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 Sujet tabou

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naga
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MessageSujet: Sujet tabou   Mar 15 Mar - 13:15

La torture en Algerie 2006

TEMOIGNAGE
GUERRE D'ALGERIE
Crimes et exactions du peloton FANA



“Je suis arrivé à les faire parler. Malgré le silence qu'ils ont gardé depuis des années, cette fois ils sont obligés de s'exprimer sinon la vérité les éclaboussera.” Heureux, c'est le moins que l'on puisse dire de Raymond Cloarec, cet ex-adjudant du 3e RPC qui a accepté de se livrer et de se “décliner” au cours d'une interview déjà publiée.



Une interview qui n'a pas laissé indifférents ses ex-collègues militaires tortionnaires qui craignent que la vérité atteigne leurs familles. A leur âge, septuagénaires ou octogénaires, ils redoutent que leur passé remonte à la surface. Une de leurs premières réactions a consisté à radier Cloarec de l'association des anciens combattants. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme. Son président, M. Piaskowski, sollicité par nos soins pour exprimer les motifs de cette radiation n'a pas trouvé mieux que de déclarer que c'était “une affaire interne”. En vérité, les révélations de Cloarec sur la pratique des tortures et des exactions au sein du 3e RPC devenu RPIMA, dérangeait l'ordre établi : celui du silence, du mutisme et de la censure. Trompés par le pouvoir politique de l'époque, ivres de vengeance ces ardents passionnés de l'Algérie française qui font la torture depuis cinquante ans s'engouffrent cette fois dans la pratique des menaces et intimidations que dénonce publiquement Cloarec. Une pratique qui est loin de le décourager puisque cette fois il ajoute à son précédent témoignage d'autres faits accablants, des noms de tortionnaires, des exactions précises commises sur des populations civiles, des exécutions sommaires, etc. Le tout étant consigné dans sept cahiers qu'il s'apprête à exposer à l'opinion publique pour dénoncer ses anciens collègues qui n'ont pas le courage de se repentir. “Osez aller en justice”, leur lance-t-il. C'est le défi de celui qui se reconnaît “criminel de guerre sur ordre” qui a accepté que nous publions son témoignage ci-dessous.

“Je tiens à faire savoir pourquoi 50 ans après, j'ai été amené, moi et pas les autres, à faire des révélations. Le pourquoi de mes révélations, de nos exactions au 3e RPIMA qui, bien trop souvent, ont dépassé les règlements militaires “en temps de maintien de l'ordre ou de pacification”, sans aucun respect de la Convention de Genève, d'autant plus qu'à l'époque, nous “n'étions pas en Guerre”.
Janvier 1956
Le lieutenant-colonel Bigeard décide de lancer un peloton de caporaux. Il écrira ceci dans Pour une parcelle de gloire, (éditions Plon, page 230) : “J'ai choisi les meilleurs éléments des compagnies, une cinquantaine environ. Ils seront groupés en vue d'un stage accéléré prévu 40 jours, ce seront des élèves gradés. Ces futurs gradés vont vivre dans des conditions extrêmes, sous la toile de tente, dans le froid et la neige, encadrés par un lieutenant, le lieutenant Pissard et dix sous-officiers d'élite, tous anciens d'Indochine, installés à la Côte 671, à 500 mètres de mon PC (Côte 701) - El Milia. Ils vont mener un entraînement très dur, parfois surhumain.” Il précisera ceci : “Ce centre devra être une réussite. Sortiront de ce centre de jeunes paras beaux, capables, résistants, aussi durs que l'acier, etc. Ils devront faire plus vite et mieux que les autres. L'instruction sera menée tambour battant en laissant de côté nos vieilles méthodes de formation désuètes. Nous devrons être capables, “fanatiques”, aussi résistants que le cuir aussi dur que l'acier”. Hélas, il dira plus tard de ceux-là : Ces hommes formés à rude école, sont devenus des gradés extraordinaires pendant 4 années. Je les ai vu réussir, devenir sergent, sergent-chef, et puis hélas, aussi, souvent sont morts au combat, à la tête de leurs hommes, toujours à la tête. Car on nous avait appris à toujours être devant afin de mieux encourager les faibles qui aux premiers coups de feu restaient figés derrière, bien souvent. Certains sont morts en montrant cet exemple que moi, je me suis constamment juré d'appliquer, ce qui nous a tous valu la médaille militaire “soit sur le cercueil” pour beaucoup et nous, plus tard, en plus la Légion d'honneur. Au cours d'une de ses visites dans notre cantonnement, en fin de peloton, il dira ceci : “Ils me recevront avec beaucoup de chaleur.” Le plus qualifié parmi eux, c'était moi, celui-là me fera un long laïus d'accueil, me disant combien ils sont fiers de servir au Régiment et de se battre pour la France. Très ému, je leur répondais : “Merci pour vos quelques paroles, c'est un précieux réconfort, pour un soldat et c'est également un peu triste.” Car cette carrière de parachutiste acteur est dure...! Il faut croire en notre combat, la France vous regarde. Pour cela, je vous demande d'être beaux, félins, manœuvriers. Le général Massu l'a félicité, considérant que son expérience pour former des sous-officiers sur le tas était une expérience “pilote”. Lors de l'accueil, je lui ai dit ceci : “Mon colonel (il était lieutenant- colonel) Au nom de tous mes camarades, je viens témoigner de la fierté que nous ressentons tous d'appartenir au Régiment. Sélectionnés pour suivre le peloton de régiment, notre ambition est de devenir les futurs cadres du Régiment. Pour cela, nous vous promettons d'être fanatiques, capables, résistants. Nous vous promettons d'être loyaux, propres, impeccables dans notre présentation. Mon colonel, vous pouvez nous faire confiance, nous réussirons. J'étais devant lui, à six pas. Je l'ai salué et j'ai rejoint les rangs.

Lieutenant-colonel Bigeard




Bigeard était avant tout un chef de guerre. Il voulait que sa boutique, comme il le disait souvent, “ait de la gueule”, mais surtout qu'elle ait des résultats, tout en veillant à préserver ses hommes. Ce n'était pas un tortionnaire, personnellement. Mais sa fougue à vouloir coûte que coûte des résultats sur le terrain a amené indéniablement à laisser ces commandants de compagnies, capitaines et lieutenants chefs de section, à certains débordements ou bavures que, bien souvent, il n'en a pas toujours eu connaissance. Je m'explique : Je prendrais pour exemple certaines exactions au cours de ce peloton “FANA”, toujours en alerte, nous dormions toujours en tenue, armes à côté de nous, prêts à bondir au premier accrochage, dès qu'une compagnie accrochait. Nous étions héliportés aux avant-postes et avions carte blanche, ce qui veut dire, tirer sur tout ce qui bouge “dans la zone d'accrochage”. Nous ratissons dans les villages. Les “mechtas” étaient fouillées sans ménagement, ceux qui se cachaient bien souvent sans arme, étaient abattus, biens souvent devant femmes et enfants. Nous les faisons sortir et aussitôt nous mettions le feu. C'était les ordres du chef de peloton, le lieutenant “Pissard”. Voilà comment un jour nous avons abattu les 37 hommes d'un village kabyle et après l'incendie de l'ensemble des maisons “mechtas” du douars, devenus zones interdites, certaines femmes furent violées dont de très jeunes filles. Nous étions, à force de nous former, des bêtes sauvages, traduisons fanatiques. J'ai même été choqué un jour de surprendre un caporal du peloton, un jour de ratissage “carte blanche”, seul dans une mechta. Il ne m'a pas entendu, ni vu, couvert par le bêlement des moutons (les moutons vivaient à l'intérieur avec les habitants) ; il était en train de pénétrer de son sexe une mère brebis qui était le point de mettre bas. Je l'ai vu prendre son pied, se retirer et aussitôt la brebis s'est couchée sur le côté, en un râle que j'ai défini comme une jouissance. J'en ai eu le souffle coupé... ! Et j'ai suivi mon chemin, mon collègue aussi qui n'a jamais su que je l'avais vu. Et bien sûr, nous n'en avons jamais parlé...! Mais, moi, je n'ai jamais pu l'oublier, aujourd'hui encore, c'est comme si c'était arrivé hier. Autres faits qui hantent ma mémoire, ces viols ou exécutions sommaires en cours de peloton, alors que nous étions tous “qu'élèves gradés”, deux jours après, viol de deux fillettes qui se sont échappées d'une mechta puis rattrapées par deux élèves voltigeurs. Dans un douar en cours d'opérations, la femme d'un homme que nous venions d'exécuter fut violée par deux fois par deux élèves gradés différents. Une autre fois, un élève gradé, un des plus âgés, il dirigeait l'équipe en cours d'opération. Voilà sous la menace la mère dans un premier temps et après une fouille en règle du village, il revient dans la mechta où se trouvaient encore la mère et la fille et, en prétextant que nous repartions aussitôt sans mettre le feu à leur maison, à condition qu'elle dise à sa fille de se laisser faire. La mère, après insistance, finit par accepter. La fille fut violée par trois élèves gradés, devant sa mère. Voilà où notre instinct de fanatique nous a entraînés bien souvent, soit vers cette dérive ignoble ou alors dans des exécutions sommaires dignes de SS, par exemple, ni plus ni moins.





Dans ces contextes, tout homme peut devenir un assassin ou autre cas dont j'ai, là aussi, été témoin. En pleine nuit, lors d'une embuscade après accrochage de jour, un prisonnier nous a donné un renseignement sérieux, après être arrivé sur les lieux d'un passage obligé, le lieutenant me dit : “Tue-le en silence, je ne veux rien entendre.” Il fut bâillonné et poignardé à mort sur place. Une autre fois, dans un village, après accrochage, deux prisonniers après interrogatoire poussé à l'eau et à la gégène, furent abattus. Il ne fallait pas laisser les corps en vue. Ils furent cachés dans des grandes jarres en terre cuite d'une hauteur de 1,20 m environ qui servaient à stocker les olives ou autres denrées et, par-dessus les corps, dans les deux jarres nous avons versé des olives à ras-bord et de l'huile. Nota : Dès que nous rentrions dans un village, le lieutenant Pissard avait pour habitude d'abattre les fameux chiens kabyles blancs d'une balle de PA dans la tête. Nous avions 20 ans... ! Aujourd'hui et d'ailleurs au fur et à mesure des années, j'ai toujours dit : “Oh, mon Dieu, comment des hommes peuvent- ils en arriver là ? C'est intenable aujourd'hui par la pensée, mais je comprends mieux pourquoi un jour, après ces terribles exactions en si peu de temps, 40 jours... ! En bivouac dans un village kabyle, le lieutenant Pissard nous fit venir par hélicoptère “un violoniste”. Et toute la journée ce violoniste nous joua des morceaux de virtuoses. Il apprit à nous donner le “LA”, le ton à l'aide d'un diapason et il fallait répéter jusqu'à la perfection : LA... LA... LA... Plus haut, plus bas, etc. Pour finir par nous faire chanter en chœur, je me souviens très bien des paroles : “Joue donc sur ta harpe... Oh ! David, allé, alléluia”, etc., etc. Nous étions transformés en une journée en “enfant de chœur !” Quand ce violoniste nous salua en partant, j'ai aussitôt demandé au lieutenant Pissard le pourquoi de cette distraction. Il me répondit : “Pour vous ramener à la réalité des choses de la vie, pour vous faire rappeler que vous n'êtes pas ce que vous êtes aujourd'hui, vous êtes avant tout des êtres humains et ça vous ne devez jamais l'oublier. La musique adoucit les mœurs, et par ce biais, aujourd'hui, elle est venue “vous le rappeler”, un jour vous retournerez à la vie civile... ! Et ce sera surtout là que vous devrez repenser à cette journée qui vous aidera, j'en suis sûr, à oublier les jours les plus pénibles que vous aurez vécus”. En résumé, cette guerre d'Algérie que j'ai vécue, je considère que les années les plus terribles pour moi sont les années 1956 et 1957. En 1955, nous étions sous les ordres du commandant Lenoir. Un sage, qui nous commandait à l'ancienne : traditions, casques lourd et léger même en crapahute... !

Exemple d'officier : le 2 septembre 1955, il transmet à la 2e compagnie et à la 3e : “Veillez particulièrement à éviter toute brutalité inutile. Pas question de répression aveugle sur les populations.” Puis arrive le lieutenant- colonel Bigeard, fin 1955. Plus de casque, casquette Bigeard (tenue légère) et tout change très vite. A Aïn-Mokra, le 30 octobre 1955, il nous rappelle ce qu'il attend de nous et que nous travaillerons surtout au début sur le renseignement. Il nous explique la méthode pour rompre le mur du silence. Il nous faudra assumer cette sale besogne. “C'est de la merde pour nous militaires, combattants de terrain. Nous ne sommes pas faits pour ça.” Et pourtant, nous devrons assumer de janvier à mai 1957. La première bataille d'Alger, Massu dira dans Le monde du 23 novembre 2000 : “La torture a été institutionnalisée à Alger”, Je pense que d'avoir institutionnalisé la torture cela a été pire que tout, la porte ouverte à toutes les dérives et bavures. Sur l'ensemble de l'Algérie, il y a eu jusqu'à 584 centres de torture. A Alger, il y a eu 14 centres dont la triste et célèbre “Villa Susini”, plus tard, “l'école Sarrouy” ou le centre de Béni-Messous sur le modèle de celui de Paul Cazelles. Et pourtant, la résistance FLN se développait à plus grande échelle dans toute l'Algérie. Nous aurions dû écouter De Gaulle, car lors de sa visite des popotes, après lui avoir montré les bilans, il a dit ceci : “Mais n'oubliez pas, la gestapo n'a jamais empêché la résistance d'exister...!” Pour ma part, bien qu'ayant toujours obéi aux ordres, j'ai toujours estimé qu'un militaire digne de ce nom n'est pas fait pour ce type de besogne. Les spectacles de femmes et d'enfants déchiquetés par des actes terroristes aveugles peuvent expliquer mais non légitimer. Ce qui est sûr, c'est que l'on perd son âme et si cela perdure, nous devenons vicieux, sadiques ou drogués car ça devient une drogue parce qu'un tortionnaire éprouve une certaine jouissance à pratiquer la torture. Bigeard, lors de la première bataille d'Alger, a justifié la torture, mais à l'issue de cette première bataille, il a dit : “Que si un reproche devait être fait, c'est celui d'avoir laissé une trop grande initiative aux petits échelons, sans avoir eu la formation, ni même les dispositions, pour accomplir une telle mission. Mais le temps pressait et ceci peut expliquer cela...!” Même analyse de la part du général Maurice Schmitt, lieutenant à la C. A. aux renseignements lors de la deuxième bataille d'Alger. Il a dit ceci : “Nous avons fait notre métier, nous militaires, parfois dans des circonstances que nous nous souhaitions pas”. C'est vrai, nous étions tous pris dans cet étau ordonné par des ordres politico-militaires, à qui nous avons obéi.

colonel Roger Trinquier




Puis est arrivé le colonel Roger Trinquier. Le 10 février 1957. La méthode était tout aussi radicale que celle de Bigeard, mais Trinquier a utilisé plutôt des solutions déjà employées par le IIIe Reich ou autres régimes identiques. Diviser le Grand Alger en ilôts, maisons, bidonvilles numérotés qui permettent de ficher la population musulmane avec leurs différents responsables et faire un organigramme de chaque ilôt. Le capitaine Alain Léger, en même temps, exploitait une autre méthode de renseignement, dans ces ilôts, à l'aide de compromis ou d'anciens fellagas ralliés, mais dans la deuxième phase de la bataille d'Alger, de juillet à septembre 1957, même le général Maurice Schmitt reconnaît que le recours aux méthodes fortes n'est plus aussi répandu qu'à la première bataille d'Alger (février-mars-avril 1957), bien que la recherche du renseignement, par tous les moyens, sera constamment utilisée à Alger ou ailleurs, principalement par les D.O.P. (les D.O.P. étaient connus de l'extérieur, c'est-à-dire on leur livrait les prisonniers sans chercher à savoir ce qu'ils devenaient).

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naga
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MessageSujet: Re: Sujet tabou   Mar 15 Mar - 13:34

En bref, tous les moyens étaient bons pour obtenir des renseignements. Exemple, j'ai vu le capitaine Jean Graziani, ancien d'Indochine, officier du 2e Bureau à Alger, 10e D.P. en galante compagnie avec la plus terroriste des femmes, la chef des principales poseuses de bombes à Alger “Djamila Bouhired”. Tout ce stratagème sentimental pour lui extorquer des renseignements. Pour nous, c'était considéré comme la plus douce des méthodes pour faire parler. Il fut tué plus tard à la tête de sa section. A Alger, nous avons tout tenté pour vaincre le terrorisme dans cette ville, sous les ordres du général Massu et de son adjoint le colonel Godard, qui obéissaient au gouvernement Lacoste et Mollet. Ainsi que François Mitterrand, ministre de l'Intérieur, qui disait ceci : “L'action des fellagas ne permet pas de concevoir en quelque forme que ce soit, une négociation. Elle ne peut trouver qu'une forme terminale “La guerre””. Dans ce contexte de pacification ou de maintien de l'ordre, comment voulez-vous que nous nous retrouvions dans nos décisions militaires ?

Aujourd'hui, 50 ans après, toutes ces erreurs politicomilitaires, ça n'a servi à rien, car, tout ce que nous découvrons, que ce soit en Irak dans la prison d'Abou-Ghraïb ou au camp de Guantanamo, ou encore place Beauvai en 1995, sans parler des exactions sur des civils par l'armée anglaise, encore en Irak aujourd'hui. Pour en revenir à nous, nous les acteurs de la Guerre d'Algérie, moi en particulier, 57 mois effectifs, un record, disent certains, ce qui, aujourd'hui, crée des grincements de dents parmi ceux qui n'en ont pas fait le quart. Et, pour certains, aujourd'hui qui déploient des mots “assassins” à mon égard y compris des menaces de mort, sous prétexte que je dis la vérité concernant mon vécu dans cette guerre, mon histoire les dérange. A ceux-là, je leur dis que ce comportement et ces paroles démontrent bien cet instinct assassin que nous avions en nous à l'époque et qui pour eux ressort aujourd'hui. Ce n'est plus contre des fellagas, mais contre leur ancien collègue de l'époque et du même régiment. Cet état d'esprit démontre bien que tout homme peut devenir un assassin. On a même voulu me faire arrêter d'écrire et essayer de prouver par des arguments déformés que ce que j'avançais était faux, parfois.

Colonel Maurice Schmitt



Un exemple : lors de la deuxième bataille d'Alger, de juillet au 4 septembre 1957, le “général Maurice Schmitt” a dit à qui voulait l'entendre ou a écrit dans différentes revues combattantes : “Cloarec avance des arguments dont il ne peut pas en apporter la preuve puisqu'il a rejoint le régiment après la deuxième bataille d'Alger qui a pris fin le 4 septembre 1957 alors qu'il était de retour après une absence de trois mois, plus trente jours de convalescence, soit le 14 septembre 1957”. C'est faux, mon général. J'ai rejoint le troisième RPIMA et ma troisième compagnie le 15 août 1957, en pleine bataille d'Alger. Que dit mon dossier médical, que j'ai énormément eu de peine à obtenir. Il a fallu que je fasse intervenir un député, membre de la commission de défense nationale. Et pour cause ...! Il dit : “Le caporal-chef Cloarec a été hospitalisé à l'hôpital militaire Ducros à Blida du “14 avril 1957 au 22 juillet 1957”, même avec en plus un mois de convalescence que j'ai refusée, après insistance auprès du capitaine de Lamby et du sergent René Sentenac, j'ai pu réintégrer au bout de trois semaines la troisième compagnie, en pleine bataille d'Alger, c'est-à-dire : le 15 août 1957 et non pas le 14 septembre 1957 après la “guerre”... Voilà pour la mise au point sur ce sujet et là, je m'insurge pour deux raisons :
1. me faire passer pour un menteur ;
2. avoir voulu me faire passer pour “un dérangé” qui affabule... Pourquoi ai-je été hospitalisé si longtemps ? Ce sont tout simplement les conséquences du peloton Fana. A la suite, j'étais cuit, j'ai failli crever, je crachais le sang en cachette tous les jours. Seul Sentenac le savait. Je me suis accroché tous les jours en serrant les dents, ça a duré six mois et le 14 avril 1957, je me suis écroulé en pleine opération, je ne pouvais plus faire un pas. Sentenac m'a fait évacuer, j'étais dans le coma, sans savoir ce que j'avais. Ça a duré trois jours, je me suis réveillé à l'hôpital. J'ai dû subir au cours de ces trois mois : 180 piqûres de pénicilline ; 130 piqûres de septromicine et 4 ponctions lombaires, sans parler des pilules et cachets. Alors, que l'on ne vienne pas m'emmerder aujourd'hui car bien d'autres à ma place auraient demandé leur rapatriement en France. Certains l'ont fait pour moins que ça... ! Moi, au contraire, j'ai écourté ma convalescence et en 1958 je rempilais pour trois ans, car je croyais en notre combat. Trahi en 1961, je quittais l'armée le 8 février 1961 sans rien, “sans psychologue”, “sans pension” uniquement les 4,75 euros annuels pour Médaille militaire et Légion d'honneur. C'est pour ça qu'aujourd'hui, à tous ces redresseurs de torts, je leur dis qu'ils aillent se faire foutre et c'est bien peu dire.

Maintenant, je voudrais confirmer ceci et ce sera ma conclusion : Si l'on continue à me menacer, comme ça continue, par deux lâches sous le couvert de l'anonymat du 3e RPIMA, malgré mon message de “Halte au feu” dans mon dernier courrier du 20 janvier 2006, je préviens : ma réplique sera écrite comme cette réponse d'aujourd'hui due au comportement de l'Amicale du 3e RPIMA (ci-jointe), alors aussitôt, je referai d'autres révélations dont aujourd'hui c'est un extrait de mes 27 cahiers à spire restant à divulguer. Donc, continuez vos menaces et je continuerai à déballer. Mais là, je commencerai à donner les noms de ceux qui ont participé à certaines exactions que j'ai cités dans ce courrier ou d'autres, et que je n'ai encore pas divulgués.

Comble de l'ironie : C'est d'avoir été adulé, honoré, porté sur un piédestal pendant 50 ans par ses pairs et aujourd'hui, ceux-là mêmes “pour avoir révélé les dessous de notre histoire commune en Algérie” en rompant l'omerta, ceux-là mêmes qui aujourd'hui veulent tous me loger une balle dans la tête, dévoilant ainsi leur instinct assassin qui ressurgit...!

A ce jour, en Algérie, je n'ai respecté que deux chefs : le sous-lieutenant Jacques Michel et le sergent-chef René Sentenac.

Sous-lieutenant Jacques Michel




Sergent-chef René Sentenac




Ce sont les deux seuls, après avoir été affecté avec eux, à l'issue du peloton Fana à la 3e compagnie, qui m'ont appris le métier de chef de guerre et fait respecter la convention de Genève à la lettre, sans fanatisme ni torture. Ils étaient toujours devant. Le premier Michel fut grièvement blessé à Alger en juillet 1957, “un appelé sous-lieutenant. Le second 13 citations, 7 fois blessé, “mourut à mes côtés le 21 novembre 1957. Je me souviens qu'en Kabylie il m'a interdit d'abattre un prisonnier pris les armes à la main. Il avait une Croix de guerre T.O.E. Ce prisonnier a été gracié et libéré par la suite avant notre départ pour Timimoun, où Sentenac fut tué.
Avertissement (le dernier) J'avais pourtant dit : “Halte au feu !” J'ai l'impression d'avoir été mal compris par certains (deux ou trois). Je préviens : à la moindre menace d'où qu'elle vienne et de qui que ce soit, je diffuserai aussitôt le solde de mes manuscrits, 7 cahiers à spires, en mentionnant les noms et les grades des acteurs. J'en ferai une large diffusion aux médias, y compris algériens”. “Qu'on se le dise. Ce que vous venez de lire n'est qu'un extrait.
P. S. : La peur, la haine, l'intolérance, je n'ai jamais connu.
A bon entendeur salut.

Raymond Cloarec

source
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MessageSujet: Re: Sujet tabou   Mar 15 Mar - 13:56

Nous poursuivons la publication de l'interview de l'ex-parachutiste Raymond Cloarec qui a exercé au sein du 3e RPC et RPIMA de février 1955 à février 1961. Il révèle comment il a tué 73 Algériens avant de démissionner de l'armée française à la veille de l'Indépendance nationale. Pris de remords, Cloarec tente de se “libérer”.

Raymond Cloarec 1957



L. S. : Quelle forme d'interrogatoires ? (Il me fixe longuement du regard puis affirme) : les tortures évidemment ... Des villageois ont fini par nous confirmer que les rebelles étaient bien là au cours de cette nuit. Des signes de leur présence étaient visibles. Il ne restait dans le village que les vieux, les infirmes et les femmes. Le lieutenant les avait fait interroger. Sans répit. Des cris, des hurlements. A la fin de ces interrogatoires, nous avons reçu l'ordre de faire disparaître ce lieu de ravitaillement et de repos. Il nous a demandé de les abattre. Il y avait 37 personnes.
L. S. : Comment les avez-vous tuées ?
R. C. : En les mitraillant sur la place du village. Ensuite nous avons mis le feu au village. Il y avait des vieux, des infirmes. Certains avaient le nez coupé, d'autres les oreilles. Même que parmi ces gens il y en avait qui étaient obligés de servir les bandes armées.
L. S. : Quel était le nom de ce village ?
R. C. : Je ne m'en rappelle plus. C'était sur les hauteurs de Bougie.
L. S. Vous en parlez avec une grande froideur...
R. C. : Je revois les yeux des personnes qui nous regardaient lorsque nous les mitraillions. Nous étions 3 ou 4 mais c'est ... c'était le lieutenant qui nous l'ordonnait. “Vous le faites” disait-il. Nous avions un fou. Lorsque nous arrivions dans les villages, la première chose qu'il ferait, c'était de tuer le chien kabyle qui aboyait.
L. S. : Qui était ce lieutenant ?
R. C. : Je ne peux pas le dire. C'est marqué P dans mon journal. Sa famille existe encore. Mais lui est mort dans un accident d'hélicoptère en France après la guerre. Les remords m'habitent.
L. S. : Qu'est-ce que cela vous fait aujourd'hui de rencontrer dans la rue des Algériens ?
R. C. : Je pense aux morts. Je n'ai jamais pu avoir la paix en moi. Je combats seul parce que je n'ai jamais pu raconter à ma femme ou à mon fils. Personne n'avait su quoi que ce soit avant la publication d'un article sur Le Nouvel Observateur. J'ai pris le risque de tout perdre en parlant. J'avais longuement réfléchi avant de décider d'en parler de mon vivant.
L. S. : Comment vous sentez-vous ?
R. C. : Bien maintenant. Mon épouse commence à comprendre les choses. Depuis l'article publié par Le Nouvel Observateur, mon épouse, qui est coiffeuse, n'a plus une cliente. Toutes ses clientes sont des pieds-noirs, elles n'ont plus remis les pieds dans son salon de coiffure. Nous avons perdu toute la clientèle. Cela fait partie des risques que j'avais calculés. Je me suis marié en 1959. Nous sommes en 2005. J'ai même pris le risque de voir mon épouse me quitter. Je ne savais pas qu'elle serait sa réaction. Mon épouse a choisi de me soutenir mais elle est vexée à mort à cause de la honte, des pieds-noirs qui n'acceptent pas que j'aie avoué.
L. S. : Vous affirmez avoir tué 73 Algériens
R. C. : Eh oui ! Malheureusement Vous avez parlé de 37 personnes que vous avez tuées. Et les autres ?
R. C. : J'ai tué 30 personnes dans une grotte. Il y a tous les détails dans mes citations.
L. S. : Que pensez-vous de ces citations ?
R. C. : Je ne les porte pas. Je ne porte pas mes décorations.
L. S. : Pourquoi ?
R. C. : On n'a pas fait de moi un héros. En France, porter la légion d'honneur, c'est être un héros. Moi, je ne me suis jamais considéré comme un héros. Je n'ai jamais rien demandé. Je me considère comme un assassin. Personne aujourd'hui n'est capable de dire que les personnes que j'ai tuées étaient coupables de quoi que ce soit. Je ne peux pas le supporter, je n'arrive plus à le supporter. Seul la mort me libérera de ce cauchemar. C'est un harcèlement perpétuel, constant. Cela dure depuis 50 ans. J'ai toujours le regard de ces personnes que j'ai tuées. Dans les yeux, elles me fixent toujours.
L. S. : Vous avez tué 37 personnes dans un village. Et les autres ?
R. C. : ... Les détails sont écrits dans ma décoration que je vous ai montrée tout à l'heure ( il me remet trois photocopies de citations datées du 1er novembre 1957, du 12 février 1957, et du 4 avril 1958)
L. S. : Donc on vous a décoré pour avoir tué des personnes...
R. C. : Oui. La légion d'honneur ... Lorsqu'on a tant de citations, on reçoit la légion d'honneur.
L. S. : Une légion d'honneur pour avoir tué des innocents et de surcroît sans être armés. Elle devrait être décernée lorsqu'on se distingue au combat, lorsqu'on abat un adversaire armé. Pas dans ce cas ...
R. C. : Evidemment oui. Lisez bien ; c'est la plus haute décoration à titre militaire. A l'ordre de l'Armée. (Il relit la précédente décoration citée plus haut) Sans la baraka, le 4 avril 1958 aurait pu être mon dernier jour de vie. Dans mon cahier journal, je donne tous les détails, je raconte comment cela s'est passé.
L. S. : Vous êtes cité comme un combattant alors que vous avez mitraillé des civils sans armes ... Vous reconnaissez les avoir tués comme un assassin.
R. C. : Non. Pas ceux-là qui avaient les armes à la main. Lorsque j'ai récupéré leurs deux mitrailleuses, ma veste était tout transpercée. C'était dans les Aurès, j'étais à découvert sur un versant. Les rebelles étaient dans une grotte au dessous. C'était loyal mais pour rien.
L. S. : Vous continuerez à les qualifier de rebelles. Ne pensez-vous pas que ...
R. C. : C'est une façon de parler. Dans mes écrits je les qualifie de résistants. Pour moi c'étaient des résistants. Lisez mes cahiers.
L. S. : Vous avez participé à ce qu'on appelle les deux batailles d'Alger. Quel commentaire faites-vous à propos de la première “Bataille d'Alger”
R. C. : La première bataille d'Alger a été plus calme que la deuxième.
L. S. : Pourquoi ? Pourtant la torture a été massivement et systématiquement pratiquée
R. C. : Plus calme parce que nous découvrirons la guerre. On travaillait, on agissait sur les réseaux, j'ai en ma possession tous les organigrammes du FLN, les poseurs de bombes, tout... Le processus de découverte des bombes, le déroulement chrono, tout est là (il expose quatre organigrammes originaux du 3e RPC. Il s'agit de “organisation rebelle d'Alger (schéma du 27 août 1957), “Organisation FLN d'Alger (schéma provisoire du 8 mars 1957)”, “affaire des bombes (situation au 31 août 1957)”, et “déroulement chrono : processus de la découverte de la filière bombes”. (Lire annexes).
L. S. : Vous ne répondez pas à la question précédente, celle de la pratique de la torture à vaste échelle. Dans leurs demeures, dans les cafés, dans des écoles, devant leurs familles, des centaines de personnes ont été torturées à La Casbah . La terrible répression a été vigoureusement condamnée, vous n'en dites rien.
R. C. : Les parachutistes n'étaient pas les tortionnaires, je n'en étais pas un.
L. S. : Des témoignages existent, des rescapés aussi, des organisations ont dénoncé le comportement des parachutistes qui ont installé une terreur et une psychose permanentes à tel point, que Robert Lacoste, dans une lettre à Guy Mollet, datée du 14 février 1957, souhaitait vivement que “ces troupes s'en aillent dès que possible”. Ce n'est pas pour dire qu'il avait bonne conscience... Toutes les commissions d'enquête venues en Algérie pour faire la lumière sur la pratique généralisée des tortures étaient unanimes à conclure que les Béret rouges, les Bérets verts, les Bérets bleus, c'est-à-dire les parachutistes autant que la gendarmerie, la police et la DST ont infligé les tortures afin d'extorquer des aveux ou des déclarations. Mais vous, vous affirmez tout le contraire ...
R. C. : Lorsqu'on entrait dans un secteur, c'était pour avoir des renseignements, lorsqu'on bouclait un secteur c'était pour capturer le gars qui venait pendant la nuit pour rencontrer ses responsables FLN, et lorsqu'on arrêtait les suspects, on les remettait aux DOP dans des villas pour interrogatoires. Nous n'étions pas les tortionnaires, je n'étais pas un tortionnaire. J'ai tué mais je n'ai pas torturé. Nous, les parachutistes, préférions être dans les djebels. Mais les tortures, je l'ai écrit, dans mes cahiers, c'était dégueulasse.


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naga
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MessageSujet: Re: Sujet tabou   Mar 15 Mar - 14:33

Terribles temoignages Sad Sad

Ce film du réalisateur Mehdi Lallaoui nous montre les témoignages parallèles d'une martyre de l'indépendance algérienne, qui a subi avec sa famille les pires atrocités de l'armée française, et d'un ancien engagé parachutiste de la guerre d'Algérie qui reconnaît et raconte les horreurs que ses supérieurs lui ont fait commettre sans se compromettre eux-mêmes directement.


http://www.dailymotion.com/video/xs7bu2_la-moudjahida-et-le-parachutiste_news
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vania
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MessageSujet: Re: Sujet tabou   Mer 16 Mar - 10:53

Affligeant!
C'est pas glorieux tout ça, et pour rien en plus ...
Mon oncle est allé en Algérie comme appelé.
Il en est revenu ivrogne et est mort d'une syrose en 1976 ...
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MessageSujet: Re: Sujet tabou   

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Sujet tabou
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