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 ‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)

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naga
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MessageSujet: ‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)   Lun 24 Sep - 15:00


‘Apocalypse Hitler’: Cette Europe insouciante qui jusqu’au bout a refusé de croire à l’Apocalypse








Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche

Si j’avais été le président du Conseil français, je n’aurais jamais toléré que l’auteur de ce livre [Mein Kampf] devienne chancelier d’Allemagne. Goebbels (1940)

Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)

Mein Kamp (…) Tel était le nouveau Coran de la foi et de la guerre: emphatique, fastidieux, sans forme, mais empli de son propre message. Churchill


La situation actuelle en Europe, l’époque, n’est pas rassurante et nous espérons que ce film serve d’épouvantail. Daniel Costelle


Il y a une résonance extrêmement troublante, frappante même, entre sa “résistible ascension” (pour reprendre l’expression de Bertolt Brecht) dans les années 1930 et la période actuelle. Notre documentaire permet de décortiquer tous ces mécanismes, tous ces ressorts, à la fois stratégiques, idéologiques, médiatiques, capables de porter au pouvoir un personnage aussi dangereux. Quand il est nommé chancelier, le 30 janvier 1933, il y a encore 200 députés communistes et socialistes au Reichstag, preuve que personne ne s’est méfié. (…) Nous espérons que ce nouveau film servira d’épouvantail en quelque sorte… Daniel Costelle

Sans vouloir comparer stricto sensu deux époques différentes, il est évident que nous ne sommes pas, avec la situation actuelle de crise et de fragilité mondiale, à l’abri d’une telle montée des extrêmes. (…) l’Histoire est tout de même la meilleure école de discernement. Et la réception publique d’Apocalypse prouve que l’on peut, que l’on doit, s’intéresser à l’Histoire. Isabelle Clarke

L’idée étant de répondre à la question qui hantait Clarke et Costelle après le premier volet d’Apocalypse: « Comment cet Autrichien venu de nulle part a-t-il réussi à conquérir l’Allemagne ? Sur quel terreau a-t-il semé la haine et la violence ? » Parmi les explications, les auteurs d’Apocalypse retiennent la crise économique qui frappe une Allemagne à genoux et qui, selon eux, n’est pas sans rappeler celle que traverse l’Europe aujourd’hui. Le Figaro (25.10.11)

Il me semble qu’en dénonçant un certain passé, Costelle et Clarke ont eu surtout l’intention de conjurer un certain futur. Franck Ferrand

Deux paramètres décisifs semblent aujourd’hui faire l’unanimité chez les historiens: la situation politique et économique de l’après Première guerre mondiale et la modernité des techniques de propagande électorale mise en oeuvre par Hitler et ses sbires, notamment le docteur Goebbels. Humilié par le traité de Versailles, puis ruinés par la crise de 29, les Allemands ont cru que Hitler, personnalité obsessionnelle dotée d’une indéniable habileté de tribun du peuple, pouvait redonner à l’Allemagne sa fierté et sa prospérité perdues. Le Figaro TV

Comment le pays de Kant et de Goethe a-t-il pu faire un triomphe à « Mein Kampf », ce fatras d’inepties et de vociférations ? (…) La droite allemande classique (…) croit que sa vieille culture protègera toujours l’Allemagne de l’aventure et du mal. « Rien n’a plus aveuglé les Allemands que l’orgueil de leur culture », écrira Stefan Zweig. On retrouve cette foi aveugle dans la culture chez Freud lui-même, qui ne pouvait pas admettre que Shakespeare soit le véritable auteur de ses pièces parce qu’il n’était pas passé par une université et qu’il y avait un gros tas de fumier devant la maison de son père. Hitler ressentait comme une insulte ce mépris de l’élite. Il dira un jour : « L’Allemagne ne sera plus jamais un peuple du livre. » Jusqu’au bout, les leaders de la droite, comme Franz von Papen, seront persuadés qu’ils pourront utiliser Hitler, ce caporal autrichien qu’ils jugent infréquentable, contre les communistes, et s’en débarrasser, une fois la besogne accomplie. Son antisémitisme délirant les choque, mais seulement comme une faute de goût. Mais la force brute et la barbarie ont eu raison de ces mandarins raffinés et condescendants. Et de toute l’Europe insouciante qui, jusqu’au bout, a refusé de croire à l’Apocalypse. François Caviglioli
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naga
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MessageSujet: Re: ‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)   Lun 24 Sep - 15:03



On montre des séquences chocs, tournées par les nazis pour séduire les foules, il faut donc les mettre à distance, et avoir un commentaire suffisamment écrit pour le faire. Fabrice Puchault

C’est de l’edutainment. Un mot bâti sur le modèle d’infotainment. C’est un film fait pour toucher le plus grand nombre. Pour raconter des histoires à des jeunes adultes et de jeunes adolescents. Pour y parvenir, il faut s’en donner les moyens. Donc il faut de la couleur, de la musique, du son, et un narrateur connu.(…) Daniel Costelle, le co-réalisateur, a une aversion pour tout ce qui vient du nazisme. Il me disait donc de «dégueuler» certains mots. J’ai retenu un peu en arrière, je me demandais pourquoi utiliser tel adjectif ou prononcer les mots de manière dégueulasse. Moi j’aurais préféré mettre moins l’accent sur nos opinions. Mais Daniel avait besoin d’appuyer sur ce point. (…) Normalement, c’est vrai qu’un texte de documentaire ne dit pas «ils ont tort» ou «ils ont raison». Mais bon, sur Adolf Hitler, dire «c’est un salopard», cela ne pose pas problème. Surtout, qu’il convient de guider un peu les jeunes téléspectateurs que nous visons. Si un enfant voit ces images de défilés, des drapeaux, tout ce graphisme hitlérien, cela peut l’attirer, cela a été conçu pour. Donc le commentaire aide à mettre une distance. (…) C’est très intéressant de voir la façon dont la démocratie fonctionne dans ce genre de drame. Hitler était un illuminé. Comme la majorité des gens qui veulent le pouvoir d’ailleurs. Mais lui annonce tout ce qu’il veut faire très vite. Les gens sont au courant. Et pourtant ils le suivent. On doit rester vigilant face à la démagogie. Mathieu Kassovitz


Dans le premier, on part de la naissance d’Hilter jusqu’en 1929. On fait des allers-retours entre la formation du jeune Hitler et sa réalisation politique. On y voit les conséquences d’une enfance, d’une éducation et d’une ambition. Sans la grande dépression, il ne serait jamais arrivé au pouvoir. Les classes moyennes allemandes ont voté Hitler par peur du bolchevisme et du marxisme. Ils suivent le nazisme par défaut. C’est ça qui est terrifiant ! Le deuxième est une chronologie des grandes étapes de son accession à la chancellerie à partir de 1929, faite de propagandes, notamment celles montées par Goebbels qui sont d’une modernité incroyable. Isabelle Clarke

L’Histoire a elle-même une histoire ; et bien des documentaires consacrés au Führer sont à ce point périmés, qu’ils ne peuvent être aujourd’hui regardés que pour ce qu’ils nous disent de l’époque à laquelle ils ont été produits. Télérama

Le documentaire d’Isabelle Clarke et de Daniel Costelle s’inscrit dans la tradition des “compilations films” qui, depuis la fin des années 50, traitent de l’hitlérisme par le biais d’archives supposées en garantir la validité historique. Je pense à Mein Kampf d’Erwin Leiser (en 1959), ou à des films est-allemands comme La vie d’Adolf Hitler (vidéo ci-dessous) de Paul Rotha (en 1961), qui commencent généralement par expliquer que tout est vrai, que les images qu’on va voir montrent précisément ce qui s’est passé. De cette époque date le discours quantitatif accompagnant ce type de documentaires et qu’on retrouve dans le dossier de presse d’Apocalypse Hitler. On loue le nombre d’historiens consultés, le nombre d’archives exploitées, l’abondance d’images jamais vues ou tombées dans l’oubli… Isabelle Clarke et Daniel Costelle s’inscrivent dans cette même logique de performance, sans se poser la question de la finalité. A quoi ça sert d’utiliser un maximum d’archives ? Des plans très brefs ? Etc. Matthias Steinle (maître de conférences en cinéma à Paris III)
La seule nouveauté des films d’Isabelle Clarke et de Daniel Costelle tient à la colorisation des archives. Pour le reste, ils traitent ces images de la même manière émotionnelle, dans un montage hyper-rythmé, sans apporter la moindre plus-value à la compréhension du phénomène Hitler, ni à la façon dont les nazis sont arrivés au pouvoir. (..) D’emblée, Romm expose le souci qu’il rencontre à utiliser des images de propagande pour traiter de l’opinion publique allemande. La tradition filmique des opérateurs nazis était de représenter les Allemands comme une masse informe et homogène — un führer et un peuple. Pour dépasser cet écueil, Romm décortique les images. Il fait des arrêts sur image ou les répète, pour expliquer comment celles-ci ont été fabriquées. Cela donne à comprendre le caractère révolutionnaire de la propagande nazie et comment les Allemands ont été fascinés par toutes ses mises en scène. Julie Maeck (chargée de recherches à l’Université libre de Bruxelles)
A l’heure où, sans bien sans rendre compte (l’irresponsabilité de nos indignés d’Athènes à Madrid et maintenant New York comme, sans parler le mois dernier du chimpanzé en rut DSK appelant tranquillement en plein journal de 20h à l’effacement intégral de la dette grecque, d’une opposition socialiste censée reprendre les rênes l’an prochain), l’Europe tente de conjurer une crise aux conséquences potentiellement apocalyptiques …

Pendant que, sous probablement le plus incompétent de ses présidents, l’Amérique s’enfonce chaque jour un peu plus dans le chômage et les déficits …

Et que, de l’Egypte à la Tunisie et avec l’aide des apprentis-sorciers de l’OTAN dans le cas de la Libye, les peuples arabes repartent pour un nouveau tour de charia, censée apporter la réponse-miracle à des décennies accumulées de problèmes …

Alors que du côté des bouchers communistes, russes comme chinois, la volonté de revanche et l’impunité la plus totale (A quand un procès de Nuremberg tant pour Moscou que Pékin?) alimentent la folie des grandeurs et les jeux de chaises musicales …



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MessageSujet: Re: ‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)   Lun 24 Sep - 15:06



Retour sur la suite du cycle d’Apocalypses inauguré il y a deux ans par France 2 qui présentait hier soir la prise de pouvoir du fils de la crise de 29 (“Apocalypse Hitler”).

Et qui, au-delà de ses évidentes limites dénoncées complaisamment par certains de nos historiens (ton grandiloquent, dramatisation accélérée, enchaînements hâtifs, continuité ou confrontation artificielles et trompeuses d’un mélange indifférencié et pas toujours sourcé d’images de propagande et de documents amateurs, manque de recul critique, lourd battage promotionnel) …

Mais avec des images réellement inédites (l’identification de Hitler au héros wagnérien Rienzi, l’ampleur des droits d’auteur issus des ventes forcées de Mein Kampf, les sympathies et les uniformes militaires de Hugo Boss pour le Parti naissant, ou le rôle des avions dans la campagne électorale de 1932, la collection personnelle du virtuose du Leica et photographe attitré du futur maître du Reich, Heinrich Hoffmann, l’affrontement des nazis et des communistes aux élections législatives et le pays au bord de la guerre civile, le soutien financier et la décoration par les nazis d’antisémites notoires comme l’Américain Henry Ford) …

Avait au moins le mérite, comme le rappelle l’historien Franck Ferrand, de tenter, “en dénonçant un certain passé”, de “conjurer un certain futur” …



François Caviglioli

Teleobs







Le sujet

Comment Adolf Hitler, artiste raté, a-t-il réussi à se hisser à la tête de l’Etat allemand et à imposer sa vision du monde, extrêmiste et antisémite ?

Ce documentaire en deux parties est intégralement composé d’images d’archives en haute définition, restaurées et colorisées. Les auteurs ont pour ambition de retracer l’irrésistible ascension d’Adolf Hitler à la tête de l’Allemagne, dans le contexte troublé de l’Europe du début du XXe siècle. En 1924, le futur Führer écrivait : «Un état qui refuse la contamination des races doit devenir un jour maître de la terre». Comment a-t-il réussi à imposer cette idée ? Artiste raté dans sa jeunesse, rien ne prédestinait cet homme à devenir un jour le dictateur de l’Allemagne. C’est la guerre de 1914-1918 qui le transforma en nationaliste et antisémite exacerbé, habité par une vision.

La critique

La scène se passe à Mayence en 1919, pendant l’occupation de la Rhénanie par les Français, dans le chaos et le climat de violence qui suit, en Allemagne, la fin de la Grande Guerre. Un poilu, peut-être l’artilleur chanté par Aragon, arrache à un prisonnier allemand la seule chose qui lui reste, sa pipe. Isabelle Clarke et Daniel Costelle ont colorisé tous les acteurs célèbres ou anonymes de la grande tragédie européenne qui commence en 1918 à la victoire des Alliés. La capote bleue horizon de ce vainqueur insolent semble presque neuve, elle n’a pas l’air d’avoir traîné pendant quatre ans dans le sang et la boue des tranchées. Il est bien de chez nous, le gars. Sa lourdeur paysanne nous est familière, même si nous ne connaissons plus aucun paysan. Il est filmé de dos, mais qui sait si ses arrière-petits-enfants ne vont pas le reconnaître d’instinct, à sa silhouette immortalisée sur une vieille photographie, à un mouvement d’épaules qui se serait transmis de génération en génération dans la famille ? S’ils ne se diront pas : « C’est lui, c’est nous qui avons fait Hitler » ? Car ce prisonnier feldgrau amputé de sa pipe, cette épave des armées du Kaiser Guillaume, n’a pu que se joindre, quelques années plus tard, à la horde des SA.

Des centaines de milliers comme lui ont écouté avec passion Adolf Hitler, l’ancien combattant hystérique qui les subjugue en évoquant la fraternité du front et qui les venge des humiliations de la défaite : « J’ai été des vôtres, leur répète-t-il à longueur de meetings, j’ai été parmi vous. Au plus profond de moi, je n’ai pas changé. » C’est la guerre qui l’a fait, elle est sa vraie patrie. « La guerre de 14-18 est la partie la plus inoubliable et la plus sublime de ma vie terrestre », écrira-t-il dans « Mein Kampf ». Pour lui, la guerre, c’est le monde des hommes. Un monde sans femmes. Adolf Hitler, dont l’existence a été solitaire et qui a vécu dans un foyer pour jeunes célibataires, ne se plaît qu’en compagnie des hommes. C’est un camarade-né qui parle la langue sommaire, exaltée et virile de ses camarades vaincus. Il est vite remarqué par les officiers de la Reichswehr, l’armée fantôme de la république de Weimar. Ils le chargent de « rééduquer » les prisonniers de guerre libérés, ces errants sans travail et sans espoir qui pourraient se tourner vers le communisme et la révolution. Le grand état-major allemand, ou ce qu’il en reste, lui dicte des « éléments de langage », comme on dit aujourd’hui. Adolf Hitler leur martèle que ce n’est pas l’armée qui a perdu la guerre mais ceux de l’arrière « qui avaient perdu le sens de la patrie », et surtout les hommes politiques qui ont signé l’armistice de 1918 et qu’il appelle « les criminels de novembre ». Il dénonce le traité de Versailles qui a privé l’Allemagne d’un tiers de son territoire et coupé en deux la Prusse-Orientale pour offrir à la Pologne, grâce au couloir de Dantzig, un débouché sur la Baltique. Mais ce sont surtout les slogans antisémites qui lui assurent un succès facile. Il évoque sans cesse « l’aigle allemand poignardé par les juifs ». Il trouve un auditoire tout acquis. Déjà, pendant la guerre, le général Ludendorff , le chef d’état-major du front Ouest, avait fait recenser les militaires juifs, soupçonnés d’être des traîtres. De cette masse inerte d’anciens soldats clochardisés Hitler va faire une armée de 400 000 SA fanatisés prêts à lui obéir jusqu’au crime et jusqu’à la mort.

Les SA se heurtent dans des combats de rue aux militants communistes du front rouge. Les nazis de la Sturmabteilung (SA) portent la chemise brune et le képi brun. Les miliciens communistes restent fidèles à la casquette d’ouvrier et à la blouse russe. Dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, les SA sont éliminés, à la demande de la Reichswehr convalescente qui craignait d’être absorbée dans la Sturmabteilung et des industriels inquiets des velléités révolutionnaires d’Ernst Röhm, le führer fastueux et débauché des SA. Hitler a dû obéir. Il a inventé un prétendu complot ourdi par Röhm. Il a fait liquider près d’une centaine de ses premiers frères d’armes, dont Röhm, et arrêter des milliers d’autres. Il a besoin d’usines d’armement. Il doit compter avec les généraux et les amiraux qu’il déteste et méprise s’il veut conquérir le monde. Il prend lui-même la tête de l’opération, et surgit, pistolet au poing, entouré de SS, dans la pension Hanselbauer, à Bad Wiessee, où se trouve Röhm. C’est la Nuit des longs couteaux, sublimée dans « les Damnés », la somptueuse tragédie shakespearienne de Visconti. Les SA bruns disparaissent de la scène nazie et cèdent la place aux SS habillés de noir. Mais on ne parlera jamais de peste noire. La peste nazie sera toujours la peste brune parce que c’est dans les années 1920, pendant le règne sanglant de la SA, que l’Europe suicidaire s’est ruée vers le désastre. Le brun restera la couleur identitaire et le marqueur du nazisme dans la mémoire traumatisée du monde.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le parti nazi n’est pas arrivé au pouvoir grâce à un tsunami électoral. Si la crise de 1929, partie des Etats-Unis comme la plupart des crises, renforce le NSDAP, les élections de 1932 sont un échec pour les nazis qui perdent 2 millions d’électeurs et 40 députés. Dans « le Populaire », Léon Blum peut écrire : « Le nazisme est mort. » Ce n’est pas Hitler que les électeurs allemands vont porter à la présidence du Reich, mais Paul von Hindenburg, le héros de Tannenberg. Hitler ne réussira à accéder au poste de chancelier qu’en manipulant le vieux maréchal malade et diminué par l’âge. Hitler a sidéré l’Allemagne plus qu’il ne l’a séduite.

Comment cet Autrichien roux, déguisé en Bavarois d’opérette avec ses culottes de cuir, ses bretelles et ses grandes chaussettes, a-t-il pu hypnotiser l’Allemagne ? Comment cet avorton, aussi éloigné que possible de l’idéal national-socialiste, qui avait fait assassiner sa cousine à qui il imposait des pratiques déviantes, a-t-il pu être considéré comme un symbole sexuel par les femmes allemandes et par Leni Riefenstahl elle-même, qui avait le culte des corps et qui en était follement amoureuse ? Comment le pays de Kant et de Goethe a-t-il pu faire un triomphe à « Mein Kampf », ce fatras d’inepties et de vociférations ? Goebbels dira, en 1940, après l’effondrement de la France devant les panzers de Guderian : « Si j’avais été le président du Conseil français, je n’aurais jamais toléré que l’auteur de ce livre devienne chancelier d’Allemagne. » Mais les Français ont peu lu « Mein Kampf ». Le grand mystère, c’est pourquoi les Allemands l’ont dévoré. Il ne sera jamais résolu.

Pour l’extrême droite des junkers prussiens, celle d’Ernst von Salomon et des Corps francs, Adolf Hitler n’est qu’un faux dur efféminé et un détraqué sexuel. Pour le Zentrum, le grand parti catholique allemand, il est un aventurier inculte. La droite allemande classique considère que le pouvoir revient de droit divin aux barons et aux princes. Elle ne fait confiance qu’aux aristocrates cultivés. Elle croit que sa vieille culture protègera toujours l’Allemagne de l’aventure et du mal. « Rien n’a plus aveuglé les Allemands que l’orgueil de leur culture », écrira Stefan Zweig. On retrouve cette foi aveugle dans la culture chez Freud lui-même, qui ne pouvait pas admettre que Shakespeare soit le véritable auteur de ses pièces parce qu’il n’était pas passé par une université et qu’il y avait un gros tas de fumier devant la maison de son père. Hitler ressentait comme une insulte ce mépris de l’élite. Il dira un jour : « L’Allemagne ne sera plus jamais un peuple du livre. »

Jusqu’au bout, les leaders de la droite, comme Franz von Papen, seront persuadés qu’ils pourront utiliser Hitler, ce caporal autrichien qu’ils jugent infréquentable, contre les communistes, et s’en débarrasser, une fois la besogne accomplie. Son antisémitisme délirant les choque, mais seulement comme une faute de goût. Mais la force brute et la barbarie ont eu raison de ces mandarins raffinés et condescendants. Et de toute l’Europe insouciante qui, jusqu’au bout, a refusé de croire à l’Apocalypse.







Franck Ferrand analyse Apocalypse Hitler

L’historien de France 3 commente la réalisation d’Isabelle Clarke: « le documentaire décortique le processus de conquête du pouvoir par les nazis»

Le Figaro

25/10/2011

Apocalypse Hitler





Pour Le Figaro.fr, l’historien Franck Ferrand, animateur des émissions l’ombre d’un doute sur France 3 et Au coeur de l’histoire sur Europe 1 a visionné le documentaire Apocalypse Hitler. Il nous livre son avis.

Dans ce nouvel opus, on retrouve les clés du précédent succès : d’abord, un choix pertinent d’images à peine colorisées – juste dépoussiérées ; ensuite, un commentaire lumineux, mais sans simplification excessive. J’ai découvert, pour ma part, notamment dans la première partie, l’identification de Hitler au héros wagnérien Rienzi, l’ampleur des droits d’auteur issus des ventes forcées de Mein Kampf, les sympathies de Hugo Boss pour le Parti naissant ou encore le rôle des avions dans la campagne électorale de 1932.

Forcément, l’amateur d’énigmes regrettera qu’on ne prenne pas le temps de suivre certaines pistes – comme les possibles racines juives du plus grand ennemi des Juifs… Mais, à l’évidence, le propos de Costelle et Clarke relève plutôt de la pédagogie. Naguère, ils s’étaient intéressés au compagnon impuissant d’Eva Braun ; cette fois, ils visent plus haut et s’attachent à décortiquer le processus de conquête du pouvoir par les nazis. Avec une insistance bien vue sur le rôle de repoussoir des communistes ou le sacrifice des SA aux chefs de la Reichswehr… Et non sans multiplier les images inattendues : Hitler en frac à Bayreuth ou cette rencontre à Venise avec Mussolini…

Dans la lignée de Ian Kershaw, nos auteurs renvoient dos à dos les tenants de l’envoûtement collectif par un démon et ceux de l’utilisation dudit démon par des groupes d’intérêt. Ce que montre leur travail, c’est que le charisme et l’opportunisme d’un comploteur hors norme ont su détourner des institutions pourtant démocratiques et mettre à profit un contexte explosif – sans rencontrer de forte résistance. Brecht ne parlait-il pas de la « résistible ascension » d’Adolf Hitler ?

Aussi bien, il me semble qu’en dénonçant un certain passé, Costelle et Clarke ont eu surtout l’intention de conjurer un certain futur.






Emmanuel Hecht

L’Express

25/10/2011

Daniel Costelle et Isabelle Clarke ont ajouté un nouvel épisode à leur série Apocalypse. Ils y montrent l’irrésistible ascension du futur maître du IIIe Reich. Avec des images toujours étonnantes.

Ce 25 octobre, Hitler s’invite en prime time dans le salon des Français, en culotte de peau, chaussettes hautes et souliers noirs, chemise caca d’oie avec brassard réglementaire rouge et svastika noire sur fond blanc, mains sur les hanches et regard d’acier. Ce soir-là, ils découvriront le futur Führer menant une campagne électorale en avion -une première en Europe-, survolant l’Allemagne à bord d’un Rohrbach à hélices. Jaillissant d’aérodrome en aérodrome, il va à la rencontre des Allemands affublé d’un casque de cuir. Et ils entendront le pilote, un certain Hans Baur, déclarer: “Hitler a contribué à l’extension du trafic aérien.”

Authenticité et proximité

On ne change ni une équipe ni une méthode qui gagnent. Septembre 2009: France2 diffuse Apocalypse, la Deuxième Guerre mondiale, une série de six heures des réalisateurs Daniel Costelle et Isabelle Clarke, avec la voix de l’acteur Mathieu Kassovitz et la musique originale du compositeur japonais Kenji Kawai. Le résultat dépasse les espérances des auteurs: 16 millions de téléspectateurs, auxquels il faudrait ajouter la centaine de millions de téléspectateurs à travers le monde. Octobre 2011: la même équipe, soutenue à nouveau dans cette aventure par le producteur Louis Vaudeville, propose Apocalypse Hitler en deux épisodes, depuis la naissance de l’Autrichien, en 1889 à Braunau am Inn, à la frontière de l’Allemagne, jusqu’à 1934, deuxième année de la dictature, marquée par la Nuit des longs couteaux et le congrès de Nuremberg filmé par Leni Riefenstahl sous le titre: Triomphe de la volonté.

Des images inédites

La méthode? Un énorme travail de recherche d’archives cinématographiques. A l’arrivée: plus d’un quart des images sont inédites, extraites de films d’actualités et privés -en particulier ceux d’Eva Braun, la “maîtresse de l’ombre”- et de collections personnelles, comme celle du photographe attitré du futur maître du Reich, Heinrich Hoffmann: un virtuose du Leica. Puis vient la colorisation, marque de fabrique des réalisateurs -on le leur a injustement reproché-, qui confère une authenticité et une proximité d’une grande efficacité.

L’historien Jean-Paul Bled, germaniste réputé, a bordé le documentaire dans un cadre pertinent, insistant en particulier sur la crise sociale et morale de Weimar, terreau idéal pour les plus folles aventures. Seules réserves au tableau: un ton souvent grandiloquent, une dramatisation accélérée, des enchaînements hâtifs (l’antisémitisme de Mein Kampf était-il nécessairement génocidaire?). N’empêche, l’ensemble, rigoureusement construit, riche, répétons-le, en clichés étonnants, se regarde avec un réel intérêt.

Apocalypse: une série en quatre épisodes

Chronologiquement, ce Hitler sera le deuxième épisode de la série Apocalypse. Le premier porte sur La Première Guerre mondiale. Il sera diffusé en 2014, pour le 100e anniversaire du déclenchement du conflit. Viendront ensuite La Deuxième Guerre mondiale, diffusée il y a deux ans, et un ultime épisode, consacré à la guerre froide. “De 1889, date de la naissance d’Hitler, à 1989, date de la chute du mur de Berlin, la boucle sera bouclée, commente Daniel Costelle. En un siècle, il n’y aura pas eu un jour sans guerre.”

Ce documentaire vous a-t-il appris des choses sur la “résistible ascension” d’Hitler, sur ce “mal qui prend le pouvoir”?







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naga
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MessageSujet: Re: ‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)   Lun 24 Sep - 15:08

Muriel Frat

Le Figaro

25/10/2011

Deux ans après l’immense succès d’Apocalypse, la 2e Guerre mondiale (17 millions de téléspectateurs en moyenne), Isabelle Clarke et Daniel Costelle se lancent, toujours sur France 2, dans le récit de la « résis­tible ascension » de Hitler, comme dirait Brecht. Deux films documentaires de 54 minutes (La Menace, suivi du Führer), diffusés ce soir l’un après l’autre, qui s’inscrivent dans la continuité d’Apocalypse, la 2e Guerre mondiale dans les méthodes de travail comme dans le traitement.

Douze « recherchistes » internationaux (français, allemands, anglo-saxons, tchèque et italien) ont collecté des images d’époque, dont 30 % d’inédites, des photos et des journaux pendant un an dans une centaine de cinémathèques et de fonds privés du monde entier. Comme pour le premier volet, les réalisateurs ont voulu restituer aux images d’archives leurs couleurs d’origine.

« Le noir et blanc reste une amputation de l’image originelle, estime Daniel Costelle. Nous avons à l’heure actuelle les moyens techniques et scientifiques pour analyser une image noir et blanc et retrouver les couleurs présentes au moment de la prise de vue. » De même les documents ont-ils été resonorisés.

Les nombreuses archives inédites comme les films tournés par la maîtresse de Hitler, Eva Braun, donnent une vision du chef nazi différente ; on découvre – et l’impression est parfois dérangeante – un Hitler plus « humain » que celui que l’on voit habituellement, silhouette lointaine vociférant.

Surtout, on commence l’histoire du monstre bien avant 1934, à sa naissance en 1889 dans la bourgade autrichienne de Braunau am Inn, d’un agent des douanes et de sa jeune cousine. On a un aperçu de ses jeunes années qui forgent son caractère et son ambition politique.

L’idée étant de répondre à la question qui hantait Clarke et Costelle après le premier volet d’Apocalypse : « Comment cet Autrichien venu de nulle part a-t-il réussi à conquérir l’Allemagne ? Sur quel terreau a-t-il semé la haine et la violence ? » Parmi les explications, les auteurs d’Apocalypse retiennent la crise économique qui frappe une Allemagne à genoux et qui, selon eux, n’est pas sans rappeler celle que traverse l’Europe aujourd’hui. Ils mettent aussi en exergue les talents de communicant et de propagandiste de Hitler et de ses sbires.

Étonnantes images que celles de la campagne électorale où l’on voit le futur dictateur, coiffé d’un casque en cuir, sillonner le pays en avion – une première en Europe – à la rencontre de ses électeurs. Effrayantes vues de ces retraites aux flambeaux avec les SS et les SA devant des foules fanatiques.

Tout cela est passionnant, à l’exception des commentaires incessants de Mathieu Kassovitz et du ton parfois inutilement mélodramatique (on sait toute l’horreur de l’époque). D’autres volets d’Apocalypse sont en préparation pour France 2. Isabelle Clarke et Daniel Costelle vont remonter le temps pour raconter la Première Guerre mondiale (diffusion prévue en 2014) et la guerre froide.

Le livre Apocalypse Hitler, comment Hitler a-t-il été possible ?, aux Éditions de l’Acropole, 29,90 euros.






Le blog

25 octobre 2011

Pourquoi revenir aujourd’hui sur le parcours d’Hitler ?

Daniel Costelle : Il y a une résonance extrêmement troublante, frappante même, entre sa “résistible ascension” (pour reprendre l’expression de Bertolt Brecht) dans les années 1930 et la période actuelle. Notre documentaire permet de décortiquer tous ces mécanismes, tous ces ressorts, à la fois stratégiques, idéologiques, médiatiques, capables de porter au pouvoir un personnage aussi dangereux. Quand il est nommé chancelier, le 30 janvier 1933, il y a encore 200 députés communistes et socialistes au Reichstag, preuve que personne ne s’est méfié.

Isabelle Clarke : Sans vouloir comparer stricto sensu deux époques différentes, il est évident que nous ne sommes pas, avec la situation actuelle de crise et de fragilité mondiale, à l’abri d’une telle montée des extrêmes.

Daniel Costelle : Nous espérons que ce nouveau film servira d’épouvantail en quelque sorte…

Isabelle Clarke : Oui, car l’Histoire est tout de même la meilleure école de discernement. Et la réception publique d’Apocalypse prouve que l’on peut, que l’on doit, s’intéresser à l’Histoire.

20h35, La Menace.

Adolf Hitler écrit en 1924 : “Un Etat qui refuse la contamination des races doit devenir un jour le maître de la terre.” Rien ne prédestinait cet homme, né le 20 avril 1889 dans un petit village autrichien d’une union consanguine, à devenir un jour le Führer, le dictateur de l’Allemagne. Elève médiocre, couvé par sa mère, puis artiste raté et solitaire, il fuit le service militaire en 1913. L’expérience de la Première Guerre mondiale et l’humiliation de la défaite vont métamorphoser Hitler, faire de lui un nationaliste exacerbé, habité par une vision et investi d’une mission : sauver l’Allemagne. Le pays est secoué par des convulsions révolutionnaires. C’est alors qu’Hitler, à tout juste 30 ans, fait son entrée en politique. Très vite repéré pour ses talents d’orateur, il devient le porte-parole d’un des nombreux groupuscules d’extrême droite, le DAP. Galvanisé, le public des brasseries de Munich applaudit son fanatisme nationaliste et antisémite. Alors que l’Allemagne sombre dans une inflation galopante, Hitler, aveuglé par son succès, tente, en 1924, un putsch avec ses miliciens, les SA. C’est un fiasco. Il échappe de justesse à la mort et son nom retombe dans l’oubli. Du fond de sa cellule, Hitler écrit le livre de la haine, Mein Kampf (Mon combat). A sa sortie de prison, il repart à la conquête du pouvoir, cette fois par la voie légale. Mais les Allemands ne s’inquiètent pas. Hitler n’est alors pour eux qu’un illuminé aux marges de la vie politique allemande.

21h30, Le Führer.

1929. L’Allemagne, touchée de plein fouet par la crise économique mondiale, s’enfonce dans le désespoir. Une chance inespérée pour Hitler. Avec son chef de la propagande, Joseph Goebbels, il conçoit une campagne ultramoderne, sillonne le pays en avion pour marteler ses slogans antidémocratiques. Et joue au pompier pyromane. Ses milices, les SA, sèment le désordre. Les affrontements sanglants entre nazis et communistes font rage. Le pays est au bord de la guerre civile. La peur du “péril rouge” va pousser des millions d’Allemands dans les bras d’Hitler. La démocratie est en danger, et il n’y a personne pour la sauver. En 1932, le président Hindenburg, réactionnaire et monarchiste, ne digère pas de devoir sa réélection au soutien des sociaux-démocrates, prêts à tout pour contrer la menace hitlérienne. Le vieux maréchal dissout le parlement pour se débarrasser de ces alliés gênants. Résultat : le parti nazi, qui n’était qu’un petit parti régional quelques années auparavant, devient la première force politique du pays. Hitler devient chef du gouvernement. Et les élites, empressées de mettre fin à la République honnie, laissent faire. Elles se méfient de cet aventurier politique aux méthodes brutales, mais croient pouvoir “encadrer” Hitler. Grave erreur ! Hitler se fait voter les pleins pouvoirs et la dictature nazie étend son ombre maléfique sur l’Allemagne : ouverture des camps, persécution des opposants, discrimination violente des juifs, prélude à la Shoah. Hitler est devenu le Führer. Il dit qu’il veut la paix. Mais il prépare la guerre. Ce sera l’Apocalypse.

Comme pour le premier volet, il a été oeuvré à restituer aux images d’archives leurs couleurs d’origine.

Daniel Costelle : Le noir et blanc reste à mon sens une amputation de l’image originelle. Amputation d’information, de donnée, de sensibilité, de lisibilité. Nous avons à l’heure actuelle les moyens techniques et scientifiques pour analyser une image noir et blanc et y retrouver les couleurs présentes au moment de la prise de vue.

Isabelle Clarke : Là encore, tous nos choix sont validés par nos conseillers historiques et par le fruit de nombreuses recherches. Par exemple, les films qu’Eva Braun, la maîtresse d’Hitler, a tournés en couleurs ont constitué une source extraordinairement précise et fiable. On y voit ainsi qu’Hitler avait les yeux étonnamment clairs.





“Apocalypse Hitler”, une impression de déjà-vu

A grand renfort d’archives colorisées, “Apocalypse Hitler”, diffusé ce mardi soir à 20h35, sur France 2, retrace l’ascension politique du Führer jusqu’à l’invasion de la Pologne. Un documentaire qui s’inscrit dans une longue lignée, sans rien apporter de très novateur. Décryptage avec deux jeunes universitaires.

François Ekchajzer

Télérama

25 octobre 2011

Précédée d’une publicité qui en vante le caractère novateur, Apocalypse Hitler, biographie du dictateur jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, n’a rien d’une entreprise sans précédent. Selon Matthias Steinle, maître de conférences en cinéma à Paris III, « le documentaire d’Isabelle Clarke et de Daniel Costelle s’inscrit dans la tradition des “compilations films” qui, depuis la fin des années 50, traitent de l’hitlérisme par le biais d’archives supposées en garantir la validité historique. Je pense à Mein Kampf d’Erwin Leiser (en 1959), ou à des films est-allemands comme La vie d’Adolf Hitler (vidéo ci-dessous) de Paul Rotha (en 1961), qui commencent généralement par expliquer que tout est vrai, que les images qu’on va voir montrent précisément ce qui s’est passé. De cette époque date le discours quantitatif accompagnant ce type de documentaires et qu’on retrouve dans le dossier de presse d’Apocalypse Hitler. On loue le nombre d’historiens consultés, le nombre d’archives exploitées, l’abondance d’images jamais vues ou tombées dans l’oubli… Isabelle Clarke et Daniel Costelle s’inscrivent dans cette même logique de performance, sans se poser la question de la finalité. A quoi ça sert d’utiliser un maximum d’archives ? Des plans très brefs ? etc. »

Pour l’historienne Julie Maeck, chargée de recherches à l’Université libre de Bruxelles, Apocalypse Hitler se contente d’adapter au goût du jour la démarche de l’Allemand Guido Knopp qui, à partir de 1995, consacra des documentaires au Führer et à ses « complices », mêlant images de propagande et documents amateurs dans une forme accrocheuse et sans recul critique, qui valut à Hitler, un bilan (en 1995), aux Complices d’Hitler 1 (en 1996) et 2 (en 1998), ou à Hitler, Marlene et les femmes (en 2001) d’être qualifiés d’« historytainment ». « La seule nouveauté des films d’Isabelle Clarke et de Daniel Costelle tient à la colorisation des archives. Pour le reste, ils traitent ces images de la même manière émotionnelle, dans un montage hyper-rythmé, sans apporter la moindre plus-value à la compréhension du phénomène Hitler, ni à la façon dont les nazis sont arrivés au pouvoir. »

Bien des documentaires sont à ce point périmés, qu’ils ne peuvent être aujourd’hui regardés que pour ce qu’ils nous disent de l’époque à laquelle ils ont été produits.

Vingt ans après la Seconde Guerre mondiale, le cinéaste soviétique Mikhail Romm s’était interrogé sur l’adhésion des Allemands à l’idéologie nazie dans Le Fascisme ordinaire (vidéo ci-dessous), qu’on peut voir à Paris, au Mémorial de la Shoah. « D’emblée, relève Julie Maeck, Romm expose le souci qu’il rencontre à utiliser des images de propagande pour traiter de l’opinion publique allemande. La tradition filmique des opérateurs nazis était de représenter les Allemands comme une masse informe et homogène — un führer et un peuple. Pour dépasser cet écueil, Romm décortique les images. Il fait des arrêts sur image ou les répète, pour expliquer comment celles-ci ont été fabriquées. Cela donne à comprendre le caractère révolutionnaire de la propagande nazie et comment les Allemands ont été fascinés par toutes ses mises en scène. »

L’Histoire a elle-même une histoire ; et bien des documentaires consacrés au Führer sont à ce point périmés, qu’ils ne peuvent être aujourd’hui regardés que pour ce qu’ils nous disent de l’époque à laquelle ils ont été produits. C’est évidemment le cas d’Après Mein Kampf, mes crimes (vidéo ci-dessous), réalisé en 1939 par Alexandre Ryder. Mêlant images d’actualité et scènes de fiction (avec Alain Cuny en incendiaire du Reichstag), ce film, qui ne fut exploité qu’en 1945, entendait mettre en garde le monde contre la menace hitlérienne. C’est également le cas d’Hitler, une carrière, de l’historien ultra-conservateur Joachim Fest, dont la perspective est très intentionnaliste, mais qui permet de suivre presque intégralement les discours du Führer et d’exercer son sens critique.

Après Mein Kampf, mes crimes” (bande-annonce) par telerama

Apocalypse Hitler — pas plus qu’Hitler, la folie d’un homme (vidéo ci-dessous), réalisé par le Britannique David Baty à partir d’archives en couleurs et diffusé en avril 2005 sur M6 — ne remplit pas la mission pédagogique dont il se réclame, de l’avis même de Julie Maeck et Matthias Steinle qui lui préfèrent de pures fictions. « Je ne pense pas tant à La Chute, d’Olivier Hirschbiegel (en 2004), précise Julie Maeck. La dimension fictionnelle n’y est pas assumée. Les scènes interprétées par Bruno Ganz en Hitler, réfugié dans son bunker, y sont encadrées par le témoignage de la secrétaire du Führer. Je préfère le parti pris de Charlie Chaplin dans Le Dictateur (en 1940), d’Ernst Lubitsch dans To Be or Not to Be (en 1942) ou de Quentin Tarantino dans Inglorious Basterds (en 2009). » Voire celui du dessinateur allemand Walter Moers, dont l’iconoclaste court métrage d’animation musical Adolf, j’suis seul dans mon bunker a suscité la polémique en 2006. « Ces films, au moins, n’entretiennent pas le mythe du Führer ; ils cherchent à l’arrêter, approuve Matthias Steinle. En voyant Inglorious Basterds, les jeunes comprennent au moins que le nazisme, c’est mal ! Reste juste à leur expliquer qu’Hitler n’est pas mort dans un cinéma. »





Du bruit autour du Führer

Isabelle Hanne

Libération

25 octobre 2011

Ils reviennent avec une deuxième apocalypse : deux ans après la série documentaire sur la Seconde Guerre mondiale, le duo Isabelle Clarke-Daniel Costelle livre Apocalypse Hitler narrant la montée au pouvoir dudit dictateur nazi. Avec le même dispositif : des images d’archives colorisées, sonorisées et liées par un commentaire lu par Mathieu Kassovitz. « Comment Hitler a-t-il été possible ? » s’interroge le documentaire, qui couvre les années 1889 à 1934. Si le premier opus (diffusé dans 165 pays) a rencontré un grand succès d’audience — 6,5 millions de téléspectateurs en moyenne par épisode —, il avait également suscité la polémique, notamment au sujet de la colorisation des archives. Apocalypse, la Deuxième Guerre mondiale défendait son dispositif avec des arguments de prime-time et de grand public. Mais, appliqué à la trajectoire d’un seul homme, Adolf Hitler, le procédé se parodie et aboutit à une caricature.

Le biopic

Hitler « en conflit » avec son père, « autoritaire et porté sur la boisson ». Hitler et sa mère, « le seul être humain qu’[il] ait jamais vraiment aimé ». Hitler éternel célibataire et ses « maîtresses de l’ombre ». Hitler le soldat zélé de la Première Guerre mondiale, l’artiste médiocre qui rate les Beaux-Arts, le manipulateur qui élimine toute opposition… Voici Hitler intime, Hitler le tribun, Hitler l’animal politique, « dopé par la tribune et par la virulence ». Le documentaire insiste sur les techniques de communication politique, très modernes, qu’il utilise. Pour les campagnes du début des années 30, il sillonne le pays en avion, multiplie les discours, signe des autographes. Son visage en gros plan, sur des affiches, est collé partout. On est en plein roman hitlérien : les lames de fond qui mènent Hitler au sommet, la crise de 1929, le chômage et l’inflation, l’antisémitisme des grands industriels ne sont qu’à peine évoqués.

Le film d’anticipation

Sans cesse, le docu vient piocher dans le passé de Hitler pour expliquer ses décisions futures. Sans cesse, il relit l’histoire a posteriori, et trouve toujours des causes aux conséquences. Un positionnement que cristallise parfaitement, au début du film, la superposition d’une image de Mein Kampf (écrit en 1925) et celle de cadavres dans les camps de la mort. Autre rapprochement facile : c’est lors de la Première Guerre mondiale que Hitler apprend « à mépriser la valeur de la vie humaine ». Les lois raciales de Nuremberg sont, forcément, le « prélude à la solution finale ». Dans le deuxième épisode, le film embraye, à partir de l’été 1933, sur le muselage de la presse, les jeunesses hitlériennes, l’enseignement du maniement des armes à l’école. « Mais tout cela, les Allemands ne le savent pas encore, dans cet été de 1933 », remarque, judicieux, le commentaire.

Le technicolor

Pour les auteurs du film, colorer les archives revient à les rendre plus lisibles et accessibles. « Un maquillage », estimait, à l’inverse, l’historien de l’art et philosophe Georges Didi-Huberman dans Libération, à propos du premier Apocalypse. Car le problème posé par ce passage à la palette, c’est qu’il unifie tous les documents, leur donne une continuité artificielle alors qu’ils sont de sources différentes. Dans Apocalypse Hitler, la nature des archives n’est presque jamais indiquée. Documents privés ? Archives de propagande ? Actualités de l’époque ? Gênant.

Autre procédé : le montage d’archives qui se répondent artificiellement, comme des champs-contrechamps de cinéma. Aux images de l’élite politique allemande insouciante, le film oppose les défilés nazis. Quand arrivent les premières lois antisémites, Apocalypse Hitler confronte les images des Juifs allemands et d’opposants politiques qui fuient le pays, à celles d’Allemands à la plage, en vacances… « L’immense majorité des Allemands s’accommode de la dictature », commente la voix off.

Le blockbuster

Les nombreuses photos du docu sont « dynamiques » : la caméra s’y promène façon 3D. Cette technique donne une illusion de profondeur de champ et un drôle d’effet de réel. Par-dessus les images, le commentaire, trop bavard, plaque la lecture à avoir des documents sans jamais les laisser s’exprimer. C’est loin d’être innocent : quand la voix off aborde le passé de caporal de Hitler, on a, à l’écran, l’image d’un soldat anonyme. « Le montage de deux authenticités qui n’ont rien à voir — par exemple tel visage et tel nom propre — n’est que pur mensonge au regard de l’histoire », disait déjà Georges Didi-Huberman à propos d’Apocalypse, la Deuxième Guerre mondiale, qui s’applique parfaitement ici. Le commentaire laisse songeur par ses imprécisions et son sensationnalisme : « L’antisémitisme date de toujours et vient de partout », « l’ombre maléfique de la dictature plane sur l’Allemagne ». Voire par ses accents psychologisants : quand Hitler rate les Beaux-Arts, c’est « parce qu’il a peu de courage ».



Conclusion:

Le docu est un blockbuster, avec Hitler en acteur principal, un vrai sens du montage, de la post-synchro (la sonorisation), de la profondeur de champ et de l’étalonnage (la colorisation). Isabelle Clarke le revendique même dans le dossier de presse : la démarche des auteurs tient du « geste artistique ». Et, s’ils utilisent « les codes narratifs et plastiques du cinéma », c’est parce qu’ils sont « indispensables à une compréhension de l’histoire par le plus grand nombre ». C’est bien ça : Apocalypse Hitler n’est pas un documentaire historique, c’est du cinéma.

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Daniel Laurent
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MessageSujet: Re: ‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)   Lun 24 Sep - 15:15

Bonjour,
Merci Naga.

Une interview exclusive de Monsieur Costelle, réalisée par votre serviteur, dans le magazine Histomag'44 no.61, août-septembre 2009, soit a l'occasion de la sortie du film, page 4 :
Téléchargeable gratuitement au format PDF ici :
http://www.39-45.org/portailv2/download/download-9+histomag-44-n-61-ao-t-septembre-2009.php

Allez lire, dire que c'est du cinéma n'est pas vraiment exact.
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naga
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MessageSujet: Re: ‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)   Mar 25 Sep - 2:26


Merci Daniel!

On peut critiquer la forme mais pas le fond.
C est bien du "devoir de memoire" qu il s agit.

La semaine derniere,"Apocalypse Hitler" est passe sur TV5 monde ,vendredi je crois, de 11h a 12h(heure de Bangkok),je n ai vu que les 5 dernieres minutes Sad
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vania
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MessageSujet: Re: ‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)   Mar 25 Sep - 10:26

Dites les deux "voisins", vous habitez dans le même quartier à Bangkok ?
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Daniel Laurent
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MessageSujet: Re: ‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)   Mar 25 Sep - 10:32

vania a écrit:
Dites les deux "voisins", vous habitez dans le même quartier à Bangkok ?
Pas du tout !
Naga est dans le nord de le ville et moi le sud-est.
Heureusement qu'il y a ce forum pour qu'on se cause...
Very Happy
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MessageSujet: Re: ‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)   

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‘Apocalypse Hitler’ Daniel Costelle (2012)
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