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 Une guerre inconnue

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naga
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MessageSujet: Une guerre inconnue   Jeu 24 Jan - 13:28



Les Japonais et le combat tactique à Khalkhin-Gol/Nomonhan


« Une guerre étrange ».C’est ainsi que le New York Times qualifiait, dans son édition du 20 juillet 1939, les affrontements entre l’Armée Rouge et l’armée impériale japonaise aux confins des steppes de la Mongolie. Et il est vrai qu’en raison de la géographie, du secret posé sur les combats par les deux camps et du déclenchement, peu de temps après, de la Seconde Guerre mondiale, la bataille de Khalkhin-Gol reste encore assez mal connue du grand public.


Pourtant, les Soviétiques y ont déployé une masse blindée de plus de 1000 chars et ont commencé à faire preuve d’une maîtrise certaine de l’arme mécanisée, sous le commandement d’un chef talentueux promis à un brillant avenir, Joukov. Les Japonais, fantassins dans l’âme, tombent victimes du double enveloppement soviétique. Pendant longtemps, l’Armée Rouge considère encore la bataille de Khalkhin-Gol comme le modèle d’une guerre frontalière limitée réussie. Ce n’est pas un hasard si les Soviétiques publient beaucoup sur la bataille au moment des affrontements avec la Chine Populaire dans la même région, en 1968-1969. L’état-major nippon se sert aussi de l’exemple de Khalkhin-Gol dans le cadre des cours de tactique avancée des Forces d’autodéfense japonaises.


Résumant l’étude d’Edward Drea, l’analyse reviendra plus particulièrement ici sur les tactiques mises en oeuvre par les Japonais au niveau du bataillon et de la compagnie pour contrer les Soviétiques. Les Japonais ont peaufiné, en effet, leur doctrine tactique face à l’Armée Rouge, un adversaire supérieur en hommes et en matériel. L’analyse est faite à partir de l’exemple du 2ème bataillon, 28ème régiment d’infanterie de la 7ème division d’infanterie japonaise. Cette unité a conservé son journal des opérations et elle a opéré de manière indépendante sous les ordres de plusieurs commandants japonais. En outre, elle a à la fois participé aux opérations offensives et défensives de l’armée impériale pendant la campagne, ce qui en fait un bon exemple pour une étude de cas tactique.





La Mandchourie prise entre deux feux

Depuis le début du XXème siècle, l’armée impériale japonaise considère la Russie tsariste, puis l’URSS, comme son adversaire principal. La victoire japonaise pendant la guerre de 1904-1905 élimine temporairement la menace russe et conduit à des tâches de garnison en Mandchourie, théâtre principal des opérations. Un office de gouverneur-général est créé dès 1905 et deux divisions japonaises restent cantonnées sur place. Ces unités sont progressivement retirées et, en 1910, seuls six bataillons de réservistes stationnent encore en Mandchourie. Les soldats réguliers reviennent en 1916 et, en 1919, c’est la création du quartier général de l’armée du Kwantung qui contrôle les troupes de garnison en Mandchourie, soit environ 10 000 hommes.









Les officiers de l’état-major de l’armée du Kwantung se considèrent avec suffisance comme les gardiens des frontières du Japon, en l’occurrence une frontière où 160 000 Japonais ont payé le prix du sang lors de la guerre avec les Russes. Ils pensent que le ministère de la Guerre et l’état-major de l’armée à Tokyo ne mesurent pas assez le danger posé par l’URSS sur les territoires contrôlés par les Japonais. Ils vont donc chercher à créer un casus belli avec un seigneur de guerre mandchou de façon à consolider la mainmise nipponne sur la région. En 1931, un incident provoqué par les Japonais autorise une première opération qui conduit à l’érection de l’Etat fantoche du Mandchoukouo l’année suivante.

Cependant, pour les officiers de l’armée du Kwantung et ceux de l’état-major de l’armée à Tokyo, la création du Mandchoukouo n’est qu’une étape vers l’affrontement avec l’URSS. L’armée impériale japonaise compte exploiter au mieux les ressources de la Mandchourie pour se préparer à la guerre. En 1937, les Japonais sont pourtant engagés en Chine, un théâtre d’opérations immense qui occasionne assez rapidement de lourdes pertes -100 000 tués et blessés dès le mois de décembre. L’état-major général et le ministère de la Guerre tentent de conclure rapidement l’affaire chinoise, tout en étant divisé entre expansionnistes (ceux partisans d’une politique de force contre la Chine) et anti-expansionnistes (ceux qui pensent que la guerre en Chine gaspillent des ressources nécessaires à un prochain conflit contre l’URSS). Les combats continuent, pourtant, si bien qu’en 1939, 25 divisions, soit un million d’hommes, sont engagées dans les opérations en Chine


La mission principale de l’armée du Kwantung étant de protéger la Mandchourie contre l’Armée Rouge, ses forces ne sont majoritairement pas déployées en Chine. Les Japonais continuent d’accroître leurs effectifs, puisque l’armée du Kwantung passe de 5 à 9 divisions entre 1937 et 1939, alors que l’armée impériale gonfle de 24 à 41 divisions d’infanterie. Il n’est pas difficile à l’armée du Kwantung de justifier cet accroissement : escarmouches, incidents et enlèvements se multiplient le long de la frontière, de même que les bunkers, barbelés et détachements de gardes frontaliers. Dès 1936, des affrontements opposent l’aviation et des forces mécanisées. C’est un cercle vicieux : en face, le dispositif soviétique augmente également de 6 divisions en 1931 à 20 en 1936, appuyées par un millier de chars et le même nombre d’avions. L’armée d’Extrême-Orient devient si importante que Staline s’en défie : en 1935, il crée le district militaire Trans-Baïkal pour retirer à l’armée sa portion occidentale. Après l’incident du lac Khasan en 1938, il abolit cette armée et crée à la place les 1ère et 2ème armée Bannière Rouge, responsables respectivement des secteurs de l’Oussouri et de l’Amour, et directement subordonnées au commissariat à la Défense. En 1938, le 57ème corps spécial de fusiliers est placé en Mongolie Extérieure.

En 1938, la 19ème division d’infanterie japonaise affronte pendant douze jours l’Armée Rouge, au milieu de l’été, près du lac Khasan, au nord de la Corée. Les Japonais tiennent le terrain conquis malgré de féroces contre-attaques soviétiques, mais au prix de lourdes pertes : 500 tués et 900 blessés. L’Armée Rouge perd 236 tués et 911 blessés. Pour l’état-major nippon cependant, la prestation soviétique n’établit rien de neuf sur le plan tactique ou sur celui du déploiement des troupes et confirme la désorganisation provoquée par les purges de Staline. En conséquence, début 1939, l’armée du Kwantung adopte une posture plus agressive pour briser toute intrusion soviétique future en Mandchourie.



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naga
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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   Jeu 24 Jan - 13:33



Les premières embuscades (mai 1939)

En avril 1939, l’armée du Kwantung édicte donc de nouvelles règles d’engagement, expliquées par son commandant, le général Ueda Kenkichi. L’ordre d’opérations n°1488 autorise les troupes japonaises à pénétrer en Mongolie extérieure ou tout autre territoire soviétique pour bloquer les tentatives d’intrusion. Dans pareil cas, les morts et les blessés seront ramenés avec les tués ennemis et les prisonniers dans le Mandchoukouo. Localement, les patrouilles doivent être agressives. Le 11 mai, deux semaines après l’instauration de ces nouvelles règles, 70 à 80 cavaliers de Mongolie extérieure armés de mitrailleuses légères et lourdes franchissent la rivière Halha (Khalkhin-Gol) à la recherche de terrain de pâture et d’eau pour leurs chevaux, dans un territoire contesté du Mandchoukouo. Près du village de Nomonhan, ils attaquent une petite force de sécurité. Un bataillon du Mandchoukouo contre-attaque et rejette les assaillants au-delà de la rivière Halha. Les Mongols abandonnent 5 tués, 4 chevaux et quantité d’armes et de munitions. Le 13 mai, un nombre identique de cavaliers apparaît au sud-ouest de Nomonhan mais une nouvelle contre-attaque échoue à les rejeter. C’est le début de ce que les Japonais appelleront ensuite l’incident de Nomonhan et les Soviétiques, la bataille de Khalkhin-Gol.

Le général Komatsubara Hichitaro, commandant la 23ème division d’infanterie qui a en charge le secteur où a eu lieu l’incident, voit celui-ci comme un cas typique d’escarmouche frontalière. Il pense qu’une réaction en force rapide mettra fin rapidement aux combats. Les premiers rapports, exagérés, font état de l’entrée de 700 cavaliers mongols. Hichitaro dépêche donc une force de reconnaissance (une compagnie de cavalerie, une d’automitrailleuses et un élément d’état-major, 593 hommes en tout) et le 1er bataillon du 64ème régiment d’infanterie (moins deux compagnies), avec une section de canons de 37 mm à tir rapide et 100 véhicules. Les officiers japonais ont du mal à localiser Nomonhan sur leurs cartes, mais sont confiants









La 23ème division d’infanterie est une unité relativement jeune, activée en juillet 1938 et envoyée en Mandchourie pour son entraînement un mois plus tard. La plupart de ses recrues sont des soldats japonais dans leur première ou deuxième année de service qui viennent de villes du sud du Japon, Fukuoka, Hiroshima, Oita, d’ordinaire des combattants plutôt efficaces dans les opérations offensives. Le quartier général de l’armée impériale prévoit au départ d’utiliser cette division pour des tâches de garnison en Chine. Mais en raison des besoins de l’armée du Kwantung, la 23ème division est affectée dans une province du nord-ouest du Mandchoukouo. Les officiers d’état-major de l’armée du Kwantung la considèrent comme structurellement déficiente pour s’opposer à la menace soviétique.

La 23ème division d’infanterie aligne une brigade d’infanterie avec trois régiments. Les divisions régulières d’avant 1937 de l’armée du Kwantung, comme la 7ème division, sont des divisions « carrées » : deux brigades d’infanterie à deux régiments chacune, chaque régiment comprenant trois bataillons. Les divisions triangulaires comptent 12 000 hommes là où les « carrées » en alignent 15 000. En outre, les divisions triangulaires manquent d’artillerie pour combattre la puissance de feu des divisions standard de l’Armée Rouge. La 23ème division dispose de seulement 65 pièces dont 17 canons de 37 mm, comparées aux 64 canons et 16 canons de 37 mm organiques de la 7ème division.



Le dogme de l’offensive à outrance

Le débat a fait rage parmi les Japonais pendant une décennie pour savoir si le schéma triangulaire devait être adopté. Finalement, il en a été ainsi pour accroître, en particulier, le nombre de divisions. Lorsque la réforme est adoptée en 1936, 6 nouvelles divisions sont tirées des 17 existantes dans l’armée impériale japonaise. Les économies ainsi faites sont investies dans le développement des chars et des avions. Les opérations en Chine favorisent aussi une structure légère : les nationalistes ne font que peu d’usage de leurs blindés et les communistes n’en ont pas.

Quel que soit le type de division, le bataillon est la dernière unité tactique à pouvoir mener indépendamment des opérations. Il comprend une compagnie d’état-major et quatre compagnies de fusiliers à 194 hommes chacune, une compagnie d’armes lourdes avec 8 mitrailleuses de 7,7 mm, et une section d’artillerie avec deux pièces de 70 mm destinées au soutien d’infanterie et à la destruction des nids de mitrailleuses. Chaque compagnie comprend trois sections de fusiliers qui à leur tour comprennent chacune trois escouades. Chaque escouade aligne 11 fusiliers et une mitrailleuse légère de 6,5 mm, et chaque escouade de la compagnie d’armes lourdes intègre 11 fusiliers et trois grenadiers armés du lance-grenades de 50 mm baptisée mortier Knee. Il n’y a pas d’état-major de bataillon : le commandant et son adjoint doivent assumer toutes les fonction de logistique, de renseignement, des opérations et de communications. Dans l’idéal, le bataillon rassemble un millier d’hommes, mais une comparaison avec le 2ème bataillon du 28ème régiment d’infanterie engagé dans le Nomonhan montre que les unités sont souvent à 80% de leur effectif ou en-deçà.

Toutes les divisions japonaises de l’armée du Kwantung ont subi un entraînement intensif dans la perspective d’un combat contre l’Armée Rouge. Pour la 7ème division, celui-ci porte sur le combat d’infanterie, le combat au corps-à-corps et les tactiques d’infanterie face à des attaques utilisant la combinaison des moyens. Un entraînement « spirituel » insuffle la certitude dans la victoire, la loyauté et le sens du sacrifice, la tradition militaire et l’esprit de corps, et surtout l’esprit offensif à chaque combattant. L’amélioration des armements depuis 1904-1905 signifie que le fantassin nippon doit être capable de continuer à avancer même si c’est après avoir vu tomber ses camarades, blessés ou tués. Le manuel de 1909 insiste sur la nécessité d’inspirer une ardeur sans faille à la troupe. Les Japonais en viennent à penser que le facteur moral peut suppléer aux déficiences technologiques ou matérielles. Dans le manuel de 1932, il est conseillé aux commandants de divisions, s’ils sont acculés par l’ennemi à la défensive, de chercher néanmoins le moyen de porter un coup fatal à l’ennemi en attaquant coûte que coûte


La doctrine de combat de l’armée impériale japonaise est fondée sur des opérations offensives audacieuses. Il faut donc adapter les tactiques à l’ennemi que représente l’Armée Rouge. La guerre russo-japonaise et la Première Guerre mondiale ont montré que l’âge des formations d’infanterie compactes sur le champ de bataille était révolu. L’armée japonaise continue pourtant de se reposer sur l’infanterie, chargée d’engager l’ennemi et de le détruire au corps-à-corps. Les tacticiens nippons doivent alors garantir que les fantassins arrivent sur les positions ennemies avec le minimum de pertes. Dans un premier temps, ils cherchent à disperser les fantassins pour leur éviter la puissance de feu des armes modernes, tout en développant le combat de nuit, au corps-à-corps et la capacité de décision des officiers subalternes et sous-officiers. Ce postulat repose sur un corps d’officiers subalternes bien entraîné, soucieux de ses hommes et qui reste en permanence avec leurs unités. Cependant, les pertes en Chine entraînent un raccourcissement de la formation de ces officiers et sur le terrain, des promotions rapides aux grades de major ou de lieutenant-colonel pour combler les trous. En 1941, seuls 36% des officiers de l’armée sont diplômés de l’académie militaire et la proportion est encore moindre dans les rangs subalternes.

La version révisée du manuel d’infanterie de 1928 insiste alors sur la nécessité du couvert pour l’infanterie, afin de réduire les bonds en avant de 50 à 30 m environ. Le manuel met cependant encore lourdement l’accent sur le combat nocturne et les manoeuvres, tout en recommandant l’emploi intensif des mitrailleuses légères et des mortiers Knee. La nature offensive des opérations japonaises culminant dans le combat au corps-à-corps ne change pas, fondamentalement. Dans la décennie 1930, les Japonais comprennent qu’ils ne peuvent remporter une guerre d’attrition contre l’URSS, qui monte en puissance. Ils envisagent alors une guerre limitée, pour aboutir rapidement à une conclusion décisive. Le but est d’encercler l’adversaire et de l’anéantir. Les tactiques doivent reposer sur la mobilité, l’initiative, la concentration des forces, le combat de nuit et une bonne coordination entre infanterie et artillerie. Ajouté au moral de fer du soldat japonais, ces choix tactiques produisent une infanterie parmi les plus redoutables au monde. Cependant, cette qualité reflète aussi l’état inquiétant de l’armée impériale en ce qui concerne l’équipement en matériel moderne. La doctrine en vient à suppléer le manque de matériel.

En 1939, ce choix semble pertinent aux Japonais au regard de l’expérience contre les Chinois et les Soviétiques. En Chine, des soldats nippons inférieurs en nombre ont fréquemment vaincu des effectifs chinois supérieurs. En 1938, au lac Khasan, la victoire japonaise contre l’Armée Rouge est moins nette mais montre les qualités de l’infanterie japonaise en combat nocturne et au corps-à-corps. Le 31 juillet 1938, le 1er bataillon, 75ème régiment d’infanterie de la 19ème division japonaise lance une attaque de nuit contre une ligne de crête à 150 m de hauteur tenue par les Soviétiques près du lac Khasan. Les Soviétiques refluent après un violent combat au corps-à-corps et les Japonais tiennent les positions acquises pendant 12 jours, en dépit de lourdes pertes, face aux contre-attaques de l’Armée Rouge. Le succès de l’attaque nocturne initiale japonaise renforce les tacticiens dans l’idée que cette idée est la clé pour leur infanterie. En revanche, ces mêmes tacticiens s’intéressent davantage à la défensive puisque la bataille montre qu’une division bien retranchée sur une position naturelle peut bloquer l’avance frontale de trois divisions d’infanterie. Mais ils évacuent la puissance de feu de l’infanterie et de l’artillerie soviétique pour continuer à privilégier le moral du fantassin japonais qui doit s’affirmer dans l’assaut de nuit se terminant au corps-à-corps.

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naga
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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   Jeu 24 Jan - 13:40



Les nouveaux conscrits de la 7ème division japonaise s’entraînent donc aux trois exercices cardinaux de l’infantere nipponne : baïonnette, tir et manoeuvre. Ils apprennent que la charge frontale sur l’ennemi jusqu’au corps-à-corps est le paroxysme du combat. La plupart des fusiliers termine alors la première année d’instruction au niveau de la compagnie, une année avec 38 semaines d’entraînement au combat nocturne soit une moyenne de 10 heures par semaine. Ils étudient l’attaque de nuit à différents échelons, l’enlèvement d’obstacles, la dissimulation, la discrétion, l’orientation, les patrouilles et les tâches de sécurité. En mai 1939, les hommes de la 7ème division sont sans doute jaloux que ce soient leurs camarades de la 23ème division qui ouvrent les hostilités contre l’Armée Rouge.

Le 14 mai 1939, le détachement de reconnaissance de la 23ème division, commandé par le lieutenant Azuma Yaozo, arrive près de Nomonhan. Le jour suivant, celui-ci lance un mouvement en pinces pour piéger les cavaliers mongols à l’est de la rivière Halha avec 150 cavaliers du Mandchoukouo. L’attaque commence à 13h00 : les Mongols parviennent à échapper à l’encerclement et se replient à l’ouest de la rivière Halha. Trois escadrilles japonaises attaquent le secteur depuis les airs et endommagent des yourtes. Les Mongols s’étant repliés au-delà de la frontière, le général Komatsubara considère alors l’incident terminé. Mais quelques jours plus tard, des reconnaissances aériennes et de cavalerie signalent que 60 cavaliers mongols ont à nouveau franchi la rivière Halha au sud de sa confluence avec la rivière Holsten. Le 21 mai, de 300 à 400 hommes avec au moins deux canons et des chars légers sont vus en train de construire des positions fortifiées au nord et au sud de la rivière Holsten. Ce même jour, le général Komatsubara dépêche une force ad hoc commandée par le colonel Yamagata Takemitsu, chef du 64ème régiment de la 23ème division, pour détruire l’ennemi. Le 64ème régiment (moins deux bataillons), le détachement de reconnaissance du lieutenant-colonel Azuma, une section de transmissions, une unité de transport et une autre médicale composent l’ensemble. Ils se mettent en marche pour traquer l’ennemi dans les steppes dénudées autour de Nomonhan.




Troupes mongoliennes repondant a une contre attaque japonaise






Un terrain inhospitalier

Une fine pellicule de sable recouvre le sol autour de Nomonhan, mais le terrain permet le passage des véhicules à roues. Le paysage est assez dénudé et fournit peu de repères pour le fantassin. Du côté est de la rivière Halha, tenu par les Japonais, des dunes de sables s’étendent entre 20 et 40 m de hauteur : elles offrent une bonne protection à l’infanterie mais sont de peu d’utilité contre les blindés. L’ouest de la rivière, occupé par les Soviétiques, est une vaste plaine désolée. Les Japonais descendent depuis Nomonhan en direction de la Holsten, seule source d’eau potable, mais avec de nombreux puits salés et des marécages. Le véritable obstacle est la rivière Halha, large de 100 à 150 m, avec un courant très fort. Une bande marécageuse l’enserre sur un ou deux kilomètres de chaque côté. La rive ouest, plus élevée, donne l’avantage de l’altitude aux Soviétiques. Le climat est rude, avec des températures en juillet-août entre 30 et 40° la journée mais qui descendent à 17-18° la nuit. La pluie abondante apporte l’humidite qui fragilise le soldat, tout comme les moustiques et les criquets nombreux dans la région. Un brouillard recouvre généralement la zone à l’aube avant d’être chassé par le vent, et empêche l’observation à moyenne distance.

Le caractère désolé de la région entrave l’acheminement logistique. Le ravitaillement japonais arrive par chemin de fer à 200 km de distance, mais pour les Soviétiques, la base de chemin de fer la plus proche est à 700 km. Comme les Japonais ne conçoivent pas une opération multidivisionnaire à moins de 250-200 km d’une base logistique sur voie ferrée, ils pensent que les Soviétiques ne peuvent monter une opération d’envergure près de Nomonhan. En conséquence, ils ne s’attendent qu’à trouver des cavaliers mongols et les éléments locaux de la 7ème brigade de garde-frontières, et pensent qu’une division suffira pour régler le problème. La route terrestre qui arrive du nord à Nomonhan est à la merci des attaques aériennes ; celle qui arrive du sud se transforme en bourbier dès fin juin en raison des pluies. Yamagata compte envelopper les cavaliers mongols et les garde-frontières de l’Armée Rouge au nord de la rivière Holsten, sur la rive est de l’Halha. Une compagnie montera une attaque frontale de diversion pendant qu’un bataillon tournera l’ennemi par le nord. Pendant ce temps, le lieutenant-colonel Azuma s’emparera du pont de Kawamata, la seule échappatoire possible pour les Soviétiques. Azuma est tellement confiant qu’il n’emmène pas les canons de 37 mm, persuadés de rencontrer des cavaliers et de l’infanterie de seconde ligne qui fuiront à la seule vue des fantassins japonais.




Première défaite japonaise

A l’aube du 28 mai 1939, les 220 hommes et officiers d’Azuma arrivent à 2 km de leur objectif lorsqu’ils sont attaqués par des fantassins mongols et soviétiques et 10 chars sur leurs flancs, et pilonnés par l’artillerie tirant depuis la rive ouest de l’Halha. Les hommes d’Azuma s’enterrent tant bien que mal dans le sable en creusant avec le casque. Les Soviétiques attaquent aussi le bataillon de Yamagata pour l’empêcher de renforcer Azuma, qui à la tombée de la nuit n’a plus de munitions. Les deux escouades de ravitaillement envoyées dans la nuit par Yamagata sont quasiment anéanties. Le 29 mai, 400 hommes et 10 chars soutenus par l’artillerie attaquent à nouveau Azuma. Acculé, celui-ci mène une charge désespérée à la tête de 70 hommes pour briser l’étau. Quelques fantassins arrivent à percer mais pas leur chef, tué d’une balle en plein coeur par un Soviétique. Le détachement Azuma a perdu 8 officiers et 97 hommes tués et 33 blessés, soit 63% de son effectif. Dans la nuit du 30 mai, les Japonais récupèrent les corps de leurs camarades. Le général Komatsubara ordonne au détachement de se replier.

Les Japonais ont été surpris par l’intensité du combat : dans les poches des Mongols abattus, ils ne trouvent pas de cigarettes ou de nourriture mais des munitions supplémentaires et des grenades. Komatsubara et l’état-major de l’armée du Kwantung décident que la rencontre est un match nul, car ce désert ne vaut pas une once de sang japonais. Début juin cependant, il leur est difficile d’ignorer les rapports faisant état de la présence soviétique autour de Nomonhan. Mi-juin, le renseignement japonais signale des concentrations de troupes de part et d’autre de la rivière Halha. L’aviation soviétique mène des reconnaissances quotidiennes et fournit un appui aérien à de petites attaques sur des détachements du Mandchoukouo. Komatsubara demande alors à l’état-major de l’armée du Kwantung la permission de repousser l’envahisseur avec sa 23ème division.

L’état-major accepte car il pense que les Soviétiques ne comprendront que le langage de la force. Deux régiments de chars, avec 73 blindés et 19 automitrailleuses, et le 2ème bataillon, 28ème régiment de la 7ème division d’infanterie sont détachés auprès de Komatsubara. Certains officiers d’état-major comme le major Tsuji Masanobu pensent que le commandement opérationnel devrait revenir à la 7ème division, unité d’élite en Mandchourie. Mais relever Komatsubara irait à l’encontre de la pratique dans l’armée impériale japonaise. En outre celui-ci, avec ces renforts, doit avoir les moyens de mener une guerre limitée et décisive.



Offensive de BT-7 russes







Le 2ème bataillon, 28ème régiment d’infanterie marche au combat

Ce bataillon est alors considéré comme une excellente unité. Les recrues viennent du nord d’Hokkaïdo et du sud de l’île de Sakhaline, et sont appréciés pour leur robustesse. En juin 1939, l’unité stationne depuis 16 mois en Mandchourie. Le major Kajikawa Tomiji, le commandant de bataillon, est diplômé de l’Académie militaire et spécialiste du kendo. C’est un vétéran qui a commandé la 9ème compagnie du bataillon dans le Nord de la Chine en 1932. Seuls 4 officiers sont des diplômés comme lui de l’Académie : 6 autres sont issus de l’école des aspirants officiers et 12 autres sont des réservistes. La plupart des recrues entame leur deuxième ou leur première année de service et reçoivent l’entraînement qui leur inculque la fierté d’une unité dont les traditions remontent à la guerre russo-japonaise.

Le 20 juin, après minuit, les hommes du bataillon sont tirés de leur baraquement : on leur annonce qu’ils vont servir d’escorte à un détachement blindé envoyé à Nomonhan. Ils embarquent dans des trains tandis que les officiers annoncent les mesures à prendre en cas de raid aérien. Le bataillon fait la jonction avec le 63ème régiment d’infanterie et les 3ème et 4ème régiments de chars. Les troupes japonaises quittent Aarshan le 23 juin à 2h20 sous couvert de l’obscurité : bien que mécanisée, la colonne compte surtout sur les moyens hippomobiles pour transporter sa logistique et son artillerie. La marche se fait dans une route embourbée qui ne facilite pas la tâche du fantassin nippon. En 24 heures, le bataillon avale 64 km de marche, mais le moral est très élevé, en dépit de la soif provoquée par l’absorption de rations pendant le mouvement. Les Japonais pensent venir aisément à bout des Soviétiques, en particulier parce qu’ils disposent cette fois d’une artillerie.

Le regard japonais sur l’Armée Rouge est forgé, notamment, par un manuel sur le sujet datant de 1933. Le soldat soviétique y est décrit comme un automate abandonnant la ligne de front à la première occasion : les combats de 1938 ont conforté les Japonais dans ces stéréotypes. Dans ce manuel, il est également précisé que le soldat soviétique peut être tenace en défense, mais que les défauts propres à cette nation le rendent incapable de monter des manoeuvres coordonnées ou des encerclements. Une attaque de flanc qui couperait la ligne de ravitaillement des Soviétiques aboutirait obligatoirement à une déroute complète. Le manuel correspond en fait à la recherche d’une guerre limitée marquée par la victoire décisive qui anéantirait d’un seul coup l’Armée Rouge


A suivre...


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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   Ven 25 Jan - 7:20



L’offensive japonaise de juillet 1939

Les principaux combats de Nomonhan peuvent être divisés en deux phases. En juillet, l’armée impériale japonaise lance deux offensives successives mais n’arrive pas à déloger les Soviétiques de leurs positions. Les pertes subies par les Japonais les forcent à rester sur la défensive jusqu’à la fin des combats. Sur les conseils du major Masanobu et du lieutenant-colonel Takushiro, le général Komatsubara opte pour un enveloppement


La force principale (71ème et 72ème régiments d’infanterie de la 23ème division, 13ème régiment d’artillerie de campagne, 23ème régiment du génie avec le 26ème régiment de la 7ème division en réserve) doit éliminer les troupes soviétiques près de la colline 721, traverser la rivière Halha puis obliquer au sud vers le pont de Kawamata, afin de détruire l’artillerie et les dépôts soviétiques sur la rive ouest. Parallèlement, le groupe de Yasuoka (64ème régiment d’infanterie, 2ème bataillon du 28ème régiment d’infanterie, 3ème et 4ème régiments de chars, 1ère régiment d’artillerie de campagne indépendant et 24ème régiment du génie indépendant) doit attaquer les forces soviétiques sur la rive est, au nord de la rivière Holsten. La jonction entre les deux pinces doit permettre d’encercler les unités soviétiques et de les anéantir. Les Japonais pensent que leur attaque de flanc forcera les troupes de l’Armée Rouge à évacuer la rive est ; en outre, ils franchissent pour la première fois la frontière entre le Mandchoukouo et la Mongolie extérieure soviétique.


La force nord s’empare comme prévu de la colline 721 le 2 juillet et traverse la Halha dans la nuit. Les Japonais montent sur la colline Baintsagan et avancent sur 6 km au sud. Un peu plus loin, ils sont bloqués par le tir de l’artillerie soviétique qui ouvre le feu depuis la colline Dungar-Obo. L’Armée Rouge contre-attaque ensuite sur trois côtés avec 450 chars ou automitrailleuses, réduisant à néant la pointe japonaise. Les combats exercent rapidement une attrition sévère sur les troupes nippones. Le seul ponton transportable que celles-ci ont amené avec elles ne peut être recomplété sur la rive ouest. Les Japonais doivent finalement se replier sur la rive est le 5 juillet, alors que Yasuoka a dû lui aussi faire face à forte partie dans ce secteur. Celui-ci envoie le 2ème bataillon, 28ème régiment couvrir le flanc droit pendant que les deux régiments de chars attaquent un ennemi que sur la foi de renseignements erronés, Yasuoka croit en pleine retraite. Il sacrifie donc la planification à la vitesse d’exécution. Les chars japonais sont conçus pour le soutien d’infanterie : dans les opérations de poursuite, ils doivent traquer l’ennemi désorganisé. Ici la situation est différente car l’artillerie soviétique de la rive ouest peut viser à loisir les blindés nippons. Yasuoka opte donc pour une attaque nocturne, mais ceci accroît la difficulté de coordonner l’action des chars avec l’infanterie, d’autant plus que les Japonais manquent de moyens de tranmission, de fusées éclairantes, etc. Les tankistes ne connaissent pas la position exacte de l’ennemi, ni sa force et le terrain. Ils pensent qu’une pression continue sur un ennemi en déroute suffira à l’achever. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, les blindés japonais commencent une charge hasardeuse sous une pluie battante qui se termine en multiples actions indépendantes où la moitié des véhicules va finalement être perdue.











Combat de rencontre

A l’aube du 3 juillet, les hommes du 2ème bataillon, 28ème régiment se préparent au combat tout en entendant les bruits de la bataille dans laquelle est engagée le détachement Yasuoka. L’unité s’est déplacée sur la colline 726 la nuit précédente : elle doit couvrir le flanc droit de Yasuoka et sonder le dispositif ennemi sur la rive est de la Halha. Il s’agit aussi de reconnaître le terrain en raison du manque de cartes. Pour le protéger des blindés soviétiques, le régiment a attribué au bataillon une compagnie de canons antichars de 37 mm. A 6h00, le bataillon avance sur deux compagnies de front et une en réserve. A gauche, la 6ème compagnie du capitaine Tsuji, avec deux mitrailleuses lourdes, fait route au sud-est. La 5ème compagnie du capitaine Aoyagi, avec également deux mitrailleuses lourdes, suit une route parallèle. Une section de cette compagnie protège le flanc droit. Le lieutenant Saito dirige la 7ème compagnie en réserve. Les pièces d’artillerie et antichars suivent de près les unités de tête pour pouvoir se déployer rapidement si besoin.

Au-dessus d’eux, les fantassins japonais peuvent voir une vingtaine de chasseurs disloquer une formation d’appareils soviétiques, dont un avion est abattu ce qui provoque le repli des autres. L’infanterie reprend sa progression, harcelée par quelques tirs, 12 heures après l’entrée en scène des chars. Or le détachement Yasuoka a besoin des reconnaissances du bataillon sur son flanc gauche pour savoir quoi faire. La coordination est mauvaise entre le 64ème régiment d’infanterie et le 2ème bataillon, aussi Yasuoka ne peut obtenir les renseignements nécessaires. Quelques nids de mitrailleuses ou fantassins sont rapidement éliminés par les mitrailleuses lourdes et canons du bataillon. A la tombée de la nuit, celui-ci forme un périmètre défensif avec ses trois compagnies en arc de cercle. Il s’attend à trouver à l’aube en face de lui deux compagnies soviétiques avec 5 ou 6 chars. Le major Kajikawa envoie des éclaireurs qui font la jonction avec la 8ème compagnie du 64ème régiment. Le bataillon progresse d’un kilomètre vers le sud au matin du 4 juillet et subit sans conséquence le straffing d’un appareil soviétique isolé.

La chaleur torride pose davantage de difficulté aux fantassins nippons que la résistance soviétique, éparse. Les Japonais collectent 8 corps et 1 prisonnier, et découvrent 5 camions et un canon antichar de 45 mm détruit. Le major Kajikawa et son adjoint, le lieutenant Muranaka, pensent que les Soviétiques ont fort à faire face à la 23ème division. La nuit même, le major envoie des éléments sur les arrières de l’ennemi pour détruire l’important pont de Kawamata. Cette patrouille comprend deux équipes de trois hommes chacune, l’une menée par le capitaine Aoyagi et l’autre par le sergent Hirai. Près du pont, Hirai repère une section de mitralleuses lourdes soviétiques et l’autre groupe découvre des chars et des véhicules blindés. Incapable de s’approcher, Hirai pose des mines sur la route à l’est du pont. Un char saute bientôt sur l’une d’elles, entraînant le tir des mitrailleuses. Hirai et ses hommes se cachent toute la journée dans la rivière et regagnent leurs lignes à la nuit tombée. Pendant la nuit du 4 au 5 juillet, d’autres patrouilles signalent au bataillon que le pont semble peu défendu, les Soviétiques se reposant sur un montage de barbelé « en piano » que les Japonais ont déjà rencontré mais contre lequel ils n’ont pas adopté de contre-mesures




Aviation russe en attente de decollage






Le major Kajikawa ordonne donc une attaque au matin du 5 juillet. Les 5ème et 7ème compagnie mènent l’assaut et font la jonction avec le 64ème régiment. Kajikawa, monté sur un cheval pour mieux diriger les opérations, prend la tête de la 7ème compagnie. A 2 km au nord du pont, cependant, la 5ème compagnie est bientôt prise à partie par l’artillerie lourde soviétique puis par des chars. La 7ème compagnie perce deux lignes de défense mais est aussi stoppée par l’artillerie. Les tirs de la rive ouest qui prennent en enfilade le bataillon le bloquent à 1800 mètres du pont. De fait, la doctrine tactique japonaise se heurte à un système défensif soviétique bâti en profondeur : les premières lignes sont évacuées, le retrait est couvert par des armes automatiques placées en arrière et l’artillerie a des réglages pré-enregistrées sur ces zones pour frapper l’ennemi qui survient. Des renforts soviétiques commencent à arriver : 149ème régiment de fusiliers motorisés, 36ème division de fusiliers motorisés. 15 chars attaquent la 5ème compagnie mais les canons antichars de 37 mm en pulvérisent un : la chaleur, le caractère volatile du carburant et les compartiments moteurs exposés vont faire monter, au départ, les pertes en blindés des Soviétiques. Mais les chars se regroupent hors de portée des canons de 37 japonais et continuent à ravager les rangs de l’infanterie.

En outre, le 2ème bataillon commence à manquer de munitions (il n’avait que la moitié de la ration normale de 5 jours), de nourriture et d’eau. Pour conserver les munitions antichars, les canons de 70 mm tirent sur les chars soviétiques, sans grand résultat. Les fantassins mettent baïonnette au canon car le sable a enrayé certains fusils et une mitrailleuse légère sur 5. Les chars BT, placés en défilement partiel à environ 1500 mètres de distance, continuent à déverser un feu meurtrier sur les Japonais en combinaison avec l’artillerie. Le contact est perdu avec le 64ème régiment. Yasuoka ordonne au bataillon de se replier à la faveur de la nuit. Mais la contre-attaque survient : 500 fantassins appuyés par des chars s’en prennent à la 5ème compagnie, renforcée par une section de la 6ème compagnie, les combats se terminant au corps-à-corps. Les 4 canons antichars de 37 mettent hors de combat 3 chars soviétiques mais d’autres arrivent sur les positions japonaises. Une escouade tentent de jeter sur les blindés des cocktails Molotov ou des mines mais elle est anéantie par les mitrailleuses. Sur le point d’être débordée, la 7ème compagnie est sauvée par l’apparition d’avions nippons qui attaquent les chars et provoquent leur retraite, suivie de celle de l’infanterie. La 5ème compagnie doit toujours faire face à la pression soviétique et son commandant, le capitaine Aoyagi, est tué. L’unité emmène ses morts et ses blessés sous le couvert des obus explosifs des canons de 37 et des mitrailleuses lourdes, et le bataillon regagne sa base de départ du 3 juillet, au nord de la colline 731.



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naga
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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   Ven 25 Jan - 7:23



A 23h30, la pluie commence à tomber et les soldats japonais récoltent de l’eau avec leurs casques. De temps à autres, les fusées éclairantes tirées par les Soviétiques révèlent un champ de bataille désolé, rempli de carcasses de chars et de corps dévorés par les mouches. A 1h30, le 6 juillet, le major Kajikawa tient un discours à la troupe pour lui faire comprendre que le repli tactique n’est que temporaire : il opère dans la tradition du 28ème régiment et selon ce que les tacticiens attendent de tout officier. En trois jours, le bataillon estime avoir éliminé 300 soldats ennemis, détruit 4 chars (2 autres seront ajoutés par les éclaireurs le lendemain) et 5 mitralleuses. Les Japonais ont retrouvé les tactiques soviétiques du manuel de 1936, qu’ils avaient traduit : les chars opèrent en soutien de l’infanterie, ouvrant la marche et manoeuvrant rapidement pour éviter le feu. L’artillerie soviétique a été efficace mais les Japonais savaient qu’elle était centrale dans le dispositif de l’Armée Rouge. Le soldat soviétique a montré de la ténacité mais peu d’initiative, confirmant les stéréotypes japonais. Pourtant, l’échec du 2ème bataillon est avant tout lié à des faiblesses intrinsèques.

La coordination entre le bataillon et l’artillerie du régiment a été inexistante. Les unités d’infanterie ont combattu isolément sans se soutenir. Le 2ème bataillon, en perdant la jonction avec le 64ème régiment, a failli être détruit par une attaque de chars. Les communications sont mauvaises tout comme l’est la logistique : le soldat japonais souffre rapidement de la soif, de la faim et du manque de munitions. La 23ème division ordonne, cependant, de reprendre l’attaque le 6 juillet. L’armée du Kwantung, mal renseignée, pense que les Soviétiques ne pourront alimenter indéfininement leur artillerie. L’attaque du bataillon vers le pont de Kawamata, le 6 juillet, est à nouveau stoppée par les obus soviétiques. Les Japonais réalisent alors qu’un avion ennemi règle le tir de l’artillerie… tout un symbole. Après avoir avancé d’un kilomètre, l’escouade de tête constate que l’ennemi se retranche. Malgré la présence d’une ligne de téléphone maintenant les communications avec l’artillerie, les Japonais ne peuvent déboucher. Le bataillon est pilonné par l’artillerie et les chars à longue distance. Le 7 juillet, dans l’après-midi, les avant-postes signalent que 150 Soviétiques avec deux mitrailleuses et des pièces d’artillerie tentent d’infiltrer les arrières du bataillon après avoir passé la Halha. Le lieutenant Saito prend deux sections de la 7ème compagnie pour contrer la menace avec une autre en réserve.




Char japonnais detruit






Saito coordonne le tir de l’artillerie régimentaire et des mitrailleuses lourdes grâce au téléphone de campagne et jette la confusion parmi les assaillants. Les Japonais chargent à la baïonnette et laissent 102 cadavres adverses sur le terrain, récupérant 20 fusils, deux mitrailleuses et deux canons. Les Soviétiques reçoivent cependant des renforts et réparent leurs barbelés. Les pluies diluviennes gonflent le niveau de la Halha mais n’empêche pas son passage à gué par les chars : aussi les Japonais laissent-ils des avant-postes pour surveiller le cours d’eau. Kajikawa, sur la foi des déclarations d’un prisonnier qui annonce une attaque imminente, veut attaquer lui-même puis se ravise, ordonnant de renforcer les défenses. La nuit se passe sans incident. A 10h00, le 8 juillet, Yasuoka avertit Kajikawa que les Soviétiques retraitent par le pont et lui ordonne d’attaquer. Le lieutenant Sawada, qui commande la section d’armes lourdes de la 5ème compagnie, mène la poursuite avec 2 mitrailleuses lourdes, 2 canons de 37 mm et 2 de 70 mm en soutien. A 11h00, Sawada découvre que l’ennemi, loin de retraiter, a au contraire reçu des renforts. Il s’empare d’un avant-poste et estime que 300 soldats, 5 chars et une douzaine de canons lui font face.



Attaque de nuit et contre-attaque soviétique

Sawada et ses hommes passent un après-midi entier pilonnés par l’artillerie soviétique. Cependant, Sawada estime être en bonne position pour une attaque de nuit et le fait savoir au major Kajikawa, qui décide à son tour d’engager tout le bataillon dans une attaque de flanc. Vers 22h30 cependant, les hommes de Sawada repèrent 2 compagnies soviétiques qui avancent dans leur direction. Sawada place ses hommes en embuscade, dont une partie pour un tir en enfilade, et surprend les Soviétiques par ses feux avant de charger à la baïonnette. Cependant les Japonais ne sont pas capables d’exploiter le désarroi des assaillants. En poussant jusqu’aux lignes ennemies, ils sont victimes de nombreux jets de grenades à main. Les tirs de fusils forcent les fantassins nippons à s’abriter, malgré l’exploit du sergent Iwakoshi qui élimine 12 adversaires à la baïonnette. Les Japonais, sans objectifs précis, perdus dans le noir, butent sur des retranchements et certains se cassent même jambes ou poignets en tombant dans des tranchées. Ils perdent un tiers de leur effectif pour nombre estimé de 150 ennemis tués. Sawada, de son côté, regagne sa position avec plus de 30 morts et blessés au matin du 9 juillet. Les fantassins nippons fortifient les hauteurs de Hinomaru.

Les Soviétiques, mécontents des pertes subies durant la nuit, lancent au matin 300 hommes appuyés par 5 chars et un barrage roulant d’artillerie contre les positions japonaises. Les fusiliers stoppent au pied des hauteurs et commencent à creuser des retranchements pendant que les chars avec des groupes de 5 à 6 fantassins, dont une paire de snipers, avancent un peu plus loin pour couvrir les travaux. Une fois les trous individuels et positions de mitrailleuses lourdes creusées, la moitié des fantassins soviétiques charge sur les hauteurs avec les chars. Les Japonais les repoussant à coups de grenades et de mortiers Knee, malgré la présence d’officiers du GRU qui surveillent l’infanterie soviétique. Plus de 100 cadavres et 2 épaves de blindés restent sur le terrain. Mais les Japonais ont repoussé plusieurs assauts à la limite de la rupture.

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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   Ven 25 Jan - 7:26



Redéploiement

Kajikawa, quant à lui, a reçu nouvelle du désastre de Yasuoka : il dépend désormais du colonel Sumi Shinichiro, commandant le 26ème régiment d’infanterie de la 7ème division, qui a remplacé Yasuoka sur son flanc gauche. Cette première défaite a par ailleurs fortement entamé l’allant du général Komatsubara, dont le pessimisme se reflète jusque dans la troupe : désormais les Japonais ne rechercheront plus le contact avec les Soviétiques. Tout la journée du 10 juillet, le 2ème bataillon repousse des attaques soviétiques avec ses mitrailleuses et ses canons. De fait, les Soviétiques tiennent un saillant depuis le pont jusqu’aux positions du 2ème bataillon : la prise des hauteurs tenues par celui-ci permettrait à l’Armée Rouge de couper en deux le dispositif japonais et d’acculer l’unité contre la rivière Halha. Pour améliorer sa position, Kajikawa ordonne une attaque nocturne dans la nuit du 10 juillet contre les troupes soviétiques stationnées à proximité. La 7ème compagnie parvient à faire passer du ravitaillement et des munitions à l’unité stationnée sur les hauteurs d’Hinomaru.


Le 11 juillet, l’artillerie japonais met hors de combat une mitrailleuse lourde soviétique et s’attire le feu de l’artillerie soviétique qu’elle fait taire par une contre-batterie efficace. Les deux camps renforcent leur défense, les Japonais ajoutant un camouflage à leurs positions. De 9h00 à 10h00, les Soviétiques bombardent intensément le bataillon, en partie avec des canons de 45 mm amenés au plus près. Le scénario se répète le lendemain 13 juillet et les fantassins échangent aussi des tirs. Kajikawa reçoit bientôt l’ordre de Sumi, venant de Komatsubara, de se replier au nord-est vers la colline 731 pour évacuer les hauteurs d’Hinomaru. Le 64ème régiment a perdu 77 tués, 29 disparus et 160 blessés, et selon le général, son esprit combattif. Le repli commence au crépuscule et il est facilité par les pluies. Le lendemain 14 juillet, Sumi envoie un messager annonçant une contre-attaque sur le pont car les Soviétiques se replierait en ne laissant qu’une arrière-garde. En fait, le 603ème régiment de fusiliers de la 82ème division, fraîchement arrivé à l’est de la Halha le 12, a été pris de panique sous le feu de l’artillerie japonaise avant d’être repris en main par l’officier politique et le commandant de régiment. Dans la nuit, le régiment est replié à l’ouest de la Halha. Sumi veut profiter de la confusion pour reprendre le terrain. Le bataillon fait demi-tour mais ne peut occuper à temps les hauteurs d’Hinomaru. Finalement, le 26ème régiment de Sumi constate que les Soviétiques ne se replient pas et le général Komatsubara arrête à nouveau l’offensive. Le 16 juillet, le 2ème bataillon est mis en réserve. Les 17-18 juillet, il occupe la colline 731 et fortifie la position sous le feu de l’artillerie soviétique, avant de revenir en réserve de la 23ème division du 20 au 27 juillet.




BA-10 russe detruit







Impasse et attrition

Les 64ème et 72ème régiments d’infanterie japonais sont en pointe de l’attaque sur le pont de Kawamata, le 23 juillet 1939. De l’artillerie supplémentaire a été expédiée du Japon : 15 000 obus seront tirés le premier jour en soutien mais l’Armée Rouge réplique par un contre-barrage et une contre-batterie encore plus puissants. En deux jours, les canons de campagne japonais consomment la moitié du stock de munitions, ce qui n’est pas pour rien dans la décision d’arrêter l’assaut dès le 25 juillet. Le général Komatsubara a ordonné aux unités sur la rive est de la Halha de se retrancher pour briser l’attaque ennemie, après quoi une contre-attaque suivra. Les deux régiments se retranchent au sud de la rivière Holsten. Le terrain surplombe la rive est de la Halha ce qui permet aux Japonais d’observer les positions adverses. Pour couvrir le flanc sud, le général Komatsubara envoie le 71ème régiment d’infanterie. Le 2ème bataillon, 28ème régiment, est envoyé là le 28 juillet pour fortifier les environs de la colline 742. Face à lui, la 82ème division de fusiliers qui attaque le détachement Nagano, que le bataillon est venu renforcer. L’attaque est repoussée.

La colline 742 est la clé du secteur mais le 2ème bataillon doit défendre 4 km de front soit le double de ce qui est prescrit dans le manuel. Pour boucher les trous, les armes lourdes couvrent les espaces dans la journée et des patrouilles les parcourent de nuit. Dans la nuit du 1er au 2 août, une cinquantaine de Soviétiques attaquent de nuit l’une des sections japonaises de la colline, mais sont repoussés et laissent 30 morts sur le terrain. Les Soviétiques ont compris l’importance de la colline et sondent à nouveau la place le 2 août. Dans les jours suivants, ils expédient 2000 obus par jour sur la hauteur, contraignant les Japonais à une guerre d’attrition que ceux-ci ne peuvent remporter. Les Japonais renforcent leurs défenses, de même que les Soviétiques, qui tentent encore une attaque le 4 août. Le 7 août, à 4h00, après un violent bombardement d’artillerie, les fantassins de l’Armée Rouge passent à nouveau à l’assaut. L’attaque s’arrête cependant vite. Un nouveau bombardement, encore plus violent, reprend à 18h30 jusqu’à 20h30. Les Soviétiques utilisent aussi des canons de 45 mm en tir direct. Puis 500 fantassins et 5 chars montent à l’assaut. Après des combats au corps-à-corps, les mortiers Knee et les canons de 70 mm utilisés en tir tendu contraignent les Soviétiques à se replier, en ordre, emportant 300 tués et blessés. Les Japonais ne sont cependant guère en meilleur état : privés d’eau et de nourriture, ils doivent en outre faire leurs besoins dans leurs trous individuels, et sont parfois contraints de manger de l’herbe. Les cas de dysenterie et même de typhus déciment la troupe. Le moral reste cependant élevé : le système régimentaire japonais fait que chaque unité est recrutée dans le même secteur, la même ville, le même village.

Le ravitaillement s’effectue de nuit mais il est dangereux car les Soviétiques sont attentifs : il faut veiller en particulier à contrôler le hennissement des chevaux ou autres animaux de trait. A la fin de la bataille, un homme sur quatre des services arrière japonais aura été tué ou blessé. L’infanterie japonaise conserve aussi du mordant : le lieutenant Saito anéantit lors d’une charge à la baïonnette une équipe d’observation d’artillerie soviétique escortée d’un détachement de protection qui tentait de s’infiltrer au plus près des lignes nipponnes. Le 9 août, tandis que l’Armée Rouge renforce son dispositif face au 71ème régiment, 200 recrues arrivent au bataillon pour combler les pertes. Le 10 août, du bois est collecté pour renforcer les fortifications. Mais le 11, on retire au bataillon ses canons de 37 mm pour les expédier au 71ème régiment, alors que les canons soviétiques de 45 mm se manifestent de plus en plus. La moitié des pertes japonaise est en fait provoquée par l’artillerie, contre 37% en 1938. L’attrition se poursuit aussi en raison des patrouilles soviétiques comme celles du 13 août. Le 14, l’artillerie bombarde les positions japonaises méthodiquement. Des mouvements de camions et de chars sont observés qui font partie d’une tromperie organisée par les Soviétiques pour leurrer les Japonais. Le lendemain, ceux-ci emploient pour la première fois des mortiers.

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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   Ven 25 Jan - 7:36



Deuxième attaque de nuit

Des éclaireurs observent les lignes soviétiques et constatent des bruits de travaux de fortification. En fait, c’est là encore une opération de tromperie de la part des Soviétiques qui ont placé des émetteurs répandant de tels sons ; en outre les Japonais constatent à nouveau que l’Armée Rouge laisse peu garnie la première ligne et déploie une défense en profondeur avec des feux d’artillerie préétablis. Le capitaine Tsuji obtient le 18 août la permission de Kijikawa de conduire une attaque préventive. Les fantassins s’enveloppent pour être plus silencieux, Tsuji arbore une croix blanche sur l’épaule pour guider ses fantassins dans l’obscurité. Il bute sur un avant-poste soviétique non décelé et le combat s’engage. Les Japonais éliminent les fantassins disposés dans les premières tranchées mais sont bloqués par les tirs d’armes lourdes postées plus en arrière.
Les mortiers Knee tentent de réduire ces positions mais progressivement, tous les officiers sauf Tsuji sont tués ou blessés. A 2h30, quatre heures après le départ du raid, Tsuji ordonne le repli en emportant ses 7 tués et 22 blessés. Tsuji pense avoir éliminé 80 soldats ennemis mais en fragmentant ses sections pour éliminer des positions fortifiées, il a manqué de l’ampleur d’un assaut de la taille de la compagnie. La guerre de positions se poursuit jusqu’au 20 août. Incapable de déloger l’adversaire, l’armée du Kwantung, pour sauver la face, a dû se résoudre à une coûteuse lutte d’attrition, dont le parcours du 2ème bataillon est un bon exemple.



L’offensive soviétique

A 6h30, le 20 août, une large formation d’appareils soviétiques bombarde les positions du 2ème bataillon. Elle fait partie des 250 appareils -dont 150 bombardiers- engagés par l’Armée Rouge en préparation de l’offensive tant attendue. Les Japonais interceptent depuis juillet des messages allant dans ce sens. En premier échelon, l’Armée Rouge a en fait déployé 2 divisions de fusiliers, 2 brigades de chars ou motorisées, 7 régiments d’artillerie et 3 divisions de cavalerie. En deuxième échelon, on trouve une autre division de fusiliers et 5 brigades de chars ou motorisées. Ces forces sont étalées sur 50 km et représentent le double de l’estimation du renseignement japonais. Celui-ci a également gravement sous-estimé l’effort logistique soviétique pour alimenter les combats autour de Nomonhan. L’Armée Rouge a mis en ligne 2600 camions dont 1000 pour le transport d’essence. Pour ravitailler les troupes à 750 km de distance, il faut cependant 5000 véhicules. Mi-août, Joukov reçoit 1625 camions supplémentaires de Russie d’Europe ce qui lui permet de mettre au point son offensive pour le 20 août. Des reconnaissances aériennes nippones détectent des concentrations de véhicules sur la rive ouest de la Halha mais les Japonais pensent pouvoir briser l’offensive soviétique et contre-attaquer ensuite…










Après le bombardement aérien, le 2ème bataillon subit encore 45 minutes de pilonnage de l’artillerie soviétique. 12 chars commencent à manoeuvrer autour de la colline 742. L’infanterie et les blindés soviétiques testent les positions japonaises : lors d’une attaque de 4 chars vers 17h00, l’un d’entre eux est incendié par une équipe antichar japonaise. En fait, ces coups de sonde servent à fixer les défenseurs nippons pendant qu’ils sont enveloppés par les chars des 6ème et 11ème brigades de chars et la 8ème brigade motorisée qui ont progressé du sud-est au nord-est pour couper les arrières des Japonais. Kajikawa comprend la manoeuvre et envoie des éclaireurs qui rapportent la présence de 1000 camions et 500 chars ou automitrailleuses sur le flanc gauche du bataillon. Le 71ème est régiment est attaqué par les fusiliers des 80ème et 127ème régiments soutenus par les chars de la 6ème brigade de chars, à l’essence moins volatile et dont les compartiments moteurs sont désormais protégés contre des jets de cocktail Molotov. Le 21 août, à 8h00, le barrage d’artillerie reprend et les canons ciblent désormais les positions repérées la veille. Les fantassins soviétiques s’infiltrent dans les positions japonaises mais les Nippons les surclassent au corps-à-corps. Les Japonais notent cependant la bonne coordination ennemie entre infanterie et artillerie. Le lendemain, 22 août, le bombardement reprend et les premiers signes de désintégration dans le bataillon apparaissent suite aux assauts d’infanterie répétés des Soviétiques. Les Japonais manquent désespérement d’eau et de munitions. Dans la nuit du 23 au 24 août, des chars arrivent à passer à travers le dispositif nippon lors de violents combats.



L’encerclement du 2ème bataillon et la retraite

Au matin du 24 août, le major Kajikawa découvre avec stupeur que le 71ème régiment s’est finalement replié s’en l’en aviser, alors même que le tir d’enfilade des obusiers soviétiques provoque de plus en plus de pertes. Plus de 30 chars apparaissent en bas des positions japonaises et l’infanterie suit un officier portant un drapeau rouge. Les Soviétiques sont repoussés au sabre et à la baïonnette. Les blindés détruisent un dépôt de munitions sur les arrières du bataillon et leur infanterie débarquée attaquent les Japonais par l’arrière. Le pilonnage d’artillerie est particulièrement intense entre 12h00 et 14h00. Les Soviétiques infiltrent les position nippones et tirent au fusil et à la grenade : l’état-major de Kajikawa et le major lui-même prennent part au combat, avant d’être contraints de décrocher. A 17h00, les survivants reçoivent le renfort du colonel Morita et de 40 hommes. Kajikawa reçoit pourtant l’ordre de tenir à tout prix. Le lendemain, l’artillerie soviétique reprend son pilonnage, puis l’infanterie suit derrière un drapeau rouge. Les Japonais n’ont plus de munitions pour leur artillerie. Le lieutenant Tahara, de la 5ème compagnie, tue trois adversaire au sabre : blessé par un coup d’arme automatique, il se tire une balle dans la tête pour éviter d’être capturé en criant « Longue vie à l’empereur ! ».


A 15h00, les Japonais n’ont plus de munitions et sont pilonnés par les mortiers, les chars complètant l’encerclement. Les Soviétiques ont emporté les positions d’artillerie et de mitrailleuses. Les blessés ne peuvent plus être soignés et les docteurs leur confient des grenades. Dans la nuit, Kajikawa ordonne une percée avec tous les éléments valides. A 2h00 le 26 août, il n’y a plus que 55 hommes en état de se battre avec un ou deux mitrailleuses légères et une mitrailleuse lourde. Mais il faut encore traverser la rivière Holsten, ce que les survivants ne font qu’au prix d’une véritable anabase. Sur 28 officiers et 854 hommes, 13 officiers et 264 soldats sont morts, 11 officiers et 367 hommes sont blessés et 47 sont portés disparus. Mis en réserve, le bataillon doit encore se déplacer dans la nuit du 30 au 31 août en raison du tir d’artillerie qui le vise encore à 10 km des lignes.




Mitrailleuses japonaises capturees






Conclusion

L’attaque blindée de Joukov tourne par le sud les positions de la 23ème division d’infanterie japonaise. Au nord, la progression est plus lente mais les chars lance-flammes soviétiques viennent à bout de la résistance et les deux pinces se rejoignent à Nomonhan, encerclant la 23ème division. Les Soviétiques se contentent ensuite de se retrancher à la frontière. Un cessez-le-feu est conclu le 16 septembre. La doctrine de combinaison des armes soviétique a fait ses preuves alors que la doctrine japonaise d’infanterie a failli, ce qui ne va pourtant pas entraîner un changement radical côté nippon.

Les Japonais ont privilégié leur infanterie en connaissance de cause de leur infériorité matérielle et technologique. Sous-estimant l’ennemi, ils pensaient que les qualités intrinsèques du combattant japonais permettrait de venir facilement à bout du fantassin soviétique. Pourtant, dès le mois de juillet, là où la doctrine valorise l’initiative, le commandement japonais s’enferme dans une posture défensive et joue le jeu de la guerre d’attrition des Soviétiques, montrant peu de souplesse. Mais les Japonais manquent tout simplement d’artillerie et de blindés et les fantassins ne peuvent souvent pas atteindre leur véritable objectif, l’infanterie ennemie. En sous-estimant l’Armée Rouge, les Japonais ont précipité leur défaite, étant incapable de voir que les Soviétiques apprenaient à leur contact et s’adaptaient.




Grigori Shtern, Khorloogiin Choibalsan and Georgy Zhukov a Khalkhin Gol








Les Japonais ne savent pas bâtir des positions défensives aménagées correctement car ils pensent bientôt être à nouveau sur l’offensive. Le renseignement fait également défaut car presque jusqu’au bout, l’état-major de l’armée du Kwantung croit avoir à faire à un ennemi démoralisé et qui retraite. L’infanterie japonais excelle dans les attaques nocturnes au niveau de la section ou de la compagnie, mais elle affronte des divisions de fusiliers de seconde ligne qui ne représentent pas l’ensemble du système de combat soviétique, malgré des assauts frontaux coûteux et des tactiques peu originales. Contre les chars et l’artillerie, la doctrine japonaise est de peu d’utilité. Aussi courageux que soient les officiers, ils ne peuvent rien faire contre les blindés.

Le 2ème bataillon du 28ème régiment en paie le prix : 86% de pertes contre 73% en moyenne pour les unités japonaises engagées. Bien que dépourvus de l’apport logistique, les fantassins tiennent en raison de la valeur du commandant d’unité et des officiers subalternes. Cependant, après la bataille, le commandement de la 7ème division lui-même reconnaît qu’il sera difficile de restaurer le moral qui existait précédemment. Or le moral est central dans la doctrine japonaise, et paradoxalement, il a accentué les pertes, qui atteignent des taux records à Nomonhan.

L’armée impériale japonaise ne change pourtant rien à la suprématie de l’infanterie, et ne développe pas les chars, mais plutôt les avions. Elle conclut que la bravoure de l’infanterie reste la qualité suprême du combattant japonais sur le champ de bataille. L’infanterie nipponne reste un adversaire formidable mais dans la guerre devenue moderne, elle tourne à l’anachronisme, comme le montrera bientôt la guerre du Pacifique.



Pour en savoir plus :

Edward J. DREA, Nomonhan : Soviet-Japanese Tactical Combat, 1939, Leavenworth Papers n°2, 1981.


Source
Stephane Mantoux
http://alliancegeostrategique.org


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vania
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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   Ven 25 Jan - 14:01

Très bon sujet, pas assez connu ...
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naga
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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   Lun 28 Jan - 2:29


Memorial de la bataille











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greg ace
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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   Jeu 31 Jan - 12:30

Bon sujet mais pas si inconnu que cela!!!!


greg
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vania
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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   Jeu 31 Jan - 14:27

Chez nous, en occident ...
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MessageSujet: Re: Une guerre inconnue   

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