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 "La guillotine glacée" vorkouta.

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Feldmarshall
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MessageSujet: "La guillotine glacée" vorkouta.   Mer 24 Avr - 20:31

Petits résumé.

Un des camps du Goulag au régime le plus dur a été construit dans le bassin en 1932. Il fut surnommé « la guillotine glacée ». Les prisonniers du Goulag ont construit la ville de Vorkouta et exploité les mines de la région à partir des années 1930.
En 1941, la ville et les camps ont été reliés au reste du pays par une ligne de train reliant Konocha et Kotlas et les camps d'Inta et construite par les prisonniers. Vorkouta obtient le statut de ville le 26 novembre 1943.

Pendant la guerre froide, la région de Vorkouta abritait une base militaire avancée pour les bombardiers soviétiques.

Les camps autour de Vorkouta étaient les plus peuplés de toute la partie européenne de l'Union des républiques socialistes soviétiques et servaient de plus à gérer d'autres camps plus petits comme ceux de Kotlas, Petchora et Ijma (appelée maintenant Sosnogorsk). En 1953, les détenus se révoltèrent contre leurs conditions de détention — les températures pouvant atteindre –60 °C — avant d'être implacablement réprimés par l'armée et le NKVD.

La plupart des camps du Goulag cessèrent leurs activités dans les années 1950. Cependant, certains assurent que des camps ont continué de fonctionner dans la région de Vorkouta jusque dans les années 1980.

Vers la fin des années 1980, les mineurs se sont mis en grève pour protester contre des retards de paiement dans leurs salaires allant jusqu'à un an. La plupart des mines de charbon ont été fermées depuis la fin des années 1990 en raison des coûts d'exploitation trop élevés.



La révolte.

Les gens ont beau dire, la
guerre, la bombe, ce ne sont point là les dangers qui les
hantent vraiment. Ce que, même sans le savoir de façon
claire, ils craignent le plus, c’est que l’homme contemporain, en
quelque pays que ce soit et sous quelque régime qu’il «
vive », en ait marre. Des conférences, de la «
détente », des explosions à mesurer, soupeser,
évaluer, ça on en parle. Mais qu’un mouvement de
vraie révolte se produise, c’est le silence, ou bien trois
lignes entre quatre faits divers. Une nouvelle grève à
Vorkouta, par exemple, accompagnée d’une véritable
révolte des esclaves concentrationnaires, qui donc en a
entendu parler ? En France comme en Suisse, sauf très
exactement deux exceptions, personne qui n’ait cru, lorsque j’ai
demandé : « Avez-vous lu ? », que j’arrivais bon
dernier avec les nouvelles des grèves de 1953 révélées
entre autres par Scholmer. Quand je lui appris l’événement,
Monatte, qui cependant lit à peu près tout, s’est
écrié : « Mais qu’est-ce qu’ils foutent, nos
mangeurs professionnels de cocos ? » Et Camus – il est l’une
des deux heureuses exceptions – m’a pourtant assuré qu’en
dehors d’une vague note dans « l’Express », le «
Times » de Londres lui-même avait publié et
authentifié la chose ; cela n’a pas empêché le
reste de la presse de dormir. Jusqu’à un rédacteur de
la politique étrangère d’un journal «
socialiste » qui est tombé des nues quand je lui ai
téléphoné ; et n’imaginez pas qu’il ait,
depuis (tout lucide qu’il soit vis-à-vis du totalitarisme
moscovite), publié le moindre article sur ce sujet. – À
« Témoins » donc, à notre humble canard de
se permettre d’insister. Car, sauf un grand article (d’ailleurs,
comme toujours sous la plume de tout journaliste qui se respecte,
fourmillant d’inexactitudes) dans le « Corriere
d’Informazione » du 14 novembre, il n’y a eu jusqu’ici
que le journal des socialistes viennois, l’« Arbeiter-Zeitung
», qui, dans la première page de son numéro du 13
novembre (source de l’article du « Corriere »), ait
jugé indispensable de révéler ce que
d’ex-prisonniers, tout fraîchement rapatriés, ont pu
rapporter sur les luttes qui viennent d’ensanglanter l’une des
principales régions concentrationnaires du paradis toujours
stalinien. – Voici l’essentiel des révélations du
journal de Vienne :


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MessageSujet: Re: "La guillotine glacée" vorkouta.   Jeu 25 Avr - 18:35

Les premières grèves de cet été


À Vorkouta, zone russe de
travaux forcés aux confins de l’océan Glacial, dans
laquelle des centaines de milliers de détenus politiques
mènent une existence d’esclaves, des troubles ont à
nouveau éclaté à une époque toute
récente… La nouvelle du « cours nouveau »
et de la détente de la politique russe s’était
répandue jusque dans les régions minières de la
Sibérie, insufflant un nouveau courage aux damnés de
l’État soviétique… (Il y eut des grèves) à
la suite desquelles, au cours de cet été, fut
promulguée une amnistie partielle en faveur des détenus
politiques.

Or, les récits d’un certain nombre de Viennois
aujourd’hui rapatriés, mais qui se trouvaient encore à
Vorkouta il y a seulement quelques semaines, expliquent à la
fois les raisons d’une telle mesure d’« apaisement »
et les conséquences sanglantes de son insuffisance.

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MessageSujet: Re: "La guillotine glacée" vorkouta.   Sam 27 Avr - 14:41

Cinq puits paralysés


Au cours de l’été,
la population de Vorkouta n’avait pas été sans
apprendre que la situation mondiale marquait une détente, à
la suite de la signature du traité d’État avec
l’Autriche et de la conférence des premiers ministres tenue
à Genève. Les prisonniers politiques revendiquèrent
alors une diminution de toutes les « peines » et
l’amélioration des conditions de travail. Mais toutes ces
demandes demeurèrent sans effet. Il s’ensuivit un mouvement
de grève tout à fait spontané. Dans un espace de
quelques heures, 50 000 prisonniers décidèrent de ne
pas descendre à la mine. Les puits 1, 3, 4 et 32 cessèrent
tout travail.

Dans les puits 9 et 10, la grève
fut seulement partielle, car les détenus qui y sont affectés
sont des Baltes – Estoniens, Lettons et Lithuaniens – qui, ayant
déjà presque tous entièrement purgé leur
peine, craignaient – du moins une grande partie d’entre eux –
de s’exposer à de nouvelles représailles en
participant à l’action entreprise.

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MessageSujet: Re: "La guillotine glacée" vorkouta.   Dim 28 Avr - 18:52

La lutte pour le pain et pour l’eau


La direction du camp répondit
à l’ordre de grève en ordonnant de couper l’eau à
toutes les sections qui avaient cessé le travail et en
envoyant des camions chargés d’emporter tous les stocks de
vivres.

Sur quoi les grévistes,
passant à l’action directe, barricadèrent les issues
pour empêcher la « fuite » du pain, obligèrent
les gardes du MWD à quitter les lieux et finalement menacèrent
de mettre le feu au camp si l’eau leur était coupée.

Les garde-chiourme du MWD ne sont
pas assez nombreux pour mater par la force un soulèvement
aussi général. Aussi, tout comme déjà
d’autres fois dans le passé, la direction du camp
accepta-t-elle de négocier. Mais les détenus firent
savoir qu’il ne négocieraient qu’avec des fonctionnaires
responsables venus de Moscou. Vu le trou béant créé
par la grève dans la production, le gouvernement central
lui-même finit par céder.

En effet, le ministre de
l’intérieur Krouglov, accompagné de quelques généraux
du MWD, arrivait bientôt en avion à Vorkouta et
s’entretint avec une délégation des prisonniers
politiques. Il promit un adoucissement du régime pénitentiaire
et une amnistie. Peu de temps après, l’amnistie était
effectivement promulguée.


Les détenus reprirent le
travail. Mais on ne tarda pas à devoir constater que la
soi-disant amnistie n’avait été, dans la plupart des
cas, qu’une grossière supercherie. Certes, la majorité
des prisonniers amnistiés s’étaient vus
officiellement remis en « liberté », mais pour
être ensuite astreints à un domicile forcé,
toujours au nord du cercle polaire. Cet avancement de la condition
d’esclaves à celle de serfs n’était pas exactement
ce que les détenus s’étaient imaginé.

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MessageSujet: Re: "La guillotine glacée" vorkouta.   Lun 29 Avr - 19:54

Renforts de « droit commun » et lutte à mort


Tout comme dans les camps de
concentration hitlériens, les détenus de droit commun,
les criminels [1] ont, dans les camps russes, une
situation privilégiée, en ce sens qu’ils détiennent
la plupart des postes de « capos ». Ils font régner
dans les camps une véritable terreur, et les gardiens du MWD,
en général beaucoup trop peu nombreux, les utilisent
pour tenir en respect les détenus politiques. Dans cet enfer,
l’opposition entre droit commun et politiques est acharnée,
impitoyable, brutale.

Or, au cours de ces derniers
mois, plus de cent mille prisonniers de droit commun furent amenés
à Vorkouta. Aussi les conflits entre politiques et membres de
la pègre ne cessèrent-ils de se succéder.

A suivre ....

1] Les rapatriés viennois, ou tout au moins le
journaliste qui rapporte leurs propos, simplifient ici la situation.
D’abord, il est si facile d’être « droit commun »,
en Russie. Il suffit, par exemple, d’être arrivé trois
fois en retard au travail – d’où révocation et
impossibilité de trouver un autre emploi (le passeport
intérieur n’est pas fait pour les chiens – heureux chiens
!) ; dès lors, il faut bien voler pour vivre. Et de plus, chez
les « droit commun » en général, qu’ils
le soient devenus par force (la force de l’État) ou par
goût, il y a deux catégories : ceux des vrais
résistants, qui refusent toute collaboration avec les
autorités – et les autres.
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