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 La bataille de Tali-Ihantala (2012)

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naga
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MessageSujet: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Ven 28 Sep - 11:57



La bataille de Tali-Ihantala (25 juin-9 juillet 1944) peut être considérée comme l’aboutissement de la guerre de Continuation (1941-1944) que mène la Finlande aux côtés de l’Allemagne nazie, face aux Soviétiques. Ce coup d’arrêt porté à la grande offensive déclenchée le 10 juin 1944 dans l’isthme de Carélie est même considéré par un documentaire réalisé récemment sur le sujet comme un vrai « miracle ». Pourtant, l’offensive de l’Armée Rouge force la Finlande à négocier un armistice dès le 19 septembre 1944, et même à se retourner contre l’ancien allié allemand. Alors, y a-t-il eu « miracle » ou non à Tali-Ihantala ? Il faut d’emblée préciser qu’à l’instar du conflit germano-soviétique, l’historiographie du conflit russo-finlandais pendant la Seconde Guerre mondiale a été et reste encore dominée par le point de vue de la Finlande, alliée de l’Allemagne jusqu’en 1944.



Soviétiques et Finlandais se tiennent, jusqu’au 10 juin 1944, mutuellement en respect à partir des positions conquises par les seconds pendant les « beaux jours » de 1941. Le front de Carélie est marqué par une relative « tranquillité ». En janvier 1943, alors que la 6. Armee de Paulus connaît ses dernières heures à Stalingrad, une offensive soviétique ouvre un corridor avec Léningrad, brisant de fait le blocus de la ville par voie terrestre. En mars 1943, un nouveau gouvernement plutôt favorable aux Alliés s’installe aux commandes de la Finlande. Le ministre des Affaires Etrangères finlandais refuse de signer avec von Ribbentrop un document stipulant qu’aucune paix séparée ne sera conclue avec Staline. Hitler, furieux, retire son ambassadeur du pays. Les Allemands abandonnant de plus en plus l’iniative aux Soviétiques, le groupe d’armées Nord de von Küchler prévoit, dès la fin juillet 1943, un repli à 200 km à l’ouest de Léningrad près de Narva, sur la ligne baptisée Panther.


A la conférence de Téhéran de décembre 1943, les Alliés prévoient un débarquement à l’ouest pour le printemps suivant, en mai 1944. Les Soviétiques préparent de leur côté une grande offensive d’été en Biélorussie, dans le secteur central du front de l’est, l’opération Bagration. Pendant cette conférence, les Anglo-Américains concèdent à la Finlande (qui n’a pas signé le pacte tripartite avec l’Allemagne ni déclaré la guerre aux Etats-Unis et au Royaume-Uni) le droit de négocier une paix séparée avec l’URSS, en dehors du schéma appliqué aux autres nations de l’Axe de reddition inconditionnelle. En janvier 1944, une nouvelle attaque soviétique lève enfin le siège de Léningrad ; en février, l’Armée Rouge est devant Narva. Model, qui remplace von Küchler, parvient à stabiliser le front le long de la ligne Panther. Pour dissuader les Finlandais de traiter avec Staline, les Allemands occupent militairement la Hongrie également réticente au mois de mars, un signe fort à destination du gouvernement d’Helsinki. Parallèlement, Hitler suspend les approvisionnements en vivres et en armes à la Finlande.


Le 16 février 1944, il ordonne des préparatifs pour l’opération Tanne : l’occupation d’Aland et de Suursaari. Dans l’Arctique, l’opération Birke doit permettre aux forces allemandes d’évacuer la Laponie soviétique et la Finlande. Celles-ci doivent couvrir Petsamo et les mines de nickel de Kolosjoki. Pour Hitler, il est impératif de protéger ces mines et une retraite en Norvège n’est pas à l’ordre du jour. Ces mines de nickel sont défendues par une forte garnison et une abondante DCA. L’usine hydro-électrique voisine a été recouverte d’une protection en béton contre les bombardements aériens. Mais les mines déçoivent les attentes des Allemands. Ils espéraient en tirer plus de 10 000 tonnes dès la fin de 1941. Or, en février 1943, il en sort à peine la moitié de cette quantité. Speer prend cependant les choses en main et pendant les vingt mois suivants, plus de 380 000 tonnes sont extraites, fournissant des stocks jusqu’en 1946. Il n’y a donc plus aucune raison, à partir d’août 1944, de défendre les mines.

La Finlande rejette une offre de paix aux conditions exorbitantes proposée par l’URSS (abandonner la Carélie, le corridor de Petsamo, prêter une autre base d’opérations en Finlande, payer une énorme indemnité de guerre) en avril 1944. En conséquence, elle retombe au rang de nation condamnée à accepter une reddition inconditionnelle pour Staline. Au plan politique, celui-ci souhaite régler le problème finlandais avant le débarquement à l’ouest et l’offensive d’été de l’Armée Rouge, car la Finlande bénéficie encore d’un certain capital de sympathie chez les Occidentaux -les Etats-Unis ne lui ont pas déclaré la guerre, par exemple. Il veut avoir la situation en main sans que les Anglo-Américains puissent intervenir. Au plan militaire, cette offensive présente plusieurs avantages. Elle constitue une bonne diversion à l’effort principal en Biélorussie qui intervient dix jours plus tard, dans le cadre de la maskirovka qui entoure l’opération Bagration. En éliminant la Finlande du conflit, Staline compte aussi récupérer les troupes disponibles à cet endroit pour les affecter ailleurs. Enfin, une sortie de la guerre pour la Finlande signifie aussi l’isolement de la 20. Gebirgsarmee dans le nord et le centre du pays.


L’offensive soviétique contre la Finlande va suivre le même chemin que celle de 1940 : à l’ouest de la Carélie, en direction de Vyborg (Viipuri), le front se trouvant à 30 km au nord de Léningrad. Le but de l’offensive est de détruire l’armée finlandaise pour entraîner la capitulation du pays. Elle doit être donc rapide et brutale. L’Armée Rouge prévoit de régler l’affaire en 12 jours, par la prise de Vyborg/Viipuri. Remontant au nord et à l’ouest, elle envisage de s’emparer si possible d’Helsinki à la mi-juillet. En Carélie orientale, les Soviétiques fonceront au nord pour encercler les troupes finlandaises présentes à l’est de la région. Quand les Finlandais commenceront à retirer leurs unités à cet endroit, les Soviétiques lanceront une deuxième attaque à travers la rivière Svir, autour du 20 juin. Le 1er mai 1944, le front de Léningrad reçoit l’ordre de la Stavka de préparer l’offensive Vyborg-Petrozavodsk -le nom qui lui est donné par l’Armée Rouge. Les Soviétiques ont à peine un mois pour mettre au point leur opération. La tâche est d’envergure puisqu’il s’agit de s’emparer des trois lignes fortifiées finlandaises qui s’échelonnent sur 100 km de profondeur, barrant l’isthme de Carélie. Pendant la guerre d’Hiver, il a fallu trois mois et demi aux Soviétiques pour venir à bout de la ligne Mannerheim. C’est pourquoi les divisions de fusiliers soviétiques des 21ème et 23ème armées reçoivent un entraînement spécial à l’assaut des bunkers. Il faut aussi maintenir le secret sur le transfert de la 21ème armée, orchestrée par les marins de la flotte de la Baltique à partir d’Orianenbaum.


Le général Govorov, qui commande le front de Léningrad, dispose de deux armées, les 21ème et 23ème (rejointes plus tard par la 59ème), comprenant 7 corps. Il obtient également deux divisions d’artillerie de rupture, une brigade d’artillerie, 5 bataillons de canons lourds (280 et 305 mm), 2 régiments de chars et 7 de canons automoteurs. Le 3ème front de la Baltique lui transfère deux divisions de fusiliers. La 21ème armée a été affectée au front de Léningrad le 28 avril : c’est une formation aguerrie dans de nombreux combats. Elle comprend le 30ème corps de fusiliers de la Garde (45ème, 63ème et 64ème divisions), le 97ème corps de fusiliers (178ème, 358ème et 381ème divisions) et le 109ème corps de fusiliers (72ème, 109ème et 286ème divisions de fusiliers). La 23ème armée, en soutien, comprend le 98ème corps de fusiliers (177ème, 281ème, 372ème divisions) et le 115ème corps de fusiliers (10ème, 92ème, 142ème divisions). Parmi les autres unités à disposition des Soviétiques se trouvent les 1ère et 30ème brigades de chars. Le général Meretskov commande le front de Carélie, avec lui aussi deux armées -les 7ème et 32ème. Sur le front de l’isthme de Carélie, long de 70 km, les Soviétiques concentrent 270 000 hommes, 1660 bouches à feu, 620 chars et 1500 avions. Sur les 220 km concernés par l’attaque en Carélie orientale, ils disposent de 184 000 hommes, 2140 canons, 363 chars et 700 avions. Une supériorité de 4 contre 1 en hommes, 5 contre 1 en blindés, 6 contre 1 en artillerie et 15 contre 1 en avions. Les troupes s’entraînent pendant plusieurs semaines et les positions adverses sont soigneusement reconnues. Staline pense que les qualités guerrières des Finlandais se sont émoussées avec le front « statique » installé depuis 1942. C’est pourquoi certaines unités du front de Léningrad doivent rejoindre la Biélorussie dès le 22 juin pour l’opération Bagration, preuve de la confiance des Soviétiques en un succès rapide.


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naga
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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Ven 28 Sep - 12:01


En juin 1944, l’armée finlandaise aligne 450 000 hommes. Mais seulement une partie de ce total respectable fait face aux Soviétiques dans l’isthme de Carélie. Des forces importantes sont stationnées dans la région de Carélie bordant le lac Ladoga, sur la rivière Svir, et au nord du lac lui-même. Deux corps d’armée affrontent les Soviétiques dans l’isthme. Les sources sont d’ailleurs assez confuses sur l’ordre de bataille finlandais. A droite, bordant le golfe de Finlande, il y a le IVème corps commandé par le général Laatikainen. Il comprend la 10ème division du général Sihvo et la 2ème division du général Martola. A gauche se trouve le IIIème corps du général Siilasvuo. Il comprend la 18ème division du général Paalu et la 15ème division du général Hersalo. La division blindée finlandaise1, en réserve, stationne à l’est de Viipuri. Les Finlandais sont soutenus par 289 pièces d’artillerie. Les Vème et VIème corps sont sur la Svir, le IIème tient la Carélie orientale. Le premier comprend les 7ème et 11ème divisions et la 20ème brigade. Le deuxième, les 5ème et 8ème divisions et la 15ème brigade. Le troisième comprend la 1ère division et la 29ème brigade. Trois autres unités sont en réserve sur ces deux fronts : 4ème et 17ème divisions et 20ème brigade. Il est difficile de dire si ce sont des réserves de corps ou bien si elles dépendent de la réserve générale de Mannerheim.










La défense de l’isthme de Carélie repose sur trois lignes défensives. La première, occupée par les Finlandais, correspond peu ou prou à la frontière de 1939. Le secteur de Valkesaari est considéré comme le plus exposé et relève du IVème corps : les travaux de fortification ont été entrepris. La deuxième ligne, dite ligne VT, se situe à 14 à 22 km en arrière de la première et joue des obstacles naturels. Elle court de Vammelsuu sur le golfe de Finlande à Taipale sur le lac Ladoga. La troisième et ultime ligne de défense, dite VKT, court de Viipuri à Kuparsaari puis le long de la rivière Vuoksi jusqu’à Taipale. Sa construction a commencé seulement six mois avant l’offensive soviétique et elle demeure incomplète. Au nord de la ligne VKT se trouve une autre ligne de fortifications correspondant à la frontière de 1940. Mais elle a été négligée depuis 1941. Se sentant en sécurité aux côtés des Allemands, les Finlandais n’en ont fait commencé sérieusement les travaux de fortification qu’à partir de novembre 1943, lorsqu’il leur apparaît évident que les Allemands risquent d’être chassés des abords de Léningrad. Les Finlandais ont sans doute perdu quelque peu leur mordant de 1939-1941, fatigués par une guerre de position où l’entraînement reste rare, tout comme la collecte de renseignements par des patrouilles. Ils sous-estiment par ailleurs les Soviétiques après la guerre d’Hiver et les succès de 1941, et l’opposition à la guerre et les rumeurs de paix en Finlande exercent un effet certain sur la troupe. Au niveau de l’armement, les Finlandais connaissent un manque criant d’armes antichars efficaces contre les chars adverses : les Panzerfaüste ne sont fournis en urgence qu’après l’offensive soviétiques. L’artillerie de campagne et antiaérienne a été modernisée par les Allemands mais reste insuffisante en quantité.


L’OKW et la 20. Gebirgsarmee savent dès janvier 1943 que l’armée finlandaise ne pourra résister à un assaut d’envergure des Soviétiques. En juin 1943, le général Dietl affirme que les Finlandais se battent mieux que les Allemands en terrain forestier et par climat froid, mais évitent les batailles majeures. De manière surprenante, le maréchal Mannerheim et son état-major ne se montrent pas très entreprenants dans les mois précédant l’attaque, ne renforçant pas rapidement le front de Carélie ni ses fortifications. Mannerheim doute, en fait, de la perspective d’une grande offensive soviétique, pensant que son pays ne représente alors plus grand intérêt pour l’URSS. En réalité il sous-estime les buts politiques des Soviétiques qui veulent justement « éjecter » la Finlande de la guerre pour avoir les mains libres. On comprend mieux alors le maintien de nombreuses troupes en Carélie orientale, une sorte de monnaie d’échange en cas de revers allemand, et l’absence de demande pour davantage d’armes antichars auprès de la Wehrmacht – alors que les Panzerfäuste/Panzerschreck ont déjà été utilisés depuis un certain temps.


Les Finlandais sont pris par suprise par le déclenchement de l’offensive. Le renseignement militaire alarme pourtant le haut-commandement à plusieurs reprises, donnant la composition de nouvelles unités soviétiques arrivées sur le front de Carélie en mai 1944. En juin, les Soviétiques commencent à déminer le golfe de Finlande et mènent des attaques à l’échelon de la compagnie pour tester le dispositif adverse. Le 1er juin, le renseignement militaire finlandais annonce qu’une attaque peut se produire dans les dix jours à venir. Comme de coutume, l’Armée Rouge impose à ses unités un silence radio total de quatre à cinq jours avant l’attaque, signe évident qu’une offensive se prépare. Pourtant Mannerheim ne bouge pas. Les soldats détachés aux travaux des champs ne sont pas rappelés. Les colons installés sur les territoires reconquis non plus. C’est une armée mal préparée qui va recevoir le choc d’un colosse profondément transformé depuis les déboires de 1941.









On place souvent le début de l’offensive le 10 juin 1944, mais en fait, dès le 9, les Soviétiques mènent une large attaque aérienne contre l’isthme de Carélie. Près de 1000 appareils interviennent notamment pour bombarder les défenses finlandaises à la jonction des IIIème et IVème corps. L’artillerie prolonge le bombardement par un barrage, suivi de petits coups de sonde de compagnies soviétiques pour évaluer la résistance, surtout le long du golfe de Finlande. Le lendemain à 5h commence ce que Mannerheim appelera plus tard « le jour le plus sombre de notre histoire » : après un nouveau pilonnage (800 lance-roquettes multiples et 5500 pièces d’artillerie, 500 bombardiers), l’infanterie appuyée par les chars passe à l’offensive. L’effort principal est concentré sur le flanc droit de la 10ème division d’infanterie, le long du golfe de Finlande. 200 à 400 pièces d’artillerie soviétiques par kilomètre ouvrent le feu et expédient 220 000 obus en deux heures sur les 13-14 km de front concernés. La 2ème division finlandaise reçoit elle aussi 60 000 obus. C’est la 21ème armée sovietique qui fournit l’effort principal. L’effet du pilonnage est terrible : il fait trembler les fenêtres du QG de Mannerheim à Mikkeli, à 220 km de là, et il est perçu par les habitants d’Helsinki, à 260 km de distance… Le tir de contre-batterie finlandais est peu efficace et les positions sont immédiatement attaquées par l’aviation. Les Soviétiques emportent les premières tranchées en rencontrant peu de résistance. Les 109ème, 30ème et 97ème corps de la 21ème armée écrasent le régiment du colonel Viljanen à Valkesaari, qui est submergé par trois divisions. En sept heures, la 21ème armée a percé le front finlandais et approche déjà de la ligne VT.




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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Ven 28 Sep - 12:08


La brigade de cavalerie finlandaise tente de s’opposer à l’avance soviétique mais doit bientôt reculer. La 10ème division se replie tant bien que mal sur la ligne VT, abandonnant toute son artillerie. La 2ème division, sa voisine, doit déplacer son aile droite plus au nord pour maintenir le contact. Les Soviétiques n’ont pas attaqué violement le IIIème corps à l’est. Ils ont concentré 24 divisions (60-80% de leurs effectifs) pour assurer la percée à l’ouest et l’exploiter, comptant sur leur écrasante supériorité en matériel. A minuit le premier jour, ils ont creusé un saillant qu’ils élargissent à 35 km. L’état-major finlandais, qui a du mal à saisir la gravité de la situation, ordonne au général Laatikainen, commandant le IVème corps, de reconquérir le terrain perdu. Mais l’offensive du 30ème corps de la Garde soviétique annihile toute contre-attaque. Les Soviétiques approchent des positions d’artillerie finlandaises, obligées de faire feu en tir tendu. Plusieurs pièces tombent entre les mains des frontovikii. Mannerheim comprend enfin l’étendue du désastre. Il cherche à combler la brèche avec toutes les forces disponibles : la division blindée finlandaise, la 3ème division qui est près de la ligne VT, la 200ème brigade estonienne, quelques bataillons et batteries d’artillerie des 2ème et 18ème divisions, voisines de la 10ème. La 3ème brigade et la 4ème division sont rapatriées du front de Carélie orientale. Quelques chasseurs du 3ème régiment et les 60 bombardiers du 4ème régiment sont acheminés sur l’isthme de Carélie. Mannerheim ordonne à Laatikainen de replier ses troupes sur la ligne VT, mais encore faut-il qu’il y parvienne avant les Soviétiques.









La 3ème division, venant de la réserve stratégique de Mannerheim, occupe une portion de la ligne VT le 11 juin. Derrière elle se reforme la 10ème division sévèrement amoindrie. La brigade de cavalerie se charge du morceau entre la 3ème division et le golfe de Finlande. Les unités du IVème corps qui n’ont pas été engagées sont repliées sur la ligne VT le 11 juin. La 2ème division prend position à l’est de la 3ème, elle même flanquée à l’est par la 18ème division. En arrière de la ligne stationne également la division blindée finlandaise. Le IIIème corps reçoit également l’ordre de se replier sur la ligne VT. Le 12 juin, les Finlandais ont donc réussi à raccourcir leur front et à le densifier quelque peu. Mannerheim demande au général Erfurth, l’officier de liaison allemand, de lever l’embargo sur les munitions dès le 11 juin. Le 12, il demande en plus l’appui de la Luftwaffe pour entraver le ravitaillement soviétique au sud de l’isthme de Carélie, ainsi que la livraison des canons d’assaut, avions et canons antiaériens déjà achetés par son pays mais dont l’envoi a été bloqué par les Allemands.


La 21ème armée attaque la ligne VT au matin du 12 juin. Les Soviétiques s’en prennent aussi au IIIème corps qui termine, à l’est, son repli sur cette ligne. Les Finlandais tiennent encore leurs positions à 5 km au sud. Le manque d’armes antichars se fait sentir mais les défenseurs parviennent néanmoins à mettre hors de combat 29 blindés soviétiques devant la ligne VT ce jour-là. Malgré les renforts attendus, les Finlandais doutent cependant de pouvoir tenir la ligne de défense. Dietl, qui arrive à Helsinki le lendemain et rencontre les principaux dirigeants et militaires finlandais, suggère à Hitler d’accorder toute l’aide possible, tout en évitant d’abandonner complètement la Carélie orientale, persuadé qu’il est que les Finlandais peuvent tenir sur un front raccourci, évitant ainsi aux Allemands de se replier par le nord de la Norvège. Mannerheim nomme au commandement de toutes les forces de l’isthme -à l’exception de la réserve générale qui reste sous ses ordres- le général Oesch, qui exerce son office à partir du 15 juin. Estimant que les Soviétiques vont continuer leur avancée à l’ouest sur Viipuri/Vyborg, les Finlandais concentrent à Kivennapa la 3ème division et la division blindée pour leur barrer la route.




Char T34-85 literalement pulverise par l artillerie finlandaise.





Govorov fait reposer ses troupes le 13 juin, pour déceler la faille dans la défense finlandaise. Il découvre ainsi que Kivennapa est fortement défendue, mais que le secteur à l’ouest de la localité l’est moins, de même que celui à l’est. Il choisit donc une attaque en pinces : à l’ouest sont engagés trois divisions d’infanterie, une brigade de chars et plusieurs régiments de canons d’assaut. A l’est, c’est le 98ème corps d’armée qui doit percer. Le 30ème corps d’armée de la Garde maintient ses positions à Kivennapa, le 97ème corps d’armée est en réserve. La situation devient critique pour les Finlandais dès le 14 juin. La brigade de cavalerie repousse une attaque. L’assaut principal à Kuuterselkä, précédé par un intense bombardement d’artillerie (Govorov a déplacé en secret le 3ème corps d’artillerie de rupture) et d’aviation, frappe un bataillon qui flanche devant deux divisions d’infanterie et la 1ère brigade de chars de la Garde, les réserves locales peinant à colmater la brèche. Certaines unités soviétiques en profitent pour attaquer la brigade de cavalerie par ses arrières et sur son flanc gauche, la forçant à reculer précipitamment. Le général Laatikainen, commandant le IVème corps, ordonne à un bataillon d’infanterie légère et un autre de canons d’assaut de la division blindée de contre-attaquer pour reprendre le terrain perdu. La contre-attaque, soutenue par 20 bombardiers et l’artillerie, progresse bien. 10 chars soviétiques sont détruits et une intense bataille de chars se développe durant la nuit près de la localité. Mais faute de munitions et ayant subi de lourdes pertes, dont le commandant du bataillon de canons d’assaut, les Finlandais doivent se replier. Les Soviétiques s’engouffrent dans la brèche créée au sein de la ligne VT et marchent sur Perkjärvi, au nord-ouest de Kuuterselkä. Au matin du 16 juin, la pénétration atteint 10 km.

Le manque d’armes antichars étant de plus en plus criant, les Finlandais renouvellent leurs appels auprès des Allemands. Un premier chargement arrive par avion en provenance de la 20. Gebirgsarmee. Des vedettes lance-torpilles allemandes apportent un stock plus conséquent. L’OKW, soucieux de la capacité des Finlandais à prolonger la résistance, relaie l’ordre du Führer à la 20. Gebirgsarmee d’accélérer le renforcement des défenses en Laponie. Les Finlandais, eux, comprennent bientôt qu’ils ne pourront tenir la ligne VT. Oesch plaide pour une retraite agressive en direction de la ligne VKT, en attendant les renforts en provenance de Carélie orientale. Les Soviétiques reprennent leur avance le 15 juin. Les Finlandais craignent surtout qu’ils ne contournent Viipuri/Vyborg et se dirigent vers l’isthme, long de 27 km, entre la ville et la rivière Vuoksi, bloquant ainsi la retraite des IVème et IIIème corps et les empêchant d’occuper la portion ouest de la ligne VKT, les forçant donc à se replier encore plus au nord. Le 16 juin, Mannerheim ordonne le repli sur la ligne VKT. Les Finlandais évitent de se laisser prendre à des combats d’attrition, d’autant plus que les premiers renforts arrivent enfin.


Les Soviétiques poursuivent leur avance, et exercent une forte pression sur les défenseurs en retraite, notamment le long du golfe de Finlande. Les Finlandais occupent cependant la partie est de la ligne VT jusqu’au 17 juin. Utilisant de nombreux blindés, les Soviétiques capturent Perkjärvi mais la ville est reprise par une contre-attaque finlandaise. Une autre percée est réalisée par les chars soviétiques à Kuolemajärvi mais elle est scellée et 34 blindés restent sur le terrain. Les Panzerfaüste font du bon travail. La 20ème brigade est expédiée à Viipuri/Vyborg. La 17ème division est divisée : son 13ème régiment part combattre au sein du IVème corps tandis que le reste rejoint la réserve. Sur la ligne VKT, la 20ème brigade tient 5 km de front, de même que sa voisine la 3ème brigade. Plus à l’est, la 18ème division occupe 10 km, faisant la jonction avec la 3ème division qui elle-même avoisine le IIIème corps. Dans la réserve se trouvent désormais la division blindée, la 10ème division, la brigade de cavalerie et la 17ème division, moins un régiment. Toutes ces unités stationnent à l’ouest ou au sud-ouest de Viipuri/Vyborg, la 10ème division et la brigade de cavalerie ayant déjà été sérieusement entamées, perdant notamment leur matériel lourd. Les 6ème et 11ème divisions sont en cours de transfert depuis la Carélie orientale.









Sur la recommandation du général Oesch, l’ancienne ligne Mannerheim n’a pas été défendue. Quand Govorov l’atteint et ne rencontre que peu de résistance, il croit que les Finlandais sont à genoux, se rappelant des terribles combats de la guerre d’Hiver pour s’emparer de cette ligne fortifiée auxquels il a participé. Il est bientôt nommé maréchal par Staline. Les Soviétiques approchent de Tali, au nord-est de Viipuri/Vyborg. Deux corps d’armée sont près de cette dernière ville, six autres à l’est. En tout 20 divisions d’infanterie, 3 d’artillerie, 4 brigades de chars, 5 à 7 régiments de chars et 7 régiments de canons d’assaut opèrent alors dans l’isthme de Carélie. En face, les Finlandais n’alignent qu’à grand peine 10 divisions et 4 brigades. Le 20 juin, la cité de Viipuri/Vyborg tombe aux mains de l’Armée Rouge après de brefs combats menés par la 90ème division de fusiliers du 108ème corps face à la 20ème brigade finlandaise. Paradoxalement, la focalisation des Soviétiques sur la cité aide les Finlandais en leur permettant de prendre position sur la ligne VKT, le secteur où globalement ils avaient arrêté l’Armée Rouge en 1940.


Au soir du 21 juin, Oesch ordonne au général Laatikainen de déplacer la 17ème division de Juustila, au nord de Viipuri/Vyborg, sur la côte nord de la baie de Viipuri à Tienhaara pour empêcher un débarquement soviétique de la 59ème armée, qui arrive du front de Narva. Seul le 61ème régiment du lieutenant-colonel Marttinen et quelques unités de soutien peuvent arriver sur place dans l’après-midi du 22 juin et s’établissent sur le rivage. Le détachement Kuhlmey (Gefechetsverband Kuhlmey, du nom du Kommodore de la Schachtgeschwader 3, voir ci-dessous) de la Luftwaffe pilonne les chalands rassemblés par les Soviétiques de l’autre côté de la baie. Une attaque de la 124ème division de fusiliers est repoussée mais d’autres ont lieu pendant la nuit. Estimant la traversée de la baie trop coûteuse en hommes et en temps, Govorov décide de reporter son effort sur le théâtre principal, dans le secteur Juustila-Ihantala. La situation finlandaise est alors critique : bien qu’ils aient repoussé le débarquement dans la baie de Viipuri, la prise de la ville permet aux Soviétiques de pousser au nord le long du golfe de Finlande vers le port de Hamina et vers Ihantala, où un terrain plus ouvert permet les manoeuvres de blindés. L’affrontement décisif approche.



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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Ven 28 Sep - 12:12



Les Allemands accélèrent leurs livraisons d’armes aux Finlandais pour empêcher ceux-ci de négocier avec les Soviétiques. Les vedettes lance-torpilles livrent ainsi 9000 Panzerfäuste. 5000 Panzerschreck arrivent également sur place le 22 juin. Le 20 juin, Mannerheim demande aux Allemands l’envoi de six divisions pour tenir la Carélie orientale et dégager ainsi ses troupes pour la défense de l’isthme. Les Allemands refusent, arguant du fait qu’il est déjà trop tard pour expédier leurs troupes sur place. Ils proposent cependant le renfort de la 122. I.D. du groupe d’armées Nord et de la StuG-Brigade 303. Ils forment aussi le détachement Kuhlmey, un groupe ad hoc2 de 70 appareils qui arrivent en Finlande dès le 12 juin. Ils sont stationnés à Imola, près d’Helsinki, et effectuent 940 sorties dès le 21 juin. Les appareils allemands et finlandais font alors face aux 1300 avions de la 13ème armée aérienne soviétique renforcés par les 220 appareils de la force aéronavale de la flotte de la Baltique « Bannière Rouge ». L’aide est conséquente au vu de la situation générale de l’Allemagne nazie, moins de quinze jours après le débarquement en Normandie et à la veille de la grande offensive d’été soviétique, alors que les Anglo-Américains ont également pris Rome en Italie.




ISU-152 russe detruit





C’est donc dans l’isthme de Carélie que va avoir lieu la bataille décisive. Les Soviétiques poursuivent leur plan d’origine : en deux semaines, ils ont repoussé l’ennemi de 100 km, pris Viipuri/Vyborg, avancé au nord de la ville où le terrain est plus aisé pour les chars. Côté finlandais, le moral reste bon malgré la retraite et les lourdes pertes, d’autant que les premiers renforts sont apparus au front. La perte de terrain est due avant tout à un manque de mobilité opérative, à la défaillance des communications radio et à l’absence d’armes antichars, sans parler des errements de l’état-major général finlandais qui refuse de voir les signes avant-coureurs de l’offensive. Mais la résistance tenace sur l’isthme de Carélie a permis l’arrivée du renfort allemand et des unités tirées du front de Carélie orientale. Côté soviétique, les pertes en hommes et en chars se font sentir, la fatigue aussi. Mais l’Armée Rouge dispose d’abondantes réserves. Le 30ème corps de la Garde a ainsi été mis au repos entre les 12 et 24 juin. Cependant, Govorov sait que la grande offensive d’été en Biélorussie va ponctionner une partie de ses unités. On lui a intimé d’être sur la ligne Lappeenranta-Imatra pour le 28 juin. Il a une semaine pour accomplir la tâche. Les Soviétiques déploient au nord-est de Viipuri les 59ème et 21ème armées, la 23ème armée se situant plus à l’est. A partir du 22 juin, de féroces combats ont lieu à Tali, où le terrain ouvert permet le déploiement des chars. Une percée à cet endroit signifierait l’écroulement du front finlandais. L’attaque sur l’isthme entre Viipuri et Kuparsaari est intense : les Soviétiques concentrent sur 15 km de front 14 divisions, 3 ou 4 brigades de chars et 70 batteries d’artillerie à 12 pièces -une pièce tous les cinq mètres !


L’attaque principale survient le 25 juin en direction d’Ihantala. Le 30ème corps de la Garde se jette sur les lignes finlandaises, appuyé par le tir de canons et de lance-roquettes multiples. En face, le 48ème régiment d’infanterie et le 3ème bataillon du 13ème régiment supportent le choc. L’infanterie soviétique occupe facilement la première ligne de tranchées et laisse les chars poursuivre, avant de leur emboîter le pas. A la fin de la journée, ils sont à mi-chemin d’Ihantala. Une unité de chars pousse en direction de Juustilakangas, mais elle est arrêtée par des blindés de la division finlandaise. Pendant les quatre jours suivants, les Finlandais arrivent à stopper la pénétration mais pas à regagner le terrain perdu. Les Soviétiques conservent une tête de pont au nord de Tali sur un terrain favorable à la manoeuvre. L’arrivée des renforts porte l’armée finlandaise à 11 divisions et 4 brigades, sur un front plus étroit à défendre.


Au nord de la baie de Viipuri se trouvent les 10ème et 17ème divisions, la brigade de cavalerie et celle de défense côtière. La 20ème brigade et la division blindée sont au nord de Viipuri/Vyborg. D’ouest en est, les 18ème, 4ème et 3ème divisions forment une ligne entre Tali et Kauparsaari. Les 6ème et 11ème divisions arrivent au nord de Viipuri. Les 2ème et 15ème divisions, la 19ème brigade s’alignent du nord au sud le long de la rivière Vuoksi. Le 3ème régiment côtier occupe des positions à l’ouest du lac Ladoga. La résistance tenace de la 18ème division du général Paalu a permis l’arrivée des 6ème et 11ème divisions. La 18ème division a été aidée par les contre-attaques lancées par la division blindée finlandaise. Les 4ème et 11ème divisions relèvent certains secteurs tenus par la 18ème division, permettant au 13ème régiment, qui a le plus contribué à la défense, de souffler quelque peu. Le front est parsemé de saillants créés par les Soviétiques et non résorbés, ce qui oblige côté finlandais à mettre en ligne beaucoup d’hommes pour garnir suffisamment leur dispositif. Les Finlandais cherchent à le raccourcir mais les Soviétiques ont compris l’intention adverse et attaquent sans cesse pour les en empêcher. Au centre, à l’endroit où les Soviétiques ont le plus avancé, c’est la 6ème division du général Vihma qui doit tenir face à l’Armée Rouge.



La 6ème division mène une remarquable défense contre l’infanterie et les chars, soutenue par l’aviation allemande et finlandaise qui cherche à détruire les ponts assurant la logistique soviétique. Le 1er juillet, l’état-major finlandais signale la présence au-dessus du champ de bataille de formations ennemies allant jusqu’à 200 appareils, mais aussi la destruction de 57 chars dans la région de Tali. Les Finlandais commencent à tirer profit du raccourcissement du front : la percée se limite à 7 km et les Soviétiques ne peuvent l’élargir. Une interception radio le 3 juillet montre aux Finlandais que plusieurs unités de la Garde et de chars se rassemblent pour une attaque sur Ihantala. Les Finlandais concentrent toute l’artillerie disponible -250 pièces- et ouvrent le feu sur les zones de rassemblement soviétiques. Le barrage est suivi d’un bombardement aérien effectué par 26 Stukas du détachement Kuhlmey puis par des appareils finlandais. Devant les positions finlandaises, les mortiers dressent un rideau protecteur. L’attaque soviétique est enrayée. L’Armée Rouge va cependant s’acharner pendant une semaine entière contre les positions de la 6ème division. La plupart des assauts est repoussée, notamment grâce à une bonne utilisation de l’artillerie. Les pertes finlandaises sont cependant élevées et incluent le général Vihma lui-même. Le 13 juillet, Govorov doit transférer 5 divisions bien équipées à Léningrad car elles sont demandées plus au sud. Deux jours plus tôt, il a ordonné à ses troupes d’arrêter l’offensive vers Ihantala et de passer sur la défensive. Les Finlandais notent que les meilleures unités sont parties et ont été remplacées par des troupes de garnison

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naga
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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Ven 28 Sep - 12:16



La bataille de Tali-Ihantala, qui dure deux semaines au nord-est de Viipuri/Vyborg, est considérée comme le plus grand affrontement ayant eu lieu sur le sol scandinave -ce qui est certainement exact en ce qui concerne la Seconde Guerre mondiale, mais pour l’ensemble de l’histoire, tout est relatif… C’est une victoire défensive des Finlandais qui aura certaines conséquences politiques. Remportée contre un ennemi très supérieur en nombre, ce succès a cependant été obtenu sur le fil. Les Finlandais ont frôlé la catastrophe. Plusieurs éléments ont emporté la décision. Les renforts de Carélie orientale sont arrivés juste à temps pour bloquer l’avancée soviétique. La défense finlandaise s’est solidifiée et a mis en oeuvre une nouvelle utilisation de l’artillerie. Les nouvelles armes antichars livrées par les Allemands ont également joué un rôle important contre les blindés soviétiques, de même que le détachement Kuhlmey et l’aviation finlandaise. Enfin, le soldat finlandais a à nouveau fait preuve d’un remarquable esprit combattif.


Les Finlandais n’auraient probablement pas tenu sans l’aide allemande : après le 20 juin, 500 Panzerschreck et 150 000 grenades à main sont encore livrées. 5000 Panzerschreck arrivent par air le 22 juin. La StuG-Brigade 303 stationne sur place le 23 juin et prend position à l’est de Viipuri/Vyborg le 27. Un tiers de la 122 I.D. est expédié en Finlande juste à temps pour relever la brigade de cavalerie finlandaise qui repousse la tentative de débarquement dans la baie de Viipuri/Vyborg. Les navires allemands déchargent également 700 000 obus d’artillerie en Finlande. Mais le plus grave problème auquel font face les Finlandais est le manque d’hommes : l’offensive met hors de combat 18 000 soldats jusqu’à fin juin dont 12 000 seulement sont remplacés, 32 000 au 11 juillet, 44 000 une semaine plus tard. Plus de 31 700 réservistes, la plupart âgés, sont mobilisés d’urgence et envoyés au feu, les classes plus jeunes étant gardées à l’arrière. Les pertes des Soviétiques dans l’isthme de Carélie sont estimées à plus de 70 000 hommes dont 17 000 pertes définitives. Proportionnellement, les pertes finlandaise sont plus lourdes par rapport à l’effectif engagé.


Du côté soviétique, l’opération contre Vyborg est vue comme une des plus réussies de celles menées sur le front devant et autour de Léningrad pendant la Grande Guerre Patriotique. L’Armée Rouge parvient à coordonner l’action de l’infanterie, des chars, de l’artillerie et de l’aviation pour culbuter les trois lignes défensives finlandaises successives. L’historiographie divise d’ailleurs cette opération en deux phases successives, la première comprenant la poussée jusqu’à la prise de Vyborg (10-20 juin), et la seconde incluant la tentative pour détruire l’armée finlandaise et faire sortir le pays de la guerre. Dès le 18 juin cependant, la Stavka a décidé de pousser jusqu’à Vyborg et d’assurer une solide mainmise sur l’isthme de Carélie et le golfe de Finlande, avant de passer à la défensive pour se concentrer sur le front en Estonie. Pour les historiens russes, l’historiographie finlandaise prête aux Soviétiques des intentions qu’ils n’ont alors jamais eu, à savoir occuper militairement toute la Finlande en plus d’écraser son armée. Pour eux, l’offensive Vyborg-Petrozavodsk n’a pour autre but que de dégager le nord de Léningrad et récupérer les territoires perdus après le déclenchement de Barbarossa, à la suite de la guerre d’Hiver de 1939-1940. Ils citent d’ailleurs souvent une phrase que Staline aurait prononcé, alors qu’il commençait à retirer certaines unités de l’isthme de Carélie pour les engager plus au sud : « La guerre sera décidée à Berlin, non à Helsinki. ». L’offensive soviétique répond plus à une volonté de menacer la Finlande en mettant en danger ses centres économiques et politiques, pour la contraindre à sortir rapidement du conflit. Elle a en définitive rempli ses trois objectifs : détourner les Allemands des préparatifs de l’opération Bagration, faire sortir la Finlande de la guerre et priver Hitler d’un de ses derniers alliés.


Plus qu’un « miracle », il faut sans doute voir dans Tali-Ihanta un affrontement élevé par les Finlandais au rang de symbole : celui d’une ultime victoire contre l’ennemi soviétique, particulièrement redouté, et redoutable en 1944, et qui forge un certain sentiment national pour une nation encore assez jeune. Le prix de l’indépendance est cependant élevé : les Soviétiques exigent des réparations équivalentes à 300 millions de dollars, mais gonflent les prix volontairement et le total versé jusqu’en 1952 équivaut sans doute à près d’un milliard de dollars. La Finlande doit également abandonner 10% de son territoire, ce qui entraîne le départ de 500 000 réfugiés, et la perte du port de Petsamo, seul libre de glace en hiver sur l’Arctique3.






Pour en savoir plus :

N. BARYSHNIKOV, Le blocus de Léningrad et la Finlande, 1941-1944 (en russe), Johan Beckman Institute, Saint-Pétersbourg/Helsinki, 2002.


http://v-n-baryshnikov.narod.ru/blokada.html


David M. GLANTZ et Jonathan HOUSE, When Titans Clashed. How the Red Army Stopped Hitler, University Press of Kansas, 1995.


Henrik O. LUNDE, Finland’s War of Choice. The troubled German-Finnish Coalition in World War II, Casemate, 2011.


Chris MANN et Christen JÖRGENSEN, Hitler’s Arctic War. The German Campaigns in Norway, Finland and the USSR, 1940-1945, Ian Allan Publishing, 2002.


1Créée en juin 1942, la division blindée finlandaise est commandée par le général Lagus. Elle comprend une brigade de chars, une d’infanterie ainsi qu’un bataillon d’artillerie lourde. La brigade de chars aligne un matériel hétéroclite, comprenant à la fois des canons d’assaut allemands StuG III à canons longs de 75 mm, et de nombreux chars soviétiques capturés et retournés contre leurs anciens propriétaires (T-34, KV-1, T-26…).

2I./SG 3 : 33 bombardiers en piqué Ju 87D-5 Stukas, II./JG 54 : une trentaine de chasseurs Focke-Wulf 190A-6 ; I./SG 5 : 16 Fw 190F-3 et F-8 chasseurs-bombardiers, qui se spécialisent dans l’attaque des ponts ; I./Na.Gr.5 : plusieurs Me 109G-8 de reconnaissance. Le détachement Kulhmey largue au total 770 tonnes de bombes et revendique la destruction de 200 chars, 150 avions ennemis, des douzaines de ponts et de navires de transport, pour 41 appareils perdus et 23 pilotes tués.

3Rajaniemi Niko, « Les difficultés de la reconstruction : le cas de la Finlande, 1944-1948. », in Histoire, économie et société 1999,18ème année, n°2. pp. 325-347.




Par stephane Mantoux

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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Dim 17 Juil - 5:21

Excellent récit qui nous démontre une fois de plus le courage et la combativité des Finlandais. On y décèle aussi les progrès techniques et tactiques faits par l'Armée Rouge depuis les combats de la guerre d'hiver de 1940.

Et quand on pense qu'au même moment se déroulait la bataille de Normandie, on se dit que décidément, les anglo-saxons doivent une fière chandelle aux soviétiques.
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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Dim 17 Juil - 10:33

Citation :
Et quand on pense qu'au même moment se déroulait la bataille de Normandie, on se dit que décidément, les anglo-saxons doivent une fière chandelle aux soviétiques.
Et inversement, quand on pense que l'offensive Bagration a été lancée le 22 Juin ...
L'effort commun et quasi simultané a été bénéfique des deux côtés, privant les allemands de réserves stratégiques.
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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Sam 30 Juil - 7:09

Oui, sans oublier que Rome était libérée en juin 1944, donc que les combats en Italie étaient eux aussi en pleine bourre.

A l'autre bout du monde, toujours en juin, les USA en sont à la bataille de Saipan dans les îles Mariannes opposant jusqu'à la mort, 31.000 soldats japonais à 22.000 soldats américains.

Partout autour du globe des hommes s'entretuaient.

Décidément, on se battait avec la plus grande violence aux quatre coins du monde. C'est difficile à imaginer, quelle époque troublée...!!
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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Sam 30 Juil - 9:14

Rome le 05 Juin, mais les effectifs en présence étaient faibles par rapport aux autres fronts ...
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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Mer 24 Aoû - 21:37

Certes, mais il y avait tout de même 10 divisions sur la ligne "gothique" pour contrer la 8e armée britannique, des champs de mines, très denses, s'étendaient de la côte de l'Adriatique à la mer de Ligurie. Les nids de mitrailleuses avaient été creusés à l'explosif dans les Apennins !
Les Allemands tiendront en Italie jusqu'en avril 1945 et capituleront le 5 mai. Mussolini fut tué le 29 avril, pris en train de fuir en direction de la Suisse déguisé en Allemand.

Le petit moustachu qui voulait tout contrôler et tout commander a du en avoir plein la tête pendant l'été 1944, ça tapait fort et sur tous les fronts. Que les troupes allemandes aient tenu le choc et soient restées unies jusqu'à l'année suivante est en soi un exploit.
Sachant que leurs villes et leurs proches subissaient des bombardements aveugles jours et nuits, l'envie de vengeance et le sentiment de haine devaient être décuplés et cela explique probablement les excès commis par certaines unités.

Pour revenir sur le sujet du post, les Finlandais ont certainement gagné bien plus qu'une bataille à Tali- Ihantala. Si Staline avait pu pénétrer en Finlande, je ne pense pas qu'il en serait sorti en ne gardant que 10% du territoire.
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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   Sam 27 Aoû - 20:27

L'année 44 c'est l'effondrement de la Wehrmacht.
Si elle se reprend en gros vers Octobre, c'est en grande partie parce que ses lignes de communication sont plus courtes, tandis que s'allongent démesurément celles de ses adversaires.

Staline avait bien mieux à faire que d'envahir totalement la Finlande.
Arriver à en faire une zone tampon neutre offrait bien plus d'avantages en termes de stabilité qu'une occupation ...
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MessageSujet: Re: La bataille de Tali-Ihantala (2012)   

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