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  La bataille de Dakar septembre 1940

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naga
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MessageSujet: La bataille de Dakar septembre 1940   Lun 22 Déc - 13:03

Depuis l'Armistice du 22 juin 1940, la France défendait sont droit à rester neutre dans la guerre.
Mais la marine française préoccupait beaucoup l'Angleterre qui avait peur de la voir passer du coté Allemand.
La récupération de navires modernes par les forces de l'Axe serait désastreuse pour les Anglais.
En parallèle, les gaullistes tentaient de persuader les anciennes colonies françaises de rester en guerre contre l’Axe.

En septembre 1940, c’est-à-dire trois mois après l'Appel du 18 juin,deux mois après la bataille de Mers el-Kébir,et un mois après
le ralliement de l'Afrique Equatoriale Française (AEF), l’autoproclamé chef de la résistance Charles de Gaulle
et le Premier ministre britannique Winston Churchill pensaient pouvoir prendre le contrôle politique et militaire
de l'Afrique Occidentale Française (AOF) qui obéissait au Gouvernement de Vichy.
Cela a engendré la Bataille de Dakar, premier acte de la guerre franco-française, et opération qui aura de
lourdes conséquences sur la suite du conflit mondial.


Préparation difficile et compromise de l’attaque

Lorsqu’on lit les Mémoires de Guerre de Charles de Gaulle (Tome 1, Plon, Paris, 1954, p. 96-111) et
le Mémoire sur la deuxième guerre mondiale de Winston Churchill (Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 168-189), on remarque rapidement qu’ils consacrent une place assez importante
à l’expédition anglo-gaulliste de Dakar et à sa préparation.
Alors qu’ils expliquent souvent leurs aventures de manière généraliste, on constate quelques détails pour cet épisode
peu mentionné aujourd’hui dans les bouquins d’histoire.
L’échec de cette expédition, qui fut finalement franco-française avant d’être anglo-vichyste, fut ressenti
comme une désillusion pour les deux hommes, et surtout pour De Gaulle puisqu’il s’agissait de l’une des rares fois
où il s’était placé à la tête de ses forces, et donc était présent sur le terrain.
De plus, il accordait une place importante à l’Afrique puisqu’il voulait y établir son autorité et la faire rentrer dans la guerre
le plus vite possible :
« Dans les vastes étendues de l’Afrique, la France pouvait, en effet, se refaire une armée et une souveraineté
[ou la sienne qu'il assimilait à celle de la France ?], en attendant que l’entrée en ligne d’alliés nouveaux, à côté des anciens,
renversât la balance des forces […] Participer avec des forces et des terres françaises à la bataille d’Afrique,
c’était faire rentrer dans la guerre comme un morceau de la France. »
(Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 91).
Néanmoins, c’est avant-tout le récit de Churchill qui a retenu mon attention pour le nombre plus important de sources,
même s’il s’avère peu objectif comme celui de de Gaulle.





C’est à partir du 3 août 1940 que les deux acteurs prévoyaient un projet de débarquement en Afrique Occidentale,
que tenait à cœur De Gaulle.
Voici ce que disait le Premier ministre anglais :
« Dans la soirée du 3 août 1940, j’envoyai, des Chequers, mon approbation générale à un projet de débarquement
de forces françaises libres en Afrique occidentale. Le général de Gaulle, le général de division Spears et le major Morton
avaient dressé les grandes lignes d’un plan dont le but était de planter le drapeau de la France Libre en Afrique occidentale
et d’occuper Dakar, afin de consolider ainsi la situation dans les colonies de l’Afrique occidentale et équatoriale
en faveur du général de Gaulle et de permettre le ralliement ultérieur des colonies de l’Afrique du Nord. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 169).
Dakar était déjà évoqué,mais pourquoi ?
Cette ville portuaire occupait une position stratégique enviable.Elle se situait au point de séparation de l’Atlantique nord
et sud, en avancée face à l’Amérique latine, et sur le chemin entre l’Afrique du Sud et l’Europe.
Churchill ajouta que le lendemain, les chefs d’état-major britanniques analysèrent ce plan prévu la sous-commission
des plans d’opérations combinées puis rédigèrent un rapport au Cabinet de guerre.
Trois éléments étaient pris en compte :

« premièrement, les forces devraient être armées et réparties entre les navires de manière à pouvoir débarquer
dans n’importe quel port français de l’Afrique occidentale ;

deuxièmement, l’opération serait accomplie uniquement par des troupes françaises libres, sans éléments britanniques
autres que les navires de transport et d’escorte ;

troisièmement, l’affaire se règlerait entre Français, de sorte que les troupes débarqueraient sans rencontrer d’opposition véritable. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 169).

Les Anglais pensaient que l’arrivée des troupes de de Gaulle n’enclencherait pas réellement d’hostilité et
que les troupes stationées sur place se rangeraient derrière l’auto-proclamé chef de la France libre.
Mais ce plan initial écartait toute attaque directe de la place puisque les effectifs des troupes gaullistes étaient très faibles
à cette époque (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 96-97).

Il s’agissait de débarquer à Conakry une colonne ouverte par voie maritime et par les britanniques,
afin que la flotte puisse progresser ensuite sur Dakar (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 97).


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naga
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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Mar 23 Déc - 0:58

Une conversation sérieuse eut lieu entre de Gaulle et Churchill le 6 août 1940 à Downing Street,
et les deux hommes pensaient nécessaires le principe d’une expédition sur Dakar :
« Nous envisageons d’y consacrer une escadre considérable.Mais cette escadre, nous ne pourrions la laisser longtemps
sur les côtes d’Afrique. La nécessité de la reprendre pour contribuer à la couverture de l’Angleterre, ainsi qu’à nos opérations
en Méditerranée exige que nous fassions les choses très rapidement. »
(Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 97).
La narration qu’en fait de Gaulle est intéressante puisqu’on y découvre les buts poursuivis par les deux acteurs,
les enjeux stratégiques, mais aussi leurs personnalités.
On voit aussi de sa part le souci de préparer ses lecteurs à comprendre les raisons d’échec et à réduire sa part de responsabilité
(mais qui sera plus importante qu’il le prétendra, nous le verrons plus tard).
Cependant, Churchill envisagea un plan d’action visant à occuper et à rallier la capitale fédérale de l’Afrique Occidentale,
qui consista en une attaque directe sur la ville.
Selon de Gaulle, il était prévue qu’une escadre serait envoyée à Dakar,et des parlementaires iraient alors rencontrer
le gouverneur Boisson afin de choisir entre coopérer ou subir une attaque alliée
(Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 98).
A l’issu de plusieurs réunions, de Gaulle se rend à l’évidence et oublia Conakry.
Il est prêt à s’associer aux britannique dans le cadre d’une attaque directe sur Dakar.
Cette place est un moyen pour le contrôle de l’Empire français demeuré presque intact après la débâcle de mai-juin 40.
Le gouvernement de Vichy avait pu maintenir tant bien que mal sa souveraineté, à part le Tchad et
déjà une grande partie de l’Afrique Equatoriale qui commençait à basculer chez les gaullistes.
De son côté, de Gaulle voulait s’appuyer sur cette base pour "participer avec des forces et des terres françaises
à la bataille d’Afrique, arracher la France à l’exil et l’installer en toute souveraineté en territoire national".

Le 7 août à 23 heures, Churchill préside une réunion entre les chefs d’état-major.Il était convaincu que Dakar
était le meilleur endroit pour faire débarquer les forces gaullistes, mais que l’opération devait être soutenue par les Britanniques
afin d’être suffisamment nombreux pour en assurer le succès.
Cependant, l’état-major se montrait hésitant :
« Les chefs d’état-major soulignèrent qu’il y avait contradiction entre une politique visant à améliorer nos relations
avec Vichy et l’intérêt que nous avions à mobiliser les colonies françaises contre l’Allemagne.
Il soulignèrent que le mouvement du général de Gaulle risquait de nous attirer une guerre avec la France métropolitaine
et ses colonies. Si, toutefois, les renseignements envoyés par les agents de la France Libre qui se trouvaient sur place
et par nos propres représentants dans la région étaient favorables, ils se déclaraient en faveur de l’opération. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 170). Il faut donc convaincre.

Le 8 août 1940, Churchill tente de justifier l’importance du projet :

« Premier Ministre à général Ismay

pour Conseil des chefs d’état-major

1° Le télégramme envoyé par le gouverneur du Nigeria montre qu’il faut craindre de voir l’influence allemande s’étendre
rapidement dans les colonies d’Afrique occidentale française avec la connivence ou l’appui du gouvernement de Vichy
[il s’agit ici d’un mensonge puisqu’une coopération militaire entre la France et l’Allemagne n’était pas prévue à ce moment,
et les Allemands ne montraient guère d’intérêts pour l’Afrique en 40, même ils s'y implantèrent progressivement].
Si nous n’agissons pas avec célérité et énergie, nous risquons de voir s’installer tout au long des côtes des bases efficaces
de sous-marins, appuyées par l’aviation allemande.
Il en résultera que cette côte nous sera interdite alors que les Allemands en disposeront dans les mêmes conditions
que le côte occidentale d’Europe.

[…]

3° Il paraît extrêmement important pour les intérêts britanniques que le général de Gaulle puisse s’emparer de Dakar
le plus tôt possible. Si des émissaires signalent qu’il peut le faire pacifiquement, tant mieux.
Si leurs rapports sont défavorables, on pourra fournir un effectif polonais et britannique convenable et tout l’appui naval nécessaire. L’opération, une fois commencée, devra être menée jusqu’au bout.
De Gaulle lui donnera un caractère français et, bien entendu, en cas de succès, c’est son administration qui fonctionnera.
Mais il nous faut fournir l’appoint de forces nécessaire.

4° Les chefs d’état-major prépareront un plan ayant pour objectif la conquête de Dakar.
Ils considéreront comme disponibles, à cet effet :

a) les troupes de de Gaulle et tous les navires français qu’on pourra réunir ;
b) un détachement naval britannique assez important pour être supérieur aux navires de guerre français se trouvant
dans les parages, et pour couvrir le débarquement ;
c) une brigade de Polonais convenablement équipés ;
d) la Royale Marine Brigade qui avait été gardée disponible pour les îles de l’Atlantique,mais qui pourrait fort bien aider d’abord
à se mettre de Gaulle à terre, ou, à défaut, des commandos de sir Roger Keyes ;
e) un soutien aérien convenable, fourni soit par des portes-avions, soit par des appareils opérant à partir d’une colonie britannique
de l’Afrique occidentale.

[…]

6° Il n’est pas envisagé, si Dakar est pris, d’y établir des forces britanniques.
L’administration du général de Gaulle sera mise en place et devra assurer sa propre subsistance,l’aide anglaise se limitant
à l’envoi d’approvisionnements d’une importance modérée et, naturellement,à l’interception de toute expédition qui pourrait venir
par mer de la France germanisée. Si de Gaulle ne réussissait pas à se maintenir à demeure à cause des attaques d’avions
ou de troupes aéroportées, nous le rembarquerions après avoir détruit toutes les installations du port.
En tout état de cause, il faudra appareiller le Richelieu, sous pavillon français, et le réparer.
Les Polonais et les Belges recouvreront également leur or que le gouvernement français avait envoyé en sécurité
en Afrique avant l’armistice.

[…]

8° Le cabinet se réserve d’examiner dans quelle mesure on risque une déclaration de guerre de la France
et il appréciera jusqu’à quelle limite il convient de courir ce danger. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 170-171).

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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Mar 23 Déc - 0:59


Churchill présenta le projet au Cabinet de guerre britannique le 13 août,et ajouta que cette opération devait aller plus loin
que le projet officiel, limité à une action française.
Ce conseil l’approuva, mais émit quelques réserves puisqu’il craignait une déclaration de guerre de la France,
une chose que le Premier ministre anglais ne croyait pas.
Ce dernier s’engagea alors dans le lancement de cette opération qui reçut la dénomination de « Menace ».
En parallèle, il tente de deviner la position de la France :
« Il y avait de grandes chances d’atteindre ces résultats sans effusion de sang et mon instinct me disait que la France de Vichy
ne déclarerait pas la guerre.La résistance obstinée de l’Angleterre, l’état d’esprit résolu des Etats-Unis,avaient éveillé
de nouveaux espoirs dans les cœurs français. Si nous gagnions, Vichy pouvait se contenter de hausser les épaules.
Si nous perdions, Vichy pouvait tirer parti de sa résistance en présentant comme un acte de vertu à ses maîtres allemands.
Le danger le plus grave aurait été une prolongation des combats. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale,
Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 172).

Sur ce point, on ne peut pas dire que Churchill s’était beaucoup trompé. Malgré tout, n’oublions pas qu’il a écrit après la guerre
et qu’il aurait très bien pu penser différemment durant la Seconde Guerre Mondiale.
Puis il explique que les gaullistes étaient prêts à créer un conflit au sein de l’armée française et ne seraient pas opposés
à voir les Britanniques à attaquer des français dépendant de Vichy :
« A cette époque, les forces de la France Libre en Angleterre n’étaient encore qu’un groupe de héros en exil
[c’est son point de vue] ayant pris les armes contre le gouvernement qui fonctionnait dans leur pays.
Ils étaient prêts à tirer sur leurs compatriotes et à accepter de voir couler des navires français par des canons britanniques. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 173).





La guerre franco-française est nécessaire aux gaullistes car c’est le seul moyen qu’ils ont pour faire reconnaître
la légitimité de Gaulle. Mais est-ce que ce conflit national servait davantage les intérêts de la France ou
prioritairement ceux de de Gaulle ?

Le 20 août à 22H30, Le Premier ministre britannique préside une réunion avec chefs d’état-major et Charles de Gaulle.
Ils décidèrent ensemble des différentes étapes de l’opération :
« Le groupe des navires anglo-français arrivera à l’aube devant Dakar,des avions jetteront des banderoles
et des tracts sur la ville, l’escadre anglaise restera à l’horizon et les navires français s’approcheront du port.
Un parlementaire, transporté par une embarcation arborant le pavillon tricolore et un pavillon blanc,pénétrera dans ce port,
pour remettre à l’adresse du gouverneur, une lettre annonçant que le général de Gaulle et ses troupes de la France Libre arrivait.
Le général de Gaulle soulignera dans cette lettre qu’il vient pour prémunir Dakar contre le danger imminent d’une agression allemande
et qu’il apporte des vivres et des secours pour la garnison et les habitants.
Si le gouverneur se montre raisonnable tout ira pour le mieux, dans le cas contraire et si les défenses côtières ouvrent le feu,
les escadres britanniques se rapprocheront.
Si l’opposition persiste, les bâtiments de guerre britanniques ouvriront le feu sur les batteries françaises,
mais avec la plus extrême réserve.
Si l’opposition se fait résolue, les forces anglaises mettront tous leurs moyens en œuvre pour vaincre la résistance.
Il est essentiel que l’opération puisse être achevée et que le général de Gaulle soit maître de Dakar, à la tombée de la nuit. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 174).




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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Mer 24 Déc - 2:03

Cependant, plusieurs imprévus empêchèrent la réalisation de ce projet à temps.
Dès le 22 août, Churchill reçoit une lettre du secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères lui indiquant que des fuites
s’étaient produites au sujet de cette attaque surprise.
Est-ce que le maréchal Pétain était au courant de l’opération anglo-gaulliste envisagée ?
En l’absence de preuve, nous ne pouvons pas le savoir. Mais des déplacements de troupes françaises nous suggèrent
qu’il craignait une attaque :
« Le 9 septembre à 18H24, le consul général britannique de Tanger câbla à l’amiral North, commandant la station
de l’Atlantique Nord, qu’il le rencontrerait à Gibraltar, et transmit le message suivant au Foreign Office :
« Reçu ce qui suit de « Jacques ». Il est possible qu’une escadre française essaye de franchir le détroit en directions de l’Ouest,
en route vers une destination inconnue.Cette tentative pourrait être réglée de manière à se produire
dans les soixante-douze heures qui viennent. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 175).
En revanche, rien ne dit que les pétainistes savaient que les gaullistes participeraient à l’offensive,et l’objectif de mouvement
de troupe était probablement de contrer les Anglais en cas d’attaque de ces derniers,afin de ne pas assister
à un nouveau Mers el-Kebir.
Selon le Premier ministre britannique, le télégramme fut répété de Tanger au Foreign Office et reçu le 10 à 7H50.
Cependant, Londres subissait un bombardement aérien intensif de la part des Allemands, engendrant un retard
dans le déchiffrement des télégrammes puisque le travail était régulièrement interrompu.
De plus, il ajoute le message ne comportait pas la mention « Important » et n’a donc pas été immédiatement décrypté.
Alors il ne fut distribué que le 14 septembre, jour où il atteignit l’Amirauté.
La marine anglaise tenta malgré tout d’intercepter la flotte française qui franchissait Gibraltar pour rejoindre Dakar,
mais ce fut un échec :
« Le 10 septembre, à 18 heures, l’attaché naval britannique à Madrid fut informé officiellement par l’Amirauté française
que trois croiseurs du type Georges-Leygues et trois contre-torpilleurs, avaient appareillé de Toulon et comptaient franchir
le détroit de Gibraltar dans la matinée du 11.


Croiseurs du type Georges-Leygues





Telle était la procédure normale, alors acceptée par le gouvernement de Vichy, et c’était une mesure de précaution
qu’il ne prenait qu’au tout dernier moment. L’attaché naval en rendit compte aussitôt à l’Amirauté et à l’amiral North,à Gibraltar.
Le message fut reçu à Londres à 23 h 50, le 10 septembre. Il fut déchiffré et envoyé au capitaine de vaisseau de service
qui le transmit au directeur de la division des opérations (section étranger).
Cet officier qui n’ignorait rien, quant à lui, de l’opération de Dakar, eût dû en saisir immédiatement l’importance décisive.
Il n’eut cependant pas de réaction instantanée et laissa le message suivre la voie ordinaire avec les autres télégrammes
destinés au Premier Lord de la Mer.Cette bévue lui valut de recevoir, par la suite, un blâme de la part des Lords »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 175-176).

Malgré tout, les Anglais tentèrent de réagirent, mais c’est un autre problème de communication qui ruina leurs efforts :
« Toutefois, le destroyer Hotspur, qui patrouillait en Méditerranée,aperçut les navires français le 11 septembre, à 5 h 15,
à 50 milles dans l’est de Gibraltar et les signale à l’amiral North.
L’amiral Somerville, chef de la Force H alors basée sur Gibraltar, avait également reçu copie du télégramme
de l’attaché naval à Madrid, huit minutes après minuit, ce même jour.
A 7 heures, il ordonna au Renown de se tenir à une heure d’appareillage et attendit les instructions de l’Amirauté.
Par suite de l’erreur commise par le directeur de la division des opérations et du retard subi au Foreign Office
par le télégramme du consul général de Tanger, le Premier Lord de la Mer ignora tout du passage des navires de guerre français
jusqu’au moment où le message du Hotspur lui fut présenté, pendant le conseil que les chefs d’état-major
tenaient avant la séance du cabinet. Il téléphona aussitôt à l’Amirauté pour que fût envoyé l’ordre de faire partir l HMS Renown
et ses destroyers. C’était déjà chose faite. Il se présenta alors devant le Cabinet de guerre.
Mais à cause de la coïncidence qui avait voulu que deux communications séparées – celle du conseil général de Tanger
et celle de l’attaché naval de Madrid – eussent manqué leur but et, parce qu’elles n’avaient pas reçu l’attention
qu’elles méritaient aux divers échelons, il était trop tard pour réagir. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 176).


Le destroyer Hotspur





Cependant, après que les troupes françaises du maréchal Pétain eussent passé Gibraltar, les autorités britanniques
donnèrent rapidement des instructions au Renown avant de les intercepter à Casablanca :
« Trois croiseurs et trois contre-torpilleurs français passèrent le détroit à toute vitesse (25 nœuds),le 11, à 8 h 35 et
descendirent vers le Sud le long de la côte d’Afrique.
Le Cabinet de guerre, quand il en fut informé, demanda immédiatement au Premier Lord d’ordonner au Renown
de prendre contact avec ces navires, de leur demander leur destination et de leur faire comprendre qu’ils ne seraient autorisés
à gagner aucun port occupé par les Allemands.
S’ils répondaient qu’ils se dirigeraient vers le Sud, il fallait leur dire qu’ils pouvaient se rendre à Casablanca et, dans les cas,
les y escorter.
S’ils ressayaient de dépasser Casablanca pour se rendre à Dakar, il fallait les arrêter.
Mais les croiseurs ne furent pas rattrapés. Casablanca fut masqué par la brumasse le 12 et le 13.
Un des avions de reconnaissance anglais fut abattu, les renseignements sur la présence de nouveaux navires de guerre
dans ce port restèrent contradictoire, le Renown et ses destroyers attendirent toute la journée et toute la nuit
dans le sud de Casablanca dans l’espoir d’intercepter l’escadre française.
Le 13, à 16 h 20, le Renown reçut un message d’avion annonçant qu’il n’y avait pas de croiseurs à Casablanca.
En fait, il était déjà loin dans le sud, faisant route sur Dakar à toute vitesse. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 177).


le croiseur HMS Renown




Malgré tout, des troupes britanniques arrivèrent dans le Sud de Dakar, à proximité de Freetown.
Il fallait intercepter les croiseurs français avant de commencer l’attaque.Voici ce que précise Churchill :
« Le 14 septembre, à 12 h 16, l’Amirauté signala à l’amiral John Cunningham que les croiseurs français avaient quitté Casablanca
à un moment inconnu et lui ordonna de les empêcher d’entrer à Dakar. Il lui était dit de mettre en œuvre tous les navires
qu’il avait sous la main, y compris le Cumberland ; l’Ark Royal lancerait ses avions sans être protégé par un rideau de destroyers
si on ne pouvait faire autrement.
En conséquence, les croiseurs Devonshire, Australia et Cumberland, ainsi que l’Ark Royal, effectuèrent un demi-tour et
firent route à toute vitesse pour aller s’établir sur une ligne de patrouille dans le nord de Dakar.
Ils n’arrivèrent pas à poste avant la soirée du 14 septembre.L’escadre française était déjà mouillée dans le port et
ses tentes étaient montees. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 :
L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 177).

Par ailleurs, un long retard de transport de troupes avait déjà entaché cette opération :
« Nous avions espéré agir le 8 septembre, mais il s’avéra que le détachement principal était obligé de se rendre d’abord
à Freetown pour se ravitailler en combustible et prendre ses dernières dispositions.
Le plan prévoyait que les transports de troupes françaises [les gaullistes] atteindraient Dakar en seize jours,
à la vitesse de 12 nœuds. Mais on découvrit que les bâtiments transportant le matériel ne pouvaient donner que 8 ou 9 nœuds,
et cette découverte fut signalée seulement au moment où un transbordement sur des bâtiments plus rapides
n’était susceptible de faire gagner du temps.
Au total, on ne put éviter un retard de dix jours sur la date primitivement fixée :
cinq jours à cause de difficultés imprévues rencontrées dans le chargement, deux jours pour le ravitaillement à Freetown.
Il fallut nous résigner à la date du 18 septembre. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale,
Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 173-174).

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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Mer 24 Déc - 2:04


Les problèmes de communication, de maîtrise du territoire et de transport rendaient impossible le bon déroulement
de la préparation de l’Opération Menace.
Par ailleurs, le Régime de Vichy avait envoyé des renforts sur Dakar afin de protéger cette place stratégique.
Sans doute que les fuites d’informations avaient permit au gouverneur général Boisson, Haut Commissaire de l'Afrique française
depuis le 26 juin 1940, de préparer la défense en demandant des renforts au maréchal Pétain.
Après Mers El-Kébir, il ne serait pas étonnant que les Anglais attaquent un nouveau poste français,
et ils avaient sans doute retenu la leçon.
En revanche, ils s’attendaient peut-être moins à une attaque gaulliste puisque le conflit entre De Gaulle et Pétain
n’avait pas encore engendré de lutte armée entre Français.
Mais pour Churchill, toutes les défaillances récapitulées précédemment empêchaient l’application de l’Opération Menace :
« Cette série d’incident réglait le sort de l’opération franco-britannique contre Dakar. Pour moi, il ne fit plus de doute
qu’elle devait être abandonnée. L’arrivée de l’escadre française, qui apportaient probablement des renforts, de bons canonniers
et des officiers tout dévoués à Vichy pour emporter la décision du gouverneur [Boisson], amener la garnison à combattre
et armer les batteries, me paraissait avoir complètement ruiné le projet de débarquer et de faire occuper le port
par le général de Gaulle sans effusion de sang.
Il était toutefois possible de modifier nos plans sans porter atteinte à notre prestige qui avait alors tant d’importance,
voire sans que personne en sût rien. L’expédition pouvait être dérivée sur Douala, les navires de transports pouvaient couvrir
les opérations du général de Gaulle contre le Cameroun français, puis se disperser ou rentrer en Angleterre. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 177-178).

Le Cabinet de guerre britannique se réunit le 16 septembre, et le Premier ministre explique que l’offensive sur Dakar
ne pouvait se dérouler correctement :
« Aussi, lorsque le Cabinet de guerre se réunit le 16 septembre à midi, j’esquissai l’histoire de l’opération de Dakar
depuis son origine, j’exposai les graves conséquences qu’avait eues le retardement de la date primitivement fixée au 13,
les diverses fuites qui avaient rompu le secret, et le regrettable incident qui avait permis aux navires français
de se glisser à travers le détroit, et je conclu en disant que la situation était changée du tout au tout,
qu’il ne pouvait plus être question de cette opération. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 178).
Le Cabinet britannique approuvait cette sage décision.
Il envoya de nouveaux ordres aux troupes stationnées près de Dakar à 14 heures :
« Le gouvernement de Sa Majesté a décidé que la présence des croiseurs français à Dakar rendait l’opération de Dakar
inexécutable. Des variantes au plan ont été étudiées ici. Un débarquement à Conakry ne paraît pas offrir la moindre chance
de succès étant donnés la difficulté des communications avec Bamako, le manque de moyens de transports
pour les troupes et la probabilité de voir intervenir prématurément des forces venant de Dakar.
En outre, il n’est pas possible d’exercer un blocus serré du côté de la mer avec les forces navales disponibles,
de sorte que la présence du détachement de Gaulle à Bamako n’exercerait aucune influence appréciable sur la situation à Dakar.
Il semble que la meilleure solution consisterait, pour le général de Gaulle, à débarquer à Douala, afin de consolider la situation
au Cameroun, dans l’Afrique Equatoriale et au Tchad, et d’étendre son influence jusqu’à Libreville.
Pour le moment, la fraction anglaise des troupes demeurerait à Freetown.

Ce plan serait à mettre immédiatement en application à moins que le général de Gaulle n’ait de fortes objections
à présenter contre ce dernier projet. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 :
L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 178).

Malgré tout, de Gaulle en décidera autrement.



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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Mer 24 Déc - 23:55

L’insistance de de Gaulle et d’officiers britanniques

Malgré la volonté de Churchill et du Cabinet de guerre britannique d’annuler l’opération, les généraux stationnés
non loin de Dakar s’opposèrent à cette décision :
« L’expédition arriva à Freetown le 17 septembre. Tous les chefs réagirent énergiquement contre l’idée d’abandonner l’entreprise.
L’amiral [North] et le général [De Gaulle] firent observer que tant qu’on ne savait pas dans quelle mesure à l’arrivée
des croiseurs de Vichy pouvait avoir relevé le moral à Dakar, leur présence ne modifiait pas matériellement
la situation navale antérieure. Pour l’instant, déclarèrent-ils, ces croiseurs avaient établi leurs tentes et
deux d’entre eux étaient mouillés de telle sorte qu’ils étaient virtuellement incapables d’agir,
tout en offrant d’excellentes cibles de bombardement. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale,
Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 179).
Cependant, tous ne partageaient pas cet avis. Le Premier ministre anglais précisa que le général Irwin avait noté ses inquiétudes
par écrit. Il réfléchit donc à une solution et proposa aux officiers du royaume de laisser Gaulle agir.
Alors il envoya un message le 16 septembre à 23 h 52 afin de négocier :
« Vous avez toute la latitude pour juger l’ensemble de la situation par vous-mêmes et pour consulter de Gaulle.
Nous étudierons soigneusement tous les avis que vous pourrez nous donner. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 179). Mais Charles de Gaulle protesta énergiquement car il souhaitait
que le projet qui était prévu auparavant soit mis en place. Il renvoie un message à Winston Churchill :
« Le moins que puisse faire le gouvernement britannique, déclarait-il, serait de maintenir sa décision récente et négative
au sujet d’une action directe contre Dakar par la mer, et je demande alors la collaboration immédiate des forces britanniques,
navales et aériennes, présentes ici, pour appuyer et couvrir une opération que je conduirai personnellement de l’intérieur
contre Dakar, avec mes propres troupes. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale,
Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 179-180
[l’auteur précise que le document français authentique n’a pas été retrouvé et que ce texte est une retraduction de l’anglais,
donc il faut émettre des réserves sur sa forme]).
Le Cabinet de guerre se réunit de nouveau le 17 septembre à 9 heures.
Les membres s’accordèrent sur le fait que les chefs des opérations étaient mieux placés pour juger de la situation,
mais ils se montrèrent prudent.
La décision finale fut prise le lendemain et c’est Churchill en personne qui rédigea message.
Il fut envoyé le 18 septembre à 13 h 20 :
« Nous ne pouvons juger d’ici la valeur relative des avantages que présentent les diverses solutions.
Nous vous donnons toute latitude pour agir et pour faire ce que vous estimerez le mieux en vue d’atteindre
le but primitif de l’opération. Tenez-nous informés. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale,
Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 181).
En parallèle, les « penseurs » de l’opération se réunirent afin de décider des étapes à suivre.
Un compte rendu de cette réunion fut envoyé au gouvernement britannique qui le reçu le 18 septembre à 7 h 56,
et Churchill le recopie dans ses mémoires :
« Au cours d’une réunion tenue aujourd’hui, de Gaulle a insisté sur la nécessité d’agir rapidement à Dakar …
Il a été prévenu qu’il pourrait trouver à Dakar un appui substantiel si des agents étaient envoyés pour provoquer cet appui,
si l’on ne tardait pas inutilement à agir, et si l’on évitait de donner à l’opération un caractère par trop britannique.
Ses agents se tiennent prêts à Bathurst et ont reçu leurs instructions.
De Gaulle propose maintenant l’exécution du plan original consistant à entrer dans le port sans opposition,
mais il ajoute que, si ce plan échoue, ses troupes françaises libres devraient essayer de débarquer à Rufisque, appuyées,
si la chose est nécessaire, par une action navale et aérienne ; on devrait ensuite marcher sur Dakar.
Les troupes britanniques ne descendront à terre, si leur soutien est demandé, que lorsqu’une tête de pont aura été établie …

Après avoir soigneusement examiné tous les éléments, nous pensons que la présence de ces trois croiseurs n’a pas suffisamment
accru les risques, acceptés dès le début, pour justifier l’abandon de l’entreprise.
En conséquence, nous proposons d’accepter les nouvelles propositions de de Gaulle et, s’il échoue, de débarquer
les troupes britanniques pour l’établir comme il était initialement prévu.
Toutefois, nous jugeons essentiel d’accroître nos forces navales.

L’opération serait exécutée quatre jours après que nous aurions eu connaissance de la décision du gouvernement
de Sa Majesté. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale,
Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 180).

Le général Irwin, qui montrait quelques inquiétudes sur la réussite de l’opération, est finalement convaincu.
Il envoie alors un télégramme au chef d’état major impérial, dont voici le contenu :
« Comme vous le savez, j’ai déjà accepté, dans cette opération, des risques qui ne se justifiaient pas par des raisons
purement militaires. Les nouveaux renseignements montrent que ces risques se sont peut-être accrus, mais j’estime
qu’il convient de les supporter étant données les conséquences évidentes qu’entraînerait un succès.
De Gaulle s’est également engagé à collaborer d’une manière totale avec les troupes britanniques en cas de besoin,
et il n’a pas reculé devant la responsabilité de faire combattre des Français contre des Français. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 180).
Ainsi, de Gaulle était prêt à créer un conflit entre Français et toutes les conséquences que cela pourraient engendrer,
afin d’accroître son autorité sur le continent africain et pour que l’autoproclamé chef de la « France Libre »
montre davantage sa légitimité.

Le 19 septembre, des nouvelles vont de nouveau compromettre la réussite de l’Opération Menace :
« Le 19, le Premier Lord de la Mer signala que l’escadre française, ou certains de ses éléments, appareillaient de Dakar
vers le Sud. Il devenait assez net qu’elle avait amené à Dakar des troupes, des techniciens et des autorités fidèles
au gouvernement de Vichy. Les probabilités de rencontrer une résistance vigoureuse s’accroissaient hors de toute proportion
pour les nouvelles forces engagées. La lutte serait certainement très vive. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 181).
Cependant, les anglo-gaullistes ne réagirent pas alors qu’ils les avaient pourtant intercepté :
« Mes collègues, qui étaient de caractère résolu, mais savaient aussi s’adapter avec souplesse aux circonstances,
comme il convient en temps de guerre, partagèrent mon sentiment instinctif qu’il fallait laisser aller les choses, et
nous écoutâmes silencieusement les divers rapports. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale,
Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 181).

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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Mer 24 Déc - 23:56

Avant de passer à l’offensive, Winston Churchill tint au courant le général Smuts et le président américain Roosevelt
de la future attaque. Voici d’abord la lettre au général Smuts qui est daté du 22 septembre 1940 et qui illustre les motivations
et les ambitions de l’auteur :

« Vous devez avoir vu mon message relatif à Dakar. J’ai longuement réfléchi à ce que vous avez dis dans vos divers télégrammes
sur la nécessité de ne pas négliger le secteur africain. Le mouvement de de Gaulle pour délivrer les colonies françaises
s’est développé avec succès en Afrique Equatoriale et au Cameroun. Nous ne pouvons laisser échapper ces gains substantiels
du fait des navires et du personnel envoyés par Vichy, probablement sur l’ordre des Allemands
[hypothèse toujours non prouvée aujourd’hui, et certainement fausse].
Si Dakar tombait sous le contrôle germanique et devenait une base de sous-marins, il en résulterait des conséquences
mortelles pour la route du Cap. Nous avons donc entrepris la tâche d’installer de Gaulle à Dakar, pacifiquement si nous le pouvons,
par la force s’il le faut, et l’opération qui ne va pas tarder à se déclencher semble disposer des forces nécessaires.

Bien entendu, le risque d’une collision sanglante avec les marins français et une partie de la garnison , n’est pas négligeable.
A tout bien peser, je considère qu’il y a très peu de chances de se heurter à quelque résistance sérieuse,
étant donnés le moral assez bas et la situation malheureuse de cette colonie, ainsi que la ruine et la famine qui la menacent
du fait que nous sommes maîtres de la mer.
Toutefois, nous ne serons sûrs de rien tant que nous n’aurions pas essayé.
Nous avons été sérieusement préoccupés par l’argument selon lequel il ne faudrait pas courir un tel risque au moment
où l’opinion française, encouragée par la résistance britannique, évolue en notre faveur, même à Vichy, et tout ce qui ressemblerait
à un second Oran déterminerait un sérieux recul.
Nous en sommes venus, toutefois, à la conclusion unanime que cette objection ne pouvait s’avérer valable, et qu’en tout cas
il y aurait beaucoup plus de danger à ne rien faire et à permettre à Vichy de l’emporter sur de Gaulle
[l’avenir ne donnera pas raison à Churchill puisque c’est justement à la suite des attaques anglo-gaullistes que Vichy
va se rapprocher des Allemands au sujet des questions militaires, et donc causer un plus grand danger envers son pays].
Puisque Vichy ne nous a pas déclaré la guerre après Oran ni sous la pression de notre blocus, il n’y a aucune raison de penser
qu’il le fera s’il y a un combat à Dakar.
En plus de l’importance stratégique de ce port et des conséquences politiques qu’aura sa conquête par de Gaulle,
il y a 60 ou 70 millions d’or belge et polonais indûment conservés à l’intérieur, et le grand cuirassé Richelieu,
qui n’a pas du tout été définitivement mis hors de combat, tombera indirectement entre nos mains.
De toute façon, les dés sont jetés. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale,
Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 182-183).

Le 23 septembre 1940, c’est-à-dire le jour de l’attaque, le Premier ministre britannique envoie un télégramme à Roosevelt.
A cette occasion, il souhaite un soutient de la marine américaine mais demande de convaincre le gouvernement français
de ne pas déclarer la guerre à l’Angleterre :

« La réception de votre information relative à Dakar, transmise par lord Lothian, m’a été un encouragement.
Il serait contraire à nos intérêts communs que de puissantes forces allemandes, sous-marines et aériennes,
s’établissent dans ce port. Il semble que la lutte puisse être assez chaude. Je me trompe peut-être mais, de toute façon,
les ordres ont été donnés pour mener les choses énergiquement.
Nous serions enchantés si vous vouliez bien envoyer quelques navires de guerre américains à Monrovia et à Freetown,
et j’espère qu’à ce moment Dakar sera prêt à recevoir leur visite.
Mais ce qui importe véritablement en ce moment, c’est que vous fassiez comprendre au gouvernement français qu’une déclaration
de guerre aurait le plus mauvais effet sur l’attitude des Etats-Unis à son égard.
Si Vichy déclare la guerre, il n’y aura plus à distinguer entre lui et l’Allemagne, et ses possessions dans l’hémisphère occidental
devront être traitées comme d’éventuelles possessions germaniques.

Grand merci également pour votre allusion à l’invasion. Nous sommes tout prêts à recevoir l’ennemi.
Je suis très heureux des nouvelles concernant les fusils. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale,
Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 183-184).
A la veille l’attaque, Churchill montre quelques doutes sur les chances de succès, même s’il tente de garder son optimisme.


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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Ven 26 Déc - 0:17

Le 23 septembre, premier jour de l'Opération Menace et la débâcle gaulliste

Pour évoquer cet événement, je ne me suis pas uniquement basé aux mémoires de Churchill et De Gaulle, qui sont trop subjectifs
et pas assez précis pour être seulement pris en compte.
Le site Internet http://dakar.1940.free.fr/ explique parfaitement et de manière très claire le déroulement des faits,
même s’il manque parfois d’objectivité. Il a été d’une aide non négligeable pour la rédaction de ce passage de mon article.
J’ai pu donc comparer les dires de Churchill et de de Gaulle avec les faits mentionnés par l’auteur de ce site.
Je conseille également deux livres traitant de ce sujet :
La marine française pendant la Seconde Guerre Mondiale de l’amiral Paul Auphan et
Jacques Moral (p. 231-238), et le témoignage du général J.A Watson Echec à Dakar.


L’attaque gaulliste sur les troupes françaises à Dakar commence au petit matin.
Churchill résume cette matinée catastrophique pour lui et de Gaulle, que nous allons analyser en détail :
« Le 23 septembre, quand l’armada anglo-française s’approcha de la place forte, avec de Gaulle et ses navires largement en tête,
elle trouva un épais brouillard. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale,
Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 184).
Le brouillard a été un élément qui a incontestablement nuit à l’Opération Menace.
Sur place, De Gaulle avait indiqué que cet obstacle pouvait « compromettre gravement notre entreprise »
(Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 106).
Malgré tout, les deux hommes ne retardèrent pas l’offensive, alors que rien ne pouvait les en empêcher.
Sans doute pensaient-ils que la prise de Dakar auraient des conséquences positives très importantes pour eux.
Poursuivons le récit du Premier ministre britannique :
« Etant donné que la grande majorité de la population, tant française qu’indigène, était pour nous
[au contraire, cela n’est pas du tout certain pour 1940], nous avions espéré que l’apparition de tous ces navires
(les Britanniques restant loin derrière à l’horizon), emporterait la décision du gouverneur. Mais il s’avéra rapidement que
les partisans de Vichy étaient les maîtres et il ne peut exister aucun doute que l’arrivée des croiseurs français avec leurs troupes
avait compromis toute chance de voir Dakar se joindre au mouvement de la France Libre. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 184).
Selon Winston Churchill, le début de la bataille avait déjà montré qu’il serait quasiment impossible de s’emparer de Dakar,
et cela à cause des troupes françaises envoyées à la mi-septembre.

Après avoir donné un bref aperçu de la difficulté pour les anglo-gaullistes à mener à bien l’opération,
il évoque les premiers faits d’armes :
« Les deux avions de de Gaulle descendirent sur l’aérodrome local et leurs pilotes furent aussitôt arrêtés.
L’un d’eux portait sur lui la liste des principaux adhérents au mouvement. Les émissaires de de Gaulle, arrivant sous la protection
du drapeau tricolore et du pavillon blanc, furent refoulés. D’autres qui entrèrent un peu plus tard, avec des vedettes,
eurent à essuyer le feu de la terre et deux d’entre eux furent blessés.





La fièvre monta, et la flotte britannique s’approcha à moins de 5 000 mètres à travers le brouillard.
A 10 heures du matin, une batterie du port ouvrit le feu sur un de nos destroyers d’aile. Nous ripostâmes et l’engagement
devint bientôt général.
Les destroyers Inglefield et Foresight furent légèrement endommagés, le Cumberland, atteint dans sa machine, dut s’éloigner.
Un sous-marin français fut bombardé par un avion à la profondeur périscopique et un contre-torpilleur fut incendié. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 184).
Ce long passage montre que le début de l’offensive gaulliste est une véritable catastrophe.Non seulement de Gaulle est responsable
du premier conflit militaire entre Français, mais en plus ses troupes essuient une déroute dès la matinée de l’opération.


Reprenons ce récit en détail.
A 6h00, les Britanniques décident de faire décoller deux avions Lucioles de l'Ark Royal soutenus une demi-douzaine
d'aviateurs français, et cela avec l’accord de de Gaulle.En parallèle, ce dernier envoie un message à ses hommes au même moment,
puis des appareils lanceurs de tract décollent du porte-avions et devaient annoncer l’arrivée des troupes afin de "défendre
et ravitailler Dakar". Mais ils sont accueillis à coups de DCA.
Simultanément, les Lucioles déposent sur un terrain voisin une demi-douzaine d’aviateurs gaullistes.
La mission était d'obtenir le ralliement du commandant de la base d'Ouakam, ou au pire sa neutralisation.
Après s'être posés sans grande résistance, les pilotes gaullistes neutralisent le commandant du groupe de chasse.
Cependant, un groupe d’hommes fidèles au maréchal Pétain arrête les assaillants et libère leurs coéquipiers. Parmi les prisonniers,
l’un d’eux possédait une liste énumérant les acteurs de l’opération.
Pendant ce temps, des avions Swordfish balancent des tracts sur la population de Dakar, invitant les locaux et les soldats français
à rallier de Gaulle. Ils furent fut complètement indifférents à cet appel.
De plus, les avions anglais tombent sous le feu de la DCA du cuirassé Richelieu.En fait, depuis la bataille de Mers el-Kébir,
l’armée française avait pour ordre d’attaquer toute force anglaise située à moins de 20 milles des côtes ainsi que tout groupe
d'avions survolant un point d'appui.


Lucioles de l'Ark Royal




Entre temps, Charles de Gaulle lance un message par radio au gouverneur général Boisson, afin de l’informer de l’arrivée
de troupes gaullistes, prétextant qu’il s’agissait de renforcer les défenses de Dakar et qu’une escadre anglaise viendrait l’appuyer.
Pour de Gaulle, le but de ce débarquement était donc d’éviter la prise éventuelle de Dakar par les Allemands.
Il précise par ce communiqué qu’une délégation sera envoyé pour préparer le débarquement des troupes.
Cependant, nous savons qu’il ne s’agit pas de la seule motivation, surtout qu’il n’y avait aucun Allemand à plusieurs centaines
de kilomètres à cette période. De plus, les sources précédentes indiquaient bien que celui-ci souhaitait avant-tout accroître
son influence sur le sol africain, en installant son quartier général à Dakar, et pour se montrer comme le chef légitime de la France.
Il avait donc deux raisons, stratégiques et personnelles.

Ensuite, le Savorgnan de Brazza avance vers Dakar, accompagné de la délégation.
Deux embarcations sont ensuite détachées et rejoignent le port.L’une d’elles se compose du capitaine de frégate
Thierry d'Argenlieu, de six officiers, de trois sous-officiers et de six matelots.
L’autre embarcation est un détachement de sécurité comprenant une douzaine de soldats. Mais ces deux vedettes
sont rapidement repérées par le Richelieu ainsi que par le Air France IV. Malgré tout, le cuirassé et le patrouilleur
savaient qu’il ne s’agissait que de parlementaires, et les laissent donc passer. Le bateau du capitaine d’Argenlieu peut accoster,
tandis que le deuxième s’arrêta à une vingtaine de mètres de la berge. Une fois descendue à terre, le capitaine d'Argenlieu
demande au chef de la police de la navigation de pouvoir remettre des plis au gouverneur Boisson. Celui-ci va refuser.
Un peu plus tard, le chef de la police reçoit l'ordre d’arrêter les parlementaires.Néanmoins, ces derniers regagnent les vedettes
stationnées près du port. Les deux embarcations quittent le lieu tout en essuyant quelques tires de canons automatiques
installés sur le quai du port, puis en provenance de l'île de Gorée.
Vers 7h55, les navires rejoignent le Savorgnan de Brazza, ce dernier s’étant éloigné car il a dut essuyer des tirs du Richelieu.
Charles de Gaulle précise que le capitaine d’Argenlieu et le capitaine Perrin furent blessés
(Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 107).
Les deux blessés furent ensuite transférés sur le Westerland. Suite à cet événement, De Gaulle envoie un nouveau message radio
dans lequel il exige des réponses. Par ailleurs, il indique aux autorités locales que les troupes anlo-gaullistes sont prêtes
à intervenir s’il rencontre de nouvelles oppositions.
N’obtenant pas satisfaction, les officiers gaullistes décident d’employer la manière forte en tentant d’effectuer une percée.
Les avisos commandant Dominé et commandant Duboc reçoivent l’ordre d’intervenir et font débarquer vers 8h15
plusieurs détachements de fusiliers sur le port. Puis ils franchissent les filets. Aligné sur le pont, l’équipage du commandant Dominé
reçoit l’ordre de cesser le feu. Mais au même moment, le Richelieu obtient l’ordre de la marine de tirer sur les deux avisos.
Le commandant Dominé reçoit alors une salve, et le commandant Duboc en reçoit deux.
Alors les deux navires gaullistes battent rapidement en retraite, tout en se protégeant à l’aide de fumigènes.


Vue du port de Dakar par les avions de l Ark Royal




Mais la mauvaise visibilité ne gène pas seulement les anglo-gaullistes mais aussi les Français.
En effet, ces derniers tentent d’effectuer une reconnaissance de l’effectif ennemi, mais y parviennent très difficilement.
Puis les navires La Gazelle et La Surprise draguent la zone car les autorités de Dakar craignaient que les deux avisos du FFL
n'aient placé des mines au moment de leur tentative d'entrer dans le port.


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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Sam 27 Déc - 1:17

Mais vers 10h40, le Cumberland menace les deux navires qui relevent leur drague, puis sont même moment dépassés
par le sous-marin Persée. Ce sous-marin ainsi que l’Ajax avaient reçut l’ordre de se positionner.
Le premier s’installe sur la côté Nord, puis le second se place à une dizaine de milles de l’Ile Gorée.Cependant,deux avions
de l’Ark Royal les repèrent, malgré les mauvaises conditions climatiques. Alors les destroyers britanniques Inglefield et Foresight
reçoivent le Persée qui n'est pas encore arrivé à sa destination. Il est près de 11h45.
Pour se défendre, le Persée envoie deux torpilles. La première est évitée par le Foresight, puis par malchance la seconde
reste bloquée. En réponse, les destroyers ainsi que le Drahon et le Barham ouvrent le feu.
Le Persée tente de répliquer en tentant de lancer une torpille par l’arrière, mais il est atteint de plein fouet par un projectile.
Puis plusieurs obus britannique le touche. Alors, le Persée tente de rebrousser chemin et l’ordre d’évacuation est donnée.
Pendant ce temps, après avoir regagné le port, le navire La Surprise se rend compte que le Persée était dangereusement menacé.
Alors il rejoint aussitôt le sous-marin français, puis essaie de récupérer le personnel.
Le Dragon tente d’empêcher cette évacuation, mais il reçoit un tir de batterie du cap Manuel. A 11h50, le Persée finit par couler.

Le bilan est d’un mort et d’un blessé.
C’est l’un des rares anecdotes de cette bataille qui fut marqué par une réussite anglo-gaulliste,plus exactement une réussite
britannique. En effet, en fin de matinée, les navires britanniques retentent une percée.
Ils tirent à plusieurs reprises sur les croiseurs Montcalm et Georges Leygues ainsi que le cuirassé Richelieu.
Ils visent également les batteries de côtes, mais ils ne commettent aucun dégât. Puis des obus tombent sur la ville,
touchant l'hôpital et la caserne du 6ème RAC, tuant 27 personnes et en blessant 45.
Alors le Richelieu et la batterie du cap Manuel ripostent. Le Cumberland, le Foresight, l'Inglefield et le Dragon sont atteints.
Alors ils battent en retraite.
Enfin, vers 12h15, le sous-marin Ajax ressort, mais il est bombardé par un swordfish et est grenadé par plusieurs navires.
Néanmoins, il ne subit que quelques avaries et reste en mer jusqu'au 24 septembre.
En tout début d’après midi, les anglo-britanniques envoient quelques avions d'observation, mais les croiseurs et le Richelieu
les repoussent et les chassent de Dakar.

En évoquant le déroulement de la matinée du 23 septembre, un constat était déjà clair, il était impossible pour les Anglais
et les gaullistes de s’emparer de Dakar en attaquant directement le port.
De Gaulle et Cunningham avaient sous-estimé les forces françaises installées à l’intérieur et autour de la place forte.
Néanmoins, de Gaulle se montre optimiste :
« De l’ensemble de ces indices, je ne tirais pas l’impression que la place fût résolue à une résistance farouche.
Peut-être la marine, la garnison, le gouverneur, attendaient-ils quelque événement qui pût leur servir de prétexte à une conciliation ?
Vers midi, l’amiral Cunningham m’adressa un télégramme pour m’indiquer que tel était, à lui aussi, son sentiment. »
(Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 106).
Nous verrons qu’il se trompera encore une fois. Quant à Churchill, il tenta de donner une explication de cet échec matinal
dans ses mémoires :
« Il existe une controverse déjà vieille au sujet de l’action des navires contre les forts.
Nelson, disait qu’une batterie de six pièces pouvait tenir tête à un vaisseau de 100 canons. M. Balfour, lors de l’enquête sur les Dardanelles, déclarait en 1916 :
« Si le navire possède des canons capables d’atteindre le fort à une distance où celui-ci ne peut riposter,
le duel n’est pas nécessairement si inégal. »
En cette occasion, la flotte britannique, avec une direction de tir convenable, eût pu, en théorie, tirer sur les batteries
de 240 mm de Dakar à 24 500 mètres et les détruire au bout d’un certain nombre de coups.
Mais les forces de Vichy comprenaient également le cuirassé Richelieu qui s’avéra capable de tirer des salves avec
une tourelle double de 380 mm.
L’amiral anglais fut obligé d’en tenir compte. Mais, surtout, il y eut le brouillard.
La canonnade s’éteignit donc vers 11h30 et tous les navires anglais et français se retirèrent. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185).
Selon lui, il y a deux raisons à cet échec : les forces françaises plus résistantes que prévue, en particulier à cause
de la présence du Richelieu ; et le brouillard qui gênaient les envahisseurs, mais le Premier ministre britannique n’a pas pris en compte
le fait que le brouillard gênait également les défenseurs.


Le cuirasse Richelieu a Dakar




Après cette matinée, le brouillard s’avérait toujours épais.En début d’après-midi à Dakar,les gaullistes tentent une nouvelle fois
de débarquer plusieurs détachements de fusiliers marins dans le port, afin d’inciter l’équipage du Richelieu et d’autres navires
à se ranger du côté de de Gaulle. Mais le Richelieu les reçoit par des coups de semonce, donc les rebelles font demi-tour.
Suite à ce nouvel échec, les anglo-gaullistes changent alors de stratégie. En effet, de Gaulle et Cunningham avaient compris
qu’une entrée directe à Dakar était impossible.
Alors ils envoient le Westerland, le Commandant Duboc, le Commandant Dominé, le Savorgnan de Brazza et le Pennland afin de prévoir
un débarquement près de Rufisque. Churchill n’évoque quasiment pas cet épisode et se montre très bref :
« Le général de Gaulle essaya de débarquer ses troupes à Rufisque, dans l’après-midi, mais le brouillard était devenu si épais
et la confusion si grande que la tentative fut abandonnée. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185).
Que s’est t-il passé ? Les structures anglo-gaullistes chargées de débarquer des troupes près de Rufisque sont rapidement repérées
par un avion français aux alentours de 14h30, empêchant l’effet de surprise.
Mais à 16 heures, les destroyers britanniques Fury et Greyhound ainsi que le croiseur Australia reçoivent l’ordre d’attaquer
le contre-torpilleur français l'Audacieux.
En parallèle, ce dernier reçoit l’ordre de reconnaître la baie à 16h20, et se retrouve piégé par l’Australia.
Le navire français reçoit plusieurs salves et se trouve gravement endommagé. Alors l’aviso La Surprise vint secourir l’équipage
le plus rapidement possible, et se trouve déjà sur place à 17 heures. Puis le Calais vient les rejoindre.
185 hommes sont sauvés mais 81 ont péris dans cette attaque.


Le contre-torpilleur Audacieux





L Augacieux touche a mort




Une fois abandonnée, l’Audacieux sombre.
Cependant, les anglo-gaullistes ne sont pas plus avancés, mais les autorités françaises s’inquiètent.
Pendant ce temps, trois navires français sont envoyés afin de contrer la menace qui pèse sur Rufisque.
Il s’agit du Georges Leygues, du Malin et du Montcalm. Mais ils se trouvent face à un obstacle de poids, c’est-à-dire le brouillard
qui les empêche de voir les navires anglo-gaullistes tenter de débarquer. Alors l’aviso Commandant Duboc essaie d’en profiter
pour mettre à terre des fusiliers marins. Malgré tout, il est accueillit par deux batteries de 95 qui demeuraient installés au phare
de Rufisque. Alors que le Savorgnan de brazza essaie de détruire ces installations, les Commandant Duboc et Commandant dominé rebroussent chemin en se masquant avec des fumigènes. Bien-sûr, à cause du manque visibilité, il était impossible aux navires
pétainistes de poursuivre les avisos gaullistes. Un peu plus tard, les agresseurs tentent une nouvelle fois de débarquer à quelques kilomètres au sud, mais ils sont reçus par les tirailleurs sénégalais.
Comprenant qu’une attaque terrestre sur Dakar en passant par Rufisque était impossible, de Gaulle abandonne le projet.
Alors il conclura : "Décidément, l’affaire était manquée ! Non seulement le débarquement n’était pas possible, mais encore il suffirait
de quelques coups de canons, tirés par les croiseurs de Vichy, pour envoyer par le fond toute l’expédition française libre.
Je décidai de regagner le large, ce qui se fit sans nouvel incident.".
Cela ne fait aucun doute pour lui, les forces françaises étaient bien plus importantes que les siennes.
Il reconnaît son erreur, même s’il ne se considère pas comme le principal responsable. Pourtant, n’est-ce pas lui qui a insisté
pour essayer de prendre Dakar alors que le cabinet de guerre britannique prévoyait son annulation après l’arrivée de renforts français?

Mais après cet échec, les Britanniques veulent que l’offensive se poursuive conformément au plan d’attaque.
Voici ce qu’indique Churchill dans ses mémoires :

« Les chefs d’opération décidèrent à 16h30 [l’heure évoquée ici est approximative] de replier les transports de troupes
et de reprendre l’action le lendemain. Le message annonçant cette résolution arriva à Londres à 19h10, et j’envoyai au chef local
le message personnel suivant daté de 22h14, le 23 septembre :

Puisque nous avons commencé, il faut aller jusqu’au bout. Ne vous laissez arrêter par rien. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185).

L'Amiral Cunningham reçoit le télégramme du Premier ministre britannique lui ordonnant de pousser activement l'offensive de Dakar.
Puis durant la nuit, le commandant en chef britannique envoie un message au gouverneur de la ville lui ordonnant d’abandonner
la ville à de Gaulle avant 6 heures. Il poursuit :
« Au cours de la nuit, un ultimatum fut adressé au gouverneur et celui-ci répondit qu’il défendrait la place jusqu’au bout. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185).
En effet, par l’intermédiaire du cuirassé Richelieu, le gouverneur général Boisson envoie le message suivant vers 3h40 :
« Le gouverneur général – stop – la France m’a confié Dakar, je défendrai Dakar jusqu’au bout »



A suivre...

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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Dim 28 Déc - 1:08

La poursuite inutile de l'Opération Menace par les Britanniques, les 24 et 25 septembre

Même si Churchill montre des doutes de la possibilité des anglo-gaullistes à s’emparer de Dakar, il tient à intensifier l’attaque
en espérant que les Français finissent par céder. Pour De Gaulle, qui pourtant montrait tant d’optimisme quelques jours auparavant,
il n’y avait presque aucune chance de prendre la place forte. Il a avait contribué à faire affronter des français entre eux,
et les résultats s’avérèrent désastreux. Sans doute voulait-il ne pas aggraver la situation.
Par conséquent, les troupes gaullistes se placent en retrait et laissent désormais les Britanniques mener l’Opération Menace.
Churchill évoque brièvement cette matinée du 24 septembre 1940 :
« La visibilité était meilleure que la veille, mais restait encore mauvaise.
Les batteries de côte ouvrirent le feu sur nos navires quand ceux-ci se rapprochèrent. Le Barham et le Résolution engagèrent
le Richelieu à 12 500 mètres. Peu après, le Devonshire et l’Australia tirèrent sur un croiseur et sur un contre-torpilleur,
endommageant ce dernier. Le bombardement se termina vers 10 heures. A ce moment, le Richelieu avait reçu un projectile
de 380 mm, le fort Manuel avait également été touché et un croiseur léger était en feu.
En outre, un sous-marin qui avait essayé d’empêcher notre approche fut contraint de remonter à la surface par une grenade
et son équipage se rendit. Aucun de nos navires ne fut touché. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185).


Batterie de l ile de Goree




Encore une fois, le Premier ministre britannique est peu précis, et surtout n’évoque que les faits qui lui plait.
En effet, dès 5 heures du matin, les troupes fidèles au maréchal Pétain se déploie afin de résister à l’orage qui s’annonce.
Ainsi, le sous-marin Bévéziers sort de son bassin et appareille afin de prendre position à 10 milles dans le sud de Gorée.
Environ quinze minutes plus tard, le contre torpilleur Fantasque, qui était indisponible depuis le 21 suite à une avarie,
ainsi que le torpilleur Hardi, sortent du port et rallient l'escadre de l'amiral Lacroix.
Et à 5h40, l’Ajax s’enfonce dans la mer. Puis deux avions Loire 130 décollent afin surveiller la côte et détecter les mouvements britanniques. Mais l’un est pris en chasse par un swordfish qui le crible de balles. Néanmoins, les deux avions parviennent tout de même
à regagner Dakar. Puis vers 7 heures, plusieurs monoplans de type SKUA tentent d'attaquer le cuirassé Richelieu,
mais ils sont accueillis par les tirs de DCA. Une heure plus tard, à 8 heures, le sous-marin Ajax repère les deux cuirassés
Barham et Résolution, ainsi que trois torpilleurs. Il tente d’attaquer l’ennemi mais est immédiatement détecté.
Il est alors pris en chasse par les torpilleurs. Il reçoit trois grenades du Fortune, provoquant de graves dégâts et l’empêchant
de combattre ou de se mouvoir. Le commandant du sous-marin donne l’ordre de le remonter à la surface, puis ordonne l’évacuation.
Le Fortune repère la proie en difficulté et récupère les soldats à son bord. Puis l’Ajax coule aux alentours de 10h15.


Les swordfishs de l Ark Royal





Entre temps, six avions swordfishs tentent à nouveau d'attaquer le Richelieu vers 9 h 10, accompagnés de bombes de 250 livres. Cependant, leurs bombes n’atteignent que des canalisations à mazout, et ils doivent faire face à de nombreux tirs de DCA.
Dans la foulée, des chasseurs rejoignent l’ennemi et abattent quatre swordfishs. Ils capturent cinq aviateurs britanniques.
Puis les Britanniques bombardent la batterie côtière du cap Manuel mais ne font que très peu de dégâts.
Ensuite aux alentours de 9h30, c’est au tour des cuirassés Barham et Resolution d’ouvrir le feu sur le Richelieu et le cap Manuel,
à une distance d’entre 12 500 à 14 000 mètres.
En face, les Français tentent de dissimuler ces points par un rideau de fumée produit par le torpilleur Hardi.
Quelques minutes plus tard, le Richelieu réplique mais l’une de ses tourelles tombe en avarie juste après.Alors les batteries côtières
et les croiseurs prennent le relais et envoient des salves en direction des croiseurs ennemis.
Puis une deuxième tourelle du Richelieu tombe également en avarie. Un quart d'heure plus tard, le torpilleur Hardi est placé
sous l’autorité du commandant Marzin par l'amiral Lacroix, puis reçoit l’ordre de protéger le Richelieu en difficulté
par des émissions de fumée, en cas de nouvelle offensive de cuirassés britanniques.
Vers 10h50, le Barham et le Resolution s’attaquent alors aux croiseurs et aux contres-torpilleurs qui évoluent à l'intérieur
du filet par-torpille. Les Britanniques les encadrent plusieurs fois et les neutralisent avec difficulté puisque les navires français
se révèlent plus maniables et leurs moteurs plus puissants.
Mais vers midi, les deux tourelles endommagées du Richelieu sont réparées, donc à nouveaux en état de fonctionner.
Au même moment, l’équipage du cuirassé aperçoit un point noir sur l'eau, précisément à tribord arrière.
Il s’agit d’un avion britannique qui fut abattu plus tôt par la DCA du Richelieu. Le commandant Marzin ordonne alors au torpilleur Hardi d'aller récupérer les rescapés, même s’ils sont ennemis. Une demi-heure après, le Hardi parvient à destination et récupère un aviateur anglais blessé. Mais il tente aussitôt de rejoindre l’entrée du port puisqu’il a remarqué que deux cuirassés et deux torpilleurs britanniques
le poursuivaient. Une fois avertie, le Richelieu, le Georges Leygues et le Montcalm envoient des salves afin d’éloigner les poursuivants.
Puis à 13 heures, l’amiral Lacroix donne l’ordre de faire de la fumée afin de masquer les navires en rade.
Ainsi, les Britanniques tirent à l’aveugle et n'atteignent aucun de leur objectif. Seul le port est légèrement touché avec le Portos
et le cargo suédois Tacoma.
Vers 13h30, les Britanniques arrêtent l’offensive et disparaissent. Ils n’ont toujours pas fait céder les Français.


Cargo SS Tacoma touche





Une nouvelle attaque a lieu dans l’après-midi. Churchill s’y étale très peu :
« Le bombardement reprit dans l’après-midi pendant un temps assez court. Cette fois, le Barham fut touché à quatre reprises,
mais ne subit pas de graves dommages. Le bombardement ne donna aucun résultat concluant et indiqua seulement que les défenses étaient puissantes et que la garnison était résolue à résister. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185-186).
En reprenant les évènements, nous pouvons supposer pourquoi il n'en parle quasiment pas.
En effet, à 15h30, huit swordfish de l'Ark Royal tente de s’approcher de Dakar. Cependant, ils sont accueillis par des tirs de DCA
en provenance des croiseurs Georges Leygues et Montcalm. Puis d’autres vaisseaux envoyèrent une salve : Le Fantasque, le Malin,
le Hardi, l'Air France IV, la Gazelle et le Commandant Rivière.Les avions anglais sont complètement désorganisés à cause de ces tirs
de DCA. Deux d’entre eux sont abattus, et quatre lâchent rapidement leurs torpilles et loupent complètement leurs cibles.
Malgré tout, deux swordfish parviennent à envoyer plusieurs munitions, loupant de très peu le Georges Leygues et le Montcalm.
En fin d’après-midi, le pont du Résolution reçoit des éclats d'obus, puis le Barham est atteint à quatre reprises sans que les dégâts
ne soient importants. Côté Français, le Malin est victime d’une fuite de l’une des chaudières à cause des chocs subis lors
des bombardements, mais elle a été rapidement réparée. Egalement, plusieurs canons du Richelieu sont endommagés,
malgré quelques réparations. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le grand cuirassé avait quitté Brest en pleine débâcle française,
en juin 1940, alors que la totalité de son artillerie n’a pas été installée.
Mais encore une fois, les Britanniques sont repoussés par les défenses françaises. Malgré tout, craignant une offensive surprise
par l’intermédiaire des vedettes, les avisos patrouillent dans la soirée tout le long des filets.
Egalement, la Gazelle et la Surprise recherchent des mines magnétiques aux alentours de l’île de Gorée,mais ils ne retrouvent
que quelques torpilles n’ayant pas explosé.

Toujours durant cette soirée du 24 septembre, Charles de Gaulle se rend sur le Barham afin de rencontrer l'amiral Cunningham
et le général Irwin. Ce que ne dira pas le Premier ministre anglais (volontairement ?) dans son mémoire, c’est que les trois officiers conclurent que les troupes anglo-gaullistes ne pouvaient pas prendre Dakar et décidèrent d’arrêter le bombardement de la ville,
mais Churchill continua à s’obstiner et envoie un message à la flotte anglaise en leur ordonnant de poursuivre le combat.
Alors une nouvelle offensive est prévue le lendemain, c’est-à-dire le 25 septembre.


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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Dim 28 Déc - 1:12

Est-ce que la situation va changer le 25 septembre ?
Voyons ce que dit Churchill au cours de la matinée de ce jour :
« L’action recommença le 25 septembre. Le temps était clair et notre flotte ouvrit le feu à 19 000 mètres.
La riposte vint non seulement des batteries de côte au tir fort précis, mais aussi des salves doubles de 380 mm du Richelieu.
Notre objectif se trouva alors masqué par un rideau de fumée tendu par le commandant de Dakar.
Un peu après 9 heures, le cuirassé Résolution fut atteint par une torpille d’un sous-marin de Vichy. A la suite de cet incident,
l’amiral décida de se retirer vers le large « étant données la situation du Résolution, la menace permanente des sous-marins,
ainsi que la grande précision et la résolution des défenses côtières. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 186).
Le Premier ministre britannique reconnaît que la continuation de la bataille fut un échec. Il est vrai que la visibilité s’était nettement améliorée. A 4 heures du matin, les différents navires commencent déjà à appareiller, et des avions de reconnaissance des deux camps sont envoyés. Puis vers 5h30, six avions Curtiss décollent et abattent, environ une heure plus tard, un Swordfish de l'Ark Royal
avec l’aide des DCA des navires. Suite à ce petit événement, les autres avions britanniques regagnent leur porte-avion.
L’aviation française possédait la maîtrise du ciel et l’ennemi ne parvint pas à l’ébranler. Elle refoula plusieurs avions d’observation
et abattent le Warlus qui avait été catapulté de l’Australia.
Mais aux alentours de 7h40, le poste d'observation du château d'eau du cap Manuel signale l'arrivée de plusieurs navires anglais.
En effet, à 8h25 arrivent à 34 000 mètres ces derniers. Parmi eux, le Barham doit attaquer le Richelieu,
l'Australia doit détruire les croiseurs Montcalm et Georges Leygues, le Resolution doit neutraliser la batterie de l'île de Gorée
et le Devonshire celle du cap Manuel.

HMS Australia




Alors à partir de 8h30, le Fantasque, la Surprise, le Hardi et le Malin tendent des rideaux de fumée, et un canot à moteur mouille
quelques fumigènes à l'Est de la jetée, où se trouve le Richelieu, afin de parfaire cet écran de fumée.
Pendant ce temps, le gouverneur général Boisson donne l'ordre de ménager les munitions, car le Richelieu ne possédait plus que
24 charges de poudre pour les tourelles de 380.
A exactement 9h04, la tourelle I du Richelieu ouvre le feu sur les cuirassés britanniques situées 22 000 mètres.
Alors le Barham répond par une salve de quatre coups, mais il manque sa cible. Au même moment, le Resolution est touché
par plusieurs torpilles du sous-marin Bévéziers, qui était placé en embuscade au Sud de Gorée, et ne peut pas répliquer.
Puis le Bévéziers rejoint l’île de Gorée, tandis que le Foresight le bombarde à coup de grenades, mais sans causer de dégâts importants. Ensuite, des tirs sont échangés des deux côtés. Le Georges Leygues et le Montcalm sont encadrés à plusieurs reprises,
mais le Richelieu encadre le Barham en parallèle.
A 9h15, le Richelieu est atteint par un obus de 380 mm, mais les dégâts ne sont pas importants et il n’y a aucune victime.
Puis à 9h20, l'avion de réglage de tir britannique est abattu par un Curtiss.


Tirs sur le Richelieu




Le bilan de cette matinée est catastrophique pour les Britanniques.
L'aviation française maîtrise le ciel, le Resolution est hors de combat, l'Australia est touché par deux fois par des obus de 152 mm,
mais qui ne provoquent aucune gravité. Cette résistance inattendue des français et la peur de perdre des navires incita l'amiral Cunningham à retirer ses hommes. De Gaulle écrit dans ses mémoires :
"L’amiral Cunningham décida d’arrêter les frais. Je ne pouvais que m’en accommoder. Nous mîmes le cap sur Freetown".
De plus, les fidèles du maréchal Pétain sont beaucoup mieux organisés.En effet, ils se sont préparés à répondre à une attaque aérienne,
au cas où les Britanniques décident d’insister.
En face, l’Ark Royal fait décoller des Swordfish pour couvrir la retraite en cas de riposte provenant de Dakar.
Les Français envoient trois bombardiers Glenn Martin 167F, mais une seule bombe de 200 kg est larguée sur les navires anglais
et tombe à 50 m du croiseur Faulknor. Les autres bombes sont délestées en mer à cause d'un mauvais fonctionnement.
Certaines d'entre elles tombent même entre le Georges Leygues et le Montcalm, provoquant une alerte aérienne.
Churchill évoque la suite de cette matinée :
« Entre temps, le Comité de Défense qui s’était réuni à 10 heures, sans moi, avait émis l’avis qu’aucune pression ne devait être
exercée sur les chefs locaux pour les amener à agir contre leur jugement.
Le cabinet se réunit à 11h30 et c’est au cours de la réunion que nous parvinrent les messages annonçant les résultats des opérations
de la matinée. A la lecture de ces renseignements, il parut clair que l’affaire avait été poussée aussi loin que le permettaient
la prudence et nos ressources. Plusieurs beaux navires avaient été gravement avariés. Il était évident que Dakar serait défendu
jusqu’à la mort. Personne ne pouvait assurer que les passions féroces que déclencherait un combat prolongé
ne provoqueraient pas une déclaration de guerre de la part de Vichy.
Aussi, après une pénible discussion, décidâmes-nous à l’unanimité de ne pas pousser l’affaire plus avant. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 186).

Du côté des Français, la « tempête » se calme à partir de 10 heures, et l’amiral Lacroix donne l’ordre de cesser d’émettre la fumée.
Puis, des avions de reconnaissances sont envoyés pour confirmer la retraite des Britanniques vers Freetown.
Enfin, différentes chaînes de radios annoncent la décision du gouvernement britannique de renoncer à poursuivre les opérations
contre Dakar.
A exactement 13h27, Churchill envoie le message suivant aux chefs de l'opération, dont voici un extrait :
"Vu tous les renseignements en notre possession, y compris celui annonçant l'avarie du Resolution, nous avons décidé que l'opération contre Dakar devait être abandonnée, en dépit des conséquences facheuses auxquelles il faut évidemment s'attendre.
A moins qu'il ne se soit produit quelque chose que nous ignorons et qui vous fasse désirer de tenter un débarquement en force,
il vous faut arrêter immédiatement toute action. Faites-nous connaître par télégramme "Très Urgent" si vous êtes d'accord,
mais, à moins que la situation ne se soit complètement retournée en notre faveur, vous ne devez pas commencer à débarquer
tant que vous n'aurez pas reçu de réponse de notre part."
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 186-187).
Puis c'est au président des Etats-Unis qu'il s'adresse, afin de lui tenir au courant le bilan de l'Opération Menace :
"Je regrette beaucoup que nous soyons obligés d'abandonner l'entreprise de Dakar. Vichy y est arrivé avant nous
et a réorganisé la défense avec des partisans et des spécialistes d'artillerie.Tous les éléments amis ont été arrêtés ou neutralisés. Plusieurs de nos navires ont été touchés. Persister à vouloir débarquer en force nous eût imposé des obligations
dont nous n'avons nul besoin, quand on pense à tout ce que nous avons déjà sur les bras."
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 187).


Carte de l operation Menace pendant les 3 jours de combats





A suivre...

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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Lun 29 Déc - 1:37

L'opération Menace est un échec complet et largement évitable, engendrant la mort de 203 français pour 393 blessés.
D’un côté, nous avons eu un Churchill qui émettait des doutes quant à la réussite de la prise de Dakar.
Cependant, une fois l’Opération Menace déclenchée, il souhaitait à tout pris qu’elle se déroule jusqu’à son terme,
c’est-à-dire jusqu’à la prise de la ville, et cela contre l’avis des généraux et officiers britanniques stationnés sur place.
De l’autre côté, l’autoproclamé chef de la France Libre Charles de Gaulle se montrait confiant quant aux chances de succès,
sans prendre en compte l’arrivée des renforts français à Dakar quelques semaines avant le début des hostilités.
Néanmoins, il a rapidement compris, dès le premier jour de l’offensive, que la place forte s’avérait imprenable.
Malgré tout, le mal était fait. Celui qui a tant souhaité s’installer à Dakar pour accroître son influence au détriment de Pétain
a déclenché un conflit franco-français inutile.
Il a été prêt à briser l’unité de l’Empire français afin de contribuer à ses intérêts qu’il assimilait à ceux de la France
(ne s’est-il pas exclamé « Je suis la France ! » devant Churchill ?), alors que le gouvernement français était à l’époque
en situation de neutralité dans la guerre.
Nous pouvons alors nous poser une question. En effet, nous savons qu’une collaboration franco-allemande était inévitable,
même si de Gaulle n’avait pas attaqué Dakar, notamment dans les domaines économiques et sociales
(diminution de l’endettement, libération des prisonniers de guerre, …). Mais nous pouvons nous demander si la collaboration militaire envisagée entre Pétain et Hitler en octobre 1940, à l’occasion de l’entrevue de Montoire, était la conséquence directe
de l’offensive anglo-gaulliste sur Dakar ? Mais auparavant, que pensait Pétain envers de Gaulle ?


Les pensées de Pétain vis-à-vis de De Gaulle

Si on se réfère à de Gaulle et à Churchill, cet affrontement a eut peu de conséquences. Voici ce que disait ce dernier :
« Bien que le combat de Dakar eût été beaucoup plus sérieux qu’on ne s’y attendait, nous n’avions pas tort de penser
que le gouvernement de Vichy ne déclarerait pas la guerre à l’Angleterre. Il se contenta d’exercer des représailles par air sur Gibraltar
en partant de l’Afrique du Nord.
Les 24 et 25 septembre, des raids successifs furent effectués au-dessus du port et des chantiers ; 150 bombes furent lancés
au cours du premier raid et environ deux fois autant au cours du second auquel participèrent une centaine d’avions.
Les aviateurs français ne parurent pas avoir montré beaucoup de zèle dans leur mission et la plupart des bombes tombèrent dans la mer.
Il y eut quelques dégâts, mais personne ne fut touché. Nos batteries de DCA abattirent trois appareils.
Le combat de Dakar s’étant terminé par un succès pour Vichy, on se tint tacitement pour « quitte » dans chaque camp. »
(Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940,
Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 188).

Pourtant, la Bataille de Dakar aura un impact très important en métropole.
En effet, dès le lendemain de l’événement, la presse française annonce "l’ex-général de Gaulle fait tirer sur Dakar".
De Gaulle est accusé à juste titre d’empêcher des rapports de bon voisinage entre ceux qui continuent la guerre et
ceux qui l’ont cessée, à une période où l’Etat Français voulait rester neutre dans la guerre.
Par ailleurs, au cours d’une conversation, le général allemand von Stülpnagel indique au général français Huntziger
que si les anglo-gaullistes auraient pris Dakar et entraîné dans leur camp l'A.O.F, alors l’Allemagne aurait rompu l'armistice
et aurait envahi immédiatement de la zone Sud métropolitaine afin d’attaquer l'Afrique du Nord
(Paul Baudouin, Neuf mois au gouvernement, La Table Ronde, 1948, p. 399).
Finalement, la victoire des pétainistes va s'avérer aussi bénéfique à la France qu'à la cause des Alliés.
Si de Gaulle avait réussi son coup, alors il aurait été responsable de l’invasion allemande en métropole et en Afrique du Nord,
et toutes les conséquences qui vont avec.
Quant à Pétain, il est furieux à l’encontre de De Gaulle, non pas parce qu’il s’opposait à l’armistice de Rethondes,
mais par ses actions qui ont entraîné un conflits entre Français.
En effet, si les deux hommes s’opposaient, le Maréchal ne semblait pas éprouver pas une grande haine contre le réfugié d’Angleterre.
Si Pétain avait condamné à mort par contumace de Gaulle, il avouera lui-même qu’il n’avait jamais voulu faire appliquer
cette condamnation et qu’il s’agissait d’un jugement de principe.
Voici la rédaction d’une note datant de début août 1944 :
« Le jugement du général de Gaulle s’est imposé :

1° par une nécessité de discipline militaire ;

2° comme valeur d’exemple afin d’arrêter un mouvement d’exode d’officiers français vers l’étranger.

3° Il est évident que ce jugement par contumace ne peut-être de principe. Il n’a jamais été dans ma pensée de lui donner une suite.

4° Je suis prêt, au contraire, à m’associer aux actes qui faciliteront le retour de l’ordre en France et l’union des cœurs
entre tous les Français. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 593).






Cette note était épinglée au dossier de condamnation à mort de Charles de Gaulle.

En réalité, il ne reproche pas à de Gaulle de s’opposer à lui, mais d’avoir monter les Français entre eux et de rompre l’unité
de la France. En effet, il faut savoir qu’il existe au dossier de la Haute Cour un document écrit de la main du Maréchal
dont on ignore s’il a exprimé sa véritable pensée ou ce qui lui paraissait, sous la pression allemande, le plus conforme aux intérêts
des français. En effet, même s’il manque quelques morceaux, nous pouvons en recopier un extrait :

« Les nouvelles qui m’arrivent de l’extérieur signalent un mal qui se répand dans nos possessions d’outre-mer et agit sur les foules
comme un poison subtil qui tend à leur faire perdre le sens du réel et à les détourner de leurs devoirs envers la mère patrie.
Ce mal s’appelle gaullisme du nom de l’ex-général français de Gaulle.

[Ce général a abandonné la France au lendemain de l’armistice pour prendre du service en Angleterre]

Dès que la France vaincue fut obligée de déposer les armes et de demander un armistice à l’Allemagne,de Gaulle,n’acceptant pas
la défaite, résolut de reprendre à son compte la guerre contre l’Allemagne. Il quitta donc la France et se retira en Angleterre
où il appela auprès de lui tous les Français qui, comme lui, n’acceptaient pas les conditions de l’armistice.
On aurait pu croire que cette armée composée de Français et destinée à chasser nos ennemis hors du territoire français
s’emploierait uniquement à cette tâche.

Il n’en fut rien. De Gaulle n’en veut qu’aux Français et ne se bat que contre les Français.

Je veux bien croire que le but poursuivi par de Gaulle n’était pas tout à fait tel que je viens de le définir. Mais quand il a compris
que la France refusait de se donner à lui [référence à Dakar], qu’il était manifeste qu’il s’était trompé, que son orgueil l’avait conduit
dans une fâcheuse impasse, il eût dû, au moins, ne pas persévérer dans une tentative qui devenait criminelle.

Il ne s’est pas borné à maintenir son attitude, il a attiré à lui de jeunes Français qu’il a abusé en leur faisant croire que leur moyen
de sauver la France était de reprendre la guerre.

Sans connaître exactement le plan gaulliste, on peut penser que le premier acte aurait consisté à s’emparer de l’Afrique du Nord,
à y organiser une armée moitié française, moitié indigène, capable de défendre l’Afrique du Nord.
A une telle tentative, les Allemands aurait certainement répondu par l’occupation de la France entière
[nous savons que c’est une réalité puisque le général von Stülpnagel l’a déclaré au général Huntziger].

De Gaulle s’était engagé à ne pas porter les armes contre des Français.

Voyons, comment il a tenu parole ! » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 596).

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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Lun 29 Déc - 1:39

A la suite de ce même texte, Pétain énumère quelques actions gaullistes contre les Français, et la première évoquée
est bien sûr l’offensive sur Dakar. Pour lui, de Gaulle avait nuit aux intérêts de la France au nom de ses intérêts personnels,
au point de faire attaquer les Français les uns contre les autres.Qu’on le veuille ou non, en prenant pour exemple la Bataille de Dakar,
c’est un fait incontestable. De Gaulle n’a jamais cherché à éviter un conflit entre habitants de l’Empire Français,
alors qu’il aurait pu le faire, mais il lui aurait été impossible de se légitimer et donc de se montrer comme l'nuique sauveur de la nation. Alors il est indiscutable que Pétain ait changé de comportement après et à cause de l’Opération Menace,
car il lui fallait défendre le territoire qui menaçait de sombrer dans la guerre civile déclenchée par le général français et soutenu
par Churchill.



De Gaulle et Churchill, responsables de l’Entrevue de Montoire ?

Dès début octobre 1940, Pétain entend faire la paix avec tous ses voisins, aussi bien Britanniques que Allemands.
En effet, voici ce qu’il déclare à la radio le 11 de ce mois :
"Indépendante du revers de ses armes, la tâche que la France doit accomplir l'est aussi, et à plus forte raison, des succès
et des revers d'autres nations qui ont été, dans l'histoire, ses amies ou ses ennemies.
Le régime nouveau, s'il entend être national, doit se libérer de ces amitiés ou de ces inimitiés, dites traditionnelles, qui n'ont,
en fait, cessé de se modifier à travers l'histoire pour le plus grand profit des émetteurs d'emprunts et des trafiquants d'armes.
Le régime nouveau défendra, tout d'abord, l'unité nationale, c'est-à-dire l'étroite union de la Métropole et de la France d'outre-mer.
Il maintiendra les héritages de sa culture grecque et latine et leur rayonnement dans le monde. Il remettra en honneur le véritable nationalisme, celui qui, renonçant à se concentrer sur lui-même, se dépasse pour atteindre la collaboration internationale.
Cette collaboration, la France est prête à la rechercher dans tous les domaines avec tous ses voisins. Elle sait d'ailleurs que,
qu'elle que soit la carte politique de l'Europe et du monde le problème des rapports franco-allemands, si criminellement traité
dans le passé, continuera de déterminer son avenir.
Sans doute, l'Allemagne peut-elle, au lendemain de sa victoire sur nos armes, choisir entre une paix traditionnelle d'oppression,
et une paix toute nouvelle de collaboration."

Comme nous l’avons déjà dit, le Maréchal considérait que des accords avec l’Allemagne étaient indispensables pour diverses raisons,
telles que l’allégement des dettes ou la libération de prisonniers qui étaient au nombre 1,5 millions au moment de l’armistice.
Cependant, le dirigeant de la France sait très bien qu’une attaque anglo-gaulliste peut se reproduire de nouveau.
Ils avaient échoué à Dakar, alors ils allaient sans doute recommencer à forcer la barrière.
Défendre l’Empire Français contre les agresseurs était donc nécessaire, même s’il souhaitait en même temps faire la paix
avec tous les pays, quel que soit le camp.
Alors le 24 octobre 1940, Pétain rencontre Hitler à Montoire, dans le Loir et Cher. Pourquoi ?
Le procès verbal de la conversation du 24 octobre 1940, signé par Paul Schmidt et paru en 1961, évoque l’entretien entre Pétain
et Hitler. Peu d’historiens l’ont mentionné, à part François Delpha dans son Montoire (Albin Michel, 1996, p. 438-444),
mais qui a un esprit totalement partisan et anti-Pétain, ainsi que Marc Ferro dans son Pétain (Hachette, 2009, p. 188-193),
qui est plus objectif sans l’être à 100%. Voici un résumé que j’ai déjà accompli dans un autre article
(http://realite-histoire.over-blog.com/article-22506257.html) :

Tout d'abord, Pétain s'est dit heureux de rencontrer Hitler, même si l'atmosphère était tendue.
Le Maréchal lui rappelle qu'à la place du gouvernement français, il n'aurait jamais déclaré la guerre à l'Allemagne tant leur supériorité militaire était évidente en 1939. Alors qu'il était ambassadeur en Espagne, il avait en vain demandé à deux reprises
pour reprendre ses fonctions au sein du Conseil supérieur de la guerre. Il n'a l'accord de revenir qu'en mai 1940,
c'est-à-dire en pleine débacle, à un moment ou tout était perdu. Puis Pétain annonce le souhait de renforcer la défense
de ses colonies d'Afrique face à l'Angleterre et les gaullistes.
Selon Paul Schmidt, l'ancienne alliée de la France "s'était incroyablement mal comportée envers elle".
En effet, alors que l'Etat Français avait évité l'occupation totale de la métropole par l'Allemagne, le royaume de Grande-Bretagne
le poignarde dans le dos. Quant à De Gaulle, il avait trahi sa patrie en déclenchant une guerre franco-française à Dakar
le 23 septembre 1940, chose stupide et qui avait un impact négatif pour la cohésion de l'armée française et la préservation de l'Empire.
Le Führer explique qu'il n'avait pas désiré cette guerre contre la France, mais qu'il était normal qu'elle en paye les frais.
Ensuite, il indique qu'il luttera jusqu'à l'anéantissement de l'Angleterre et parle des opérations aériennes en Grande Bretagne.
Pour Hitler, c'est cet Etat qui devait payer la plus grande part dans la guerre.
Cependant, le futur traité ne devra pas être un traité d'oppression car cela risque d'empêcher l'établissement de rapports harmonieux
entre les peuples. Il fallait, il est vrai, répartir les responsabilités et encourager ceux qui voulaient prendre un nouvel essor
dans de meilleures conditions.
D'après Pétain, le chef du Reich prévoyait un encerclement de l'Angleterre sur toutes les mers et par tous les pays voisins limitrophes.
Si la France s'alliait à ce projet, c'est-à-dire le seul pays voisin de la Grande-Bretagne à ne pas être entièrement sous domination allemande, alors l'Angleterre ne pourra pas survivre longtemps.
Cependant, les limites de la coopération ne pouvaient être connues immédiatement. Pétain accepta les principes d'une collaboration,
mais lui préférait s'attarder sur les possibilités militaires en Afrique où l'Angleterre était l'assaillant.
Sa volonté est visible, il souhaitait avant-tout sauvegarder l'Empire français contre tout intrus. De plus, si le Maréchal déclare
directement la guerre contre l'Angleterre, il devrait faire appel au gouvernement, ce qu'il n'avait guère envie de faire.
On peut donc prévoir une coopération, mais il faut agir avec prudence. Ensuite, le chef de la France exprima son admiration
sur l'armement du Reich, et reconnu qu'il n'avait jamais connu de personne qui soit parvenu à des résultats gigantesques.
A la fin de cet entretien, Philippe Pétain se déclara prêt à prendre en considération le principe d'une coopération avec Adolf Hitler
et exprime sa satisfaction.


Le 24 octobre 1940 a Montoire




Malgré tout, Marc Ferro indique clairement une distinction entre Laval et Pétain qui n'abordaient pas la discussion de la même manière.
En effet, Pierre Laval évoquait déjà son souhait d'une défaite anglaise, et remercie Hitler en déclarant accepter avec gratitude
le principe de la collaboration qu'il propose.
Au contraire, Pétain demeure froid comme à son habitude, avec un certain retrait. Par ailleurs, un nouveau malentendu émerge.
Le Führer avait demandé que la France aide le Reich à acquérir des positions en Afrique. Mais d'après le Maréchal, la France
a déjà ses positions à défendre et accepter cette collaboration doit engendrer une contrepartie.
Toujours d'après Ferro, Pétain "considère qu'en assurant l'Allemagne qu'il défendra l'Empire français, il fait le maximum pour l'Allemagne." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 191).
Les résultats souhaités se sont pas satisfaisants pour les Allemands et le projet évoqué ne sera jamais appliqué.
En effet, après la guerre, le diplomate allemand von Renthe-Finck dira que Montoire "constitue la plus grande défaite de la politique allemande vis-à-vis de la France. Nous n'y avons rien obtenu [...] si il n'y avait pas eu Montoire, il n'y aurait probablement pas eu
de débarquement allié en Afrique du Nord." Le docteur Schmidt, qui est aussi traducteur d'Adolf Hitler et auteur de Ma figuration
auprès de Hitler, conclut la relation de l'entrevue dans ses mémoires par ces mots chargés de sens :
"Je suis enclin à considérer le vainqueur de Verdun comme celui qui l'a emporté diplomatiquement dans le duel de Montoire."
(Paul Schmidt, Ma figuration auprès de Hitler, Editions Plon, 1950).
Lors de l'entrevue de Montoire, Hitler était prêt à céder en échange d'un engagement de la France contre l'Angleterre,
mais Pétain se montrait prudent et souhaitait s'engager avec modération. Yves Bouthillier, le ministre des finances de l'époque,
le confirme au Conseil des ministres le 26 octobre :
"Entrevue sans grande portée. Hitler a parlé tout le temps. Il a fait étalage de moyens militaires avec lesquels aucune force du monde n'est capable de se mesurer. Le Maréchal a accepté le principe d'une collaboration, c'est à dire un pacte de cohabitation
entre la puissance occupée et la puissance occupante. Il n'a pris aucun engagement. Son espoir était que sa rencontre avec le maître
du Reich et l'assurance qu'il lui avait donnée d'un respect loyal de la convention d'armistice rendrait plus efficace désormais
les efforts des ministres militaires de réarmer la France, des ministres civils pour la faire vivre, et les siens pour le retour des prisonniers." (Yves Bouthillier, Le drame de Vichy, Tome I : Face à l'ennemi, face à l'allié, p. 198).

Cependant, la coopération militaire envisagée n’est sans doute pas le seul sujet évoqué par les deux chefs d’Etats.
Selon Paul Schmidt, Pétain souhaitait s'entretenir sur cinq points :
les prisonniers, les frais d’occupation, les départements du nord, l’Alsace et la ligne de démarcation.
Nous ignorons si ces points ont été évoqués, mais nous savons que le Maréchal n'a jamais parlé de l'Alsace lors de cet entretien
puisqu'il l'avoua lors d'une conversation à du Moulin de Labarthète. D'ailleurs, le Chef d'Etat ajouta qu'aucun accord immédiat
a été pris (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 192-193).
Et dans une lettre envoyée au général Weygand, que j’ai repris dans la première partie concernant un double jeu de Pétain,
ce dernier indique également « J’ai pu leur affirmer, car c’est la vérité, qu’il n’avait été question que d’une collaboration de principe. Aucune modalité n’avait été envisagée. Je me suis d’ailleurs borné, dans cette entrevue, à réclamer l’amélioration du sort des prisonniers, du ravitaillement, des communications entre les deux zones et la suppression de la ligne de démarcation, etc. ».
Puis il ajoute que « Je ferai en sorte qu’elle ne pose pas sur les considérations d’ordre économique, ou sur la défense de notre empire africain, en écartant toute idée d’agression contre l’Angleterre. Je suis bien résolu à ne m’associer, pour cette tâche, ni aux Italiens
et ni aux Allemands. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 576-577, et Maxime Weygand, Mémoires, Tome III, appendice X).
Autrement dit, une coopération militaire est envisagée, même elle n’est aucunement souhaitée par le Maréchal.
Que plusieurs personnes indiquent ces points secondaires de l’entretien (tels le sort des prisonniers, la ligne de démarcation
ou le ravitaillement), même s’ils ne figurent pas dans le procès verbal de la conversation du 24 octobre 1940, cela ne peut être le fruit
du hasard. Chacun ne regardait pas ce qu’écrivait l’autre pour copier la même chose.


A suivre...
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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Mar 30 Déc - 1:01

Il y a néanmoins une volonté de coopération militaire du Maréchal qui voulait protéger l’Empire français des anglo-gaullistes,
même si cela ne lui plaisait guère.
Alors Churchill et de Gaulle sont-ils responsables de l’entrevue de Montoire dont le principal motif pour Pétain était la défense
de l’Empire Français ?
Une instruction datée du 12 novembre 1940 et numéroté 18, va nous donner la réponse.
Elle indique clairement que Pétain avait demandé une aide militaire à Hitler pour reconquérir les terres perdues en Afrique
contre l'Angleterre et les gaullistes, et décrit l'objectif du Führer :
"Le but de ma politique à l'égard de la France est de coopérer avec ce pays de la manière la plus efficace pour la conduite future
de la guerre contre l'Angleterre. [...] La France aura provisoirement à jouer le rôle d'une puissance d'une non belligérante
qui devra accepter dans le domaine de sa souveraineté, et en particulier dans ses colonies africaines, les mesures prises par l'Allemagne pour la conduite des opérations et à les appuyer dans la mesure nécessaire par l'emploi de ses propres moyens de défense.
La tâche primordiale des Français est d'assurer défensivement et offensivement la protection de leurs possessions africaines
(A.E.F et A.O.F) contre l'Angleterre et le mouvement De Gaulle. A partir de cette tâche la participation de la France à la guerre
pourra se développer pleinement." (document repris par Marc Ferro dans Pétain, Hachette, 2009, p. 193).
La réponse ne fait aucun doute. Qu’on le veuille ou non, par leurs actions contre l’Empire français, de Gaulle et Churchill sont indiscutablement responsable de l’entrevue de Montoire.
Mais à la différence des gaullistes qui étaient prêts à tout pour légitimer leur chef, nous savons grâce à diverses sources
que les Britanniques recontacteront le Maréchal, ce qui aboutira aux Accords Halifax-Chevalier puis aux Accords Pétain-Churchill,
en décembre 1940. Je peux citer quelques exemples de données :

- la lettre de Pétain à destination de Weygand, dans laquelle il expliquait les tractations entre lui, les Britanniques et les Américains :
« Vous avez très bien fait de ne pas répondre aux lettres de Winston Churchill et de Lord Halifax et
de vous borner à leur accuser réception.

Moi aussi, j’ai été l’objet de questions nombreuses de la part de Winston Churchill et de Lord Halifax, curieux de connaître l’objet
de mes conversations avec Hitler. J’ai pu leur affirmer, car c’est la vérité, qu’il n’avait été question que d’une collaboration de principe. Aucune modalité n’avait été envisagée.

[…]

L’amiral Platon est porteur de tous les renseignements susceptibles de vous intéresser.
Pour que les Anglais osent vous demander de vous associer à l’œuvre de de Gaulle, il faut qu’ils soient bien bas dans leurs affaires,
ou bien peu intelligents.

[…]

Le professeur Rougier m’a été annoncé, mais je ne l’ai pas encore reçu. On le considère, ici, comme un agent anglais.
Vous faites bien d’affirmer que personne ne doit être autorisé à utiliser nos bases aériennes et navales.

[…]

La situation de notre Pays nécessite de maintenir un équilibre prudent entre la collaboration avec l’Allemagne
(inévitable sur le plan économique) et les invites anglaises et américaines.

C’est une obligation que je ne perdrai pas de vue. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 576-577,
et Maxime Weygand, Mémoires, Tome III, appendice X).

- les nombreux écris de l’intellectuel Louis Rougier (Louis Rougier, Les accords Pétain-Churchill, Editions Beauchemin,
Montréal, 1945, ou Editions du Cheval ailé, 1948, ainsi que Les secrets d'accord franco-britannique de l'automne 1940 :
histoire et imposture, Grasset, Paris, 1954),

- un résumé du général Héring au moment du procès pour "trahison" du général Dentz en avril 1945 (http://www.generalhering.org/index.php/La-defense-du-General-DENTZ/Accords-PETAIN-CHURCHILL.html).


En conclusion, nous pouvons affirmer que la Bataille de Dakar remportée par la France avait eu des conséquences politiques
beaucoup plus importantes qu'un Churchill ou qu'un de Gaulle le prétendait.
Concernant l'attaque en elle-même, nous avons observé que la préparation de l'Opération Menace a été difficile et
compromise déjà avant son lancement, en raison de problèmes de coordinations et de communications, puis également
à cause de l’arrivée de renforts à la place stratégique de Dakar prouvant un manque de maîtrise du territoire.
Alors que Churchill et le Cabinet de guerre britannique envisageaient d’annuler l’offensive, de Gaulle et plusieurs officiers britanniques tenaient à tout prix qu’elle eut lieu.
L'homme de l'appel du 18 juin n’a pas hésité à engendrer un conflit entre français au nom d’intérêts personnels, car il souhaitait accroître son influence en Afrique et tenter de se légitimer davantage, mais il pensait qu’il serait accueillit pacifiquement et
non pas par les armes.
Dès la première journée de l’offensive qui fut marquée par le conflit franco-français, les anglo-gaullistes se révélèrent incapables
de percer la ligne défensive face aux soldats fidèles au maréchal Pétain.
De Gaulle qui tenait tant à prendre Dakar l’avait rapidement compris et souhaitait que ses troupes rebroussent chemin,
mais le mal était fait. Cependant, Churchill exigeait que l’attaque s’intensifie, et cela même contre l’avis de plusieurs de ses officiers.
Au final, la Bataille de Dakar se solda pour les anglo-gaullistes par une lourde défaite.
De plus, elle était non seulement évitable, mais elle fut également inutile. En revanche, elle eut des répercussions non négligeables.
En effet, l'agression des britanniques et des gaullistes avait notamment engendré l'entrevue de Montoire entre le maréchal Pétain
et le Führer Adolf Hitler. Si on se réfère au procès verbal de la conversation du 24 octobre 1940, l'entretien concernait
avant-tout la possibilité d'une coopération militaire, même s'il ne s'agissait pas du seul sujet.
Ce projet, qui n'a finalement jamais vu le jour, a été envisagé après l'Opération Menace alors qu'il n'a jamais été évoqué avant
cet évènement.
Pour le chef de l'Etat Français, il était indispensable de protéger l'Empire national et principalement l’Afrique contre
toute nouvelle agression anglo-gaulliste, quitte a obtenir un accord militaire avec l'Allemagne.
Les sources démontrent que Pétain n'agissait pas par plaisir mais parce qu'il pensait agir pour la défense des intérêts de la France
en souhaitant maintenir son unité, tandis que De Gaulle était perçu comme un homme voulant au contraire la division des français.
Cette coopération militaire lui semblait donc une nécessité, mais tout en exprimant la volonté de faire la paix avec tous ses voisins,
dont la Grande-Bretagne, comme le prouve l'existence des Accords Pétain-Churchill.
Enfin, il faut noter que les soldats gaullistes interviendront souvent contre les forces françaises fidèles au maréchal Pétain
(par exemple à Dakar en septembre 1940, ou au Liban et en Syrie en juin et juillet 1941),alors que d’autres troupes françaises
comme l’Armée d’Afrique du Nord du général Juin se sont concentrées davantage sur les forces de l’Axe.
De ce constat, on peut clairement se demander si l’objectif de de Gaulle était seulement de libérer la France et son Empire,
ou aussi de se faire passer comme le principal sauveur de la nation tout en faisant croire que Pétain s’était pleinement rangé du côté
de l’ennemi. Sur ce point, il a parfaitement réussi son coup.



sources
http://realite-histoire.over-blog.com
http://dakar.1940.free.fr

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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Mer 31 Déc - 1:11

Ordre de bataille du 23 au 25 septembre 1940:

Royaume-Uni:

Porte-avions :
HMS Ark Royal

Cuirassés:
HMS Barham
HMS Resolution

Croiseurs Lourds :
HMAS Australia
HMS Cumberland
HMS Devonshire

Croiseurs Légers :
HMS Dragon
HMS Delhi

Destroyers :
HMS Echo
HMS Eclipse
HMS Escapade
HMS Faulknor
Foresight
Forester
Fortune
HMS Fury
HMS Greyhound
HMS Inglefield

Dragueurs de mines :
HMS Bridgewater
HMS Milford

Cargo:
1 cargo Britannique

Transports :
3 paquebots
101st brigade des Royal Marines


HMS Cumberlamd





HMS Devonshire







Forces françaises libres

Aviso :
Commandant Dominé
Commandant Duboc
Aviso colonial
Savorgnan de Brazza

Patrouilleurs
Président-Houduce

Cargos:
4 Cargos Français

Infanterie :
13e demi-brigade de Légion étrangère



Aviso Commandant Dominé




Aviso Commandant Duboc




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MessageSujet: Re: La bataille de Dakar septembre 1940   Mer 31 Déc - 1:13

Marine Nationale française

Cuirassé :
Richelieu

Croiseurs légers :
Georges Leygues
Montcalm

Contre torpilleur :
Le Fantasque
L'Audacieux (avarié à Dakar, bombardé et coulé à Bizerte en 1943)
Le Malin
Le Hardi (sabordé à Toulon)

Aviso :
Calais
Commandant Rivière
D'Entrecasteaux (coulé à Diego Suarez)
D'Iberville
Gazelle
La Surprise

Croiseurs auxiliaires:
El Djezair
El Kantara
El Mansour
Victor Schoelcher (coulé à Diego Suarez)
Ville d'Oran

Cargos :
SS Porthos
SS Tacoma (coulé entre Dakar et l'île de Gorée)
SS Sally Maersk ( Danemark)

Sous-marins:
Ajax (Q148) (coulé à Dakar)
Bévéziers (Q179) (coulé à Diego Suarez)
Persée (Q154) (coulé à Dakar)

Sous-marin Ajax




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