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 Jean Fontenoy

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naga
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MessageSujet: Jean Fontenoy    Ven 21 Aoû - 14:58

Le "Jean Fontenoy" de Philippe Vilgier

Il est arrivé à Philippe Vilgier ce qu’il peut arriver de pire à un biographe : alors qu’il travaillait depuis des années sur son portrait de Jean Fontenoy, un autre chercheur, Gérard Guégan, le bat sur le poteau, en publiant, quelques mois avant lui, un Fontenoy ne reviendra plus.(Stock 2011). S’il s’agissait de la centième biographie de Kennedy ou de Simenon, cela n’aurait guère d’importance. Mais Fontenoy !






Le personnage est certes étrange, fascinant à certains égards. Mais il ne fut qu’un second couteau du journalisme, de la littérature, de l’aventure militaire ou politique, et même de la collaboration. Bien peu de gens connaissent Fontenoy. Alors, deux biographies de cet homme en moins d’un an, quel dommage pour celui des deux chercheurs qui y a consacré le plus de temps, le plus de passion Mais aussi quel hasard extraordinaire !

Surnommé certes « le Malraux fasciste » par l’historien Pierre-Marie Dioudonnat, voici un homme dont plus personne n’avait entendu parler depuis ce 27 avril 1945 où il s’était donné la mort, dans les ruines de Berlin, face aux troupes soviétiques. Et soudain il ressuscite sous la plume de deux chercheurs aux parcours et aux points de vue très différents, l’un venu de la gauche (Guégan a été au Parti communiste, puis est passé à l’extrême gaiuche), l’autre venu de la droite militante des années soixante-dix. Mais qui, l’un et l’autre, nous donnent un portrait que l’on pourrait qualifier de « complaisant », si cet adjectif n’avait une consonnance négative. L’un et l’autre ont en effet été séduits par le charme un tantinet vénéneux de ce journaliste d’avant-guerre, qui fut tour à tour correspondant de presse et grand reporter au pays des Soviets, aux Etats-Unis, en Chine et au Japon, tour à tour combattant de la guerre de 14, de la guerre de Finlande (où il est sévèrement blessé), et du Front de l’Est au sein de la LVF, tour à tour adepte du surréalisme, pro-communiste, puis Croix-de-feu, puis PPF avec Doriot, puis pro-allemand jusqu’à rejoindre la collaboration la plus dure. Ce Jean Fontenoy a de quoi donner le tournis !

Quand Phlippe Vilgier commença sa quête de renseignements sur Fontenoy, c’était bien avant Internet qui, certes, facilite les choses. Tout le monde était sceptique tant sur sa capacité à trouver de la matière sur l’aventurier-journaliste, qu’à intéresser un lectorat significatif. Se procurer ses livres, déjà, relevait de la chasse au trésor ! Même dans « l’extrême droite » la plus décomplexée et la plus érudite, personne ne connaissait vraiment Fontenoy, qui n’était plus guère qu’un nom, que l’on retrouvait parfois sous la plume de Saint-Loup ou Mabire, mais aussi sous celle de Brice Parrain ou de Jean Cocteau..

Dans les années quatre-vingt, Philippe Vilgier pouvait encore interroger quelques témoins, quelques personnes qui avaient croisé la route de Fontenoy : François Brigneau, Henry Coston, Saint-Loup, Pierre Monnier, Lucien Combelle…






Le Fontenoy de Guégan, lui, est largement basé sur les archives familiales. Il se veut une biographie romancée. Et l’écrivain tente de tracer le portrait psychologique d’un aventurier « pour comprendre de quoi nous sommes faits et à quoi tiennent nos destinées ». Le travail de Vilgier, pour sa part, est plus historique, plus universitaire, et il s’attache davantage à comprendre l’évolution des idées de Fontenoy, en particulier ce basculement de l’extrême gauche à l’extrême droite, qui est toujours un objet de fascination pour les historiens contemporains (le basculement inverse étant beaucoup plus rare et le plus souvent dicté par des considérations de pure survie, comme dans l’Europe de l’Est d’après-guerre).

De ce point de vue, les deux ouvrages ne se font pas concurrence. Quant aux cahiers iconographiques de l’un et l’autre livres, ils sont différents, ce qui est particulièrement étonnant, compte tenu de la rareté des documents photographiques concernant ce personnage.

Fontenoy nous a laissé quelques livres, une décevante Ecole du renégat (Gallimard 1936), pamphlet qui manque de souffle, mais aussi un Shangaï secret sur son expérience de journaliste en terre chinoise à l’époque des combats entre nationalistes et communistes, qui est un pur chef d’œuvre, bien meilleur, par exemple que L’Espoir de Malraux, à mon goût.

Parlant le chinois, le russe, l’anglais, Fontenoy fut également un excellent traducteur. C’est toujours son travail qui est utilisé dans les traductions de Tolstoï parues à la Pléïade.

Il fut aussi l’époux d’une héroïne de la conquête du ciel, l’aviatrice Madeleine Charnaux.

Docteur d’Etat en science politique, spécialiste en histoire du syndicalisme et en droit social, on ne voit pas exactement pourquoi Philippe Vilgier, après quelques ouvrages historiques, a ainsi jeté son dévolu sur cet aventurier, homme d’action, extrémiste, et aussi alcoolique et opiomane. Mais les excès mêmes de Fontenoy, ces engagements sans limites, en ces temps de dictature absolue du politiquement correct ont sans doute fasciné Vilgier, comme ils ont fasciné Gérard Guégan, et comme ils pourraient bien intéresser toute une génération de plus jeunes gens, fatigués par les portraits christiques et trop vénérés d’un Che Guevara, par exemple, qui n’était au fond qu’une brute stalinienne, transfigurée par sa mort.

Francis Bergeron



Philippe Vilgier, Jean Fontenoy aventurier, journaliste et écrivain, Via Romana, août 2012, 364 p., 25 €.
Gérard Guégan, Fontenoy ne reviendra plus, Prix Renaudot Essai 2011, Stock, « La bleue », février 2011, 496 p., 24,35 €.


source
salon-litteraire.com

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naga
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MessageSujet: Re: Jean Fontenoy    Ven 21 Aoû - 15:10

On ne voit bien souvent en Jean Fontenoy, au mieux, qu’un écrivain journaliste passé du parti communiste au PPF de Jacques Doriot. Au pire, et bien, on ne voit rien du tout, parce qu’il est carrément oublié. On se souvient pourtant d’André Malraux mais il est vrai qu’il appartenait au camp des vainqueurs et que Fontenoy, en tant que réprouvé, ne mérite que la fosse commune de l’Histoire. Pourtant, Dominique Venner voit en lui un « être d’exception » et quand il le compare à l’auteur de « la Voie Royale », il en fait « une sorte de Malraux sympathique, plus aventureux et plus vrai ».

C’est en outre, un véritable héros de roman qui figurerait avantageusement aux côtés des personnages d’Hugo Pratt : Pratt et Corto eux mêmes, mais aussi Raspoutine, le Baron Ungern, le général Enver Pacha, Butch Cassidy, Jack London, le Baron von Richthofen, et tous les autres…





Né en 1899 dans une famille paysanne, à 17 ans, il fréquente les milieux ultra-anarchistes. Ce qui ne l’empêche pas, mobilisé à la fin de 14-18, de décrocher un galon de sous-lieutenant et la croix de guerre. Il est attiré par le bolchevisme, mais comme il méprise la copie française, il veut aller sur place pour découvrir l’original. Il s’inscrit à l’École des langues orientales, apprend le russe et le chinois (déjà il lit Sophocle et Ovide dans le texte) et se fait envoyer à Moscou pour l’agence Havas. C’est une période de grands reportages et de grandes déceptions : en 1925, les fonctionnaires, qui vont faire le succès du régime , ont déjà remplacé les exaltés… Alors Fontenoy va traquer la révolution jusqu’en Chine : il y fonde le « Journal de Shangaï », devient conseiller de Tchang Kaï-Chek, mais s’intéresse, dit-on, surtout à la jolie femme du maréchal, Song Meiling . Parcourant le pays à cheval, la main sur le pistolet, il assiste aux exploits d’un général chrétien qui baptise ses troupes avec une lance d’incendie





Déçu et guéri du communisme et du « tiers-monde », il lorgne du côté du fascisme. Après un rapide passage aux Croix-de-Feu, il adhère en 1936 au PPF de Jacques Doriot, mais le quitte à l’époque de Munich. La brouille, très personnelle, sera durable. Il se fait connaître par la publication de ses romans et de ses reportages. Entre temps, il bourlingue dans l’Europe qui bouge : en Allemagne, où il rencontre Otto Abetz, en Pologne, en Hongrie, au Portugal, en Espagne où il fait le coup de feu avec les nationalistes à Irun. Dans cette vie bien occupée, il trouve pourtant le temps de traduire Tolstoï pour la Pléiade et d’épouser Madeleine Charnaux, aviatrice célèbre qui partage ses options politiques et qui mourra de la tuberculose en 1943.

En janvier 1940, il s’engage dans l’armée finlandaise pour combattre l’Armée rouge. Il a le visage gelé et le maréchal Mannerheim, commandant en chef des forces finlandaises , lui offre un poignard d’honneur. A Paris, en juillet 1940, puis à Vichy, il sert d’intermédiaire entre Abetz et Laval et se lance dans les tourbillons de la Collaboration. Après un nouvel accrochage avec Doriot, il devient l’un des chefs du MSR du cagoulard Eugène Deloncle, et fait également partie de la direction du RNP de Marcel Déat. A ce titre il participe à la fondation de la Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme en 1941 et, contrairement à d’autres, part se battre en Russie. Chef de la section de propagande, il se fait muter au 1er bataillon, pour participer aux combats devant Moscou en novembre-décembre 1941. Il fait toute la retraite à pied dans des conditions effroyables puis ses démêlés avec Doriot lui valent d’être renvoyé à Paris. Il y fonde l’hebdomadaire « Révolution nationale ». On le décrit alors comme ne s’éloignant jamais de son « calibre » et passant beaucoup de son temps à « téter le bambou ». Ayant suivi la retraite allemande à la fin de 1944, il se tue dans les ruines de Berlin d’une balle de pistolet, le jour de l’entrée des troupes soviétiques en mai 1945.

Dans « Péché d’orgueil », son ami Lucien Combelle le mettait en scène en 1942, déjà désabusé : « Quand ce fascisme pour lequel nous nous défonçons prendra le pouvoir, supposition docteur ! Supposition ! Que fait-il de nous, le fascisme ? Eh bien il nous fout en taule, toi et moi, docteur, en taule pour mauvais esprit… »


Source : Dominique Venner : « Histoire de la Collaboration ».

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