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 L epuration en France

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naga
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MessageSujet: Re: L epuration en France   Mar 8 Jan - 13:03


OBSERVATIONS prononcées à la suite de la communication de M. Henri Amouroux (séance du
lundi 9 janvier 2006)


Pierre Bauchet :

Permettez-moi d’apporter un témoignage personnel sur ces événements,aujourd’hui encore, en grande partie cachés. Je vivais à Grenoble durant cette période qui va de l’automne 1943 au printemps 1944 et j’ai pu constater que la situation révolutionnaire était au moins aussi exacerbée avant la Libération qu’après. Il y eut tout d’abord une série d’enlèvements
organisés par des groupes qui n’ont pas encore pu précisément être identifiés. La Milice y
participait à l’évidence. Les assassinats dans les rues ont suivi. Des « tractions-avant » surgissaient dans une rue, arrosaient les victimes avec une mitrailleuse et disparaissaient aussitôt. Tout cela répondait à une politique d’élimination systématique des élites menées d’une part par le parti communiste et d’autre part par les Waffen-SS aidés de la Milice. L’un de mes professeurs, qui avait pour seul tort d’avoir, fort longtemps auparavant, travaillé avec Doriot, l’ancien maire de Saint-Denis, a été ainsi assassiné sous mes yeux. L’annonce de cette « élimination » le soir même sur Radio-Moscou montrait clairement que l’exécution avait été programmée.



Jean-Claude Casanova :

Votre exposé m’a rappelé un passage des Mémoires de Claude Bourdet. En 1940, à Nice, il constitue un réseau de résistance et propose à ses camarades de recruter quelqu’un ayant des états de service militaire importants. L’un de ses camarades lui indique Joseph
Darnand. Consulté, ce dernier donne son accord, mais à condition d’obtenir l’autorisation du
Maréchal Pétain. Le refus de Pétain le mena où l’on sait.
Cela m’amène au problème des responsabilités. Certes la responsabilité immédiate porte
sur ceux qui ont arrêté, jugé sommairement et exécuté. Mais la responsabilité politique porte sur ceux qui, dès 1943, ont engagé la Milice aux côtés des forces allemandes et ont fait procéder à des assassinats, préparant ainsi la guerre civile.




Alain Plantey :

On ne dira jamais assez ce que nous devons au Général de Gaulle. Il a tout simplement sauvé la République. En novembre 1944, il a dissous les milices communistes,avec l’accord de Maurice Thorez et indirectement celui de Staline. On n’imagine pas ce qui ce serait passé sans cela. Je l’ai vu en effet se faire insulter par de jeunes révolutionnaires en short, qui
arboraient des prétentieux galons auto-attribués.


Jean Cluzel :

Pourquoi les tribunaux du peuple ont-ils été organisés seulement en zone dite « libre », alors que, depuis novembre 1942, il n’y a avait plus de zone libre ? Sans doute la raison que vous invoquez est-elle la bonne, à savoir que depuis des décennies, la zone concernée était politiquement soit rose, soit rouge. Pourriez-vous nous éclairer davantage sur cet aspect ?
Ma deuxième question porte sur la référence au château que vous avez faite en évoquant
l’exécution de Françoise Armagnac. On a connu bien d’autres cas où des châtelains furent victimes de vengeances. Sur ce point également, pourriez-vous nous apporter quelques précisions ?


Réponses :

A Jean Cluzel : Effectivement la zone libre a disparu le 11 novembre 1942. Mais elle avait
été (bien que composée de départements roses ou rouges) fortement marquée par le pétainisme, la Légion des Combattants puis le Service d’ordre légionnaire enfin la Milice s’y étant développés.
Ces mouvements à l’exception, tardive, de la milice, étaient interdits en zone occupée.
La libération sera d’autant plus violente que depuis 1943, la lutte, souvent lutte armée
puisque la milice faisait malheureusement partie des forces du maintien de l’ordre, était vive entre ces résistants, particulièrement résistants communistes et milices et autres adhérents des partis de la collaboration. J’ai parlé des « tribunaux du peuple » mais avant ces « tribunaux » il y avait eu des exécutions sommaires — et ce depuis 1943. Or, elles ont eu lieu principalement dans l’ancienne zone non occupée.

Exemples (chiffres de l’enquête de la gendarmerie de 1989) :

Zone occupée : Ardennes 43, Manche 19, Marne 25, Meurthe et Moselle 187, Oise 60,
Seine et Marne 228, etc.
Zone non occupée : Haute-Vienne 850 (agglomération de Limoges non comprise),
Dordogne 1104, Corrèze 277, Vaucluse 353 etc.

En ce qui concerne les châteaux, je peux – en tant que périgourdin — témoigner que dans
le pays de « Jacquou le Croquant », la peur des châtelains restait vivace bien des années après la libération



A Claude Dulong-Sainteny et à Alain Besançon :

Si les communistes français n’ont pas voulu prendre le pouvoir en France, ce qui n’entrait pas dans les vues de Moscou, ils ont, par contre, certainement voulu prendre localement le pouvoir, notamment dans l’ancienne zone libre.
Pour y arriver, ils ont éliminé – physiquement ou par des mesures de privation des droits civiques — des adversaires de la veille… comme de futurs adversaires politiques. C’est ainsi que, dans la région de Limoges, des résistants socialistes furent éliminés. Il faut lire la presse communiste de 1945-1946 (à Toulouse, un journaliste signait ses billets quotidiens Docteur Guillotin) pour se rendre compte de la violence de l’époque. J’ajoute que face au Parti communiste — qui représentait alors 25 à 26 % de l’électorat — presque tout le monde faisait profil bas.



A Alain Plantey :

Il est très vrai que le général de Gaulle en graciant Maurice Thorez,condamné pour avoir déserté en 1939, en lui permettant de revenir en France (le jour même où lui,de Gaulle, arrivait en URSS) a rendu un immense service au pays. Maurice Thorez, leader
incontesté du parti communiste français a, en effet, à la surprise de ses camarades, immédiatement fait « du de Gaulle », appelé au travail, à la poursuite de la guerre et à la dissolution des milices patriotiques, milices qui, si elles n’étaient pas toujours majoritairement composées de communistes, étaient toujours dirigées par des responsables communistes.
Maurice Thorez fera également accepter que des FFI rentrent dans le rang. Il faut rappeler
que, si la chose était en cours, elle n’était pas si simple. Le 6 septembre 1944 le colonel
« Richelieu » commandant les FFI de la région de l’ouest (et communiste) écrivait au général
Malleret Joinville, chef de l’état major national des FFI, pour mettre à sa disposition 85.000
hommes afin d’obtenir l’annulation de la décision du général de Gaulle concernant les FFI. Ce
document se trouve dans le tome II des Mémoires de Guerre, page 200.



A Pierre Bauchet :

Avant la libération, c’est-à-dire entre septembre 1943 et juillet-août 44, une lutte acharnée et souvent sanglante a mis aux prises résistants et miliciens et adhérents des
mouvements de libération. Les radios de Londres et de Moscou diffusaient des incitations au
meurtre ; les journaux de la collaboration –des journaux comme « Je suis partout » ou « Pilori » mais aussi « Combats», organe de la Milice, appelaient à la vengeance et au crime. C’est l’époque où ceux qui vont être tués reçoivent, par la poste… un petit cercueil.



A Jean-Claude Casanova :

Je n’ai pas souvenir du passage de Claude Bourdet dont vous parlez. En 1940, le lieutenant Joseph Darnand, soldat héroïque de 1918 et de 1940 limitait encore son action à la direction de la Légion des Alpes Maritimes. En revanche ayant pris très vite en mains le service d’ordre légionnaire, puis la Milice, il sera tenté (fin 42, début 43) de passer à de Gaulle. J’ai rencontré, bien après la guerre, le « négociateur » (côté milicien), il s’appelait Cance et avait eu des contacts, en Suisse, avec Pierre de Bénouville. Mais le général de Gaulle ne pouvait accepter le ralliement de Darnand. Il était beaucoup trop tard. J’ajoute que, selon Cance, la résistance aurait du s’affirmer anti-communiste… C’était l’une des conditions du «ralliement ».



A Roland Drago :

Il y eut des poursuites mais elles furent rares et prudentes ; tous les magistrats, à une exception près, M. Didier, ayant prêté serment au maréchal Pétain. Cependant Michel Debré, commissaire de la République à Angers, fit exécuter un faux résistant véritable assassin. Dans les Alpes maritimes, le comité de libération eut toutes les peines du monde à faire
arrêter un certain Mae, chef d’une bande « de 200 tueurs à gages » agissant sous couvert de la Résistance. Dans certains départements, toujours dans l’ancienne zone libre, les exécutions
sommaires furent plus nombreuses après qu’avant la libération.
La zone libre, la zone non-occupée, était restée pétainiste, beaucoup plus que la zone
occupée. En outre, la Milice s’était fort peu répandue dans la zone occupée. La responsabilité, dans ce phénomène de montée en puissance des passions, n’est pas unilatérale. Lorsque l’on consulte les archives, on constate par exemple que certaines émissions de Radio-Londres étaient de véritables « pousse-au-crime ». A l’autre bord, les émissions de Philippe Henriot sur Radio-Paris étaient dans la même tonalité. Il faut bien comprendre que tout cela n’était pas sans influence sur des esprits plutôt naïfs. Notre regretté confrère Maurice Schumann me confiait avoir été très troublé lorsque des gens qui avaient tué des miliciens – et parfois leurs enfants innocents – lui avaient dit par la suite qu’ils croyaient avoir agi en conformité avec les recommandations de Radio-Londres.
Pour ce qui est de la haine des châtelains, je peux témoigner, en tant que Périgourdin
qu’elle a été très vivace et qu’elle est encore très proche. En Périgord, il y a mille châteaux et autant de haines. Visitant un de ces châteaux il y a environ cinq ans, je parlai avec la châtelaine qui me confia qu’elle évitait soigneusement d’être présidente de quelque association que ce soit « à cause de 44 ».



source
asmp.fr


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naga
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MessageSujet: Re: L epuration en France   Mer 9 Jan - 12:50



La protestation des résistants

Au total l'épuration judiciaire dans la Fonction publique fut limitée y compris dans les rangs de la Police, et les déportés à leur retour en mai 1945 s'étonnèrent de voir circuler en liberté des inspecteurs qui avaient traqué des résistants, constatation qui fit dire à Simon CANTARZOGLOU de Libération-Nord à son retour de Dachau :

Nous sommes surpris et écœurés de voir circuler librement bon nombre de collaborateurs, mais si on ne veut pas faire l'épuration, nous ferons le travail nous-mêmes, même si nous devons être demain des condamnés de droit commun ( 133 ).

Selon le rapport du service départemental des renseignements généraux de 1946 ( 134 ), les résistants furent d'une façon générale déçus par l'épuration. Il est vrai que le bilan des trois Commissions du NAP ( Noyautage des administrations publiques ) annexé à ce rapport constituait à lui seul la justification de cette insatisfaction.
Sur les 475 dossiers transmis au Commissaire du gouvernement par le NAP d'Épernay, 353 dossiers furent classés sans suite et 21 autres aboutirent à des acquittements.
Sur les 704 dossiers étudiés par le NAP de Châlons-sur-Marne, 408 furent classés sans suite et 72 seulement débouchèrent sur des inculpations.
Les 889 dossiers transmis au Parquet par le NAP de Reims ville où siégeaient la Cour de Justice et la Chambre civique, débouchèrent sur 855 inculpations, sans doute parce qu'étant sur place il a pu exercer une pression plus forte, mais il y eut 118 non lieux ( 135 ).

Les résistants condamnèrent « l'absence de poursuites à l'égard de certains collaborateurs » qui à leurs yeux n'avaient pu échapper au châtiment que par « des combinaisons inavouables », et dénoncèrent l'impunité dont ils avaient bénéficié.
Ils s'insurgèrent de voir que sous couvert d'une stricte application des règles de la procédure judiciaire, des personnes dont ils avaient l'intime conviction qu'elles avaient été des collaborateurs et des traîtres, n'étaient pas traduites devant les tribunaux, faute de preuves suffisantes aux yeux de la justice, et ils ne manquèrent pas d'exprimer leur insatisfaction, de multiplier les protestations et les admonestations, de réclamer une justice plus rapide, plus sévère et plus juste.
Dès l'automne 1944, il y eut des tensions très vives sur la façon dont fut conduite l'épuration judiciaire.
Le 15 octobre, la section FFI de Fleury-la-Rivière envoya une lettre de protestation au préfet de la Marne, lui faisant part de son indignation à la suite de la mise en liberté de E. D., et l'informant que tout le conseil municipal démissionnerait collectivement s'il ne revenait pas sur cette décision :

Les FFI passent pour des imbéciles et s'attendent d'ici peu à être incarcérés et gardés par les collaborateurs relâchés et leurs protecteurs, FFI de la dernière heure [...]

Elle adressa dans le même temps un blâme au Comité du NAP qui permettait « qu'on intervienne pour des collaborateurs notoires » ( 136 ).
Le 24 février 1945, le sous-préfet de Vitry-le-François informait le préfet de l'émotion suscitée par l'acquittement de la personne qui aurait été à l'origine de la dénonciation de Jacques DORÉ, fusillé par les Allemands en 1942, et lui transmettait une lettre de protestation émanant de la section vitryate de l'Association des internés et déportés politiques. Celle-ci, réunie en assemblée générale extraordinaire sous le présidence d'honneur de Madame de LA FOURNIÈRE, avait adopté une résolution très ferme exigeant l'arrestation de 18 collaborateurs et qui était rédigée en ces termes :

Considérant que le simulacre d'épuration ne répond pas aux promesses faites par le Gouvernement, considérant qu'un grand nombre d'individus coupables de trahison et de dénonciation dont la culpabilité a été reconnue par le Comité d'épuration et le Bureau de l'Association sont toujours en liberté, met en demeure les autorités compétentes à procéder immédiatement à leurs arrestations en attendant leur comparution devant les tribunaux.
( Suit une liste de 18 noms )
Si dans un très bref délai ces personnes ne sont pas arrêtées, les victimes ou leurs familles sont décidées à faire justice elles-mêmes.
Lu et approuvé par les 80 membres présents à notre réunion ( 137 ).

Le 26 mai 1945, les Renseignements généraux de Reims informaient le préfet du malaise qui s'était installé également chez les résistants rémois :

Les milieux résistants sont très mécontents de l'épuration et critiquent vivement la Cour de Justice où de nombreux acquittements et peines légères viennent d'être appliqués à de mauvais Français.
Il est dit fréquemment qu'il suffit d'être l'ami de M. le Commissaire du gouvernement ou l'ami de ses amis pour être acquitté.
On se demande à quoi servent ces longues enquêtes de police si aucune suite ne doit être donnée aux affaires instruites ( 138 ).

Enfin, la façon dont furent épargnés les notables accrédita l'idée que l'épuration judiciaire était compréhensive voire complaisante à l'égard des puissants, et sans pitié pour les humbles.



Source
L'épuration, un dossier controversé
Jean-Pierre HUSSON,
La Marne et les Marnais à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale
Presses universitaires de Reims, tome 1, 2ème édition, 1998, pp. 315-361


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naga
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MessageSujet: Re: L epuration en France   Mer 9 Jan - 13:01


UN TERRAIN FAVORABLE A UNE VERITABLE REPRESSION CONTRE DES RESISTANTS

INTRODUCTION

Si la chronique familière des années suivant la Libération fit état des procès de collaborateurs ou de profiteurs de marché noir, la part réservée aux procès de résistants fut, surtout jusqu’en 1947, plutôt modeste. Par ailleurs, son traitement fit apparaître de sérieuses différences d’appréciation, de la part d’organes ou d’auteurs qui tous tressaient des lauriers à la Résistance.

C’est dire que le phénomène, qu’il porte sur des faits liés au combat libérateur ou lui succédant immédiatement, entre en télescopage avec une conjoncture politique dont nous venons de voir que précisément elle intègre une défaite politique de certains acteurs de ce combat.

Ces procès ont été depuis largement effacés de la mémoire de la période. En dehors de figures emblématiques comme Georges GUINGOUIN, ils ont peu suscité la curiosité des historiens. Il convient donc, au sein d’un espace limité comme celui de la région Bourgogne, d’en restituer la réalité. Cela permettra d’esquisser une réflexion sur ce qu’ils révèlent de ce qu’y fut la Résistance comme de la nature du processus de rétablissement d’un ordre légitime. Il sera alors possible de s’interroger sur les formes de mémoires constituées autour de cette dimension difficile et douloureuse de l’héritage résistant.




L’AFFAIRE PHILIPPOT

Par l’histoire du personnage, par l’ampleur du mouvement de défense dont il bénéficia, par l’écho national qu’elle suscita, ce qu’il faut bien nommer “ l’affaire PHILIPPOT ” est la plus importante que vécut la région après la guerre. Par bien des côtés elle constitue une sorte d’archétype. Sa reconstitution détaillée doit permettre de cerner au plus près cette réalité largement occultée des procès de résistants.


1-Une famille d’ouvriers carriers, résistants dès 1942

Emile PHILIPPOT naît le 10 juin 1921 à Ravières (Yonne). Avant lui sont nés Jeanne en 1903, Louis en 1907, Marie en 1908, Jean Désiré en 1913, André en 1916, Denise en 1919 ; après lui viendront Guy Marie en 1925 et Raymond en 1928. Il s’agit d’une famille d’ouvriers carriers, dont l’activité, de caractère industriel, reste néanmoins fortement connectée au monde rural. L’environnement sociétal des PHILIPPOT est donc essentiellement constitué de gens des campagnes. En 1942, Jean et Emile sont comme leur père, carriers, Louis et Guy tailleurs, André manœuvre dans une entreprise de charpente et Raymond, âgé de 14 ans, apprenti.

Sur ce milieu extrêmement modeste, plutôt “ fruste ” 2 , deux caractéristiques majeures ressortent des témoignages accumulés lors de la campagne de soutien à Emile, venant de gens ayant eu contact avec les PHILIPPOT avant et pendant la guerre. Ce sont des gens simples, de bon voisinage et de bon compagnonnage. Le 25 mai 1948, Auguste CHATAIN de Ravières écrit : ‘“ J’ai travaillé avec PHILIPPOT père et ses deux fils Jean et Emile, et je les considérais comme de bons compagnons. Nous avons été longtemps voisins. Je les ai toujours appréciés comme de bons voisins ”’. Ce témoignage est corroboré par celui de madame GRILLOT qui affirme le 20 mai 1948 : ‘“ Ils sont mes voisins depuis de nombreuses années. Je les considérais comme de bons voisins, très serviables et bons patriotes. Je vous dis l’extrême vérité. J’ai 75 ans, à mon âge, on ne peut mentir ”’. A propos d’Emile, sa mère,
Julie PHILIPPOT, indique le 7 avril 1948 qu’ ‘“ Emile était aimé des voisins, il était toujours prêt à rendre service à tout le monde, même à ses dépens ”’. La référence au patriotisme de la famille est reprise par Emile PROUDHON, lointain descendant de Pierre Joseph PROUDHON, le typographe philosophe anarchiste du XIXe siècle. Le 18 avril 1948, il rend hommage à cette famille, saluant l’engagement de tous dans la Résistance. Les garçons et le père, âgé de 66 ans en 1942, se sont impliqués dans l’action armée, la mère a accueilli, protégé, nourri les compagnons de combat des hommes, les trois filles, toutes épouses de prisonniers de guerre, ont accompli des tâches de liaison et Denise a terminé la guerre de libération sur les barricades de Paris insurgé. Elle y retrouva son frère André, engagé dans la 2eDB.

Dès 1942, la maison PHILIPPOT devient un lieu où des cadres importants de la Résistance icaunaise comme le Commandant GRILLOT, fondateur du groupe VAUBAN, premier groupe FTP de l’Yonne, trouvent couvert, couche, cache d’armes. Le fils aîné, Louis, est membre du VAUBAN dès novembre 1942, passe au maquis en mai 1944, où il assume la fonction de responsable technique aux explosifs. Bien que réformé depuis 1927, il s’engage pour la durée de la guerre à 37 ans.
Il termine la guerre comme adjudant FFI, titulaire de la Croix de Guerre pour faits de résistance. Jean reste légal et assure le ravitaillement du maquis ainsi que la logistique en armes. Comme son frère Guy et son père, il est arrêté et commence alors le long calvaire qui les mènera à Gross-Rosen et à la mort : Guy le 15 octobre 1944, Jean le 15 janvier 1945, le père mourant d’épuisement et de chagrin quelques heures plus tard. Quand à André, il a été engagé dans le conflit dès 1939. Prisonnier en Prusse orientale, il parvient à s’évader, rejoint les lignes soviétiques et, rapatrié en Angleterre, s’engage dans les FFL. Il participe à la campagne d’Algérie et de Tunisie, est affecté à la 2eDB avec laquelle il débarque en Normandie le 1er août 1944.
Le plus jeune des enfants PHILIPPOT, Raymond, après avoir été arrêté à 15 ans lors de l’opération du 6 septembre 1943 contre la maison familiale, torturé, resté silencieux, il est finalement libéré après 57 jours de détention et rejoint le VAUBAN, s’engage comme volontaire en août 1944 dans une compagnie FFI et se retrouve en 1948, lors du second procès d’Emile, comme soldat d’un régiment de spahis en situation d’occupation en Allemagne. Une implication aussi forte dans la résistance à l’occupant noue inévitablement de forts liens de fraternité. Le Docteur RAGOT de Sens a côtoyé le père et ses deux fils, Jean et Guy, à la prison d’Auxerre en septembre 1943, puis à celle du Cherche-Midi à Paris en octobre-novembre, enfin au camp du Struthof-Natzweiler jusqu’à leur départ pour le tribunal de Breslau, antichambre du camp de Gross-Rosen où ils disparurent. Il se souvient qu’à propos d’Emile, “ ils parlaient toujours en termes élogieux ”, qu’ils étaient “ plein d’admiration pour son courage ” et qu’ils étaient convaincus qu’il les vengerait.
Le 20 mai 1948, Madame VITRY de Ravières estime qu’Emile “ est un bon patriote qui a fait son devoir ”, qu’il “ en est de même pour sa famille ”, qu’il “ serait souhaitable que tous les Français se soient conduits comme eux ”. Comme pour donner plus de poids à son témoignage et l’enraciner dans l’histoire, elle précise qu’il s’agit là du témoignage d’une femme de 83 ans qui a vu trois guerres.

Cette brève approche de ce que fut la famille PHILIPPOT esquisse un profil classique de ce que l’on peut appeler “ la Résistance au village ”. Un quadruple réseau de solidarité, de classe, de bon voisinage, intergénérationnel et familial fonde un engagement patriotique apparaissant alors comme naturel, allant de soi. L’ensemble des témoignages réunis en faveur de PHILIPPOT en 1948 dessine ce que pouvaient être les réseaux de sociabilité dans un village comme Ravières, entre familles modestes socialement, démunies culturellement, pratiquant comme relevant de l’évidence l’échange de services, les coups de main, l’entraide, comportements sociaux nouant de solides liens de solidarité. Ceux-ci fondent, lorsque le séisme de la guerre survient, de réelles complicités politiques.



2-Le résistant sédentaire

Lors de la débâcle de 1940, à l’instar d’un certain nombre de Français, Emile PHILIPPOT récupère des armes. Dès novembre 1942, la famille PHILIPPOT accueille François GRILLOT, chef départemental FTPF et son adjoint Emile PROUDHON. Ces deux hommes trouvent dans la modeste demeure de la famille PHILIPPOT, nourriture, gîte et protection. Leur arrivée est à l’origine de la formation d’un groupe de résistants sédentaires à Ravières dont le père PHILIPPOT et trois de ses fils, parmi lesquels Emile, constituent le noyau initial. La situation géographique de Ravières détermine en grande partie ce que seront les tâches majeures du groupe : les sabotages sur la voie ferrée PLM et des écluses du canal de Bourgogne, deux voies de communication majeures. Emile PROUDHON témoigne en 1948 que dès décembre 1942, les écluses de Rougement et de Saint-Vinnemer ont été sabotées. Ces actions paralysent le trafic, fort intense à cette époque, pour plusieurs jours. Mais pour Emile le temps de la vie sédentaire est court : dès janvier 1943, E. PROUDHON propose à GRILLOT de constituer un maquis formé d’éléments clandestins. C’est l’acte de naissance du groupe VAUBAN , à l’histoire riche et tumultueuse.


3-Le résistant clandestin

Selon le récit rédigé en avril 1948 pour organiser sa défense, fondé sur le témoignage de PHILIPPOT, confirmé par ses camarades de combat, c’est en février 1943 qu’est constitué “ le ” VAUBAN 1 , premier groupe clandestin FTPF de l’Yonne, dirigé par E. PROUDHON et que commence alors pour Emile PHILIPPOT la vie de clandestin. Le moment est d’importance : la naissance du groupe coïncide avec le grand basculement stratégique de la guerre marqué par la première défaite allemande à Stalingrad. Néanmoins, l’appellation de maquis ne doit pas tromper, par une identification aux images des maquis de l’été 1944. La formulation “ groupe clandestin ” caractérise mieux ce petit groupe de résistants, certes coupés de ce mode d’insertion social majeur qu’est le travail, mais qui conservent de forts liens avec le milieu social du village. Au sein du groupe, Emile est un élément actif jusqu’à son départ en septembre 1943. Ses camarades témoignent de sa participation à plusieurs actions déterminantes pendant ses six mois de passage au VAUBAN. La première mission d’importance consiste à abattre un agent français de la Gestapo, PANDOLFI. Elle se solde par un échec, à la suite de l’intervention d’un Feldwebel. Pour s’échapper, PHILIPPOT abat l’allemand, récupère son arme et sa bicyclette ainsi que des documents qui seront transmis au CMN-FTP. Quant à PANDOLFI, il est finalement exécuté en juin 1943. Le 1er mai 1943, PHILIPPOT participe, avec cinq autres FTP clandestins et une dizaine de sédentaires au déraillement de deux trains de matériel de guerre, l’un sur la ligne PLM, à l’entrée de Ravières, l’autre sur la ligne menant à Châtillon-sur-Seine. Fin mai, il est arrêté par la Gendarmerie de Briennon, identifié comme réfractaire au STO et comme tel, condamné au départ vers l’Allemagne. Il parvient à s’échapper à Dijon et rejoint le VAUBAN.

Le 6 septembre, alors qu’il est venu passer la nuit au domicile familial, il est dénoncé à la police allemande qui fait irruption en pleine nuit. N’ayant pu convaincre les autres hommes de la famille de le suivre, il s’échappe seul “ en chemise ” (témoignage de la veuve GRILLOT qui lui fournira des habits). Ses trois frères et son père sont arrêtés. A l’exception de Raymond, tous sont déportés et mourront à Gross-Rosen.

Peu de temps après, il quitte les FTP, “ à cause de désaccord avec (son) frère ”, selon son propre témoignage de 1948. Rien ne permet d’établir aujourd’hui les raisons exactes d’un tel choix. Les seuls éléments concrets qui ressortent des témoignages de ceux qui ont connu PHILIPPOT sont son caractère quelque peu fantasque et une certaine instabilité. A cela s’ajoute le traumatisme, fréquemment invoqué, qu’a suscité l’arrestation de ses frères et père, alors que lui-même a pu s’échapper. Quoi qu’il en soit, la circonstance n’a rien d’exceptionnel. L’histoire des maquis est riche de maints exemples de forte perméabilité d’une structure à une autre. On n’est pas recruté par un maquis, on le rejoint, on ne le déserte pas, on le quitte, souvent pour un autre. PHILIPPOT passe alors un court instant au maquis Tabou du Châtillonnais, en Côte-d’Or, département proche de Ravières. Ce maquis est célèbre pour avoir compté parmi ses combattants Georges SEMPRUN et Michel HERR, fils de Lucien HERR. Cet épisode est bref puisque le maquis est dissout en décembre 1943. PHILIPPOT passe alors, toujours en Côte-d’Or, dans un maquis rattaché au War Office, la maquis Henri BOURGOGNE, commandé par Henri CAMP de Semur-en-Auxois, installé sur la périphérie orientale du Morvan. Ce maquis vit alors des moments difficiles. Attaqué vigoureusement par des troupes allemandes le 30 octobre, CAMP a dû disperser ses groupes. L’hiver qui arrive est manifestement difficile, en particulier pour le ravitaillement.

A ce moment se situent des circonstances qui firent l’objet des procès intentés à PHILIPPOT après la guerre. Pendant l’hiver 1943-1944, PHILIPPOT réalise un certain nombre de réquisitions. Celles-ci ont-elles été ordonnées par CAMP, choisissant alors l’un de ses hommes les plus expérimentés et les plus déterminés ? Ou PHILIPPOT, profitant de la dispersion des groupes et se parant de l’autorité morale d’un chef de maquis incontestable, a-t-il travaillé pour son propre compte, ayant ainsi versé dans une sorte de dérive délinquante ?
C’est dans la même période qu’il exécute, le 10 janvier 1944, une jeune habitante de Semur-en-Auxois, Alice BITOUZET, informatrice de la Gestapo, mais semble-t-il aussi des services britanniques. Exécution sur ordre d’un chef disparu au combat quelques mois plus tard ou assassinat pour d’obscures raisons de vengeance personnelle ? A ces deux questions les procès comme le dossier de la défense apporteront des réponses divergentes.




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MessageSujet: Re: L epuration en France   Mer 9 Jan - 13:08


4-Un résistant aux mains des Allemands


Ce qui est sûr, c’est que PHILIPPOT est arrêté sur dénonciation par la Feldgendarmerie de Semur le 21 février 1944, pour “ appartenance à la Résistance ” et “ terrorisme ”. Le 4 avril, la Cour spéciale de Dijon le condamne aux travaux forcés à perpétuité et le transfère le 10 à la section allemande de la prison de cette ville. Pendant les cinq mois qui le séparent de sa libération, le 10 septembre, lors de l’entrée des troupes de l’armée B, il subit une détention dont la rigueur permet de s’interroger sur la plausibilité des accusations portées contre lui ultérieurement. Lors du procès du SRA et de l’Oberstumführer Ludwig KRAMER, à Dijon en 1946, les agents TSCHILL et WEISMANN reconnurent l’avoir à plusieurs reprises extrait de sa cellule, transporté au siège de la Gestapo dijonnaise, rue du Docteur CHAUSSIER, et torturé par “ flagellation, brûlures, piqûres d’aiguilles dans la plante des pieds ” et témoignèrent de son courage face aux souffrances infligées. A sa libération, en septembre 1944, il fut découvert “ au mitard ”, “ famélique, gravement malade et qui plus est pieds et poings liés ” 1 . Lorsqu’en décembre, après plusieurs semaines de soins attentifs, il souscrit un engagement pour la durée de la guerre auprès de la Compagnie VAUBAN, il est jugé trop affaibli pour reprendre les armes.


Notes
1.
La Bourgogne républicaine, quotidien fondé dès la Libération de Dijon, dirigé par Maurice BRANTUS du MLN, édition du 12 septembre 1944.



LE PROCES CONTROVERSE DE 1945 AVANT L’OUBLI

1-Devant la Cour de Justice de Dijon, PHILIPPOT un “ faux résistant ” ?

Le 2 avril 1945, PHILIPPOT est arrêté et inculpé pour trahison. Il est accusé d’avoir dénoncé aux Allemands l’adjudant de gendarmerie de Semur-en-Auxois BOCHER. Ce dernier fut convoqué en avril 1944 à la Gestapo de Dijon, avec son supérieur le capitaine NOBLE et son propre fils, simple gendarme à la même brigade. Ces deux derniers sont relâchés après un interrogatoire rapide, alors que BOCHER père est arrêté et déporté à Dachau, camp dont il ne reviendra pas. Le 6 novembre 1945 commence le procès devant la Cour de Justice de Dijon, présidée par le juge GUERRIER. Le procureur est le juge VOISENET, le dossier a été instruit par le juge BOUCHARD qui avait officié à Chalon-sur-Saône pendant la guerre. Après un réquisitoire que les témoins qualifient de “ très violent ”, le procureur VOISENET réclame la peine de mort. Bénéficiant de circonstances atténuantes de la part des jurés, PHILIPPOT est finalement condamné à 20 ans de travaux forcés, indignité nationale à vie, confiscation de ses biens. Cette dernière partie de sa peine résonne d’ailleurs singulièrement lorsque l’on connaît le dénuement matériel de la famille PHILIPPOT.

2-Un homme abandonné

Les échos suscités par ce procès dans la presse dijonnaise participent de ce qu’il faudra bien appeler l’abandon de PHILIPPOT. Le compte rendu que le quotidien Le Bien public fait le lendemain d’un procès rondement mené, le 7 novembre 1945, organise littéralement l’image de ce que le titre même de l’article désigne comme “ le faux maquisard ” PHILIPPOT. Le texte est péremptoire sur tout ce qui tendrait à accabler le prévenu et feint l’incertitude sur les réalités de la figure résistante qu’il constitue. Les réquisitions deviennent sans le moindre doute des “ actes de brigandage ”, la coïncidence entre la détention de PHILIPPOT en 1944 et l’arrestation de BOCHER père devient un facteur explicatif, donc un élément à charge, au prix d’ailleurs d’une entorse flagrante à la vérité puisque l’article affirme que le fils BOCHER fut déporté avec son père, ce qui ne fut pas.
La volonté de CAMP de se désolidariser de ses actions, alors qu’en rien l’accusation ne put apporter le moindre élément de preuve est présentée comme un fait établi, ce qui, compte tenu de la figure héroïque de CAMP ne pouvait que jouer fortement sur le point de vue des lecteurs du journal. Pour crédibiliser définitivement cette construction, l’article insiste sur la “ précision ” de l’interrogatoire, assuré par un procureur dont le passé résistant, pourtant fortement contesté, contribue à renforcer la crédibilité. A l’inverse, tout ce qui pourrait aller en faveur de PHILIPPOT est formulé sur un mode dubitatif, introduisant un doute sur la réalité des faits. Il en est ainsi des “ soit-disant ordres de mission ” reçus des chefs successifs de PHILIPPOT dont la disparition est mise à son débit, suggérant ainsi le caractère incontrôlable du personnage, semant le doute sur le nombre comme la nature des actions menées.
L’exécution d’A. BITOUZET est signalée, sans que les rapports de cette dernière avec la Gestapo de Dijon et que les témoignages de soulagement de nombreux témoins habitant Semur-en-Auxois cités par la défense soient indiqués. L’utilisation de formulations allusives comme “ certains maquisards ”, alors qu’il s’agit de gens bien identifiés aux références de grades, de fonctions et de décorations parfaitement incontestables, contribuent à organiser le trouble de la figure résistante du prévenu. Enfin, le comportement même de PHILIPPOT, en particulier ses dénégations sans le moindre souci de justification, est délibérément présenté comme des aveux indirects.

Ainsi est habilement constituée une figure de faux résistant qui ne peut qu’avoir un écho défavorable dans une opinion fortement travaillée par un prurit de pureté résistante. Face aux lenteurs, aux hésitations, aux contradictions et lacunes de l’épuration, il est évidemment aisé de transférer les pulsions purificatrices sur un personnage comme PHILIPPOT.



3-Un procès “ monté de toute pièce ” ?

Ce qui nous est parvenu des positions des jurés favorables à l’accusé permet de mieux cerner les enjeux du procès. Dans une lettre datée du 21 juillet 1948, envoyée à Robert SIMON dans le cadre de la campagne de préparation du second procès de PHILIPPOT, Mr R. CHANUT de Dijon, juré au procès de 1945, fait état de quatre points révélateurs. Affirmant avoir énergiquement défendu PHILIPPOT, il estime que cela a “ permis de lui sauver la tête ”. A propos de l’attitude des magistrats, s’il salue l’impartialité du président GUERRIER, il regrette la “ partialité réelle, voire même exagérée ” du procureur VOISENET. Des débats, il retire ‘“ l’impression que PHILIPPOT devait payer pour blanchir une certaine partie de soit-disant résistants ”’. Enfin, il signale que PHILIPPOT “ n’a pas rendu la tâche facile ” à ses partisans, “ n’ayant pas nié énergiquement son instabilité ”. Ces éléments éclairent les circonstances du procès comme les facteurs de l’oubli dans lequel est tombé PHILIPPOT après son procès. Le fait même que PHILIPPOT ait échappé à la peine demandée apparaît comme une semi-victoire, peu propice à une mobilisation ultérieure. Ce point est confirmé par le témoignage d’un autre juré favorable à l’accusé (annexe n°40). Il émane de J. NICOLAS, ancien responsable subdivisionnaire des FTPF, commandant FFI, Médaille de la Résistance avec rosette, et secrétaire départemental de la FNDIRP de Côte d’Or en 1948. Il participe comme celui de R. CHANUT de la campagne de 1948. Venant de quelqu’un que ses responsabilités au PCF, aux FTPF, à la FNDIRP permettent de qualifier de cadre dans la mouvance communiste, il exprime plus qu’un point de vue personnel, mais témoigne de ce qu’était “ la ligne ”. Dénonçant “ un procès monté de toute pièce ”, il limite cependant son action à ‘“ mettre tout en œuvre pour sauver PHILIPPOT de l’exécution qui le menaçait ”’. Une telle modestie d’objectif, pour quelqu’un qui fut tout de même des éléments fondateurs d’un des plus célèbres maquis FTP de la région, pose problème et a forcément une signification politique. Le contexte national et parlementaire y est probablement pour quelque chose. Les semaines précédant le procès furent celles de la campagne électorale pour le référendum et les élections constituantes d’octobre 1945. Le secrétaire de section du PCF à Chalon-sur-Saône, arguait de ce contexte pour conseiller à Robert SERAUT, lui aussi confronté à la justice, de ne pas faire de vagues.

Manifestement, la défense de résistants confrontés à la justice de la République restaurée n’est pas un objectif du PCF, fortement impliqué dans les tâches parlementaires et gouvernementales. A contrario, la campagne récurrente pour une épuration radicale, l’un des derniers motifs offerts à la mobilisation pour les organisations périphériques du PCF comme le FN, contribue à légitimer la sévérité à l’égard de ceux qui sont présentés, à tort ou à raison, comme de faux résistants. La référence de R. CHANUT à l’attitude de PHILIPPOT recoupe en partie les observations du journaliste du Bien Public. “ Dénégations obstinées ” pour le quotidien, refus de nier “ son instabilité ” pour le juré contribuent à esquisser les traits du personnage PHILIPPOT, chacun des deux aspects pouvant être perçu à charge comme à décharge. PHILIPPOT est un homme de coups de mains et, au gré des circonstances, il s’y livre dans des dispositifs résistants différents, de maquis FTP à maquis contrôlés par l’IS. La plupart de ceux qui ont étudié le fait maquisard 1 ont observé que les ralliements, les appartenances relevaient de motivations complexes, où les référents idéologiques et politiques sont souvent secondaires, les liens de sociabilité antérieurs ou les circonstances jouant le rôle principal. L’ “ instabilité ” organisationnelle de PHILIPPOT n’est donc en rien singulière. Quant à ses “ dénégations obstinées ”, elles doivent être remises dans leur contexte et référées à la personnalité de PHILIPPOT. Comment imaginer que cet homme qui a subi les geôles vichystes, les tortures de la Gestapo, qui vient de vivre sept mois d’enfermement dans les prisons de la République restaurée, puisse faire autre chose que défendre sans le moindre accommodement la totalité de ce qu’il fut ?


4-Une chape de silence sur PHILIPPOT

A partir des faibles échos qu’a suscité le procès, y compris dans la presse communiste en novembre 1945, une véritable chape de silence tombe sur PHILIPPOT. Que le congrès fédéral de Côte d’Or du PCF puisse s’être tenu en décembre 1945 sans que la question y soit abordée est tout à fait révélatrice de cet effacement. Les acteurs survivants, convenant du fait, avancent des explications diverses, toutes plausibles, mais qui n’effacent en rien la brutalité de l’oubli. Robert LOFFROY, CER FTP de l’Yonne, responsable des Milices patriotiques de ce département à la Libération, en convient 2 . Il invoque les contraintes matérielles, en particulier les immenses difficultés de communication, de transport, tendant à fragmenter l’information et faire que le jugement d’un FTP icaunais en Côte d’Or n’ait pas eu grand écho dans l’Yonne. Il admet de plus que l’investissement militant dans les premiers temps de l’après-guerre était tel, que pour des gens comme lui, la question des “ patriotes emprisonnés ”, selon l’expression qui sera forgée lors des campagnes de soutien ultérieures, passe à l’arrière-plan.
Pour leur part, Jeannine et Henriette NIEPCE, arrière petites-nièces de l’inventeur de la photographie, aujourd’hui retirées dans un village de la côte chalonnaise, témoignent n’avoir absolument aucun souvenir de cet aspect de l’après-guerre 3 . Même si elles n’ont eu que des liens indirects avec la région pendant la guerre, leur rôle d’agents de liaison de Gillo PONTECORVO et Claude JAE0GER les menant sur de plus vastes routes, leurs relations avec un cadre désormais majeur du PCF comme WALDECK ROCHET auraient pu les éveiller à cette question ce qui n’est manifestement pas le cas. Jeannine NIEPCE, tout en convenant que ce n’était certainement pas une préoccupation majeure pour un parti qu’elle quittera d’ailleurs rapidement, avance l’idée que pour de jeunes acteurs du combat libérateur, les premiers mois de liberté ont été traversés dans une espèce de “ folie lyrique ”, effaçant presque inconsciemment tout ce qui pouvait la ternir. Plus prosaïquement, un cadre comme René MILLEREAU, ex-commandant MAX, ex-adjoint au commandant départemental des FTP de l’Yonne, ancien chef du 4e bataillon du 1er Régiment du Morvan constitué de FFI intégrés à l’armée régulière, affirme dans une lettre à PHILIPPOT, le 28 mai 1948, que lors de l’arrestation de ce dernier, il ne doutait ‘“ pas un instant que la lumière serait rapidement faite sur (son) cas et que justice (lui) serait rendue ”’. D’autres témoignages, comme celui du docteur RAGOT, de Sens, déjà cité, avancent aussi cette idée que cela serait rapidement réglé, que les erreurs judiciaires seraient réparées, que cette conviction rassurante a facilité l’oubli. De façon générale, l’évocation de ce procès suscite aujourd’hui une gêne, alimentée par une certaine mauvaise conscience. Roger PRUNOT 1 , jeune FTP, engagé pour le temps de la guerre dans la Ière Armée, témoigne qu’à son retour, l’oubli s’est nourri de l’envie de vivre intensément les temps de la paix retrouvée. Le même ressent aujourd’hui, l’urgence de reconstituer cette période blanche de sa mémoire, nourrie des faits se produisant pendant son absence.

En réalité, ces différentes occurrences cumulent leurs effets pour donner corps à cette chape de silence qui tombe sur PHILIPPOT et, nous le verrons plus loin, sur la plupart des résistants condamnés. S’il n’est pas de survivants parmi les cas les plus difficiles, il est loisible de déceler dans les familles la volonté de ne pas revenir sur ces moments difficiles. Toutes mes tentatives pour entrer en contact avec des membres de la famille PHILIPPOT se sont heurtées à un refus poli. Un des frères survivants d’Emile m’a fait dire par son épouse que cela avait été si difficile, qu’il refusait, cinquante ans plus tard, de “ remuer toute cette boue ”, sans que soit explicitée la nature de la “ boue ” en question.


SOURCES PUBLIQUES :

ARCHIVES NATIONALES :
Ont été consultées, dans la série 72AJ consacrée à la Deuxième Guerre mondiale, les cotes 72 AJ 114 (Côte-d’Or), 72 AJ 168 (Nièvre), 72 AJ 208 (Yonne), 72 AJ 409 (préfets) et 72 AJ 446 (FFI Zone-Sud).

Des temps difficiles pour des résistants de Bourgogne, échec politique et répression (septembre 1944-1953) Chantin Robert






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MessageSujet: Re: L epuration en France   Mer 9 Jan - 13:20



CONCLUSION

DEFAITE IL Y EUT :

Cette défaite de résistants de la région Bourgogne s’inscrit d’abord dans la froide réalité des faits. Au prisme des cinq champs d’analyse choisis, elle se manifeste sans ambiguïté.

Que les résistants aient vu l’image constituée au cours des combats libérateurs dans une opinion majoritairement ralliée se dégrader rapidement, dès la première année de liberté, en constitue une première dimension. La confusion politique, les difficultés économiques, les contraintes matérielles, le comportement de troupes FFI désœuvrées ont constitué les facteurs de cette dégradation.

Mais ce qui ressort des enquêtes est que cette dégradation ne toucha pas particulièrement l’image du résistant, donc la légitimité de son combat. C’est bien sur ce qu’il est éventuellement devenu après la Libération qu’elle opéra. Cela met en lumière la coupure subjective dans l’opinion qui s’est constituée entre l’avant et l’après Libération. Gît là la remise en cause implicite de la capacité à établir une continuité entre ce que le combat résistant avait inventé et les formes de rétablissement d’une légalité, après la Libération. Ce décalage qui s’instaure est perçu dès les premières élections par les services du Commissaire de la République qui dans son rapport au Ministère de l’Intérieur du 29 mars 1945 observe que ‘“ les mouvements de Résistance sont désorientés en face des problèmes politiques et ne savent pas exactement sous quelle forme aborder le problème électoral ”.
Corrélées à cela sont les formes de l’héroïsation des combattants. Sans que cela ait suscité la moindre interrogation, les survivants furent célébrés, honorés, décorés, mais dans leur seule dimension de combattants de la liberté. N’était-ce pas alors une façon de les enfermer, eux-mêmes étant internes à cette entreprise, dans la seule figure du résistant ? N’est-ce pas confirmer et fixer cette césure temporelle qui exclut que la réorganisation du pays puisse s’enraciner dans ce que féconda le combat libérateur ? Ce qui a été constaté dans le champ spatial bourguignon permet de répondre positivement à cette double question.

Les comités de libération apparaissent comme des structures transitoires où ces enjeux se manifestèrent dès leur création. L’intérêt de l’investigation sur ce qui s’y déroula est que les différentes forces politiques, nées de la Résistance ou réintégrées dans une légitimité perdue, leur attribuèrent des vocations fort divergentes. Du projet du CFLN en faisant des organes qui permettaient d’assurer une transition paisible et légitime jusqu’aux rêves de pouvoir révolutionnaire caressé par quelques-uns, toute la palette des comportements politiques s’y retrouva. Cela tourna bien souvent en une sorte de parlementarisation de comités où le discours illusionniste conjugué à l’immersion dans de médiocres tâches quotidiennes constituèrent les traits dominants de leur fonctionnement. L’entreprise des EGRF, la submersion dans les vagues électorales des forces qui les constituaient furent les dernières manifestations de leur fin. Ils avaient assuré ce pour quoi ils avaient été créés, ils avaient échoué à être les ferments d’une France radicalement nouvelle que d’autres avaient voulu y voir. Ceux-là avaient perdu.

Les mêmes enjeux portaient sur les cadres préfectoraux. A la différence des comités de libération, il s’agissait là de structures héritées d’un Etat, vieilles d’un siècle et demi. Y placer, comme ce fut le cas dans le département de Saône-et-Loire, des hommes issus des organismes résistants mettait en balance le poids des structures, leur inertie et la volonté d’individus désireux, au moins pour certains, d’y faire entrer le souffle du maquis. Le bilan est limpide : d’une part ces hommes, par leur légitimité comme par leurs capacités, assurèrent une transition sans drame et dès lors que cela fut réalisé, ils furent écartés, au nom de l’idée qu’ils n’étaient plus en situation. Ceux d’entre eux qui avaient cru pouvoir y imposer des pratiques administratives et des comportements politiques prolongeant le maquis durent bien alors constater l’échec de cet espoir, parfois même, à l’instar de Claude ROCHAT, s’interroger sur la pertinence de leur acceptation initiale. On pouvait revenir à la figure préfectorale héritée, celle du fonctionnaire étroitement soumis à l’autorité centrale.

L’intégration d’une fraction notable des FFI dans l’armée régulière, au sein de la politique d’amalgame touche à une réalité plus diffuse, dont le rôle politique s’inscrit “ en creux ”, en termes d’absence.

Contrairement aux situations précédentes, où des individus s’engagèrent dans de structures, à des postes de responsabilité, l’intégration de FFI à l’armée contribua à diffuser, diluer des hommes au sein des unités combattantes. Il a été démontré que le résultat fut inverse de ce qu’il advint lors de ce qui servait de référence : l’amalgame de 1793-1794 ; qu’en rien, ou si peu, ces hommes sortis du maquis, portés par la volonté d’achever une grande œuvre historique, ne modifièrent le type de guerre à mener, ne pesèrent sur les choix tactiques, n’obtinrent des fonctions à la mesure de leurs capacités. Là encore, la césure entre les formes embryonnaires de guerre populaires observées ici ou là, l’enthousiasme de jeunes maquisards portés par une dynamique révolutionnaire et le rôle de supplétifs auquel ils furent confinés apparaît clairement. Là encore les titres, médailles et manifestations d’estime dévoilent leur fonction de glorieux et médiocre paravent.

Reste ce qui ne peut se poser qu’à l’état de question : quel fut le rôle négatif, par l’absence, de leur départ au front sur les processus politique des premiers mois de liberté ? De même que le mouvement sans-culotte se vit privé de militants actifs au moment des phases paroxystiques du printemps 1794, de même l’absence d’une faction de la jeunesse, celle qui avait manifesté sa capacité à s’impliquer fortement dans de difficiles combats, a bien dû peser négativement sur la période de transition politique. Si rien ne permet de dépasser le stade de l’interrogation, il est loisible de s’appuyer sur quelques données qui tendent à conforter l’hypothèse d’un affaiblissement conséquent des forces transformatrices, au profit des restauratrices. Vont dans le sens de cette réflexion le rôle généralement joué par la jeunesse dans les périodes de rupture, le fait que les jeunes adultes de 1944 étaient politiquement vierges, moins susceptibles de répondre au sirènes du parlementarisme, des appareils politiques ou des médiateurs sociaux, leur intégration familiale et professionnelle moins forte. Ils disposaient alors d’une plus grande autonomie par rapport aux héritages. Si rien ne permet de formuler ce qu’ils en auraient fait, il est possible de poser la question de la perte que constitua le départ d’une partie des plus déterminés d’entre eux.

Au cœur de toutes ces situations, se pose la question spécifique du PCF et de ses militants. Son histoire au cours des ses deux premières décennies d’existence, avec les chocs de la bolchevisation et de la ligne “ classe contre classe ”, son habitude de pratiques organisationnelles clandestines, la force d’attraction qu’il exerce à la Libération, portée par les succès de l’Armée rouge comme par l’héroïsme de combattants communistes, ont font un parti qui apparaît comme irréductible aux réalités politiques héritées, donc potentiellement porteur de renouveau. Le jeu complexe de son discours radicalement en rupture, de sa pratique gouvernementale, de ses liens avec les choix géopolitiques soviétiques rend la lecture de son positionnement au cours des années de référence particulièrement délicate. Sans prétendre clore des controverses qui dépassent l’ambition de cette étude, il faut bien constater au prisme de la réalité de la région Bourgogne, que l’emporta le conformisme aux traditions et structures héritées, au détriment de ceux qui avaient trop cru à un “ Grand Soir ” dirigé par le PCF. Celui-ci apparaît comme une des forces de restauration majeure, du fait de sa capacité militante comme de son influence sur ceux qui espéraient une autre voie.

A l’aune de tout ce qui précède, les procès de résistants apparaissent dès lors comme inévitables. Y concouraient les réalités d’une action résistante sortant forcément de tout cadre légal, l’action pernicieuse d’appareils d’Etat, police et justice, largement maintenus après la Libération et au bout du compte le souci des milieux d’anciens résistants de préserver une image perçue comme sans tache de leur combat, symétrique de la perception horrifiée qu’en avaient les milieux vichystes. S’il arriva que la solidarité sans faille, sans réserve s’impose, bien souvent, on l’a vu, les justiciables furent durablement livrés à eux-mêmes ou au soutien de quelques-uns. Il fallut que le PCF soit exclu, contre son gré, de la pratique gouvernementale pour qu’il fasse de cette question un espace de mobilisation.

Cette défaite inscrite dans la réalité des faits se formula dans la subjectivité de chacun. Même si la double mythologie constituée par les gaullistes et les communistes comme l’organisation d’un cérémonial exaltant leur combat permirent à beaucoup de l’effacer, celle-ci se formula chez certains en des termes allant du “ on s’est fait avoir ” amer au “ c’est comme ça ” fataliste. S’il fallut bien vivre, subsista et se formule aujourd’hui une immense déception.


CE QUI FUT DEFAIT :

Si les différents terrains sur lesquels des résistants se retrouvèrent en situation d’échec politique ou victimes de répression sont faciles à identifier, ce pourquoi ils constituèrent des cibles, ce dont ils étaient porteurs, donc finalement la nature de ce qui fut vaincu est plus délicat à cerner. En effet nous sommes alors sur le terrain de la subjectivité, de la perception des choses, d’un possible indéterminé.

La récurrence des énoncés en terme d’espoirs en une autre France que celle qui fut restaurée dans les années de référence identifie la nature du phénomène. Il s’agit bien là d’un possible rêvé, imaginé, sans autre précision que celle de ce dont on ne veut surtout pas. Il apparaît en effet, en particulier au cours d’entretiens prolongés et répétés, que ces hommes et ces femmes, s’ils savaient assez précisément ce qu’ils ne voulaient pas revoir de la France vécue, de leur adolescence aux débuts de leur âge adulte, n’avaient de ce qu’ils avaient rêvé qu’une approche bien indécise, même si elle se parait d’une référence idéologique très identifiable, pour les communistes en particulier.

Nous retrouvons ici, au stade du constat, l’hypothèse soulevée en introduction concernant le débat avec Jean Pierre RIOUX au sujet de ce qu’il désignait comme des “ illusions ”. Désigner ainsi les espoirs portés par certains résistants revient à avaliser l’idée qu’il n’existait pas d’autre possible pour la France que ce qu’elle fut et que dans ce cas, lesdits espoirs ne sauraient être considérés comme des objets historiques. S’il serait téméraire de se prononcer sur le premier terme de la formulation, par contre le second mérite d’être pris en compte. Qu’une partie de ceux qui furent les résistants aient perçu un espoir, caressé un rêve, qu’ils aient tenté de le faire vivre là où ils étaient, qu’ils aient trouvé les réponses individuelles ou collectives pour en supporte l’échec, tout cela constitue des réalités tangibles, constitutives d’une situation politique, donc a bien la valeur d’un objet historique. Que certains l’aient retrouvé, vingt-quatre ans plus tard, quasiment à l’état natif, aux côtés de la génération de leurs filles et fils et au temps d’un printemps allègrement contestataire, en est une forme de confirmation. Que cela ne se soit pas transcrit, ou si peu, dans les réalités de la France libérée mesure l’ampleur de la défaite, mais aussi la victoire de ce dont personne ne conteste la réalité : les appareils étatiques et politiques, le mode parlementaire de la politique et le cadre institutionnel.

Cet immense espoir, transcrit en si peu, ne venait pas de rien. Constitué autour des héritages révolutionnaires, formulé en termes d’égalité, de justice, de fraternité, de bonheur, c’est au sein de deux situations particulières qu’il trouva les perceptions les plus intenses, le maquis et les camps.

Les maquis et dans une approche plus extensive l’ensemble des structures de résistance étaient propices à la naissance de tels espoirs. Sans tomber dans une image pieuse et idéalisée, on peut avancer qu’y régnaient plus qu’ailleurs le courage, le sens de l’engagement, du travail gratuit et désintéressé et de la solidarité. Que ceux dont le choix initial signalait déjà leur singularité y aient développé le rejet d’une France antagonique à ce qu’ils découvraient dans la fièvre du combat clandestin et aient constitué l’image d’une autre France à reconstruire n’a donc rien de surprenant.

Il en est de même de ceux que les circonstances avaient précipités dans l’enfer des camps. Face à la gigantesque et terrifiante entreprise visant à les priver de leur humanité avant de prendre leur vie, les fragiles, ténus mais si décisifs réseaux qui les liaient étaient forcément constitués sur des principes qui leur apparaissaient comme devant être à la base d’une organisation sociale issue de la victoire sur ce qu’ils subissaient. La farouche volonté de survivre ne pouvait que se transcrire en un immense espoir d’un autre monde. La déception, si fortement exprimée par tant d’entre eux, fut à la mesure de cet espoir. Le sentiment de l’indicibilité de ce qu’ils avaient vécu en était alors renforcé.




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MessageSujet: Re: L epuration en France   Mer 9 Jan - 13:29


CEUX QUI FURENT DEFAITS :

L’hypothèse initiale de ce travail était celle de la défaite politique et de la répression subie par des résistants de Bourgogne, sans que ces derniers aient d’autre détermination que d’être de ces défaits.

Partager un sort commun suffit à constituer un élément d’unité, de même que l’identification de ce qui fut vaincu. Ce qui précède permet d’aller cependant un peu au-delà, de chercher si tous ces acteurs partageaient des aspects qui les rendaient inacceptables et vulnérables dans la France libérée.

De prime abord bien peu de choses, sinon rien ne les constitue en une catégorie homogène. Ce sont des femmes et des hommes divers, par leurs origines, leurs parcours, leurs personnalités, le niveau de leurs responsabilités. En cela, ils sont pleinement représentatifs du phénomène éclaté que fut la Résistance, sublimant cette réalité autour de l’engagement antifasciste et patriotique.

C’est par le prisme des situations rencontrées que s’esquissent des pistes d’identification. La récurrence de références, le plus souvent restrictives, au maquis et à son héritage en termes de pratiques administratives ou politiques, identifient une première piste. Le maquis, dans sa nouveauté historique, s’il constitue pour ceux qui en sont issus, une référence glorieuse, est rapidement perçu dans tout ce qui échappe à la construction mémorielle, comme n’étant plus de mise. Un homme comme MILLERAUD-MAX est pleinement représentatif d'une figure issue du maquis et confiné dans des taches subalternes et insupportables donc rapidement exclu de tout poids sur l'évènement. Ceux des résistants qui à l’inverse des restaurateurs pensaient qu’une France nouvelle exigeait d’y insuffler une part de la dynamique maquisarde se retrouvèrent dès lors en décalage avec ce qui se rétablissait et ceux qui y contribuaient.
Ce fut le cas d’hommes et de femmes engagés dans les comités de Libération ou à des postes administratifs, de militants communistes s’opposant aux reprises en main d’un appareil un temps déconnecté de ce qui avait été leur combat. Ils avaient, comme résistants, été hétérogènes à bien des réalités nationales des temps d’occupation. Ils se retrouvaient dans une autre hétérogénéité cette fois, face aux forces de restauration.

Cette hétérogénéité n’avait d’ailleurs rien d’unilatéral, ce qui en rendit la perception immédiate moins limpide qu’aujourd’hui. Les espoirs de transformation profonde du pays allaient le plus souvent de pair avec un respect sourcilleux de la légalité républicaine, d’un fort attachement à l’ordre nécessaire à la paix civile. Un homme comme Claude ROCHAT est très représentatif de cette tension, sinon contradiction, entre la volonté de bousculer les vieux cadres préfectoraux, d’y faire entrer le souffle juvénile du maquis et le souci de remettre son arrondissement en route en associant les plus de gens possibles, dans un permanent souci de paix civile.


LE CHOC DE L’INSTANT ET DE LA DUREE, DU TEMPS COURT ET DU TEMPS LONG : LA VICTOIRE DE L’ANCIEN SUR LE NOUVEAU

La période qui a suivi la Libération et que tout ce qui précède permet de limiter à la première année de liberté appartient à ces rares moment de l’histoire où se mettent en mouvement dialectique ce qui relève de la durée, des permanences, des structures enracinées et ce qui surgit dans l’instant, porteur de rupture et de nouveau. Elle appartient de ce fait à ce que Moses I. FINLEY identifie comme les moments d’invention de la politique 1 . En l’occurrence, elle met en vis-à-vis un projet cohérent d’organisation de la transition politique dont les ordonnances d’avril 1944 sur l’organisation des pouvoirs à la Libération constituent un des socles et ce qui a été identifié comme un espoir, un rêve, une dynamique, mais pas un projet pensé. Le premier terme de ce face à face exprime sans détours la volonté politique de rétablir les cadres locaux de la République et d’appuyer le retour à l’ordre sur une armature préfectorale dont la légitimité de leurs nouveaux responsables suffirait à effacer le dévoiement vichyste. Sa force et sa légitimité résident dans son enracinement dans l’histoire longue, dans le fait que ces cadres de la République défunte sont perçus comme des conquêtes et comme des garants. Cette volonté restauratrice est confrontée au surgissement impétueux de la contestation de la légitimité de structures qui ont fait faillite en 1940, du juvénile espoir de fonder un ordre nouveau, appuyé sur la dynamique de la Résistance.

Dès 1945 l’issue de cette confrontation est clairement identifiable, et un homme comme Claude BOURDET ne s’y est pas trompé. La France d’une Quatrième République encore à la recherche de solutions institutionnelles retrouvait pour l’essentiel les voies politiques de la précédente, pourtant associée à la honte de la défaite de 1940. La victoire des permanences sur les ruptures était accomplie.

Au sein de cet affrontement un aspect révélateur concerna le choc des appareils et des individus, appareils d’Etat comme la police et la justice, appareils politiques comme celui du PCF par son poids et ses rigidités, mais aussi on l’a vu, celui d’une SFIO en pleine reconstruction.

Le choix gouvernemental est bien connu d’une épuration limitée des appareils de l’Etat, en particulier ceux que la collaboration puis l’épuration mettaient en première ligne de la situation politique, justice et police. La thèse de sa nécessité pour éviter à la France un déchaînement violent ne manque pas d’arguments. Il n’empêche que des hommes et des femmes furent broyés par cette machine policière et judiciaire, parce que leur figure résistante ou leurs comportements à l’issue de la Libération n’étaient pas en phase avec les nécessités du moment.

Opère de façon proche la reprise en main du PCF. Les temps de Résistance ont amené son appareil à beaucoup louvoyer entre ses pratiques héritées et les nécessités du moment. Les relations entre la direction du parti et les FTPF en sont une riche illustration. De l’anarchiste espagnol Simo CONSTANTINO-CASTAGNE à Georges GUINGOUIN, les exemples sont nombreux de cas et de situations où il a fallu composer finalement avec ceux que l’on avait combattus ou qui incarnaient une forme de guerre de libération non conforme à la ligne
politique de l’insurrection nationale. Là aussi, la situation, ouverte à la Libération, se referme rapidement au profit de l’appareil. Certes il fallut plus longtemps que dans l’Etat. Mais ce qui se passe en 1950-1952 constitue l’ultime épisode des reprises en main de 1945-1947. L’éloignement de toute responsabilité de celui qui avait osé rappeler à la compagne du premier secrétaire du PCF que lui n’était pas à Moscou pendant l’occupation, blasphème suprême, symbolisait la défaite définitive de ce que beaucoup de maquisards communistes ou sympathisants avaient espéré.

Il en est de même des femmes. Certes l’histoire officielle en retient la conquête du droit de vote, chichement voté par une Assemblée consultative d’Alger loin d’être unanime. Certes leur implication dans le combat résistant comme leur part de souffrance dans les camps furent saluées. Il reste que, prolongement de leur confinement dans des taches considérées à tort comme subalternes dans l’acte résistant, elles retrouvèrent en grande partie la position qui leur était faite avant la guerre. Les programmes politiques comme les cahiers de doléances préparatoires aux EGRF sont tout empreints d’un moralisme lénifiant à propos de la sexualité et de la volonté de confiner la femme à ses taches domestiques et maternelles. Là aussi l’ancien l’emporta sur les élans libérateurs, là encore les appareils d’Etat, y compris l’Education nationale, religieux et politiques y contribuèrent. Le PCF ne fut pas en reste. Son conformisme sur les questions de la famille et de la sexualité fut absolu, formulé plus tard jusqu’à la caricature pas les propos de Jeannette VERMEERSCH sur la pilule “ arme des trusts ”. Il fallut que des femmes et des hommes, plus tard, se libèrent avec cette emprise pour imposer la rupture majeure que fut la libération des femmes.

DE LA DIFFICILE MEMORISATION DE CETTE DEFAITE

La construction de la mémoire résistante, dans sa forme collective, s’est faite pour l’essentiel sur la base de la figure héroïque et victorieuse du combattant. Elle n’a donc pas, ou bien peu, intégré ce qu’il advint par la suite. De la sorte elle a renforcé la césure constatée de part et d’autre de la date de Libération.

Ce fut la fonction des mythologies de tenter de rendre cela intégrable et vivable par chacun. L’analyse des différentes formes de mémoires a montré qu’ont survécu des perceptions difficiles de situations douloureuses vécues après la Libération. La double mythologie gaulliste et communiste, et pour une grande part l’histoire officielle, étaient difficilement conciliables avec ces mémoires douloureuses. Mais cela ne donna pas de réelles situations de rupture. Les seules manifestations furent sur le plan individuel une sorte de repli silencieux et sur un plan structuré l’organisation de formes de mémoire limitées à de petits groupes, liés à une histoire particulière.

La première situation est surtout fréquente chez des communistes ayant eu maille à partir avec leur parti. Le choix du silence procédait alors de la conviction qu’il n’y avait rien à faire face à l’appareil politique. La vigueur des antagonismes des temps de guerre froide engendrait la conviction qu’il convenait de ne rien faire qui favorise l’ennemi. Faute de pouvoir proclamer que l’on fut un paria de son propre camp, il était alors loisible de laisser dire que l’on était du camp des parias. L’attitude de Théodore PLONKA mais aussi de nombreux cadres FTP ou du PC comme Robert SERAUT ou Paul PISSELOUP relèvent, à partir d’histoires personnelles très différentes, de cette démarche.

La résistance à l’effacement a cependant donné des formes organisées, en rupture avec les grandes associations, CVR ou ANACR. Si la plupart des amicales de maquis ne sont pas en antagonisme avec l’une ou l’autre, quelques occurrences montrent qu’il est arrivé que ce soit explicitement en situation de rupture que certaines se sont constituées. L’exemple analysé de l’Amicale du Groupement FTP de Nièvre et Cher en est une illustration spectaculaire. La brutalité de la rupture de 1970, l’agressivité récurrente qui oppose les dirigeants de cette amicale et l’ANACR de la Nièvre, l’enjeu que constitue la possession de la mémoire de Roland CHAMPENIER identifient une situation particulière. D’autres cas relèvent moins d’une volonté de rupture que de celle d’affirmer ce qui ne serait pas intégré dans une mémoire élargie. Cette forme particulière de la mémoire de petits groupes est très intéressante, tant elle exprime la réalité éclatée de la Résistance, comme le fait que des hommes ne se retrouvent pas dans la mémoire collective.
En sont l’expression la volonté d’un MARIUS de donner priorité à l’organisation de la mémoire de son seul maquis, même si ses inclinaisons idéologiques l’orientaient vers l’ANCVR, comme le travail de l’amicale du groupe BAYARD du Jovinien pour se doter d’un musée dont la réalisation constitua de longues années l’axe de travail du groupe. Ces manifestations de la mémoire de petits groupes peut d’ailleurs vivre au sein des grandes structures. En Saône-et-Loire, la section de la Côte chalonnaise de l’ANACR,
fortement identifiée au maquis Jean PIERSON et à la figure de ce dernier, affirme volontiers sa singularité. Rien en l’occurrence n’identifie une sorte de localisme désuet. Il s’agit au fond de la formulation de ce qui est perçu comme une singularité et de la volonté de la formuler. Une solidarité sans faille, une large ouverture d’esprit, une profonde méfiance à l’égard des appareils étatiques ou politiques, la conviction qu’une autre voie était possible à la Libération en constituent les socles fondamentaux.

Ces formes dispersées, à échelles différentes, de la mémoire résistante traduisent certes le caractère complexe du combat libérateur. Mais elle est donc aussi l’expression fragile, ponctuée de silences, de cris, de la difficulté d’intégrer à une mémoire héroïque et victorieuse les difficultés individuelles ou de petits groupes.

Ceci constitue la trace durable de la défaite politique de certains résistants et en devient par là même un élément puisqu’elle rend difficile toute démarche visant à restituer les individus concernés dans la réalité de ce qu’ils furent. C’est dire que leur histoire est à la fois nécessaire à une intelligence des situations, difficile mais possible.


DE LA NECESSITE ET DE LA POSSIBILITE DE FAIRE L’HISTOIRE DE CETTE DEFAITE

Si faire de l’Histoire consiste d’abord à tenter d’établir ce qui fut et d’en dégager au moins des parcelles de sens, il s’avère nécessaire d’identifier et de prendre en compte tous les aspects de la France libérée, y compris ceux qui d’emblée détonnent avec les mythes constitués.

Partant de là, s’impose donc la nécessité de restituer les acteurs dans la complexité de leur parcours mais aussi dans leur propre rapport subjectif à leur histoire. Ce rapport change, nous l’avons vu pour plusieurs d’entre eux, au choc des événements, de la conjoncture et du travail de mémoire. Ce changement devient alors lui-même objet d’interrogation, source de sens. Une telle approche pour être totalement féconde doit s’appuyer en permanence sur tout un système de va-et-vient, entre témoignage oral et source écrite, perception individuelle et collective, petit groupe et grandes structures, échelle locale et échelle nationale. Elle ne saurait renoncer à l’apport fécond de démarches issues de disciplines proches comme l’anthropologie et l’ethnologie. Alors peuvent alors être validées des affirmations globales, des réalités généralisables, ou tout au contraire identifiées des singularités qui apportent aux précédentes une touche de complexité.

Cette démarche nécessaire se heurte bien sûr à une double difficulté : celle du rapport établi subjectivement avec les faits et celle du rapport instauré avec des acteurs survivants. Pierre LABORIE a identifié ces deux difficultés 1 . Lorsqu’il énonce qu’il ‘“ y aurait autant de ridicule que d’imposture à laisser supposer qu’un historien dans ce pays puisse disserter sur ce que la Résistance a représenté et sur ceux qui l’ont faite avec un détachement imperméable à l’émotion et à toute trace de passion ”’, il touche à ce qu’à pu percevoir tout un chacun. Ce constat entre alors en brutale confrontation avec l’exigence de démarche positiviste avancée par François BEDARIDA 1 . Nulle impossibilité ne naît de cette confrontation. Tout au contraire, tout en préservant la part d’émotion, elle assure de ne pas être prisonnier d’un “ discours sacralisé ” constitué par des “ gardiens ” vigilants 2 . A nouveau les va-et-vient identifiés plus hauts opèrent comme de véritables sentinelles. Reste, concernant la période considérée et la thèse défendue, la difficulté identifiée par Michèle PERROT 3 . Les enquêtes menées ont confirmé qu’il est parfois difficile de revivifier une mémoire douloureuse, enfouie pour vivre. Au terme de la démarche s’impose l’idée de la nécessité de savoir s’arrêter parfois, par respect d’un droit à l’oubli qui doit l’emporter sur un devoir de mémoire insupportable. Mais cela ne porte pas sur une grande majorité d’acteurs survivants, dont la disponibilité a pu être constatée et mise en œuvre.

Est alors possible une telle démarche, avec l’objectif de contribuer à une “ histoire critique ” faisant pièce à une “ histoire mythique ” 4 . Cela suppose de se dégager des simplismes, de la révérence aux grands hommes associée à l’oubli des “ gens de peu ”, de prendre en compte l’aspect éclaté du fait résistant et complexe de la période suivant la Libération.

A ces conditions la réalité de la défaite d’une part de ce que fut la Résistance peut alors être établie, tout en restituant les individus dans la totalité de ce qu’ils furent, sans héroïsation aveugle, sans condescendance pour n’avoir pas réalisé tout ce qu’ils avaient rêvé sans en avoir ni la pensée ni la politique. Alors s’éclaire le sens de la véritable répression qui s’abat sur ceux qui n’étaient pas en adéquation avec une image pieuse et mythifiée du héros, alors les difficultés et la diversité des mises en forme d’une mémoire résistante se manifestent comme expression de cette défaite.

Enfin, et même si ce n’est pas l’objet de ce travail, il est loisible d’avancer in fine que cette investigation sur une partie du fait résistant apporte un éclairage à la compréhension des premières années de la République restaurée et constitue une clef supplémentaire à la compréhension de cette période. Outre la prise en compte d’aspects minorés par des démarches privilégiant le jeu des structures, l’analyse des rapports de force, les énoncés officiels, elle renforce l’idée que dans les situations postérieures à la Libération, beaucoup prend racine dans ce qui la précède. Tout particulièrement , ce qui fut effacé après avait été déjà minoré avant. Le choix de l’insurrection nationale et la construction politique du CNR préparaient l’effacement de ce qu’une situation exceptionnelle avait engendré de radicalement nouveau : les maquis et dans une moindre mesure les mouvements.



ALORS SE MIT EN ŒUVRE L’INEXORABLE MACHINE A EFFACER, EFFACER DES HOMMES DE LA MEMOIRE COLLECTIVE, EFFACER UNE PART DE CE QU’ILS FURENT, EFFACER CE QU’ILS AVAIENT INVENTE. LES VICTIMES ELLE-MEMES EN FURENT PARFOIS COMPLICES, TANT LA MESURE QU’ELLES AVAIENT DE NE PLUS ETRE DES TEMPS NOUVEAUX LEUR IMPOSAIT SILENCE OU RENONCEMENT. LA MEMOIRE S’OPPOSAIT ALORS A L’HISTOIRE. CE FUT L’OBJECTIF DE CE TRAVAIL D’ACCOMPLIR UNE PETITE PART DE CETTE DERNIERE.




Chantin Robert
Des temps difficiles pour des résistants de Bourgogne, échec politique et répression (septembre 1944-1953)


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