz. Chacun emploie plus de 6 000 déportés, surtout juifs originaires de Hongrie, affectés à l'installation de tunnels et à la fabrication souterraine d'armement lourd (notamment des blocs-moteurs, des pièces de chars, des éléments pour les V1 et les V2). Ces deux camps sont qualifiés dans un rapport d'enquête américain d' " usines de la mort ". Près de 6 000 détenus y périrent d'épuisement, de typhus ou à la suite d'accidents dans la mine.

Jusqu'en 1945, les morts du KZ sont incinérés dans le crématoire du cimetière ouest de Nuremberg. Devant l'afflux de cadavres, on commence alors à les brûler dans la forêt et dans des carrières à Schupf et à Hubmersberg. Le pasteur protestant Hans Friedrich Lenz a écrit dans son journal secret:

« Le premier bûcher a été allumé le 26 novembre près de Schupf. 190 morts nus sur des rails, du bois en travers et de l'huile sur un grand trou dans la terre... Au bûcher suivant, les 160 morts ne purent être brûlés qu'avec de grandes difficultés en raison de l'humidité. Une remorque pleine de cadavres nus s'est détachée dans la montée, s'est renversée et les morts ont été projetés sur la route. Troisième incinération dans la forêt: 150 déportés; tous les morts sont affreusement amochés. »

LA FIN

La résistance et la répression

Il n'y a pas eu de structure de résistance à Flossenbürg, sans doute parce que les kapos verts quadrillaient et surveillaient très étroitement les détenus du camp et des kommandos. Pourtant des sabotages individuels se produisent, surtout dans les usines de matériel de guerre. Ainsi il est prouvé que des ingénieurs et des techniciens français de l'usine de pièces détachées d'aviation de Flöha ont fabriqué sciemment des pièces défectueuses. Mal rivetées, certaines de ces pièces devaient céder au cours des efforts imposés aux avions par un combat aérien. Dans la nuit du 1er au 2 mai 1944, un soulèvement éclate dans le kommando de Mülsen-Sankt Micheln en Saxe. Des Russes incendient un bâtiment et massacrent les kapos polonais. Mais aucun ne parvient à s'enfuir et la répression est terrible: 195 détenus sont tués sur place; 40 meneurs sont transférés à Flossenbürg, jugés et exécutés.






L'évacuation

• Samedi 14 avril 1945. La direction du camp établit pour la dernière fois l'effectif du KZ et des kommandos: 45 813 détenus, dont 16 000 femmes.

• Dimanche 15 avril: un convoi d'automobiles transporte les détenus spéciaux vers le KZ de Dachau.

• Lundi 16 avril: 1 700 déportés juifs sont évacués par trains. Puis les SS se retirent du camp, pris en charge par le Lagerälteste Anton Uhl. Les déportés étendent des étoffes blanches sur les toits des Blocks à l'intention des avions américains qui survolent le KZ à basse altitude. Les SS reviennent dans la nuit.

• Jeudi 19 avril: le troisième convoi de déportés quitte le KZ à pied en direction du camp de Dachau. Ils n'y arriveront jamais et la plupart d'entre eux seront libérés par les Alliés en Haute-Bavière.

• Vendredi 20 avril: une monographie remise par M. Robert Déneri, secrétaire général de l'Association des déportés et familles de disparus du camp de Flossenbürg et de ses kommandos, précise qu'il y a alors dans le camp central 9 135 déportés présents lors du dernier appel, ainsi que 1 527 malades dans le Revier. Arrivent peu après environ 7 000 déportés du KZ de Buchenwald.

Le même jour 14 790 détenus quittent le KZ en quatre colonnes: trois de 4 000 déportés et une de 2 600 personnes environ. Une seule de ces colonnes, commandée par l'Obersturmführer Pachen, atteint Dachau. Sur les 4 000 évacués, 2 654 survivent. Les trois autres colonnes font de longs détours, mais il semble que toutes atteignent Wetterfeld. L'évacuation du camp central a coûté au moins 7 000 morts.

La " marche de la mort " de ces colonnes s'accompagne de nouveaux massacres. Toni Siegert écrit:

« C'est dans les premiers villages près de Flossenbürg qu'il y a eu les premiers morts: à Neuenhammer, Dimpfl et Pleystein. À partir de là, une trace sanglante marqua les chemins de cette marche depuis l'Oberpfalz à travers toute la Basse et Haute-Bavière. Au deuxième jour de la marche, le 21, Koegel ordonna de ne plus tirer dans la tête, mais dans le cœur. Par mesure de prévoyance, un petit détachement équipé de pelles marchait derrière chaque colonne de déportés. Ce kommando d'inhumation devait enfouir sommairement les cadavres. »

H. Margraff confirme:

« C'était le matin du 22 avril. Beaucoup ne pouvaient plus se lever de l'emplacement du bivouac. Et je vis à cet endroit que les sentinelles SS passaient derrière tous ceux qui ne pouvaient plus se lever et leur tiraient une balle dans la tête. Cela donna le dernier courage aux autres, de se lever et de continuer à marcher. »

• Lundi 23 avril: à 10 h 30, le camp est libéré par les soldats du 538e régiment de la 90e division d'infanterie américaine. Il reste à ce moment 1 526 malades dans le KZ, dont 186 atteints du typhus, 98 tuberculeux, 2 souffrant de diphtérie. 146 mourront peu après.


Conclusion

Établir le nombre des déportés et des victimes est aussi difficile que pour les KZ précédents et pour les mêmes raisons. Pour le Service international de recherches d'Arolsen, au moins 96 716 personnes ont été formellement enregistrées comme détenus du KZ de Flossenbürg et de ses kommandos. Parmi eux, 16 060 femmes. Ne sont pas compris dans ces chiffres les 2 000 prisonniers de guerre russes qui arrivèrent à Flossenbürg en 1941, ni les déportés provenant des KZ de Dachau et de Buchenwald arrivés pendant les cinq derniers jours où il n'y avait plus de comptabilité, ni les détenus spéciaux, soit probablement plus de 2 000 personnes en plus des Soviétiques. Ainsi plus de 100 000 déportés passèrent par Flossenbürg ou ses kommandos. Parmi eux, des Français aux noms connus comme le poète Robert Desnos, Georges Thierry d'Argenlieu (neveu de l'amiral), Jacques Michelin (neveu de l'industriel), R. Boulloche (qui devait devenir ministre de l' Éducation nationale ...).

Officiellement, 73 296 d'entre eux devaient y trouver la mort, dont 4 371 Français: ces chiffres sont gravés sur le monument édifié à l'emplacement du KZ et qui a la forme symbolique d'une cheminée de crématoire. Les tribunaux militaires américains ont condamné à mort 25 des tortionnaires. 7 ont été pendus.



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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Mer 6 Juin - 2:55

Vue du chateau,Flossenburg en 1930




En 1945 a la liberation





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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Jeu 7 Juin - 2:20


Le camp en 1940




Tour de guet





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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Sam 9 Juin - 1:40


Flossenburg memorial




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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 11 Juin - 2:08


MAUTHAUSEN

Mauthausen, c'est pour les déportés
les 186 marches de la carrière de granit.



C'est aussi le seul camp dans la catégorie 3 dans la classification de Heydrich, catégorie réservée aux détenus devant subir le traitement le plus rigoureux.

LE KZ DE MAUTHAUSEN

Le site

Mauthausen est, à cette époque, une petite ville paisible, entourée de douces collines, blottie sur la rive gauche du Danube au courant d'autant plus rapide qu'il vient de recevoir les eaux de l'Enns, l'une des plus puissantes rivières alpines. Elle est située à 25 kilomètres en aval de Linz et à 145 kilomètres à l'ouest de Vienne, la ville-capitale. À l'horizon: les Alpes et la forêt de Bohême. Au nord commencent les vastes et giboyeuses forêts du Mühlviertel.

Le KZ, construit sur une colline dominant le Danube, à 3 kilomètres de la ville, a l'aspect d'une forteresse impressionnante, avec ses murs de granit, ses tours de guet avec meurtrières, ses chemins de ronde, son entrée imposante surmontée d'un grand aigle de bronze à croix gammée. Le RP Riquet évoque ainsi le KZ :

« Mauthausen, charmant village accoté à la montagne, les pieds baignant dans le Danube, fraîche et parfumée comme l'Alpe tyrolienne qui barre là-bas l'horizon. Ses collines verdoyantes, les pins noirs abritant les maisonnettes blanches et roses, dans le lointain la crête neigeuse et les glaciers des Alpes sur lesquelles se détache mystérieuse, la Creta Dormiente, quel décor d'opérette viennoise!... À la pointe du promontoire sur lequel s'étend le Revier, là même où la vue embrasse, émerveillée, la splendeur de ces couchants qui rendent incandescent le Danube et bigarrent le ciel de toutes les nuances de l'or et de la pourpre, on voit chaque jour s'entasser les plus tristes cadavres, squelettiques, les yeux béants, la bouche tordue... »

C'est là que se trouve la plus grande carrière de granit d'Autriche. Elle appartenait naguère à la ville de Vienne, d'où son nom de Wienergraben. Elle avait fourni les blocs utilisés pour la construction des rues, des ports et de nombreux édifices de Vienne et de beaucoup de cités de l'Europe centrale. Après l'Anschluss, les SS en sont devenus propriétaires. L'exploitation en est facile grâce au Danube et aux voies ferrées.


Entree du camp





LE KZ

Au début de 1938, un kommando du KZ de Dachau composé de criminels de droit commun arrive pour travailler dans la carrière. Peu après, Himmler décide de créer un KZ sur la colline dominant cette carrière, pour l'exploiter grâce à la main-d'œuvre des déportés. La construction commence avec ces prisonniers: d'abord des Allemands adversaires des nazis, puis des Autrichiens et des Tchèques des pays envahis, puis des Polonais après leur défaite, puis des républicains espagnols au début de 1941, puis des Soviétiques prisonniers de guerre et civils après l'invasion de l'URSS et des déportés provenant de tous les pays asservis.

Le plan du KZ est semblable à celui des autres camps: les baraques, vingt-cinq Blocks disposés du nord au sud par rangées de cinq, font face à la place d'appel. Ces Blocks destinés aux détenus sont en bois et mesurent environ 50 mètres sur 7, comprenant un dortoir, une pièce commune et une petite pièce d'eau. Les bâtiments affectés aux sous-officiers SS et aux bureaux, placés perpendiculairement à la place d'appel, sont de même type. Ils sont toutefois revêtus à l'intérieur d'Isorel et chauffés. Le Bunker est construit en pierre, à partir du 8 octobre 1941. Dans ses caves sont aménagés le four crématoire et les salles d'exécution. C'est en pierre également que sont construits la Kommandantur (à partir du 5 février 1942), ainsi que les casernements, les bureaux des SS et une solide enceinte supportant huits rangs de barbelés électrifiés. Ce mur ne sera d'ailleurs pas achevé, la partie non terminée étant interdite par des barbelés électrifiés de 3 mètres de haut. À part se trouvent les ateliers et, à partir de 1943, le camp des malades.

Devant l'afflux de prisonniers, de nouveaux baraquements sont aménagés à partir d'août 1944, ainsi qu'un camp supplémentaire de seize grandes tentes. Le KZ couvre alors une superficie de près de 100 hectares, les deux tiers constituant le camp proprement dit, le reste étant occupé par les carrières. Quant aux officiers SS, ils habitent avec leur famille dans de jolies villas proches du camp.

Mauthausen est un KZ de la catégorie 3, la plus dure. Ainsi pour l'année 1943, 7 058 de ses détenus périssent sur un total de 15 000 (soit 58 %), alors qu'à Dachau, avec 2 700 décès sur 7 500 prisonniers, la mortalité n'est que de 36 %, de 19 % à Buchenwald (1 522 sur 7 730) et de 16 % à Sachsenhausen (1 816 sur 11 111). Il convient de préciser que Mauthausen perdra ce triste record à partir de 1942, plusieurs autres KZ connaissant, alors, des régimes aussi meurtriers.
C'est à Mauthausen que sont envoyés, à partir de la fin de 1943, la plus grande partie des déportés NN, ceux qui devaient disparaître dans la nuit des camps.

L'administration

L'effectif de la garnison ne va cesser de croître: 917 hommes à la fin de 1941, 1 282 en décembre 1942, 2 167 en décembre 1943, 5 812 en décembre 1944. À l'origine, les gardiens sont des SS appartenant à la division Totenkopf. À partir de 1944, ils sont partiellement relevés par des soldats de la Luftwaffe et du Volksturm. Le personnel SS des services centraux compte 260 hommes à la fin de 1944. À cette date, le commandant du KZ est Franz Ziereis qui, arrivé en 1939 avec le grade de capitaine, restera en fonction jusqu'à la fin avec le grade de colonel.

SÉVICES ET MASSACRES

L'arrivée à Mauthausen

L'accueil à Mauthausen est semblable à celui réservé aux déportés dans les autres KZ. C'est ce qu'indique Michel de Bouard qui y arrive comme NN :

« L'entrée au KZ donnait lieu aux formalités que maint récit a déjà fait connaître: dépouillement des vêtements et de tous objets personnels, y compris les bagues; on gardait seulement la ceinture tenant le pantalon. Puis c'est la douche, dans une vaste salle carrelée, aménagée sous la blanchisserie; après quoi le corps est entièrement rasé au rasoir et enduit d'un liquide insecticide; enfin chaque nouveau reçoit une chemise et un caleçon, à petites raies violettes et blanches, du type utilisé dans les prisons du Reich, et deux sandales à semelles de bois (qui font rarement la paire). C'est alors l'entrée en quarantaine (Blocks 13 à 19 jusqu'à l'été 1944; Blocks 16 à 25 et camp 3 depuis lors), où l'on dort, serrés et tête-bêche comme sardines en boîtes, sur des paillasses à même le plancher, où un trou rectangulaire ouvert dans la cour du Block tient lieu de WC (ceux-ci existent, mais l'accès en est interdit); où pleuvent, à longueur de journée, brimades et brutalités; où l'on attend le départ pour un kommando de travail. »






Travail et vie quotidienne

Les kommandos d'entretien sont les mêmes que dans les autres KZ. Un seul kommando industriel existe à Mauthausen: la petite usine Messerschmitt construite en 1943 dans la carrière. Cette fabrique de tresses (bretelles pour armes, bandes de mitrailleuses) a surtout pour objet d'occuper à un travail léger quelques internés âgés ou impotents. Ils seraient exterminés comme inutiles dans d'autres KZ. Le principal kommando est celui de la carrière. Elle est entourée de barbelés et de miradors. Chaque jour, des milliers d'hommes y descendent pour y extraire des blocs de granit. Le travail est aussi pénible que celui qui a été décrit à Gross-Rosen. Pour commencer, il a fallu transporter des milliers et des milliers de blocs de granit pour construire les bâtiments en pierre et l'enceinte du camp. Les 186 marches conduisant du camp à la carrière aggravent le calvaire des déportés. Chaque matin, il faut descendre ces 186 marches, au pas de course, sous les coups des SS placés tout au long. Le soir, la remontée des 186 marches s'effectue par groupes de cinq, le plus souvent avec une pierre sur le dos. Celui qui tombe est aussitôt abattu par les SS ou précipité du haut de la carrière.

Michel de Bouard décrit la vie quotidienne à Mauthausen:

« La plupart des kommandos sortaient ensemble, le matin à 7 heures, du camp intérieur. Avant de franchir la porte, chaque kapo annonçait à haute voix à l'Arbeitsdienstführer Trum, debout devant un pupitre, le nom et l'effectif de son kommando. De même au retour du travail, soit à midi, soit le soir à 6 heures: si le lieu de travail n'était pas tout proche de l'enceinte intérieure, les détenus y recevaient la soupe à midi; dans le cas contraire, ils revenaient la prendre à leur Block.
L'appel général du soir terminait la journée de travail. Cet appel, dont la durée interminable faisait dans certains camps une épuisante épreuve, était à Mauthausen assez bref. Après quoi l'on distribuait dans chaque Block la ration du soir et les détenus pouvaient circuler dans le camp jusqu'au couvre-feu. Mais si les surveillants étaient de méchante humeur (incident au camp, mauvaises nouvelles du front, etc.), à la sonnerie du couvre-feu était substitué, sans préavis, un lâcher de chiens, c'était alors un sauve-qui-peut vers les Blocks, au milieu des aboiements et des hurlements des traînards que les bêtes happaient. Le dimanche, la plupart des kommandos ne travaillaient pas. Ce Jour-Là, le camp était méconnaissable.
La célèbre tenue rayée n'était guère portée que par les hommes envoyés en kommandos extérieurs. À Mauthausen même, on portait des vêtements civils, fournis par le magasin d'habillement: c'étaient les effets enlevés aux détenus lors de leur entrée au camp.
Le régime alimentaire du KZ était sensiblement plus mauvais que celui des autres camps. Le matin, un quart de litre d'ersatz de thé non sucré. À midi, trois quarts de litre, environ, de soupe aux rutabagas, aux choux sûris, aux feuilles de betterave, aux légumes déshydratés. Les rapports de l'intendance du camp font mention de stocks de pommes de terre, à l'usage des détenus; or, d'avril 1944 à mai 1945, la soupe des prisonniers n'en a contenu que pendant quelques jours (fin de décembre 1944 à début janvier 1945): c'étaient des tubercules gelés; les bouteillons contenant cette soupe empestaient à 20 mètres. Le soir, un morceau de pain avec un tranche de saucisson (30 grammes environ); le mercredi, un petit morceau de margarine en supplément, le samedi, un étrange produit qu'on appelait fromage: il arrivait en poudre blanche, à laquelle on ajoutait de l'eau; chacun en recevait le contenu d'une cuillère à soupe. La ration de pain était encore, à l'été de 1944, de 400 grammes (certains jours 600 grammes); elle ne cessa de diminuer depuis lors, pour tomber en mars-avril 1945 à 200 puis 150 grammes. C'était du pain noir, de qualité sans cesse décroissante. »

Atrocités

Tous les témoignages d'anciens détenus de Mauthausen indiquent qu'atrocités et exécutions étaient permanentes. Celui de Michel de Bouard donne quelques exemples:

« La seule punition prévue par les règlements était la bastonnade: 25, 50 ou 75 coups. Inutile de dire qu'on résistait rarement à plus de 50 coups. Beaucoup succombaient même avant.
En marge de ce règlement, la plupart des SS se permettaient n'importe quelles brutalités. Certains d'entre eux étaient manifestement des sadiques. Tel Müller: au cours d'un interrogatoire, il bat jusqu'au sang un détenu, et lui annonce qu'il sera exécuté le lendemain. Puis, apprenant que l'homme est de son métier chanteur à Vienne, il le fait chanter pendant une heure. Repris après une tentative d'évasion, un Russe est mis " à la tour ", c'est-à-dire enchaîné au mur, près de la porte d'entrée. Au début de la nuit arrive le Rapportführer Riegeler, qui frappe le malheureux et le jette à terre; puis il prend sa canne et lui crève les yeux, lui écrase les côtes à coups de talon, lui transperce la gorge avec sa canne qui sort par la nuque; le sang étouffe les cris de l'homme qui vit toujours. Alors Riegeler l'achève d'un coup de revolver. Les atrocités de ce genre étaient monnaie courante au KZ. La carrière en était souvent le théâtre. Les gens que l'on ne voulait pas exécuter officiellement y étaient envoyés. Là ils succombaient sous le poids d'énormes blocs de granit et sous les coups du kapo Pelzer et des SS; ou bien on les poussait à coups de trique vers les barbelés: une sentinelle tirait alors d'un mirador et abattait le détenu. »

Michel de Bouard cite encore un exemple, qu'il a vécu lui-même :

« Vers la mi-décembre 1944, les bâtiments du Revier furent désinfectés au gaz Zyklon B; chacun d'eux fut évacué durant deux jours et son effectif entassé dans un autre Block. L'opération finie, nous dûmes revenir, complètement nus, dans la neige, par une température voisine de moins 10°C; avant de réintégrer notre baraque, on nous badigeonna le corps avec un insecticide très corrosif, puis nous passâmes sous un jet d'eau glacée; il fallut alors, tels quels, sans pouvoir nous sécher, regagner nos paillasses. Inutile de dire que, cette fois encore, les victimes furent nombreuses. »

Le Revier était d'ailleurs redouté comme le rapporte Raymond Labram :

« Si dur que fût notre travail journalier, nous nous y cramponnions néanmoins avec l'énergie du désespoir, par crainte de l'infirmerie considérée par tous comme l'antichambre de la mort. Bien rares en effet les camarades qu'on en voyait ressortir. Par bonheur, il était très difficile d'y être admis: parmi les fiévreux, seuls les détenus qui avaient une température supérieure à 40 degrés étaient reconnus malades et ne tardaient généralement pas à mourir. Les malades de ma catégorie, atteints de phlegmons ou d'ulcères, étaient opérés à l'aide de ciseaux faute de bistouris, sans anesthésie locale, par des détenus polonais, allemands ou slovaques, charpentiers ou maçons de leur métier, transformés pour la circonstance en infirmiers. Mais c'était dans la catégorie des dysentériques que la mortalité atteignait les chiffres les plus élevés. La soupe liquide qu'on leur distribuait, comme à tous les autres détenus, sans tenir compte de leur état, achevait de les vider de leur substance, et ces malades, trop faibles pour se lever et complètement négligés par les infirmiers, vivaient au milieu de la vermine et des odeurs les plus nauséabondes, leur linge et leurs couvertures souillés par leurs excréments . »



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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 11 Juin - 2:23


Exécutions

C'est en permanence que les exécutions ont lieu au KZ.

Exécution de malades

L'une d'elles est rapportée par Michel de Bouard :

« Dans la nuit du 17 au 18 février 1945, 400 malades arrivés la veille avec un gros convoi évacué de Sachsenhausen furent laissés nus, par un froid de moins 10°C, sur l'Appellplatz, puis aspergés d'eau froide, la cadence des morts n'étant pas assez rapide, trois SS armés de gourdins, puis de haches, entreprirent un massacre auquel échappèrent une trentaine d'hommes seulement. Les cadavres furent aussitôt apportés au crématoire et les morts enregistrées comme naturelles. »

Exécution de 72 Yougoslaves

« Avril. Le mois de notre arrivée. Nous venons de remonter de la carrière et nous sommes rassemblés dans la cour, pour l'appel du samedi. Dans l'allée qui nous fait face, derrière les barbelés, un groupe d'officiers s'avance. L'un deux est à cheval. Les SS fument des cigares et passent sans nous regarder. Nous les voyons tourner vers la gauche, dans un chemin dont le Block nous cache la vue. Tout à coup, un feu de salve crépite derrière les bâtiments. Il est suivi quelques instants après d'un coup sec. Je crois comprendre. Une dernière salve se fait entendre, suivi d'un autre coup sec, puis d'autres encore. Les salves se succèdent à n'en plus finir, avec toujours ce même coup sec. Les hommes, y compris le chef de Block, paraissent pétrifiés. Enfin la fusillade s'arrête. Un bruit de bottes martèle le sol en cadence. En regardant de côté, nous voyons passer douze soldats et leur chef de section. Le groupe des officiers repasse devant nous avec la même insolence. C'est fini. Dans le camp, la dislocation se fait à grand bruit. C'est alors que débouche au détour du chemin une petite charrette dont les roues mal graissées font un bruit qui vous crispe les oreilles. Aux brancards deux hommes sont attelés. Ils ont le torse nu, le crâne rasé, portent un grand tablier de caoutchouc tout taché de sang. Leurs mains sont toutes rouges. Sur le plateau, il y a des cadavres nus empilés les uns sur les autres en trois étages. Les membres et les têtes dégoulinants de sang pendent de chaque côté comme de la viande de boucherie. Le chariot s'arrête tout près de nous, devant le crématoire. Les conducteurs prennent alors les corps un par un et les balancent dans la cave. Le déchargement terminé, les deux hommes repartent vers la même direction. La charrette est passée douze fois devant nous, avec toujours un nouveau chargement de corps déchiquetés. »

Exécution de 87 juifs

« Un convoi de 87 juifs hollandais venait d'arriver au camp. Un matin, ils descendaient à la carrière et furent incorporés dans notre kommando. Mais avec eux étaient descendus un SS connu dans le camp sous le nom de la Demoiselle blonde et un kapo surnommé Hans le Tueur, spécialiste des exécutions de juifs. Tous deux entrèrent d'abord dans la petite baraque qui servait d'abri au kapo. Au bout d'une heure, ils sortirent en titubant de la baraque. Ils avaient ingurgité une forte dose d'éther que le SS venait de se procurer à l'infirmerie, peut-être pour se donner du courage. Tous deux tenaient un manche de pioche. Ils se dirigèrent vers les juifs. Et le matraquage commença. Je n'aurais jamais pu imaginer une scène aussi épouvantable. Les manches de pioche s'abattaient sur les crânes qui résonnaient comme des tambours, sur les os qui craquaient. Des cervelles jaillissaient; du sang ruisselait. Les juifs, affolés, travaillaient de toutes leurs forces, pensant que leur zèle pourrait leur épargner les coups. C'était bien inutile. Le plus extraordinaire était que les juifs, terrorisés par cette effroyable tuerie, ne criaient pas. Seuls les blessés râlaient. Leurs plaintes s'éteignaient sous les coups. L'effroyable spectacle continua jusqu'à 11 heures et demie. »

Opération Kugel

Le KZ de Mauthausen a reçu des déportés mis à mort dans le cadre des opérations SB et Kugel. Les prisonniers arrivant avec l'indicatif SB (Sonderbehandlung) subissaient le " traitement spécial ". Leur exécution suivait en général très rapidement. Michel de Bouard écrit que " la dénomination Kugel (balle) n'était en usage qu'à Mauthausen " (en fait, il semble qu'elle ait été plus étendue). L'action Kugel, ou action K, ordonnait que les officiers évadés et repris soient conduits à Mauthausen dans le plus grand secret. En fait ce n'était pas une balle qui attendait ces malheureux. Ils étaient enfermés au Block 20, laissés là presque sans nourriture et mouraient en général au bout de quelques semaines. Le Block 20 était isolé du camp par un mur élevé et flanqué de deux miradors dans lesquels deux mitrailleuses étaient pointées en permanence sur lui. L'effectif habituel du Block était, semble-t-il, de 1500 hommes environ. Le nombre quotidien des morts était rarement inférieur à 50. À la suite de la tentative d'évasion du 2 février 1945, les survivants du Block 20 furent tous exécutés.
Evelyn Le Chêne précise que 25 000 personnes environ ont été assassinées en application de la seule Kugel Aktion, dont 3 000 civils.

Exécutions individuelles

À Mauthausen, plusieurs méthodes sont utilisées pour procéder aux exécutions...
L'une des plus courantes est celle dite " de la toise ". Le condamné est amené par l'escalier se trouvant à côté du Bunker dans le corridor situé sous ce dernier. Là il est placé contre le mur et un curseur est abaissé sur sa tête comme pour mesurer sa taille. Derrière le mur de brique se trouve un SS muni d'un fusil spécial dont le canon s'enfonce dans un orifice caché dans le mur, exactement à la hauteur du cou du condamné. Une balle suffit.
La pendaison de prisonniers a lieu dans la même zone du camp. Le détenu descend par le même escalier et une fois dans le sous-sol, à un endroit précis, une corde lancée par un gardien forme immédiatement un nœud coulant autour de son cou. Dans les deux cas, le condamné n'a pas le temps de comprendre le sort qui va lui être réservé.

Chambres à gaz

Kogon (E.), Langbein (H.) et Rückerl (A.) considèrent que " parmi les camps de concentration qu'on peut qualifier de camps d'extermination au sens strict du terme, Mauthausen est un cas particulier : on y a tué par les gaz plus de détenus que dans les autres camps de concentration, que ce soit dans le camp principal, dans le camp annexe de Gusen ou dans un camion à gaz qui faisait la navette entre Mauthausen et Gusen ".

Mauthausen

C'est à l'automne 1941 qu'est construite la chambre à gaz du camp principal, dans la cave du Revier et près du crématoire. C'est une pièce de 3,8 mètres de long sur 3,5 mètres de large, équipée de la même façon que celles qui ont déjà été décrites. Le tribunal de Hagen, en Westphalie, a jugé le SS Martin Roth qui a dirigé le crématoire de mai 1940 à fin avril 1945. Il a avoué avoir pris part, entre mars 1942 et fin avril 1945, à l'assassinat au moyen du gaz Zyklon B de 1692 déportés.
Les attendus du jugement décrivent le processus de gazage :

« Les victimes avaient été conduites dans le vestiaire, où elles devaient se déshabiller, puis elles pénétraient dans la pièce voisine où se trouvaient plusieurs gradés SS revêtus de blouses blanches. Ceux-ci mettaient une spatule de bois dans la bouche des victimes, pour voir s'il y avait des dents en or. Si c'était le cas, le détenu était marqué d'une croix de couleur sur la poitrine ou sur le dos. Puis les victimes étaient menées dans la chambre à gaz carrelée, munie d'une installation de douches... À peu près quinze minutes après l'admission du gaz dans la chambre, l'accusé Roth constatait par le regard situé dans la porte qu'aucune des victimes ne bougeait plus, et mettait en marche le ventilateur qui aspirait le gaz par une cheminée et le renvoyait à l'extérieur. Puis Roth ouvrait les portes de la chambre à gaz, après avoir vérifié au moyen d'un papier de couleur préparé à cet effet qu'il ne s'y trouvait plus de gaz, et ordonnait aux détenus placés sous ses ordres de porter les cadavres à la morgue du crématorium. Avant la crémation, on coupait les longues chevelures des victimes féminines et des dentistes SS extrayaient les dents en or des victimes marquées d'une croix. »

La chambre à gaz du camp principal a fonctionné jusqu'à la veille de la libération. Un détenu tchèque a noté qu'entre le 21 et 25 avril 1945, 1441 personnes ont été gazées. Le dernier gazage a lieu le 28 avril. Dans les jours qui suivent, les SS font enlever les installations techniques afin de dissimuler la chambre à gaz aux Américains.
Sur la base des recherches effectuées par les tribunaux, qui n'ont pu s'appuyer que sur des documents incomplets car la mention " exécution par le gaz " figure rarement sur les registres, le total des personnes gazées a été évalué à 3 455, chiffre qui est donc inférieur à la réalité.



Gusen

Plusieurs gazages ont lieu dans le camp auxiliaire de Gusen, doté d'une installation similaire à celle du camp central. Ainsi 164 prisonniers de guerre soviétiques malades y sont gazés le 2 mars 1942 et 684 détenus inaptes au travail les 21 et 24 avril 1945. Il n'y a pas de renseignements sur les autres gazages pratiqués à Gusen.

Camion à gaz

L'exposé des motifs du procès de l'ancien détenu Josef Schoeps, qui a exercé de l'automne 1941 à l'automne 1942 les fonctions de Lagerälteste du camp de quarantaine (Blocks 16 à 20), et qui a été acquitté, relate:

« Tantôt le camion faisait la navette entre Mauthausen et Gusen : dans chacun des camps on y chargeait des détenus, pour la plupart invalides, et on déchargeait leurs corps à l'autre bout. Tantôt il circulait à l'intérieur du camp de Mauthausen jusqu'à ce qu'eût cessé de vivre son chargement humain, qu'il transportait ensuite au crématorium. C'était les SS, et en particulier le médecin du camp le docteur Kresbach, qui choisissaient les victimes. »

La mise à mort de prisonniers russes est confirmée par le Blockälteste du Block 17 Kammerer :

« On mena les prisonniers russes à Gusen dans la voiture à gaz et ils moururent asphyxiés au cours du trajet. Lors de cette opération, dont j'ai eu personnellement connaissance, on a tué plus de 100 Russes. »

Les auteurs du livre " les Chambres à gaz, secret d'État " concluent:

« De l'ensemble des mémoires et des indications données, il résulte qu'entre mars 1942 et le 28 avril 1945 les gazages ont fait à Mauthausen plus de 4 000 victimes. En premier lieu des citoyens soviétiques, mais aussi de nombreux Tchèques, Slovaques et Polonais, et, dans la dernière période des assassinats, principalement des membres de la résistance autrichienne, des Allemands, des Italiens, des Yougoslaves et des Français. »

Camp de Gusen





Hartheim

Le château de Hartheim, situé à 26 kilomètres à l'ouest de Mauthausen, construit en 1898, est un ancien asile d'aliénés. Il est aménagé par les nazis pour les personnes à " euthanasier " dans le cadre de l'opération 14f13. En août 1941, le KZ de Mauthausen y envoie un premier groupe de 26 détenus, immédiatement mis à mort. Au cours de son procès, l'employé SS Vincenz Nohel a évalué à 8 000 le nombre de déportés de Mauthausen et de Gusen gazés à Hartheim.





Expériences médicales

Toute une gamme d'expériences médicales ont été menées sur les déportés de Mauthausen et de Gusen. Elles comportaient l'essai de nouveaux vaccins et de nouvelles techniques d'alimentation forcée. Elles étaient supervisées par les médecins du camp; le docteur Kresbach, le docteur Richter, le docteur Ramsauer, le docteur Gross et le docteur Wolter (qui avait été précédemment à Dachau, où il avait choisi des prêtres pour ses expériences). Ils pratiquaient aussi des opérations arbitraires aussi bien sur les malades que sur les détenus bien portants, impliquant l'ablation de diverses parties du cerveau, de l'estomac, de la rate ou de l'intestin. Ces interventions avaient lieu dans la salle de dissection et les pièces anatomiques enlevées étaient mises en bouteilles et conservées.

Evelyn Le Chêne cite, d'après une source américaine, une expérience caractéristique:

« Un groupe de juifs néerlandais en bonne santé fut arrêté en été 1942 et conduit à Mauthausen. Quelques jours après leur arrivée, une vingtaine d'entre eux furent emmenés jusqu'à une usine située à environ trois heures de là. Ce bâtiment contenait plusieurs laboratoires et chambres à gaz. Chacune d'elles comportait trois parois de béton sans fenêtre. Le quatrième mur était en verre d'où des chimistes pouvaient observer ce qui se passait à l'intérieur de la chambre. Les juifs néerlandais et vingt sept autres hommes, tous nus, furent contraints de se soumettre à des expériences. On leur donna des masques à gaz pour la première, qui dura quinze minutes. Après les deux premières minutes, ils ressentirent un picotement intense sur la peau, suivi par une sensation de vive chaleur. Lorsqu'ils quittèrent la chambre à gaz, on prit leur température et on leur fit une prise de sang, après quoi, ils furent douchés avec une solution fortement chlorée. Ils n'éprouvèrent aucun effet fâcheux à la suite de cette première expérience.
Trois semaines plus tard, on les fit de nouveau pénétrer dans la chambre à gaz, dévêtus mais avec des masques à gaz. Ils éprouvèrent de nouveau une sensation de chaleur, mais elle fut suivie cette fois d'un froid intense. Quand ils quittèrent la chambre après quinze minutes, le médecin ne prit pas leur température, mais on leur fit prendre à nouveau un bain chloré. Trois jours plus tard, dix de ces hommes éprouvèrent de violentes irritations de la peau et eurent des plaies sur tout le corps. Une semaine plus tard, les autres durent retourner dans la chambre à gaz, cette fois sans masque. L'épreuve finale dura une demi heure. Après quelques minutes, les victimes furent prises de nausées et de vertiges. Ils perdirent connaissance. À la fin de l'expérience, les hommes furent retirés de la salle par des aides de laboratoire qui portaient des uniformes antigaz, des gants de caoutchouc, des souliers spéciaux et des masques à gaz. Les victimes saignaient du nez, de la bouche et des oreilles. On radiographia leur estomac et leurs poumons. Les vomissements et vertiges continuèrent pendant quatre jours, durant lesquels ils furent néanmoins obligés de recommencer de durs travaux. »

Du moins avaient-ils survécu...


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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 11 Juin - 2:32


RÉSISTANCE

Evasions

Les évasions du camp principal ont été extrêmement difficiles. Les tentatives ont été plus nombreuses dans les kommandos et les camps extérieurs et quelques-unes ont réussi, surtout vers la fin de la guerre. Ainsi des Français internés à Loiblpass près de Mauthausen peuvent s'évader le 17 septembre et le 7 octobre 1944 : des Autrichiens les hébergent et les mettent en relation avec des partisans slovènes qui les accueillent. Le 15 novembre 1944, l'Allemand Kaspar Bachl, travaillant lui aussi dans un camp annexe de Mauthausen, parvient à s'évader avec l'aide de sa femme; il est hébergé jusqu'à la fin de la guerre à Fuschl chez des antinazis.

La population n'a d'ailleurs pas toujours cette attitude. Par exemple le 5 avril 1942, trois Espagnols parviennent à s'évader de Vöcklabuck, kommando dépendant de Mauthausen, en grande partie grâce à l'aide d'une jeune fille qui leur procure des cisailles; arrivés dans la montagne, ils rencontrent un garde forestier qui tire sur eux sans avertissement et les blesse. La tentative la plus importante a lieu au camp central dans la nuit du 2 au 3 février 1945. Michel de Bouard raconte cette tragédie:

« Au début de février 1945, dans la nuit du 2 au 3, la révolte du Block 20 nous prouva qu'une action de force pouvait être efficace. Quelques jours plus tôt était arrivé dans cet enfer un groupe d'officiers soviétiques repris après une évasion. Ayant très vite compris qu'ils étaient voués à une mort très prochaine, ils décidèrent de tenter la gageure d'une évasion. En pleine nuit, à la date fixée, un commandement retentit: Alles raus ! Il arrivait souvent qu'un SS survint et fit sortir tout le monde dans la cour du Block pour une séance de brimades brutales. Nul ne s'étonna donc. En un clin d'œil, les conjurés étranglèrent le chef de Block et ses acolytes. Deux groupes attaquaient alors les deux miradors, aveuglant les sentinelles avec le jet d'extincteurs à mousse et s'emparaient des mitrailleuses. Pendant ce temps, d'autres jetaient des couvertures sur les barbelés électrifiés et, grâce à cet isolant, commençaient à franchir la redoutable clôture. Immédiatement, les autres miradors avaient ouvert le feu; nous fûmes éveillés par le crépitement des armes automatiques, le sifflement des balles qui rasaient le toit de nos Blocks et les cris des SS. Quatorze seulement des insurgés, sur quatre cents environ, furent tués au cours de l'opération. Les autres se dispersèrent dans la campagne où, pour se procurer des armes, ils attaquèrent un poste de défense antiaérienne.
Aussitôt commença la chasse à l'homme. Tous les SS furent lancés, et tous les chiens, à travers la région. Le lendemain, les kommandos de travail ne purent sortir du camp intérieur, faute de sentinelles pour les accompagner. Pendant deux jours, nous vîmes ramener des cadavres défigurés; souvent, ils étaient traînés au bout d'une corde attachée aux pieds. Nous en comptâmes plus de trois cents. Mais il semble que quelques-uns des évadés aient pu gagner la montagne. Les hommes demeurés au Block 20 furent exterminés le lendemain matin et le Block désaffecté. »

Finalement, dix-sept fugitifs seulement ne furent pas retrouvés.

Résistance

Chroniquement sous-alimentés, épuisés par les travaux et les coups, vivant dans la crainte permanente de nouvelles épreuves, les réactions des déportés sont diverses. Certains se replient sur eux-mêmes, ne cherchant un réconfort qu'auprès de quelques amis. Beaucoup oscillent entre le pessimisme et la dépression. D'autres recherchent des raisons d'espérer et croient qu'un débarquement allié va se produire incessamment. Pour beaucoup, qui avaient assumé d'importantes responsabilités dans la Résistance, un ressort semble brisé; ils acceptent passivement leur condition, n'attendent le salut que du dehors. À quelques brillantes exceptions près, c'est une attitude fréquente chez des hommes issus de la bourgeoisie d'affaires, les intellectuels, les militaires, etc., qui supportent difficilement l'écrasant travail physique.

Les ouvriers, souvent communistes, se tournent, eux, souvent vers l'action collective. Un mouvement clandestin s'organise mais reste rudimentaire jusqu'en 1943, avec des hommes comme les Autrichiens Josef Kohl, Léo Gabler, les Tchèques Luft et Hofman. Seul, le " collectif " espagnol est plus structuré. Mais à partir de 1943, l'arrivée de nombreux communistes français et surtout la conquête de la Schreibstube par les rouges, qui chassent les verts, donnent à la résistance une impulsion décisive.

Au printemps 1944, un Comité international est mis en place avec les Autrichiens Kohl, Marsalek et Mayer assistés du Tchèque Arthur London, qui avait émigré en France où il avait été arrêté. Au mois d'août, ce Comité est élargi avec l'arrivée du Français Octave Rabaté, de l'Espagnol Manuel Rasola et du Tchèque Hofman. Ils sont rejoints en février 1945 par Franz Dahlem, le major soviétique Pirogov, le socialiste polonais Cyrankiewicz, l'Autrichien Heinz Durmayer et l'Italien Giulino Pajetta. Ce Comité international se propose de mener à bien l'organisation de sections nationales, d'élaborer une action de solidarité, de mettre sur pied de petites unités de combat et de tenter, par l'intermédiaire des kommandos extérieurs, de prendre contact avec la population.
Il existe notamment une organisation clandestine polonaise importante, dirigée par d'anciens officiers antisémites et anticommunistes.

« Dès les premières semaines de l'été 1944, un gros effort fut tenté par les groupes communistes pour convaincre, dans chaque collectif national, les non-communistes de s'organiser, écrit Michel de Bouard, acteur de cette résistance. Les premiers, je crois, les Français répondirent à cet appel; à la demande de trois dirigeants du groupe communiste français, je constituai un comité de direction élargi, comprenant Georges Savourey, le docteur Fichez, moi-même et Jean Guillon qui devait assurer la liaison avec l'organisation communiste. Les Autrichiens, les Tchèques formèrent, dans les mois qui suivirent, des comités analogues. Chez les Autrichiens, les dirigeants en étaient, avec Hans Marsalek, le docteur Soswinsky et le colonel Codré. Grâce à une active collaboration entre ces divers organismes, poursuit-il, une efficace action de solidarité put être menée. Des vêtements furent sortis en cachette du magasin d'habillement, des vivres, des médicaments de l'infirmerie des SS; ainsi furent sauvées bien des vies et préservées des forces en vue de l'éventuel combat final. Le mouvement de résistance des Häftlinge réussit même à prendre contact avec deux détenus du Bunker et savoir ce qui se passait à l'intérieur de cette redoutable prison. »

Le succès du débarquement allié et l'avance de l'armée Rouge donnent du courage à ces résistants. Comme dans les autres KZ, ils s'organisent pour faire face à un éventuel ordre chargeant les SS de détruire les camps et leurs occupants avant leur libération.

LES KOMMANDOS

Les kommandos de Mauthausen sont essentiellement destinés à la production de matériel de guerre. Ils rayonnent à travers toute l'Autriche. Certains comptent moins de 100 déportés, d'autres en ont plus de 10 000, comme Ebensee, Gusen et Melk.

Liste des kommandos

Aflenz - Amstetten - Bachmanning - Bretstein - Dippoldsau - Ebensee - Eisenerz - Enns - Florisdorf - Grein - Grossramming - Gunskirchen - Gusen I, II (St. Georgen), III (Lungitz) - Hinterbrühl - Hirtenberg - Klagenfurt - Leibnitz - Lenzing - Lind - Linz I, II, III (Kleinmünchen), (Ebelsberg) - Loibl-Pass Nord - Loibl- Pass Süd - Melk - Mittersill - Passau I - Waldwerke - Passau II - Peggau - Redl-Zipf (also known as Schlier) - St. Agyd - St. Lambrecht - St. Valentin - Steyr - Ternberg - Wels - Wien Afa-Werke - Wien Saurer-Werke - Wien Schönbrunn - Wiener Neudorf - Wiener Neustadt - Wien-Schwechat - Vöcklabrück (Wagrain).



Ebensee

Mis en place à l'automne 1943 près de Traunsee, dans la région montagneuse et boisée du Salzkammergut, le kommando d' Ebensee est relativement à l'abri des attaques aériennes. Son objet est de fournir la main-d'œuvre nécessaire à la construction d'énormes galeries souterraines, pour les ateliers d'armement. Douze usines sont prévues, longues de 400 mètres chacune et reliées entre elles par une galerie de circulation. Les déportés travaillent sous la surveillance d'ingénieurs civils employés par des firmes allemandes de construction : Siemens-Bau-Union, Siemens-Schuckert, Grossdeutscher, Schachtbau, Hinteregger und Fischer, Holzmann, Polensky, Deutscher Bergbau, Hermann Goering-Nibelungen-Werke et Solvay-Werke.


Camp





Les premiers déportés arrivent au camp le 18 novembre 1943. L'installation s'effectue dans des conditions extrêmement pénibles rapportées par Evelyn Le Chêne :

« L'emplacement choisi pour les baraquements était un site extrêmement boisé, où la couche de neige atteignait près de 1,50 mètre de haut. La neige ou la pluie tombait sans arrêt. Les détenus travaillaient douze heures d'affilée dans des vêtements totalement inadéquats. Ils portaient des socques de bois à empeigne de toile, auxquels la neige adhérait à chaque pas, de sorte que la marche devenait presque impossible. Ces chaussures inappropriées constituaient une torture permanente pour ceux qui les portaient. Le bois se fendait de plus en plus profondément, jusqu'à ne plus être retenu que par son empeigne de toile. Lorsque les socques tombaient complètement en pièces, les détenus devaient marcher pieds nus. Il en découlait souvent des abcès et des infections. Il n'existait aucune installation pour laver les quelques vêtements qu'ils possédaient et ils n'en avaient pas de rechange, si mouillés qu'ils fassent. En une seule occasion, en décembre 1944, les internés reçurent un minuscule morceau de savon, et un bain chaud, et ils purent changer de chemise et de caleçon. »

Le travail principal est le creusement des galeries, poursuivi vingt-quatre heures sur vingt-quatre en trois équipes de huit heures, avec des pioches et des masses, à côté de machines puissantes. Les parois, le plafond et le sol du souterrain sont cimentés au fur et à mesure que le chantier progresse. Dès qu'un tronçon est terminé, on y installe des machines destinées à la fabrication de pièces pour l'aviation, les V1 et les V2. Un autre souterrain constitue un gigantesque entrepôt de carburant.
La ration alimentaire est plus réduite à Ebensee que dans les autres kommandos de Mauthausen. Elle se compose, par jour, de 150 grammes de pain et de 3/4 de litre de soupe souvent faite avec de l'herbe. Les déportés mangent dans une gamelle commune pour cinq hommes. Pendant les derniers mois, les détenus n'ont que de l'eau chaude à midi et le soir une mince tranche de pain composé de son, de sciure et de farine de châtaigne.

Les tortures infligées aux détenus sont analogues à celles des autres camps. Mais Georg Bachmayer, que le commandant de Mauthausen Ziereis a désigné pendant les premières semaines pour diriger le nouveau kommando, y ajoute sa note personnelle de cruauté. Il est en permanence entouré de chiens-loups féroces qu'il lance sur les malheureux. Ainsi, le 12 mai 1944 un déporté italien de dix-huit ans, repris après s'être évadé, est cruellement frappé par Bachmayer, qui jette ensuite sur lui son chien favori, Bachmayer et les autres SS regardent froidement le chien dépecer vivant le pauvre garçon. Une révolte se produit à Ebensee quelques jours avant la libération, alors que le kommando voit son effectif dépasser 20 000 hommes, du fait de l'afflux de déportés repliés des KZ de Nordhausen, Neuengamme, etc. À l'appel du matin, le commandant ordonne aux déportés d'entrer dans l'une des galeries souterraines où a été installée une vieille locomotive bourrée d'explosifs. Unanimes, les déportés refusent d'obéir. Les gardes SS hésitent et finalement, cas unique, renoncent au massacre.

Les troupes américaines libèrent le camp le dimanche 6 mai 1945 : Ebensee a donc été le dernier à être délivré. Dans un rapport établi le 16 mai, les Alliés signalent qu'à Ebensee 350 personnes meurent par jour, qu'il y a à cette date 9 742 déportés dont 968 Français, et 1944 malades dont 234 Français. Il existe, en outre, deux camps complémentaires, l'un contenant 4 000 Russes et l'autre 2 000 Polonais.10 000 déportés y auraient trouvé la mort.


Entree du camp



Aujourd hui, a la place du camp,des maisons(comment peut on vivre la ou il a eu tant de morts et de souffrance?)








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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 11 Juin - 2:48


Gusen

Camp annexe de Mauthausen, Gusen se trouve à environ 6 kilomètres du camp principal. Théoriquement indépendant jusqu'en 1944, il est alors entièrement placé sous l'autorité de Ziereis. C'est le 26 mai 1940 qu'arrive à Gusen le premier convoi de déportés, en provenance du KZ de Dachau, essentiellement composé de Polonais. Il semble bien que Mauthausen ait été chargé à l'origine de recevoir les Polonais. Michel de Bouard observe que les 500 premiers morts de Gusen sont tous Polonais, sauf 4. Le KZ est entouré de murailles construites avec des moellons de granit provenant des carrières voisines et de barbelés électrifiés. Il est édifié sur une colline assez raide.

Le granit extrait des carrières de Gusen est de meilleure qualité que celui de Mauthausen. La carrière principale est située à flanc de coteau, derrière le camp. Elle est à trois niveaux, un escalier grossièrement taillé reliant entre eux le second et le troisième niveau. Une carrière plus petite est située à l'est du camp. En 1941 est construit le plus grand concasseur de pierres d'Autriche, fournissant des dalles de plusieurs calibres. Sur ce site de Gusen 1 s'installent les grands ateliers Steyr produisant des pièces pour les mitrailleuses, ainsi qu'une usine Messerschmitt assemblant des fuselages d'avions. Derrière les carrières, quatre vastes tunnels souterrains, avec deux ramifications, sont creusés dans la colline, dans la zone dite " Gusen II ". Les déportés sont français, italiens et juifs. Le travail est exténuant et provoque des milliers de morts. Ces vastes souterrains devaient abriter les ateliers de l'usine d'aviation Messerschmitt. Le premier convoi de déportés arrive à Gusen II en 1944. Les nazis commencent à Gusen II l'édification d'un véritable KZ. Là sont internés un nombre important de Français, de juifs hongrois et de Polonais après l'insurrection de Varsovie.

À 3 kilomètres de là, en direction de Linz, commence en 1944 la construction d'une vaste usine souterraine dans la zone nommée " Gusen III ". Elle ne sera pas terminée en mai 1945. À Gusen sont pratiquées des expériences médicales, notamment des injections de divers liquides dans le coeur, ainsi que des interventions chirurgicales sans anesthésie. On a vu qu'un camion à gaz effectuait des rotations entre Mauthausen et Gusen. Les atrocités, à Gusen, sont semblables à celles pratiquées dans les autres KZ. Empruntons un exemple à Evelyn Le Chêne :

« Une fois pendant l'été 1944, écrit-elle, on emmena un groupe de détenus derrière le crématoire et on leur ordonna de se dévêtir et de ranger leurs vêtements en piles. Après que les premières victimes eurent été fusillées, ceux qui leur succédaient devaient déplacer les corps de leurs camarades et les mettre de côté pour pouvoir se mettre eux?mêmes devant le mur d'exécution. »

D'après le même auteur, citant un ouvrage polonais publié par le ministère de la Guerre de ce pays, le nombre des décès pour Gusen 1 et Gusen II aurait été de 1 469 en 1940, 5 793 en 1941, 6 088 en 1942, 5 225 en 1943, 4 789 en 1944 et 10 700 en 1945 auxquels s'ajoutent 1 042 déportés dans le mois qui a suivi la libération, ainsi que 1 132 gazés à Hartheim, 1 900 invalides gazés à Mauthausen et 315 Polonais exécutés à leur arrivée de Varsovie, soit un total de 38 453 morts.


Fuselage Messerchmitt trouve a la liberation du camp





Melk

À 80 kilomètres à l'est de Mauthausen est installé, à partir du 11 janvier 1944, un nouveau camp annexe de Mauthausen. Le site est dominé par une magnifique abbaye édifiée sur un éperon rocheux, construite jadis pour les membres de l'aristocratie autrichienne désirant entrer dans les ordres. À la différence de Mauthausen, Gusen et Ebensee, le camp de Melk est édifié dans le périmètre d'une vaste installation militaire de la Wehrmacht. Les cantonnements des déportés et ceux des soldats se font face. Là encore, il s'agit de creuser des galeries souterraines afin d'y installer des ateliers de fabrication d'armement, à l'abri des raids aériens. Les déportés sont transportés sur place par voie ferrée et par autocars. Ici, pas de granit: les montagnes sont constituées de quartz friable. Si bien que des centaines de détenus seront ensevelis sous des avalanches de sable. Cette main-d'œuvre est fournie à la firme Quartz GmbH.

Les détenus de Melk ne connaissent pas un sort meilleur que dans les autres camps annexes de Mauthausen. La nourriture semble y avoir été particulièrement insuffisante: pendant trois mois, les hommes d'un kommando n'ont mangé que des soupes de feuilles de betteraves et 250 grammes de pain par jour. Comme partout, les juifs subissent des châtiments particuliers. C'est ainsi que le capitaine Edward Zeff, juif britannique capturé à Lyon comme radio du réseau Buckmaster , reçut dès son arrivée 50 coups de fouet et fut promis à un châtiment exemplaire. Grâce à la solidarité de ses compagnons d'infortune, il est caché puis réexpédié au camp central, c'est l'unique juif que les Américains trouvent à Mauthausen quand ils libèrent le KZ.

Un vaste four crématoire est construit à Melk, ainsi qu'une chambre à gaz perfectionnée, beaucoup plus importante que celle du camp central. Comme le nombre des internés à Melk n'a jamais dépassé 8 000 en même temps, il est probable qu'il devait devenir, dans les projets des nazis, un camp d'extermination. Pendant l'été 1944, les Alliés bombardent les installations: 400 déportés et 7 SS sont tués.
Les registres indiquent que, le 20 avril 1945, le nombre d'internés à Melk est de 8 343 et que 5 839 détenus ont quitté Melk le 14 avril pour Ebensee.


Camp de Melk





LA FIN

Dans les derniers mois de la guerre, les conditions d'existence au KZ et dans ses camps annexes se modifient du fait de l'afflux d'évacués provenant d'autres KZ : Auschwitz, Gross-Rosen, Sachsenhausen et Ravensbrück. La ration alimentaire diminue encore: le dernier mois, chaque déporté ne reçoit quotidiennement que 100 grammes de pain et de l'eau chaude; au camp des malades, aucune nourriture n'est distribuée à différentes reprises.

L'article de Michel de Bouard permet de suivre l'action de l'organisation clandestine du camp, dont il est l'un des responsables:

« Dès 1944, relate-t-il, le principe et la préparation lointaine d'une action militaire avaient été envisagés; mais c'est en février 1945 que prit corps l'organisation de combat des Häftlinge. À cette date, les comités nationaux et le Comité international avaient, très efficacement, préparé le terrain. Chacun d'eux fut alors doublé d'un groupe de commandement militaire. Les hommes les plus valides et les plus sûrs furent groupés en petites unités de combat et instruits de la tâche qui leur était dévolue. Quelques pistolets et grenades à main avaient été soustraits du magasin d'armes des SS par des détenus espagnols. D'autres Espagnols, travaillant au garage, avaient fabriqué la clef d'un meuble qu'ils savaient contenir des armes et des munitions. Trois plans d'opérations furent élaborés... »

Dans les derniers jours d'avril, les SS se retirent et Ziereis transmet le commandement du KZ au capitaine Kern de la Schutzpolizei de Vienne. Le Comité international délègue vers celui-ci le docteur Durmeyer et Hans Marsalek. Kern accepte que le Comité international administre le camp intérieur. Le 5 mai, le Comité international tient sa première réunion non clandestine sous la présidence du docteur Durmeyer. Il décide que les groupes de combat, sous le commandement du colonel autrichien Codré et du major soviétique Pirogov, occupent le village de Mauthausen et se mettent à la recherche des SS en fuite. Le bourgmestre nazi de la commune est remplacé par un antifasciste.
Le 7 mai au matin, l'armée américaine prend possession du camp. Celui-ci n'avait pas été signalé à la 11e division opérant dans le secteur et rien n'avait été prévu pour améliorer le sort des détenus au moment de la libération. Plus de 700 cadavres entassés dans les allées attendent l'incinération...

Conclusion

D'après Michel de Bouard, le 11 mai 1945 le camp central comptait encore 15 211 déportés dont 2 079 femmes. Le 7 juin, tous les Français, Belges, Luxembourgeois, Hollandais et Soviétiques ayant été rapatriés, il reste à Mauthausen 5 200 déportés dont 850 femmes; 1 621 sont malades.
320 000 détenus avaient été immatriculés à Mauthausen et dans ses annexes. Le chiffre officiel des morts est de 122 767. Pour les raisons évoquées (Aktion Kugel, euthanasie, gazages, etc.), plus de 70 000 victimes n'ayant pas été enregistrées, le nombre total des victimes doit approcher de 200 000.
Un monument a été érigé au cimetière du Père-Lachaise à Paris pour rappeler la mort de 8 203 Français à Mauthausen


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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Mar 12 Juin - 2:54


Escalier "Les 186 marches de la mort" ou les deportes transportaient les blocs de granit de la carriere.







Aujourd hui

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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Mar 12 Juin - 12:38


Memorial de Gusen III




Memorial du camp Principal Mauthausen

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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 15 Juin - 4:16


Le Struthof, le seul KZ implanté en France,
a " plutôt le caractère d'un camp d'extermination
que d'un camp de concentration ".



En France, on dit " le Struthof ". Il sera fait de même dans ce chapitre. Les nazis appelaient ce KZ: " Natzwiller ", orthographié " Natzweiler " notamment par O. Wormser-Migot, ou " Natzweiller ". Le camp, soigneusement conservé, constitue un site protégé, inscrit à l'inventaire des monuments historiques. Il reçoit une moyenne de 250 000 visiteurs par an.

LE KZ DU STRUTHOF

Le camp

Le KZ du Struthof a été installé par les nazis dans l'Alsace annexée au Reich, sur un contrefort des Vosges. Il surplombe la vallée de la Bruche, face au Donon. À 800 mètres d'altitude, il domine les localités de Rothau et de Schirmeck, dans le Bas-Rhin. Strasbourg est à 60 kilomètres au nord-est.


A environ 200 mètres au-dessous du site retenu existait un hôtel de montagne fréquenté par les Alsaciens, qui venaient s'y promener dans les forêts en été et y faire du ski en hiver. En avril 1941, des SS réquisitionnent cet hôtel et s'y installent. Le 21 mai 1941 arrivent 150 prisonniers de droit commun provenant du KZ de Sachsenhausen, suivis le lendemain par 286 autres, allemands, et une dizaine de Polonais. Ils effectuent les travaux de terrassement et d'aménagement du camp primitif. Le 2 juin viennent les rejoindre 67 détenus du KZ de Dachau.

René Marx , interné au Struthof, en donne la description suivante:

« Le camp était disposé un peu autrement que ceux de Dachau et de Flossenbürg, par lesquels je suis aussi passé. Encerclé par une ligne électrifiée d'un travail très soigné, il était formé par dix-huit baraquements, disposés sur deux rangs et en paliers. Sur chaque palier s'élevaient deux Blocks, séparés par une allée, large de 20 à 30 mètres, où se faisaient les appels. Le palier le plus haut était à plus de 30 mètres au-dessus du plus bas. Cette disposition, qu'il faut retenir, rendait extrêmement pénibles les déplacements des détenus. Le palier du bas comprenait deux baraquements spéciaux: à droite le Bunker ou prison, et en face le four crématoire, surmonté par une cheminée de 8 à 9 mètres de haut. Peu de camps ont eu le crématoire à l'intérieur de l'enceinte électrifiée. La vue de ce bâtiment sinistre, qu'on avait continuellement sous les yeux, était particulièrement terrifiante, et l'odeur nauséabonde qui s'en dégageait nous donnait la sensation très nette du sort qui nous était réservé. D'un côté du four était une salle de désinfection, de l'autre un petit groupe de salles. Une de celles-ci était réservée aux urnes cinéraires, qu'on n'employait à peu près jamais; une autre, en communication directe avec le four, servait aux exécutions, comme en témoignaient quatre crochets de boucher scellés au mur, avec leurs quatre tabourets respectifs; une autre était affectée aux dissections. À côté se trouvait un petit dortoir pour les détenus qui allaient être bientôt exécutés. À part le Block de la cuisine et cinq autres formant l'infirmerie, tout le reste des constructions servait de logement. »





L'administration

L'administration du KZ est tout à fait identique à celle des autres. Le Lagerälteste y joue un grand rôle, car il est l'intermédiaire entre la direction et les détenus. C'est lui, notamment, qui propose aux SS les déportés qu'il trouve dignes de devenir proeminenten, en particulier les chefs de Blocks, les Schreiber, les Stubendienst, les kapos, etc.

Comme ailleurs, des luttes opposent les verts (droits communs) et les rouges (les politiques). En général les verts sont dans la place, mais l'afflux des politiques à partir de fin 1942 provoque un changement. Vont donc se succéder comme Lagerälteste: deux triangles verts jusqu'en 1942, puis un triangle rouge jusqu'en mars 1942, un triangle noir (désignant les asociaux) jusqu'en janvier 1944 et un triangle rouge jusqu'en septembre 1944, date de l'évacuation. Au sommet de la hiérarchie SS, le commandant du KZ va être successivement: Huttig de mai 1941 à février 1942 (avec un bref intermède pour Josef Kramer), Egon Zill de mai au 25 octobre 1942, puis le sinistre Josef Kramer du 25 octobre 1942 au 4 mai 1944 (il va commander alors le KZ d' Auschwitz-Birkenau, puis celui de Bergen-Belsen, où les Anglais l'arrêteront en avril 1945) et enfin Friedrich Hartjenstein de mai 1944 jusqu'à l'arrivée des Alliés.
L'effectif de la garnison et de l'encadrement SS n'a guère dépassé 200 hommes, auxquels s'ajoutent une trentaine d'administratifs.





LES DÉPORTÉS AU STRUTHOF

La vie quotidienne

René Marx décrit son arrivée au KZ. Quittant les wagons à bestiaux à la gare de Rothau, il doit gravir à pied 8 kilomètres d'une montée raide :

« Nous étions exténués et horriblement contusionnés quand, à la nuit tombante, nous atteignîmes le camp. L'enceinte était illuminée. À l'entrée, les hurlements des chiens du chenil tout proche de la porte, qu'excitaient les cris sauvages des SS, rendirent notre arrivée encore plus macabre. On nous compta, puis on nous dirigea vers la partie inférieure du camp. Les phares des différents miradors nous montraient le chemin et surveillaient notre marche. Nous aboutîmes ainsi au Block du crématoire. Là on nous fit mettre complètement nus, puis on nous rangea, non sans bourrades brutales, devant la salle de désinfection. Elle communiquait avec le four crématoire par une lucarne vitrée continuellement ouverte. Nous fûmes rasés des pieds à la tête, ou plutôt égratignés d'une horrible façon par d'ignobles instruments qui tenaient plus de la pince à épiler que de la tondeuse. Les coiffeurs d'occasion qui les maniaient, gens abjects, pour la plupart allemands, prenaient un malin plaisir à nous faire mal et, pour le moindre réflexe à la douleur, distribuaient aux patients de nombreux coups de pieds. Vinrent ensuite des baignades dans une eau saturée de Crésyl, qui provoquait des brûlures terribles sur les blessures des tondeuses. Pour ma part, je fus plongé et maintenu un certain temps dans cet affreux liquide. J'en ressortis plus mort que vif sous une grêle de coups. Nous reçûmes ensuite des vêtements trempés, qui sortaient du bain désinfectant, et des semblants de chaussures. Après quoi nous fûmes expédiés vers le Block auquel nous avions été affectés. »

Dès la quarantaine, les détenus sont divisés en deux catégories: les NN et les autres. Pour les NN, qui ne doivent plus avoir de contact avec le monde extérieur, une grande croix rouge est peinte sur leur veste et une bande rouge latérale sur chaque jambe de leur pantalon. Pour les autres détenus, les mêmes signes sont tracés à la peinture jaune. La vie quotidienne est aussi difficile au Struthof que dans les autres KZ. Aimé Spitz, ancien déporté NN au Struthof, l'évoque avec concision:

« En été le réveil est fixé à 4 heures du matin; en hiver, par les journées les plus courtes, le réveil est fixé à 6 heures du matin. On passe au lavabo où, torse nu, il faut se laver à l'eau glacée. On s'habille, puis nous recevons un demi-litre de tisane ou un semblant de café. Nous nous rendons alors en rangs par cinq à la place d'appel où les SS comptent les hommes de chaque baraque. Les appels se prolongent souvent durant des heures, debout, immobiles; en hiver dans la neige, en été dans la pluie et les orages, sans manteau bien entendu. L'appel terminé, nous nous rendons aux plates-formes 1 et 2 pour la formation des kommandos de travail. Ceci fait, nous partons au dur travail de la journée. À midi, retour au camp, nouvel appel. En vitesse, on nous sert notre piteux litre de soupe dans la baraque; nous n'avons qu'une gamelle et une cuillère en bois. Rassemblement à nouveau et départ pour le travail. Vers 18 heures, les kommandos de travail rentrent dans le camp; à 18 heures, c'est l'appel, comme celui du matin, souvent interminable. Nous nous lavons. Distribution de notre maigre repas du soir, et il faut aller se coucher dans les dortoirs. Une fois tous les dix jours, on nous changeait de chemise et de caleçon, ceci au début car par la suite, nous recevions du linge, si on peut l'appeler propre, toutes les huit semaines. Les premières semaines, nos caleçons étaient des pantalons de femme à dentelles, mode début 1900. »

Quant à la nourriture, peu de différence avec les autres KZ:

« Notre nourriture se composait le matin d'un demi-litre de café ou de soupe à l'eau; à midi, un litre de simple soupe liquide. Souvent nos chefs de chambrée nous servaient le dessus de la soupe, sans le remuer, afin que l'épais reste au fond du bouteillon. Alors eux se l'accaparaient et ne se gênaient pas de manger l'épais de la soupe devant nous. Le soir, au retour du travail, nous recevions un demi-litre de café ou de tisane, environ 350 grammes de pain, 20 grammes de margarine et une cuillerée à soupe de marmelade, ou une petite tranche de saucisson, ou un petit morceau de fromage. C'était toute notre nourriture. Le lundi, mercredi et vendredi, nous recevions le soir un demi-litre de soupe, mais dans ce cas nous n'avions que le pain et la margarine sans autre accompagnement. Le dimanche, la soupe de midi était meilleure et contenait quelques petits morceaux de viande. »

Le Bunker du KZ comprenait vingt cellules.

« Tous les matins, le SS chargé de la direction de la prison sortait un prisonnier après l'autre de sa cellule, et ils étaient amenés dans une salle voisine, où durant vingt ou trente minutes, ils étaient battus par un SS avec le ceinturon ou un gourdin. Puis rejetés en cellule, on les laissait en repos jusqu'au lendemain. Tous les quatre jours, ils touchaient une soupe chaude. Le reste du temps, c'était 250 grammes de pain et eau. »

Le Revier est, lui aussi, assez semblable à celui des autres KZ.

« Au début, deux baraques renfermaient l'infirmerie, plus tard, trois autres y furent annexées. Au début, les Français n'avaient pas accès à l'infirmerie. Ce n'est qu'à partir de septembre 1943 que les Français étaient autorisés à recevoir de petits soins et pansements à l'infirmerie. Fin octobre, leur admission fut complète. Outre le médecin SS, il y avait comme médecin-chef des détenus un prisonnier allemand, le docteur Fritz. Celui-ci avait ses têtes. Lorsque votre tête ne lui allait pas, vous n'étiez pas admis et vous pouviez être malade à mourir. Plus tard il fut remplacé par un médecin norvégien que je classerais sur le même échelon que son prédécesseur. Au mois d'avril 1944, j'étais à nouveau atteint d'œdème aux deux jambes et je marchais difficilement. J'ai été admis et j'ai passé quinze jours. J'ai vu les trafics qui se faisaient dans ces bâtiments d'infirmerie. Les infirmiers russes, polonais, allemands, norvégiens n'avaient que peu de soucis des malades. Ils accaparaient au détriment des malades les soupes de régime, meilleures que nos soupes habituelles. Au lieu de donner au malade la quantité lui revenant, ils s'en soustrayaient des bouteillons entiers qu'ils mangeaient ou qu'ils distribuaient à leurs amis. Le kapo était un Luxembourgeois du nom de Roger Kauthen, un individu brutal qui maltraitait les malades. Lorsqu'il y avait visite médicale, en principe tous les soirs après l'appel, le kapo Roger laissait les malades devant les bâtiments de l'infirmerie, souvent une heure durant, sans se soucier s'il pleuvait ou neigeait. Dans l'infirmerie, j'ai vu mourir des quantités de détenus, faute de soins. On prétextait qu'il n'y avait pas de médicaments. Ce qui était une chose parmi les plus affreuses que j'ai vues, c'était de voir traiter les malades atteints de dysenterie. Lorsqu'un de ces malades salissait son lit, n'ayant plus la force d'aller aux WC, il était sorti de son lit, traîné au lavabo. Là des infirmiers ukrainiens ou polonais l'arrosaient avec un tuyau d'arrosage. Pour cela, on utilisait de l'eau glacée.

Le crématoire a été construit au mois d'octobre 1943, poursuit Aimé Spitz. J'ai participé à sa construction en qualité de manœuvre. Ce bâtiment contenait, outre le four crématoire, une salle d'opération, un local de désinfection, une salle de douches et des chambres servant de bureaux. Dans le sous-sol, il y avait un local où l'on déposait les cadavres. Dans le four crématoire, on brûlait six cadavres à la fois. Les cendres étaient chargées sur des brouettes et jetées hors du camp, soit versées sur un talus, soit servant d'engrais dans le jardin du commandant du camp. J'ai fait partie d'un groupe de dix-sept détenus: tous les matins au crématoire, on nous remplissait dix-sept brouettes de cendres et de scories que nous avons déversées sur le talus formant actuellement la plate-forme de l'entrée du camp. »

Le travail

Le Lagerkommando (kommando du camp): les détenus y sont affectés à la construction de routes dans le camp, de nouvelles plates-formes, de nouvelles baraques, etc. Le kommando Strassenbau (construction de routes): au début, ce kommando devait transporter les déblais le long des pentes de la montagne à l'aide de brouettes, les kapos exécutant sur place les détenus trop épuisés, ce qui valut à ce kommando le nom de " colonne infernale ". Le kommando Kartoffelkeller (construction d'un silo à pommes de terre). Ce kommando effectuait en réalité des terrassements: il lui fallait attaquer la montagne, déblayer des mètres cubes de terre, niveler le sol et y creuser une cave de 100 mètres de long sur 20 de large et 4 de profondeur; ce travail était effectué par douze équipes de cinq déportés disposant de douze wagonnets. Le kommando de filature: il recueillait chaque matin les prisonniers trop âgés ou les inaptes au travail des kommandos précédents et était chargé de fabriquer des filets pour le transport des torpilles.

Existaient encore d'autres kommandos, notamment les Werkstätten (ateliers divers), le Steinbruck (grandes carrières), la Sandgrube (sablière), la ferme du Struthof, etc. Les kommandos extérieurs sont nombreux. À partir de mars 1944, ils sont affectés à la construction d'usines souterraines destinées à la Luftwaffe, notamment en utilisant d'anciennes galeries de mines de gypse dans la vallée du Neckar (3 500 déportés). D'autres détenus sont dispersés dans une multitude de petits camps du Wurtemberg: à Schömberg (pour extraire l'huile de gypse), à Dautmergen, Erzingen, Schörzingen, Frommern, Bisingen, Spaichingen, etc. Parmi les kommandos extérieurs, celui de Kochem est l'un des plus terribles. Il s'agissait de creuser un canal au centre du tunnel et de décharger et transporter des matériaux à la gare. Il y eut peu de survivants.

Enfin il faut mentionner la carrière de granit. C'est en vue de son exploitation que la décision d'implanter le KZ avait été prise par les SS. De 1941 à 1944, 1000 détenus travaillent pour l'extraction du granit de la carrière. À cette date, les travaux sont abandonnés, car la qualité du granit est médiocre et d'autres travaux sont plus urgents. Sur place sont alors édifiées huit baraques pour le démontage de moteurs Junker, en vue de récupérer des pièces de rechange. À quelques kilomètres du Struthof a été ouvert, le 22 août 1940, un autre camp destiné à recevoir des Alsaciens. Il fonctionne jusqu'au 22 novembre 1944, date de sa libération. C'est surtout un lieu de transit pour des prisonniers qui n'y font qu'un séjour avant leur transfert dans d'autres camps ou prisons. Il a une annexe à Haslach qui travaille pour Daimler-Benz. Des milliers d'Alsaciens-Lorrains se succéderont dans le camp de Schirmeck.

Liste des kommandos

Asbach - Auerbach Bensheim - Baden Baden - Bad Oppenau - Balingen, (sous-kommandos de Balingen : Bisingen - Dautmergen - Dortmettingen - Erzingen - Frommern - Schomberg - Schorzingen - Wuste - Zepfenhan) - Bernhausen - Bingau - Bischofsheim - Calw - Cernay - Cochem - Cochem Treis - Colmar - Darmstadt - Daudenzell - Dautmergen - Donauwiese - Echterdingen - Ellwangen - Ensingen - Fracfort/Main - Frommern - Geisenheim - Geislingen - Goben - Gross Sachesenheim - Guttenbach - Hailfingen - Haslach - Heilbronn - Heppenheim - Hessenthal - Iffezheim - Iffezheim - Baden Oos-Sandweiller - Kaisheim - Kochem - Kochemdorf - Leonberg - Longwy Thiel - Mannheim - Metz - Mosbach - Neckarelz I & II - Neckarelz Bad Rappenau - Neckargerach - Neckargartach Heilbronn - Neckargerach Unterschwarsach - Neunkirchen - Oberehnheim Obernai - Obrigheim - Peltre - Plattenwald - Rothau - Saint Die - Sainte Marie aux Mines - Sanhofen - Sandweier - Schirmeck - Schönberg - Schörzingen - Schwabisch Hall - Spaichingen - Tailfingen - Urbes Wesserling - Vaihingen Enz - Vainhingen/Unterriechinegn - Wasserralfingen - Weckrieden - Wasserling - Zuffenhause.


Les baraques





Les sévices

Au Struthof, l'échelle officielle des peines comporte trois degrés :

• premier degré : pendant 3 jours: couchette en bois dans une cellule, au pain et à l'eau (nourriture tous les 4 jours seulement);

• deuxième degré : jusqu'à 42 jours: couchette en bois dans une cellule obscure avec la même nourriture;

• troisième degré : jusqu'à 3 jours: aucune possibilité de s'asseoir ni de se coucher dans une cellule, nourriture: pain et eau. Ces cellules du troisième degré sont des espèces de niches aménagées dans les cellules même du Bunker. Elles existent aussi au KZ de Mauthausen.

Aimé Spitz décrit ce qui se passe dans les kommandos Kartoffelkeller et Strassenbau.

Pour le kommando Kartoffelkeller :

« À peu près toutes les heures, un SS du nom d' Ermanntraut, accompagné de son chien, venait faire un tour sur le chantier. Il s'amusait à jeter son chien sur les détenus et à les faire mordre. Lorsqu'un prisonnier était étendu à terre et cherchait à se défendre contre le chien, il ramassait une pelle ou une pioche et assénait de violents coups sur le corps du détenu. Ainsi il alla de l'un à l'autre jusqu'à ce que vingt ou trente camarades soient étendus sans connaissance, portant des plaies béantes aux jambes, aux bras ou à la figure. Puis il repartait pour revenir environ une heure plus tard et la manœuvre recommençait. Les blessés, nous les sortions alors de la tranchée où nous étions pour les étendre l'un à côté de l'autre au bord de la route. Nous n'avions pas le droit de laver leurs plaies, ni de leur porter un secours quelconque. Ainsi pendant la grande chaleur de 1943, ces malheureux restaient exposés au soleil jusqu'à la fin du travail. Ceux qui avaient de la peine à respirer, le même SS mettait de grosses pierres sur leur poitrine. Ceux qui avaient des plaies dans le dos étaient obligés de coucher sur de grosses pierres. Nous avons même vu ce SS leur uriner sur la figure. »

Pour le kommando Strassenbau :

« Lorsqu'un détenu arrivait avec sa brouette chargée au bord du ravin, le kapo Vandermühl le poussait. Le malheureux roulait avec sa brouette dans le précipice. Alors Vandermühl se mettait à crier: " Le salaud s'évade! " À ce moment, la sentinelle dans sa tour lançait une décharge, avec sa mitraillette, en direction de l'infortuné camarade. Celui-ci était atteint mortellement. Ainsi huit camarades furent tués en quelques jours. »

Ainsi la mort était la compagne permanente des déportés au camp et dans les kommandos. Mais les SS organisaient aussi des massacres, des gazages et des expériences médicales.



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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 15 Juin - 4:19


LES MASSACRES AU STRUTHOF

Exécutions

Témoignage d'Aimé Spitz sur les fusillades:

« Hors du camp, à quelque 100 mètres, se trouvait une sablière. C'est là qu'environ cinq cents camarades furent fusillés, soit à coups de mitraillette, soit à coups de revolver dans la nuque. Un soir de printemps 1944, après 18 heures, 11 Luxembourgeois appartenant à la Résistance furent fusillés dans cette sablière. Ce genre d'exécution, ordonné par le ministère de la Sûreté d'État de Berlin, avait lieu le soir après l'appel. Chaque fois que nous apercevions le soir des arrivants devant la Schreibstube (secrétariat du camp), nous savions qu'il s'agissait d'une Sonderbehandlung (manipulation spéciale). Ce genre de détenus ne figurait pas, la plupart du temps, dans le fichier du camp. ils étaient amenés par la Gestapo pour être exécutés. Leurs corps étaient ensuite transportés au crématoire, de sorte qu'il n'y avait de trace nulle part. »

Témoignage d'Aimé Spitz sur les pendaisons:

« En principe, les pendaisons publiques avaient lieu les jours de fête, tels que Noël, Pâques ou Pentecôte. Il était à peu près procédé de la façon suivante: sous la potence se trouvait une caisse rectangulaire dont la partie supérieure se composait de deux couvercles. Le condamné devait monter sur la caisse. On lui passait ensuite la corde autour du cou et celle-ci était fixée à la potence. Un SS appuyait alors sur une espèce de pédale se trouvant au bas de la caisse. À ce moment, les deux couvercles tombaient dans la caisse et le condamné pendait dans le trou de la caisse. Lors d'une pendaison, le commandant Kramer ne cessait pas de regarder sa montre, et lorsque le détenu fut mort, il nous cria: " Ce salaud a mis neuf minutes à crever! "... »

Presque journellement, des pendaisons avaient lieu dans le bâtiment du crématoire, où des crochets spéciaux avaient été placés à cet effet. Témoignage de René Marx:

« Dans mon propre Block numéro 5 servant d'infirmerie arrivèrent un soir douze Polonais. Le SS Fuchs survint avec son chien. Seuss l'accompagnait. Ils se ruèrent sur eux. Ils les firent dévaler le long des cinq paliers, sous une grêle de coups, qu'aggravaient les morsures du chien-loup. Bientôt les douze hommes se trouvèrent devant la porte du crématoire. Trois par trois, ils passèrent dans la petite salle attenante au four. Là l'un d'eux dut monter sur un escabeau; une corde fut passée autour de son cou et fixée à un des crochets scellés au mur; un SS donna un coup de pied à l'escabeau, qui bascula, et le corps se balança dans le vide. Peu après on passa à un autre. Tous les douze eurent finalement le même sort. Les SS avaient touché pour cette besogne une triple ration de schnaps. »

Chambre à gaz

La chambre à gaz du Struthof ne se trouvait pas dans les baraquements du camp, mais 200 mètres plus bas, dans une petite maisonnette rustique, en face de l'hôtel. La pièce avait l'apparence d'une salle de douches complètement dallée et entourée de carreaux de faïence. De fausses pommes de douches avaient été scellées au plafond. La porte, qui fermait hermétiquement, était munie d'un petit orifice vitré permettant de voir du dehors ce qui se passait à l'intérieur.
René Marx décrit les premières victimes : cinquante femmes juives amenées du KZ d'Auschwitz au printemps 1944:

« Le professeur Hagen, de l'université de Strasbourg, directeur de l'Institut d'anatomie pathologique de l'hôpital civil, pour rassurer les pauvres femmes, leur fit passer un semblant de visite médicale, après quoi les malheureuses furent enfermées dans la salle. Un gaz toxique eut vite détruit ce qui leur restait de vie. Peu après la porte fut rouverte, la salle aérée. Finalement les corps furent transportés à l'hôpital de Strasbourg, au pavillon d'anatomie, où on les plongea dans un bain de formol, où ils ont été retrouvés à la Libération. »

Dans une déposition du 6 décembre 1945, Kramer a énuméré un certain nombre de gazages ordonnés par lui. L'Album du Struthof , édité en mai 1985, rapporte le gazage de quatre-vingt-six juifs destinés à la constitution d'une collection de squelettes.





Expériences médicales

La chambre à gaz n'a pas seulement servi à des séances d'extermination, elle a aussi été utilisée par les nazis pour des expériences médicales effectuées sur les déportés. Témoignage de René Marx :

« Diverses expériences furent tentées par Bickenbach. Il était chargé par la Wehrmacht d'effectuer des recherches pour lutter contre les gaz toxiques par injection de liquide dans l'organisme. Le commandant du camp fit venir un certain nombre de détenus. Lui et Bickenbach choisirent huit d'entre eux, principalement des Tziganes, jugés plus vigoureux. Selon leur habitude, ils leur firent croire qu'ils allaient leur rendre la liberté et ils les emmenèrent hors du camp... Le soir tout le monde revint. Nous les reçûmes au Block 5, auquel j'étais attaché et qui appartenait à l'infirmerie. Une salle avait été mise à leur disposition. Sur l'ordre de Bickenbach, Wladimir, l'infirmier polonais qui s'occupait de la salle d'histologie, dut prendre, toutes les deux heures, la température, le pouls, la respiration de chaque cobaye. Un ballon d'oxygène avait été mis à sa disposition pour le cas où l'un d'eux aurait des gènes respiratoires. Le lendemain matin, sur les huit malheureux, quatre étaient morts après une nuit atroce. Sans doute les SS avaient-ils formé deux groupes dont un reçut une dose de gaz plus forte que l'autre. Quelques mois plus tard, en juin 1944, une seconde expérience eut lieu sur dix détenus. Tous étaient tziganes. »

Olga Wormser-Migot précise qu'il s'agissait d'expériences sur le gaz phosgène, justifiées aux yeux des nazis par la nécessité de protéger les soldats de la Wehrmacht en cas d'attaque ennemie par des gaz de combat. Elle écrit.

« Déjà courant 1943, le docteur Bickenbach avait expérimenté, en onze expériences, sur vingt-quatre déportés, à la chambre à gaz du Struthof, les qualités de 1'urotropine comme antidote contre le gaz phosgène. En 1944, il reprit ses expériences, cette fois-ci avec emploi de concentrations massives de phosgène et l'utilisation de cobayes humains. Le 15 juin 1944, ils furent amenés à la chambre à gaz du Struthof et soumis au gaz phosgène, en trois groupes de quatre. C'était les douzième, treizième et quatorzième expériences. Dans chaque groupe de quatre gitans, le premier recevait au préalable une injection intraveineuse d'urotropine; le deuxième absorbait de l'urotropine par voie buccale; les troisième et quatrième n'étaient pas immunisés, mais pour les tranquilliser on leur faisait une piqûre intraveineuse d'eau salée. Ensuite, ils étaient soumis à l'action des gaz pendant vingt à trente minutes. À l'issue de l'expérience, l'un des deux sujets non immunisés recevait une piqûre intraveineuse d'urotropine, pour vérifier les qualités curatives de l'urotropine. Les concentrations de phosgène étaient croissantes. On brisa deux ampoules lors de la douzième, quatre ampoules lors de la treizième, huit ampoules lors de la quatorzième expérience. Six sujets non prémunis furent soumis à ces gaz. Si dans les expériences 12 et 13, les cobayes s'en tirèrent la vie sauve, dans l'expérience 14, deux cobayes, ainsi que le sujet prémuni par voie buccale, trouvèrent la mort. Le docteur Plaza signa les fiches de dissection. Le 9 août 1944 eut lieu, dans les mêmes conditions, une quinzième expérience. »

Le rapport sur les expériences pratiquées au Struthof, produit au procès des médecins nazis, précise que d'autres expérimentations eurent lieu:

• fin 1942 et courant 1943 : application d'ypérite liquide sur des détenus allemands de droit commun à l'infirmerie (3 décès);

• en janvier et février 1944 : vaccination, par le docteur Hagen, d'un groupe de quarante Tziganes avec un vaccin contre le typhus de sa préparation; en même temps qu'un groupe témoin de quarante autres Tziganes. Les résultats ne sont pas connus. Mais le typhus apparaît dans le KZ à peu près à la même époque,

• le 18 mai 1944, les quarante cobayes reçoivent une scarification au bras avec des germes virulents du typhus.






LA FIN DU STRUTHOF

En août 1944, le Struthof reçoit des convois de détenus provenant des prisons d'Épinal, Nancy, Belfort et même Rennes. Les arrivants font connaître aux autres déportés la situation militaire. Tous sont partagés entre l'espoir d'une libération prochaine et l'angoisse d'une extermination effectuée par les SS avant leur départ. Prévu pour recevoir 4 000 prisonniers, le KZ en compte 7 000 à la fin de 1944. Les déportés doivent coucher à trois par lit. Les non travailleurs ne touchent leur soupe que vers 16 heures. Le linge manque. Des poux apparaissent.
Pendant ce mois d'août, les SS se livrent à des massacres. Dans son témoignage, René Marx écrit qu'eurent lieu

« Dans les derniers jours d'août, les assassinats massifs de résistants français amenés au Struthof. On commença par des femmes. Il était 9 heures du soir. Achevant la visite des malades avec le docteur Ragot que j'assistais, je vis descendre par les marches du camp deux femmes élégamment vêtues, menottes aux mains. Bientôt le commandant, figurant de mauvais augure dont l'apparition présageait quelque mauvais coup, descendit lui aussi, avec le costume sombre qui s'imposait en l'occurrence. Une escorte imposante l'accompagnait. Soigneusement caché derrière une fenêtre, je suivis le déroulement du drame. Les deux femmes furent amenées à la prison, puis en face du crématoire. Là, comme il me fut rapporté par le docteur Franz qui travaillait au four, elles reçurent une piqûre intraveineuse et succombèrent au milieu de souffrances atroces.
Le lendemain commença l'exécution des résistants du groupement Alliance (ils avaient été amenés de Schirmeck). Elle dura trois jours et fit de 150 à 200 victimes. Certaines rumeurs l'avaient fait pressentir. Un peu auparavant le bruit avait couru que des Français, cachés dans les forêts avoisinantes du Donon, devaient prendre d'assaut le camp du Struthof et celui de Schirmeck. Le commandant avait fait installer des mitrailleuses dirigées vers l'intérieur, par lesquelles en cas d'attaque nous devions être mitraillés. D'autre part, une chasse aux résistants avait été organisée par les SS. Le résultat de cette offensive ne s'était pas fait attendre. Dès le soir, vers minuit, des camions arrivaient à tous moments et se dirigeaient vers le crématoire. Éveillé par le vacarme des moteurs, je regagnai mon poste d'observation qui donnait sur l'allée centrale. La cheminée du crématoire, rougie par le feu, se détachait lugubre dans la nuit. Que se passait-il ? Le lendemain, je fus fixé. Un camarade luxembourgeois ayant passé la nuit au Block de l'habillement, juste au-dessus du crématoire, me rapporta que pendant des heures une masse d'hommes et de femmes avaient été déchargée par des camions et que, durant tout ce temps, des claquements analogues à ceux d'une porte qui se ferme brusquement s'étaient fait entendre, accompagnés de cris et de chants étouffés. De tout ce monde amené au four, il ne restait plus rien qu'une odeur de brûlé répandue dans le camp et une fumée grise s'élevant sans relâche de la grande cheminée pour descendre ensuite dans la vallée. Il était facile de comprendre ce qui s'était passé. Les gens qui venaient de passer par le crématoire n'étaient autres que les résistants de la région. Encerclés et faits prisonniers, ils avaient été entassés sur les camions et amenés au four. Les bruits pareils à des claquements de portes n'étaient autre chose que les détonations des revolvers de 6 mm des SS avec lesquels ceux-ci abattaient leurs victimes avec un coup à la nuque. »

Le 31 août 1944, un premier convoi évacue 2 000 détenus vers le KZ de Dachau. Darnand et ses miliciens, en fuite, sont hébergés au Struthof du 2 au 24 septembre 1944. Quand les soldats du 6e corps d'armée américain arrivent le 23 novembre 1944, le camp est vide. Mais des centaines de cadavres qui n'ont pas pu être incinérés sont amoncelés près du crématoire.
La majorité des déportés NN ont été emprisonnés au Struthof. Le général Frère y est mort d'épuisement.

Conclusion

L'effectif maximum a été au camp de 6 440 détenus avant juillet 1944. Il a approché 7 000 pendant les derniers mois. Avec les kommandos extérieurs, il avoisine 22 000 déportés (20 631 le 21 novembre 1944), les politiques en constituant les deux tiers vers la fin. 30 000 personnes semblent être passées par le Struthof. Dans le Guide bleu Alsace , paru en 1990, le docteur Léon Boutbien, ancien déporté résistant NN au Struthof, écrit :

« D'après les renseignements officiels, 4 471 Français, 4 500 Polonais, 508 Hollandais, 353 Luxembourgeois, 307 Belges, sans compter quelques Norvégiens, Danois, Italiens et surtout les prisonniers de guerre russes, sont morts au Struthof de 1942 à septembre 1944. »

Le nombre de décès peut donc être estimé à plus de 11 000. Le commandant du camp Josef Kramer, a été arrêté le 15 Avril 1945,, jugé et pendu à la prison de Hamelin par les Britanniques le 13 décembre 1945. Les autres bourreaux ont échappé au châtiment.
Un monument a été élevé, sur le site du Struthof, à la mémoire de tous les déportés et, par-delà le Struthof, à toutes les victimes des camps


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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 15 Juin - 4:25


Porte d entree principale du camp 1944




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