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 Une etrange bataille

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naga
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MessageSujet: Une etrange bataille   Jeu 25 Déc - 2:41

Après le débarquement allié en Afrique du nord et l’occupation de la zone sud en novembre 1942, le chef de la SS Himmler choisit de rassembler dans un même lieu des ehrenhäftlinge (prisonniers de haut rang) français afin de pouvoir les utiliser comme otages ou monnaie d’échange dans la suite de la guerre. Son choix se fixe sur Itter, une forteresse du Moyen-Âge.

Le chateau Itter

Le château Itter, Schloss Itter, est un petit château situé sur une colline près du village de Itter en Autriche.
Successivement possession de Louis II de Bavière et du régime napoléonien, lieu de villégiature de Wagner, Liszt ou Tchaïkovski sous une propriétaire mélomane.






Après l'Anschluss, l'annexion allemande de l'Autriche, le gouvernement allemand a officiellement loué le château à la fin 1940 de son propriétaire, Franz Grüner.
Le château a été saisi de Grüner par le lieutenant-général SS Oswald Pohl sous les ordres de Heinrich Himmler, le 7 Février, 1943. La transformation du château en un camp de prisonniers a été effectué avant le 25 Avril 1943, et l'installation a été placé sous l'administration de le camp de concentration de Dachau.
La prison a été construite pour contenir haut profil prisonniers précieux pour le Reich.






Là-bas va en effet se former pendant deux ans, au fil des arrivées successives de prisonniers, une drôle de colonie pénitentiaire dont les ambiguïtés —pétainistes anti-allemands, ultranationalistes résistants…— reflètent celles de la France de l'époque.
On y trouve deux anciens présidents du Conseil poursuivis par Vichy pour leur responsabilité dans la défaite: Edouard Daladier, signataire sans illusions des accords de Munich, et son ennemi Paul Reynaud, qui s’est opposé à Pétain sur la poursuite de la guerre en juin 1940. Le tennisman Jean Borotra, sextuple vainqueur de la Coupe Davis et double lauréat de Roland-Garros et de Wimbledon, devenu commissaire général à l’éducation et aux sports de Vichy, mais renvoyé sous la pression des Allemands pour son manque de zèle dans la «nazification» du sport français.

Jean Borotra




Le général Maurice Gamelin, chef d’état-major des armées au début de la guerre, et son successeur Maxime Weygand, bombardé à son poste neuf jours après l’invasion allemande puis devenu ministre de la Défense de Pétain —mais néanmoins qualifié d’«ennemi irréconciliable de l’Allemagne», au point que les nazis songèrent à le faire assassiner.

Le général Maurice Gamelin





Léon Jouhaux, le secrétaire général de la CGT, dissoute par le régime de Vichy, et le colonel de La Rocque, fondateur des Croix-de-feu puis du PSF, pétainiste mais pas vichyste, et maître d’oeuvre d’un réseau de renseignements en lien avec les Britanniques. Ou encore Michel Clemenceau, fils du «Tigre», Marcel Granger, un parent du général Giraud, le rival de De Gaulle à Alger, ou Marie-Agnès Cailliau, la sœur du fondateur de la France libre…

Certains détenus font venir leur conjoint, d’autres s’y refusent. Plusieurs personnalités (l’ancien président de la République Albert Lebrun, l’ancien ambassadeur à Berlin André François-Poncet ou l’ex-président du Conseil italien Francesco Saverio Nitti) font un passage avant d’être transférés ailleurs. Léon Blum et Georges Mandel, qui ont été transférés en Allemagne avec certains des prisonniers d’Itter, ne peuvent eux y être détenus car juifs —le premier finira la guerre à Buchenwald, le second assassiné par la Milice.

En arrivant, les prisonniers peuvent contempler au fronton du château la célèbre citation de la Divine comédie de Dante: «Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate» («Abandonnez tout espoir, vous qui entrez ici»). Un enfer, Itter? «Mais ici, c’est le paradis !», lâche pourtant Reynaud en arrivant en mai 1943, à la grande surprise des détenus déjà présents.

Un autre prisonnier a lui décrit une forteresse «qui associe les verrous, les grilles, les sentinelles d’une prison aux commodités d’une pension bourgeoise». Les soldats allemands ont reçu l’ordre d’honorer leurs otages du salut militaire —et non hitlérien— et de les appeler «Excellence». Au menu des journées: repas (relativement copieux), lecture, bridge, gymnastique, messe, séances de bronzage…

Mais l’ambiance entre les détenus se dégrade au fil des arrivées: un symbole des divisions de leur pays et de ses haines recuites, que ces prisonniers de luxe ressassent dans leurs chambres-cellules en polissant les Mémoires qui leur permettront de se justifier à la Libération. Les insultes volent, parfois: Weygand qualifie Reynaud de «voyou», quand ce dernier lui donne du «collabo» et moque le trouble de son visage en apprenant l’entrée de De Gaulle à Bayeux ou la prise de Strasbourg par les troupes françaises.


A suivre....


Dernière édition par naga le Jeu 25 Déc - 14:00, édité 1 fois
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naga
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MessageSujet: Re: Une etrange bataille   Jeu 25 Déc - 12:38

Mais ce n’est rien à côté du «crépuscule des dieux» —le mot est d’Edouard Daladier— qui envahit leurs geôliers au fil des défaites allemandes. Ancien officier des camps de Dachau et Maïdanek, le commandant du château-prison, le SS-Hauptsturmführer Sebastian Wimmer, décrit par Harding comme «brutal, peu raffiné et politiquement inepte», sombre ainsi dans l’alcoolisme et des accès de violence erratique après la mort de son frère dans un bombardement.
Le 2 mai 1945, deux jours après le suicide d’Hitler dans son bunker, Wilhelm Weiter, le commandant en fuite de Dachau, imite lui le Führer de deux balles dans une des chambres d’Itter.

L’Allemagne est à genoux. Le 4 mai, jour même où l’amiral Dönitz, le nouveau chef du IIIe Reich, entame les négociations en vue d’une cessation des hostilités avec les Alliés, Wimmer quitte précipitamment le château avec sa femme.
Pour les détenus français, la liberté est alors proche et incertaine.
Les gardes SS Totenkopfverbände quitté le château peu après.
Les voilà seuls dans un château-prison déserté de ses geôliers, mais dans une région où croisent à la fois une armée américaine craignant des poches de résistance nazie et peu désireuse de sacrifier des hommes alors que la paix n’est plus qu’une question de jours, une résistance autrichienne qui sort du maquis sept ans après l’Anschluss, des soldats de la Wehrmacht parfois fraîchement enrôlés et peu motivés, mais aussi des éléments SS déterminés à sévir jusqu’au bout…

Leur salut viendra d’hommes dont,contrairement à eux,les noms ne sont pas inscrits dans
les livres d’histoire.
Un détenu croate et homme à tout faire du château,Zvonimir Cuckovic,que Reynaud et Daladier
ont envoyé à vélo porter une lettre aux troupes américaines à Innsbruck,distante de
soixante kilomètres.
Le cuisinier tchèque de la prison, Andreas Krobot, qui part lui chercher l’aide des résistants
autrichiens à Wörgl, le village le plus proche.

Et surtout,de deux soldats jusqu’ici ennemis:
un Américain,un Allemand.Le capitaine du 23e Tank bataillon de la 12e Division blindé
de l’US Army et un major de la Wehrmacht.

Le premier est un jeune officier du Nebraska âgé de 27 ans, John C. «Jack» Lee Jr,chef de char
du sherman "Besotten Jenny".





Temoignage de Harding:
«Un homme trapu et puissamment musclé portant un uniforme kaki froissé et un pistolet automatique
calibre 45 au côté, un cigare déjà bien mâchonné mais éteint aux dents. […]
Il déchira l’enveloppe sans cérémonie et survola rapidement la lettre, puis se hissa sur le Sherman
et rentra dans la tourelle. Quelques minutes plus tard, il réapparut et monta
sur le moteur à l’arrière du tank,un large sourire au visage.
Les yeux fixés sur l’officier allemand, il lui expliqua qu’il s’appelait Lee et qu’il semblait
qu’ils étaient tous deux en route pour une mission de sauvetage.»




John C. «Jack» Lee Jr





L’homme à qui il s’adresse,venu lui remettre sa reddition mais aussi une lettre des prisonniers
d’Itter,s’appelle Josef Gangl,et était qualifié en 1935 par ses supérieurs de la Wehrmacht
de «national-socialiste dévoué».
Il a combattu lors de la campagne de France, été décoré lors de l’invasion de l’URSS,
s’est échappé de la poche de Falaise lors des combats d’artillerie en Normandie après
le Débarquement —mais a aussi noué des contacts avec la Résistance autrichienne,
à qui il offre un soutien logistique à l'hiver 1945.


Josef Gangl en 1944





Les forces de Lee étaient désormais constitués de quatorze soldats américains,
deux chars Sherman,une Volkswagen Kübelwagen et un camion transportant les dix soldats allemands
du Major Gangl.
A quelques Kms sur la route allant vers le chateau, ils ont défait une partie des troupes SS
qui avaient tenté de mettre en place un barrage routier.


Dernière édition par naga le Jeu 25 Déc - 13:29, édité 2 fois
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vania
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MessageSujet: Re: Une etrange bataille   Jeu 25 Déc - 12:53

Citation :
Les soldats allemands ont reçu l’ordre d’honorer leurs otages du salut militaire —et non hitlérien— et de les appeler «Excellence». Au menu des journées: repas (relativement copieux), lecture, bridge, gymnastique, messe, séances de bronzage…
Pas mal, pour des gars qui ont amené le pays à la défaite et à la ruine ... Rolling Eyes
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naga
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MessageSujet: Re: Une etrange bataille   Jeu 25 Déc - 13:44

Les prisonniers français accueillir la force de sauvetage,mais ont été déçus par le peu d hommes en renfort.
Lee a placé ses hommes sous son commandement dans des positions défensives autour du château,
et positionne son char sherman à l'entrée principale.
Ils furent bientôt rejoints par un officier SS, Kurt Siegfried Schrader,qui séjournait blesse dans le village de Itter.

Le donjon du chateau touche par des obus




Des hommes de la 17e Waffen-SS Panzer Grenadier Division arriverent pour reprendre le chateau,
peu de temps après,le matin du 5 mai.

Avant le début de l'assaut principal,le Major Gangl a pu téléphone a Alois Mayr,
le chef de la résistance autrichienne pour demander des renforts;deux soldats allemands anti-nazi
ainsi qu un membre de la résistance autrichien, Hans Waltl,sont rapidement arrives
au château.
La char Sherman a fourni un appui feu important mais a été détruit par les SS;
son équipage a survecu sans blessure.

Après six heures de combat,le 142e régiment d'infanterie US est arrivé, guidés par un Borotra qui s'est échappé de manière audacieuse du château, fidèle à son surnom de «Basque bondissant».
Après vingt-quatre heures de siège, les libérateurs d’Itter sont accueillis par Jack Lee d’une petite phrase historique et ironique: «Qu’est-ce qui vous a pris aussi longtemps?»


Une arrivée que ne verra pas Gangl, abattu lors du siège par un tir ennemi

Harding:
«Il avait à peine fait dix pieds qu’il chuta sur les pavés de la cour dans une position étrange, son casque à visière roulant au sol quelques pas derrière lui. […] Quand du sang commença rapidement à former une flaque autour de sa tête, il devint évident que Sepp Gangl, un homme de valeur qui avait survécu à l’enfer de Stalingrad et au maelstrom de Normandie, avait été abattu par la balle d’un sniper.»

L equipage du sherman apres la bataille, Lee a droite






Les Français ont retrouvé leur pays libéré et, pour beaucoup, une fonction, un siège, voire un portefeuille. Arrêté quelques semaines plus tard et détenu dans un camp géré par les autorités françaises, Sebastian Wimmer a été «inexplicablement» libéré dès 1949, malgré sa participation au système concentrationnaire, et s’est suicidé trois ans plus tard. Après avoir passé deux ans en prison, Kurt-Siegfried Schrader a lui occupé des fonctions politiques dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie.

Quant à Jack Lee, à son retour aux Etats-Unis, il a vécu une vie tumultueuse et triste. Successivement joueur de football américain, coach, barman ou hôtelier, il est mort en 1973 à seulement 54 ans, probablement d'une maladie liée à son alcoolisme.


source
http://monindependancefinanciere.com
http://www.slate.fr
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naga
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MessageSujet: Re: Une etrange bataille   Jeu 25 Déc - 14:06

Le chateau Itter aujourd hui





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naga
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MessageSujet: Re: Une etrange bataille   Jeu 25 Déc - 14:13


General Maurice Gamelin, Michel Clemenceau ,un soldat US et Paul Reynaud a la liberation du chateau.





Paul Reynaud,General Anthony Mac Auliffe, Madame Weygand,General Maurice Gamelin, Edouard Daladier et le General Maxime Weygand

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Gus Kruk
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MessageSujet: Re: Une etrange bataille   Sam 17 Oct - 6:12


Ce que je pense du général Gamelin, c'est que les Allemands auraient dû le décorer de la Ritter Kreuz pour avoir offert l'armée de terre française aux troupes du IIIème Reich.

Annuler le plan Dyle alors que tout ce passait bien est une erreur majeur...Toutes les divisions allemandes aguerries se trouvant encore en Pologne, La France disposait de 105 divisions contre une petite trentaine pour les Allemands et encore, à ce moment là, les troupes allemandes étaient majoritairement des troupes de soutien et de maintenance et non de troupes de choc ou même blindées...

Gamelin aurait pu pousser sans trop de résistance jusqu'à la Ruhr et ainsi priver Hitler de son industrie vitale.

Mais non, notre héro a préféré faire demi tout après cinq jours pour se retrancher et se préparer à une guerre de position...

Danke vielmal Herr General Gamelin !!

Si quelqu'un a un autre avis, je serais ravi d'entendre quelques arguments en faveur de cet homme que personnellement je n'appelle pas officier... ni même chef...il en était encore à la guerre de 1914-1918, il ne connaissait même pas les noms de ses subalternes...affligeant personnage...


Contrairement à Guderian qui avait lu attentivement le livre du colonel De Gaulle concernant la guerre de mouvement et de véhicules blindés et qui disait à qui voulait l'entendre que ce serait la guerre de demain...ce qui fut le cas.

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MessageSujet: Re: Une etrange bataille   Mar 20 Oct - 10:58

La seule chose qu'on pourrait trouver comme excuse si on était avocat de la défense de Gamelin, c'est que, en plus de ses responsabilités militaires, il était pris par des obligations et contraintes politiques, vis à vis des alliés entre autres...
Le fait qu'il n'y ait pas eu de commandement central des armées alliées, comme Foch en 1918, a été une des raisons de la catastrophe de 1940.
Gamelin en savait forcément quelque chose, ayant été chef d'état major de Foch il me semble, mais grouper les commandements en 1940 contre la Wehrmacht était du domaine politique, ce qui dépassait ses pouvoirs...
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Gus Kruk
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MessageSujet: Re: Une etrange bataille   Ven 26 Fév - 3:29

C'est exactement à ce niveau et en faisant preuve d'initiative qu'il aurait pu entrer dans la grande histoire de France comme celui qui empêcha l'Allemagne nazie de pénétrer sur le sol français...

Il fit le choix contraire et offrit la France sur un plateau aux chars du général Guderian qui, je le rappelle, au moment de l'opération Dyle se trouvait encore en Europe de l'est ...

Gamelin était un triste personnage engoncé dans les règlements et englouti par l'administration derrière laquelle il tenta de se cacher. Tout ceci est d'autant plus catastrophique que l'armée française ne manquait pas d'officiers courageux et prêts à se battre...quel gâchis dû principalement à ce monsieur Gamelin qui fut fait prisonnier dans un château, en plein repas concocté par un grand chef arrosé des meilleurs vins...Pathétique et lamentable. La seule carte posée sur la table de ces messieurs était le menu.

Un Japonais, à sa place aurait demander à se faire Hara Kiri afin de se racheter par une mort honorable, mais non, il passa la guerre dans le château d'Itter en compagnie de Galadier, Léon Blum et de tous les "héros" de 1940...Pas un n'essaya de s'évader servi qu'ils étaient par des domestiques allemands en gants blancs...
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MessageSujet: Re: Une etrange bataille   Ven 26 Fév - 12:01

Affligeant en effet.
Je ne sais s'il a eu des descendants, mais ça doit être un nom difficile à porter, même encore aujourd'hui ...
Pareil pour Daladier, Laval ...
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