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 Les camps de concentration KZ (2012)

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naga
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Mar 19 Juin - 2:16


NEUENGAMME

Neuengamme est le grand camp d'Allemagne du Nord
et des noyés de Lübeck.



LE KZ DE NEUENGAMME

Le camp

Le KZ de Neuengamme est situé sur la rive droite de l'Elbe, au sud-est du grand port de Hambourg. Le site est plat, uniformément plat, et gorgé d'eau. Une maigre végétation d'ajoncs, de plantes aquatiques et d'arbres rabougris émerge d'un terrain marécageux. Une bise glacée venant de la grande plaine de l'Europe du Nord et de la Baltique déverse interminablement une pluie froide, qui alterne avec des brumes humides venues, elles, de la mer du Nord. Le climat est malsain, pénible. Le paysage est lugubre.

À la lisière sud du village d'Altengamme est construite une briqueterie-tuilerie. Les nazis en ont chassé les propriétaires juifs après la Nuit de cristal. L'administration nazie a décidé de la mettre en valeur, profitant de la proximité de l'Elbe navigable... et de l'existence de la main-d'œuvre concentrationnaire à bon marché. Le 13 décembre 1938, une centaine de détenus provenant du KZ de Sachsenhausen arrivent. Hébergés dans les locaux de la vieille briqueterie, ils construisent un nouveau KZ entre l'Elbe et l'entreprise. De nouveaux détenus, des droits communs et des politiques, arrivent en renfort. L'usine est bientôt reliée par une ligne directe à Hambourg et par un canal de raccordement à l'Elbe, où circulent pesamment de lourdes péniches sur une eau encrassée d'huile et de pétrole. Pour le distinguer du village d'Altengamme, il est baptisé " Neuengamme ". C'est un kommando extérieur de Sachsenhausen.





Le 4 juin 1939, Neuengamme est érigé en KZ autonome et classé dans la catégorie 2, celle des détenus ayant encouru des peines graves mais qui peuvent être rééduqués. Il compte alors 1 070 prisonniers. Vont arriver successivement les opposants autrichiens, puis tchèques, puis polonais. À la fin de 1940 le KZ, sans cesse aménagé, atteint déjà un effectif de 3 500 hommes. Il ne cessera de grandir jusqu'en 1945. En 1941, il couvre une superficie d'une vingtaine d'hectares.
Il reçoit des nationaux de tous les pays occupés par la Wehrmacht. Le premier grand transport de Français, environ 3 000 personnes, arrive le 11 mai 1944; d'autres suivront. Le dernier sera celui du 31 juillet 1944. Les deux commandants successifs de Neuengamme sont Martin Weiss (1940 - 1943) et Max Pauly (1943 - 1945).
Neuengamme est conçu sur le modèle des autres KZ. Le Français Paul Kern, qui y arrive le 11 mai 1944, le décrit comme suit:

« Sur un côté, vingt-cinq baraquements en bois, tous avec une cour. Ils étaient clôturés par une hauteur de 2,50 mètres de barbelés, une seule porte donnant sur la vaste place d'appel. À l'intérieur, six rangées de châlits de trois étages - 300 places - nous étions 900 par baraquement. Dix robinets d'eau. Les WC étaient un grand banc percé de trous. De l'autre côté de la place, les baraquements administratifs, divers magasins, les cuisines, les douches, l'infirmerie ou Revier, les fours crématoires. Au fond un grand bâtiment en dur comprenait quatre Blocks, derrière une usine de briques. Aux quatre coins un mirador muni d'un projecteur et de mitrailleuses. Le tout entouré de 3 mètres de barbelés traversés par un courant à haute tension. Derrière cette clôture un fossé d'environ 3 à 4 mètres de large, rempli d'eau. Sur chaque côté du camp, des travaux de terrassement, des usines d'armes. Côté des fours crématoires, la voie de chemin de fer spéciale pour le camp, quai de débarquement pour l'arrivée des détenus et marchandises diverses. Un peu plus loin la résidence des SS où rien ne leur manquait. Jardin où les cendres des fours crématoires servaient à faire pousser les légumes et les fleurs. Il y avait même une maison de plaisir peuplée de femmes déportées, ces dernières ayant à faire un travail forcé réellement spécial. Le camp, bien entendu, était sous la responsabilité des SS. Ces derniers avaient placé dans chaque Block un détenu responsable de ce Block. Ils étaient pour la plupart des droits communs; très peu de politiques allemands; il y avait quelques droits communs polonais. Je n'ai pas vu un seul Français. »

La vie quotidienne des déportés

« Le premier rassemblement au petit matin s'effectuait dans la cour du Block, écrit Paul Kern. Second rassemblement sur la grand-place au son d'une fanfare. Après le comptage des 15 à 20 000 hommes que contenait le camp, départ en différents kommandos pour les lieux de travail. Certains travaillaient dans les usines du camp; d'autres allaient au terrassement; d'autres au déchargement des péniches, il y avait le kommando des fours crématoires. Ces hommes avaient droit à une double ration; c'étaient pour la plupart des droits communs. Nous étions pendant douze heures au travail, avec une demi-heure d'arrêt à midi pour avaler une mauvaise soupe aux rutabagas, quelques morceaux de pommes de terre et, de temps en temps, un petit dé de mauvaise viande. Le soir, même manœuvre que le matin pour rentrer au camp, mais au pas cadencé, mains collées sur la couture du pantalon. Toujours au son de la fanfare, rassemblement pour l'appel du soir. Rassemblement qui pouvait parfois durer plusieurs heures, il suffisait d'une erreur de comptage ou d'une évasion; il fallait en effet, coûte que coûte, retrouver l'erreur ou l'évadé.
Les appels du soir étaient terriblement pénibles. Après douze heures de travail et avec la faim et le froid, il nous fallait souvent demeurer deux heures, parfois trois, debout sans faire un mouvement. C'étaient d'abord des douleurs aux jambes, douleurs qui montaient dans le dos, puis dans la nuque. La tête devenait lourde à tel point que nous ne nous rendions plus bien compte de notre état. Le moindre bruit nous faisait sursauter, craignant toujours l'arrivée d'un kapo ou d'un SS. Ces derniers parcouraient nos rangs avec leurs matraques et tout homme qui n'était pas dans la position réglementaire était matraqué. Certains, qui ne pouvaient plus se tenir debout, étaient relevés à grands coups de pied.
Le comptage effectué et l'erreur retrouvée, nous rentrions dans nos Blocks après avoir reçu un morceau de pain d'environ 100 grammes, une portion de margarine d'environ 2 centimètres sur 5 et d'une épaisseur de 2 centimètres ou une poignée de salade de raves rouges, au sel, sans huile; d'autres fois, quelques petits poissons salés qu'il fallait avaler crus, chose que je n'ai jamais pu faire.
Nous avions droit à une couchette de 90 centimètres de large pour trois. Il fallait que deux se couchent dans le même sens et le troisième au milieu des deux autres dans le sens contraire, pieds à la tête de ces derniers.
Souvent, il y avait des alertes dans la nuit, sans lumière nous devions nous rendre dans un grand sous-sol où nous étions enfermés tous ensemble, les 10 ou 15 000 hommes du camp. Il n'était pas question de nous protéger. Nous étions enfermés de telle sorte qu'il nous était impossible de sortir de cet abri, et si des bombes étaient tombées sur le bâtiment, tous auraient été tués. »

L'administration du camp est décrite par mon ami Louis Maury , rescapé de Neuengamme :

« Le chef du camp, Tumann, capitaine SS, a précédemment commandé en second un camp polonais où il a assassiné des dizaines de milliers de Polonais et de juifs. Toujours sanglé dans un ciré noir, la cravache à la main, flanqué de deux superbes chiens-loups, il terrorise tout le camp, y compris ses subordonnés SS. Ce monstre a un visage aux traits fins, réguliers, où brillent d'un éclat insoutenable deux yeux gris clair. Je l'ai vu, un jour où il visitait les latrines, abattre un homme assis sur la poutrelle, déculotté, qui ne s'était pas levé assez vite. Il aime les défilés de forçats pendant lesquels il lâche les chiens sur ceux qui ne peuvent garder les bras immobiles, fixés au corps. Il déteste les mutilés, les borgnes et les vieux qui déparent le paysage. C'est un esthète. Il a fait mettre des pots de fleurs alignés à l'entrée de chaque Block.
Avec des allures différentes, ses adjoints sont dignes de lui. Leur distraction préférée est de jouer à celui qui fera évanouir le plus vite possible les punis de la schlague. Speck, fou furieux, dans sa tenue impeccable, se vante d'être le meilleur à ce jeu; il tape si fort qu'après le sixième ou le septième coup, il doit se reposer. D'une force herculéenne, il m'a cassé trois dents en tenant sa cravache entre deux doigts un jour où je ne l'avais pas salué. Tumann, dont la folie est si l'on ose dire plus raisonnable, lui a interdit l'usage du revolver. Fritz est un fou d'un autre genre. Il renouvelle souvent la même plaisanterie: il piétine dans les flaques d'eau et oblige des bagnards pris au hasard à lécher la boue de ses bottes jusqu'à ce qu'elles brillent. Un jour un Belge, trop humilié, l'a frappé: au lieu d'être pendu le dimanche en grande pompe, Fritz l'a fait enfermer tout nu dans le mitard des femmes condamnées à mort. Il y a été pendu le lendemain, à 2 centimètres du sol, devant ses compagnes. Au milieu de cette meute féroce, Ernst détonne curieusement: il est amoureux. Il ne frappe jamais. Sa manie douce est d'inspecter les Blocks pour vérifier à l'aide d'une balle de ping-pong qu'il fait rouler dessus si les couvertures des châlits sont bien tendues. Il y passe plusieurs heures par jour. Tumann se méfie de lui et prend un malin plaisir à lui prouver que les lits sont mal faits. Nous devons alors nous engouffrer dans nos Blocks jusqu'à la nuit pour refaire nos paillasses avant le grand appel et la soupe qui n'est, dans ce cas, distribuée qu'à minuit. »

L'administration est la même que dans les autres KZ. Mais à Neuengamme les verts allemands ont occupé toutes les fonctions jusqu'à l'été 1944, où elles sont passées aux rouges (les politiques). Comme ailleurs aussi, les verts terrorisent les politiques et aggravent leurs privations en volant le plus possible de leur maigre nourriture. Toutes les nationalités sont présentes à Neuengamme pendant l'été 1944. Les Polonais constituent à eux seuls le quart de l'effectif; beaucoup n'ont pas été déportés pour leur action politique mais comme travailleurs. Russes et Polonais, étant les plus nombreux, imposent leur loi. Ils malmènent les Français considérés comme des collaborateurs puisque pour eux le gouvernement de Vichy est devenu l'allié des Allemands. Si bien que les Français ne peuvent accéder à aucun poste. Parmi eux, Jacques Félix Bussière, préfet régional de Marseille, et le journaliste Roland Malraux, frère d'André Malraux, arrêté le 21 mars 1944, à trente ans.







Sévices

Ils sont du même ordre que dans les autres KZ. Des exemples empruntés au témoignage de Louis Maury l'illustreront.

Le Revier

« Le Revier est constitué par un ensemble de quatre baraques où sont entassés jusqu'à 2 000 malades. Le four crématoire est à proximité immédiate, bel exemple d'organisation rationnelle. Une diète intégrale de quatre jours achève les malheureux anémiés par des mois de soupe aux rutabagas, épuisés par le travail intensif sous la schlague, le manque d'hygiène et de sommeil. Tout nouvel arrivant doit se dévêtir entièrement et passer aux douches, puis, sans être séché (les serviettes n'existent pas), attendre tout nu dans une cour glaciale la bonne volonté des infirmiers allemands, nommés Kalfaktor. Ces derniers manipulent cyniquement, sous les yeux des futurs hospitalisés, les cadavres de la journée dont le départ pour le crématoire libère une place. Ils jettent ces corps raides et désarticulés sur une petite poussette. Lorsqu'ils sont certains que leurs chiffres de morts et de vivants correspondent avec l'effectif réel, ils daignent faire rentrer les nouveaux à grand renfort de coups de pied et de bourrades. Certains tombent pour ne plus se relever. Leurs cadavres vont immédiatement rejoindre les autres sur la petite voiture à bras.
En arrivant dans le Block, le nouveau, grelottant de fièvre et de froid, reçoit une guenille appelée chemise, très courte, dépassant rarement les fesses. En effet, les précédents propriétaires de cette loque, c'est-à-dire les morts, en ont déchiré le bas pour faire des mouchoirs ou des pansements. Les infirmiers allemands trouvent très spirituel de prédire l'assimilation prochaine de ces loques à des soutiens-gorge. Il est difficile de trouver une place dans un lit et une procession de fantômes aux cuisses atrophiées se bousculent dans des chambres surpeuplées, d'où ils sont repoussés impitoyablement et battus. Ceux qui parviennent à se glisser sous des couvertures se trouvent mêlés à des dysentériques ou des pneumoniques. Les lits n'ont évidemment pas de draps. Comme il y a trois étages de niches démontables, les interstices entre les planches mal jointes provoquent toujours des surprises aux malades couchant sous les diarrhéiques qui sont en majorité. Dans l'infirmerie, il meurt en moyenne plus d'un homme par heure, et certains jours de décembre on a compté jusqu'à deux cents cadavres au crématoire. »


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naga
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Mar 19 Juin - 2:29


Les kapos

« Karl, le chef du Block 13, n'a pas son pareil pour abattre d'un coup de poing un retardataire. Il adore discourir et s'enivre d'alcool de pomme de terre qu'il se procure dans des conditions restées inconnues. Il a des yeux de fou et nous réveille la nuit pour prononcer de longs discours dans une attitude théâtrale, debout sur une table. Il ordonne à des interprètes de traduire d'abord en russe, car il apprend cette langue; ensuite il va se coucher, mais exige que nous restions pour écouter la traduction dans les autres langues, qui doit être faite à mi-voix pour ne pas troubler son sommeil. Il estime que le français est une langue dégénérée et souvent ne fait pas traduire dans la langue de Descartes ses leçons de morale et de propreté. Il semble ainsi nous punir. Karl a un sens très personnel de l'humour. Une nuit, après une alerte, il nous annonce qu'il a pris la décision de ne plus se servir de sa cravache pour nous battre, Devant nous alignés, il la jette dans le feu et se fait apporter par les Stubendienst souriants une énorme matraque. Se précipitant alors dans les rangs affolés, il assomme une demi-douzaine de malheureux, dont un vieux colonel français qui s'était assis derrière nous pour dormir. »

L'appel

« Sous la lumière aveuglante des gros projecteurs, nous attendons des heures, transpercés de froid, de pluie ou de neige. Le froid commence par les pieds, et les mains que nous n'avons pas le droit de mettre dans les poches, puis attaque le dos. Spectacle étrange que des milliers d'épaules se roulant légèrement pour obtenir un frottement donnant l'illusion du mouvement et s'immobilisant au fur et à mesure que nos gardiens passent à proximité pour reprendre de plus belle dès que nos tortionnaires disparaissent dans les autres rangées. Il y eut, au printemps 1944, un appel de vingt heures où, pour finir, les SS arrosèrent avec une lance d'eau glacée des centaines, d'hommes stoïques et figés. Certains voulant s'enfuir sous l'effet d'une dépression nerveuse furent abattus sur place. Le 30 janvier 1945, jour anniversaire de la prise du pouvoir par A. Hitler, à peine vêtus, par 20 °C au-dessous de zéro, nous subissons un appel de six heures qui fait de nombreuses victimes. Les SS vérifient si nous n'avons pas réussi à dissimuler un tricot ou une chemise supplémentaire; celui qui est surpris trop habillé reçoit 25 coups de schlague au cours desquels l'évanouissement survient vers le huitième coup. Les hurlements du délinquant croissent à partir du troisième ou quatrième, puis s'éteignent rapidement. »

Exécutions

Pendaisons

Le KZ de Neuengamme a fonctionné aussi comme un centre d'exécutions. Ainsi, en octobre 1941, des officiers et des commissaires soviétiques y sont pendus.
Dans Tragédie de la déportation , 0. Wormser et H. Michel rapportent, en exemple, le témoignage du docteur Georges Salan, chef départemental des MUR du Gard, déporté politique à Neuengamme :

« Un soir, nous fûmes conduits en rangs de cinq sur la place d'appel où se trouvait déjà, disposée en fer à cheval, toute la population du camp. Il devait se préparer un événement d'importance, car la musique était là au complet. Et voilà qu'une dizaine de nos camarades apparaissent à une extrémité de la place, soutenant un grand gibet en forme de poteau de football. Le gibet dressé au milieu de notre formation, une petite table surmontée d'un escabeau est installée sous la barre transversale et nous voyons venir deux Russes, mains enchaînées, l'un vêtu en zébré, l'autre en tenue de camp. Lorsqu'ils sont devant la table, un officier SS lit une sentence de laquelle je retiens que nos deux camarades vont être pendus pour crime de pillage. La lecture terminée, la musique se met à jouer pour ne plus s'arrêter durant toute la cérémonie. Ce ne sont que rythmes allègres se succédant sans interruption. Pendant ce temps est hissé sur la table, puis sur l'escabeau, le jeune Russe en tenue zébrée. On lui entrave les pieds, lui glisse le nœud autour du cou. L'escabeau est retiré d'un coup sec et c'est fini. On attend une dizaine de minutes pendant lesquelles l'harmonie des cuivres remplit le silence de mort et on passe au suivant, après avoir décroché le premier qui gît là sur le sol. Répétition des mêmes gestes, troublée toutefois au dernier moment par une exclamation vengeresse de la victime : " Vous nous pendez maintenant, mais vous serez pendus. " Justice étant rendue, la musique fait lentement, en continuant à souffler dans ses cuivres, le tour de la place, tandis que des hommes de corvée emmènent au crématoire les corps encore chauds de nos deux malheureux camarades, auxquels un SS vient de loger au préalable une balle dans la tête. »

Gazages

Le procès instruit par les Britanniques contre les SS du KZ a prouvé que deux opérations de gazage ont eu lieu à Neuengamme à l'aide du Zyklon B. Chaque fois il s'est agi de Soviétiques provenant du camp de prisonniers de guerre de Fallingbostel: 193 en septembre 1942 et 251 en novembre de la même année.
Comme il n'y a pas de chambre à gaz dans le KZ, c'est le Bunker qui est aménagé : il est rendu étanche par de nouvelles portes et muni d'un système de tuyaux pour la diffusion du gaz.

Les kommandos de travail du camp central

Le général Pierre Brunet, auteur d'une monographie du KZ publiée sous l'égide de l'Amicale de Neuengamme, précise le travail auquel sont astreints les déportés. Il note qu'à la fin de 1942, l'effectif du camp central dépassait 13 000 détenus, employés dans les nombreuses usines installées autour du KZ, notamment la Metallwerke (mitraillettes et canons de fusils), la Messap (mouvement d'horlogerie pour les bombes à retardement), la Jastram (vedettes rapides), la Deutsche Ausrüstung Werke (DAW: production générale d'armement), etc. Les détenus des kommandos affectés au travail dans ces usines ont un sort relativement moins pénible que ceux qui sont employés dans les kommandos habituels d'entretien et d'aménagement des KZ. Mais l'immense majorité des déportés du camp est utilisée dans des kommandos beaucoup plus éprouvants: c'est le cas du kommando Sandbau qui décharge les péniches et transporte les matériaux de construction et les sacs de sable; de plus, les SS font, par jeu, basculer les détenus dans les canaux: s'ils ne sont pas capables de s'en tirer seuls, ils se noient.

Louis Maury mentionne un autre kommando où sont " récupérés " les inaptes:

« Tous les vieux, les éclopés, les manchots, les unijambistes travaillent dans les caves des bâtiments de ciment, serrés les uns contre les autres, assis sur de dures banquettes en bois, placés devant une grande poutre d'où pendent de vieux morceaux d'étoffes hétéroclites qu'il faut tresser. Le tas de chiffon est placé entre les jambes et il doit diminuer régulièrement. Il s'agit en effet chaque soir de présenter vingt-cinq mètres de tresses, faute de quoi le forçat doit revenir après l'appel de neuf heures, pour terminer sa tâche. L'absence d'air, de lumière, le surpeuplement amènent vite une tuberculose à évolution rapide; la poussière dégagée par les chiffons est extrêmement pénible; l'épidémie d'érysipèle est permanente. Les conversations sont interdites et le délinquant est frappé sans préavis, par-derrière. Un des kapos, Walter, s'amuse à frapper ceux qui sont près de lui, sous prétexte qu'il ne veut pas se déranger pour punir les vrais bavards et que nous sommes tous solidairement responsables. »

Le kommando le plus redouté est le Sonderkommando. Il assure le fonctionnement des crématoires, qui brûlent jour et nuit. Le premier crématoire fonctionnait au charbon; un second, alimenté par le mazout, est construit au cours de l'automne 1944. Le Sonderkommando comprend 300 hommes. Il est renouvelé tous les trois mois, les 300 hommes étant pendus afin que soit assuré le secret sur les victimes incinérées.

barraque





LES KOMMANDOS EXTÉRIEURS

Ce sont 75 kommandos des plus importants qui vont dépendre de Neuengamme: 58 d'hommes et 17 de femmes. Ils s'implantent de la frontière germano-hollandaise (autour de Hambourg, Brême, Minden, Hanovre) au Schleswig-Holstein, à l'embouchure de la Weser, dans la région de l'Elbe moyenne et jusque dans les îles anglo-normandes (à Aurigny).

L'étude du général Brunet permet de faire le point.
C'est le 28 août 1942 qu'est créé le premier kommando à Wittenberge sur l'Elbe, où l'usine Phrix-Werke utilise la paille pour fabriquer de la cellulose et un ersatz de farine. Ce sont ensuite les aciéries Hermann-Goering de Brunswick qui installent des kommandos à Drütte et à Salzgitter. À Brême les usines Borgward, qui construisent des véhicules blindés pour l'Afrikakorps, reçoivent un kommando d'un millier de Polonais. Dans le port de Hambourg, les entreprises Blohm et Voss reçoivent chacune un kommando de 400 à 500 hommes pour des constructions navales. À la fin de 1942, l'effectif des détenus des camps extérieurs est supérieur à celui du camp central. Tous ces kommandos relèvent de la compétence du commandant SS implanté à Hambourg. Il forme par exemple 17 kommandos de femmes provenant d'Auschwitz et de Ravensbrück, soit 12 000 prisonnières. Parmi les kommandos particuliers, il décide la création de trois équipes volantes chargées de la remise en état des voies ferrées rendues inutilisables par l'aviation alliée: la première, implantée dans l'île anglo-normande d'Aurigny, est composée par des israélites arrêtés en France qui n'ont pas été envoyés à Auschwitz parce qu'ils avaient des épouses chrétiennes, la seconde est partagée entre Brême et Osnabrück, la troisième entre Bad Sassendorf et Soest.

Parmi les fabrications civiles pour lesquelles sont employés les kommandos, le général Brunet cite: le ciment à Neesen, le cuir à Horneburg, les accumulateurs à Stöcken Accus puis à Hanovre, le sucre à Uelzen, la cellulose à Wittenberge, les automobiles à Linden (usines Hanomag), Fallersleben et Wolsburg (usines Volkswagen), Brunswick (usine Büssing), la tréfilerie Salwedel, le caoutchouc à Stöcken Conti (près de Hanovre), les raffineries de pétrole ou les dépôts d'essence comme à Schandelah, Misburg et à Hambourg, les kommandos de Jung Oel, Popenbüttel et Sasel, les constructions de marine marchande fluviale à Boizenburg et à Hambourg. Pour les fabrications militaires, comme l'usine de masques à gaz de Limmer et les usines de munitions Eidelstedt et Fühlsbüttel près de Hambourg, d'autres kommandos sont requis.

La Kriegsmarine est une grosse consommatrice de déportés du fait du nombre important de ses bases, notamment de sous-marins, implantées dans la région. Ainsi le port de Wilhelmshaven emploie un kommando de 1 000 hommes pour l'entretien et l'amélioration de sa jetée. L'immense chantier Valentin à Brême-Farge sur la Weser confie à 2 700 déportés le soin de construire un immense refuge sous?marin sous quatorze mètres de béton, etc. Les déportés travaillent aussi pour la Luftwaffe : construction de nouveaux terrains d'aviation et usines produisant moteurs, cellules et équipements divers, etc.
Albert Rohmer montre combien le travail peut être pénible pour certains kommandos. Il expose le cas de ceux de la mine de sel d'Helmstedt :

« La Salzkolonne, groupe le plus nombreux, écrit-il, exécute le travail de mine par excellence: creusement et nivellement des Kammern, salles de 20 mètres sur 40, accordées aux Strecken par de courtes galeries en pente. Il y a une centaine de ces salles. Les hommes y travaillent le torse nu, sous le plafond bas (2 mètres), dans la poussière de sel. Les gros blocs sont détachés à la dynamite. Et pendant l'heure qui suit les explosions, on vit dans un épais nuage de sable salé. Cet aérosol a au moins l'avantage de tarir les rhinites et le terrible problème du mouchage (essayez de vivre des mois sans mouchoir ni papier!) ne se posera pas avant le soir. Armé de pics, pioches, pelles et marteaux, ce peuple de fourmis devait être plaisant à voir, penché silencieusement sur son travail. Le gros ennui des chambres à sel était le manque d'air. L'aération n'était pas installée au Schacht Marie. L'appel d'air du puits de la mine ventilait suffisamment les allées principales; les allées latérales, le réseau éloigné et surtout les Kammern manquaient d'air. Les premiers jours on pense étouffer: il n'en est rien et l'organisme s'accommode tant bien que mal. Respiration rapide, coloration jaune de la peau et surtout fatigabilité rapide. Ce furent les Hollandais qui supportèrent le moins bien le vase clos. De 60 en juillet, ils n'étaient plus qu'une dizaine en janvier et les derniers crachèrent leurs poumons tuberculeux à Woebbelin, avant et après la libération. »

Liste des kommandos

Ahlem Hannover - Altgarga - Altegarde Elbe - Aumund - Aurich Engerhafe - Bad Sassendorf - Barkhausen - Barskamp - Baubrigade I, II, V & XI - Beendorf Helmstedt - Bergstedt - Blummenthal - Boizenburg - Braunschweig - Bremme Farbe - Bremme Osterort Reisport - Bremme Schutzenhof - Bremme Vegesack/ aumund - Bremme weser - Brink hannover - Brunswick Busing - Dalum - Dreutte - Engerhafe - Fallersleben Laagberg - Farge - Fidelstedt - Finkenwerder - Fludwigslust - Fulsbuttel - Geilenberg - Glassau bei Sarau - Goslar - Gross Fullen - Gross Hesepe - Hamburg - Hausberge Porta - Helmstadt - Hidelsheim - Horneburg - Howachts Lütjenburg - Kaltenkirch Heinkaten - Kiel - Ladelund - Langenhagen Hannover - Langenhorn Hamburg - Laasberg - Ladelung - Lengerich - Lerbeck - Limmer Hannover - Linden - Lübberstadt - Lujtenberg - Meppen - Minden - Misburg Hannover - Mölln - Neesen - Neugraben - Neuhof - Neuland Bremen - Neunkirchen - Neustadt - Nutzen - Ohldorf - Osnabruck - Osterort - Poppenbüttel Sasen - Porta Westfalica - Salzwedel - Sandbostel - Sasel - Salzgitter - Schandelah - Schützenhof Bremen - Schwessing Husum - Sollstadt - Spaldingstrasse - Steinwerder - Stöcken Hannover - Stuklenwert - Tiefstak - Uelzen - Veleen - Veerssen - Vegesack Aumun - Verden Aller - Wandsbeck - Watenstedt Drütte Salzgitter - Wedel - Wilhemsburg Hamburg - Wilhemshaven - Wittenberge - Wolfsburg - Wöbbelin Ludwigslust.

TRAGIQUE ÉPILOGUE

Des déportés ont essayé de s'organiser clandestinement à Neuengamme pour faire face à un massacre général possible avant le départ des SS. Comme pour la plupart des autres KZ, les derniers mois seront dramatiques, aussi bien dans le camp central que dans les kommandos. Et un drame terrible va se produire à Lübeck.


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naga
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Mar 19 Juin - 2:35


Résistance

H. Langbein rapporte que des détenus travaillant dans le bureau des registres ont, à de nombreuses reprises, sauvé leurs camarades en échangeant leur état civil avec ceux des morts. Il cite le cas de deux aviateurs anglais abattus en mars 1943 au voisinage de Hambourg, arrivés grièvement blessés au Revier, que les SS avaient décidé d'exécuter et qui furent sauvés (" On s'arrangea pendant la nuit pour leur substituer deux cadavres qui se trouvaient dans la morgue. ").
Le même auteur signale qu'un Directoire militaire est mis en place par les déportés, avec le Russe Bukrejev à sa tête. Mais l'entreprise ne devait pas aboutir. L'organisation secrète fut dépassée par les événements. Le 18 avril, immédiatement avant l'évacuation, des dissensions violentes éclatèrent au sein du Directoire composé d'un Russe, un Polonais, un Français, un Belge et un Autrichien. À l'époque, les représentants des autres nationalités avaient été inclus. Un médecin tchèque, Bohumil Doslik, note:

« Les Russes s'entêtent à prendre le pouvoir par les armes. Si nous ne nous soulevons pas dès que possible pour profiter du moment favorable, alors que les autorités sont désemparées, nous condamnons le camp à la mort. »

Mais le groupe ne disposait que de trois pistolets, avec peu de munitions, alors que quelques compagnies restaient encore sur place pour assurer la surveillance. On ne prit donc aucune décision qui aurait pu avoir des conséquences graves. Dès le lendemain, la main du destin s'abattit sur les détenus. L'évacuation commença.

Assassinats

Le comportement des autorités de Neuengamme est semblable à celui des autres KZ: exécutions jusqu'au dernier moment et évacuations inhumaines. Un massacre particulièrement abominable a lieu vers la mi avril 1945. Tragédie de la déportation rapporte le témoignage du médecin SS Trzebinski devant le tribunal de Hambourg. Il explique que le commandant du KZ Pauly lui a donné l'ordre de tuer les enfants sur lesquels des inoculations de divers bacilles avaient été pratiquées dans le centre d'expérimentation scientifique du camp dirigé par le médecin SS Hassmeyer. Au nombre de vingt, dix garçons et dix fillettes, ils étaient arrivés d'Auschwitz en juillet 1944 et étaient logés au Block 18. Ces cobayes étaient nourris convenablement et pouvaient jouer devant leur baraque.

« Sauver les enfants était chose impossible, dit Trzebinski, et leur injecter du poison était également impossible, car ils ont les artères trop petites. Les 20 enfants sont alors conduits dans un abri de bombardement installé dans les sous-sols. Trzebinski reste avec eux pour les calmer. Il leur dit qu'avant le voyage qui allait les libérer, ils allaient être piqués contre le typhus. Les malheureux petits tenaient serrés dans leurs bras leurs jouets et le petit ballot qui contenait tout leur pauvre bien. lis s'assoient sur les bancs. Ils ont de cinq à douze ans. Il fait nuit. L'un après l'autre, il les pique à la morphine. Au fur et à mesure qu'un enfant est injecté, il se roule dans une couverture. Petit à petit, la drogue faisant son effet, les enfants s'endorment. Le sous-officier SS Framm emmène alors dix enfants, Trzebinski le suit dans une cave où une corde à nœud pend à un crochet. Framm passe le petit corps tout endormi dans la boucle et s'accroche à lui avec tout le poids de son corps, afin de hâter la mort. Trzebinski se sent mal et va dans la cour prendre l'air. Après une demi-heure, il revient dans la cave où le corps inerte d'une petite fille pend à un crochet. Dans un coin gisent déjà trois cadavres. Quelque temps après, dans l'abri, il ne reste plus que vingt couvertures entrouvertes et les petits paquets entassés dans un coin. »

Évacuations

En avril 1945, l'avance alliée à l'ouest provoque le départ des kommandos vers le camp central. Il est extrêmement difficile de préciser le destin de ces kommandos. Ordre est donné aux déportés de faire route à pied vers Neuengamme. Les malades sont, en principe, dirigés par voie ferrée sur le KZ de BergenBelsen. On a déjà décrit le calvaire de ces colonnes à pied, la souffrance des déportés, la hargne des SS, la balle dans la nuque qui abat les traînards. Ainsi que celui des " trains de la mort ", errant de gare en gare, sous les bombardements alliés.

Quelques jours après, l'ordre est donné d'évacuer le camp central. Trois convois partent donc l'un pour Bergen-Belsen, l'autre pour Sandbostel, le dernier pour Lübeck. Peu de déportés devaient atteindre ces trois destinations. La confusion est telle que le train pour Sandbostel n'atteint ce Stalag (Stalag XB) qu'après un périple de 735 kilomètres. Même parmi les arrivants, peu survécurent. Lorsque Sandbostel est libéré le 29 avril 1945, des centaines de corps gisent sur le sol, tandis qu'un plus grand nombre encore est entassé dans des fosses communes.


Conclusion

D'après l'étude du général Brunet, 106 000 déportés ont été détenus à Neuengamme, dont 15 000 Soviétiques, 13 000 Polonais et 8 800 Allemands. Les Français ont été 11 000 pour le général Brunet et de 11 000 à 13 500 pour M. Robert Pinson, président de l'Amicale internationale de Neuengamme .
M. Pinson estime qu'il y a eu 55 000 morts, dont 7 000 à 8 000 Français.




Memorial





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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 25 Juin - 3:01


Ravensbrück est le camp
de concentration des femmes.



Ravensbrück a été le premier camp de femmes aménagé par les nazis. Ce sera la plaque tournante de la déportation des femmes. L'Amicale de Ravensbrück et l'Association des déportées et internées de la Résistance ont publié une remarquable monographie. La qualité de la recherche est telle qu'il suffit de présenter cet ouvrage.



LE KZ DE RAVENSBRÜCK

Le camp

Ravensbrück est située en Allemagne orientale, dans le Mecklembourg, près de la petite ville de Fürstenberg et à 80 kilomètres au nord de Berlin. Le site est désolé. Autour d'un lac s'étend une zone marécageuse de dunes et de sables gorgés d'eau. À la maigre végétation s'ajoutent des massifs forestiers de bouleaux et de conifères. Un vent glacé souffle sans trêve. Le climat est si rigoureux que cette région est appelée la " petite Sibérie mecklembourgeoise ".

A la fin de 1938, 5 00 prisonniers sont amenés du KZ du Sachsenhausen pour construire là un camp de concentration. Le 13 mai 1939, 867 déportées arrivent à Ravensbrück, soit 860 Allemandes et 7 Autrichiennes. Suivent, le 29 juin, 440 femmes tziganes avec des enfants (dont aucun ne survivra), puis le 23 septembre les premières Polonaises. À la fin de décembre 1939, le KZ de Ravensbrück compte 1168 femmes déportées. Il a été construit sur le même plan que les autres KZ. En 1939, il est entouré d'un mur élevé et d'une enceinte électrifiée. Il comporte seize baraques avec leurs dépendances, ainsi qu'un camp plus petit réservé aux hommes. Des miradors surveillent l'ensemble. Le camp initial sera agrandi à plusieurs reprises, et à la fin il sera composé de trente-deux Blocks et de nombreux locaux administratifs.
Les SS résident dans des villas confortables proches du KZ.






De la rééducation à l'assassinat

En 1939, les détenues ont des conditions de vie acceptables. Certes, les appels occupent déjà quatre à cinq heures de la journée. Et la discipline est sévère. Les punitions comportent la bastonnade, le cachot et la privation de nourriture. Mais les huit heures de corvée sont supportables. Germaine Tillion a établi une chronologie. Celle-ci montre que les détenues, en 1940 et en 1941, proviennent des pays occupés par la Wehrmacht : Autrichiennes, Tchèques, Polonaises (4 308 femmes arrivent de Cracovie le 23 août 1940), Hollandaises, Norvégiennes, ainsi que des juives, des Témoins de Jéhovah, des Tziganes (550 en janvier 1941) et, en octobre, le premier contingent de jeunes femmes soviétiques.

En 1941, les SS commencent à louer des détenues comme ouvrières agricoles ou manœuvres dans des usines d'armement. L'entreprise Dachau, implantée dans le camp même, obtient la création d'équipes de nuit afin que la production ne soit pas interrompue. Les exécutions commencent pendant l'hiver 1941-1942 : la première " sélection " conduit 1600 femmes à la mort; elles sont amenées par camions à Dessau pour y être gazées. Les premières Françaises arrivent dans le courant de janvier 1942, par petits groupes, provenant de la prison de Lille et de celle de la Santé de Paris.

Pendant toute l'année 1942 ont lieu des exécutions de politiques polonaises et de prisonnières soviétiques.

• Du 3 février à fin mars, dix petits transports, dits " transports noirs ", partent pour conduire vers la mort des femmes à Buchbei-Berlin et à Bernburg.

• Du 23 au 26 mars, un transport de 1 000 femmes, surtout des Allemandes d'origine juive ou tzigane, part pour ouvrir un camp de femmes à Auschwitz. Fin mars, un transport composé surtout de prisonnières juives est envoyé à Maïdanek où elles seront tuées.

• En avril, il y a environ 5 500 femmes dans le camp. 10 000 y ont été déjà immatriculées.

• En août, 380 femmes sont envoyées à Auschwitz. 75 étudiantes et lycéennes polonaises sont prises pour des " expériences médicales ": elles seront opérées par petits groupes à cette époque, puis de nouveau en août 1943.

• Le 5 octobre, 622 femmes sont envoyées à Auschwitz (dont 522 juives).

• Le 5 décembre, 15 518 femmes ont été immatriculées à Ravensbrück. 6 000 d'entre elles ont été envoyées dans des fabriques d'armement. Les ateliers Siemens-Halske sont construits à proximité du camp pour éviter de perdre du temps en déplacements. A Ravensbrück, la durée du travail passe de douze à quatorze heures par jour.

La chronologie de Germaine Tillion indique ensuite qu'à partir de 1943 des transports partent pour être gazés à Linz. En mars est mis en route un crématoire à deux fours (avant, les crémations s'effectuaient à Fürstenberg). Un second crématoire sera construit à l'automne 1944.

• Le 29 avril 1943 arrivent 213 Françaises, qui ont quitté Romainville le 27, puis le 1er août un convoi de 58 femmes venant de Fresnes et de Romainville (ce sont les premières NN). Le 2 septembre, 139 suivent, toujours parties de Romainville. En septembre, 150 Françaises quittent Ravensbrück pour Neubrandebourg.

En 1943 de nombreux et importants convois de femmes soviétiques entrent à Ravensbrück. Désormais, les conditions de vie s'aggravent. Les Blocks sont encombrés. Les femmes doivent coucher à deux sur une paillasse de 75 centimètres sans couverture. La nourriture diminue: 250 grammes de pain par jour. La violence s'accentue. En 1944, toujours selon la chronologie de Germaine Tillion, un grand " transport noir " conduit 800 femmes aux chambres à gaz de Maïdanek.

• Le 3 février arrive le plus important convoi de femmes françaises: elles sont 1 000. Des convois de main-d'œuvre partent pour Neubrandebourg, Hanovre, Limmer et Bartensleben, ainsi que pour Holleischen et Zwodau en Tchécoslovaquie.

• Le 26 juillet arrive le convoi français dit " des 46 000 ": il comprend 106 femmes qui ont quitté Romainville le 14 juillet et sont passées par Neubren, près de Sarrebrück.

• Du 2 au 30 août, plusieurs milliers de prisonnières arrivent d'Auschwitz.

• 2 septembre : un convoi de main-d'œuvre part pour Leipzig. Dans le courant du mois, plusieurs milliers de femmes évacuées de Varsovie sont amenées au camp. Les Polonaises sont alors environ 14 000. Parmi elles se remarquent des religieuses catholiques provenant d'un couvent de franciscaines polonaises. Elles sont regroupées sous une tente et mourront presque toutes.

• 2 octobre : départ d'un transport de travail pour Zwodau.

• En novembre : le dernier " transport noir " quittera Ravensbrück avec 120 déportées, qui seront gazées à Hartheim. Les gazages suivants seront effectués sur place, une chambre à gaz ayant été installée en décembre 1944 à Ravensbrück. Elle peut contenir 150 personnes à la fois.

• En décembre 1943, Germaine Tillion indique que 91 748 femmes ont été immatriculées à Ravensbrück, et que 43 733 sont présentes au camp.

« En 1944, les déportées affluent, non seulement des pays occupés, mais de certains kommandos et plus tard d'Auschwitz. Les transports pour le travail deviennent plus difficiles à cause des bombardements. De nouvelles baraques sont construites près des usines pour 2 000 détenues. Les Blocks sont surpeuplés. Trouver un coin de châlit chaque soir (il n'y a pour ainsi dire plus de paillasse) devient une lutte angoissante. On dort où on peut, par terre, dans les lavabos, etc. Il n'y a plus assez de robinets, de WC. La saleté et la vermine deviennent insurmontables. La discipline se relâche. L'appel du soir est supprimé. Les détenues sont vêtues en majorité de loques (dont n'a pas voulu le Secours d'hiver allemand) marquées de croix peintes sur le dos pour qu'elles ne puissent pas servir à une évasion. Il y a de moins en moins à manger: 200 grammes de pain, pas de pommes de terre, des soupes immondes. Il y a encore des conditions de vie pires que dans les Blocks: le commandant du camp a fait dresser en août 1944, à l'emplacement du Block 25, une grande tente de 50 mètres de long provenant de l'armée allemande. A même le sol, que recouvre à peine une mince couche de paille souillée bientôt d'excréments, s'entassent plus de 3 000 femmes, parfois avec des enfants. Pas de couverture, pas de paillasse, ni eau, ni lumière, ni installation sanitaire, aucun chauffage. Les épidémies s'emparent des malheureuses qui y sont enfermées: ce sont d'abord les Polonaises arrivant de Varsovie, puis des déportées d'Auschwitz. »

En 1945, tout s'aggrave encore. Le massacre s'intensifie sous toutes les formes dont le gazage jusqu'au 30 avril où l'armée Rouge entre dans le camp de Ravensbrück. L'administration du camp est identique à celle des autres KZ, avec cette différence qu'il s'agit de femmes.
Les commandants du KZ de Ravensbrück sont successivement :

• de 1939 à octobre 1942 : Max Koegel qui quitte Ravensbrück pour Maïdanek, puis Flossenbürg, où il reste jusqu'à la fin (à Ravensbrück, il extermine notamment les Témoins de Jéhovah),

• d'octobre 1942 à la fin : Fritz Suhren. (Il extermine les femmes âgées et trop faibles pour travailler, installe les chambres à gaz et porte la responsabilité de l'assassinat de plusieurs milliers de femmes).


Ainsi, la nature du KZ de Ravensbrück a évolué parallèlement aux péripéties de la guerre: de camp de " rééducation " en 1939, il n'a plus rien à envier aux autres KZ en 1945.






LES DÉPORTÉS À RAVENSBRÜCK

À leur arrivée au KZ, les déportées font connaissance avec la brutalité systématique des SS et des femmes kapos. L'uniforme rayé, la désinfection, la quarantaine les font plonger dans un monde nouveau pour elles, fait de violence, de promiscuité, où tout manque, où " la vie semble irréelle; nous vivons un cauchemar sans fin et ressentons une angoisse mal définie de mauvais rêve où l'on s'enlise, où l'on se débat sans espoir. À Ravensbrück, parler du quotidien n'a presque plus de sens "...

Essayons pourtant...

La vie quotidienne

Le livre-référence publié par l'Amicale de Ravensbrück et l'Association des déportées et internées de la Résistance relate les étapes de la vie quotidienne des déportées .

Le matin

« A trois heures et demie, la sirène hurle le réveil; il fait noir, il fait froid. Les corvées de café sont déjà à la peine; elles ont dû courir aux cuisines et, dans la nuit, traînent les bidons pleins. Pendant ce temps, les autres s'agitent comme des automates; il faut s'habiller, arranger le lit réglementaire. Nous nous habillons sur le lit, accroupies et la tête baissée. On joue des coudes pour accéder aux robinets et aux cabinets.
Au Waschraum, qui compte une vingtaine de lavabos et de bacs, ou de fontaines circulaires, quand ils fonctionnent tous, pour plusieurs centaines de femmes, c'est la cohue et pourtant toutes ne réussissent pas à passer. Il faut choisir entre la queue au lavabo, la queue aux WC et la queue au café. Quand on réussit à approcher d'un robinet, sans savon, sans brosse à dents, vite une toilette sommaire.
Aux WC la queue est encore plus tragique qu'aux lavabos. Il y a en moyenne dix WC pour 1000 femmes, toutes désirant y passer en même temps avant l'appel. La saleté des WC est repoussante, leurs aménagements sont conçus pour avilir: ici les portes ont été systématiquement enlevées. Là il s'agit d'une longue banquette percée d'une vingtaine de trous. L'endroit est écœurant; il faut marcher dans une pourriture inconcevable: excréments, sang, ordures de toutes espèces. La puanteur qui se dégage sent la mort.
La bousculade continue pour la distribution du café : un quart de litre de décoction de glands grillés, âcre, sans sucre, même pas forcément chaude. On guette la distance qui nous sépare du bidon. On crie que les autres ne vont pas assez vite. On n'a pas le temps de tout faire et déjà la deuxième sirène retentit. On se bouscule encore, on s'affole. Il faut sortir du Block. La Blockowa accélère le mouvement en aspergeant les retardataires; souvent une Aufseherin s'en mêle à coups de bâton. Entre les deux sirènes, trente minutes d'agitation et de bruit ont bien préparé le premier appel de la journée; ce ne sont plus des femmes, mais un grand troupeau inerte, abruti, qui sort du Block. »

Les appels

« L'appel à lui seul vient à bout d'une prisonnière normale; c'est la terreur des bien-portantes, l'horreur des faibles, des dysentériques, des oedémateuses. C'est par excellence l'organe de la discipline du camp, celui qui mobilise le maximum de surveillants (SS, Polizei de tous grades), de chiens qui rôdent. Il y a plusieurs types d'appel: en plus du Zählappell pour le contrôle numérique du Block, il y a l'Arbeitsappell et enfin l'appel général pour le contrôle des effectifs du camp, appel qui trop souvent n'est qu'une longue punition déguisée.
Les Zählappells qui se renouvellent matin et soir durent des heures. Les kommandos extérieurs qui ne partent qu'avec le lever du jour restent en rangs dès 4 heures et ne démarrent qu'à 7 heures quand, l'hiver, la neige ou le brouillard ne les retardent pas. Le soir, il n'y a pas de limite: deux heures est un minimum rarissime. Les Allemands se trompent constamment, ils recommencent, comptent et recomptent. Pendant qu'ils nous comptent, nous sommes debout, immobiles, au garde-à-vous dans les intempéries, sous les coups et les injures. Pas un mot. Un silence de mort doit régner dans nos rangs. Quand une femme tombe, nous ne pouvons la relever; elle reste à terre jusqu'à la fin. Ou bien elle est ramassée à coups de botte ou de bâton. Les ravages sont immenses, nous sommes impuissantes. Avec le Zählappell, nous n'en avons pas terminé avec le garde-à-vous, puisqu'à ce moment, les colonnes de travail sont comptées et recomptées et attendent en silence de se mettre en branle. Puis, cinq par cinq, nous défilons devant la chef Aufseherin. Le tableau fait penser à un tribunal d'inquisition: des centaines, des milliers de femmes passent sous les projecteurs, dans un silence rythmé par le clac-clac des sabots, dominé par le Los ! Schnell ! des policières, les hurlements des SS. Celles qui sortent du camp attendent encore à la porte, où on les recompte au passage. Quelquefois, on arrête un kommando pour fouiller une camarade. Le soir, au retour, même cérémonial moins rapide encore, puisque le travail n'attend plus. »

Le froid et les intempéries constituent un calvaire permanent pour les détenues:

« Rien ne nous protège quand, la tête rasée et nue, nous restons dehors des journées entières. Glacées jusqu'aux os, nous dépassons le stade de l'engourdissement et de l'onglée pour atteindre celui de la douleur, terriblement pénétrante et durable. L'hiver est trop long, il ne finit jamais ! La proximité de la Baltique aggrave notre condition misérable: lorsque la neige et la glace nous laissent en repos, le vent souffle avec violence, contourne les Blocks, balaye la Lagerstrasse, traverse nos minces vêtements et nous fait chanceler. Il y a aussi les pluies torrentielles, dont l'eau finit par ruisseler sur le corps même, sous la robe que nous gardons trempée toute la journée et devons remettre le lendemain sans séchage pour affronter une nouvelle averse. Il y a le brouillard, enfin, qui monte du sol et nous colle à la peau. »

La nourriture

« Théoriquement, il y a trois repas par jour : le café du matin, la soupe à midi (au début, nous avions en plus quelques pommes de terre, trois par personne, puis deux, puis une, puis rien), le soir un " repas froid " quelle que soit la saison, composé de pain et de café-ersatz, qui a rapidement succédé à un maigre bouillon. Les samedis, dimanches et fêtes, le dîner comporte un petit supplément à la ration de pain, et parfois le dimanche une soupe améliorée, la " soupe blanche ", qui consiste en une claire bouillie, saccharinée et désagréablement diurétique, ou un " café blanc ", également sacchariné, également irritant pour la vessie. L'insuffisance des rations est aggravée par l'irrégularité et l'arbitraire des distributions: rentrées au Block, nous attendons des heures pour avoir le café. Plusieurs fois, nous l'avons eu à 1 heure du matin et, par un froid intense, et un vent glacial, nous avons été servies dehors. Parfois, il n'y aura pas de soupe par manque de charbon aux cuisines, nous n'aurons qu'un quignon de pain et un petit morceau de margarine. Pour les repas comme pour le reste, au fur et à mesure que le temps s'écoule, on constate la détérioration progressive des possibilités de survie. Les prisonnières cherchent dans les épluchures une carotte pourrie ou une pelure de pomme de terre; d'autres profitent des sorties de kommandos, telle l'équipe de bûcheronnes qui ramasse des champignons ou des faines. »

Mais la faim est là, toujours, permanente, obsédante.



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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 25 Juin - 3:07


Le manque d'hygiène

« L'unique chemise et la culotte qui nous sont remises à l'arrivée, tachées de sang, de pus et de souillures de poux, ont une couleur grisâtre, sont maculées, repoussantes, et les rinçages à l'eau claire n'en viennent pas à bout. Au début, on change notre linge tous les trois ou quatre mois, entre-temps, nous lavons celui que nous avons sur le dos, pièce par pièce, sans savon, à l'eau froide, pour le sécher, nous le pendons à la tête de notre lit et ne dormons que d'un oeil de peur de le voir disparaître. »

Les convois de déportées devenant de plus en plus nombreux, le linge n'est plus changé. Les poux sont partout, par grappes, dans tous les vêtements, dans toutes les doublures. Les puces s'y joignent le plus souvent. Les dortoirs deviennent invivables.

« La mauvaise couverture, déjà insuffisante, nous est retirée en février 1945 et nous devons coucher tout habillées. Les lits se touchent. Pour aller aux cabinets, nous enjambons les corps de nos camarades. Nous marchons sur des têtes, des pieds et ce sont des jurons. Cependant, cela arrive plusieurs fois par nuit, car cystite et dysenterie ne nous laissent aucun repos. Les dortoirs de Ravensbrück, la nuit, lorsqu'on voit se rendant aux toilettes et se soutenant mutuellement ces lamentables squelettes, haletant et crachant, demi-nus, donnent une vision d'épouvante, de misère, de souffrance et d'horreur telle que les fresques du Moyen Age représentant les damnés et l'enfer n'arrivent pas à l'égaler. »

Le travail

À l'époque où les Françaises arrivent à Ravensbrück, le but essentiel du camp est de fournir de la main-d'œuvre à l'industrie allemande. On a vu que pour les nazis ce travail doit être à la fois punitif, exterminateur, source de profit pour l'économie du Reich... et pour le parti et ses chefs, notamment Goering et Himmler. À mesure que le KZ devient surpeuplé, il fonctionne comme un dépôt et essaime de plus en plus de kommandos.

« Le camp ne fournissait pas seulement la main-d'œuvre bon marché aux entreprises dont les ateliers étaient à proximité, mais il en expédiait sur commande dans toute l'Allemagne. Pour le prix convenu, le commerçant ou l'industriel recevait les 500 ou 1 000 femmes demandées, ainsi que les Aufseherinnen armées de gourdins et les chiens dressés, capables de faire travailler douze heures par jour des femmes épuisées et pas nourries, jusqu'à ce qu'elles en meurent. Elles étaient alors remplacées par d'autres, sans supplément de dépense pour l'employeur. »







Le camp central

Les corvées ordinaires sont nombreuses: transport du café, du pain, des bidons de soupe, nettoyage des Blocks ou du Revier, entretien des bâtiments, etc. Certaines de ces corvées sont épuisantes ou répugnantes.

« Le transport des bidons de soupe par des femmes affaiblies devient une épreuve que tout le monde essaye d'éviter; deux prisonnières doivent porter un bidon de 30 à 50 litres environ; les porteuses fatiguées butent sur les pierres, glissent sur la terre ou la neige, heurtent le bidon, projettent de la soupe bouillante sur leurs pieds; et le désastre arrive parfois: elles tombent, ou une surveillante les bouscule et les frappe jusqu'à ce qu'elles tombent et répandent la précieuse nourriture. Parmi les corvées il y a, surtout les derniers mois, l'enlèvement des mortes entreposées à mesure sur le sol des lavabos et qu'il faut ensuite transporter à la fosse ou au crématoire... Les travaux d'entretien du camp étaient presque totalement assurés par des déportées étrangères. Les Françaises étaient arrivées en nombre alors que la plupart des Blocks et les rouages principaux du camp fonctionnaient déjà. Non seulement elles n'occupaient pas de poste d'autorité ou de surveillance, mais elles n'accédaient, sauf exception, ni à la cuisine, ni à l'infirmerie, ni à l'habillement, ni au jardinage...
Dans l'enceinte de Ravensbrück ou dans ses environs proches, le travail se fait dans des ateliers, sur des chantiers permanents et sur des chantiers occasionnels. Les installations permanentes les plus importantes sont une usine Siemens fabriquant de l'appareillage électrique et une entreprise de récupération de vêtements militaires: l'Industrie-hof. Des Françaises y travaillent, au milieu de beaucoup d'étrangères. L'effectif stable est complété, selon les besoins de chaque jour, par des désignations individuelles: le personnel du bureau d'embauche (Arbeitseinsatz) vient faire son choix chaque matin et parfois chaque demi-journée parmi les femmes disponibles.
Il semble qu'aucun travail demandé aux femmes déportées n'ait exigé plus qu'une formation d'OS, le tour était la machine la plus pénible et la moins facile à manœuvrer, pour des femmes sans expérience industrielle. Chez Siemens, exceptionnellement, le réglage des interrupteurs de radio était un travail de grande précision. Mais partout les femmes acquérront assez d'adresse pour pouvoir clandestinement fabriquer, en galalithe, en ersatz d'aluminium ou autres matières, quelques objets d'usage, un peigne, un manche de brosse à dents, une croix...
Plus pénibles que le travail d'usine pris en lui-même sont les conditions dans lesquelles nous le faisons et nous vivons. À elle seule, l'interdiction d'aller au WC, sauf à certains moments réglementairement fixés et beaucoup trop rares pour des femmes dysentériques, crée chez de nombreuses prisonnières une gêne et une véritable hantise; d'autant que les accidents, inévitables, sont punis, comme sont punies des paroles échangées avec une voisine, punie à plus forte raison la lenteur involontaire ou volontaire, punis les vols de chiffons pour faire des mouchoirs ou des serviettes de toilette. Tout est puni... »

D'autres travaux ont lieu en plein air à Ravensbrück ou aux environs. Les femmes souffrent du froid et du poids des objets à transporter. Le kommando des marais est chargé d'assainir les bords marécageux du lac pour récupérer de la terre cultivable. Le kommando du bois déterre les racines des pins coupés. Le kommando du charbon transporte les briquettes du lac aux logements des SS. Le kommando de la carrière creuse et transporte le sable. Un autre

« ... travaillait sur des terrains d'épandage à remplir de matière molle de lourds wagonnets; quatre femmes poussaient un wagonnet, et elles essayaient en vain, au retour, de se débarrasser de l'odeur. Mais le plus épuisant peut-être, c'était le rouleau compresseur. Nous faisions les fondations des routes du camp, et nous tassions le mâchefer en tirant un énorme rouleau de ciment de 1,50 mètre de diamètre, 3 mètres de long et qui pesait 8 à 900 kilos. Nous nous attelions à sept ou huit pour le traîner. C'était une vision évoquant l'esclavage assyrien. Outre ces ateliers et chantiers plus ou moins permanents, le bureau d'embauche fournissait également de la main-d'œuvre pour des tâches extérieures qui se présentaient occasionnellement. La principale était le déchargement de wagons remplis de marchandises pillées un peu partout, en Pologne, en Tchécoslovaquie: travail qui demandait de rudes efforts physiques quand il fallait remuer de ses doigts gourds la ferraille glacée, ou empiler les épaisses planches des chalets tchèques démontés. »

Les kommandos extérieurs

Véritable plaque tournante de la déportation des femmes, le KZ de Ravensbrück a fourni des kommandos extérieurs répartis dans l'Allemagne tout entière, certains d'entre eux comptant plus de 10 000 déportées. D'autres KZ ont de plus en plus fait appel à Ravensbrück pour les besoins de leurs propres kommandos, notamment Buchenwald, Dora, Flossenbürg, Mauthausen et Sachsenhausen. La majorité de ces kommandos extérieurs est mise au service de l'effort de guerre. Largement grâce à eux, on fabrique des pièces pour moteurs d'avion à Beendorf, à Zwodau (annexe des usines SiemensHalske), à Abteroda (entreprises BMW), des obus de DCA à Leipzig (Nordwerk, usine Hasag), des cartouches à Holleischen (poudrerie Skoda), des masques à gaz à Limmer-Hanovre où à Sachsenhausen (usines Auer) et des armements à Torgau (dépôts Muna), à Barth (usines Heinkel), à Wattenstedt (usines H. Goering), etc.

Dans certains de ces kommandos, les conditions de vie sont particulièrement pénibles. C'est le cas, par exemple, à Beendorf où les ateliers sont installés entre 600 et 800 mètres sous terre dans d'anciennes mines de sel - ou à Schlieben, à la frontière polonaise, où des Tziganes travaillent dans une poudrerie avec une hygiène et une nourriture pratiquement inexistantes... Les conditions sont également très pénibles pour les kommandos chargés de construire des routes et des terrains d'aviation, de déblayer les gares et les bâtiments bombardés, etc. Ainsi beaucoup de Françaises NN de Ravensbrück envoyées pour déblayer les voies ferrées à Amstetten près de Mauthausen sont tuées au cours d'un bombardement aérien.

Parfois le sort des déportées de ces kommandos est moins rude que dans le camp central, car les employeurs souhaitent conserver ces femmes en condition suffisante pour que le rendement soit convenable. C'est le cas à Belzig. Ce qui n'exclut ni les coups, ni le service de nuit, ni les " sélections " pour " liquider " les femmes trop affaiblies.

Liste des kommandos

Abteroda - Ansbach - Barth/Ostee (Heinkel) - Belzig - Berlin Oberschöneweide - Berlin Schönefeld (Heikel) - Borkheid - Bruckentin - Comthurey - Dabelow - Eberswalde - Feldberg - Fürstenberg (Siemens) - Hennigsdorf - Herzebrück - Hohenlychen - Karlshagen - Klutzow Stargard - Köningsberg Neumark - Malchow - Neubrandenburg (Siemens) - Neustadt/Glene - Peenemünde - Prenzlau - Rechlin - Retzow - Rostock Marienhe (Heinkel) - Stargard - Steinhoring - Schwarzenforst - Uckermark - Velten.

La résistance

Une organisation de résistance semblable à celle décrite dans de nombreux KZ d'hommes a-t-elle existé à Ravensbrück ? Le livre référence donne la réponse :

« Il n'existait pas dans le camp une organisation structurée de résistance avec une direction orientant et coordonnant l'action des différents groupes clandestins. Le travail s'effectuait sur la base de contacts personnels, plus ou moins systématiques, entre un nombre limité de femmes se faisant mutuellement confiance. Grâce à cette activité, il fut possible de placer quelques déportées politiques à la cuisine, au vestiaire, au magasin de chaussures, au service du travail, au Revier et jusque dans la police du camp. »

La solidarité a bien existé, dans la mesure du possible, entre les femmes des dix-huit nationalités de Ravensbrück :

« La solidarité en liaison avec le groupe international portait sur les vêtements, les chaussures, des suppléments de nourriture à distribuer en priorité aux malades, les médicaments, les soins au Revier ou les avertissements à ne pas s'y présenter quand on craignait l'extermination des malades, le changement de numéros d'immatriculation pour sauver des camarades de la mort, l'aide aux membres d'une même famille pour ne pas être séparés. Occasionnellement, l'organisation réussissait à faire entrer au camp des objets interdits: un chapelet, une bible, un dictionnaire, un recueil de poèmes, une brochure clandestine... »

À l'instar des hommes dans les autres KZ, les femmes se groupent par nationalités, les communistes formant un groupe à part très organisé. Pour pratiquer la solidarité et aussi pour se conforter mutuellement, elles se retrouvent dès que cela est possible pour parler et pour des activités intellectuelles. H. Langbein donne des exemples de cette forme de résistance de l'esprit :

« Olga Benario, Blockälteste à Ravensbrück, organisait dans son Block conférences, cours et soirées littéraires, où l'on récitait du Goethe, du Schiller, du Mörike. Souvent, pendant les moments de liberté dans les rues du camp, les femmes récitaient tout bas des poésies, parlaient de livres qu'elles avaient lus, de pièces de théâtre qu'elles avaient vues, pratiquant ce que certaines d'entre elles appelaient une gymnastique cérébrale. Pour éviter de sombrer dans l'hébétude et l'apathie, elles voulaient exercer leurs forces intellectuelles. La Russe Kudijawzewa et l'Autrichienne Käthe Leichter rapportent qu'elles récitaient devant des camarades des vers composés par elles. Des Hollandaises avaient même rédigé un petit opuscule comique de trois pages pour sortir leurs compatriotes de la tristesse du quotidien. »

Les Françaises n'étaient pas en reste dans ce domaine.
La solidarité du destin permet parfois de mieux faire face comme le montre, par exemple, ce convoi de déportées françaises arrivées ensemble à Ravensbrück, et qui restèrent groupées. Elles partirent ensemble dans les trois gros kommandos de Holleischen, de Leipzig et de Zwodau et y maintinrent leur organisation.
Mais les déportées s'efforcent de nuire à la production de guerre allemande.

« La détérioration des machines était difficile; la surveillance était très stricte, le délit constaté ou seulement soupçonné d'une gravité mortelle; et de plus, nous manquions de connaissances techniques pour provoquer un accident dont la réparation fût assez longue. Nous ne pouvions pas faire de gros dégâts, mais nous avons souvent appris, en observant des pannes normales, à en provoquer qui l'étaient moins, introduit par inadvertance des poussières au bon endroit, fait tourner une perceuse à vide jusqu'à ce que la tête se brise... Pour apprendre, nous profitions des conseils qu'on nous donnait ou que nous sollicitions d'un air appliqué: " Vissez à fond ", nous vissions à demi; " Remplissez à mi-hauteur ", nous remplissions maladroitement jusqu'au bord; " Attention à ce foret qui risque de casser ", donc on doit forcer sur le foret: " Mettez une très mince couche de laque ", à nous de noyer la pièce façonnée dans une laque épaisse. Certaines déportées ont accepté la totalité des risques. Le souvenir de l'une d'elles est évoqué par sa camarade: " J'entends encore Françoise, la veille de sa mort, me dire avec son accent franc-comtois: " Naturellement, j'ai vu que la presse allait sauter; mais je me suis dit: Eh bien, que ça saute!" " Ce fut l'une des déportées pendues pour sabotage... »

Comme dans les autres KZ, les déportées envisagent et redoutent une extermination générale à la veille de l'arrivée des armées alliées. Aussi:

« À partir de 1945, l'organisation clandestine se prépara en vue d'une liquidation éventuelle du camp. On envisagea la possibilité selon laquelle les gardiens SS pourraient abandonner le camp à l'approche de l'armée soviétique et on essaya de se préparer à dominer le camp au moment décisif. Une entente internationale fut réalisée, on fit des plans d'occupation des postes les plus importants du camp dans la période intermédiaire, ce qui permettrait aussi d'assurer la sécurité et l'ordre. Les choses se déroulèrent autrement, mais les préparatifs en vue de la dissolution du camp facilitèrent aux groupes de prisonnières qui étaient demeurées et qui y étaient revenues pour soigner les malades l'organisation de la vie pendant les jours qui suivirent la libération. »

Mais le courage de ces femmes ne pouvait rien contre les assassinats perpétrés par les nazis.
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 25 Juin - 3:29


La Mort à Ravensbrück

Le KZ de Ravensbrück a connu toute la gamme des crimes commis par les nazis dans les autres camps de concentration.

Les sévices

À côté des sévices quotidiens, gifles, insultes, morsures de chiens, etc., existe à Ravensbrück toute une gamme de punitions, comme dans les autres KZ.

La pause

Souvent corsée par la privation de nourriture, accompagnée de coups, la pause, station debout au garde-à-vous dehors devant le Block, peut durer une journée et une nuit, quelquefois plus longtemps. La pause peut être collective pour un Block, un atelier.

La bastonnade

Le règlement prévoit, là aussi, 25, 50 et parfois 75 coups, appliqués dans les mêmes conditions que dans les autres KZ. Lorsque les 50 coups sont donnés en une seule fois, la prisonnière meurt assez souvent. Elle meurt toujours lorsqu'il s'agit de 75 coups.

Le Strafblock

C'est le Block disciplinaire, la prison du bagne. La promiscuité y est effroyable. Il est toujours surpeuplé, à tel point qu'il n'est pas possible de s'asseoir pour manger.
Se laver ou se rendre aux toilettes est quasiment impossible. Les conditions de travail ne sont pas moins atroces: déchargement de bateaux, de briques, de sable, de charbon, etc. L'une des punitions les plus pénibles est la vidange que décrit une des détenues qui en est victime:

« Nous partons le matin hors du camp, dans un lieu isolé où un système de pompes amène cette précieuse marchandise brassée et mélangée à souhait dans un immense bassin. Nous devons alors descendre pieds nus dans cette bouillie et faire de nos mains des boulettes en y mélangeant la cendre chaude encore du crématoire: celle-ci est apportée dans des brouettes par d'autres colonnes de punition (en principe des petites Russes). Ces boulettes sont ensuite ramassées par d'autres prisonnières, puis mises à sécher. Elles doivent servir d'engrais pour les Allemands. Je fais pendant deux mois ce travail horrible, tant par l'impression que ces cendres sont celles de nos camarades mortes les jours précédents que par la puanteur de ce mélange à faire en plein été (juillet et août 1944). »

Les expériences médicales

Des expériences médicales ont été pratiquées à Ravensbrück entre le 1er août 1942 et mars 1943, quelques opérations supplémentaires ayant lieu le 16 août 1943.
Le livre-référence relate le calvaire de ces cobayes humains:

« En août 1942, une liste d'une vingtaine de noms est appelée. Les prisonnières sont emmenées. D'habitude ce genre de désignation correspond à une exécution. Mais cette fois, pas de bruit de coups de feu. Les femmes, de jeunes étudiantes polonaises de quinze à vingt-cinq ans, ont été emmenées au Revier et opérées de force. Jusqu'à l'automne 1943, des groupes de huit à dix Polonaises furent ainsi utilisées comme cobayes. Le dernier groupe se révolta et l'intervention eut lieu au cachot. Les 75 " lapins " subirent des opérations similaires sur ordre du médecin SS Gebhardt. Il prélevait sur ces jambes saines des parcelles importantes de muscles, de nerfs, d'os, brisant, taillant, brutalement, du genou à la cheville. Souvent il procédait, dans les plaies ainsi créées, à des injections de cultures de bacilles divers, recréant des conditions d'infection semblables à celles qui se produisent en cas d'accident. Les opérés restaient au Revier des mois, dans le coma les premiers jours, puis retrouvant conscience pour trouver la douleur physique intolérable et la révolte. Pendant ces longs mois, elles étaient l'objet de la curiosité des médecins SS qui venaient regarder et manipuler les plaies infectées, ouvertes jusqu'à l'os, sans tenir compte de leurs souffrances. Six d'entre elles sont mortes après l'opération. Un jour, bien que leurs plaies fussent loin d'être refermées, on les renvoyait à leur Block. Elles n'intéressaient plus. Elles étaient installées au Block 32, Block des NN, et à ce titre considérées comme des condamnées à mort. Cinq d'entre elles furent fusillées au début de septembre 1943, pendant l'appel du soir. Les SS ont essayé de liquider les autres au début de février 1945, mais elles furent cachées et sauvées grâce à la solidarité de toutes . »

Les assassinats

Le nombre des décès quotidiens pour " mort naturelle ", si l'on peut appeler ainsi les décès consécutifs à la faim, à la maladie, au manque d'hygiène, aux coups reçus, etc., ne cesse de croître au fil des mois. En même temps, les nazis tuent de plus en plus par tous les moyens.

Les pendaisons

Elles ont lieu sur la place d'appel des kommandos extérieurs, devant toutes les détenues, les kapos, les SS et le commandant du camp. Le plus souvent le ou les corps restent pendus toute la journée.

Les fusillades

Le commandant adjoint du KZ Schwarzhuber avouera au procès de Hambourg que, pendant son séjour du 12 janvier au 22 avril 1945, il y eut 25 pelotons d'exécution. Sans compter les exécutions individuelles par balle dans la nuque. Ces exécutions ont lieu hors de la vue des déportées près du crématoire, dans " le couloir des fusillées ". Les déportées vivent dans la crainte permanente de ces exécutions.
Le livre-témoignage donne des exemples.

« Le 18 janvier 1945, le Block français prend le deuil. Dès l'appel du matin, Pierrette et Marie-Louise, nos petites parachutistes, ainsi que Suzy et Jenny leurs compagnes radio, officiers de liaison en mission non loin de Paris, arrêtées et incarcérées à Fresnes puis déportées en Allemagne, sont averties, suivant la formule d'usage, qu'elles doivent se tenir à la disposition du commandant avec interdiction formelle de sortir du Block jusqu'à l'heure fixée, 16 h 30. »

Elles ne reviendront pas...

G. Tillion rapporte le témoignage d'un détenu du crématoire, Horst Schmidt :

« Les femmes étaient amenées dans un camion vers 19 heures. Il faisait déjà sombre. Le camion restait arrêté sur la route devant le crématoire sans couper son moteur. Deux hommes, deux SS, faisaient entrer les femmes deux par deux dans la première cour du crématoire. Ces femmes devaient se tenir devant l'étroit passage qui débouchait, à gauche, dans la cour. Elles devaient regarder vers le mur. Pendant que les SS qui avaient amené les femmes retournaient au camion pour y chercher les suivantes, un troisième SS dirigeait le faisceau d'une lampe de poche vers la nuque des femmes. Deux autres SS qui étaient là tiraient dans la nuque des femmes, avec des carabines. Les coups faisaient très peu de bruit, si bien que je supposai que les SS utilisaient des balles spéciales ou que leurs carabines étaient munies de silencieux. Nous autres détenus devions traîner les femmes exécutées sur le côté. Nous les mettions d'abord devant le bâtiment du crématoire. À la première exécution étaient en outre présents l'ancien commandant d'Auschwitz, Höss, le commandant Suhren et deux médecins. »

Le Jugendlager

À Ravensbrück, il permet l'exécution camouflée, sous le couvert d'un camp de repos, des déportées âgées, malades et inaptes au travail.

« Le Jugendlager (traduction: camp de jeunesse). Ironie cruelle puisque c'est le camp officiel de la mort. De 1940 à 1943, ce camp reçoit les Jeunesses hitlériennes délinquantes. C'est un camp de redressement. En 1944 il est vidé des 250 filles qui l'occupent et affecté aux femmes âgées ou impotentes de Ravensbrück, environ 3 000 à 4 000 femmes. Ce camp, à 2 kilomètres du grand camp, est composé de dix-sept baraquements et d'un grand bâtiment administratif. Quand les femmes de Ravensbrück y sont amenées, quatre baraquements sont utilisés comme dortoirs, 1 comme infirmerie. Dans chacun d'eux, divisé en deux parties, on met 1 000 femmes, 500 par côté. Sa contenance a été au maximum de 5 000 femmes en mars 1945. Au procès de Hambourg, le SS Boesel déclare le 15 octobre 1946: " les femmes sélectionnées étaient amenées au Jugendlager, " camp d'extermination ". Les femmes furent mises à la demi-ration, et durent se tenir, par jour, cinq ou six heures en plein air. De toute évidence, cette mesure visait à l'extermination d'un grand nombre de détenues. Dans ces conditions, une cinquantaine de prisonnières mourait chaque jour. Plusieurs centaines de malades y furent transportées. Parmi celles qui furent envoyées au Jugendlager, certaines furent tuées par fusillade et certaines dans une chambre à gaz. »

Les empoisonnements

Les femmes malades du Revier sont aussi tuées par le poison. Le livre-référence rapporte le témoignage d'une détenue:

« Dans ce Revier, je voyais passer la Schwester (sœur) Véra, une seringue et un garrot à la main. J'entendais des cris. Quelques instants plus tard, me rendant aux lavabos, j'y trouvais nues, agonisant sur le carreau, quatre ou cinq femmes qui avaient reçu la " piqûre de Schwester Véra ". Ces femmes venaient d'une chambre au bout du couloir. Cette chambre s'appelait la Tagesraum. Quand on était désigné pour aller dans cette chambre, on nous faisait abandonner toutes nos affaires... À la vingtaine de femmes réunies dans cette chambre, Véra tint ce langage: " Demain, vous devez partir en transport, je vais vous donner un médicament pour vous donner des forces pour faire le voyage." À chacune elle fit prendre une cuillerée de poudre blanche. Ces femmes étaient des juives polonaises, des Russes, des Roumaines, des Yougoslaves et quelques Allemandes. Le lendemain, quand je m'éveillai, toutes celles qui avaient pris la poudre ronflaient. Elles ronflèrent toute la journée. Vers le soir les ronflements cessèrent et les corps devinrent rigides. La " colonne des mortes " vint enlever les cadavres efflanqués. »

Les gazages

Le livre-référence permet de connaître les phases successives de ce moyen d'extermination. Dès le mois de décembre 1944 commence (dans la chambre à gaz du camp) l'extermination systématique en trois temps:

• d'abord l'extermination des malades dites incurables: tuberculeuses, paralysées, folles et idiotes des Blocks 9, 10 et 11 ;

• puis l'extermination des autres malades: maladies rénales, dysentériques, larges plaies suppurantes, oedèmes généralisés, oedèmes de famine des Blocks 6, 7 et 8. Dans l'après-midi, un camion s'arrête devant le Block. On y entasse, en chemise, les femmes désignées le matin. Les filles de salle, fortes et serviles, les amènent avec force bourrades, une ou deux policières armées de bâtons les aident à l'embarquement. On compte les femmes ainsi entassées: il doit y en avoir 40. Si l'une d'elles, à la dernière minute, réussit à s'échapper en sautant par une fenêtre, on prend alors, pour atteindre ce nombre de 40, une ou plusieurs des femmes qui ont aidé à embarquer les autres, ou bien des malades dans leur lit.



Le camion passe la porte, s'engage sur la petite route longeant le lac. On suit le bruit du moteur dans un silence impressionnant qui pèse sur tout le camp et on l'entend s'arrêter près des deux grandes cheminées du crématoire. En général le camion fait trois voyages dans le même après-midi. Nous en déduisons que la capacité de la chambre à gaz est de 120. Il n'y a même plus le simulacre de douches comme à Auschwitz. Une pièce de faible dimension peut, en les comprimant, recevoir 120 personnes, debout, serrées comme des harengs. Les lueurs du crématoire illuminent la nuit, et le lendemain, à l'appel, souvent, le vent du Nord rabat sur nos rangs une fumée épaisse, consistante, qui colle à la peau;

• enfin viennent les sélections pratiquées dans les Blocks ou sur le lieu de travail. Les convois d'autres camps amenant de plus en plus de monde, on ne distribue même plus de numéros matricules. Certains petits transports, des femmes en nombre inférieur à 120, arrivent à la gare et n'entrent même pas dans le camp. Elles sont acheminées directement à la chambre à gaz...

Le 2 mars, le SS Pflaum emmène toutes les femmes grisonnantes qu'il croise sur son chemin. C'est ce jour-là qu'est assassinée la personne que nous aimions et que nous vénérions toutes, l'incarnation de la Résistance française, Mme Emilie Tillion. Son visage émacié et ses beaux cheveux blancs la désignent pour la chambre à gaz. Pflaum l'incorpore à la colonne de victimes qu'il vient de choisir. Sachant fort bien le sort qui l'attend, elle fait un signe de la main et sourit à ses amies, consternées, qui la voient partir impuissantes. Elle est gazée le soir même.

À partir de janvier 1945, les mises à mort sont enregistrées par le secrétariat sous le nom de " transfert de détenues au camp de Mittwerda ". À son procès, le commandant dira qu'il avait imaginé ce camp fictif pour ne pas affoler les futures victimes...

Le martyre des enfants

Certaines femmes arrivant à Ravensbrück étaient enceintes et donnèrent le jour à leur enfant dans le camp. D'autres enfants furent déportés et arrivèrent avec leur mère. D'autres, enfin, arrivaient au KZ après avoir été séparés de leurs parents, au hasard des mouvements des convois de déportés entre les camps.

Les nouveau-nés

Plusieurs étapes ont existé, révèle le livre-référence:

« D'après les témoignages les plus anciens, il y eut des femmes enceintes dès le début de la constitution du camp. Aucun adoucissement de régime ne fut prévu pour elles. Elles travaillaient et faisaient l'appel jusqu'au dernier jour. Lorsqu'elles étaient à terme, elles accouchaient à l'hôpital de Tremplin, puis revenaient au camp. Cette situation dura pendant la période où le but du camp était la soi-disant rééducation. Elle n'intéresse pas encore les Françaises.
En 1942, la conception du camp changea. Le but de la rééducation fut remplacé par celui du rendement du travail. Un médecin, le docteur Rosenthal, est alors nommé au camp; il fait avorter les femmes enceintes de moins de huit mois (plus particulièrement les Allemandes enceintes de prisonniers étrangers). Le fœtus est brûlé directement dans la chaudière, parfois vivant...
En 1943, le docteur Treite succède au docteur Rosenthal. Il semble avoir abandonné les avortements et laissé la grossesse se dérouler jusqu'à son terme. Lors de l'accouchement, les femmes admises au Revier sont assistées par une sage-femme autrichienne prisonnière. L'enfant est étranglé ou noyé devant la mère. Cette sage-femme assistait à leur agonie, parfois fort longue, étant donné la résistance très grande du nouveau-né à l'asphyxie par l'eau (vingt à trente minutes parfois, a-t-elle témoigné).
À la fin de la même année, une nouvelle décision permit de laisser les nouveau-nés en vie, mais rien n'était prévu pour les accueillir. Les mères étaient censées les nourrir au sein, alors qu'elles n'avaient généralement pas de lait, ou un lait trop pauvre pour nourrir un bébé plus de quelques jours. C'est seulement en septembre 1944 que fut créée une chambre spéciale pour les enfants. Plus d'une centaine de nouveau-nés, venus au monde avant cette date, moururent donc de faim. La Kinderzimmer (chambre d'enfants) fut installée dans une très petite pièce d'un Block de malades. Jusqu'à dix nouveau-nés étaient couchés en travers de chaque lit. La pièce logea jusqu'à près de cinquante bébés. Un peu de lait en poudre mélangé à une sorte de gruau était distribué chaque jour. Deux flacons servaient de biberons. Les enfants naissaient généralement assez beaux, puis prenaient rapidement l'aspect de petits vieux. Tous mouraient avant trois mois, de faim, de diarrhée, de pneumonie, etc., »

En dépit de la solidarité des déportées et de l'abnégation des détenues affectées au Revier.
Dans le courant du mois de mars 1945, un groupe de 250 femmes enceintes et quelques nourrissons sont encore gazés.
Près de 800 enfants sont nés à Ravensbrück. Presque tous sont morts. Seuls ont survécu trois petits Français et quelques bébés d'autres nationalités.

Les enfants

A Ravensbrück, leur sort est inhumain.

« Les enfants avaient au camp le même régime que les adultes. Aucun adoucissement ne leur était accordé. À leur arrivée, ils étaient généralement dépouillés, rasés et fouillés comme les adultes, et recevaient, selon les époques, un uniforme rayé ou une défroque peinte d'une croix devant et derrière. Nous les voyions traîner dans des loques trop grandes et lamentables, qui d'ailleurs n'étaient jamais changées. Les enfants étaient présents aux appels. Le matin, ils se levaient aux hurlements de la sirène, à 3 h 30 ou 4 heures selon les périodes. Ils recevaient une tasse du breuvage appelé café et sortaient, dans le froid, qui atteignait moins 33 °C, sous la neige, la pluie et le vent glacial de la Baltique. Il fallait rester immobile, debout pendant une heure, deux, et parfois davantage. Les vêtements restaient parfois mouillés pendant plusieurs jours. A la fin de l'appel, ils retournaient à leur Block, les plus grands poussant les plus petits. Certains essayaient alors de retrouver dans des jeux leur monde rêvé d'autrefois. La plupart ne jouaient pas, mais adoptaient les activités des adultes: épouillage, discussions sur la nourriture. Enfin, la majeure partie du temps de beaucoup d'entre eux se passait sur la paillasse. Ils étaient trop affaiblis pour se livrer à la moindre activité. Seule la solidarité qui régnait entre les prisonnières permit d'entourer un peu ces enfants. »

Les archives du camp ayant été détruites, il est impossible de préciser le nombre des enfants, estimé par les survivantes entre 1000 et 2000.

La stérilisation des fillettes tziganes

Un degré supplémentaire dans l'horreur a été accompli par les nazis avec les expériences de stérilisation de petites filles tziganes. Le but était de découvrir les méthodes les plus rapides et les plus efficaces pour stériliser des millions d'êtres humains appartenant aux races " inférieures ".
Voici la relation du livre référence:

« 120 ou 140 petites Tziganes furent opérées du 4 au 7 janvier 1945. Les plus jeunes n'avaient que huit ans. Un spécialiste de ces expériences, le professeur Schumann, qui avait déjà souvent opéré à Auschwitz, vint sur place. Toute une équipe médicale y participa: le docteur Treite, son adjoint, le médecin qui dirigeait le service sanitaire des SS et des infirmières. Une femme médecin tchèque déportée, radiologue, dut installer l'appareil radiologique en position horizontale. Elle-même et deux collègues virent ensuite entrer une à une les petites filles. On entendait les pleurs et les cris des enfants et on les voyait transporter, sanglantes, dans une autre pièce de l'infirmerie, où on les posait sur le plancher. On sait qu'à Auschwitz le professeur Schumann procédait par irradiation des ovaires par les rayons X; il provoquait des brûlures importantes des tissus environnants, déterminant la mort d'un certain nombre des opérées. À Ravensbrück, il semble avoir procédé autrement. Les trois prisonnières radiologues furent obligées de développer les films radiologiques pris pendant les opérations. Elles les montrèrent en cachette à plusieurs collègues tchèques. On voyait un liquide opaque dans l'utérus et les trompes. Un liquide stérilisant était donc introduit dans l'utérus et jusque dans les trompes.
Si une partie des enfants supportèrent l'opération, d'autres moururent des suites. Conformément aux habitudes des médecins nazis expérimentateurs, et du docteur Schumann en particulier, les organes génitaux de plusieurs victimes furent prélevés pour examen. C'est ainsi qu'au Block 9 fut hospitalisée une petite fille de douze ans, avec une énorme plaie ouverte au ventre, qui ne cessa de suppurer terriblement. Les médecins et infirmières prisonnières du Revier estimaient que cette plaie correspondait à une hystérectomie. Mais pourquoi la plaie n'avait-elle pas été recousue ? L'ouverture n'avait-elle pas été pratiquée uniquement pour permettre aux expérimentateurs SS d'observer directement les organes irradiés laissés sur place, et leur destruction ? Quel qu'ait été le but, la petite fille mit plusieurs jours à mourir dans d'atroces souffrances. »

À la libération du camp, toutes ces malheureuses fillettes avaient disparu, vraisemblablement gazées.

LA FIN

Les détenues de Ravensbrück n'ont pas toutes été libérées dans les mêmes conditions. Certaines ont fait partie de convois d'échange à la suite d'un accord entre Himmler et la Croix?Rouge suédoise. Les premiers convois sont partis au début d'avril 1945 pour la Suisse, les autres par la Suède lorsque la route vers la Suisse a été coupée par le front. D'autres ont réussi à s'échapper pendant l'évacuation des kommandos extérieurs, par exemple les Françaises du kommando de Neubrandebourg aux environs de Waren; mais certains kommandos de Ravensbrück ont été évidemment repliés sur d'autres KZ et ont connu " les routes de la mort " déjà décrites. D'autres enfin ont été libérées dans le camp même: c'est le cas des quelques Françaises qui s'y trouvaient encore lorsque les troupes soviétiques pénétrèrent dans le camp. Jusqu'à la dernière minute, des exécutions massives ont lieu à Ravensbrück. Le livre?référence décrit l'extrême confusion des dernières semaines.

• 31 mars 1945. On attend une commission de la Croix-Rouge internationale.

• 1er avril. Hier des malades graves sont parties pour la chambre à gaz.

• 15 avril. Les rats ont à nouveau mangé la figure des mortes dans le Waschraum.

• 17 avril. Pendant la distribution des colis de la Croix-Rouge aux juives, Binz aperçoit une femme ayant particulièrement mauvaise mine et demande à la Stubowa: " Pourquoi cette femme a-t-elle si mauvaise mine? - Parce qu'elle revient du Jugendlager et qu'elle travaille tous les jours au sable. " Binz: " Mais c'est un scandale de faire travailler une femme dans un état pareil ! À partir de demain, cette femme doit rester au Block. " La semaine passée, Binz a encore assommé une femme à coups de bottes parce qu'elle ne pouvait plus se traîner.

• 20 avril. Binz arbore depuis ce matin un brassard de la Croix-Rouge.

• 22 avril. Au Revier, on inscrit les Françaises malades pour un transport de la Croix-Rouge et les tuberculeuses pour les gaz (16 femmes ont été prises au Block 10). Une colonne de 15 ambulances danoises a emmené deux cents malades. À la nuit tombante, une seconde colonne de vingt autobus de la Croix-Rouge suédoise est parvenue au camp.

• 23 avril. 800 femmes sont parties dans des autobus. (Germaine Tillion rapporte que la chambre à gaz a fonctionné encore ce jour-là, probablement pour la dernière fois.)

• 25 avril. Le deuxième transport de Françaises malades est parti pour la Suède.

• 27 avril. On raconte qu'un transport de Polonaises par la Croix-Rouge a été bombardé; il y aurait dix-huit mortes. Ce n'est pas étonnant, puisque les Allemands utilisent les emblèmes de la Croix-Rouge pour leurs transports de troupes.

• 28 avril. Depuis hier, les ordres changent toutes les deux heures. Il y a une demi-heure, on disait que tout le camp serait vidé, y compris les malades. Quelques heures après, il ne reste plus que les malades, une partie des détenues appartenant au personnel sanitaire et un nombre indéterminé d'épaves. Une voiture de la Croix-Rouge venue à la nuit tombante a emmené vingt-six malades. D'autres devaient venir prendre le reste des Françaises, Belges, Hollandaises et Polonaises, mais elles n'ont probablement pas pu passer, le front étant déjà tout près. Tout le ciel est illuminé après chaque détonation.

• 30 avril. Quel délice de se réveiller sans Aufseherinnen, sans sirènes et sans coups de sifflet. Avant de partir, le commandant a dit de faire une grande fosse pour enterrer les mortes (puisque le crématoire ne fonctionne plus).
A 11 h 30, les avant-postes russes sont arrivés. En voyant le premier cycliste de l'armée Rouge, mes yeux se sont emplis de larmes, de larmes de joie cette fois. Je me suis souvenue des larmes de rage que m'avait arrachées la vue du premier motocycliste allemand, place de l'Opéra, en juin 1940...

Parmi les déportées qui sont rentrées: Geneviève Anthonioz de Gaulle, Marie-José Chombart de Lauwe, Germaine Tillion, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Denise Vernay... Un petit camp pour hommes avait été construit dans l'enceinte du KZ, encadré par les ateliers. Son effectif maximal a été de 5 000 hommes. Le 30 avril, les Soviétiques y trouvent 400 morts et 400 survivants, ces derniers dans un état lamentable car depuis huit jours ils n'ont pas d'eau.

Conclusion

123 000 femmes, appartenant à vingt-trois nationalités, ont été immatriculées à Ravensbrück, dont plusieurs milliers de Françaises. D'après mes propres recoupements, il semble possible d'estimer que 60 000 à 70 000 sont mortes. Un peu plus de 3 000 Françaises sont revenues.



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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 29 Juin - 3:37


Oranienbourg-Sachsenhausen est l'un des moins connus,
en France, des camps de concentration... alors qu'il était
le QG de l'administration SS de tous les KZ.


L'Amicale d'Oranienbourg-Sachsenhausen a publié en 1982 un ouvrage collectif intitulé Sachso s'appuyant sur trois cents témoignages des anciens déportés de ce KZ. Un sur trente des Français de Sachsenhausen a donc contribué à cette entreprise qui, de toute évidence, est le livre de référence. La qualité de la recherche historique est certaine, les faits mentionnés résultant de la confrontation de plusieurs témoignages de déportés. Sachso fournira donc les matériaux de ce chapitre.


UN KZ SPÉCIFIQUE

Second KZ créé par les nazis, Sachsenhausen a également abrité des services très particuliers.


Le second des camps de concentration nazis

Sachsenhausen est un faubourg de la ville d'Oranienbourg, située sur la rivière Havel, à une trentaine de kilomètres au nord de Berlin. C'est le plat pays du nord de l'Allemagne, du Brandebourg. Le site est marécageux, sablonneux, parsemé de forêts de pins, de lacs et d'étangs.

En mars 1933, les nazis installent là un lieu de détention dans une ancienne brasserie désaffectée. De mars 1933 à février 1935, les SA y gardent les ennemis du nouveau pouvoir. Le 12 juillet 1936, une cinquantaine de prisonniers arrivent d'Esterwegen et commencent la construction d'un KZ. Ce sera le second camp de concentration créé par les nazis après celui de Dachau. En août arrive le colonel SS Koch, qui va commander le camp de 1936 à 1937, avant de partir pour diriger celui de Buchenwald. Il sera remplacé de janvier 1938 à décembre 1939 par le sanguinaire Hermann Baranowski, remplacé en 1940 par le commandant Hans Loritz, remplacé lui-même par Anton Kaindl à partir d'août 1942 et Fritz Suhren jusqu'à à la fin.

Sachso donne une description du KZ :

« Dans sa forme définitive, le camp d'Oranienbourg-Sachsenhausen est un triangle presque équilatéral d'environ 600 mètres de côté et s'étendant sur 18 hectares. Au milieu de la base de ce triangle se trouve le bâtiment de la porte d'entrée. À deux niveaux, il est surmonté d'un mirador, avec mitrailleuse, d'où l'on peut surveiller juste en dessous la place d'appel qui a la forme d'un demi-cercle de 100 mètres environ de rayon. Le bâtiment abrite les services SS. La grille en fer forgé du portail est ornée de l'habituelle inscription des camps nazis: Arbeit macht frei. Le camp est ceinturé d'un mur de 2,7 mètres de haut, surmonté de fils électrifiés. À intervalles réguliers, il y a des tours de garde. Des projecteurs orientables permettent de balayer tout le camp de là-haut. À 2 mètres environ du mur, côté intérieur, une barrière de fils de fer électrifiés limite un chemin de ronde où les SS circulent accompagnés de chiens. Toujours vers l'intérieur, des chevaux de frise sont disposés devant cette clôture électrifiée longée par une bande de gravier, la zone neutre, où sont plantés des écriteaux portant une tête de mort, avec l'inscription: " On tirera sans sommation. "





La place semi-circulaire sert plusieurs fois par jour au rassemblement des détenus, pour l'appel. Sur cette place se déroulent aussi les séances de Stehkommando, qui obligent à rester immobile au garde-à-vous pendant des heures. Elle est d'autre part bordée par une piste que parcourt, durant la journée, le kommando disciplinaire (Strafkompanie) chargé de l'essai des chaussures de marche de la Wehrmacht.
Les baraques des détenus sont disposées selon les rayons du demi-cercle de la place d'appel, à la manière d'un éventail. La première rangée comprend dix-huit Blocks terminés en mai 1937. Pour la visite de Himmler au camp, en août 1939, est peinte en blanc sur le pignon vert une énorme inscription qui saute aux yeux des arrivants et dont voici la traduction: " Il y a un chemin vers la liberté; ses bornes s'appellent: obéissance, assiduité, honnêteté, ordre, propreté, sobriété, franchise, sens du sacrifice et amour de la patrie. "
Construites en bois sur un socle de béton, ces baraques sont toutes sur le même modèle. Elles comprennent deux ailes symétriques avec, au centre, des toilettes et des lavabos communs. De part et d'autre, deux salles pour chaque aile: un réfectoire, un dortoir. A l'origine un Block a été prévu pour 120 ou 140 prisonniers. En octobre 1944, il y en aura jusqu'à 800. Dans les châlits à trois étages des dortoirs, les prisonniers dorment à cette époque à 2, voire 3 par niveau.
Au début de l'allée centrale, perpendiculaire au bâtiment d'entrée, deux trous maçonnés dans le sol permettent de monter la potence qui sert aux exécutions publiques. Plus loin, il y a la laverie et la cuisine des détenus. À gauche de la porte d'entrée, un groupe de baraques forme l'infirmerie (Revier). En 1941, entre le mur d'enceinte et le Revier, trois morgues sont construites sous le nom de " Pathologie ". D'une surface de 230 mètres carrés, carrelées de blanc, elles peuvent contenir des centaines de corps dans leurs sous-sols. Au-dessus, dans le bâtiment de la Pathologie, les médecins SS dissèquent les cadavres et prélèvent les pièces intéressantes pour les universités et les instituts d'anatomie.
Il y a en tout soixante-huit Blocks où vivent les détenus, mais certains sont des prisons à l'intérieur d'une prison. A droite de la porte d'entrée se trouvent ainsi les Blocks de quarantaine. Mais le camp ne se limite pas qu'au triangle. À l'extérieur, sur le côté droit, se trouve un petit camp spécial (Sonderlager) constitué à l'origine de quatre chalets en bois réservés à des prisonniers de marque.
À l'extérieur encore du mur d'enceinte, mais sur le côté gauche, une autre clôture délimite un ensemble industriel (Industriehof) où voisinent la menuiserie d'une usine militaire (DAW: Deutsche Ausrüstungswerke) et l'usine d'extermination (Station Z). Toujours à l'extérieur, mais du côté de la base du triangle et de la porte d'entrée cette fois se trouvent d'autres installations: celles de la Kommandantur, les locaux de l'administration et les logements des SS. Le complexe d'Oranienbourg-Sachsenhausen s'étend mois après mois et couvre finalement 400 hectares entre les lacs de Lehnitz, de Grabow et la ligne de chemin de fer de Berlin à Neustrelitz.
À l'est, réparties dans la forêt jusqu'au canal de la Havel ou canal Hohenzollern, les casernes nécessaires aux 18 compagnies du détachement SS Brandebourg, le chenil pour les chiens de garde et d'assaut, le dépôt de camions, l'armurerie, l'imprimerie, la station de radio, etc. Au total, 500 baraques de toutes tailles.

Au-delà du canal de la Havel, il y a encore le port, l'usine Klinker et l'entreprise Speer, où travaillent des détenus, la boulangerie et un stand de tir des SS. C'est tout cela le complexe Oranienbourg-Sachsenhausen: aux portes de Berlin, un ensemble répressif en même temps qu'un immense réservoir de main-d'œuvre pour les nazis. »

Effectifs

Le KZ a vu ses effectifs enfler sans cesse. Dès 1933 arrivent communistes, sociaux-démocrates et syndicalistes, puis des Tziganes. En juin 1938, 6 000 "asociaux" les rejoignent. Puis 9 800 juifs après la Nuit de cristal (dont l'étudiant juif Grynzpan qui a abattu à Paris le conseiller von Rath). Puis ce sera au tour des nationaux des pays envahis par la Wehrmacht : l'Autriche, la Tchécoslovaquie, la Pologne et la France. En 1937, le KZ compte 2 300 prisonniers, 8 300 en 1938, 12 200 en 1939. Jusqu'en 1942 le nombre de détenus se maintient autour de 10 000, puis il augmente de nouveau avec les résistants arrêtés dans tous les pays. Il atteint 28 200 fin 1943 et 47 700 fin 1944.


Sévices particuliers

A l'ouest du KZ s'installent les bâtiments de l'Inspection générale des camps, d'où vont partir toutes les instructions concernant l'ensemble des KZ de l'Europe asservie. Les nazis expérimentent à Sachsenhausen les méthodes de répression qui seront ensuite appliquées partout. C'est aussi à Sachsenhausen qu'ils emmagasinent ce qu'ils récupèrent sur les victimes des KZ: l'or, les bijoux, les vêtements, etc. C'est là que se dissimulent les kommandos des services secrets des SS. C'est ici qu'est mise au point la mise en scène qui servira de prétexte à l'attaque contre la Pologne. Le 20 août 1939, des prisonniers sont extraits du KZ. Leurs cadavres, revêtus de l'uniforme de l'armée polonaise, seront abandonnés le 31 août près de la station allemande de radio de Gleiwitz, proche de la frontière. Berlin accuse un détachement de l'armée polonaise d'avoir passé la frontière pour attaquer la station de Gleiwitz, plusieurs des agresseurs ayant été tués sur place. C'est le casus belli...

C'est également le KZ de Sachsenhausen qui héberge les faux-monnayeurs de l'opération Bernhard. Deux Blocks, le 18 et le 19, sont affectés à des détenus qui travaillent jour et nuit, sous la surveillance permanente des SS, à partir de 1942. Ils ne sortent jamais, dormant et mangeant sur place. Les deux Blocks, aux vitres passées à la chaux pour dissimuler ce qui s'y passe, sont entourés et recouverts de barbelés. Il est interdit sous peine de mort de s'en approcher à moins de 50 mètres. Les déportés appellent ces bâtiments mystérieux l'" imprimerie ", car le bruit caractéristique des machines a tout de même été reconnu. Il faudra attendre l'été 1944 pour savoir que là se fabriquent faux dollars et fausses livres sterling pour alimenter la guerre secrète contre les Alliés. On évaluera à 150 millions de livres sterling le montant des seuls faux billets anglais imprimés à Sachsenhausen.

Le colonel SS Otto Skorzeny, l'auteur de l'audacieux coup de main du 16 août 1943 qui libère Mussolini, nommé chef du groupe S (Sabotage) de la Sécurité du Reich (RSHA) le 18 avril 1943, vient s'installer à Sachsenhausen peu après. Il y entraîne ses kommandos et utilise des déportés comme cobayes quand il en a besoin, notamment pour expérimenter de nouvelles balles.

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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 29 Juin - 3:50


LES DÉPORTÉS À SACHSENHAUSEN

Les Français à Sachsenhausen

C'est Sachsenhausen qui reçoit le premier convoi de Français déportés en Allemagne, le 25 juillet 1941. Ce convoi comprend 244 mineurs français ayant participé à la grande grève patriotique des bassins houillers du Nord et du Pas-de-Calais, 244 seulement car 26 ont été tués par les SS pendant le transport.
L'Amicale s'est, bien sûr, employée à établir le nombre de Français qui ont été détenus à Sachsenhausen, tâche difficile, car si le nombre des déportés des convois est assez bien connu, il est beaucoup plus difficile de savoir combien d'isolés sont arrivés au KZ. Les chiffres avancés vont, en général, de 6 000 à 8000.
Voici l'estimation donnée par Sachso:

« D'après les chiffres extraits des registres que nos camarades allemands ont pu récupérer dans les archives SS ayant échappé à la destruction, près de 9 000 Français y auraient été détenus. D'un autre côté, les estimations que nous venons de faire pour les principaux convois donnent une approximation de 6 500 hommes: 244 en juillet 1941, 1 600 en janvier 1943, 2 000 en fin avril et début mai 1943, 1 100 en juillet 1944, 1 250 en septembre 1944, 350 en novembre 1944. Enfin, l'Amicale, avec son propre fichier malheureusement incomplet et les documents également partiels du Service international de recherche de la Croix-Rouge à Arolsen, a recensé les noms de près de 6 500 Français ayant été détenus à Oranienbourg-Sachsenhausen et dans ses kommandos. Compte tenu des camarades des divers transports sur lesquels nous n'avons pas de renseignements, compte tenu des entrées hors convois qui ne peuvent être comptabilisées, nous estimons que 8 000 à 9 000 Français sont passés au camp. »

La vie quotidienne

Les déportés de Sachsenhausen ont connu les mêmes souffrances que ceux des autres KZ.
Dès leur arrivée, ils entrent dans un univers étrange, que décrivent les témoins de Sachso:

« Sous les faisceaux des projecteurs un spectacle hallucinant frappe l'imagination de Couradeau: " Nous sommes dans un décor fantastique, irréel, effrayant, qui jette la désespérance dans nos cœurs. Une place immense de plus de 400 mètres de périmètre; des baraquements dont les pignons s'ornent de mots en lettres gothiques; des murs flanqués de miradors d'où la sentinelle surveille, le doigt sur la gâchette; des barbelés électriques, des chevaux de frise, des panneaux significatifs agrémentés de têtes de mort et de tibias, marquant la limite à ne pas franchir sous peine de mort. " André Besson, André Franquet et bon nombre des entrants du 25 janvier 1943 s'interrogent sur la présence près de la porte d'entrée de cet homme au crâne rasé, à demi-nu, pétrifié de froid, les bras en croix avec un rutabaga dans chaque main. Ils ne peuvent imaginer qu'il va mourir, condamné pour un larcin insignifiant. »

Puis viennent l'enregistrement, la désinfection, la quarantaine et la photographie du service anthropométrique. Après la quarantaine, le déporté va partir pour son kommando de travail.

« Rythme journalier marqué par l'immuable retour de ces temps forts que sont le réveil, les appels, le travail, les retours au Block. Le tout sur une trame d'angoisse et de sourde terreur, sur un fond de cris, d'ordres, de contrordres et d'aboiements dominant plaintes et gémissements et faisant chavirer la raison.
Le réveil à 3 h 30 l'été et 4 h 30 l'hiver, signalé par le tintement de la cloche, c'est d'abord, chaque matin, la prise de conscience brutale de la réalité du camp et le début d'une longue et douloureuse journée qui porte ses menaces dès la première minute. Le préposé au dortoir entre en hurlant, tire les couvertures et manie la trique avec vigueur. Vite, vite, debout, fais ton lit au carré, sans un pli. Dix fois, vingt fois, au gré de ton tortionnaire il faudra recommencer. Vite, vite, torse nu, ta serviette sous le bras, précipite-toi au lavabo. À la porte t'attend un autre préposé, toujours avec la trique. Vite, vite, essaie de faire une vague toilette, la tête sous le robinet; à la sortie, on t'attend, courbe l'échine sous les coups qui pleuvent; vite, vite, remets tes loques, enfile tes claquettes. Vite, vite prends ta place au réfectoire, avale ton jus de gland, cet ersatz nommé café. Dévore ta portion de pain noir, nauséabond et chargé d'eau. Surtout, ne le perds pas un instant du regard, sinon il va disparaître, se volatiliser. Et c'est très long et très dur une journée sans pain. »

Puis c'est l'appel, un des calvaires du déporté.

« Très puissant, un immense projecteur s'allume au sommet du mirador de la porte d'entrée et vient découper un rond lumineux au centre de la place. Le commandant paraît. Ces bandits ont le sens, le génie du grandiose. Cette place tout illuminée, ces 20 000 détenus alignés dans un silence religieux et ce commandant qui s'avance, rigide, sanglé dans son uniforme, qui s'arrête et se dresse dans son auréole de lumière, tout comme un dieu, c'est un spectacle absolument hallucinant. Les chefs de Block rejoignent au pas de course l'allée centrale, tablettes en main, et s'alignent suivant un ordre immuable. Le commandant fait un signe; l'appel commence. Block après Block, le Rapportführer pointe sur un tableau. Une cinquantaine de Blocks, 20 000 détenus, jamais d'erreur. Le commandant se retire. En s'en allant, il emporte son soleil. Les lumières s'éteignent. »

L'appel du soir est toujours plus long. Les déportés qui sont rentrés exténués de leur longue journée de travail doivent rester au garde-à-vous jusqu'à sept heures d'affilée dans le vent, le froid, la pluie, car le climat est le même à Sachsenhausen qu'à Ravensbrück ou à Neuengamme. La nourriture est de plus en plus insuffisante. Au grand camp et dans les kommandos annexes, les rations ne varient guère dans leur insuffisance et leur médiocrité.
Alex Le Bihan, affecté à l'usine Heinkel, en donne un aperçu:

« La ration de pain oscille autour de 325 grammes. Il s'agit d'un pain chargé d'eau, lourd, à la mie compacte; s'y ajoute le casse-croûte du kommando: deux tranches de pain recouvertes d'un soupçon de margarine et d'un film de confiture rouge. Au réveil, on nous distribue un ersatz de café. En semaine, à midi, un demi-litre de soupe avec trois ou quatre pommes de terre non épluchées ou un litre de soupe sans pommes de terre. Dans le liquide nagent quelques morceaux de choux, rutabagas ou feuilles vertes, parfois du chou fermenté, avec du cumin. Quatre jours par semaine, le soir, c'est le même ersatz de café que le matin. En même temps que le pain, on perçoit un carré de margarine ou une rondelle de saucisson, à moins que ce soit une mince tranche de pâté mou et gélatineux. Les trois autres soirs, nous avons trois quarts de litre d'une soupe très claire, accompagnée de pain sec. Le dimanche midi, la soupe est plus épaisse et contient quelquefois quelques grammes de viande. Pour les affamés que nous sommes, c'est un menu sensationnel, comme l'est ce que nous appelons la " soupe blanche " avec un genre de millet légèrement sucré. A certaine époque, on voit apparaître une soupe jaune à cause de la moutarde qu'elle contient et dans laquelle nagent quelques moules de conserve. A la suite du débarquement, en automne 1944, les rations diminuent progressivement, cependant que le casse-croûte des kommandos de travail a disparu depuis longtemps. Pour se partager à dix-sept deux pains de 1 500 grammes, chaque groupe se confectionne une balance rudimentaire. Coupées, équilibrées, les rations sont ensuite tirées au sort. »

La faim, permanente, obsédante, conduit parfois au vol même les âmes les mieux trempées.

« Combien en ai-je vus de ces camarades avec lesquels j'avais vécu des heures atroces à Compiègne, lors de ces redoutables rendez-vous avec la mort, le vendredi, jour où l'on venait chercher les otages à fusiller, avec lesquels j'avais connu ce transport vers Sachsenhausen, puis la quarantaine, et qui, dans le camp, parce que la faim les torturait, se sont dégradés, ont sombré dans la servilité. Et pourtant ils auraient affronté courageusement le peloton d'exécution... »

Les rares colis, quand ils arrivent, sont pillés à tous les niveaux de la hiérarchie SS et par les kapos. Ce qui reste est souvent partagé fraternellement par les déportés.
À la faim et à la fatigue s'ajoute la violence des SS et des kapos. Brimades et brutalités sont incessantes: gifles, coups, privations de nourriture, piquet - à la porte du Block, station à croupetons sur le haut des placards, etc. Quant à la vermine, elle est omniprésente, dans chaque Block, dans chaque lit, dans chaque vêtement.
À Sachsenhausen, les Français sont mal vus par les autres déportés, qui jugent sévèrement notre pays.

« Les Tchèques et les Polonais qui avaient naguère confiance en la France, leur alliée, se sont sentis abandonnés et trahis en septembre 1939 avec la " drôle de guerre ". Les Russes jugent sans complaisance la France qui s'est, estiment-ils, retournée contre eux dans l'été 1939 et voulait les faire se battre seuls contre l'Allemagne. Jusqu'aux républicains espagnols, dont certains ne cachent pas leur ressentiment en rappelant qu'avant d'aboutir à Sachsenhausen, c'est chez nous qu'ils ont connu leurs premiers camps après une défaite que la France n'avait rien fait pour leur éviter. Ainsi notre pays est-il considéré par beaucoup comme le pays de la lâcheté et de la trahison. Cette appréciation, chaque jour entendue, est une grande souffrance morale pour les Français. »

Comme ailleurs, les nazis ont créé dans le KZ un orchestre de trente à quarante détenus qui joue, selon les cas, des concerts symphoniques pour les SS ou des marches de fanfare pour la rentrée des effectifs, la capture d'un évadé, la pendaison d'un condamné. Trois Français font partie de l'orchestre, trois instrumentistes de grand talent: le violoncelliste Marcel Soubeirat, le trompettiste Robert Teurquety et le clarinettiste Georges Denis.

Pendant les rares répits, les déportés s'efforcent de s'informer sur la situation militaire (mais les fausses nouvelles sont plus nombreuses que les vraies), de lire (mais peu de livres ont échappé aux fouilles), d'apprendre l'allemand ou le russe, etc. Le dimanche après-midi, durant la pause hebdomadaire de principe, les Français se retrouvent entre eux pour évoquer le pays et chanter les vieux airs de chez nous. Au cours du dur hiver 1944-1945, les Français de la fonderie Klinker reprennent, par défi, dans le vacarme et la poussière de l'usine, les refrains des chansons de France.



Le travail

Les kommandos de Sachsenhausen travaillent à l'intérieur et à proximité du KZ, mais aussi très loin du camp central. Il y a plus de 100 kommandos extérieurs.

Les kommandos de Sachsenhausen

Les corvées, à Sachsenhausen, sont identiques à celles des autres KZ et elles s'effectuent dans des conditions tout aussi pénibles. Mais la plus grande partie des déportés est utilisée à des fins industrielles, dans de nombreuses entreprises KWA. Les 2 100 déportés des Ateliers de recherches techniques automobiles et d'études mécaniques (KWA) n'ont que 500 mètres à franchir pour gagner leurs ateliers près de la caserne des SS, en face du camp. On y construit des camions à chenilles et on y répare des véhicules automobiles et des chars de combat; on y effectue des travaux de fonderie, tôlerie, carrosserie, mécanique, menuiserie. Cette usine appartient à l'administration SS. Elle est en mesure de mener à terme l'étude et la sortie d'un prototype de véhicule militaire. Les déportés employés sont en priorité des spécialistes, qui sont moins mal traités que dans les autres kommandos.



Daw

La menuiserie DAW est également proche du camp. Là 1 700 déportés travaillent jour et nuit.

Bekleidungswerke et Schuhfabrik

800 déportés, répartis en deux kommandos, travaillent dans les imposants bâtiments qui se succèdent jusqu'à la pointe nord du camp. Leur tâche est de trier et de récupérer les vêtements et les chaussures des victimes exterminées dans les chambres à gaz et crématoires de Sachsenhausen et des autres KZ, en recherchant soigneusement l'argent et les bijoux. Tous les objets: chaussures, sacs à main, serviettes, etc., sont démontés pour la récupération du cuir, des peaux, etc. Les prisonniers, très étroitement surveillés par SS, kapos et mouchards, sont fouillés méticuleusement chaque matin et chaque soir.

Le Kommando Speer

« Accolé au kommando Klinker, dont les hommes travaillent et logent sur place dans un petit camp annexe, Speer est un vaste chantier de récupération de matériaux de toutes sortes, une gigantesque foire à la ferraille, qui doit contribuer à fournir au Reich des matières premières que la guerre rend de plus en plus rares. 2 000 détenus y travaillent pour le plus grand profit de l'un des dignitaires du IIIe Reich, Albert Speer, ministre de l'Armement.
Rien qu'au dépiautage de câbles téléphoniques et électriques hors d'usage, 300 détenus récupèrent en deux mois, selon des statistiques retrouvées pour septembre et octobre 1942, 476 tonnes de matériel: 112 tonnes de cuivre, 321 tonnes de plomb, 415 kilos de papier d'étain, 1600 kilos de gutta-percha, etc. De l'Europe pillée, de l'Allemagne bombardée, péniches et wagons apportent au kommando Speer des débris d'avions, des tôles de bateaux, des carcasses de voitures, des monceaux de fils gainés dans des conduites de plomb, du matériel de guerre réformé, des moteurs, projecteurs, postes de radio, etc. D'autres péniches, d'autres wagons remportent les éléments décortiqués, triés, classés, vers des usines aux fins de retraitement et de transformation. C'est dire qu'à Speer les durs travaux de manutention dominent, et que la réputation du kommando est aussi mauvaise que celle de son voisin Klinker. Il y a cependant une différence entre les deux: si Klinker est devenu un petit camp avec ses Blocks et son organisation propre, Speer demeure un kommando extérieur dont les hommes rejoignent chaque soir le grand camp. Avec le trajet du matin, cela fait 6 kilomètres par jour au pas cadencé. Le soir, le retour est aggravé par une corvée particulière imposée aux détenus du kommando Speer. Après la journée déjà pénible, nos peines ne prennent pas fin en quittant Speer. Au passage, devant la briqueterie de Klinker, à grands coups de gummi pour précipiter le mouvement, nous devons prendre une brique sous chaque bras. Cela peut apparaître comme n'étant pas excessif. Mais après une journée harassante, marcher pendant 3 kilomètres sans pouvoir s'aider du balancement naturel des bras devient vite très pénible. Malheur en plus à celui qui a la dysenterie ou envie d'uriner. Il faut se soulager en marchant, car il est interdit de s'arrêter et de poser ses briques. On ne peut s'en débarrasser qu'à l'arrivée. Près de 4 000 briques sont ainsi rapportées chaque soir: économie, pour les SS, d'un transport par camion. »

Parmi les objets démontés, certains sont très dangereux, les mines magnétiques par exemple. Les explosions et accidents de tous ordres sont très nombreux. Ce kommando reste un des plus meurtriers de Sachsenhausen. Le 10 avril 1945, Speer et Klinker seront complètement détruits par un bombardement aérien.



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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 29 Juin - 4:01


Le Waldkommando

Au nord du KZ s'étend, sur 2,5 kilomètres, une épaisse forêt de pins. A l'abri de ce camouflage naturel, les SS ont installé des dépôts et des ateliers militaires répartis sur quatre grands secteurs, desservis chacun par un embranchement ferroviaire de la ligne Berlin-Stralsund : le Waffenamt Wald, le Kraftfahrzeugdepot Wald, le Hauptzeugamt Wald et le Nachrichtenzeugamt Wald.

• Le Waffenamt Wald a le plus important effectif du Waldkommando: 760 détenus. Ils sont chargés de fabriquer l'arme antichar allemande, le Panzerfaust, arme aussitôt essayée dans un terrain d'exercice installé dans le bois.

• Le Kraftfahrzeugdepot Wald est un vaste parc de réparations automobiles situé au centre de la forêt, avec des aires de stationnement, quatre ateliers, des dépôts d'essence, d'huile, de pneus et de pièces détachées. 700 détenus y réceptionnent et y réparent des milliers de véhicules endommagés que des trains entiers déchargent et qui proviennent des différents pays de l'Europe occupée: automobiles, ambulances, camions, chars, etc.

• Le Hauptzeugamt Wald est un arsenal des SS. 500 déportés y travaillent. Des tranchées, des réseaux de barbelés, des pièges antichars l'entourent et en font une forteresse dans la forteresse. Des pièces d'artillerie pointent sous des bâches. Les baraquements regorgent d'armes et de matériels en tous genres: des compresseurs aux canots pneumatiques.

• Le Nachrichtenzeugamt: c'est là que sont formés les convois qui partent pour le front. 360 détenus constituent ce kommando.

• Quelques kommandos du Wald ne travaillent pas dans des kommandos des SS. Les 200 déportés de l'Ersatzkommando creusent de grandes fosses dans le sol. Les 120 du Waldlager défrichent de nouveaux espaces dans la forêt pour agrandir les parcs de véhicules à réparer. Le Hundezwinger est le centre qui fournit les chiens aux autres KZ, à la Gestapo et aux services spéciaux. C'est là qu'est l'école où se forment leurs maîtres SS. Une soixantaine de détenus soignent et nettoient les 2 000 chiens-loups. Ce kommando est recherché, comme celui qui s'occupe du potager des SS, car la discipline y est moins rigoureuse.


Les kommandos extérieurs

Plus de cent kommandos extérieurs sont rattachés au camp central.


L'Usine-Camp Heinkel

Heinkel est le plus important des kommandos extérieurs et emploie en permanence 6 000 à 7 000 détenus. C'est là que sont les plus forts contingents de Français. Heinkel est le cas type de l'usine-camp de concentration.

« Ici, l'usine et le camp ne font qu'un. Les barbelés électrifiés, les miradors ceinturent un vaste espace boisé où alternent les Blocks de déportés et les halls de fabrication du constructeur d'avions Ernst Heinkel. La mortalité est très grande parmi les Français. L'hiver 1942-1943, très rigoureux, et les longues stations sur la place d'appel battue par un vent glacial, les rations insuffisantes de rutabagas, de pommes de terre et de pain noir, les fatigues du travail forcé, la répression dans les halls et dans les Blocks déciment les rangs. Quand, en mai 1943, une grande partie de la seconde vague des déportés venant de Compiègne arrive à son tour à Heinkel, la moitié de ceux qui sont là depuis février a été exterminée. »

Sachso précise:

« Sur un état des détenus au camp de travail Heinkel dressé par les Allemands eux-mêmes le 13 février 1945, on ne relève les noms que de 979 Français. Mais en février 1943, ils sont déjà plus d'un millier, si bien qu'avec les pertes très lourdes du début, les apports et les départs qui se sont succédé en deux ans, on peut estimer à quelque 3000 le nombre total des Français passés à Heinkel. »

1500 civils allemands encadrent les détenus. Des prisonniers de guerre travaillent dans les ateliers jusqu'en mai 1943. Ils sont très soigneusement séparés des déportés.



Falkensee

La création de ce kommando est décidée en janvier 1943 pour fournir de la main-d'œuvre aux usines Demag, appartenant au groupe industriel Hermann-Goering et fabriquant à Falkensee du matériel ferroviaire, des chars de combat Tigre, des obus, des pièces détachées pour diverses catégories d'armements (affûts de mitrailleuses, engins Panzerfaust antichars, etc.). Ces usines sont d'immenses bâtisses en briques rouges, recouvertes de filets de camouflage, situées à 25 kilomètres à l'ouest de Berlin. 300 déportés français vont édifier un camp pour les travailleurs à 400 mètres de l'usine. Ils sont cantonnés à Staaken, à 3 kilomètres au sud de Falkensee et y connaissent des conditions épouvantables.

« Ce Block est terrible et nous y vivons comme des bêtes, avec pour chef un criminel allemand condamné pour meurtre. Nous couchons à même le sol de béton, sur de minces sacs remplis de copeaux. La couverture, pleine d'excréments séchés, est écœurante. Le soir au coucher et surtout le matin au réveil, il faut marcher les uns sur les autres. La nuit, on étouffe; il n'y a ni fenêtre, ni aération. »

Si bien que sur les 300 Français arrivés à Staaken le 10 mai 1943, il n'en restera plus que 180 le 10 juillet 1943 quand le camp est installé: 120 hommes sont morts, soit les deux cinquièmes de l'effectif. Le camp destiné aux travailleurs se présente alors comme un ensemble de 14 Blocks en dur, alignés sur deux rangées perpendiculaires à une allée centrale. Ces Blocks occupent la moitié de la superficie du camp, l'autre moitié étant réservée à la place d'appel, flanquée à droite de l'entrée par le bâtiment de la Schreibstube, à gauche par les cuisines, les douches et le poste de transformation du courant électrique. Ce camp est entouré d'une double enceinte de barbelés électrifiés qui court entre quatre miradors d'angle.
En deux ans, plus de 900 Français sont dénombrés dans ce camp annexe de Falkensee, de mai 1943 à avril 1945, sur un effectif qui a varié entre 1 500 et 2 500 hommes.



Klinker

Tout proche du KZ, de l'autre côté du canal de la Havel, est construite l'immense bâtisse de l'usine Klinker. C'était d'abord une briqueterie édifiée en 1938 par un kommando disciplinaire. C'est le 28 avril 1941 que Klinker devient définitivement un petit camp à l'ombre du grand. Il compte alors 1 500 hommes. Il en aura 3 500 à partir de 1943.
Depuis 1942, la briqueterie n'occupe plus que le quart des vastes bâtiments de 850 mètres sur 500: tout le reste est affecté à l'industrie de guerre et notamment à la fabrication des Panzerfaust.


« La première travée est l'atelier d'usinage des grenades. Quatre chaînes sont prévues, mais deux seulement fonctionnent en 1944 avec de nombreuses machines, des tours Maserati, notamment, provenant du pillage des usines de l'Italie du Nord, après le 25 juillet 1943 et la chute de Mussolini. À droite ce sont les chambres de séchage des briques, sortes de longs couloirs de deux mètres de large et 2,5 mètres de haut, dans lesquels stationnent encore de rares wagonnets de briques crues. Au centre, un grand hall, avec un pont roulant, sert d'aire d'attente et de stockage. À gauche, les fours de cuisson des briques utilisés aussi pour la recuite des grenades sont alimentés deux par deux par un générateur de chaleur Deutz, espèce de haut fourneau vertical tournant lentement sur son axe. La surveillance du travail est assurée par des contremaîtres civils allemands, reconnaissables à leur brassard noir frappé des lettres gothiques blanches DEST. »

Les conditions de vie sont difficiles, surtout pour les détenus affectés à la briqueterie, et dépendent du bon vouloir des SS.
Le bombardement du 10 avril 1945 qui pulvérise l'usine tue des centaines de détenus, dont un grand nombre de Français.





Le Schwarzkommando

D'abord installé dans le camp annexe de Klinker, puis transféré vers le milieu de 1944 dans celui de Heinkel, le Schwarzkommando est redouté par tous les détenus. Tziganes et personnes âgées le composent en grande partie. Ces déportés sont condamnés à désagréger à la main des batteries électriques et de grosses piles sèches hors d'usage pour en retirer le cuivre, le zinc, le charbon. La poudre noire du dépolarisant des piles, le bioxyde de manganèse, s'incruste dans la peau. Ce sont les " hommes en noir " qui donnent leur nom au Schwarzkommando (le kommando noir).
Sachso rapporte le témoignage d'un déporté affecté à ce kommando.

« Nous respirons un air chargé de poussière de charbon, imprégné d'acide, qui ne tarde pas à mettre les poumons dans un état lamentable. Aucun tablier protecteur, pas de gants. Au bout d'une semaine, la peau des doigts est complètement brûlée par l'acide qui s'échappe des batteries. La moindre écorchure s'infecte et devient furoncle ou phlegmon. Nos effets s'en vont en lambeaux et la crasse noire qui nous défigure ne part légèrement qu'avec du sable. Après trois mois, je suis méconnaissable. »

Seuls un moral d'acier et des ressources physiques exceptionnelles permettent de survivre dans ce kommando. Parmi les autres kommandos figurent Berlin-Lichterfeld (1 500 détenus déblaient les ruines résultant des bombardements), IG Farben (8 000 détenus), Spandau (1 100), Siemens (1 400), Daimler-Benz (automobiles), Peenemünde (travaux de terrassement pour le Centre expérimental de mise au point des V1 et V2), construction à Bad-Saarow, à 50 kilomètres à l'est de Berlin, d'un vaste GQG pour servir de lieu de repli au haut état-major et à A. Hitler, etc.



Le kommandos de Femmes

Des femmes déportées, et parmi elles des Françaises, sont immatriculées au camp des hommes de Sachsenhausen pendant la dernière année de la guerre. C'est au printemps de 1944 que, pour les besoins croissants des usines d'armement de la région berlinoise, les nazis font appel à des détenues provenant du camp de Ravensbrück. Elles sont isolées dans des kommandos extérieurs, qui sont autant de petits camps à part près des usines où elles sont condamnées à travailler. Dans ces kommandos, l'organisation particulière des camps de femmes est maintenue avec les surveillantes SS (les Aufseherinnen) et les détenues chefs de Blocks (les Blokowas). Les Françaises sont surtout nombreuses dans les usines Siemens et Auer.
Les exactions sont les mêmes qu'à Ravensbrück. À Auer,

« ... les punitions collectives pleuvent. Pour un lit mal fait, des WC sales, la soupe de midi est supprimée. On nous rebat les oreilles avec la propreté, l'hygiène, mais dans chaque Block il n'y a qu'une douzaine de robinets pour deux cent quarante femmes et l'eau ne coule qu'une heure par jour. »


Il n'y a qu'une quinzaine de kommandos de femmes, tous rattachés administrativement au camp central de Sachsenhausen. L'ensemble des kommandos réunit un effectif de 10 000 femmes environ au début de 1945. Les principaux sont: la fabrique de masques à gaz Auer d'Oranienburg (2 000 femmes), Siemens (1 000 femmes à Berlin-Haselhorst), Daimler-Benz (1 100 femmes à Berlin Genshagen), AEG (700 femmes à Berlin-Oberspree), Arado (1 200 femmes à Wittenberg), Krupp (500 femmes à Berlin-Neukölln), les usines de Berlin-Spandau (1 100 femmes), Argus (800 femmes à Berlin-Schönholz), Dynamit-AG (500 femmes à Glöwen), etc.





Liste des kommandos

Bad Saarow - Baubrigade I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X, XI & XII - Beerfelde - Berga - Berlin (sous-kommandos de Berlin : Babelsberg - Falkensee - Helensee - Hennigsdorf - Koepenig - Lichterfelde - Lichtenrade - Reinickendorf - Siemens Stadt - Tegel - Wilmersdorf) - Biesenthal - Bornicke - Brandenburg/havel - Dammsmuhle Schonwalde - Debno Neudamm - Doberitz - Drogen Niedorf - Falkenhagen Furstenwalde - Falkensee - Frieoythe/Kloppenburg - Heinkel - Genshagen - Glau Trebbin - Gross Rosen - Hohenlychen - Karlsruhe - Klinker - Kl. machnow - Kolpin - Konigswusterhause - Küstrin - Lieberose - Lubben - Muggelheim - Neubrandenburg - Neustrelitz - Niederhagen - Oranienburg - Politz - Prettin - Rathenow - Ravensbrück (until 1939) - Riga - Senftenberg/Schwarzweide - Storkow - Stuttgart - Treuenbrietzen - Werde - Wittenberg.




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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 29 Juin - 4:12


Souffrance, Mort et Résistance

Le KZ de Sachsenhausen connaît la même gamme d'exactions et d'atrocités que les autres camps de concentration.

Exactions et sévices

La prison

« La prison du camp (Zellenbau) est séparée du reste du camp par des barbelés, des palissades et un mur. 80 cellules servent aux arrêts qui comprennent trois degrés: les arrêts normaux, jusqu'à 28 jours en cellule éclairée, avec la ration normale; les arrêts moyens, jusqu'à 42 jours, avec de la nourriture chaude seulement tous les trois jours; les arrêts durs en cellule obscure, où le prisonnier ne peut ni s'asseoir ni se coucher durant toute la journée. Certains ne quittèrent jamais cet enclos et y trouvèrent la mort, comme l'écrivain communiste Hongrois Julius Alpari, arrêté à Paris en 1941 et fusillé au camp le 17 juillet de la même année. Le pasteur Niemöller (qui avait refusé de créer une Église inféodée au national-socialisme), condamné à sept mois de prison le 2 mars 1938 par le tribunal de Berlin-Moabit et attendu à sa sortie par la Gestapo, est amené au KZ où il restera jusqu'à la fin dans la prison... »

Le crapaud

Le crapaud sanctionne les fautes bénignes. Après avoir marché le long de l'Appellplatz, puis rampé (dans la boue) puis couru, le crapaud consiste à faire plusieurs fois le même trajet en sautillant à croupetons les mains sur la nuque, bien sûr sous les coups des SS.

La schlague

La schlague permet le second échelon des sanctions: 10 à 50 coups sont appliqués par la schlague, composée d'une tige d'acier entourée de deux nerfs de bœuf tressés autour, le tout recouvert d'une gaine de cuir. La schlague mesure environ un mètre. Le prisonnier est attaché sur le Bock, déjà décrit. Il doit compter à haute voix le nombre de coups qu'il reçoit, sans quoi les coups ne sont pas jugés valables. S'il s'évanouit, le bourreau le ranime avec un seau d'eau, puis la séance reprend. Pendant plusieurs semaines, le puni ne pourra plus se coucher sur le dos.

Le pieu

Le pieu est une punition infligée dans la cour du bâtiment des cellules. Le pieu est un poteau de bois d'environ 3 mètres de haut, planté en terre et d'où pendent des chaînes fixées à son sommet. Le prisonnier, qui a les mains liées derrière le dos, est accroché à ces chaînes puis hissé, bras retournés, pieds ballants, pendant des heures, sous les coups des SS.






L'Erdbunker

Non loin des pieux a été installé un cachot souterrain (Erdbunker) où le détenu est descendu par un puits, une corde passée sous les aisselles. Il y reste plus ou moins longtemps, dans l'obscurité la plus complète, le plus souvent privé de nourriture.

La Strafkompanie (SK)

« La Strafkompanie (SK), ou compagnie disciplinaire, est à l'intérieur du camp un bagne dans le bagne. Les punis y sont assignés en cas de manquement grave à la discipline. La Gestapo y envoie directement des prisonniers avec la mention RU (" retour non souhaité "). Les détenus de la SK sont isolés dans l'aile d'un Block spécial, dont l'accès est strictement interdit aux autres prisonniers. Ils portent sur leurs vestes et leurs pantalons de gros points rouges et noirs qui les signalent de loin aux SS et aux surveillants. Ils sont astreints aux corvées les plus dures. Au début, la Strafkompanie de Sachsenhausen est affectée à la carrière d'argile de la briqueterie de Klinker. Elle y loge à partir de la mi-août 1941. Les hommes travaillent dans l'eau jusqu'aux genoux et ne peuvent se déplacer qu'au pas de course, y compris pour pousser des wagonnets de glaise. Durant l'été 1942, sur un effectif constamment maintenu entre soixante-dix et quatre-vingts punis, il en meurt chaque jour quatre ou cinq d'épuisement et sept à dix sont abattus quotidiennement pour de prétendues tentatives d'évasion. Tels sont les chiffres avoués à son procès, après guerre, par le lieutenant SS Ficker, qui commandait la SK à cette époque. En 1943, une seconde SK est créée dans le KZ même. La centaine de punis de cette deuxième SK forme le Schuhlaüfer-kommando, le kommando des essayeurs de chaussures. Ils testent différents modèles de chaussures destinées à l'armée. De 6 heures à 17 heures, avec une heure de pause pour la soupe de midi, ils marchent sur une piste qui fait le tour de la place d'appel. Ses 680 mètres sont fractionnés en secteurs de divers revêtements: béton, terre labourée, mâchefer, terre battue, pavés, caillasse, sable, gravier, mare d'eau. Au total, soixante tours sont accomplis dans la journée, soit près de 41 kilomètres, entrecoupés de séances de génuflexions pour éprouver la résistance des tiges des brodequins. Les plus sévèrement punis doivent effectuer leurs 41 kilomètres par jour avec sur le dos un havresac chargé de 12 kilos de sable, exécuter des exercices au pas de course, ramper pour user le bout des chaussures, etc. »

Sachso indique que des dizaines de Français se succéderont en SK pour un temps plus ou moins long, soit à la SK de Klinker, soit à la SK de Sachsenhausen, soit dans l'une et l'autre.




Pendaisons

Sachso les évoque :

« L'appel du soir, le plus redouté, est le moment choisi par les SS pour la pendaison publique des détenus qu'ils ont condamnés à mort. Le gibet dresse sa sinistre silhouette au-dessus de la place: deux poteaux soutenant une poutre transversale à laquelle est attachée la corde avec sa boucle pendante au-dessus d'une planchette mobile qui repose sur deux taquets. Après lecture par un SS de la sentence de mort, le bourreau se saisit du condamné, l'aide à monter sur un escabeau, puis sur la planchette, lui serre la corde autour du cou, le nœud sur la nuque et saute à terre pour, d'un geste prompt, retirer un taquet de dessous la planchette qui tombe. Le corps est agité de terribles soubresauts qui diminuent peu à peu. Bientôt, ce ne sont plus que des tressaillements. La tête penche en avant. C'est fini. 20 000 hommes défilent maintenant tête nue, au pas cadencé, devant la potence. Chacun doit fixer la victime que l'on emportera tout à l'heure dans une caisse noire munie de brancards, qui attend au pied du gibet. Des matraqueurs sont là pour rappeler de quel côté il faut regarder. Si la pendaison a lieu un samedi, elle s'effectue avec l'orchestre du camp. »

Fusillades

La lettre Z étant la dernière lettre de l'alphabet, les SS baptisent Station Z la partie du camp où se trouvent les fosses d'exécution, les chambres à gaz et les crématoires. Cette Station Z entre en service fin mai 1942, avec l'exécution de 250 juifs en représailles de la mort d'Heydrich abattu à Lidice près de Prague. Loritz, l'adjoint du commandant du camp Suhren, fait exécuter le même jour 200 prisonniers du kommando Klinker. Le massacre le plus terrible est celui de 22 000 prisonniers de guerre soviétiques. Enfermés à part dans un groupe de baraques (les Blocks 10, 11, 12, 34, 35, 36) en septembre 1941, ils sont exterminés dans des conditions atroces. Ils ne reçoivent aucune nourriture pendant plusieurs jours. À 3 000 par baraque, ils sont obligés de rester debout, coincés les uns contre les autres. Au matin, ils doivent faire passer par-dessus leurs têtes les morts de la nuit pour les jeter à l'extérieur par les fenêtres. Quand ils sortent, c'est pour aller au massacre, à la chaîne.
Tragédie de la déportation rapporte le témoignage de Robert Franqueville sur ce massacre.


« Au début, on les exécutait au moyen d'une curieuse machine. Amenés à l'Industrie-Hof, en camion, dans une salle insonore, les hommes passaient un par un sous une toise. Pendant qu'un garde faisait le simulacre de prendre la mesure de la taille, un dispositif spécial tuait le patient d'une balle dans la tête; un seau d'eau sur le carrelage, et au suivant... Cette mise en scène était trop lente. On construisit une fosse bétonnée qui pouvait contenir une cinquantaine de corps. Une mitrailleuse camouflée faisait le reste. Ce moyen fut aussi abandonné comme trop bruyant. On entendait les rafales du dehors, il ne fallait pas qu'on se doutât qu'à Sachsenhausen, le camp modèle, on tuait en série. Ensuite, on construisit la fameuse chambre à gaz, moins expéditive mais silencieuse et tellement plus propre. Moi j'aidais au transport des morts du camp russe au crématoire. Dans les sous-sols, c'était une véritable boucherie, un échaudoir du marché de La Villette. »


Gazages

Dans son procès devant le tribunal militaire soviétique, le procureur d'État posa à Kaindl, commandant du KZ, la question suivante :

• Quels sont les procédés d'extermination qui ont été employés dans votre camp ?

— Jusqu'à l'automne 1943, les exterminations étaient accomplies à Sachsenhausen par fusillade ou pendaison.

• Avez-vous apporté quelque modification à cette technique d'extermination ou non ?

— Vers la mi-mars 1943, j'ai introduit la chambre à gaz comme moyen d'extermination en masse.

• De votre propre initiative ?

— En partie, oui. Les installations existantes ne suffisaient plus à l'extermination prévue. Je tins une conférence, à laquelle prit part le médecin en chef Baumkötter. Celui-ci me dit que l'emploi d'un toxique tel que l'acide prussique dans des chambres préparées à cet effet provoquait une mort instantanée. C'est pourquoi je considérai comme indiqué, et aussi comme plus humain, l'installation de chambres à gaz pour les exécutions en masse.

• Qui était responsable des exterminations ?

— Le commandant du camp personnellement.

• Donc c'était vous ?

— Oui.

Aussi bien Kaindl que l'ancien détenu Sakowski, qui avait travaillé comme bourreau du camp dans le complexe du crématorium et avait assisté à des gazages, se livrèrent au cours du procès à une description de la chambre à gaz. Celle-ci était munie d'un dispositif permettant l'ouverture automatique des bouteilles; un ventilateur à pression était installé sur le mur extérieur. On y introduisait la bouteille, qui était ouverte mécaniquement, et le ventilateur diffusait le gaz dans la chambre à travers un système de tuyaux. C'est pourquoi les SS n'avaient pas besoin de masques à gaz à Sachsenhausen, à la différence de ce qui se passait dans la plupart des autres camps.
Le nombre des gazés de Sachsenhausen n'a jamais pu être établi.



Expérimentations médicales

Sachso indique que les SS tuaient à l'aide de piqûres de benzine, notamment au Revier. Mais des expériences avaient lieu également. Devant la cour criminelle à Dusseldorf, le SS Wiedemann a reconnu, le 16 mai 1961, que sur l'ordre de Skorzeny il a expérimenté des balles empoisonnées tirées sur des déportés. Ces balles de 6,5 mm et de 7,65 mm étaient explosives afin d'accélérer la pénétration du poison dans le sang.
Sachso indique également qu'ont été expérimentées des petites ampoules de cyanure sur des détenus.

« Il s'agit de trouver la plus petite dose foudroyant un homme en quinze secondes maximum. Dans les documents du procès de Nuremberg contre les médecins SS, il est noté que, de septembre 1939 à avril 1945, se sont poursuivies au Revier de Sachsenhausen des recherches sur des détenus en bonne santé concernant un gaz liquéfié appelé " 01-0 " (Huile0) qui, au contact de la peau, déclenche des infections microbiennes. Dans ces mêmes archives, il est spécifié que, sur l'ordre exprès de Himmler, le médecin SS Gebhardt et son assistant Fischer ont fait les premières recherches de sulfamide sur quinze détenus de Sachsenhausen, dont la plupart sont morts dans d'horribles souffrances. Du 1er au 15 juin 1943, le médecin SS Dohmen, qui étudie soi-disant un médicament contre la jaunisse, fait mourir huit malades de Sachsenhausen, etc. À quoi il faut ajouter les expériences particulières menées pour le compte des services spéciaux du colonel SS Skorzeny, notamment désireux de tester armes nouvelles, poisons, etc. »



Résistance

Lorsque arrive le premier convoi de Français en juillet 1941, une organisation clandestine de résistance est déjà en place à Sachsenhausen. Elle est dirigée par des antifascistes allemands, notamment les communistes Albert Buchmann, Rudi Grosse et le Lagerälteste Harry Naujocks. Maintes fois décimée par les SS, elle a été chaque fois reconstituée. Elle présente les caractéristiques déjà relevées pour les autres KZ. Elle sélectionne très rigoureusement ses membres. Elle établit sans tarder la liaison avec les mineurs français. Le 25 janvier 1943, deux importants transports de Français arrivent de Compiègne, ce qui permet de constituer une résistance française autonome, mais toujours en relation étroite avec la résistance internationale.

Le cloisonnement indispensable et les affinités naturelles font que ces groupes se forment selon les nationalités et selon les liens doctrinaux. Les communistes, notamment, se structurent rigoureusement, selon la technique du triangle. Cette résistance clandestine permet, comme dans les autres KZ, de mettre en oeuvre une solidarité agissante, de recueillir et de communiquer des informations sur le déroulement des opérations militaires, d'organiser l'accueil des nouveaux arrivants et même de permettre à des prêtres déportés de dire la messe en secret au camp central comme dans les kommandos. (Des contacts pris avec des civils des usines permettent de faire passer à ces prêtres des hosties et même un missel.)

La résistance organise également des manifestations patriotiques. Ainsi le 14 juillet et le 11 novembre, les déportés observent une minute de silence tous ensemble au même moment et arborent à la boutonnière un insigne tricolore confectionné avec des morceaux de fils électriques de couleur. Les déportés s'efforcent en même temps de saboter la production industrielle. Le kommando Heinkel obtient, dans ce domaine, de tels résultats sur le HE 177 que la fabrication à la chaîne de ce bombardier doit être arrêtée! Les dangers sont permanents pour les saboteurs, surveillés par une multitude de mouchards. Le 11 octobre 1944, 27 responsables de la résistance intérieure du KZ, dont trois Français, sont exécutés. 102 antinazis sont envoyés le 25 octobre 1944 en " transport de représailles " au KZ de Mauthausen, à la suite de l'enquête de la commission dirigée par le SS Cornely. D'autres suivront.

Mais les politiques allemands August Baumgarte, Max Opitz, Otto Walter, Ottomar Geschke continuent leur action, avec Fritz Wintz et Engelmann. Sont à leurs côtés les représentants des Autrichiens (Pointner), des Tchèques (Antonin Zapotocky et Jaromir Dolansky), des Soviétiques (général-major Sotov), des Belges (Xavier Relecom), des Polonais (Anton Levinski et Lewandowski), des Norvégiens (Johannsen) et des Français (François Bagard et Raymond Labeyrie). Le danger le plus redouté est l'extermination à l'arrivée des armées alliées. Des groupes de combat sont donc mis en place, en même temps qu'est élaboré un plan d'autodéfense. Mais les armes manquent, face aux Allemands qui resteront toujours plus de 15 000 jusqu'en avril 1945. Dès 1941 pourtant, les Français fabriquent des poignards. En fait, le peu d'armement sérieux, au camp central, est entre les mains des déportés allemands et soviétiques. Ainsi Rudi Wunderlich réussit à cacher dans les bidons de soupe vides revenant aux cuisines 8 automatiques Mauser, 300 cartouches et une vingtaine de grenades provenant du magasin des SS. Au mois d'avril 1945, l'échéance paraît imminente. Sachso donne des précisions sur l'armement dérisoire qu'a pu rassembler la résistance internationale:

« Aux mitrailleuses braquées de tous les miradors, aux lance-flammes éventuels, ne s'opposent qu'une quarantaine de mousquetons et de revolvers, quelques grenades venues de Klinker avec celles récupérées à Lichterfelde, et les engins de fortune fabriqués avec les moyens du bord. Tant que le camp n'est pas coupé des ateliers, on a stocké de l'essence, de l'acide sulfurique et du chlorate de potasse pour faire des cocktails Molotov. Des fils de fer et des barres métalliques sont prévus pour court-circuiter les barbelés électrifiés, des couvertures et des planches de châlits pour franchir les enceintes ainsi neutralisées. Les anciens combattants d'Espagne, les prisonniers de guerre russes survivants et les FTP français encadreraient la masse des déportés et tenteraient de gagner les dépôts d'armes SS, les véhicules et les blindés de KWA et du dépôt Wald. Tous sont décidés à se battre si le combat leur est imposé mais d'un commun accord, il faut maintenir intacte l'organisation jusqu'à la limite du possible. »

Mais l'affrontement inégal n'aura pas lieu. Le 21 avril 1945, l'évacuation générale du camp est ordonnée pour plus de 30 000 hommes et 5 000 femmes. Le lendemain 22 avril, un détachement d'éclaireurs soviétiques arrive. Il ne reste plus au KZ que les malades du Revier: 3 000 hommes et 2 000 femmes, entourés par les médecins Français Coudert et Leboucher , trois médecins Belges et un Norvégien.



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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 29 Juin - 4:23


LA FIN

Le processus sanglant décrit pour les autres KZ se reproduit à Sachsenhausen.


Les exécutions

Les SS procèdent à des exécutions massives au cours des dernières semaines et même des derniers jours.

« C'est le temps redoutable des liquidations de masse, écrit Sachso. La cour de l'Industrie-Hof est rouge du sang des fusillés: 178 pour la seule nuit du 1er au 2 février. Le 4 février, 45 prêtres et pasteurs, dont les abbés Dupont et Hartemann, sont envoyés à Bergen-Belsen.
En février 1945, sur l'ordre du gouvernement, la direction du camp prépare l'extermination des détenus du camp de Sachsenhausen et de ses dépendances, relate le procès des bourreaux SS de Sachsenhausen tenu du 23 octobre au 1er novembre 1947 devant le tribunal militaire des forces soviétiques d'occupation en Allemagne. Comme le déclare l'ex-commandant du camp, l'accusé Kaindl, il reçut l'ordre en question le 1er février 1945. Cet ordre émanait du Reichsführer Himmler. Le 2 février 1945, Kaindl se mit à exécuter l'ordre reçu. Il ordonna tout d'abord d'exterminer les malades et les détenus inaptes au travail. Les accusés Höhn, Baumkötter et Rehn choisirent les personnes à exterminer; la direction générale de l'action était aux mains de Höhn. L'accusé Höhn déclara: " Au début de 1945, Kaindl me fit venir à lui et me déclara: Je reviens à l'instant de Berlin. J'ai reçu l'ordre d'exterminer les détenus qui se trouvent au camp. Kaindl ajouta: nous laisserons 12 000 hommes pour le travail dans les usines d'armement et nous exterminerons le reste. Kaindl me chargea du travail d'organisation destiné à exterminer les détenus sur place. À 9 heures du soir, nous commençâmes l'exécution des détenus. Les chefs de Blocks transportèrent les détenus au crématoire, où il furent exterminés par un kommando venu spécialement d'Auschwitz et dirigé par Moll. L'extermination des détenus se poursuivit journellement et le crématoire où l'on incinérait les cadavres fonctionna nuit et jour. Ainsi, au cours des mois de février et mars 1945, 5 000 détenus furent tués au camp de concentration de Sachsenhausen. »






Les bombardements

Les derniers mois furent ensanglantés par les bombardements de l'aviation alliée qui devaient causer la mort de milliers de déportés. Le 18 avril 1945, Heinkel est l'une des grandes usines de matériel de guerre de la région à subir une attaque des bombardiers anglo-américains. Plus de 1 000 bombes s'abattent sur l'usine. Il y aura entre 320 et 500 morts parmi les déportés. Le 15 mars 1945, les usines Auer d'Oranienbourg sont complètement détruites par 600 forteresses volantes qui lâchent 1 506 tonnes de bombes explosives et 178 tonnes de bombes incendiaires. 1 000 déportés environ sont tués, sur un effectif de 2 000.

Le 10 avril 1945, c'est Klinker qui est détruit (plusieurs centaines de déportés sont tués, dont des Français), ainsi que tout le complexe industriel et militaire disséminé dans la forêt du Wald (des bombes tombent sur le camp lui?même, tuant plusieurs dizaines de déportés). Après le raid, un déporté yougoslave qui avait volé un pain dans la cuisine en profitant du bombardement est pendu devant les déportés rassemblés sur l'Appellplatz.

Les " marches de la mort "

L'évacuation du camp le 21 avril 1945 et celle des kommandos s'accompagnent des scènes d'horreur décrites pour les autres KZ. Sachso relate d'une façon très détaillée les arrivées des convois provenant d'autres KZ et les départs des convois partis de Sachsenhausen vers d'autres KZ, l'anarchie des derniers jours, ainsi que les terribles épreuves des déportés au cours des marches de la mort.
Dans son rapport officiel, M. de Coquatrix, un des organisateurs chargés par la Croix-Rouge de ravitailler les détenus de Sachsenhausen, écrit:

« Ma tâche consistait à ramener des colis de vivres par des camions Croix-Rouge vers les colonnes de détenus qui, la plupart du temps, n'étaient pas ravitaillés par les SS. J'ai procédé à ce ravitaillement au moyen des réserves constituées à Wagenitz. Pendant quatre jours et quatre nuits, les camions roulèrent et les chauffeurs et moi fûmes témoins des faits suivants. Le matin du 22 avril, nous découvrîmes sur une longueur de 7 kilomètres, entre Löwenberg et Lindov, les vingt premiers détenus fusillés au bord de la route: tous avaient reçu une balle dans la tête. Au fur et à mesure de notre avance, nous rencontrâmes un nombre toujours plus grand de détenus fusillés au bord de la route ou dans les fossés. Dans les forêts, entre Neuruppin et Wittstock, nous avons trouvé alors régulièrement aux endroits où les détenus avaient passé la nuit ou à des endroits de halte, plusieurs cadavres, en partie jetés dans les feux du camp et à moitié brûlés. Le troisième jour de l'évacuation, nous rencontrâmes encore plus de cadavres que la veille. Des détenus de nationalités diverses nous ont secrètement déclaré que les SS et les criminels allemands en uniforme de la Wehrmacht continuaient à tuer, à coups de fusil dans la tête, chaque détenu exténué. Les malades étaient également fusillés de la même manière. Les SS profitaient de chaque occasion pour fusiller les notables. L'examen d'un grand nombre de cadavres a révélé que toutes les victimes avaient été liquidées d'une balle dans la tête. Sur notre demande, les détenus nous ont déclaré que souvent les SS ont obligé leurs victimes à s'agenouiller ou à s'allonger, 50 mètres derrière la colonne en marche, pour être exécutées. Il nous fut impossible d'apprendre le nombre exact des tués. Sur notre parcours, nous avons vu au total plusieurs centaines de morts. Je déduis des nombreux entretiens avec des détenus qu'environ 15 à 20 % de l'effectif du camp de concentration d'Oranienbourg a été tué de la manière décrite plus haut. »



Conclusion

Le KZ de Sachsenhausen a centralisé la plus grande partie des rapines et pillages commis par les SS dans l'Europe occupée par la Wehrmacht. Ainsi que ce qui a été volé sur les déportés eux-mêmes. Dans une note figurant aux archives du procès de Nuremberg, par exemple, Pohl informe Himmler qu'il y a à Sachsenhausen: 100 000 montres bracelets, 39 000 montres de poche, 7 500 réveils et pendulettes, 37 500 porte-mines, 16 000 stylographes. Ce qui prouve que plus de 139 000 déportés sont passés par le KZ.
Combien y sont morts? Les quatre crématoires ont fonctionné sans interruption jour et nuit.

« Un chiffre donne une idée partielle de leur rendement, écrit Sachso: on découvrit après la guerre, non loin des fours, deux fosses de 27 mètres cubes remplies de cendres. Il suffit de savoir qu'un corps humain donne un litre de cendres pour avoir une estimation du charnier mis à jour: 54 000 morts au moins. Et toutes les cendres n'étaient pas là, puisqu'en 1947 un SS reconnaissait à son procès avoir déversé en janvier 1945 dans le canal Hohenzollern, près du camp, trois camions de cendres, soit environ 9 tonnes. D'autre part, avant leur passage au crématoire, les cadavres étaient dépouillés de leurs dents artificielles et prothèses. Or on a trouvé à la libération du camp, dans des caisses en bois, 300 000 dents en porcelaine ou en métal et des couronnes dentaires correspondant, selon les experts, à 80 000 morts. »

Au terme de son étude sérieuse, Sachso estime que 204 537 déportés sont entrés à Sachsenhausen entre le 12 juillet 1936 et le milieu d'avril 1945, appartenant à vingt nationalités, dont au moins 8 000 Français (8 000 à 9 000). 100 167 personnes y ont été exterminées, soit exactement la moitié.


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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 29 Juin - 14:05

quel horreur Shocked
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 9 Juil - 3:35


STUTTHOF (a ne pas confondre avec le Natzwiller Struthof)

Stutthof est le plus éloigné
des camps de concentration nazis.



Construit dans la lointaine Prusse-Orientale, le KZ de Stutthof est à peu près inconnu en France. Destiné aux déportés Polonais, il a pourtant reçu des Français, peu nombreux, la dernière année. Avec lui commence la description des camps d'extermination massive, puisque plus des deux tiers de ses détenus ont été assassinés.

LE KZ DE STUTTHOF

Le camp

Le site a été choisi à dessein au niveau de la mer, dans une région particulièrement insalubre. La Baltique n'est qu'à 2 kilomètres. Le sol de tourbe est marécageux. Le paysage est plat, boisé de pins par places. Le climat est à la fois maritime et continental, c'est-à-dire que le froid, le vent glacial et la pluie règnent là pendant la plus grande partie de l'année. Dantzig (qui deviendra la ville polonaise de Gdansk après la défaite allemande) est à 36 kilomètres à l'ouest. Placé au nord de la route qui relie ce port à Königsberg, le KZ est bien desservi par les voies de communication. Une ligne de chemin de fer à voie étroite, le relie, par la station de Tiegenhof, à la ligne internationale à grande circulation.

Les nazis trouvent là d'autres avantages: l'éloignement de toute habitation civile assure la discrétion, et les évasions éventuelles seront difficiles puisque, pour atteindre Dantzig, il faut traverser la Vistule et la rivière Nogat étroitement gardées. D'après un document établi le 2 septembre 1942 par le contrôleur financier du camp de Stutthof, ce KZ aurait été créé dès août 1939, c'est-à-dire dès l'occupation de Dantzig par le Reich et avant le début de la guerre contre la Pologne (en même temps que sept autres camps d'internement " nécessaires pour incarcérer les éléments polonais suspects "). 1500 Polonais arrêtés à Dantzig par les nazis entreprennent, à l'automne 1939, la construction d'un camp modeste destiné à des Polonais non juifs mais antinazis. En fait, il reçoit rapidement quelques Allemands opposés au régime et, le 2 septembre 1939, un convoi de 250 prisonniers de guerre polonais. Au printemps 1941, le KZ ne contient, en dehors d'eux, qu'une cinquantaine de détenus allemands et juifs. Mais il va bientôt devoir s'agrandir pour être en mesure d'accueillir un flot continu de nouveaux déportés.

Il est bâti sur le même modèle que les autres KZ. Il forme un quadrilatère de 900 mètres de large sur 1 kilomètre de long. Bientôt sa superficie dépassera 120 hectares. En janvier 1945, il comprendra trois parties: l'ancien camp, le nouveau camp et un troisième camp dit " camp spécial ". Une ligne de chemin de fer à voie étroite dessert les différentes parties du KZ. L'album personnel de photographies de l'ancien commandant du camp, conservé, permet de suivre les phases de cette extension. Au début de 1945, l' " ancien camp " comprend une zone entourée de barbelés renfermant les Blocks en bois, le Revier et des ateliers pour maçons et charpentiers. À l'extérieur sont situés les bâtiments administratifs, le Bunker et le bureau du commandant. A l'est ont été construits un vaste crématoire à plusieurs fours et une chambre à gaz, ainsi que des garages et des entrepôts. Au nord sont cultivés des jardins et des potagers.

Le nouveau camp est situé au-delà de ces jardins. Beaucoup plus vaste, il est entièrement entouré de barbelés électrifiés. Il comporte 40 Blocks de même dimension: 10 pour les ateliers (pour, dans l'ordre d'importance, les selliers, les cordonniers, les tailleurs, les armuriers), 20 pour le logement des détenus, 10 pour les prisonnières juives (ces 10 Blocks sont entourés d'une nouvelle barrière de barbelés électrifiés, qui en font un camp dans le camp). Le camp spécial est, lui, complètement clos par un mur, surmonté également de barbelés électrifiés. Il comprend 3 Blocks, isolés entre eux, où sont logés des déportés.

Plus loin se trouvent des bâtiments administratifs, techniques et commerciaux, ainsi qu'une usine fabriquant des pièces détachées pour les avions Focke-Wulf. Un nouveau mur d'enceinte, entouré de barbelés électrifiés, entoure l'ensemble du KZ. Il est surmonté de place en place par des miradors dotés de mitrailleuses. À l'extérieur du KZ, des constructions plus récentes abritent les spécialistes et employés civils, ainsi que l'école de la police ukrainienne. La garnison est logée dans des baraquements situés à 1 kilomètre à l'ouest; elle compte plus de 500 SS.


Plan du camp





L'administration

Un document du 20 février 1942 prouve que le KZ est bien un camp d'initiative SS, créé à l'occasion de la prise de Dantzig, dans les mêmes conditions que s'étaient créés les camps SA et SS lors de la prise du pouvoir. Pourtant Stutthof est déjà reconnu comme camp national dans la classification de Heydrich du 28 août 1940. C'est le 20 février 1942 que le Sonderlager de Stutthof est transformé en camp de concentration national. Il passe alors de la catégorie 2 à la catégorie 1 dans la classification de Heydrich. Son premier commandant est le SS Pauly (le futur commandant de Neuengamme), auquel succédera Paul Werner Hoppe. L'administration du camp de Stutthof est rigoureusement identique à celle des autres KZ. Elle est confiée aux SS.

Les déportés de Stutthof sont pour 90 % des politiques et pour 10 % seulement des criminels allemands de droit commun. Les juifs, traités différemment, constituent un groupe à part. Il existe encore à Stutthof un groupe de prisonniers allemands internés dans un but de " rééducation par le travail ", ainsi que des " prisonniers d'honneur " (Ehrenhäflinge) logés séparément et non astreints au travail, qui sont surtout des intellectuels lituaniens et lettons antinazis. La Commission générale d'enquête sur les crimes allemands en Pologne écrit dans son rapport: " L'instruction n'a pu établir avec précision la catégorie des prisonniers habitant le camp spécial et appelée " Haudegen " dans les actes du camp. En tout cas, les prisonniers de cette catégorie jouissaient d'un traitement de faveur, vivant dans des conditions presque normales en compagnie de leur famille. Les témoins supposent qu'il s'agissait d'un groupe d'officiers supérieurs allemands hostiles au régime hitlérien. "


Entree du camp




LES DÉPORTÉS AU KZ DE STUTTHOF

La proportion des nationaux a évolué au fil des années.

Nationalités

Au début, le KZ reçoit essentiellement des Polonais. Ils viennent de la région de Dantzig. En 1944 arrivent d'importants convois de Varsovie (le premier, le 25 mai 1944, est composé de détenus extraits de la prison de Pawiak) et de Lublin. L'insurrection de Varsovie se traduit par l'arrivée de nouveaux convois de civils et de militaires, notamment de 3 000 hommes venant de Pruszkow (le 31 août 1944) et de 1 200 autres arrivant de la capitale polonaise (le 29 septembre 1944). En 1939 et en 1940, 250 prêtres polonais proviennent de la Poméranie. Particulièrement mal traités et soumis aux travaux les plus harassants, ils ne seront plus que 12 en 1944 quand ils seront dispensés de travail. Les Soviétiques constituent, après l'attaque allemande contre l'URSS, le groupe le plus important. Ils seront en grande partie exterminés, ainsi que les juifs qui affluent surtout en 1944.

Les détenus allemands sont essentiellement des droits communs, le nombre des antinazis étant insignifiant. Le pourcentage des Polonais, de 90 % au début jusqu'en 1942, ne cesse de décroître ensuite. Celui des Soviétiques dépassera bientôt 20 %. A partir de juillet 1944, ce seront les juifs qui représenteront la majorité absolue des déportés, avec environ 70 % de l'ensemble. Au moment de la libération du camp, les nationalités suivantes sont représentées par ordre d'importance numérique: Polonais, Soviétiques, Allemands, Juifs, Français, Hollandais, Belges, Tchèques, Lettons, Lituaniens, Danois, Norvégiens et Tziganes.

La vie quotidienne

La vie quotidienne à Stutthof est tout à fait semblable à celle que connaissent les déportés dans les autres KZ. A l'arrivée: les coups, le bain et la désinfection, la quarantaine (elle se déroule dans les Blocks 17, 18 et 19 du nouveau camp et dure de deux à quatre semaines). Vient ensuite l'affectation à un Block et à un kommando de travail. A Statthof, chaque Block comporte des lavabos et des toilettes. Mais les lits sont identiques à ceux des autres KZ: ils sont à trois étages et chaque étage doit abriter plusieurs personnes. Jusqu'à l'hiver 1944, les déportés garderont les mêmes vêtements en dépit de la pluie et du froid. L'horaire des kommandos de travail est un peu moins pénible que dans les autres camps, puisque le lever est à 5 heures en été et à 6 heures en hiver.
La nourriture est insuffisante. Le rapport de la Commission d'enquête donne des précisions:
« La qualité et la quantité des rations alimentaires variaient suivant les périodes. En 1940 par exemple on donnait pour le petit déjeuner 250 grammes de pain, 10 grammes de marmelade et du café sans sucre, pour le déjeuner on donnait 1 litre de soupe aqueuse et peu nutritive et pour le dîner moins de 250 grammes de pain, 25 grammes de marmelade et du café sans sucre. En 1942, depuis la mi-avril jusqu'au mois d'août, on ne donnait que 200 grammes de pain par jour et pour le dîner une soupe de raves, rien de plus. C'était alors une période de grande famine, marquée par une mortalité très élevée. Depuis l'été 1943, on attribuait des suppléments pour les internés effectuant des travaux particulièrement pénibles. En 1944 on distribuait le dimanche un peu plus de pain et deux fois par semaine quelques décigrammes de charcuterie ou de fromage. Il est évident que ces rations de famine ruinaient complètement les organismes peu résistants. »

L'hygiène est inexistante. L'eau est insuffisante. Une petite savonnette synthétique doit durer deux semaines. Le temps manque pour la toilette. La promiscuité est terrible. Tous les détenus sont couverts de poux, qui ont colonisé tous les Blocks.
Le docteur Paul Weil , affecté au Revier, précise les conditions faites aux malades à Stutthof:

« A l'infirmerie, presque tous les médecins sont polonais. Il font ce qu'ils peuvent avec très peu de médicaments, dans des salles non chauffées. Grande propreté, mais aucune hygiène; tout n'est qu'apparence et mise en scène. La nourriture est encore inférieure à celle du camp, car la plupart des kapos infirmiers prélèvent la part du lion sur le ravitaillement des malades. Ceux-ci sont obligés par eux à faire leur travail; ils se résignent à manger moins pour ne pas travailler et recevoir des coups. Les kapos infirmiers ne sont pas du métier mais des détenus de droit commun allemands. Ils font du zèle au détriment des malades: ils veulent garder leurs prérogatives et ne peuvent réussir qu'en alignant leurs méthodes sur celles des SS, qu'ils arrivent à dépasser en fait dans la cruauté. Les meurtres causés de propos délibéré par ces infirmiers sont extrêmement fréquents. L'infirmerie fait peur aux malades. Aussi sur 100 détenus dont la mort est due à des causes naturelles (à la faim, à la dysenterie, à la pneumonie, à la septicémie), 6 ou 7 seulement meurent chez nous, les autres préfèrent rester dans les Blocks sur leurs couches et travailler jusqu'au dernier souffle. Chaque matin, la visite attire une centaine de consultants. Ils arrivent portant à quatre sur une planche un mort de la nuit et restent des heures durant dans la neige devant la salle d'examens; beaucoup s'affaissent là; un plus grand nombre meurent dans la salle des douches. Les malades israélites n'ont pas droit à la visite; mais grâce à la ténacité et à l'autorité du professeur Finkelstein, de Kaunas, que nous retrouverons plus tard abattu sur la route, quelques-uns d'entre eux peuvent se faire faire un pansement, voire une incision, en hâte, à la sauvette. »

De temps en temps a lieu une " sélection ", qui permet de supprimer un certain nombre de malades. Le Revier, prévu pour 600 lits, a toujours reçu plus de 1 000 malades à la fois. Situé dans l'ancien camp, il est sous l'autorité d'un seul médecin SS. A Stutthof, les sévices n'ont rien à envier à ceux qui sont subis par les détenus dans les autres KZ. Le rapport de la Commission énumère brièvement les principales punitions.

« La sanction la plus sévère consistait à forcer le " délinquant " à se tenir longtemps dans la position de garde-à-vous. La flagellation au nerf de bœuf était infligée sur place dès le délit commis. Quelquefois elle fut ajournée jusqu'au jour férié le plus proche pour que puissent y assister le plus grand nombre possible de prisonniers. Le délinquant était placé sur un cheval de bois et, en présence d'un SS, on lui faisait subir le supplice de la flagellation auquel il était condamné. Après le supplice, le délinquant était tenu à en faire le rapport au SS, qui souvent ordonnait la répétition de la punition, estimant les coups trop faibles. La peine de mise aux arrêts consistait en l'incarcération du délinquant dans une cellule. En cas de délit grave, on l'enfermait dans un cachot noir ou on lui supprimait les vivres. Lorsque à l'appel du soir on constatait l'absence d'un prisonnier, tous ses camarades étaient retenus sur la place jusqu'à l'aboutissement des recherches. Tant que le fuyard n'était pas retrouvé, tout le monde devait rester debout sur la place d'appel, en toute saison et en tout temps. Très souvent, après toute une nuit de garde-à-vous, de nombreux prisonniers faibles ou âgés mouraient sur place. »

La brutalité était systématique et permanente. Le docteur Weil précise qu'à la suite d'autopsies

« bien des fois, nous avons trouvé des fractures du crâne provoquées par le moyen classique du camp de concentration: l'homme est maintenu debout contre une poutre, sa tête est projetée contre celle-ci, jusqu'au moment où il perd connaissance. La mort arrive alors irrémédiablement au bout de quelques heures par hémorragies intracrâniennes qui ne laissent aucune trace extérieure. »


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naga
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 9 Juil - 3:43


Le travail

Les renseignements manquent sur le travail assigné aux détenus de ce camp lointain. Comme dans les autres KZ, les kommandos de travail, une cinquantaine, sont utilisés à l'intérieur et à l'extérieur du camp. Dans le camp et aux alentours sont signalés des kommandos d'électriciens, de menuisiers, de serruriers, de forgerons, de maçons, de jardiniers, etc. D'autres sont affectés à la construction et à l'entretien des enceintes du camp ou aux différentes installations (bureaux, dépôts, etc.). Pour le travail à l'extérieur du camp, le kommando le plus redouté est celui des forestiers (Waldkolonne) qui consiste à déraciner des arbres et à niveler le terrain pour de nouvelles constructions. Le kommando dit " de transport " se compose de cinq équipes de dix ouvriers qui traînent de lourds chariots sous le fouet des kapos. Le rapport de la Commission d'enquête écrit:

« Un médecin ayant travaillé dans le Waldkommando en qualité de simple ouvrier raconte que la mortalité atteignait chaque jour dans ce groupe 2 ou 3 % des effectifs. En hiver, les prisonniers travaillaient dans l'eau glacée sans pouvoir se sécher avant la fin du travail. De nombreux cas de congestion pulmonaire et d'autres maladies en étaient la conséquence. Plusieurs témoins internés au camp entre 1939 et 1943 déclarent que les surveillants obligeaient souvent les travailleurs à faire leur travail en courant et en portant un lourd tronc d'arbre. Les récalcitrants étaient battus. »

Le même rapport donne quelques indications sur les kommandos extérieurs.

« Le camp de concentration de Stutthof constituait le camp le plus important à cause de ses nombreuses succursales en Poméranie et en Prusse Orientale, dont voici les plus importantes: Lauenburg où une cinquantaine de prisonniers travaillaient à l'école des Führers subalternes SS, Reimantsfelde près d'Elbing (actuellement Elblag en Pologne) où plusieurs centaines de prisonniers étaient employés à la briqueterie Hoppehill; les chantiers navals Tryol à Gdansk employant également plusieurs centaines de prisonniers; les chantiers navals de Gdynia et ceux d'Elbing. Le sous-camp le plus éloigné du camp principal se trouvait à Pölitz, près de Szczecin, où les prisonniers travaillaient à l'essence synthétique. À Slipsk, les internés étaient employés aux chantiers des chemins de fer, à Königsberg à l'usine de wagons. À Pruszcz près de Gdansk et à Brusy près de Chojnice, il y avait également des succursales de Stutthof; à Torun les prisonniers étaient affectés aux établissements de AEG. Toute une série de succursales de moindre importance se trouvaient auprès des aérodromes militaires. Les succursales dépendaient administrativement du camp principal et tous les prisonniers figuraient sur le registre de Stutthof, abstraction faite d'un petit nombre de juifs et de Russes. »

Liste des kommandos

Bocion - Bromberg - Brusy - Chorabie - Cieszyny - Danzig Burggraben /Kokokszki - Danzigerwerf /Gdansk - Danzig Neufahrwasser - Dzimianen - Elbing - Elblag - Elblag (Schinau) - Gdynia - Gerdenau - Graudenz - Greendorf - Grodno - Gutowo - Gwisdyn - Heiligenbeil - Jessu - Kokoschken - Kolkau - Krzemieniewo - Lauenburg - Malken Mierzynek - Nawitz - Niskie - Obrzycko - Police/Szczecin - Prault - Pruszcz - Rosenberg /Brodnica - Scherokopas - Schiffenbeil - Serappen - Slipsk - Sophienwalde - Starorod - Torun.


Les barraques




L'EXTERMINATION

Si elle a été ici pratiquée massivement, les moyens sont ceux utilisés dans les autres KZ.

La famine

Elle est générale, mais le rapport de la Commission insiste sur le sort réservé aux juifs et plus particulièrement aux femmes juives.

« Elles étaient amenées au camp par milliers et on s'efforçait de les faire périr rapidement. Tous les témoins confirment que les juives étaient entassées à l'extrême, dans des conditions sanitaires horribles, qu'elles recevaient une nourriture encore pire que pour les autres prisonniers, qu'on les forçait à rester dehors des heures durant par un froid glacial et que par suite de ces traitements elles mouraient en masse. Devant un Block où logeaient des juives les plus épuisées physiquement, gisaient tous les matins une cinquantaine de cadavres. Et voici un autre fait révoltant: en automne 1944, les prisonniers se trouvant à l'hôpital pesaient en secret le cadavre d'une juive adulte et constataient que son poids ne dépassait pas 19 kilogrammes. Il est donc indubitable que les conditions de la vie et les mauvais traitements des prisonniers constituaient le principal moyen d'extermination. »

Les fusillades

Les exécutions par balles ont lieu dans le bâtiment du crématoire. Du Revier, le docteur Weil voit parfaitement ce qui se passe:

« Nous en avions beaucoup entendu parler à Dachau, écrit-il. Mais nous ne réalisons complètement l'horreur de ces tueries que lorsqu'un infirmier nous appela un jour qu'on entendait des détonations, pour nous montrer à quelques mètres devant le laboratoire l'exécution d'une colonne de femmes polonaises. À dater de ce jour, chaque midi un ordre arrivait de " faire le noir ", c'est-à-dire de baisser tous les stores des fenêtres qui donnaient sur le crématoire. Des femmes au nombre de quelques dizaines étaient groupées derrière un immense tas de sciure, puis, accompagnées du kapo du crématoire, pénétraient une à une dans la baraque. Par la fenêtre, nous apercevions la malheureuse qui entrait dans la chambre de mort; derrière la porte était un officier en blouse blanche et en gants de caoutchouc noir qui l'abattait avant qu'elle l'aperçût dans la pénombre. Bruit sourd de la tête sur le plancher; deux détenus saisissaient le corps et le balançaient dans la salle des fours. Tout ceci se passait au son de la musique d'un poste de radio qui n'arrivait pas à couvrir le bruit de la détonation. En vérité, ces femmes savaient parfaitement qu'elles allaient à la mort. On leur parlait d'un départ éventuel pour un bon kommando; mais tout le camp connaissait l'heure de ces exécutions, et pour notre part nous n'avons jamais su la cause du sourire qu'elles avaient presque toutes avant d'entrer dans la sinistre baraque. »

Le rapport de la Commission énumère un certain nombre de cas où des prisonniers de guerre soviétiques ont été fusillés.



La chambre à gaz

Le rapport de la Commission donne des indications sur ce procédé d'extermination:

« Le bâtiment de la chambre à gaz s'est conservé jusqu'au moment de l'instruction judiciaire et a pu être inspecté dans ses détails. C'était un bâtiment en brique. La chambre à gaz elle-même mesurait 8,5 x 3,5 X 3 mètres. Deux portes y étaient aménagées, se fermant hermétiquement aux verrous. À l'extérieur, il y avait un foyer relié à la chambre à gaz par un tuyau. Par ce tuyau on chauffait la chambre à gaz avant l'introduction des victimes. Le plancher de la chambre était cimenté, les murs crépis et dans le plafond était pratiquée une ouverture ronde de 15 centimètres de diamètre donnant accès à un tuyau par lequel était versée la substance gazogène. Juste au-dessous de l'ouverture du plafond, dans le plancher se trouvait une ouverture carrée de 30 centimètres sur 30, recouverte d'une planche en bois. Les témoins ont observé comment les SS vidaient dans l'ouverture du plafond des boîtes en fer-blanc contenant une substance granuleuse et jaune foncé . Au cours de l'inspection judiciaire, plusieurs boîtes de ce genre ont été retrouvées près du bâtiment de la chambre à gaz.
La chambre à gaz servait à l'extermination en masse de groupes ne dépassant pas 100 personnes. La mort survenait généralement au bout de trente minutes, mais il arrivait bien souvent (la chambre était habituellement rouverte après plus d'une demi-heure) que pendant le transport au four crématoire, plusieurs des victimes vivaient encore. Les exécutions dans la chambre à gaz, entreprises en été 1944, se poursuivaient sans arrêt jusqu'en décembre de la même année. Plusieurs témoins mentionnent l'existence d'un ou de deux wagons de marchandises (pour la voie étroite) transformés en chambres à gaz roulantes. »

Le docteur Weil confirme ce dernier point:

« Plusieurs fois, le dimanche en particulier, les femmes devaient partir pour des kommandos fictifs; elles étaient entassées dans des wagons à cloisons hermétiques; puis un SS jetait une bombe à gaz asphyxiant au milieu d'elles. Le soir, c'était le tour des hommes. On les parquait dans un bâtiment et, un à un, on les voyait se diriger en courant vers le lieu où ils allaient être abattus. »

Les gazages seront interrompus en novembre 1944 par ordre d'Himmler.


Visite de Himmler au camp en 1944






Les pendaisons

Alors que les autres massacres sont le plus souvent dissimulés aux déportés, les pendaisons constituent des punitions officielles comme l'indique le docteur Weil:


« La plupart du temps il s'agissait d'évadés et de détenus politiques condamnés par un tribunal " régulier ", devant lequel ils n'avaient jamais comparu. C'était une véritable cérémonie, qui se produisait plusieurs fois par semaine. En présence de tous les détenus réunis et de l'état-major SS du camp, l'homme qu'on amenait était pendu. Lorsqu'il y en avait plus d'une dizaine, ils recevaient à genoux devant le crématoire, l'un après l'autre, une balle dans la nuque. Le médecin SS du camp venait contrôler la mort. Et, dans un garde-à-vous impeccable, en rendait compte au commandant du camp. Il était assez fréquent au cours des pendaisons que la corde cassât. Un jour, elle céda trois fois, sans aucun mal pour le condamné; il fut achevé d'un coup de feu dans la nuque. »

Les piqûres

Le docteur Weil a assisté à ces assassinats.

« Le médecin SS passe chaque semaine dans les " stations ", choisit les plus maigres et les envoie, ainsi que ceux dont les résultats de laboratoire sont positifs, dans une station spéciale, attenante à la salle de dissection. Chacun d'eux viendra s'allonger sur une table pour recevoir d'un sous-officier SS, toujours ivre, la piqûre intracardiaque de formol et d'acide phénique à saturation qui le tuera sur le coup. Un de nos camarades lettons nous fait remarquer que cette méthode est encore relativement humaine; car auparavant, la même injection était pratiquée par une piqûre intraveineuse, de sorte que le moribond devait encore aller se jeter de lui-même sur le tas des morts. Les femmes étaient obligées de se rendre, elles, au crématoire. Rien n'effacera la vision de ces pauvres loques, au corps flottant dans leurs rayés maculés, attendant un après-midi entier, à la porte de la salle de mort leur tour de recevoir la piqûre. Nous la voyions pratiquer par la fenêtre de la maisonnette. Elles attendaient couchées sur le gazon. Le kapo avait donné à chacune d'elles une cigarette et elles allaient l'une après l'autre, sans soutien, d'elles-mêmes, recevoir la mort. »

Il est difficile d'évaluer le nombre des victimes. En 1944, les juifs affluent. Ils sont alors plus nombreux que l'ensemble des autres prisonniers. Mais ils sont exterminés massivement. Le rapport de la Commission estime que plus de la moitié des victimes du KZ de Stutthof ont été des juifs. Au mois de décembre 1944, le camp était particulièrement peuplé: pour les 50 000 personnes, plus de 4 000 périrent pendant ce seul mois. C'est avec des victimes de ce KZ expédiées à l'Institut d'anatomie de Dantzig que le docteur SS Spanner fait des expériences sur la fabrication de savon à base de graisse humaine. À l'audience du 14 février 1946 du procès de Nuremberg a été produite la formule du professeur Spanner: " 5 kilos de graisse humaine, 10 litres d'eau, 50 à 100 grammes de soude caustique. On fait bouillir pendant deux ou trois heures. On refroidit et on récolte le savon à la surface. On peut recommencer une seconde fois pour améliorer. "

Les dernières semaines sont encore rendues plus terribles par l'apparition du typhus, comme le relate le docteur Weil.

« Ce fut une épouvantable hécatombe. Le camp perdit quotidiennement au cours des dernières semaines 2,5 % de ses effectifs. Bien qu'il n'y eût plus de meurtres systématiques, les fours crématoires se révélèrent insuffisants pour absorber l'énorme monceau de morts qu'on y apportait tous les jours. Les autorités du camp firent faire d'immenses bûchers dans la forêt. Aucun malade atteint du typhus n'était reçu à l'infirmerie. Les premiers temps, l'état-major du camp se contenta d'établir des ceintures de barbelés autour des Blocks contaminés. Chez les femmes juives, la typhoïde s'ajouta au typhus. Un Block, le trop fameux Block 30, fut réservé aux moribondes. On y entassa les malades sur la terre, sans literie, et chaque matin des volontaires venaient ramasser une moyenne de 200 mortes. Tous ceux qui visitèrent ce lieu affirmèrent qu'il n'exista jamais quelque chose d'équivalent en horreur à cette baraque où les femmes étaient couchées sur des déjections d'une vingtaine de centimètres de hauteur. »

Le 25 janvier 1945, l'évacuation est décidée car l'armée Rouge approche. A pied, dans la neige, sans nourriture, dans les conditions effroyables déjà décrites, les " colonnes de la mort " se dirigent vers la Poméranie. Lorsque les soldats soviétiques arrivent dans le camp, ils ne trouvent plus que 385 moribonds.



Conclusion

L'effectif du KZ de Stutthof est passé de 37 000 déportés en février 1944 à 77 000 en août. Il n'est plus que de 50 000 en décembre 1944 en raison des massacres et du typhus. Le nombre total des détenus a été de 120 000 environ. Le nombre des morts a été évalué à 85 000. Comme Auschwitz, le prochain camp de concentration qui sera étudié, le KZ de Stutthof a donc bien été à la fois consacré à la production et plus encore à l'extermination.

Si l'on met à part les 150 Waffen SS français internés au camp en juin 1944 pour des raisons inconnues (peut-être pour désertion) et dont aucune trace n'a subsisté, les renseignements manquent sur les Français déportés à Stutthof. " Peu de Français ont été envoyés à Stutthof, écrit O. Wormser-Migot, tout au moins jusqu'à l'évacuation d'Auschwitz en janvier 1945, et à l'exception de quelques prisonniers évadés, de STO condamnés pour sabotage et de deux ou trois Alsaciens arrêtés en novembre 1941 et juin 1942, lors des rafles de l'université de Strasbourg à Clermont-Ferrand " (dont le docteur Paul Weil).



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naga
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Ven 13 Juil - 14:08


STATISTIQUES

Le nombre des victimes de la déportation nazie ne sera jamais connu. La présente étude propose des estimations justifiées. Les estimations sérieuses s'appuient sur les documents provenant de l'administration des camps (ils sont rares, car les SS ont systématiquement détruit les archives avant d'évacuer les camps), les témoignages des victimes et des bourreaux, les documents ferroviaires (nombre, importance et date des convois), le nombre des habitants et des survivants des ghettos, etc.

Il a été tenu compte des chiffres avancés par les associations d'anciens déportés d'une part et par les historiens spécialistes d'autre part. Il reste que cette comptabilité de l'horreur est extrêmement difficile à établir. Les tableaux ci-après résument nos conclusions (sont indiqués les nombres inférieurs et supérieurs proposés par les différentes sources).

Pour l'ensemble des camps de concentration et des camps d'extermination :

• nombre de déportés : 2 063 537 + 3 400 000 = 5 463 537

• nombre de morts : 941 008 + 3 400 000 = 4 341 008

Soit un taux global de mortalité de 79,45 %.


En douze ans, 5,5 millions de personnes ont été détenues dans les camps de concentration et les camps d'extermination nazis. 4,5 millions y ont trouvé la mort. En douze ans seulement!... Ce bilan est terrifiant. Il représente pourtant un minimum. du fait de l'insuffisance des archives. De plus, il n'enregistre pas les massacres perpétrés hors des camps, notamment à la suite de l' " euthanasie ", de l'action des Einsatzkommandos, des décès dus à la faim et aux fusillades dans les ghettos, etc. Il s'est traduit par le génocide des juifs résidant dans l'Europe occupée par la Wehrmacht, par la mort de millions d'hommes, de femmes et d'enfants innocents .

Cet immense massacre a eu pour cadre principal les douze KZ et les six camps d'extermination. Ces camps constituent une innovation dans les guerres contemporaines. Il ne s'agit plus de camps de prisonniers de guerre ou de camps de représailles, mais de camps permettant de réduire des êtres humains en esclavage, de les exploiter avant de les détruire. Les victimes ont été déportées pour avoir tenté de résister à l'oppression nazie, mais aussi plus simplement parce que les nazis les ont considérées comme susceptibles de nuire au " Reich de mille ans ", construit par cette " race des seigneurs " qui a entrepris d'asservir l'Europe. Ou parce qu'elles appartiennent à une race que Hitler a décidé froidement d'exterminer.

Les KZ constituent un monde dément, coupé du monde réel et régi par d'autres normes. C'est l' " univers concentrationnaire " évoqué par David Rousset, l' " enfer organisé " d'Eugen Kogon . Un monde qui a ses règles, avec sa double hiérarchie SS-kapos, un encadrement incroyablement peu nombreux mais qui règne par la terreur. Un monde où le détenu doit abandonner toute espérance sitôt franchie l'enceinte des barbelés. Un monde où sont ignorées les lois de la guerre, les Conventions de Genève, un monde dissimulé aux rares visites de la Croix-Rouge internationale. Un monde où le déporté, réduit à l'état d'esclave, doit travailler jusqu'à l'extrême limite de ses forces. Une évolution va se produire. En effet, dans les premiers temps, le travail dans les KZ est surtout une forme de sévices; par exemple, il faut transporter de lourdes pierres, les entasser, puis reprendre ces pierres pour les reporter là où elles étaient. À partir du décret Pohl, les perspectives changent. Désormais, la main-d'œuvre servile, abondante, corvéable à merci, va être mise au service de la machine de guerre allemande. Jusqu'à l'épuisement et jusqu'à la mort, puisque Pohl a codifié l' " extermination par le travail ". Malheur à qui ne peut plus travailler efficacement: à Ravensbrück, les " sélections " conduisent des femmes à la mort simplement parce que leurs jambes sont enflées.

C'est un monde de violence absolue, sans contrôle d'aucune sorte. Travail et vie quotidienne se déroulent sous les coups incessants des SS et des kapos, coups de gummi, de matraque, de crosse de fusil et de revolver. C'est un monde atroce conçu pour provoquer la déchéance physique des détenus. La sous-alimentation systématique épuise les organismes. Sous leur mince uniforme rayé, en sabots, les déportés sont exposés aux intempéries, à la saleté, aux maladies, aux appels interminables par tous les temps, au manque de sommeil, car dormir est à peu près impossible dans l'horrible promiscuité des Blocks. C'est un monde qui broie les caractères, les personnalités. Les repères moraux ont disparu. La peur est la compagne omniprésente du déporté: peur des coups, peur de la délation, peur des punitions (les 25, 50, 75, 100 coups de bastonnade sur le Bock), peur des caprices des SS (comme la " gymnastique " imposée à des êtres épuisés), peur du sadisme de beaucoup d'entre eux, peur de l'exécution par fusillade, pendaison, gazage... Le SS qui tue un détenu, sans raison particulière, par jeu, n'obtient-il pas une permission pour le récompenser d'avoir évité une évasion!

Dans ce monde de pure barbarie, la dégradation physique et morale est inévitable. Là, l'homme n'existe plus d'ailleurs: c'est désormais un numéro, un matricule, un Stück (morceau). Parfois, la raison sombre. Parfois la mort semble préférable au calvaire: il suffit de menacer un SS ou de s'accrocher aux barbelés électrifiés. L'ultime stade de la déchéance physique et morale est atteint par les " musulmans ", ces êtres efflanqués, déguenillés, squelettes ambulants que la mort a déjà choisis. Ce sont eux qui peuplent les charniers, eux que les armées alliées découvriront parfois encore debout, et dont les photographies prises alors ont fait le tour du monde. Ces " musulmans " qui n'ont qu'une idée fixe: survivre. Et qui s'efforcent encore d' " organiser " (c'est-à-dire, dans le jargon du camp, de se débrouiller et souvent de voler) pour se procurer un peu de nourriture. Spectacle hallucinant. Tandis que plane, obsédante, affolante, la menace permanente d'une " sélection "

L'extermination massive caractérise KZ et camps d'extermination nazis. Programmée dans le temps pour les KZ, ces " camps de la mort lente ", la mort est immédiate dans les camps d'extermination. Et cela pour des millions d'hommes, de femmes et d'enfants . Des despotes ont existé tout au long de l'histoire des hommes. Mais Hitler diffère d'eux tous. Par le nombre des victimes d'abord. Par le nombre des bourreaux ensuite, car des dizaines de milliers d'hommes ont été les exécutants consentants de ces massacres. Par le caractère scientifique, industriel pourrait-on dire, de l'organisation de ces véritables abattoirs humains enfin.
L'horreur, quotidienne dans les KZ, devait atteindre un paroxysme dans les camps d'extermination: là, c'était l'horreur absolue. 3 750 000 déportés ont été assassinés à Belzec, Sobibor et Treblinka, les trois camps de l'opération Reinhard, ainsi que dans les camps mixtes de Maïdanek et d'Auschwitz, cet " anus du monde " selon l'expression des SS eux-mêmes. Des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants, des dizaines de milliers d'enfants... des juifs en grande majorité, systématiquement arrêtés dans toute l'Europe asservie pour être amenés là, dans ces camps rationnellement conçus pour gazer et pour tuer massivement.

L'explication: pour les nazis, ces non-Aryens sont des " sous-hommes ", des êtres inférieurs. Leur vie n'est tolérée que dans la mesure où ils servent la race des maîtres. Ceux qui résistent doivent être éliminés aussitôt et sans merci, et les camps sont créés pour cela. L'exemple des médecins SS en fournit l'illustration. S'appuyant sur cette doctrine, ils n'ont donc pas de scrupule à prélever dans les KZ les cobayes humains nécessaires à leurs " expériences ", pratiquées in vivo. Expériences qui se soldent, pour les victimes, le plus souvent par des mutilations ou par la mort. Ces expérimentations inhumaines ont des objectifs variés: recherche de médicaments nouveaux, de vaccins contre les épidémies, essai de résistance humaine à la pression pour le compte de la Luftwaffe, essai de gaz de combat ou de balles explosives, mais aussi du meilleur produit pour le gazage en masse - et ce sera le Zyklon B. Et également recherche du meilleur moyen de stériliser ces hommes et ces femmes de races inférieures, dont il faudra bien limiter la prolifération après la victoire... quand il ne s'agit pas tout simplement de se constituer une collection de squelettes. Cette doctrine a servi de justification aux nazis pour commettre des crimes dont l'ampleur n'avait jamais été atteinte dans toute l'histoire de l'humanité. À tel point que la communauté mondiale a dû faire appel, pour caractériser ces crimes inédits et d'une ampleur inégalée, au concept nouveau de " crimes contre l'humanité ", de Shoah, d'holocauste, de génocide. L'ONU, en 1948, a défini le génocide comme l' " extermination systématique d'un groupe humain, national, ethnique, racial ou religieux ". Et ce crime contre l'humanité a été déclaré imprescriptible.

Les responsables n'ont pas tous été jugés .
Le tribunal de Nuremberg a été, surtout, une démonstration symbolique: il a montré que la conscience internationale existait, et que les criminels de guerre, désormais, ne jouiraient plus de l'impunité. Car, en définitive, peu de bourreaux ont vraiment payé leurs crimes. La guerre froide a arrêté le bras des justiciers. Les survivants des camps de la mort, interrogés, ont dit combien ils ont souffert de cette clémence pour eux incompréhensible.
Ils ne comprennent également pas pourquoi les industriels qui avaient utilisé la main-d'œuvre déportée dans leurs usines et entreprises n'ont pas sérieusement été inquiétés. Ils n'acceptent pas non plus que soit avancé l'alibi du secret. Certes, les SS, pour dissimuler leurs crimes aux yeux du monde, utilisaient dans leurs documents un langage codé. Ils s'efforçaient d'implanter les camps d'extermination dans les régions peu peuplées. Mais la population allemande ne pouvait pas manquer de croiser les convois de bagnards en pyjama rayé. L'odeur répandue à des kilomètres à la ronde par les fours crématoires et les bûchers brûlant nuit et jour pouvait-elle laisser subsister la moindre équivoque? Cette complicité du silence n'a-t-elle pas permis la perpétuation des massacres ? N'y a-t-il pas eu une responsabilité collective à côté de responsabilités individuelles ? Et les Alliés ont-ils vraiment ignoré jusqu'au bout ce qui se passait dans les camps? Ont ils ignoré la doctrine de la solution finale et la brutalité, la bestialité de sa mise en oeuvre ?

Deux questions ont été posées dans l' Introduction . Au terme de cette étude, des réponses apparaissent-elles ?

La première question était de savoir pourquoi Hitler et les nazis avaient persécuté des non-belligérants. Là, pas d'équivoque: la cause est le racisme. Cette doctrine nazie affirmait la supériorité de la race aryenne sur toutes les autres. Elle justifiait le culte du chef et de la force brutale. Poussée jusqu'à ses plus extrêmes conséquences, elle justifiait aussi l'asservissement ou la destruction des races forcément inférieures, à commercer par celle des juifs (considérés comme des ferments de désintégration politique, économique, sociale et morale) ou celle des Tziganes (considérés comme des asociaux). Des exemples contemporains prouvent que le racisme n'est pas mort aujourd'hui. Laissons de côté les négationnistes et révisionnistes français. Dans leur tentative de minimiser les crimes nazis, ils nient l'évidence. En effet, ils ne mettent en doute que l'existence des chambres à gaz, mais pas les massacres, fusillades, pendaisons, etc. D'ailleurs les bourreaux SS eux-mêmes ont reconnu les faits lors de leurs procès. Infiniment plus préoccupants sont les quasi-génocides perpétrés en Afrique et au Cambodge notamment. En Yougoslavie, au cœur de l'Europe, il a été question de " nettoyage ethnique ". Les institutions internationales dénoncent, certes, les atteintes aux droits de l'homme, le mépris de l'homme, le culte de la force et de la race et même le racisme ordinaire, quotidien. Elles défendent les valeurs de civilisation. Mais faute de moyens, elles restent pratiquement sur le plan des principes. Si une faible lueur luit à l'horizon, le chemin à parcourir par les institutions internationales semble encore long, très long...

Seconde question : comment les Allemands, peuple civilisé, ont-ils pu tolérer camps de concentration et camps d'extermination? Il ne s'agit pas de diaboliser un peuple . Mais comment répondre ? Car enfin l'homme, où était l'homme dans ce drame ? Devant tant de sang versé, de massacres, de carnages, où était l'homme ? L'homme avec son intelligence, sa conscience, son cœur? Le vernis de la civilisation était donc si mince qu'une doctrine sauvage et primaire ait pu le détruire si facilement ? Le goût du mal, du sang, du meurtre était-il plus fort que la morale apprise, que la religion révélée, que les aspirations des poètes et des saints?...
Certes, la population allemande d'aujourd'hui a tiré la leçon. À la logique de guerre a succédé la logique de paix. À l'hégémonisme a succédé la volonté de construire l'Europe, dans la paix et la démocratie.


Mais les événements dantesques évoqués dans ce livre, après d'autres génocide, conduisent à penser que l'instinct du mal, l'instinct de tuer, l'instinct de tuer en provoquant la souffrance est inscrit dans les gènes de notre espèce d'une façon indélébile. Ils mettent en évidence l'impérieuse nécessité d'une intense réflexion sur la nature humaine. Devant ce génocide aux dimensions apocalyptiques, la formule d'André Malraux revient à l'esprit: " L'homme rivalisa avec l'enfer et donna des leçons au diable "...
Devant l'immensité de ce crime terrifiant, comment ne pas ressentir au cœur une souffrance aiguë, un sentiment mêlé d'épouvante et de révolte, d'horreur,
d'horreur infinie... infinie... infinie...


Liste des Entreprises ayant employé de la Main-d'Oeuvre Concentrationnaire.


A.E.G. : Auschwitz, Gross-Rosen, Natzweiler, Sachsenhausen, Stutthof.
Adlerwerke AG : Natzweiler.
Alpine Montanwerke AG: Mauthausen.
Arado-Werke : Sachsenhausen.
Auto-Union : Flossenburg.
Blehm und Voss : Neuengamme.
BMW : Buchenwald, Dachau, Natzweiler.
Büssing AG : Neuengamme.
Daimler-Benz AG : Natzweiler, Sicherungslager Verbruck-Schirmeck.
DEMAG : Buchenwald, Dora-Mittelbau, Sachsenhausen.
Deutsche Werft : Neuengamme.
Dornier : Dachau.
Dortmund-Hörder Hüttenverein : Buchenwald.
Dyckerhoft & Widmann : Auschwitz, Dachau.
Dynamit AG : Dachau, Gross-Rosen.
Ford : Buchenwald.
Framo-Werke : Flossenburg.
Hanomag : Neuengamme.
Heinkel : Buchenwald, Mauthausen, Natzweiler, Plazow (Pologne), Ravensbrück, Sachsenhausen.
Henschel-Flugzeugwerke : Ravensbrück.
Hoch-Tief AG : Dachau, Neuengamme.
Howaldt : Neuengamme.
IG-Farbenindustrie : Auschwitz, Buchenwald, Gross-Rosen.
Junkers Flugzeug und Motorenwerke : Buchenwald.
Klöckner-Humboldt-Deutz : Dachau.
Friedrich Krupp : Buchenwald. Gross-Rosen, Natzweiler, Strafgefangenenlager Papenburg, Sachsenhausen.
Messerschmitt : Dachau, Flossenburg, Mauthausen, Natzweiler.
Opta Radio AG : Flossenburg.
Rheinmetall-Borsig AG : Buchenwald.
Schell-Öl : Neuengamme.
Siemens : Ravensbrück.
Siemens-Schuckert : Auschwitz, Flossenburg, Mauthausen.
Aligemeine Solvay-Werke : Buchenwald.
Solvay Kalksteinbergwerke : Mauthausen.
Steyrwerke Daimler-Puch : Mauthausen, Radom.
Stülkenwerft-Naval : Neuengamme.
Telefunken : Gross-Rosen.
Valvo-Röhrenwerke : Neuengamme.
Volkswagenfabrik : Neuengamme.
Weiss & Freytag : Gross-Rosen.
Wintershall AG : Buchenwald.
Württembergische Metallwarenfabrik : Natzweiler.
Zeiss-Ikon Werk : Flossenburg.



source
moulinjc.perso-orange.fr



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vania
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   Lun 6 Aoû - 9:59

Quelques éléments de reflexion pour ne pas confondre les exterminations nazies avec le reste: il suffit de lire la série de messages de Naga concernant les camps de concentration / camps de la mort ...
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MessageSujet: Re: Les camps de concentration KZ (2012)   

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