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 la France a recruté des nazis en 1945... (2012)

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naga
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MessageSujet: la France a recruté des nazis en 1945... (2012)   Jeu 21 Juin - 4:09


Les français ont donc eux aussi eu recours aux scientifiques qui avaient épousé les thèses hitlériennes, que certains ne renieront jamais. Chez nous, on les employa à outrance pour fabriquer une industrie aérospatiale, née comme toutes les autres à base de V2. Et comme dans d'autres pays, afin de les garder, on les attira par plusieurs offres alléchantes, dont un bon salaire et l'assurance que leur passé nazi ne serait pas divulgué. Jusqu'à ce jour de 1999 où deux journalistes exhumèrent les archives du centre de Meudon, où l'on découvrit le nombre important d'échappés de Peenemünde qui y avaient travaillé pendant des années sans qu'on ne le sache trop. Etait-on allé trop loin avec certains en leur déroulant un tel tapis rouge ?


Les français avaient fait comment pour en retrouver autant ? Comme l'équipe de Karman et Arnold, pardi, nous disaient dans l'Express Vincent Nouzille et Olivier Huwart : "la chasse au butin est ouverte. Une équipe du 2e bureau de l'armée de l'air découvre ainsi près d'Oberammergau une vingtaine de caisses plombées, contenant 2 500 documents ultra secrets du bureau d'études de l'avionneur Messerschmitt. Des trésors inestimables, ramenés à Paris pour être exploités par les industriels. Les formes d'ailes en flèche des futurs chasseurs français Ouragan et Mystère sont inspirées de ces documents. Près de 50 000 tonnes de matériels divers sont également envoyées en France durant l'année 1945. Des centaines d'équipements des usines aéronautiques de Dornier et Zeppelin à Friedrichshafen franchissent la frontière. La soufflerie subsonique d'Ötztal, dans le Tyrol autrichien, est démontée avant d'être réinstallée à Modane-Avrieux sous les auspices de l'Onera (Office national d'études et de recherches aéronautiques)".

A Oberammergau, là où les américains avaient aussi trouvé le Messerschmitt P1101, à ailes repliables, on avait construit 987 fuselages entièrement équipés de Me 262 à turboréacteurs, dans les tunnels connus sous le nom de "Cristal de Roche"... Cela confirme parfaitement ce que j'ai pu écrire ici sur le très étrange paradoxe des avions Marcel Bloch, devenu Dassault, l'homme rescapé des camps et dont les avions seront motorisés par des moteurs fabriqués par des ingénieurs nazis !
Et il n'y pas que lui : au plus haut de l'état, on a décidé de "s'équiper" des savants allemands, en les sélectionnant au mieux, selon un rapport établi par le tout récent état-major de la Défense nationale. Un propos écouté avec grande attention par DeGaulle en personne : "soucieux de redonner rapidement à la France les moyens d'une grande puissance, le général de Gaulle délivre, le 17 mai 1945, une instruction personnelle et confidentielle : « Il y aura tout lieu de transférer en France les scientifiques ou techniciens allemands de grande valeur pour les interroger à loisir sur leurs travaux et éventuellement les engager à rester à notre disposition ». D'une certaine manière, c'était aussi absoudre des personnes dont l'engagement auprès du nazisme ne faisait pourtant aucun doute. "Grande valeur", ou pas.


Messerschmitt P1101




On refit tout d'abord travailler les scientifiques allemands sur place : "Le fait que les spécialistes allemands recommencèrent leurs travaux le même jour où le « Troisième Reich » déclara sa capitulation sans condi tions, éclaire la volonté des autorités françaises de ne pas être soupçonnées de traiter les balisticiens en tant que prisonniers de guerre. En effet, l’État- Major général de la défense nationale s’était déjà aperçu de l’importance que les travaux des instituts de recherche dans la zone de la première armée pourraient gagner pour l’évolution de l’armement français. C’est pourquoi, le 16 mai, on adressa une fiche au général de Gaulle, selon laquelle « l’activité et l’ampleur des résultats obtenus, dans le domaine des armes secrètes notamment », auraient vivement impressionné ceux qui les ont examinés : "Le personnel est à l’abandon, démoralisé, mais désireux de reformer des centres de recherches et de se remettre au travail.
Les Alliés s’intéressent naturellement à cette question. Des contacts ont déjà été pris. Certaines personnalités, têtes de file, ont été emmenées en Angleterre, d’autres pressenties pour travailler en Amérique dans des conditions avantageuses. [...] Il apparaît en effet que bon nombre de ces savants cherchent à se raccrocher à un pays allié dans l’espoir d’y trouver les concours nécessaires à la reprise de leurs activités." Les principaux chercheurs emmenés fissa par les américains (ils fuyaient avant tout les russes), les français se retrouvent avec des laborantins, mais aussi quelques "pointures", dont surtout Heinz "Henri" Bringer., le père du moteur d'Ariane. Les américains ont vu plus loin, en "adaptant" leurs propres lois d'immigration : le président des Etats-Unis Harry Truman signe le 6 septembre 1946 une loi d’immigration spéciale qui permet aux "rats lines" de se mettre en place, et les ingénieurs qui arrivent aux USA sont placés sous contrat de cinq ans à compter de décembre 1945 pour produire un missile balistique...



Les français, à vrai dire, ramèneront peu de matériel : les américains, à Dora, leur ont déjà grillé la politesse en emportant une bonne centaine de V2 en bon état, qui plus est. En mai 1945, sous la direction d'Henri Moureu, c'est le véritable père de l'astronautique française, le commandant Barré, qui se rend lui-même voir à Ober-Raderach (au bord du lac de Constance), une usine où les V2 étaient testés, ce qui a pu être pris aux allemands. Toute l'usine est vite mise en caisse et ramenée en France le 17 mai 1945. En juin, les deux scientifiques arrivent cette fois à Nordhausen, et repartent avec 9 wagons pleins, comportant quatre V- 1 déjà montés et quatre V2 en pièces détachées.


V2 ramene en France




Les V2 seront remontés à Argenteuil, par la Société pour l’Application Générale de l’Electricité et de la Mécanique (ou SAGEM). Au vu de ce qu'on embarqué les américains (300 wagons de matériel de V2 !) c'est assez pitoyable. A leur retour, Barré en est à la version nouvelle de sa fusée, baptisée EA-1946 « Eole » qui fonctionne à l’oxygène liquide et au kérosène, comme les V2... l'engin après de nombreux échecs, sera abandonné au profit de Véronique en 1952, qui fonctionne à l'’acide nitrique et au pétrole. Barré abandonnant les fusées en 1959 en passant chez à la SEREB et à la SNECMA. Sur place, Moureu et Barré avaient été rejoints par les professeurs Lwoff et Berthelot, du CNRS, envoyés par Joliot-Curie comme experts scientifiques. Ce qui n'est pas sans poser problème : civils, ils n'avaient donc pas d'uniformes et tardèrent à se faire reconnaitre aux contrôles, au point de provoquer un courrier excédé de DeLattre qui réclame de leur imposer les habits militaires ! Pour faciliter les choses, on les bombarda par la même occasion lieutenants-colonels !

On en profita aussi pour échanger des connaissance sur l'atome : "La mission CNRS joua également un rôle prépondérant dans les liens privilégiés qui se créèrent à cette époque entre un certain nombre de laboratoires de physique nucléaire allemands regroupés dans le cadre de la nouvelle université de Mayence et le commissariat à l'Energie atomique dirigé par Frédéric Joliot. Grâce à l'intervention du CNRS cet institut put être doté d'un grand caisson à air comprimé qui était retenu en zone américaine et recevoir dans les plus brefs délais de la zone anglaise, les pièces détachées pour un générateur de neutrons". Les français désiraient capitaliser les connaissances allemandes sur l'atome, en ne les privant pas de matériel, à l'inverse de ce que feront les américains au Japon en 1945. "On ne sait pas encore très bien quelle a été la contribution des savants allemands au développement du programme nucléaire français, car les archives ne sont pas encore toutes accessibles. Il est exact que les Américains s’étaient emparés très tôt, dès 1945, de la plupart des spécialistes allemands du nucléaire et de leurs archives.
Mais il semble toutefois attesté aujourd’hui que quelques savants allemands ont collaboré au programme nucléaire français. Ainsi, outre Oskar Doehler, nous trouvons le physicien Rudi Schall, ancien membre de la NSDAP. En dépit de ce passé, il a reçu de l’Etat français une haute décoration en 1977 (en fait il devait l'avoir, mais il ne la recevra pas). Aujourd’hui, âgé de 85 ans, ce Berlinois vit sur les rives du Lac de Constance" ajoutait en 1999 Helmut Müller..




Dernière édition par naga le Ven 22 Juin - 12:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: la France a recruté des nazis en 1945... (2012)   Jeu 21 Juin - 4:25


En aviation ou en armement, voire en matière atomique, même chose : la France a recruté des nazis avérés ou sympathisants, ayant hérité de postes à responsabilité pendant la guerre. Tel Hubert (Reinhold Hermann) Schardin (décédé en 1965) ancien responsable du centre de recherches de la Luftwaffe à Berlin-Gatow, et de la firme Mauser, créateur de la première caméra rapide en 1929, et capturé par les français à Biberach, où avait été transféré l'Université technique de Berlin, par le commandant Lutz, de la 1re division blindée de l'armée française. Schardin, chargé en 1944 d’affaires des recherches balistiques » (Bevollmächtigter für ballistische Forschung) dans le « Conseil supérieur de la recherche du Reich » (Reichsforschungsrat) .
A peine arrêté, il est aussitôt remis au travail, au même endroit, contrôlé cette fois par les français : "le 7 mai 1945, Lutz indique à Schardin qu'il aura « toute liberté d'action ». Le lendemain, jour de la capitulation allemande, le savant note dans son agenda : « Le travail a repris » ... Avec une trentaine d'autres ingénieurs, il s'installe près de la frontière franco-allemande et devient codirecteur du Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques de Saint-Louis (Haut-Rhin), créé spécialement par le ministère de l'Armement". Schardin avait été accueilli par Lutz par un vibrant "Nous ne faisons pas la guerre contre des scientifiques ! ". Il s'y installe le 1 août 1945, avec 32 de ses collaborateurs, à qui on n'a pas demandé davantage quel était leur degré d'implication dans le nazisme. On avait soigneusement "oublié" une de ses pires inventions, réalisée à partir de ses recherches, ayant abouties à une description dite de "l'effet Misznay-Schardin" ou effet plateau, découvert conjointement par l'ingénieur hongrois József Misznay. Leur projet n'eût pas le temps d'avoir de réalisation matérielle : fort heureusement, car il ne s'agît rien d'autre que celui des mines dévastatrices actuelles, ces IEDS à base de plateaux de cuivre capable de percer les blindages en se transformant en vol en obus-fléchettes. Il deviendra la mine AT-2 créée par Dynamit Nobel (lancées par les véhicules Skorpions), et le procédé sera repris par la mine Claymore US...

Des fusées, et des spécialistes du guidage, dont on se méfiait davantage, semble-t-il. "Le service des Poudres, les laboratoires de l'Arsenal aéronautique de Châtillon et celui de CSF, où officiaient des ingénieurs allemands, ont contribué à leur mise au point. Non sans quelques précautions : « Oskar Doehler, spécialiste des tubes hyperfréquence à CSF, a étudié la protection des charges, se souvient l'un de ses collègues. Ses rapports étaient classifiés, mais lui ne pouvait pas avoir accès à toutes les informations ? Secret défense ? à cause de sa nationalité allemande. Il prenait cela avec philosophie. » Doehler, qui en 1955 déposait aux USA un brevet sur la détection des rayons magnétiques par un "radio relay system comprising a travelling wave tube", utilisé de nos jours par Dexela et ses capteurs CMOS d'imagerie médicale. Restait à trouver un lieu, même provisoire, pour les regrouper : "en fait, des locaux furent découverts près du barrage de l’énergie électrique du Haut-Rhin à Kembs : C’étaient les bâtiments de l’ancienne usine Leichtmetallwerke Gmöhling à Saint-Louis (dans le Haut-Rhin, donc). On leur trouva d'autres points de chute en France...

Pendant que l'on ramassait le matériel, le capitaine Fayolle fut celui qui organisa la collecte des cerveaux, et leur prépara les papiers nécessaires : "durant ce temps, Fayolle s’était fait établir à Paris des contrats de travail en blanc (à dater du 1er août) et avait obtenu l’assurance du LCA que les appareils scientifiques qui avaient été expédiés de Biberach à Paris au début du mois de juin pouvaient être renvoyés à Saint-Louis. Donc les contrats entre la DEFA et les scientifiques allemands purent être signés. Ces contrats imposaient aux signataires allemands l’obligation que seules les autorités françaises étaient habilitées à utiliser leur compétence technique et scientifique, et ils s’engageaient à respecter le secret sur les travaux de recherche. Ainsi le noyau allemand du futur laboratoire de l’armée française était constitué et ce « Laboratoire de Recherches de Saint-Louis » fut officiellement créé le 1er août 1945. Les chercheurs autour du professeur Hubert Schardin furent alors employés de la République française". Allemands, toujours, mais travaillant désormais pour la France.



Reste à loger tout ce monde : "du 4 au 6 décembre 1946, arrivent à Vernon en provenance de Fredrichschaffen, les premiers ingénieurs et techniciens allemands ( "75) du groupe Maybach grand industriel allemand et fabricant, entre autres, de moteurs de chars. Les spécialistes des fusées ( 70) de Peenemünde suivront quelques mois plus tard. Des bâtiments provisoires, le camp E, sont construits à l'entrée du domaine militaire et hébergeront les techniciens allemands. Ils compléteront, après aménagement, les 3 bâtiments (E1, E2 et E3) construits en dur avant la guerre pour les compagnies de renforcement et servant de réfectoire aux employés de l’AVN. Deux bâtiments (E8 et E9) en bois composés chacun de 19 chambres accueilleront les techniciens allemands « isolés » du groupe MAYBACH.
Quatre bâtiments (E4 à E7) accueilleront des familles complètes, un bâtiment complet étant réservé au professeur Karl Maybach qui n’arrivera à Vernon avec sa famille que le 29 septembre 1947. Cité de la Madeleine 6/19 Le confort de ces bâtiments laissent à désirer tout comme les conditions de travail au sein de l’entreprise. A son arrivée, Karl Maybach prend la défense de ses collaborateurs et oblige, selon lui, les autorités françaises à installer l’électricité et l’eau dans les ateliers et habitation



Cite de la Madeleine a Vernon





Ils formeront un quartier en lisière d'un bois, et auront des enfants qui se souviendront des années après avec émotion de leur enfance dans ce qu'ils appelleront le "Buschdorf", sur les terrains jadis achetés par Edgar Brandt en 1928 pour tester les obus de mortier fabriqués tout près, à Châtillon sous Bagneux. L'usine deviendra en 1936, l'AVN, où l'on prévoyait de construire en 1939 un camp d'hébergement pour accueillir les futurs employés de l'entreprise. Les allemands occuperont en 1940 les maisons déjà bâties, où viendront s'installer les techniciens venus d'Allemagne, 6 ans après !


On y trouvait donc, à Vernon, Doehler, ou encore Henrich Mueller, un beau cas d'espèce celui-là, en effet, spécialiste lui aussi des télécommunications et du guidage qui a rédigé lui-même sa biographie, lisible ici : un de ceux qui resteront le plus longtemps au service des français, travaillant sans discontinuer depuis le V2 jusque la fusée Ariane... il débutera sa "bio" par un "j'étais obligé officiellement de travailler dans l'institut HAP", son travail consistant à guider au mieux la fusée V2 : "ces études concernaient des essais sur la stabilité en fréquence d'oscillateurs à quartz en vue de la possibilité de mesurer la vitesse de l'engin A4 à l'aide de deux émetteurs, l'un dans l'engin l'autre au sol (à la base de l'effet Doppler)".


Henrich Mueller




Mueller monta ainsi en grade "comme Chef adjoint aider le chef du Département guidage et pilotage dans la surveillance et coordination de toutes les études et réalisations, dont le Département était chargé : gyroscopes inclus plate-formes stabilisées, servomoteurs, études de stabilité (calculs numériques et développement de simulateurs analogiques à coefficients variables), réalisation d'un système de guidage latéral à l'aide d'un accéléromètre, minuteries..." comme il le stipule lui-même. Comme il précise qu'il est venu plusieurs jours en repérage à Paris et même à Calais, "en compagnie des professeurs Steinhoff, Hoelzer, et Vilbig" pour y donner " plusieurs conférences avec des militaires". En fait pour vérifier les sites d'installations tels que celui de Watten-Eperlecques. Pour mémoire, c'est Steinhoff qui présenta le projet V2 le 7 juillet 1943 à Hitler. Il fut embarqué le16 Novembre 1945 à bord de l'Argentina au Havre, pour les Etats-Unis, dans le cadre de l'opération Paperclip. Il s'intalla là-bas, pour mourir le 12 février 1987 à Alamogordo, là-même où avait été essayé la première bombe atomique. Les nazis avaient tout prévu : via la firme IG Farben, notamment, ils s'étaient implantés économiquement dans plusieurs pays dans le monde, au cas ou : l'argent y était déposé par Ludwig Freude, de la "Banco Germanico," argentine. Dans chaque pays visé des sociétés allemandes avaient été créées exprès : il en y en avait 58 au Portugal, 112 en Espagne, Spain, 223 n Suède, 214 en Suisse, 35 en Turquie et ... 98 en Argentine, le pays qui semblait avoir été le plus actif dans le genre, dès 1946.



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naga
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MessageSujet: Re: la France a recruté des nazis en 1945... (2012)   Jeu 21 Juin - 4:31


Mueller, lui, arrêté, sera successivement transféré (en février 1945) à Nordhausen-Bleicherode, puis à Oberammergau (en avril), pour finir par être interné par les américains à Garmisch-Partenkirchen. En juillet , il participe à une campagne de tirs de V2 au profit des anglais, c'est l'opération "Backfire", à Cuxhaven, et travaille quelque temps pour le Ministry of Supply anglais". Trois ou quatre missiles seront tirés, les 2, 4, 15 et (peut-être 17) octobre 1947. Les seuls entiers qu'avaient hérité les anglais.... Un document au tampon datant du 30 avril 1946 atteste de sa participation.
Il note lui-même ensuite ce qu'il fera, avec ses collègues : "au début du mois de mai 46, un groupe restreint d'ingénieurs allemands (Jauernik, Habermann, Weiss, accompagnés du Chef administratif du Bureau d'études d'Emmedingen, prenait contact avec des autorités françaises à Paris Objet : Travail éventuel pour les autorités françaises de deux groupes pilotage (EAG)2 et propulsion (EAP) d'ingénieurs et techniciens allemands (TAP) ayant travaillé à Peenemünde ou dans des instituts chargés d'études pour le A4 ou le Wasserfall." Engagés, ils se retrouvent... à Vernon : "Les familles EA furent logées par les autorités françaises (installées à Offenburg) à Riegel (EAP) et à Denzlingen (EAG) (des villages près de Emmendigen). Ensuite elles furent transférées à Vernon dans le cadre des logements disponibles à dater de fin 1947 jusqu'à environ fin 49 (ces logements étaient provisoires. Le LRBA construisit ultérieurement une cité résidentielle ; les familles des TAP encore sous contrat furent installées en cette cité entre 1952 et 1957)". Il hérite alors d'un visa de la part des français qui "l'autorise à se rendre en France pour travailler"
. Pour ce faire, il a reçu un sauf-conduit et même une somme d'argent. Il est clairement recruté par le ministère de l'armement français, et la "nature de son travail", sur son contrat est stipulée"études de guidage de la fusée".

Dans son mémorandum, il cite tous les noms de ses collègues : les professeurs Kraehe, Sohn, Wierer, Priesner, et les ingénieurs Pinsker, Steinicke, Klobe, Zimmermam, Martin et Reiche. En 1956 ; il y est toujours et reçoit même un satisfecit signé du secrétariat à la Guerre, via la direction à l'armement de St-Cloud, pour le travail effectué, notamment sur le missile Parca (et son affût de Flak !) Puis il fera les essais de Véronique et d'Europa, à Hammaguir, Woomera et Biscarosse avant de faire ceux de Coralie et de Diamant. Il est alors à la SEP, avec Bringer, Habermann et Keiner.
A la fin de sa biographie personnelle, il signale qu'il a été interviewé par Daniel Costelle, avec Habermann, à propos de la fusée A4, dans son émission de télévision : "La bataille d'Allemagne" (1973 ou 1974). Il a aussi été interviewé à Colomb Bechar avec Pilz et Nettersheim "pour des revues de vulganisation des sciences et techniques faites à l'occasion de campagnes de tir Véronique". Vérification faite, c'est bien le cas pour Costelle. Il y apparaît bien, avec son collègue Habermann, affichant un rire qui rend... fort mal à l'aise .


L'Allemagne vaincue, on se servit aussi sur place (les allemands ayant assez détourné la recherche française pendant l'occupation) : "le CNRS put ainsi récupérer 800 tonnes de matériel scientifique constitué en grande partie par des machines outils, mais aussi par divers appareils de laboratoire, notamment des microscopes électroniques qui étaient inconnus en France jusque là (sur la photo, celui du belge Albert Claude). Ce matériel, évalué à 50 millions de francs figure sur un inventaire transmis à la commission de Répartition, mais une quantité au moins égale d'équipements fut répartie entre l'enseignement technique (500 machines outils), les laboratoires de Bellevue-Meudon (100 tonnes de matières premières introuvables à l'époque comme du nickel pur, des aciers spéciaux, du laiton, etc...), de Grenoble (2 installations de Rayons X, un microscope électronique) et de la Sorbonne.Tout ce matériel n'avait coûté jusque là à la France que le prix de son transport, encore celui-ci n'était-il pas sans risques. André Lwoff (futur Prix Nobel de médecine en 1965, avec François Jacob et Jacques Monod) apprenait ainsi le 31juillet 1945 que des wagons ôtaient systématiquement détournés de leur destination en gare de Lindau par des équipes qui changeaient les étiquettes apposées sur ceux-ci. C'est ainsi qu'un wagon destiné au CNRS et chargé dc machines outils avait été dirigé sur les usines Renault à BoulogneBillancourt. Dans un autre, destiné au centre de Bellevue, les machines envoyées sans aucun calage, ni emballage, ni amarrage, s'étaient renversées les unes sur les autres pendant le trajet et étaient inutilisables" raconte Marie-France Ludmann-Obier.

Du matériel, mais aussi et encore des ingénieurs, tel Rudi Schall, bien plus sulfureux, cet ancien membre du NSDAP, arrivé lui aussi à St-Louis, qui s'obstinera à ne jamais regretter son passé : "c'est vrai que j'étais membre du parti nazi, comme beaucoup de mes collègues qui y étaient plus ou moins obligés, sans être forcément actifs. En 1945, les Américains nous ont embarqués, mais ils nous traitaient comme des moins que rien. Les Britanniques, eux, m'ont proposé de m'embaucher, mais sans que ma femme puisse me rejoindre. Alors que les Français ont été très chaleureux. La dénazification des postes était en cours en Allemagne. Mais on nous a dit que cela ne nous concernait pas. Je suis arrivé début 1946 à Saint-Louis ». Rudi Schall succédera à Schardin comme codirecteur de ce laboratoire, devenu en 1959 le symbole de la nouvelle coopération militaire franco-allemande !" Schall, spécialiste comme Schardin de la "détonique", et qui se verra plus tard barré des listes de remises de médailles, eu égard à son sulfureux passé "Quant au Dr Rudi Schall, de l'Institut de recherches de Saint-Louis (Haut-Rhin), il apporta ses compétences en matière de détonique. « Il m'est arrivé, à titre amical, de discuter des phénomènes d'explosion atomique avec certains scientifiques français », reconnaît ce dernier, invité, avec quelques Allemands, au congrès qui suivit la première explosion de la bombe française. La Délégation générale pour l'armement proposera d'ailleurs en 1977 que Schall soit décoré, en remerciement de ses contributions. Mais les autorités finiront par abandonner ce projet devant les preuves du passé nazi du scientifique... « Je n'avais jamais rien nié », dit Schall, toujours marri de cette vieille histoire..." ajoute encore l'Express.



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MessageSujet: Re: la France a recruté des nazis en 1945... (2012)   Jeu 21 Juin - 4:41


Jusque là, on ne se préoccupait pas trop des nationalités, pour tout dire. Ce n'est que quelques années plus tard qu'on va s'en soucier : à l'avènement de l'Europe, tout bonnement, ou lorsque l'Allemagne libérée va nouveau songer à refaire une Défense (et une Lutwaffe, qui va retrouver pas mal de ces anciens cadres, mais pas le général Galland, revenu fonder son entreprise privée en 1955 après être allé jouer les prophètes de l'air en Argentine, avec Kurt Tank). Jusqu'alors, on parle de "coopérants techniques" et non de techniciens raflés ou ramassés avec leurs matériels ou leurs laboratoires de recherche au complet. "Un exemple particulièrement marquant de cette institutionnalisation de la coopération technique en matière d’armement est l’Institut Saint-Louis (Ansbert BAUMANN).

L’institut de balistique de l’académie technique de la Luftwaffe avait été créé par les nazis, puis transféré de Berlin vers Biberach an der Riss, avant d’être occupé par les Français. En raison du grand intérêt manifesté par les Français pour la recherche fondamentale allemande en matière de balistique, le personnel scientifique qui travaillait avec Hubert Schardin fut récupéré du jour au lendemain : le même personnel, qui avait travaillé pour les nazis fut désormais employé par le gouvernement français. Ces scientifiques furent requis de travailler pour la France dans un laboratoire créé à Saint-Louis, en Alsace, le 1er août 1945. Quand l’Allemagne devint l’alliée de la France au sein de l’OTAN, on ne put plus justifier l’existence d’un laboratoire où travaillaient des spécialistes allemands pour l’intérêt exclusif de la défense française. Une nouvelle solution dut être trouvée : le 31 mars 1958, trois ans tout juste après l’adhésion de l’Allemagne à l’OTAN, Franz-Joseph Strauss et Jacques Chaban-Delmas fondèrent officiellement l’ISL en tant qu’institut franco-allemand." Le problème était résolu par un tour de passe-passe politique ! L'institut existe toujours. Et sans oublier bien sûr Helmut Zborowski, ingénieur chez BMW, ancien Waffen SS. et père du Coléoptère. Les chercheurs allemands du LRBA fabriqueront le premier étage de la fusée Diamant, celle qui placera le premier satellite français en orbite ; le 26 novembre 1965, puis ce sera la longue saga Ariane.


A la lecture du dossier de l'Express, un certain malaise se fait pourtant sentir. Certes, tous n'étaient pas nazis, pour sûr. Mais des cas restent plus que troublants : ils sont plus que gênants et embarrassants, sinon révoltants : "le gouvernement tient également à conserver quelques chimistes allemands. Arrêtés par les Américains, Walter Reppe - qualifié de « nazi bon teint » - et Karl Wurster - présumé « criminel de guerre » - seront blanchis et rejoindront leurs postes à l'usine de Ludwigshafen, avec la bienveillance des Français (Wurster, décoré de la Croix de Fer, restera à la tête de BASF jusque 1974 !).
Tous les Alliés pratiquent le même cynisme, "not, écœurée, l'auteur. "Le cas d'Otto Ambros, un des directeurs d'IG Farben, est exemplaire. Ambros a participé à la décision d'utiliser le zyklon B dans les chambres à gaz. Il a également supervisé une usine de caoutchouc synthétique à Auschwitz-Buna-Monowitz, dans laquelle de nombreux déportés ont été maltraités. Interrogé par des militaires français en août 1945, il rédige un rapport ultrasensible sur la production allemande de nouveaux gaz de combat (tabin, sarin, soman).


De quoi intéresser les promoteurs d'armes chimiques françaises ! Puis, selon l'historienne Marie-France Ludmann-Obier ***, ce scientifique, considéré comme « criminel de guerre », est invité par le ministère de la Guerre à Paris pour faire des conférences ! Après des mois de pressions américaines, les Français finissent par livrer Ambros à des GI. Un tribunal de Nuremberg le condamne en 1948 à huit ans de prison pour esclavage. Libéré en 1951, il fera carrière comme conseiller d'un grand groupe chimique aux États-unis..." Réclamé par les américains, pour être jugé, et pourtant... il ne semble pas que cela eût été leur véritable préoccupation. Car l'histoire d'Ambros est tout simplement scandaleuse ! On avait pourtant exhibé à Nuremberg un de ces courriers aux SS demandant l'accélération de la construction de son usine "ralentie par quelques bureaucrates"... et pourtant.


Otto Ambros a Nuremberg en 1948




On possède les photos du procès des dirigeants d'IG Farben en 1948, à Nuremberg, instruit en ce qui le concerne à la demande d'une requête américaine, comme indiqué. Otto Ambros, arrêté par des français, s'y tient, debout le casque de traduction sur les oreilles. La sentence sera prononcée les 29 et 30 septembre 1948. De tous les accusés d'IG Farben, la plus lourde sentence tombera sur lui, en le condamnant à 8 années de prison... Il n'en fera à peine que trois ! En 1951, il rejoignait discrètement le groupe chimique et de bâtiment américain W. R. Grace and Company, dirigé par le petit-fils du président fondateur, arrivé au pouvoir en 1945, un personnage pour le moins... surprenant. Qui portait paraît-il constamment un pistolet Beretta sur lui, et qui était à la fois Chevalier de Malte, Chevalier de l'Ordre du Grand Sépulcre, membre de la Pilgrim Society et de la John Birch Society, deux parmi les plus réactionnaires des Think Tanks US. Mais qui était aussi un des piliers du fascisme aux Etats-Unis, là où sont nées les thèses eugénistes hitlériennes (voir ici), dont le leader s'appelait Henry Ford (ici et là), et où sévissait ce leader laïc revendiqué de l'Eglise Catholique qui fut à la tête du "Commerce Department Committee on the Alliance for Progress" sous Kennedy (et travailla plus tard avec Reagan). Historiquement, c'est prouvé, c'est en effet un de ceux qui a le plus œuvré pour blanchir les nazis de l'Operation Paperclip, via la CIA notamment. Et tout cela sous l'étiquette démocrate ! Il s'est également beaucoup investi dans la propagande de Radio Liberty et de Radio Free Europe, qui furent pour beaucoup dans l'exfiltration de l'espion nazi Reinhard Gehlen. Son implication dans la protection des nazis fut démontrée tardivement, le 16 janvier 1980 seulement, dans une émission d'ABC intitulée "Escape from Justice : Nazi War Criminals in America". Il est mort en 1995 (et Ambros en 1990).



(**) auteure de l'excellent "la mission française du CNRS en Allemagne, 1945-1950, lisible icihttp://www.histcnrs.fr/CahiersCNRS/...

un trés bon dossier général ici :

http://www.hydroretro.net/etudegh/v...

Le site de "Joseph", arrivé en 1957 au LRBA, pour tomber sur une équipe connue "J’ai intégré l’équipe des techniciens et Ingénieurs Allemands, spécialisés dans l’Aéronautique des V2, et recrutés parmi les anciens de Peenemünde et de Friedrichshafen."

le dossier de Christian Vanpouille sur le Buschdorf est ici :

http://www.buschdorf.eu/histoire/Ma...





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MessageSujet: Re: la France a recruté des nazis en 1945... (2012)   Jeu 21 Juin - 10:51

Le pragmatisme avant les états d'âme...
On pourrait dire que c'est crade, mais il faut se remettre dans le contexte de l'époque, avec une France qui doit absolument se relever ...
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MessageSujet: Re: la France a recruté des nazis en 1945... (2012)   

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la France a recruté des nazis en 1945... (2012)
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