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 Destruction de Dresde 13-14 février 1945 (2012)

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naga
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MessageSujet: Destruction de Dresde 13-14 février 1945 (2012)   Mer 8 Aoû - 3:12


Dans la nuit du 13 au 14 février 1945, Dresde, capitale de la Saxe, fut attaquée à deux reprises par des centaines de bombardiers lourds de la RAF. Et le lendemain matin, la ville fut à nouveau la cible d’un bombardement, effectué cette fois par la force aérienne américaine, la USAAF. Les conséquences de cette triple attaque, à laquelle participèrent plus de mille avions, furent catastrophiques. Le centre historique de cette ville d’art qui était connue comme la « Florence allemande » fut réduit en cendres, enseveli sous plus de 750 000 bombes incendiaires. Particulièrement dévastatrices, les bombes de la RAF causèrent intentionnellement une « tempête de feu » (firestorm), décrite par le journaliste et historien britannique Phillip Knightley comme:

« une tornade artificielle dans laquelle l’air est aspiré vers le centre à une vitesse de plus en plus rapide. À Dresde, des vents approchant la vitesse de 160 km à l’heure emportèrent débris et individus dans un bûcher dont la température excédait 1 000 degrés centigrades. Les flammes dévorèrent tout ce qui était organique, tout ce qui pouvait brûler. Les habitants moururent par milliers, grillés, incinérés ou asphyxiés[1] ».



B-17 USSAF





Le nombre exact des victimes, habitants de la ville mais aussi réfugiés que Dresde avait accueillis par dizaines de milliers, qui périrent au cours de cette nuit infernale demeure inconnu. Dans le passé, on a évoqué jusqu’à 300 000 morts. Les données considérablement plus basses qui circulaient jadis, y compris dans la République Démocratique Allemande, mentionnaient « seulement » 30 000 victimes mais ce nombre semble faire uniquement référence aux corps identifiés, nécessairement une petite fraction du nombre total des victimes qui, selon un rapport secret de la police locale, oscillerait entre 200 000 et un quart de million. Nous ne connaîtrons sans doute jamais le nombre exact des femmes, hommes et enfants qui disparurent dans cet holocauste. Les experts aujourd’hui ont arrêté un nombre maximum, plutôt modeste, de 40 000 victimes[2].

“Notre propos n’est pas de polémiquer sur ces statistiques. Il nous suffit de savoir qu’à Dresde un grand nombre de personnes mourut d’une mort terrible. À maints égards, il s’agissait d’un massacre comparable à ceux de Hiroshima et de Nagasaki.”

Mais si les bombardements atomiques de ces villes avaient pour objectif officiel de pousser le Japon à la capitulation, la destruction de Dresde semble un carnage insensé et, de ce point de vue, plus effroyable encore que l’anéantissement de Hiroshima et Nagasaki. La « Florence allemande » n’était pas une ville importante sur les plans industriel et militaire, et il était par conséquent absurde d’en faire la cible du considérable – et extraordinaire – effort commun britannico-américain qui caractérisa le raid. L’attaque de Dresde ne s’explique pas davantage comme représailles pour les bombardements allemands de villes alliées telles que Rotterdam et Coventry. Pour la destruction de ces villes, bombardées par la Luftwaffe en 1940, Berlin, Hambourg, Cologne et d’innombrables autres villes allemandes, petites et grandes, avaient déjà chèrement payé en 1942, 1943 et 1944. De surcroît, au début de 1945 les commandants alliés savaient très bien que même le bombardement le plus féroce ne réussirait pas « à réduire [les Allemands] par la terreur[3] » ; il n’est donc pas réaliste d’attribuer ce motif aux planificateurs de cette opération. Le bombardement de Dresde semble bel et bien avoir été un carnage insensé.







Depuis peu, le bombardement de pays (comme la Serbie, l’Irak et la Lybie) et de villes (telle que Bagdad) est devenu un événement ordinaire, non seulement justifié par nos leaders politiques mais aussi présenté dans nos médias comme une stratégie militaire efficace doublée d’un instrument parfaitement légitime pour atteindre des objectifs prétendument nobles. Dans ce contexte, il se révéla plus facile pour certains historiens d’affirmer que le bombardement de villes pleines de civils durant la Deuxième Guerre mondiale fut non seulement justifié mais efficace. Dans son livre Why the Allies Won (« Pourquoi les Alliés ont-ils gagné ? »), par exemple, publié en 1995, Richard Overy affirme, à l’encontre de l’opinion de la grande majorité des historiens jusqu’alors, que les bombardements alliés avaient joué un rôle important dans la défaite de l’Allemagne nazie, ouvrant la voie à la réhabilitation de l’opération de Dresde. Dans son livre Dresden : Tuesday, February 13, 1945 (« Dresde : mardi, le 13 février 1945 »), publié en 2004, un autre historien britannique, Frederick Taylor, défend l’idée, également contre les thèses généralement admises, que Dresde fut bel et bien une cible légitime : la ville, insiste-t-il, n’était pas seulement un centre industriel et militaire majeur, où d’innombrables usines produisaient du matériel militaire, mais aussi un croisement de premier ordre des chemins de fer allemands.

En outre, Taylor prétend que l’énorme destruction causée dans la capitale saxonne n’avait pas été prévue par ceux qui avaient planifié l’attaque mais fut le résultat inattendu d’une combinaison de circonstances malheureuses. Celles-ci incluent l’efficacité grandissante de la stratégie de « bombardement de masse » (area bombing) développée par le « British Bomber Command » dirigé par Arthur Harris – surnommé « Harris la bombe » (Bomber Harris) – en réponse à d’antérieurs raids aériens allemands sur la Grande-Bretagne ; des conditions météorologiques parfaites ; et les défenses anti-aériennes de la ville qui se révélèrent désespérément inadéquates. Tandis que la plupart des précédents bombardements de villes allemandes avaient été nettement moins dévastateurs qu’espéré, le raid sur Dresde causa une destruction plus grande que prévue. Voilà la perspective de Taylor, qui arrive à la conclusion que Dresde fut une attaque aérienne dans laquelle « tout marcha parfaitement, et horriblement, bien[4] ».

Or, Taylor lui-même contredit son affirmation selon laquelle la destruction fut plus grande que prévue en expliquant dans un autre contexte qu’une quarantaine de « poids lourds » (heavies) de la USAAF en route vers Dresde s’égarèrent et finirent par laisser tomber leurs bombes sur Prague[5]. Il s’ensuit que, si tout avait marché comme prévu dans les plans du raid, la destruction causée à Dresde aurait été plus grande encore qu’elle ne le fut en réalité. Il est clair qu’un degré extraordinairement élévé de destruction avait été recherché, et c’est pour cette raison qu’un degré extraordinairement élévé de destruction, bien que moins élévé qu’espéré, fut en fait obtenu.


Victimes entassees sur des rails pour etre y brulees





L’avis de Taylor concernant l’importance de Dresde en tant que nœud ferroviaire et siège d’infrastructures militaires et industrielles stratégiques est en apparence plus convaincant. Voilà qui fait de Dresde une cible intéressante et légitime pour un raid aérien de grande envergure. Or, tout un chapelet de faits indique que la présence dans la ville de ces infrastructures qui valaient la peine d’être bombardées ne joua aucun rôle dans le calcul de ceux qui avaient planifié le raid. Premièrement, la seule installation militaire vraiment signifiante, l’aérodrome de la Luftwaffe, situé à quelques kilomètres au nord de la ville, ne fut pas attaquée du tout pendant le raid. Deuxièmement, la gare ferroviaire, prétendument d’une importance cruciale, ne fut pas marquée comme cible avec des fusées éclairantes vertes par les avions britanniques qui précédaient et guidaient les bombardiers. Les équipages reçurent l’instruction de laisser tomber leurs bombes sur le centre de la ville, au nord de la gare[6]. Par conséquent, bien que des bombes soient bel et bien tombées sur la gare, et bien que le brasier y ait causé de nombreuses victimes, cette cible soi-disant essentielle ne subit que peu de dégâts structurels, si peu, en effet, que le réseau ferroviaire put être rétabli quelques jours seulement après le bombardement[7]. Troisièmement, la grande majorité des industries stratégiques du point de vue militaire ne se trouvait pas dans le centre-ville mais en banlieue, où l’on ne lâcha pas de bombes, du moins pas par exprès[8].

On ne peut guère nier que Dresde, comme toute autre grande ville allemande, hébergeait des installations industrielles d’une certaine importance militaire, et qu’une partie au moins de ces installations se trouvait au centre de la ville et fut donc détruite dans le raid. Mais cela ne nous amène pas logiquement à la conclusion que l’attaque fut planifiée à cet effet. Des hôpitaux et des églises furent également détruites, mais personne n’en conclura que ce fut l’objectif du raid. Un certain nombre de prisonniers juifs et de membres de la résistance anti-nazie allemande, qui attendaient d’être déportés ou exécutés, surent profiter du chaos causé par le bombardement pour échapper à la surveillance[9], mais il ne se trouve personne pour y voir l’objectif du raid. De nombreux prisonniers de guerre alliés furent également tués dans la nuit du 13 au 14 février 1945, mais ne serait-il pas absurde de suggérer que c’est pour cette raison que la ville fut anéantie ? Il n’y a donc aucune raison de conclure que la destruction d’une quantité inconnue d’installations industrielles, d’une importance militaire incertaine, puisse avoir été la raison d’être du raid, en d’autres mots, que cette destruction, comme la libération d’une poignée de juifs et de résistants anti-nazis allemands, fût autre chose qu’une «retombée favorable» imprévue dans une entreprise qui visait d’autres objectifs.



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naga
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MessageSujet: Re: Destruction de Dresde 13-14 février 1945 (2012)   Mer 8 Aoû - 3:22



Une explication fréquemment donnée par des historiens, Taylor inclus, reprend ce qui fut déjà dit aux équipages de la RAF et de la USAAF qui participèrent à la mission, à savoir que le bombardement de la capitale saxonne devait faciliter l’avancée de l’Armée Rouge. On prétend que, lors de la conférence de Yalta du 4 au 11 février 1945, les Soviétiques demandèrent à leurs alliés occidentaux d’affaiblir la résistance allemande sur le front de l’Est au moyen de raids aériens, permettant ainsi à l’Armée Rouge de pénétrer plus facilement au cœur de l’Allemagne. Or, aucune preuve ne vient confirmer ces déclarations. L’opportunité de raids aériens anglo-américains sur des cibles de l’Allemagne orientale fut, il est vrai, discutée à Yalta, mais, durant ces pourparlers, les Soviétiques exprimèrent l’inquiétude que leurs propres lignes puissent être frappées par les bombardiers alliés. Ils demandèrent donc que la RAF et la USAAF n’opèrent pas trop loin à l’Est[10]. La crainte soviétique d’être victime de ce qu’on appelle aujourd’hui « tir (ou feu) ami » (friendly fire) n’était guère injustifiée, comme le démontre le raid sur Dresde même : comme nous le savons déjà, un nombre considérable d’avions s’égarèrent et bombardèrent Prague ! C’est dans ce contexte qu’un général soviétique nommé Antonov formula son intérêt pour « des attaques aériennes capables d’entraver les mouvements de troupes ennemies », mais ceci ne peut guère être interprété comme une demande d’infliger à la capitale saxonne – qu’il ne mentionna d’ailleurs pas du tout – ou à n’importe quelle autre ville allemande le genre de traitement que Dresde reçut dans la nuit du 13 au 14 février. Se référant à une étude de la conférence de Yalta, l’auteur britannique d’un récent livre sur le programme de bombardements stratégiques des Alliés occidentaux pendant la deuxième guerre mondiale note que les Soviétiques « préférèrent clairement que la RAF et la USAAF ne s’approchaient pas du territoire [allemand] qu’ils allaient bientôt occuper[11] ».

Ni à Yalta, ni à aucune autre occasion les Soviétiques ne demandèrent à leurs alliés occidentaux de fournir le genre d’assistance aérienne qui s’est prétendument concrétisé dans l’anéantissement de Dresde. Qui plus est, ils ne se déclarèrent jamais d’accord avec le plan de bombarder Dresde, comme on l’a pourtant souvent dit[12]. Pour sa part, Taylor prétend bel et bien que Dresde fut bombardée en réponse à une demande soviétique, exprimée à Yalta. Mais il ne cite qu’une seule « preuve », qui n’est d’ailleurs que peu convaincante. Selon un des interprètes de Churchill à la conférence, Hugh Lunghi, les Soviétiques « demandèrent explicitement à deux occasions distinctes de bombarder Dresde [et plus particulièrement sa gare de jonction] ». « Nous y consentîmes », ajouta Lunghi, « nous consentîmes à pratiquement tout [ce que les Soviétiques exigèrent à Yalta][13] ». Ce témoignage est d’une valeur extrêmement douteuse. Par exemple, si le bombardement avait effectivement été organisé en réponse à une demande de la part des Soviétiques, pourquoi la gare de jonction, qui leur importait tellement, ne fut-elle pas marquée comme cible ? En fait, le témoignage de Lunghi est tiré d’un documentaire, produit par la chaîne de télévision américaine CNN en 1996, c’est-à-dire précisément cinquante-et-un ans après les faits, et semble refléter soit une mauvaise mémoire soit l’influence d’un demi-siècle de mythologie de la Guerre Froide à propos de Yalta, ou les deux. Pourquoi Taylor ne produit-il pas d’autres témoignages en faveur de sa thèse ? L’explication est sans doute que ces témoignages n’existent pas, et ceci pour la simple raison que ces demandes ne furent jamais exprimées.







Les Soviétiques ne demandèrent pas de bombarder Dresde. En outre, posons-nous la question suivante : si Moscou avait effectivement présenté une telle demande, les autorités politiques et militaires à Londres et Washington auraient-elles répondu immédiatement – Dresde fut bombardée quelques jours seulement après la fin de la conférence de Yalta – en lançant la flotte de bombardiers extraordinairement puissante qui a été déployée ? La réponse à cette question doit sans doute être négative. Rappelons l’état des relations interalliées au début de 1945. À ce moment, disons la mi-janvier, les Américains étaient toujours engagés dans la fameuse « Bataille des Ardennes », une contre-offensive allemande inattendue sur le front de l’Ouest qui, certainement au début, leur causa de grandes difficultés. Heureusement, cette bataille finit par être gagnée. Mais on avait perdu beaucoup de temps dans l’inavouée et pourtant réelle « course vers Berlin » contre les Soviétiques, et ni les Américains, ni les Britanniques n’avaient déjà traversé le Rhin; leurs lignes se trouvaient toujours à plus de cinq cents kilomètres de Berlin. De son côté l’Armée Rouge sur le front de l’Est avait déclenché une grande offensive le 12 janvier et progressait rapidement vers les rives du fleuve Oder ; en quelques endroits, ses troupes se trouvaient à moins de cent kilomètres de la capitale du Reich. Cette situation était extrêmement inquiétante du point de vue des chefs militaires et politiques américains et britanniques : il était pratiquement certain que les Soviétiques prendraient non seulement la capitale allemande mais qu’ils pénétreraient même profondément dans la partie occidentale de l’Allemagne avant la fin de la guerre. Peut-on penser que, dans ces circonstances, Washington et Londres se seraient empressés de fournir un très grand effort afin de permettre à l’Armée Rouge d’avancer plus rapidement encore ? Même si Staline avait réellement demandé une assistance aérienne anglo-américaine, Churchill et Roosevelt auraient sans doute trouvé une excuse pour ne pas offrir un tel appui. Peut-être auraient-ils fait un geste symbolique, mais ils n’auraient jamais lancé la massive attaque que sera le raid sur Dresde – probablement la plus grande attaque aérienne de l’histoire jusqu’alors ! D’autant qu’attaquer Dresde exigeait que des centaines de bombardiers lourds et lents volent plus de deux mille kilomètres dans l’espace aérien ennemi afin de s’approcher si près des lignes de l’Armée Rouge qu’ils couraient le double risque soit d’être abattus par l’artillerie anti-aérienne soit de laisser tomber leurs bombes sur leurs alliés soviétiques. Churchill et Roosevelt auraient-ils investi de telles ressources humaines et matérielles, et couru de si grands risques, dans une entreprise qui aurait permis à l’Armée Rouge non seulement de prendre Berlin mais probablement aussi d’atteindre les rives du Rhin avant les troupes anglo-américaines ? Il ne put pas en être question.

Fin janvier 1945, Roosevelt et Churchill se préparaient à rencontrer Staline à Yalta, sur leur initiative. Conclure avec leur allié oriental des accords fermes concernant l’Allemagne d’après-guerre, et ceci avant la fin des hostilités, leur semblait absolument nécessaire. Sans de tels accords, les réalités militaires, c’est-à-dire les positions des armées alliées, allaient déterminer qui occuperait quelle partie de l’Allemagne. Il était à craindre que, dans ce cas, les Soviétiques occupent presque la totalité du pays vaincu, excluent leurs alliés occidentaux des grandes décisions relatives à son avenir et déterminent de façon unilatérale ses futures structures politiques, sociales et économiques. Washington et Londres eux-mêmes avaient déjà créé un précédent à une telle démarche unilatérale, en libérant l’Italie en 1943 : ils y avaient rigoureusement exclu l’Union soviétique de la moindre participation aux affaires de ce pays. Et c’est également ce qui s’était produit en France et en Belgique en 1944. Inversement, Staline n’avait pas besoin d’un accord préalable concernant le sort de l’Allemagne d’après-guerre. Il accepta néanmoins la proposition d’une réunion des trois chefs alliés, mais à la condition que l’entrevue eût lieu sur le territoire de l’Union soviétique, à Yalta[14].

Avant Yalta, déjà, Roosevelt et Churchill trouvaient nécessaire de faire comprendre à Staline qu’il ne devait pas sous-estimer la puissance militaire de ses alliés occidentaux malgré leurs récents revers militaires dans les Ardennes. L’Armée Rouge disposait certes d’une énorme infanterie, d’excellents chars et d’une formidable artillerie mais les alliés occidentaux disposaient quant à eux d’un atout militaire hors pair: leur force aérienne, et plus particulièrement leur impressionnante flotte de bombardiers, capables de porter des coups à des milliers de kilomètres de leurs bases. Si l’on pouvait attirer l’attention de Staline sur ce fait, ne se montrerait-il pas plus accommodant lors des négociations qui devaient commencer bientôt?

Ce fut Churchill qui décida que l’anéantissement total d’une ville allemande, pour ainsi dire sous le nez des Soviétiques, pouvait faire parvenir au Kremlin le message désiré. Depuis quelque temps déjà, la RAF et la USAAF étaient capables de frapper n’importe quelle ville allemande, et des plans détaillés pour une telle entreprise, connue sous le nom de code Thunderclap (« coup de tonnerre »), avaient été préparés de façon méticuleuse. Or, au plus tard durant l’été de 1944, quand il apparut que la guerre serait selon toute vraisemblance conclue victorieusement avant la fin de l’année, et quand l’attention des planificateurs glissa naturellement vers les problèmes de l’après-guerre, une entreprise du genre Thunderclap commença à se profiler comme un instrument utile dans le but d’intimider les Soviétiques. En août 1944, un mémorandum interne de la RAF refléta cette manière de voir les choses ; ce document chercha à convaincre ses destinataires:

« une dernière et spectaculaire démonstration [de la puissance de notre force aérienne] au “profit” du peuple allemand […] pourrait également être fort utile dans l’après-guerre […] L’anéantissement du centre d’une grande ville […] peut offrir une preuve irréfutable de la puissance d’une force aérienne moderne […] Cela convaincrait les alliés russes […] de l’efficacité de la force aérienne anglo-américaine[15] ».


Au début de 1945, Thunderclap n’était plus envisagée dans la perspective de vaincre l’Allemagne. Or, vers la fin de janvier 1945, c’est-à-dire au moment où il préparait son voyage à Yalta, Churchill se montra soudain très intéressé par ce projet, insista pour qu’il fût mis en œuvre aussitôt que possible, et donna l’ordre à « Harris la bombe » d’effacer une ville dans l’Est allemand, une ville dans la ligne de marche de l’Armée Rouge[16]. Plusieurs villes satisfaisaient aux critères, mais c’est Dresde qui finit par être choisie, vraisemblablement par Churchill lui-même. En effet, le 25 janvier, le Premier ministre britannique indiqua où il souhaitait que les Allemands soient « dynamités » (blasted) : quelque part « sur la route de leur retraite de Breslau [vers l’Ouest][17] ». En termes de centres urbains, ce choix équivalait à orthographier : D-R-E-S-D-E.








Dans son autobiographie, Arthur Harris écrit que l’attaque sur Dresde avait été estimée nécessaire par « des gens bien plus importants que moi[18] ». Il est évident que seules des personnalités du calibre de Churchill auraient pu imposer leur volonté au tsar des bombardements stratégiques. Il est d’ailleurs généralement connu que le Premier ministre britannique avait manifesté un intérêt particulier pour l’opération de Dresde et qu’il la considérait moins comme un moyen de défaire l’Allemagne que comme un instrument pour impressionner Staline. Comme l’écrit l’historien militaire britannique Alexander McKee, « Churchill voulut inscrire une leçon dans le ciel nocturne de Dresde», à l’intention des Soviétiques. Toutefois, comme la USAAF fut également impliquée dans le bombardement de Dresde, nous pouvons supposer que Churchill agit avec la connaissance et l’approbation de Roosevelt. Les partenaires de Churchill dans la haute hiérarchie américaine, tant politique que militaire, partageaient en effet son point de vue en la matière. Eux aussi étaient fascinés, comme l’écrit McKee, par la possibilité d’« intimider les communistes [soviétiques] en terrorisant les nazis[19] ». La participation américaine n’était guère nécessaire, la RAF était sans doute capable d’anéantir la ville en faisant « cavalier seul ». Mais c’est précisément cet effet « matraquage » (overkill), causé par une contribution américaine intrinsèquement superflue, qui devait permettre aux Soviétiques de bien apprécier la puissance de la force aérienne anglo-américaine.

“On peut aussi s’autoriser une spéculation psycho-historique: il est probable qu’en « invitant » les Américains, Churchill cherchait à éviter que lui-même et son pays n’endossent la responsabilité exclusive de ce qui se révélerait inévitablement être un horrible carnage ; ce fut un crime pour lequel il éprouva le besoin d’avoir un partenaire.”

Une entreprise du type Thunderclap – entreprise à grande échelle par définition – causerait naturellement des dégâts aux installations militaires et industrielles grandes et petites, avec ou sans importance, que la ville cible hébergeait, et il est évident que cela constituerait inévitablement un nouveau coup dur encaissé par un ennemi allemand déjà chancelant. En empruntant à la terminologie de l’école sociologique américaine du « structuro-fonctionnalisme », on peut dire que frapper les Allemands aussi durement que possible était la « fonction manifeste » de l’entreprise, tandis qu’intimider les Soviétiques était sa fonction « latente », c’est-à-dire « sous-jacente » ou « cachée », mais nettement plus importante. La destruction massive infligée à Dresde ne fut pas le résultat d’une malheureuse combinaison de circonstances. Elle fut planifiée – en d’autres mots : elle fut « fonctionnelle » – non pas dans le but d’asséner un coup dévastateur à l’ennemi allemand, mais dans celui de faire comprendre aux Soviétiques que leurs alliés occidentaux avaient une arme contre laquelle l’Armée Rouge, en dépit de sa puissance et de ses succès, ne pouvait rien, une arme contre laquelle elle n’avait aucune défense.

Un grand nombre de généraux et d’officiers de haut rang, américains aussi bien que britanniques, se rendirent sans doute compte de la fonction latente de la destruction de Dresde et approuvèrent l’entreprise. Et cette connaissance filtra aussi jusqu’aux commandants locaux de la RAF et de la USAAF et aux « maîtres bombardiers » (master bombers) qui pilotaient les avions-éclaireurs (pathfinders). (Après la guerre, deux maîtres bombardiers se rappelèrent qu’on leur avait clairement dit que l’attaque devait « en imposer aux Soviétiques par la puissance de notre flotte[20] ».) Or, les Soviétiques, qui jusqu’alors avaient fourni la plus grande contribution à la guerre contre l’Allemagne nazie, et qui y avaient non seulement souffert les plus grandes pertes mais aussi obtenu les plus spectaculaires succès, par exemple à Stalingrad, jouissaient de beaucoup de sympathie parmi les militaires américains et britanniques ordinaires, y compris les équipages des bombardiers. Les aviateurs auraient probablement désapprouvé une entreprise visant à mettre les Soviétiques sous pression, et certainement un scénario – l’anéantissement d’une ville allemande par une attaque aérienne – dans lequel ils auraient eu à tenir le premier rôle. Il était donc nécessaire de camoufler la visée de l’entreprise derrière une justification officielle. En d’autres mots, parce que la fonction latente du raid était « inexprimable », on devait inventer une fonction manifeste « exprimable ».

Pour apaiser les équipages, les commandants régionaux et les maîtres bombardiers reçurent l’ordre d’évoquer d’autres objectifs, des objectifs acceptables et, avec un peu de chance, crédibles. Dans ces circonstances, nous comprenons pourquoi les instructions données aux équipages concernant les objectifs différèrent d’une unité à l’autre au point d’être fantaisistes et même contradictoires. La majorité des commandants mirent l’accent sur des objectifs militaires, en mentionnant des « cibles militaires » indéterminées, des « usines d’armement » et des « entrepôts d’armes et d’alimentation » hypothétiques, le soi-disant rôle de Dresde comme « ville fortifiée », et même l’existence dans la ville de quelque « poste de commandement de l’armée allemande ». On fit aussi vaguement allusion à d’« importantes installations industrielles » ainsi qu’à des « gares de triage ». Afin d’expliquer pourquoi le centre de la ville fut désigné comme cible et non pas la banlieue industrielle, des commandants expliquèrent que le centre hébergeait un « quartier général de la Gestapo » et/ou une « gigantesque usine de gaz toxiques ». Certains officiers se révélèrent incapables d’inventer de telles cibles imaginaires, ou refusèrent de le faire ; ils se limitèrent à informer leurs hommes laconiquement qu’ils devaient laisser tomber leurs bombes sur le « centre urbain de Dresde » ou tout simplement sur « Dresde[21] ».



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naga
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MessageSujet: Re: Destruction de Dresde 13-14 février 1945 (2012)   Mer 8 Aoû - 3:29


La destruction du centre d’une ville allemande, dans l’espoir d’y créer autant de dégats que possible aux installations militaires et industrielles et aux infrastructures de communications, était l’essence même de la stratégie alliée de « bombardement de masse ». Les équipages des bombardiers étaient résignés à accepter cette terrible réalité. Or, dans le cas de Dresde beaucoup d’aviateurs se sentirent mal à l’aise. Ils exprimèrent des doutes concernant les objectifs de la mission, sentirent qu’elle avait quelque chose d’extraordinaire et de suspect, et comprirent instinctivement qu’elle n’était pas une mission de routine, comme Taylor l’explique d’ailleurs dans son livre. Le radiotélégraphiste d’un bombardier de type B-17 déclara, par exemple, dans une communication confidentielle, que « ce fut la seule fois qu’il avait l’impression que la mission était peu commune ». Le trouble éprouvé par les équipages fut aussi illustré par le fait que, dans de nombreux endroits, la réunion d’information des commandants ne déclencha pas le traditionnel « bravo ! » (cheers) des équipages mais fut accueillie par un silence glacial[22]. Directement ou non, volontairement ou non, les instructions adressées aux aviateurs révélèrent occasionnellement la véritable fonction de l’attaque. Ainsi, une directive de la RAF, portant la date du 13 février 1945, formula explicitement la double intention : « Frapper l’ennemi allemand [mais aussi] montrer aux Russes, une fois arrivés [à Dresde], ce que nos bombardiers peuvent faire[23] ».Un aviateur canadien donna la réponse suivante lorsque, une vingtaine d’années après la fin de la guerre, il fut questionné sur les objectifs de la mission à laquelle il avait participé :

« Je pense que ce qui s’est passé, c’est que les Russes avançant très rapidement, les Alliés [occidentaux] décidèrent qu’ils allaient leur montrer qu’outre une armée formidable, ils disposaient également d’une force aérienne formidable. “Dès lors, ne soyez pas trop sûrs de vous, amis russes, ou bien nous vous montrerons ce que nous pouvons faire dans les villes russes”. C’était une idée de Churchill et d’autres. Il s’agissait d’une atrocité calculée, sans aucun doute[24] ».

La terrible destruction de Dresde troubla également l’opinion publique au point que les autorités jugèrent nécessaire d’exorciser le malaise. Ils expliquèrent lors d’une conférence de presse donnée à Paris le 16 février 1945 que l’opération visait à faciliter l’avance de l’Armée Rouge. Les journalistes présents furent informés que la destruction de ce « centre de communications » situé à proximité du « front russe » avait été inspirée par le désir de permettre aux Russes « de continuer leur lutte avec succès ». Que ceci ne fut qu’une justification fabriquée après les faits par ce que l’on appellerait aujourd’hui aux États-Unis des spin doctors – terme dont « conseillers en relations publiques » est une traduction euphémique – fut révélé par le porte-parole militaire lui-même, qui, en réponse à une question, dut admettre qu’il « pensait » seulement qu’il avait « probablement » été dans l’intention des planificateurs du raid d’assister les Soviétiques[25]

“L’hypothèse selon laquelle le bombardement de Dresde visa surtout, sinon exclusivement, à intimider les Soviétiques, explique non seulement l’ampleur de l’entreprise – un triple raid extrêmement dévastateur, et un projet commun, sans précédent, entre la RAF et la USAAF – mais aussi le choix de la cible.”


Dresde, le 16 fevrier 1945




Aux yeux de ceux qui avaient planifié Thunderclap, Berlin constituait la cible parfaite. Or, lorsque Churchill reprit le projet en janvier 1945, la capitale allemande avait déjà été bombardée à plusieurs reprises. Était-il réaliste d’espérer qu’un énième bombardement, quelle que soit sa force dévastatrice, puisse produire l’effet recherché sur les Soviétiques quand ceux-ci finiraient par arriver dans la ville ? Mieux valait choisir un centre urbain dense et indemne. Dresde, qui avait été épargnée jusque-là, avait acquis une réputation d’« abri anti-aérien du Reich » (Reichsluftschutzkeller) et répondait à ces critères. De surcroît, elle se situait idéalement sur le chemin de l’Armée Rouge : les Soviétiques auraient l’occasion d’évaluer in situ l’ampleur des dévastations causées par une seule opération, et d’en tirer les leçons. L’Armée Rouge, toutefois, n’entra dans la ville que le 8 mai 1945, bien plus tard que les Britanniques et les Américains ne l’avaient anticipé. Néanmoins, l’anéantissement de Dresde produisit l’effet recherché. Quelque deux cents kilomètres seulement séparaient la ville des lignes de l’Armée Rouge. La nuit, les soldats soviétiques pouvaient donc contempler à l’horizon les flambées infernales de Dresde qui, selon les témoignages, étaient visibles jusqu’à trois cents kilomètres à la ronde.

Si l’on considère qu’intimider les Soviétiques était la fonction « latente », c’est-à-dire réelle, de la destruction de Dresde, non seulement l’intensité, mais aussi le timing de l’opération prennent tout leur sens. L’attaque aurait dû être mise en œuvre, du moins selon certains historiens, le 4 février 1945, c’est-à-dire le premier jour de la conférence de Yalta, mais fut reportée au 13 février en raison des conditions météorologiques[26]. Si les feux d’artifice de Dresde avaient pu être organisés ce jour-là, ils auraient donné matière à réfléchir à Staline à un moment propice. Cette aspiration se réflétait clairement dans un commentaire émis par le général David M. Schlatter, membre de la SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force, « quartier général de la force expéditionnaire alliée »), une semaine avant que la conférence de Yalta ne débute :

« Je considère que nos forces aériennes représentent l’atout principal avec lequel nous approcherons la table où le traité de l’après-guerre sera négocié, et que cette opération [le plan d’un bombardement de Dresde et/ou de Berlin] augmentera de manière inestimable la valeur de cet atout, ou plutôt l’appréciation de cette force, par les Russes[27] ».

Le bombardement fut reporté, mais pas annulé. La démonstration de puissance militaire gardait son utilité psychologique même après la conférence de Crimée. A Yalta, Staline approuva la formule proposée par les dirigeants « anglo-saxons », à savoir une division de l’Allemagne en trois zones d’occupation à peu près égales, formule très favorable aux
intérêts britanniques et américains. Or, il fallait encore mettre en application ces accords sur l’Allemagne – et l’Europe entière ! – d’après-guerre, accords qui étaient nécessairement assez vagues. De ce point de vue également, le carnage de Dresde avait une grande utilité. Quand, après la défaite de l’Allemagne, les accords conclus à Yalta devront être mis en application, les Soviétiques se rappelleront sans aucun doute ce qu’ils ont vu à Dresde. C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre l’anecdote suivante. Vers la fin des hostilités, alors que des troupes américaines avaient l’occasion d’arriver à Dresde avant les Soviétiques, Churchill insista auprès d’Eisenhower pour éviter cette situation : le Premier ministre britannique ne voulait pas que les Soviétiques soient privés de l’occasion de « profiter » de l’effet démonstratif du bombardement de Dresde.





“Dresde ne fut pas simplement bombardée, ni même bombardée lourdement, mais anéantie, quasiment rayée de la carte du monde, afin d’intimider les Soviétiques par une démonstration de l’énorme puissance de feu des armées britannique et américaine, capable de semer la mort et la désolation à des centaines de kilomètres de leurs bases et donc, si nécessaire, de frapper derrière les lignes de l’Armée Rouge, au cœur même de l’URSS.”

Cette lecture des faits historiques permet d’expliquer l’apparent non-sens du bombardement de Dresde, y compris l’ampleur de l’entreprise, la peu ordinaire participation dans un seul raid de la RAF et de la USAAF, le choix de la cible, l’énormité – voulue ! – de la destruction, le timing de l’attaque, et le fait que ni la gare ferroviaire, présentée comme une cible d’importance cruciale, ni la banlieue, avec ses installations industrielles et l’aérodrome de la Luftwaffe, ne furent visées. Le bombardement de la capitale de la Saxe n’avait que très peu, ou même rien du tout, à voir avec la guerre contre l’Allemagne nazie, une guerre alors quasiment terminée : la destruction de Dresde ne fut rien d’autre qu’un signal britannico-américain à Staline, un signal qui coûta la vie à des dizaines de milliers de personnes. Six mois plus tard, deux autres signaux, similairement codés mais peu subtils, suivront, et demanderont encore plus de victimes. Cette fois, des villes japonaises seront visées, et il s’agira d’attirer l’attention de Staline sur la force dévastatrice d’une nouvelle et terrible arme américaine, la bombe atomique. L’historien A. C. Grayling, par exemple, a écrit dans son nouveau livre qu’ « il est reconnu que l’un des principaux objectifs des bombardements atomiques de Hiroshima and Nagasaki fut d’étaler aux Russes la supériorité en armements que les E.-U. avaient acquise…Il est regrettable que l’on peut dire à peu près la même chose à propos du bombardement de Dresde ». La destruction de Dresde n’avait que très peu, ou même rien, à faire avec la guerre contre l’Allemagne nazie; elle avait beaucoup, et même presque tout, à faire avec un nouveau conflit dans lequel l’ennemi serait l’Union Soviétique. C’est dans l’horrible chaleur des infernos de Dresde d’abord, et puis de Hiroshima et Nagasaki, que fut née cette nouvelle guerre que l’on appellera « froide ».


Par Jacques Pauwels




Pour aller plus loin, vous pouvez commender l’ouvrage de Jacques Pauwels ” le mythe de la bonne guerre” ici: http://www.aden.be/index.php?aden=le-mythe-de-la-bonne-guerre



--------------------------------------------------------------------------------

[1] Knightley Phillip. The First Casualty: From the Crimea to Vietnam :The War Correspondent as Hero, Propagandist, and Myth Maker, New York et Londres, 1975, p. 313.

[2] Taylor Frederick. Dresden: Tuesday, February 13, 1945, New York, 2004, p. 354, 443-448; Bergander Götz. Dresden im Luftkrieg. Vorgeschichte, Zerstörung, Folgen, Weimar, 1995, chapitre 12, et spécialement p. 210 et suiv., 218-219, 229; « Luftangriffe auf Dresden », http://de.wikipedia.org/wiki/Luftangriffe_auf_Dresden, p. 9.

[3] Voir par exemple le commentaire du Général Spaatz, cité dans Hansen Randall. Fire and fury: the Allied Bombing of Germany, 1942-45, Toronto, 2008, p.243.

[4] Taylor, p. 416.

[5] Taylor, p. 321-322.

[6] Groehler Olaf. Bombenkrieg gegen Deutschland, Berlin, 1990, p. 414; Hansen, p. 245; « Luftangriffe auf Dresden », p.7.

[7] « Luftangriffe auf Dresden », p. 7.

[8] Taylor, p. 152-154, 358-359.

[9]. Spoo Eckart. « Die letzte der Familie Tucholsky »,Ossietzky, No. 11/2, juin 2001, p. 367-370.

[10] Taylor, p. 190; Groehler, p. 400-401.

[11] Grayling C. Among the Dead Cities: Was the Allied Bombing of Civilians in WWII a Necessity or a Crime?, Londres, 2006, p. 176.

[12] McKee Alexander. Dresden 1945: The Devil’s Tinderbox, Londres, 1982, p. 264-265; Groehler, p. 400-402.

[13] Taylor, p. 190-191, 212.

[14] Voir Pauwels Jacques R. Le mythe de la bonne guerre, nouvelle édition, Bruxelles, 2012, chapitre 11.

[15] Mémorandum interne de la RAF cité dans Davis Richard, « Operation Thunderclap », Journal of Strategic Studies, 14:1, mars 1991, p. 96.

[16] Taylor, p. 185-186, 376; Grayling, p. 71; Irving David. The Destruction of Dresden, London, 1971 (La destruction de Dresde, J’ai lu, Paris, 1971), p. 96-99.

[17] Hansen, p. 241.

[18] Harris Arthur Travers. Bomber Offensive, Don Mills/Ont., 1990, p. 242.

[19] McKee, p. 46, 105.

[20] Groehler, p. 404.

[21] Groehler, p. 404

[22] Taylor, p. 318-19; Irving, p. 147-48.

[23] Cité dans Groehler, p. 404. Voir aussi Grayling, p. 260.

[24] Cité dans Broadfoot Barry. Six War Years 1939-1945: Memories of Canadians at Home and Abroad, Don Mills, Ontario, 1976, p. 269.

[25] Taylor, p. 361, 363-365.

[26] Dahms Hans-Günther. Der Zweite Weltkrieg, deuxième édition, Francfort am Main, 1971, p. 187.

[27] Commentaire du général Schlatter : cité dans Schaffer Ronald, « American Military Ethics in World War II : The Bombing of German Civilians », The Journal of Military History, Vol. 67, No 2, septembre 1980, p.318-34.


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MessageSujet: Re: Destruction de Dresde 13-14 février 1945 (2012)   Mer 27 Fév - 12:43



Tribune libre de Tomislav Sunic

Du 13 au 15 février 1945, les forteresses volantes de la Royal Air Force et de l’U.S. Air Force déversaient sur la ville de Dresde, merveille de l’Elbe, des centaines de milliers de bombes au phosphore, détruisant une grande partie de la ville et tuant un nombre jamais encore défini d’habitants et réfugiés. Chaque année depuis la réunification de l’Allemagne, bravant les interdictions officielles et le refus de la majorité des Allemands d’y participer, de timides commémorations en mémoire des victimes se déroulent dans la ville qui a admirablement reconstruit ses trésors architecturaux. A l’occasion de ce soixante-huitième anniversaire, Tomislav Sunic, de nationalité croate, diplomate, traducteur, professeur de science politique et historien, auteur de nombreux ouvrages et articles dont certains ont été présentés par Polémia, exprime, dans une tribune libre, ses réactions sur le sort inégal réservé aux victimes innocentes de la dernière guerre. Fort de son expérience yougoslave, il fait de la ville martyre un symbole et annonce avant l’heure un cycle européen qui sera fait de violence et de guerres civiles.


Dresde n’est pas le seul symbole des crimes alliés – symbole qui est d’ailleurs mentionné à contrecœur par les politiciens du Système. La destruction de Dresde et le nombre des victimes sont toujours relativisés dans l’historiographie du Système, étant souvent dépeints comme « un dommage collatéral dans la lutte contre le mal absolu, à savoir le fascisme ». Or le problème réside dans le fait qu’il n’y a pas eu un seul dommage collatéral dans une seule ville nommée Dresde, mais aussi des dommages collatéraux dans d’autres Dresde, dans tous les coins de l’Allemagne, et dans toutes les parties de l’Europe. La topographie de la mort, tracée par les anciens antifascistes, reste une donnée fort problématique pour leurs descendants d’aujourd’hui.



L’inégalité des victimes

Dans « la concurrence mondiale pour la mémoire historique », toutes les victimes ne bénéficient pas des mêmes droits. Maintes victimologies l’emportent sur les autres tandis que beaucoup d’autres sont censées tomber dans l’oubli total. Les politiciens du Système sont très zélés quand il s’agit d’ériger des monuments aux peuples et aux tribus, en particulier à ceux qui furent victimes des Européens. Un nombre croissant de dates anniversaires et de jours de réparations apparaissent sur nos calendriers muraux. De plus en plus, les dirigeants du Système européen et américain rendent hommage aux victimes non européennes. Rarement, presque jamais, ils se souviennent des victimes de leurs propres peuples qui ont souffert sous la terreur communiste et libérale. Comme mauvais auteurs de crimes figurent toujours les Européens, et surtout les Allemands, qui sont donc toujours contraints aux rites de repentance.



Non seulement Dresde est une ville allemande, ou bien le symbole d’un destin allemand, mais elle est aussi le symbole européen d’innombrables villes croates, hongroises, italiennes, belges et françaises qui furent bombardées par les Alliés. Ce qui m’attache à Dresde m’attache également à Lisieux, un lieu de pèlerinage en France qui fut bombardé par les Alliés en juin 1944, comme un autre lieu de pèlerinage, italien celui-là, Monte Cassino, qui fut également bombardé par les Alliés en février 1944. A Lisieux, cette petite ville dédiée à sainte Thérèse, le 10 juin 1944, 1200 personnes furent tuées, le monastère bénédictin fut complètement détruit et 20 religieuses perdirent la vie. Pour dresser la liste des villes européennes de haute culture qui ont été détruites, il nous faudrait une bibliothèque – à condition toutefois que cette bibliothèque ne soit pas une nouvelle fois bombardée par les « world improvers » (*); et à condition que les livres et les documents qu’elle contient ne soient pas confisqués ni interdits de circulation.

En France, pendant la Seconde Guerre mondiale, environ 70.000 civils trouvèrent la mort sous les bombes anglo-américaines et démocratiques, chiffe qui est mentionné avec réticence par les historiens du Système. 600.000 tonnes de bombes furent larguées sur la France de 1941 à 1944, 100.000 bâtiments et des maisons furent détruits. Dans le Système actuel, les politiciens utilisent souvent les mots « culture » et « multiculture » ; or, force est de constater que leurs prédécesseurs militaires se sont distingués dans la destruction des divers monuments culturels européens.


Anéantissement culturel

Ces églises et ces musées européens devaient être détruits car ces endroits, y compris Dresde, n’entraient pas dans la catégorie de la culture. Plus au sud, à Vienne, en mars 1945, le Burgtheater fut bombardé par les avions américains. Plus à l’ouest, au nord de l’Italie, l’opéra de « La Scala » de Milan fut bombardé, ainsi que des centaines de bibliothèques à travers toute l’Europe centrale. Plus au sud, en Croatie, des villes de grande culture, telles que Zadar et Split, furent bombardées en 1944 par les « world improvers », et ce panorama d’horreur n’a pas de fin. Des politiciens allemands et des touristes allemands prennent souvent des vacances sur la côte croate, alors que le long de la côte il y a de nombreux charniers de cadavres de soldats allemands. Sur l’île croate de Rab, où les nudistes allemands aiment bien s’amuser, il y a une énorme fosse commune contenant les ossements de centaines d’Allemands assassinés par les communistes yougoslaves. Les diplomates allemands en Croatie n’ont rien fait pour ériger des monuments à ces soldats martyrisés. Récemment, la soi-disant communauté de valeurs démocratique s’est montrée très préoccupée du nettoyage ethnique en ex-Yougoslavie et s’est donné beaucoup de mal pour traduire les accusés serbes et yougoslaves devant le Tribunal de La Haye. Mais ces accusés yougoslaves avaient eu des modèles parfaits parmi leurs ancêtres yougo-communistes et leurs alliés anglo-américains. Vers la fin de 1944, et au début de 1945, il y eut, en Yougoslavie, un énorme nettoyage ethnique des Allemands de souche par les communistes yougoslaves. En mai 1945, des centaines de milliers de réfugiés croates, pour la plupart des civils, se sont rendus aux autorités anglo-américaines au sud de la Carinthie, à côté de Klagenfurt en Autriche méridionale. Dans les jours qui suivirent, ils furent tous livrés aux bouchers yougo-communistes.



On tue et on expulse

En ce qui concerne les millions d’Allemands de souche chassés de Silésie, de Poméranie, des Sudètes et du bassin du Danube vers la fin de la guerre (**), je pourrais parler pendant des heures. Vu que ces victimes sont dues aux bourreaux communistes, je ne vais pas pour le moment les attribuer aux « world improvers » occidentaux. Rétrospectivement, nous voyons toutefois que les réformateurs occidentaux n’auraient jamais pu réaliser leurs projets de rénovation du monde sans l’aide des bourreaux communistes, y compris les soi-disant antifascistes. Certes, la plus grande migration de l’histoire du peuple allemand et des autres peuples non allemands en Europe centrale et en Europe de l’Est fut suscitée par les communistes et l’Armée rouge, mais jamais ces gigantesques crimes communistes n’auraient pu avoir lieu sans l’aide aérienne massive des « world improvers ». Donc, on utilise deux poids et deux mesures quand on commémore les morts de la Seconde Guerre mondiale.

Les droits de l’homme à la carteComme le grand spécialiste de droit international, l’Allemand Carl Schmitt, nous l’a enseigné, nous faisons face ici à un problème dangereux quant au droit international moderne et quant à l’idéologie des droits de l’homme. Une fois l’adversaire militaire déclaré « monstre » ou « vermine », les droits de l’homme ne s’appliquent plus à lui. Les monstres et les vermines ne sont protégés par aucune loi. C’est la composante principale du Système actuel. De même, dès qu’un intellectuel européen, un universitaire ou un journaliste non conformiste commence à contester les mythes du Système actuel, il court le risque d’être traité comme un « homme d’extrême droite », c’est-à-dire comme « un monstre fasciste ». Par conséquent, ce monstre d’extrême droite ou ce fasciste et cette espèce inhumaine ne peut jamais devenir un homme ; par conséquent, aucune idéologie des droits de l’homme ne peut lui venir au secours. Il devient sujet à l’ostracisme social et à la mort professionnelle. Le Système se targue de sa tolérance envers toutes les personnes du monde et envers toutes les nations du monde, mais non envers ceux qui sont a priori étiquetés comme inhumains, à savoir les pseudo-extrémistes de droite. Aux yeux des « world improvers », les civils allemands de Dresde, ici sur cette place, en février 1945, n’étaient pas perçus comme des êtres humains mais comme un genre spécial de vermine qu’on devait supprimer. On trouve des sentiments similaires aujourd’hui chez les « world improvers » dans leurs opérations militaires en Irak ou en Afghanistan.

On nous accuse parfois d’exagérer le chiffre des victimes de Dresde dans le seul but de banaliser les crimes fascistes. Cela n’a pas de sens. Cette proposition mensongère peut facilement être inversée. Les médias du Système et ses faiseurs d’opinion ont besoin, même 70 ans après la guerre, du danger fasciste, dans le seul but de mieux cacher leurs propres désastres économiques et leurs propres crimes de guerre d’antan.



Fragilité du Système multiculturel

Effondrement de la Yougoslavie – Les nations en Yougoslavie au début des années 1990
Par ailleurs, les historiens du Système ainsi que les faiseurs d’opinion ignorent que le Système multiculturel actuel est par force conflictuel : chaque doctrine victimaire persiste dans sa propre unicité et ne se propage qu’aux dépens des autres. Cela montre la fragilité du Système multiculturel. En fin de compte, cela conduit à la balkanisation, à la guerre civile et à l’effondrement du Système. Voici un exemple : l’atmosphère victimaire d’aujourd’hui, dans le Système multiculturel, conduit chaque tribu, chaque communauté, chaque immigré non européen à croire que sa doctrine victimaire doit être unique. Il s’agit là d’un phénomène dangereux, car chaque unicité victimaire exclut les autres victimes qui se trouvent en concurrence avec elle. Une telle mentalité victimaire ne contribue ni à la prévention des conflits ni à la paix. Elle conduit à la violence multiethnique et rend le conflit inévitable.

Suite à la banalisation et la relativisation des crimes libéralo-communistes contre le peuple allemand, avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, il n’y a pas eu de climat de compréhension mutuelle ni de réconciliation. Au lieu de cela, un climat de fausses mythologies et de victimologies conflictuelles est né, où chaque homme, et chaque tribu, se perçoit comme la victime de son voisin.

L’exemple classique est à nouveau l’effondrement de l’ancien Etat artificiel de Yougoslavie où les différents peuples furent pendant cinquante ans victimes des historiens communistes et où la propagande communiste dépeignait le peuple croate comme une « nation nazie ». En 1991, après la chute du communisme et après la fin de la propagande communiste, le résultat ne fut pas la compréhension mutuelle entre les divers peuples yougoslaves mais la haine mutuelle et la guerre terrible où toutes les parties s’insultèrent en se traitant de « fascistes ». Ce qui nous attend bientôt dans l’UE n’est pas le plaisir exotique d’une société multiculturelle, mais un nouveau cycle similaire et balkanique de violence et de guerres civiles.

Ne nous faisons pas d’illusions. Dresde est, certes, un endroit symbolique contre toutes les guerres, et également l’endroit où nous devons nous incliner devant les victimes innocentes. Mais demain, Dresde peut facilement devenir le symbole de catastrophes titanesques. On peut déjà imaginer ce qui nous attend dans les prochaines années. Certains parmi nous qui possèdent une longue conscience historique savent fort bien qu’un monde a pris fin. L’âge libéral est mort depuis longtemps. Les temps qui viennent seront mauvais. Mais ces mauvais temps nous offrent, à nous tous, une chance.


Tomislav Sunic



Source
polemia.com


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