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 Berlin, l'effondrement du Reich.

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ubik
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MessageSujet: Berlin, l'effondrement du Reich.   Dim 14 Aoû - 6:36

Bonjour,

Comme je l'ai dit dans ma présentation, je suis écrivain. J'ai entamé, il y a plus de huit ans, la rédaction d'un énorme pavé se situant durant la WW2. Je n'avais jamais abordé ce thème auparavant. Cela m'a conduit à mener beaucoup de recherches, et je ne suis pas du tout historien. J'ai du me... débrouiller. Pas mal de gens m'ont aidé, je dois dire. Auparavant, j'avais publié d'autres ouvrages, mais dans tout autres autres domaines.

J'en suis à mon dernier chapitre, et je tombe par hasard sur votre site, dont j'ignorais l'existence. Dommage. Si je vous avais trouvés avant... Enfin, c'est comme ça.

Ce dernier chapitre se situe durant la bataille de Berlin.

Je plante le décor, d'abord :

Mes personnages sont Wolfgang, narrateur, et Franz, son mentor. C'est pour deux raisons que Wolfgang s'est engagé dans le nazisme : d'abord, parce qu'il y avait tout un background d'influence, via son père, qui l'avait conditionné à détester les communistes, et l'avait poussé vers le nationalisme. Ensuite, il a été littéralement embarqué par Franz qui, lui, est farouchement nationaliste et férocement antisémite. Ce roman est l'histoire d'un jeune garçon (ils se rencontrent, ils n'ont que 9 ans) parfaitement inoffensif, rêveur, et qui va complètement changer, pétri par son ami Franz, mais aussi par la gigantesque entreprise de séduction, de dévoiement de la jeunesse, orchestrée par Baldur von Schirach. Les deux garçons vont entrer dans la Hitlerjunge, puis la Schutzpolizei, puis la SS et enfin, le Sicherheitsdienst. Wolfgang, d'agneau, va devenir loup.

C'est après être passé par la Pologne, au sein d'une unité Einsatzgruppe, que Wolfgang, passablement ébranlé parce qu'il aura été amené à commettre, va peu à peu prendre ses distances avec le nazisme. Toutefois, même s'il finit par désapprouver et s'il souffre énormément de culpabilité, il ne sera pas capable de s'éloigner de Franz, il continuera à le suivre car il se croit incapable de survivre sans lui. L'affaire est complexe...

Lors de la bataille de Berlin, ils sont donc dans la ville avec pour mission de veiller à ce qu'il n'y ait aucun défaitisme, que tout le monde se batte.

J'ai à coeur, pour souligner l'inhumanité de ce régime et l'absurdité de cet acharnement, de faire en sorte que mes deux personnages soient mutés (Franz va tout faire pour ça) dans ces unités de tribunaux volants qui liquidaient tous ceux qui, ayant compris que c'était peine perdue, cherchaient à se soustraire aux combats. Premières questions, donc, on ne sait jamais, si vous aviez les réponses, ou des éléments de pistes que je pourrais suivre : comment se retrouvait-on dans de telles unités ? Qui recrutait pour elles ? Etaient-elles basées à un endroit précis ? Qui les encadrait ? Combien étaient-ils sur le terrain ? Etc.

Ensuite, je me demande, puisque mes personnages font partie du SD, qui les prend en charge pendant cette période. Par exemple, peut-on supposer qu'on les mette directement sous le contrôle de Himmler ? J'ai imaginé pour l'instant que mes personnages sont hébergés dans la caserne Lichterfelde, siège de la Panzerdivision Leibestandarte Adolf Hitler, une unité de la Waffen SS. Ils sont là, prêts à coordonner leurs efforts avec la Waffen SS, ils ont pour mission de se battre mais aussi de débusquer tout mouvement de découragement ou de défaitisme. Ils vont, je suppose, partir en patrouilles dans la ville et c'est là que Franz va se radicaliser, faire connaissance d'un autre fanatique et s'enrôler dans un de ces tribunaux volants...

Je pense qu'à mesure que je vais avancer, j'aurai de plus en plus de questions précises à poser, mais dans un premier temps, je vais m'en tenir là, je vais voir si déjà vous accueillez ma demande avec intérêt et si vous souhaitez m'aider. La bataille de Berlin est un sujet complexe, entre les différentes instances de la SS, la Wehrmacht, le Wolkssturm et autres, les mouvements de corps d'armées, la pagaille ambiante, il y a de quoi s'y perdre un peu. Je vais tenter de m'en sortir. Après tout, pour moi c'est la dernière ligne droite...

Au plaisir de vous lire,



P.S. : si par hasard vous déplacez mon post, soyez sympas de me dire en MP où il a atterri, que je puisse le retrouver !

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vania
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Dim 14 Aoû - 10:46

Prêt à aider bien sûr, dans la mesure de nos connaissances et du temps dispo.  Wink
Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur ce forum à propos de la bataille de Berlin.
Bon courage ...
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ubik
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Mar 23 Aoû - 23:57

Merci, très sympa de votre part...

Je pose mes questions comme ça, un peu à l'arrache, on verra si des éléments de réponses peuvent surgir. Certes, sur la bataille de Berlin, il y a à lire, tant et plus. Mais mon expérience me montre que sur tous les sujets que j'ai abordés, que ce soit le ghetto de Varsovie, l'insurrection de la ville devant l'arrivée des russes ou autres, il y a, d'un côté, les données connues, officielles. De l'autre, souvent, il y a précisément ce que je cherche, et qui n'est pas connu, ou l'est très mal. Souvent pour mon roman, je me suis aventuré à la limite des études et ouvrages recensés, je pose des questions auxquelles il n'y a pas ou peu de réponses.

Donc, voilà en gros ce que je me demande :

- Le SD : que fait-il pendant la bataille de Berlin ? Où sont affectés ses membres ? Qui les commande ?

- Ces unités disciplinaires volantes, qui exécutaient sommairement un peu tout ce qui leur tombait sous la main, qui les nommait ? Qui les mettait en place ? Qui les commandait ? Qui leur désignait les secteurs où elles devaient se rendre ?

Plus globalement : quelle pourrait être la feuille de route de mes personnages, attendu que j'aimerais qu'elle finisse aux abords du bunker d'Hitler pour les dernières heures ?

Merci... Avec un peu de chance et beaucoup de patience, je trouverai les réponses et pourrai écrire un jour le mot "fin"...

Au plaisir de vous lire,
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Gus Kruk
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Mer 24 Aoû - 3:08

Il y a bien un livre qui pourrait vous aider si vous avez accès à une bibliothèque, il s'intitule

"Berlin 1945" de Georges Bernage

Résumé
Cet ouvrage est tout d'abord l'histoire d'une grande capitale confrontée à l'apocalypse d'une guerre totale, meurtrie à jamais par la folie humaine et la destruction. C'est une synthèse précise et détaillée, privilégiant la clarté pour présenter ce sujet complexe. Le cadre de cette histoire, la ville, son passé, ses monuments sont tout d'abord présentés, pour une meilleure compréhension. Puis nous suivons l'histoire de ces combats, jour par jour, avec une chronologie rigoureuse qui permet de retrouver l'enchaînement des événements, du tréfonds du bunker où Hitler se suicide jusqu'au champ de bataille, avec de nombreux témoignages. Cet ouvrage est le premier à présenter ainsi cette bataille, par laquelle s'achève la fin de la guerre et qui marque la victoire sur le nazisme. Avec plus de 600 photos et documents, c'est un véritable film des événements.

Si le Sicherdienst et son commandant ont joué un rôle durant les derniers jours de la bataille de Berlin, ils seront évoqués dans ces pages. De plus, il semble que le livre soit illustré de beaucoup de photos qui pourront probable,ment vous aider dans votre travail.

Autrement, essayez aussi de chercher sous le nom : "Otto Ohlendorf"...En 1939, il a été promu SS- Standartenführer, il est nommé à la tête du Amt III Inland-SD, du Reichssicherheitshauptamt , poste qu'il a conservé jusqu'à la capitulation, le 8 mai 1945...

Tenez-nous au courant, à bientôt.
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vania
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Sam 27 Aoû - 20:40

Citation :
Berlin 1945" de Georges Bernage
Editions Heimdal, certes, mais moyen ... Rolling Eyes
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Gus Kruk
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Dim 28 Aoû - 0:35

Embarassed J'essaie juste d'aider à la hauteur de mes humbles moyens et de mes petites connaissances... study
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ubik
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Dim 28 Aoû - 3:42

Merci de votre aide.
Pour l'instant, j'attends toujours le bouquin de Mabire, qui devrait m'éclairer un petit peu sur les gens de Charlemagne, que mes personnages vont rencontrer. Sinon, je me base essentiellement sur Anthony Beevor, dont la réputation n'est plus à faire.
J'ai pas mal avancé, quoi que j'aie toujours l'impression de ne faire qu'effleurer le sujet - mais ça fait des mois que j'ai cette impression, n'importe comment.
Je pense en être aux deux tiers de ce chapitre. Il se peut qu'il soit plus long que les précédents, mais ça n'a aucune importance.
Je vous tiens au courant. Je m'accroche.
Merci encore. A suivre.
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vania
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Dim 28 Aoû - 10:09

Citation :
J'essaie juste d'aider à la hauteur de mes humbles moyens et de mes petites connaissances...

De toute façon, il n'y a pas grand-chose d'autre de solide, sorti il y a moins de 20 ans s'entend, sur cette bataille et en français... Wink
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Gus Kruk
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Dim 28 Aoû - 21:08

Puisque vous allez parler de la "Charlemagne, je vous propose de visionner l'entretien avec André Bayle sur Youtube... Peut être le connaissez vous déjà, sinon, c'est intéressant.

C'est par moment un peu "longuet", mais c'est toujours intéressant, ça donne une bonne idée de l'état d'esprit qui les animait au sein de cette unité.
Malheureusement, il ne parle que peu des derniers jours du conflit, il y a bien une allusion à un événement qui a eu lieu à Berlin 2 jours avant la fin de la bataille, dans le 20ème volet (entre le 8ème et la 9ème minute). Il y parle aussi des "12" tués de Bad Reichenhall.

Dès la fin de ce 20ème volet, il parle plus de l'après guerre mais aussi du moment ou ils apprennent l'existence des camps de concentration et d'extermination (discours par moment à consonance négationniste, dommage)...
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ubik
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Lun 29 Aoû - 0:00

Merci...

Vous savez, dès qu'on s'aventure de près ou de loin en direction du III° Reich, on navigue rapidement en eaux troubles et on a affaire à des gens plus ou moins nostalgiques, etc. J'en prends, j'en laisse. Seuls les faits m'intéressent : qui était où, quand, pour faire quoi. Et encore, même là, je garde mes distances et je suis obligé, n'importe comment, de reconstituer tout un univers. Quoi qu'il en soit, mon narrateur, à la fin, tirera une amère leçon, dénuée de toute ambigüité, sur le nazisme et l'embrigadement dont il a été victime.

Je vais tâcher de voir ça. Dans tous les cas, je suis en train de boucler mon chapitre. J'ai trouvé des infos sur Charlemagne, un texte qui raconte leurs mouvements, et je me suis calqué dessus car à partir du 29 ou du 30 environ, mes personnages les rencontrent et les suivent dans leurs combats. Je pense que je vais retomber sur mes pattes d'ici peu. Ma foi, ça vaudra ce que ça vaudra. N'importe comment, il y aura toujours des esprits chagrins pour trouver que tel détail cloche. Ce que je redoute, c'est que globalement, on me dise que c'est long : mon roman commence avec l'enfance de Wolfgang, mon narrateur, alors qu'il n'a que 9 ans, en 1921. Je pense que le corpus se situera aux environs de 470 pages en format A4, interligne 1, ça donne une idée du pavé. Un sacré machin ! J'espère que mon éditeur ne me demandera pas de tailler dedans, j'ai déjà tout pesé à la virgule près.

Tout va donc se terminer dans les caves du RSHA, Prinz Albrecht Strasse, je pense.

Extrait ? Dites-moi si ça vous branche.

A suivre...
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vania
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Lun 29 Aoû - 8:57

Oui, un p'tit extrait S.V.P. ... Smile
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Gus Kruk
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Lun 29 Aoû - 12:08

Shocked Oui, volontiers, ça serait un grand honneur d'avoir un extrait en primeur sur notre forum Very Happy Very Happy

Sachez que je suis moi-même un grand fan de Phililp K.Dick... Je ne savais pas pourquoi votre pseudo me disait quelques chose, jusqu'à ce que je regarde... Wink

Mais un extrait de votre travail, oui, avec grand plaisir...
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ubik
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Mar 30 Aoû - 6:57

Allez, c'est parti. Mais comme la bataille de Berlin, c'est encore trop chaud dans la marmite, je vais vous passer quelque chose qui a un peu refroidi, que j'ai eu le temps de relire, de mieux cerner : ça se passe à Varsovie...

Heinrich Himmler, réagissant à la présence soviétique aux abords de la ville, décida de modifier notre organisation. Il confia le commandement des troupes au général Stahel. Des unités de police furent envoyées en renfort. Dans certains points clés, on édifia des blockhaus. Le 25 juillet, nous vîmes arriver la division panzer SS Hermann Goering, qui défila dans les rues, pour impressionner la population. Elle fut rejointe par la division SS Viking, et une autre, la Totenkopf, venue de Roumanie. Constamment, des trains remplis de blindés, de troupes fraîches, rejoignaient le front. Peu à peu dans la capitale Polonaise, s’installa une ambiance de siège.  Nous étions sur le pied de guerre.



Le soir du premier août, nous étions à la gare Ochota, avec un convoi en partance pour un K.Z. Nous avions remis nos clients aux gardes Ukrainiens, papiers signés, bons remplis. Dans l’après-midi, de premières échauffourées avaient eu lieu, qui nous avaient placés en état d’alerte.  Et à 17h, une grêle de balles s’abattit sur nos hommes, dans la Vieille Ville. Informé par radio, le KdS avait envoyé des unités SS et de police. Simultanément, dans divers quartiers, des fusillades commencèrent. La circulation fut interrompue, les passants se réfugiaient dans les immeubles, sous les porches. Des autos chenillées, des panzers, rejoignirent les points chauds. De çà de là, des barricades s’improvisaient.
Quand tout commença, nous étions censés rentrer à Szucha. Au contraire, on se retrouva l’arme au poing, remontant à toute vitesse l’avenue Marszalkowska. Un SS Stürmann conduisait, Franz et moi étions à l’arrière. Deux camions nous suivaient. Les balles sifflaient autour de nous. L’une d’elles toucha notre chauffeur, qui s’effondra sur le volant, mort sur le coup. La voiture fit une embardée, percuta le trottoir. Je me jetai à l’abri derrière elle. Et là, je ripostai, tant bien que mal.
L’échange dura une bonne demi-heure. Puis, nous fûmes rejoints par une patrouille de l’Orpo, qui nous prêta main forte. Une escouade de la Wehrmacht vint s’ajouter. Une mitrailleuse fut installée, qui faucha une bonne douzaine d’assaillants. Peu à peu, nos adversaires se dispersèrent. Quand un relatif calme fut revenu, j’allai jeter un coup d’œil près de la barricade : ça n’étaient que des gamins, des adolescents. Parmi eux, des scouts. C’était ça, nos adversaires ? Ils gisaient, dans une mare de sang, pitoyables. Ils portaient tous un brassard blanc et rouge. Pas d’armes : leurs amis les avaient ramassées.
On les laissa ainsi : quelqu’un se chargerait bien d’enlever les corps. Je retournai à la voiture. Le conducteur était mort, ensanglanté, la bouche ouverte sur le volant. La décapotable était inutilisable : jante pliée, une aile et une rotule arrachées, cardan idem. On attacha une corde au châssis et tant bien que mal un des camions la remorqua jusqu’à Szucha. On continua à pieds. On serait toujours à temps de grimper dans un convoi, ce n’était pas ça qui manquait. La ville était sillonnée de véhicules : armée, police, Gestapo…


Un peu partout, des combats éclataient. Franz, curieux, excité, se baladait, son Walther dégainé, prêt à bourrer de plomb le premier qui s’avancerait. Les haut-parleurs annoncèrent que tout partisan serait exécuté, ainsi que ceux qui leurs prêteraient assistance. Dans certaines rues, je vis des débuts de tranchées. Ailleurs, des sacs de sable étaient entassés, ainsi que pavés, meubles, charrettes retournées… Tout semblait indiquer que l’A.K. était passée à l’action. Un affrontement urbain se mettait en place, redessinant le visage de la cité, infléchissant son destin. On resta ainsi dehors, à l’affût, pendant des heures. Puis il se mit à pleuvoir. Epuisé, je fis signe à Franz qu’il était temps de rentrer.

Dans la soirée, le KdS se retrouva en effervescence. Les plans d’urgence étaient progressivement mis en route ; on mobilisait les forces, on répartissait les unités, des armes étaient distribuées aux patrouilles, qui ne seraient relayées qu’au matin, à neuf heures.
Toute la nuit, on entendit le crépitement des mitraillettes, les tirs de fusils, alors qu’au loin, le grondement de l’artillerie russe continuait. Depuis la fenêtre du dortoir, je vis des flammes s’élever au nord. Je ne tentai pas d’aller retrouver Natalia. S’aventurer seul dans les rues eût été suicidaire. Il fallait attendre une accalmie. Qui sait combien durerait ce soulèvement ? J’espérais qu’on en viendrait vite à bout. Et si les Soviets en profitaient pour nous attaquer ?
Inquiet, en proie à l’incertitude, sous l’effet de la Pervitine, je ne dormis pas une minute. Je restai inerte dans mon lit, comme un gisant, à me poser mille et une questions sur l’avenir.



Tôt le lendemain, Franz m’informa : le Reichsführer  SS avait chargé l’Obergruppenführer SS Erich von dem Bach Zelewski de réprimer l’insurrection. C’était un général qui, à l’Est, avait été mêlé à des exécutions de masses. Il s’était spécialisé dans la lutte contre des partisans. Selon mon ami, il n’allait pas tarder à « écraser tous ces merdeux comme autant de crottes de chiens ».
Himmler envoya également deux brigades de tueurs SS. La première, dirigée par Oskar Dirlewanger, était constituée de braconniers, spécialistes de la chasse à l’homme. La seconde regroupait, sous le commandement d’un certain Bronislaw Kaminski, des Ukrainiens ayant déserté l’armée Russe, sous le nom de 29° division de waffen grenadiers SS. Des hommes particulièrement cruels, déterminés, rompus à toutes les techniques de combat et de torture, capables de survivre dans les conditions les plus extrêmes.
Ces unités arrivèrent le 3 août et amenèrent avec elles de nouvelles armes et notamment le Goliath, sorte de mini tank guidé par fil, bourré d’explosifs. En quelque sorte, c’était un perfectionnement de la technique employée à Stalingrad, où des chiens ceinturés de dynamite avaient été dressés à approcher les Russes. Le Goliath avait une autonomie de 100 mètres, c’était suffisant pour l’envoyer derrière les lignes ennemies. Ne craignant pas les balles, il était très pratique en terrain découvert. Il pouvait franchir des fossés jusqu’à un mètre de haut ; escalader les remblais ne lui posait aucun problème.
Mais les Polonais comprirent vite qu’il suffisait d’envoyer une grenade dessus pour rompre le fil de guidage et ainsi, rendre ces appareils inopérants. Ils connurent quelques succès, dans leurs premières actions : ils s’étaient emparés de l’usine à gaz, mais également de la centrale électrique et de la gare principale. La situation était préoccupante : ils tenaient la Vieille Ville, les quartier Wola et Miasto, le centre. Les forces Allemandes étaient regroupées entre la Banque Nationale, le palais Bruhl (où Stahel avait établi son quartier général) et Szucha. Cependant, ces points n’étaient pas reliés de façon permanente. Et à présent, un seul des quatre ponts enjambant la Vistule était encore utilisable. Deux chars avaient été capturés et utilisés pour attaquer Pawiak. Plusieurs mitrailleuses et beaucoup de munitions Allemandes avaient été saisies par l’ennemi. Par contre, les insurgés n’avaient pas réussi à prendre l’aéroport, et leur attaque à Ochota contre une caserne SS avait échoué.


Von dem Bach Zelewski était un homme énergique, doté d’une grande confiance en lui, arrogant, résolu. Il organisa une bataille en milieu urbain, s’inspirant des stratégies que nous avions développées à Stalingrad. Il utilisa aussi la guerre psychologique : il fit répandre des tracts sur la ville. C’étaient des faux, censés émaner du général Bor-Komorowski, celui qui dirigeait l’insurrection. Ils affirmaient que la liaison avec les Russes n’avait pu être établie et qu’il fallait donc cesser la lutte. D’autres encore, le jour suivant, prétendaient que l’A.K. avait conclu un pacte avec nous, pour s’allier contre les Bolcheviques. Zelewski fit imprimer également un texte, signé de son nom, promettant la vie sauve à tous ceux qui se rendraient. Apparemment, il savait comment s’y prendre dans ce type de situations.
Très rapidement, une intense campagne de bombardements débuta. L’aérodrome n’ayant pas été pris, la Luftwaffe put l’utiliser - d’autant plus que l’aviation Russe ne se manifesta aucunement. Nos avions déversèrent des milliers de bombes incendiaires et explosives. Parmi celles-ci se trouvaient des engins qui ne sautaient pas tout de suite. J’eus plusieurs fois l’occasion de les entendre : c’était curieux, ça faisait un bruit qui ressemblait beaucoup à un meuglement de vache. Ensuite, le projectile se fractionnait et crachait, en plusieurs directions, du phosphore et des explosifs. Les incendies faisaient rage. La ville, qui depuis 1939 avait commencé à se reconstruire, se mit à ressembler à ce qu’elle était alors : à nouveau, des ruines, des gravats, partout.


Dans cette ambiance de chaos, je réussis à m’échapper un petit moment. Je me précipitai chez Natalia. C’était la fin d’après-midi, il faisait encore très chaud. Varsovie n’était que fumées et détonations. Nous ne nous étions pas vus depuis plusieurs jours. Je leur apportai de l’argent, quelques rations militaires que j’avais chipées.
Tobiasz avait encore disparu. Les deux femmes étaient rongées d’angoisse. Natalia, les traits tirés, les yeux rouges, à bout de nerfs, me fit un accueil assez froid. Mais je ne m’en formalisai pas, mettant cela sur le compte de l’inquiétude, du climat d’hystérie qui régnait dans la ville.
Désobéissant à sa sœur, Tobiasz avait déverrouillé la porte et s’était éclipsé, probablement à la faveur de la nuit. Ce matin, en s’en rendant compte, Natalia était sortie, avait sillonné le quartier, en vain. C’était très dangereux, avec les tirs, les balles perdues. Je voulus la persuader de ne pas recommencer, mais ce fut peine perdue. Elle soutint que le soir même, elle repartirait pour chercher son frère. Et s’il était blessé ?
Elles me demandèrent ce que je comptais faire et je me contentai de leur dire de tenir, éviter au maximum de sortir, rester discrètes. Je promis de repasser dès que je le pourrais, mais leur fis comprendre que cela serait très difficile, voire impossible : j’étais en permanence en chasse, me livrant à toutes sortes de manœuvres pour circonscrire l’insurrection, priver l’A.K. de ses sources d’approvisionnement, trouver des informations. Nous étions sous le feu de l’ennemi et nulle part en sécurité. A tout moment, je pouvais me faire descendre – mais ça, je m’abstins de le mentionner.
Je n’avais rien dit à Natalia pour son voisin du dessous. Je lui demandai si on était revenu frapper à sa porte, elle répondit que non, plus personne ne les avait importunées.
Je serais bien resté encore, mais je ne pouvais pas. J’avais grignoté un peu de temps, cependant c’était très dur, on était sous pression. Je voulus prendre Natalia dans mes bras, l’embrasser avant de m’en aller, toutefois elle se dégagea, le visage tordu d’angoisse :
- Et Tobiasz ? On fait comment ?
Je ne sus que répondre. Un peu honteux, je repartis, rempli d’appréhension, me demandant ce qui m’attendait dehors.

De partout, ça chauffait, comme disait Franz. L’expression était on ne peut plus d’actualité : la canicule rendait tout plus difficile. Des milliers de Varsoviens, dont les logements étaient à présent détruits, erraient à la recherche d’un abri, s’entassant dans des caves, faisant cuire de maigres soupes sur des bûchers improvisés. Les conduites d’eau usées avaient crevé, dans certaines rues on pataugeait, ça puait. Les façades écroulées laissaient voir, çà et là, une main, des jambes, écrasés sous des dalles en béton, d’où dépassaient encore des ferrailles tordues. Sur l’asphalte, des corps, abattus par la mitraille, se décomposaient au soleil, en si grand nombre que personne ne pensait plus à les ramasser. Les avenues disparaissaient, englouties par les décombres ; la géométrie laissait place au chaos. Les tirs nourris empêchaient de se redresser, il fallait se déplacer courbé, rester abrité derrière les amoncellements. Beaucoup de nos soldats tombaient, fauchés net. Les panzers chargeaient les barricades, écrasant à la fois matériaux et hommes, qui hurlaient, les tripes broyées. Parfois, on les faisait précéder de rangées de civils, comme autant de boucliers humains, pour obliger nos adversaires à ne pas tirer. On dégommait l’ennemi au lance-flammes, sans faire de distinction : tout ce qui bougeait y avait droit. D’autant plus que, nous nous en étions aperçus, une bonne part des insurgés portait des uniformes allemands, qu’ils avaient volés dans des entrepôts, ou confisqué à des prisonniers. Il ne fallait donc pas hésiter, tirer le premier, au risque de descendre des types de chez nous.
C’étaient des journées interminables, ponctuées par les cris d’agonie, les explosions. Nous lancions des fumigènes de couleur pour orienter les tirs de notre artillerie, et les bombardements. Mais c’était une telle confusion… Par erreur, une bombe tomba près de nous, alors que nous tentions de traverser l'avenue Nowy Swiat. Je fus assourdi, projeté en arrière. Dans les instants qui suivirent, je vis une nuée de sang et gravats, puis des fragments de corps dégringoler de tous côtés. Je me faufilai sous une voiture pour m’abriter. Mais quand je me relevai, je constatai que j’avais les jambes souillées de déchets immondes, répugnants. Un bras avait atterri sur le bitume, à un mètre de moi.
Franz n’avait pas bronché. Il était resté crânement debout. Le Walther dégainé, il me regardait, avec sur le visage une expression indéchiffrable. Couvert de matières rougeâtres, il avait véritablement l’allure d’un diable.

Durant ces jours d’insurrection, l’unité Dirlewanger se fit remarquer : ses hommes, la plupart saouls, chargeaient en poussant des cris terribles, arrosant tout de rafales de mitraillettes, sans même viser. Ils essuyaient beaucoup de pertes mais continuaient d’avancer. Un soir, alors que le soleil commençait déjà à baisser, partiellement masqué par les nuages de fumées, quinze Polonais, parmi lesquels trois jeunes scouts, venaient de sortir d’une cave, tenus en joue par les hommes de Dirlewanger. Celui-ci leur ordonna de s’aligner contre le mur. Je pensais qu’on allait les fusiller, mais il dit à ses hommes de les arroser d’essence. Ceux-ci obéirent, puis retournèrent s'abriter. Pendant que les balles sifflaient autour de lui, Dirlewanger alluma un cigare, jeta l’allumette sur le groupe de prisonniers. Une énorme flamme s’éleva et les gens commencèrent à brûler vifs. Oskar Dirlewanger s’était reculé et il assistait à ce spectacle, les poings sur les hanches. Il semblait se régaler d’entendre les victimes hurler de douleur. Il resta ainsi, souriant, indifférent à la nuée de projectiles qui le visaient. Je me bouchai les oreilles et, courbé dans un coin, me mis à vomir, tant et plus.
Ce soir-là, je ne cessai de boire que lorsque je fus assommé d’ivresse.


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vania
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Mar 30 Aoû - 18:30

Plutôt "trash" comme récit, mais on est dans le jus.
La division Hermann Goering était une unité de la Luftwaffe, pas de la Waffen S.S.
le Goliath était déjà utilisé un an plus tôt, avec peu de succès.
Les unités de Kaminski et Dirlewanger étaient plus des milices de répression que de réelles unités de combat.
"Efficaces" contre les partisans, il ne semble pas qu'elles aient brillé face à des unités régulières soviétiques, du moins avant que ces soudards, surtout ceux de Kaminski, ne soient ensuite endivisionnés, avec des apports extérieurs au niveau encadrement.
Kaminski a été fusillé pour crimes de guerre par... les S.S..
Ca en dit long sur le nombre d'abominations qu'il a du commettre ou commandées...

Merci pour cet extrait. Smile
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Gus Kruk
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Mar 30 Aoû - 20:20

Merci, effectivement, l'ambiance lors de l'insurrection de Varsovie devait ressembler quelques chose comme ça, une confusion totale, avec, en plus, les troupes soviétiques étonnamment arrêtées à quelques km de la ville ne faisant rien, au grand dam des combattants polonais. D'ailleurs, ils comprirent petit à petit que personne ne viendrait les aider.....

Si j'osais me permettre une remarque, vous écrivez :"On dégommait l'ennemi au lance flamme"... Le terme "dégommer" est évidemment très clair, de nos jours, on sait immédiatement ce que ça signifie, néanmoins, il n'est pas vraiment d'époque et j'aurais, personnellement écrit  " on se débarrassait de certaines poches de résistance au..."...Mais ce n'est qu'un avis et cela n'a pas vraiment d'importance.

Mais sinon, votre récit est clair et vraiment bien écrit. La somme de recherches que vous avez faite ne noie pas votre histoire sous des référence historiques, au demeurant, encore une fois, plausibles.

Le fait que vous nous parliez de Nathalia m'a fait me dire que ce n'était pas, comme je le pensais au départ, une histoire entre deux amis tellement proches qu'ils en découvrent l'homosexualité...Je n'en aurais pas été ni choqué, ni gêné, mais pour vos deux personnages principaux, ça aurait pu être extrêmement dur à gérer , vu le contexte...

Je vous remercie du fond du coeur d'avoir bien voulu nous offrir un petit extrait de votre travail et je pense que tout le forum peut être fier d'en avoir la primeur.
Surtout n'hésitez pas, lorsque vous aurez réussi à terminer cette ouvrage, de nous faire profiter du passage se passant les derniers jours à Berlin...

Si vous voyez encore quelques chose que l'on puisse faire pour vous aider, surtout, n'hésitez pas à nous en faire part.
Je vous envoie mes plus amicales salutations.

Pierre.
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ubik
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Mer 31 Aoû - 1:23

Hello,

Je vous remercie de l'attention que vous avez bien voulu porter à ce texte et pour votre lecture minutieuse. Egalement, pour vos encouragements.

Il me paraissait difficile d'éviter l'aspect "trash", pour reprendre votre terme. On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. Après, c'est peut-être un effet indirect de ce que je suis : un auteur de Roman Noir.

Pour le reste, je me suis basé sur des ouvrages, effectivement. Le plus possible, même : je ne suis pas du tout historien, au départ. Il se trouve que pour des raisons personnelles, je me suis intéressé à cette période et peu à peu, j'ai accumulé des données. Pas consciemment, non. Disons, dans l'arrière-boutique, dans quelques méandres neuronaux. Et puis, un jour de juillet 2008, des visions sont venues me hanter, de plus en plus insistantes. Je n'avais pas pensé aborder un jour ce thème, et guère envie non plus : trop douloureux, encore à vif dans certaines communautés, etc. J'ai tenté de résister, en vain. Ce furent des bribes de phrases, précises, qui me harcelaient. J'ai fini par me mettre au travail. J'ignorais dans quoi je me lançais. J'avais un bagage suffisant pour couvrir la montée du nazisme, les différents événements en politique tant intérieure qu'extérieure, l'embrigadement de la jeunesse par Baldur von Schirach, la formation des SS, etc. Mais ma seconde partie, la guerre en Pologne, me prit au dépourvu. Sur les Einsatzgruppen dans ce pays, je ne trouvai presque rien. Je me suis fait aider et j'ai cherché comme un fou. Peu à peu, j'ai péniblement extirpé le matériau nécessaire pour pouvoir écrire. Des historiens, aussi bien professionnels qu'amateurs, ont porté assistance à ma démarche. Des internautes. On m'a conseillé des livres. J'ai lancé des recherches sur Internet. Etc.

Je me suis basé, pour les passages que vous avez lu ici, sur le Henri Michel, "Et Varsovie fut détruite". S'il y a des inexactitudes concernant la division Goering par exemple, alors elles viennent de cet ouvrage.

Après, il ne faut à aucun moment perdre de vue que tout ce qui est dit, l'est par mon narrateur, avec sa subjectivité, voire les erreurs qu'il peut commettre. Par exemple, quand il décrit le Goliath, il n'est pas censé savoir qu'on l'utilisait déjà avant. Lui, c'est la première fois qu'il voit ça, tout simplement. Donc, il décrit ce qu'il voit. Il n'est pas du tout naturel, en une telle situation, qu'on aille se demander si tel ou tel engin a déjà été utilisé avant, par qui, dans quel contexte. Ce serait une démarche d'historien, Wolfgang n'est pas historien, il est juste... témoin.

Idem, Wolfgang parle de Dirlewanger ou Kaminski tel qu'il en a entendu parler, par les bavardages échangés avec ses "collègues", bruits de couloirs dans le KdS, ainsi de suite. C'est sa subjectivité qui parle, là encore, il n'est pas historien. Il entend certains propos et y accorde foi, quitte à se rendre compte ensuite qu'il s'est trompé, le cas échéant. Il peut très bien rester aussi sur des idées fausses, sans s'en apercevoir., définitivement Dans la première partie, par exemple, je lui fais dire sciemment certaines inexactitudes, ou contre vérités, mais je le signale par des notes qui renvoient à des rectifications. Par exemple, lorsque Hitler fait assassiner Ernst Röhm, Wolfgang croit à la thèse du complot, c'est moi qui détrompe le lecteur dans les notes. Pareil pour l'incendie du Reichstag, il pense Marinus Van der Lubbe coupable, etc.
En ce qui concerne Dirlewanger, unité de combat ou pas, elle a été utilisé en tant que telle lors de l'insurrection de Varsovie. Et là encore, les gens arrosés d'essence ou pendus la tête en bas, ça vient directement de Henri Michel.

Je vous suis reconnaissant de pointer certaines expressions qui, en effet, sont probablement inadéquates. C'est là tout l'intérêt de montrer des extraits : on a beau faire attention, on est parfois victime de son propre langage. Je sais qu'à plus d'un titre, c'est très difficile : j'écris, moi Français, un roman censé être le récit d'un Allemand. Qui plus est, un Allemand ayant été élevé dans les années 20. Rien à voir, donc, avec mon propre contexte. Comment restituer cela, cette impression ? Plus d'une fois, j'ai utilisé des tournures de Français volontairement désuètes, pour susciter la sensation de période révolue. C'est une côte mal taillée, et une telle entreprise comme ce roman en est bourrée. Des compromis, des solutions "mieux que rien". C'était une démarche folle que de vouloir écrire un tel roman et si j'avais perçu, dès le départ, l'ambition et la complexité de cette entreprise, je ne m'y serais jamais lancé. C'eût peut-être été dommage, puisque au bout du compte, je suis arrivé à un résultat, qui vaut ce qu'il vaut.

Effectivement, il faut éviter le piège de vouloir "tout" dire, ou de montrer qu'on sait en expliquant ou justifiant tout ce qu'on dit. Je le répète, j'ai même volontairement fait dire des bêtises à mon narrateur. Après tout, il n'est qu'un homme n'ayant pas mené d'études supérieures : par le biais de la Hitlerjunge, puis de la Schutzpolizei, il est entré dans la SS, puis dans le SD. Il est sensible, hyper sensible même, intelligent, mais c'est plus un rêveur qu'un intellectuel et sa vision de la chose politique est assez naïve. Comme beaucoup de ses semblables, il s'est laissé "embarquer" par l'émotion, par une lecture romantique, idéalisée, orientée, de l'histoire et du monde, telle que Baldur von Schirach et ses acolytes l'ont déversée dans de jeunes esprits. Il n'a donc pas la distance et le recul dont nous disposons. S'il jouissait d'une telle distance, il n'aurait pas pu être le personnage principal de cette histoire, puisque il s'agit d'une histoire d'engagement, de foi aveugle, de suivisme fataliste, d'amitié absolue.

Amitié, oui. Si Franz fait feu de tout bois et utilise toutes sortes de partenaires, Wolfgang, lui, est résolument hétérosexuel. Il est resté bloqué par un amour malheureux, une jeune violoniste qu'il a connue quand il avait dix ans, dont il a été intensément amoureux. Cette fille ne s'est jamais intéressée à lui. Il en a énormément souffert, en a fait une maladie, une véritable fixation et, des années plus tard, c'est vierge qu'il est arrivé en Pologne ; là, il a connu le grand, le beau, le merveilleux amour, en la personne de Natalia, une traductrice qu'il était censé éliminer et qu'il a choisi, au contraire, de protéger. Elle faisait partie de l'intelligentsia Polonaise que Hitler avait décidé de détruire systématiquement. Là encore, l'émotivité. S'il avait été plus calculateur, plus conscient, moins fantasque, il l'aurait abattue, mais il n'y aurait pas eu d'histoire d'amour, car ce roman est aussi une histoire d'amour. En fait, c'est un roman à multiples clés, assez complexe, et qui a été épouvantablement difficile à gérer. J'avais l'ambition d'écrire bien plus qu'un roman historique. J'espère y être parvenu.

J'ai terminé aujourd'hui mon roman. Je peux y revenir, je vais me relire encore, mais l'essentiel a été fait, j'ai honoré le contrat. En fait, j'entends par là que j'ai réussi à retomber sur mes pattes, à me sortir des situations dans lesquelles je m'étais aventuré. J'ai trouvé des solutions pour mon personnage, qui me paraissent tenir debout. J'ai traité le sujet, j'ai dit l'essentiel de ce qu'il y avait à en dire - sous réserves de ne pas avoir commis d'erreurs, là encore. Mais ça n'est pas un essai, ou un ouvrage d'histoire. C'est roman. J'ai pris le parti de toujours privilégier le réalisme, la vraisemblance, mais en dernier ressort, s'il fallait choisir, c'était l'intérêt romanesque qui primait. Cela dit, à aucun moment je n'ai eu à affronter un important conflit entre les intérêts de l'histoire et ceux de mon roman. Globalement, il y avait concordance entre mes objectifs, ce que je tenais à exprimer, et la vérité historique d'ordre général. Il se peut qu'il y ait moult petites inexactitudes qui m'aient échappé, mais c'est un roman, il faut le prendre comme tel. J'ai fait de mon mieux, je ne suis pas historien. Je n'ai sans doute pas pondu un ouvrage irréprochable de ce point de vue, mais j'ai écrit, je crois, un sacré roman, épique, baroque et flamboyant. C'est ce dont j'avais envie.

Je suis très content que vous soyez touchés par ce petit cadeau que je vous ai fait. Cela vous a fait plaisir, eh bien à moi aussi, tant mieux, donc. Pour ce qui regarde les passages concernant la bataille de Berlin, je demanderai d'avance votre indulgence - comme j'aurais du le faire ici - : il se peut que, là aussi, pour vous, public averti, il y ait des bourdes. Je crois que je ne m'adresse pas à un public averti, dans l'ensemble. Un historien célèbre me le disait, quand je me posais certaines questions : "vous savez, si à l'heure actuelle on est une dizaine de personnes à pouvoir s'en rendre compte, c'est bien le maximum". Je me doute bien que les spécialistes ne verront que les défauts. Mais seront sensibles, au passage, à l'effort de restituer tout ça de façon relativement satisfaisante et convainquante, dans l'ensemble. La plus grande partie de ceux qui me liront - et je les espère nombreux - ne sera pas initiée. Elle ne fera sans doute pas l'effort d'aller vérifier ceci ou cela. Elle se laissera emporter par ce souffle de narration et c'est cela que je suis, un narrateur. Je ne me prétends rien d'autre, mais ça n'a déjà rien d'évident : c'est assez curieux, non ? Cette capacité à se mettre dans un coin, y consacrer du temps et hop, à la fin, il existe un roman alors qu'il n'y avait rien. Je suis fasciné par la création, c'est selon moi la plus belle part de l'humain. Je sais peu de choses sur moi, mais j'ai compris que je suis fondamentalement un créateur. A côté de la littérature, je commets aussi des sculptures en terre cuite et des peintures numériques. Pendant longtemps, j'ai énormément consacré de temps et d'énergie à composer de la musique, mais j'ai arrêté, depuis 2012. C'est curieux, oui, cette capacité à écrire des romans. Cela ne s'enseigne pas, et quand bien même on prendrait des cours... on a le truc ou on ne l'a pas. C'est assez inexplicable et ça n'en est que plus beau. J'ai de la chance de m'être retrouvé un jour écrivain, alors qu'en plus, je n'y avais pas songé : je n'avais la tête qu'à la musique. Je portais ça en moi, allez comprendre.

Je vous remercie pour votre proposition d'aide. Si une ou deux personnes sont réellement motivées pour m'aider, j'ai une petite idée, mais ça vous prendrait du temps, enfin, un peu de temps. Qu'elles me contactent. Je ne peux pas répondre aux messages privés, si j'ai bien compris : suis trop récent ici. Mais on me joint sur : geomorel@yahoo.com

Oui, on peut peut-être m'aider, à ce stade des choses, pour mon chapitre concernant la bataille de Berlin. Je crois m'en être bien tiré, mais évidemment, plus je m'adresse à des connaisseurs, plus je suis porté à mettre en doute la qualité de ce que j'ai écrit, sur le plan de l'exactitude historique.

Je crois qu'il faut aussi que je me fasse plus confiance, d'une. De deux, que je mette un frein à mon perfectionnisme maladif, car je suis du genre qui relit, relit, pèse des œufs de mouches dans des balances en fils d'araignées, etc. J'ai déjà consacré huit ans à ce roman, c'est énorme, jamais un roman ne m'avait demandé un tel travail. Si je pousse trop loin les scrupules, j'y serai encore dans dix ou douze ans ! Il faut savoir oser, à un moment donné, écrire le mot "fin", et assumer ce qu'on a fait. Non ?

Au plaisir de vous lire...



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vania
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   Jeu 1 Sep - 12:43

Citation :
Je crois que je ne m'adresse pas à un public averti, dans l'ensemble. Un historien célèbre me le disait, quand je me posais certaines questions : "vous savez, si à l'heure actuelle on est une dizaine de personnes à pouvoir s'en rendre compte, c'est bien le maximum".
Nombre de réalisateurs de films ou d'auteurs de romans, situés en contexte de guerre, s'accordent à dire que s'il faut en effet faire appel à des historiens pour assoir une certaine crédibilité, leur influence doit cependant trouver ses limites car sinon on n'avance pas, on reste bloqué par des détails de tous ordres ...
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MessageSujet: Re: Berlin, l'effondrement du Reich.   

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