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 Nouveau livre sur la guerre des partisans soviétiques.

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Vorobeï
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Nouveau livre sur la guerre des partisans soviétiques. Empty
MessageSujet: Nouveau livre sur la guerre des partisans soviétiques.   Nouveau livre sur la guerre des partisans soviétiques. Icon_minitimeDim 6 Jan - 6:44

Il y a quelques temps, je me suis acheté pour Noël un livre dont j'ai apprécié la lecture. Ce livre s'intitule : LES ENFANTS DE STALINE avec en sous-titre : La guerre des partisans soviétiques (1941-1944). L'auteur est Masha Cerovic et il a été publié en avril 2018.

Nouveau livre sur la guerre des partisans soviétiques. Les_enfants_de_staline


Voici la présentation qui en est faite :
"Au moins 500 000 combattants, autant de morts, civils dans leur écrasante majorité, plus de 5 000 villages biélorusses incendiés, dont plus de 600 entièrement détruits avec toute leur population : derrière ces chiffres s’esquisse la tragédie du plus puissant mouvement de résistance armée à l’occupation nazie en Europe. Ce livre rend leur voix aux partisans soviétiques, combattants aguerris menant une guerre impitoyable, qui se levèrent dans les forêts et marécages de Biélorussie, d’Ukraine et de Russie pour défendre la liberté et la patrie de Staline.
Grâce à un patient croisement des sources allemandes et soviétiques, l’auteur propose une plongée au cœur de cette apocalypse européenne méconnue. Dans leurs gestes, leurs mots, dans leurs violences, leurs souffrances, mais aussi leurs rêves, leurs fêtes, les partisans prennent corps. Ainsi s’esquisse le drame de Soviétiques ordinaires pris dans l’affrontement cataclysmique de deux totalitarismes. De l’utopie violente qu’ils portaient, il ne reste aujourd’hui que des deuils inachevés, cicatrices toujours ouvertes de guerres civiles dont on ne peut parler.
Au-delà des mythes, le livre offre une réflexion sur les modalités de la radicalisation, de la brutalisation et de la spirale de violence qui ont déchiré ces « terres de sang » au milieu du XXe siècle.
Masha Cerovic est maîtresse de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales. Elle travaille sur les violences de guerre et la guerre irrégulière en Russie et en URSS."

Une critique parmi d'autres : https://clio-cr.clionautes.org/les-enfants-de-staline-la-guerre-des-partisans-sovietiques-1941-1944.html

A présent, mon avis personnel sur ce livre :
Cela faisait longtemps que je me disais que ce serait bien si un livre (en français) consacré aux partisans soviétiques sortait. Eh bien, ce vœu est exaucé ! Je me souviens que l'ouvrage de Nicolas Bernard sur La guerre germano-soviétique (ouvrage de synthèse de grande qualité de 2013) n'abordait le sujet que sur quelques pages tout au plus, avec des idées générales qui méritaient d'être creusées. C'est ce que Masha Cerovic a fait avec les Enfants de Staline. Pourquoi ce titre ? La réponse est dans le livre ! En lisant cet ouvrage, je me suis rendu compte que le mouvement des partisans soviétiques était un sujet sur lequel il y avait un certain nombre d'images d’Épinal. Ces idées reçues, qu'elles soient positives ou négatives vis-à-vis de ce mouvement de résistance sont balayées dans le livre. Celui-ci n'est pas une histoire totale où toute l'histoire du mouvement partisan est raconté point par point mais il en retrace les grandes lignes et définit ses caractéristiques. Il comprend un certain nombre de documents, cartes, graphiques et photographies.

Le premier chapitre, intitulé "Si je m'étais tué, peut-être...", revient sur le traumatisme que constitue l'année 1941, date de l'invasion de l'URSS par la Wehrmacht. Cette période, comme on le sait est marquée par l'avancée des troupes allemandes jusqu'à Leningrad, Moscou et l'est de l'Ukraine. Les défaites de l'Armée Rouge s’enchaînent. Plus de trois millions (peut-être même quatre millions) de soldats sont faits prisonniers. Environ 65 millions de citoyens soviétiques se retrouvent sous occupation nazie et font expérience de l'effondrement soudain d'un régime soviétique qui se voulait invincible ainsi que de son incapacité à penser, préparer la guerre et l'occupation. Contrairement aux apparences et aux attentes des nazis, l'URSS n'est aucunement prête à la guerre de partisans même avec les expériences fondatrices de l'époque de la Révolution et de la guerre civile, d'autant plus que le Parti Communiste est méfiant à l'égard d'une forme de violence populaire qui peut échapper à son contrôle. Certes, par son ordre du 3 juillet 1941, Staline a rendu public un appel à la résistance armée dans les territoires occupées mais les directives concernant l'organisation d'unités de partisans ne prévoient en aucun cas un soulèvement populaire, mais la formation de groupes clandestins, aux effectifs réduits, exclusivement recrutés parmi ceux  qui ont démontré leur loyauté au régime, en particulier les membres du Parti et les agents du NKVD. Ces groupes clandestins vont connaître un triste sort. Ils sont confrontés à l'amateurisme dans l'organisation, la confusion des directives ou le manque d'instructions et d’informations, l'inexpérience militaire, au manque d'armes et de ravitaillement. De nombreux hommes désertent devant ces conditions impossible de lutte. Pire que tout ça, les élites d'avant-guerre, dont les dirigeants du Parti, ont disparu (avec l'évacuation ou en se cachant) quand elles n'ont pas rejoint les rangs des collaborateurs ! Les désertions et défections sont massives parmi les membres du NKVD. Les réseaux des élites communistes d'avant-guerre, ébranlés par les purges des années 1930, s'avèrent inopérants. Le Parti se révèle inefficace, mais de plus, souvent dangereux comme bases de l'action clandestine. Un certain nombre de partisans sont victimes de la trahison de "camarades".
Quand au reste de la population en territoire occupé, au cours de l'année 1941, elle reste globalement attentiste, persuadée de pouvoir trouver sa place dans le nouvel ordre allemand. Il n'y a pas de sursaut patriotique ! Le fait que le régime stalinien était méprisé, voire détesté, par une partie de la population y est pour beaucoup. Il faut rajouter à cela le fait que les Allemands manient la carotte (promesse d'une réforme agraire, réouverture des églises, mais aussi libération de prisonniers de guerre locaux, notamment en Ukraine et dans les pays Baltes mais aussi en Biélorussie)  et le bâton (politique de terreur contre leurs ennemis). Les Allemands diffusent des rumeurs (fake news !) sur l'"effondrement de l'URSS", genre "Staline s'est enfoui en Amérique" et "Moscou s'est rendu" pour décourager toute opposition. De plus, beaucoup de soldats de l'Armée Rouge, une fois encerclés, décident simplement de rentrer chez eux. Les Allemands mettent en place une organisation administrative et policière pour contrôler les territoires et les populations qui s'adaptent et s'accommodent comme elles peuvent à cette nouvelle situation. Les Allemands recherchent la collaboration des populations locales. Ils s'appuient sur la main d'oeuvre policière et les dénonciations (un mode de relation spécifique au pouvoir déjà bien en place sous le régime soviétique) des habitants, que ce soit pour la ghettoïsation et l'extermination des Juifs comme pour la traque des communistes et des partisans. Entre opportunisme, antisémitisme, anticommunisme, accommodement et peur, les habitants, confrontés à la demande de répression de l'Etat, réagissent selon des modalités familières : "Que le loup soit rassasié et les brebis sauves", mais aussi pour leurs propres règlements de comptes ou pour leur bénéfice personnel. Les "étrangers", définis en fonction du contexte local, sont souvent sacrifiés. Les Juifs trouvent très peu de soutiens parmi la population locale. Ce qui est sûr, c'est que la mise en place d'un appareil administratif et policier en zone rurale porte dans bien des cas un coup de grâce aux unités éparses de partisans encore actives à l'automne.
Bref... Laissé sans préparation en territoire occupé, confrontés à l'effondrement de l'Armée Rouge, trahis par les "camarades" du Parti, traqués par les Allemands et leurs auxiliaires de la police, dénoncés par les habitants, les rares partisans des six premiers mois de l'occupation ne doivent leur survie qu'à la chance (au miracle !). Il y aurait eu 90000 partisans "actifs" en territoire occupé en 1941, mais seulement 30000 au début de 1942. Le NKVD estimait que seuls 7% des hommes laissés ou envoyés en territoire occupée comme partisans étaient encore actifs en 1942. Je dois admettre que j'ai eu un p'tit choc en lisant ce premier chapitre. Clairement, le mouvement partisan de 1941 se solde par un sanglant échec.

Le chapitre 2 est consacré à l'émergence des partisans en 1942. Le mouvement partisan se développe à partir de deux groupes assez distincts, à savoir, d'une part, les partisans ayant survécu à l'année 1941, mélange de militants communistes, de soldats de l'Armée Rouge et de Juifs ayant échappé à l'extermination. D'autre part, les soldats s'étant auto-démobilisés suite aux encerclements ou ayant été parfois libérés par les Allemands. Etant revenu à la vie civile, ces hommes espéraient s'intégrer dans le nouvel ordre en place, en profitant du fait que de nombreux villages sont partiellement dépeuplés par la guerre. Mais la manœuvre échoue lorsqu'en mars 1942, les Allemands exigent l'enregistrement de tous les anciens soldats installés dans les villages, notamment pour satisfaire les besoins en main d'oeuvre du Reich et aussi pour combattre le mouvement partisan naissant. Rejoindre la police, se cacher ou rejoindre les partisans, tels sont les choix qui se posent à eux. Pour le mouvement des partisans, les arrivées de ces nouveaux combattants constitue une véritable aubaine (un peu comme en France lorsque le STO, le Service du Travail Obligatoire, mis en place en 1943, avait contraint de nombreux jeunes à se cacher et en avait conduit d'autres à prendre le maquis). Toujours est-il qu'un certain nombre de territoires occupé voit le développement d'un mouvement des partisans qui harcèle l'ennemi.
Pour faire simple, l'espace des partisans est défini par plusieurs critères : territoire de forêt (ce qui n'exclue pas une possible résistance en milieu urbain même si c'était compliqué); soviétique depuis 1921 ; conquis par le groupe d'armée Centre de la Wehrmacht, entre juin et octobre 1941. Les principales zones d'activités des partisans sont la Biélorussie dans ses frontières de 1939, le nord-est de l'Ukraine et les régions frontalières russes de Briansk et de Smolensk. Les partisans se constitue en bandes et en brigades qui regroupent parfois plusieurs milliers de combattants. Ils essaient de se démarquer des groupes de bandits qui existent. La Biélorussie et les région de Briansk et de Smolensk constituent les principaux bastions des partisans. Elles concentrent ensemble jusqu'à 90% des partisans. Dans d'autres régions, le mouvement des partisans tentent de s'implanter durablement mais sans grands succès. Dans les régions du nord de la Russie, le mouvement partisan, sans lien avec la population locale (cela signifie des difficultés à trouver des recrues et du ravitaillement), ne s'y maintient que grâce à un flot continu d'unités envoyées depuis l'arrière soviétique. Il faut attendre les derniers mois de 1943 pour que les partisans émergent vraiment dans le nord-ouest de la Russie, lorsque les paysans se mettent à fuir la retraite de l'armée allemande, les déportations massives et la politique de terre brûlée qui l'accompagnent. En Crimée, le mouvement partisan s'effondre avec la chute de Sébastopol en juin 1942. Le mouvement partisan y correspondait précisément à la conception que s'en faisaient les autorités soviétiques : des membres triés sur le volet, presque tous membres du Komsomol (les jeunesses communistes) et du Parti, sous le contrôle étroit du NKVD avec une hiérarchie rigide, une organisation systématique en "secteurs", chacun ayant ses bases en armes, munitions et nourriture. Incapables d'attirer de nouvelles recrues, le taux de pertes des partisans est en plus extrêmement élevés. Sans lien avec les habitants, une fois leur réserves épuisés, les partisans de Crimée meurent littéralement de faim pendant l'hiver 1942-1943. Il y a même des cas de cannibalisme. L'échec du mouvement des partisans en Crimée sera attribué, par les partisans comme par les autorités soviétiques, à la collaboration, à la trahison des Tatars de Crimée, accusation qui entraînera leur déportation en 1944.
Il faut cependant admettre que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les unités mises sur pied par les autorités soviétiques, coupées des populations locales et recrutées selon des critères de loyauté qui ne résistent pas à l'épreuve de l'occupation, sont vouées à l'échec, qu'importent le temps et le soin mis à les organiser. Il y a une étroite corrélation négative entre le taux de communistes parmi les partisans (un indicateur simple du niveau de recrutement local) et le succès des partisans. Là où il est le plus élevé (le nord de la Russie, la Crimée), les autorités soviétiques ont été les plus actives dans l'organisation du mouvement partisan et c'est là que celui-ci a connu des échecs dramatiques. Je ne parle même pas des partisans d'Odessa qui s'étaient réfugiés dans les catacombes de la ville. Les Roumains finiront par murer et miner les issues au printemps 1942. Quand aux territoires annexés par l'URSS, en 1939 (Pologne orientale et pays Baltes), le mouvement partisan soviétique, là où il a existé, est tardif et d'origine exogène. Ceci-dit, les partisans sont capables, notamment en Biélorussie et dans la région de Briansk, d'infliger des pertes à l'occupant allemand et à ses auxilliaires, en point d'inquiéter sérieusement ceux-ci.

Dans le chapitre 3, il est question des relations qu'entretiennent les partisans avec l'Etat soviétique. En 1942, Le gouvernement soviétique tente de prendre en main le mouvement partisan, de l'organiser en y envoyant des représentants. Le 30 mai 1942, Staline ordonne la création d'un état-major central du mouvement sous la direction de Ponomarenko, le premier secrétaire du parti communiste biélorusse. Cet état-major central chapeaute un ensemble d'état-majors régionaux. Une lutte d’influence entre le Parti, l'Armée Rouge et le NKVD a lieu pour prendre la direction du mouvement partisan (un peu comme en France où la Résistance compte de réseaux et des groupes d'actions organisés soit par le SOE britannique, l'OSS américain et le BCRA de la France libre). Prendre contact avec les partisans est une nécessité pour l'Etat soviétique qui a besoin de coordonner le mouvement des partisan et les partisans ont besoin du soutien de Moscou pour continuer la lutte.
Entrer en contact avec les partisans ne sont pas aussi simple que l'on croit. Les deux options pour les volontaires, le parachutage ou le passage de la ligne de front puis la marche à pied sur des dizaines de kilomètres se révèlent hasardeux et dangereux, d'autant que les agents envoyés manquent souvent de formation et peuvent être susceptibles, s'ils sont originaires des territoires occupés, de déserter. Malgré ces difficultés, le contact est pris entre Moscou et les partisans au cours de l'année 1942. Des radios sont envoyées pour les communications mais tous les partisans n'y ont pas accès. En posséder une, la contrôler, cela devient même un enjeu de pouvoir majeur pour les brigades, en sachant que les opérateurs radios envoyés pour les communications sont souvent formés par le NKVD et ils ont aussi pour mission de surveiller les partisans.
A la fin de l'été 1942, Staline décide de reprendre en main le mouvement partisan. Il convoque les groupes de commandants partisans à Moscou pour une conférence au sommet. 14 d'entre eux parviennent à se rendre à Moscou. Le 1er septembre, Staline les rencontre et les écoutent pendant trois heures avant de publier l'ordre 189 sur les missions du mouvement partisan. Un : lutte de tout le peuple contre l'occupant allemand avec mobilisation générale en territoire occupé (= fin du recrutement très sélectif). Deux : définition des missions des partisans, au premier rang desquelles le sabotage des voies de communication. Sans attendre ces ordres, les sabotages des voies ferrées se sont multipliés tout au long de l'année 1942. Par exemple, en septembre 1942, on compte 700 attaques réussies. Le nombre baisse pendant l'hiver entre 300 et 400 puis repart à la hausse en 1943, et la situation empire pour les Allemands. Deux séries d'opérations à grande échelle, connues sour le nom de "Guerre du rail", sont menées à l'été-automne 1943 puis en juin 1944, en appui aux offensives de l'Armée Rouge. Pour la première opération, 6500 explosions ont lieu le long des voies ferrées du groupe d'armée Centre du 2 au 4 août 1943. Rien que la nuit du 19 au 20 juin 1944, en préparation de l'opération Bagration par l'Armée Rouge, ce sont 10000 explosions sur les voies ferrés biélorusses qui sont faites. En comparaison, en France, on a un pic dans la nuit du 7 juin avec 90 attentats. Naturellement, la Guerre du Rail préoccupe les Allemands qui sécurisent aux mieux les voies de communications et font payer les attentats à la population locale qui est rendue responsable de la sécurité des voies. Le problème pour les partisans aussi, c'est que Moscou leur demande des résultats, et que pour les obtenir, ils n'hésitent pas à les falsifier en faisant exploser leur bombe à distance de la voie ferré quand les Allemands ont empêché un attentat ou alors en attaquant les voies ferrées secondaires que les Allemands n'utilisent pas pour transporter matériels et troupes et donc ne protègent pas. L'impact des ces attaques est donc inégal et n'a pas d'effet notable sur la capacité offensive de la Wehrmacht. En plus, en 1943, les grandes opérations ont lieu au sud et pas au centre. En revanche, c'est lorsque les Allemands se replient que les sabotages de voies ferrés posent un problème majeur. Si la guerre du rail n'a pas eu l'efficacité qu'on lui prête, elle a portant augmenté le sentiment d'insécurité des Allemands en URSS.
Cependant, à l'automne 1942, des dizaines de commandants partisans sont convoqués à Moscou pour s'entretenir avec l'état-major central et aussi avec le NKVD. Cela permet de s'informer sur la situation sur le terrain mais aussi de vérifier les cadres. Plusieurs commandants sont ainsi démis de leurs fonctions, voire arrêtés. Moscou envoie à l'automne une série d'agents sur le terrain, pour remplacer le commandement d'une brigade ou, pour encadrer ce commandement. A chaque niveau de commandement, la structure de celle-ci est claquée sur celle de l'Armée Rouge, avec un commandant assisté d'un commissaire chargé des questions politiques et d'un chef d'état-major pour la direction opérationnelle. En principe donc, l'Etat-Parti soviétique assure pleinement la direction du mouvement partisan.
Dans la pratique, la réalité du pouvoir sur le terrain est le résultat d'alliances, compromis et luttes parfois brutales, non des décrets de Moscou. En plus, il y a parfois des rivalités entre les différentes brigades, ou entre leurs commandants. Fédérer les différentes brigades/bandes n'est pas simple, tant celles-ci tiennent à garder une certaine autonomie de décision. Les commandants de brigade (et les partisans de manière générale) se veulent communistes (certains sont membres du Parti mais pas tous ; ces derniers le deviennent de facto) tout en rejetant l'appareil bureaucratique centralisé du Parti, ses cadres, mais pas la culture politique héritée de la guerre civile. Surtout, ils revendiquent pour eux-mêmes le pouvoir absolu qu'ils dénient aux fonctionnaires. Pour les partisans, la parole du commandant fait loi. Ils ne rejettent pas l'Etat-Parti dont ils se considèrent les défenseurs mais pour eux, le contrôle exercé par Moscou doit être négocié, et non imposé. Surtout, les critiques sont nombreuses contre l'appareil bureaucratique du Parti d'avant-guerre dont les membres, accusé d'avoir trahi la Révolution, d'avoir crée une nouvelle classe engoncée dans son arrogance, d'avoir usurpé leur pouvoir, de se cacher derrière leur lange de bois et de s'être réfugié à l'arrière suite à la débâcle de 1941. La véritable ligne de fracture n'est pas communistes contre non-communistes mais entre ceux qui se battent dans les territoires occupés et ceux qui sont à l'arrière. A mots couverts, de nombreux partisans espèrent, une fois la guerre terminé, que leur engagement pendant la guerre leur permettrait du supplanter un appareil discrédité. Ils ont une conscience aiguë de la faillite des élites en 1941 mais il n'en reste pas moins des bolcheviques, soviétiques, staliniens dans bien de leurs pratiques.

Le chapitre 4 s'intéresse au cadre premier de l’expérience des partisans, à savoir l'entre-soi de la brigade, une communauté exclusive qui échappe aux normes de la société civile comme de l'Armée Rouge et qui revendique une marginalité héroïque, extraordinaire. Le partisan est d'abord un membre d'une brigade plus que d'un mouvement. Il confirme son appartenance à une brigade en prêtant serment d'anéantir les ennemis et de venger les crimes commis contre le peuple. Le mouvement partisan est censé refléter le peuple soviétique dans son ensemble de classe, de nationalité, d'âge et de sexes.La réalité est plus complexe, sachant que les sources sont souvent incomplètes, voire inexactes. Les partisans sont en général des hommes, jeunes, slaves et ruraux. Entre 2/3 et 3/4 d'entre eux ont 30 ans ou moins en 1944. Les Slaves représentent l'écrasante majorité des recrues, ce qui est reflété par l'homogénéité ethnique de leurs régions d'implantation (ce fait est renforcée par l'extermination de la minorité juive par les nazis). En Biélorussie, il représente près de 95% des partisans (68% de Biélorusses, 21% de Russes, 5% d'Ukrainiens et 1% de Polonais). En Russie, les Russes représentent environ 90% des effectifs. Pour ce qui est des brigades ukrainiennes, les Ukrainiens sont eux-mêmes sous-représentés parmi les Slaves. Les partisans sont majoritairement des ruraux avec un faible niveau d'éducation. Les trois caractéristiques - jeunesse, ruralité, nationalité slave - s'accentuent au cours de la guerre , avec la massification du recrutement local, conduisant à une baisse, relative et absolue avec les pertes, des militaires et des citadins. Le tableau général est celui  d'une masse de jeune ruraux, commandés par des hommes souvent plus éduqués, plus âgés, souvent militaires. Le problème, concernant les nationalités, c'est qu'elle est déclarative dans la tradition soviétique.
Il est facile de se choisir une nationalité sachant que les pseudonymes sont répandus et les documents d'identité perdus. C'est le cas des Juifs, voire des Tziganes qui peuvent se faire passer pour Slaves. Nombre de soldats de l'Armée Rouge se font passer pour membres d'une nationalité privilégiée par les Allemands pour échapper aux camps de prisonniers de guerre. Sachant que les Allemands désignent comme "Cosaques" ou "Ukrainiens" leurs auxiliaires alors qu'ils sont recrutés parmi toutes les nationalités soviétiques, ceux-ci, lorsqu'ils trahissent les Allemands et rejoignent les partisans, conservent souvent leur nationalité apposée par les Allemands. Du coup, ces nationalités sont vites perçus comme synonymes de "traître", en dehors de l'Ukraine. Mais les partisans sont bien au courant du fait que les bataillons "ukrainiens" sont loin d'être nationalement homogènes. L'image du traître ukrainien est infondée et il n'y a pas de trace de tensions ou de discriminations ethniques entre Slaves dans les brigades. La frontière passe entre Slaves et non-Slaves. Les partisans originaires du Caucase ou de l'Asie Centrale suscitent tout au plus de la curiosité de la part des Slaves. La situation est différente pour les Juifs. Les partisans juifs, essentiellement présents en Biélorussie, sont souvent parfois confrontés à des discriminations, voire à des violences antisémites de la part d'autres partisans. La situation est différente d'une brigade à l'autre. Dans certains cas, les Juifs qui se réfugient dans les forêts font une mauvaise rencontre, avec des partisans qui les dépouillent ou qui les accusent d'être des espions, d'où des meurtres. En revanche, Certaines brigades acceptent volontiers les Juifs dans leur rangs, les aidant même à fuir les ghettos, même si c'est surtout pour recruter des combattants. Ainsi, même en étant choqués par les massacres dont ils ont été témoins, les partisans ne considèrent pas que sauver les Juifs constitue une mission spécifique de la résistance. C'est pourquoi ils sont réticents à accueillir les civils inaptes au combat, sauf s'ils ont des compétences spécifiques, comme les artisans et les médecins. Du coup, les Juifs créent leurs propres unités chargées de protéger et faire vivre des "camps familiaux" de réfugiés, notamment dans les territoires annexés en 1939. En Biélorussie orientale, les Juifs sont plutôt intégrés aux brigades de partisans soviétiques et parfois regroupés en unités juives en leur sein. Il faut préciser qu'un nombre inconnu de soldats juifs de l'Armée Rouge a pu rejoindre les partisans en profitant du fait qu'ils ne sont pas identifiés comme Juifs par les habitants.
A présent, en ce qui concerne les femmes dans le mouvement des partisans, leur nombre est difficile à évaluer mais on estime qu'en Biélorussie, elles comptent pour 10% des partisans. Elles occupent dans les unités des fonctions variées. Elles sont particulièrement recherchées pour les missions de renseignement, de liaison, de terrorisme, à cause de leur plus grande liberté de mouvement en territoire occupé et de la moindre méfiance qu'elles suscitent. Une minorité des partisanes sont des combattantes à égalité avec les hommes. Le défi principal pour les femmes dans les brigades reste toutefois l'impossibilité d'échapper aux contraintes de leur féminité. En plus d'être combattantes, elles sont aussi très souvent ménagères, cuisinières. Le plus gros problème est celui qui est déjà rencontré au sein de l'Armée Rouge : elles doivent bien souvent combattre la convoitise (voire l'hostilité dans le cas des partisans) de leurs camarades masculins qui voient en elles un objet de plaisir à la disposition des hommes. Elles sont ainsi réduites à une sexualité à la fois contrainte et réprouvée. Contrainte jusqu'au point que des cas de viols ont lieu. Réprouvée parce que, d'une part, si les hommes sont invités à se contrôler, la faute en revient souvent aux femmes, d'autant plus que si elles tombent enceinte, elles doivent avorter sous peine d'être chassées de la brigade. Les relations sexuelles sont le privilège, publiquement affiché, du commandement partisan. Les jeunes femmes n'ont souvent d'autres choix que de consentir à une relation ou de se la voir imposer. De fait, le "mariage" avec une "épouse de campagne" est un privilège des commandants. Et encore, dans ce cas, "mariage" est un euphémisme qui ne signifie même pas une liaison exclusive ou durable. Les partisans du rang n'aiment pas beaucoup ce type de relation dans la mesure où ils estiment que la sexualité féminine éloigne les commandants de leurs devoirs, les distrait de leurs fonctions et de négliger leur unité au profit de leur vie privée, ce dont les "épouses de campagnes" sont rendues responsables. Elles sont même parfois accusées d'exercer sur leurs compagnons une influence pernicieuse et indue. On les soupçonne aussi d'être des espionnes à la solde de l'ennemi. Enfin les femmes porteuses de maladies vénériennes sont aussi accusées d'espionnage et de sabotage, ce qui est passible de la peine de mort. En dehors de cela, toutes les brigades ont accueilli des femmes ; nombre d'entre elles ont trouvé refuge parmi les partisans, ont trouvé parmi eux des camarades, et même de sincères et profonds attachements amoureux. Le souci est que dans cette guerre d'homme, leur présence est une transgression de l'ordre sexué, social et moral d'avant-guerre et de l'idéal de camaraderie masculine qui fonde les unités. Plus encore que l'Armée Rouge, les partisans embrassent une culture guerrière slave et virile exclusive.
Les conditions de vie des partisans sont difficiles. Ils vivent en forêt, voire dans les marécages, en rupture avec la société civile. Les saisons donnent à la vie des partisans un rythme propre. Chacune d'entre elles a ses avantages et ses inconvénients. L'habillement, toujours insuffisant, jamais assez chaud, usé par les éléments, est une préoccupation constante. Les partisans s'équipent des armes qu'ils ont, soviétiques, allemandes ou autres. L'armement est ainsi hétéroclite. Il est très courant qu'une partie des hommes, 10 à 30% des effectifs en fonction des brigades et des périodes, n'ait pas d'armes, malgré la réticence des partisans à accepter des hommes non-armés. Le véritable talon d'Achille des brigades sont les munitions. Le défi est d'en acquérir en quantité, de les conserver dans des conditions correctes. De plus, il faut que les munitions conviennent aux armes utilisées. Le quotidien est fait de contrastes extrêmes. La monotonie de la vie dans les camps de forêt est interrompue par des périodes intenses de marche (en général, la nuit, en file indienne et on combat loin de sa base pour éviter d'en révéler l'emplacement) et de combats. Autres épreuves quotidiennes : l’hygiène et la nourriture. Il est difficile pour les partisans de prendre un bain ou d'avoir des vêtements de rechange, d'où une exposition fréquente aux poux et aux puces, sans compter les moustiques. Quand à la nourriture, elle est souvent monotone. Viandes, pommes de terres souvent, du pain après les moissons,  du poisson parfois. Le lait et le miel sont les principaux objets de rapines par les partisans. Le sel est un vrai luxe. Les partisans se trouvent souvent confrontés à la faim et quelquefois même à la famine. Les partisans sont aussi confrontées aux maladies, notamment au scorbut. A cela s'ajoutent les engelures liées au froid, la grippe, l'angine, la bronchite, la pneumonie, la tuberculose. Le typhus est une menace constante. Si les partisans vivent malades, ils ont une peur terrible de la blessure, comme tout soldat, mais la différence est qu'ils n'ont pas vraiment d'arrières sûres comme dans une guerre de front. Un blessé partisan reste en territoire ennemi et il n'est pas toujours possible de les emporter. Il est courant que les blessés achèvent leurs derniers jours sur le champ de bataille en se réservant la dernière balle ou grenade. La seule chance pour les blessés graves est d'être évacué par avion ou à pied pour les brigades les plus proches du front vers l'arrière soviétique, mais ce n'est pas toujours faisable. Être blessé à la tête, à la poitrine ou à l'estomac ne laisse que peu de chances de survivre et d'atteindre un éventuel hôpital partisan. Les conditions d'opérations en milieu stérile et avec des outils de chirurgie adéquats ne sont pas toujours réunies. En dehors de ça, le temps libre des partisans est celui de l'alcool, essentiel, des jeux de carte; mais surtout de la parole : récits, poèmes, chants et musiques. Toutes ces choses structure leur identité.

Le chapitre 5 nous renseigne sur le rôle l'organisation des fiefs partisans qui constituent de véritables "républiques de partisans". Les partisans font la loi dans ces territoires, l'administrent en fragmentant les territoires occupés par une multitude zones de souveraineté. L'un des rôles que se donne les partisans est d'épurer la société soviétique des éléments collaborateurs et autres traîtres : les administrateurs mis en place par les occupants et les policiers. Les familles des collaborateurs sont généralement liquidées dans une logique d'anéantissement de l'"ennemi intérieur" ! Leurs biens sont confisqués. Les bâtiments de la police, de l'administration locale sont incendiés, les greniers et entrepôts sont partiellement redistribués aux habitants, les registres fiscaux et les potences sont détruits. De la même manière que les Allemands utilisent les dénonciations, les partisans font de même. la population se retrouve souvent prise entre deux feux, les partisans et les Allemands ainsi que les collaborateurs.
Les territoires des partisans constituent un archipel de forteresses où les camps de partisans constituent un véritable réseau, structuré autour d'une forêt. Chaque brigade structure son territoire. L'emplacement du camp de forêt est soigneusement choisi pour tirer profit au mieux du terrain, afin de protéger et de camoufler le camp, de pouvoir l'évacuer en cas d'urgence ; en un endroit sec et légèrement surélevé pour protéger des inondations, mais près d'une source d'eau potable. Les habitations sont faites de huttes provisoires en été construites avec des branchages de sapin ou de bouleau. En hiver, les soldats vivent dans les zemlianki, des abris semi enterrés. Certains camps de partisans sont si vastes qu'ils s'apparentent à de petites villes situées en forêt.
A partir de ces camps, les partisans contrôlent un territoire et des populations qu'ils administrent. Ils procèdent aux recensements de tous les soldats et officiers de l'Armée Rouge puis de tous les hommes en état de combattre résidant en territoire partisan (des recrues potentielles). Les mouvements de la population civile sont réglementés, voire interdits pour aller en dehors des zones contrôlées par les partisans. Tout les déplacements de civils venant des zones tenues par les Allemands sont vérifiés afin d'éviter les infiltrations. Un couvre feu est parfois instauré. La population civile est recensée. De la même manière que les Allemands nomment une administration villageoise, les partisans font de même. Ils sont assez présents dans les villages qu'ils contrôlent et où ils logent chez l'habitant(e). Après tout, ils sont souvent de ces mêmes communautés villageoises qu'ils sont censés défendre même si la cohabitation entre combattants et civils est loin d'être aisée. Cette relation est parfois empreinte de violences dont les partisans revendiquent le droit d'exercer. Des vols, extorsions, pillages, viols et meurtres sont parfois commis à l'encontre de civils par des partisans souvent ivres. Pour mette fin à ces comportements, les brigades interdisent la distillation privée d'alcool ou vont jusqu'à exécuter pour l'exemple des partisans coupables de crimes divers. Une certaine forme de système judiciaire est mis en place avec procédures, enquêtes et procès. Les habitants y participent comme plaignants et témoins. Les juges et jurys des tribunaux sont des partisans. Seuls les partisans y comparaissent comme accusés.

Le chapitre 6 est consacré aux questions d'accès aux ressources, en hommes et en biens, des territoires occupés, en concurrence avec les Allemands. Les réponses des partisans aux attentes des paysans des questions comme le partage de la terre, l'impôt ou la conscription militaire détermine en grande partie leur capacité à mobiliser les ressources des villages. Sur la question agraire, face aux Allemands qui envisagent une réforme agraire pour dissoudre les kolkhozes mais qui ont besoin de collecter l'impôt, les partisans, sans aucune concertation avec Moscou, appellent la population à se partager les biens des kolkhozes pour éviter qu'ils ne tombent aux mains des Allemands. Le partage s'accompagne de la destruction des archives. Si la dissolution des fermes collectives se fait à l'initiative de la paysannerie, les partisans accompagnent ce mouvement par pur pragmatisme. Les partisans sont en outre très opposés à la politique de terre brûlée, inefficace. Concernant l'impôt, les partisans ne sont pas censés en prélever mais se ravitailler sur l'ennemi. Cette position étant impossible à tenir, les partisans, quand ils ne pillent pas la population, mettent en place un montant d'imposition qui varie en fonction des régions et d'une brigade à l'autre, en général 10 à 15% des récoltes, mois que ce que les Allemands prélèvent. Le bétail, moins facile à cacher mais plus facile à transporter que les céréales est la cible privilégiée des pillages des Allemands comme des partisans. Ceci-dit, les partisans ont l'avantage de ne pas être vu autant que les Allemands par la population comme des prédateurs qui prennent beaucoup, voire tout mais ne donne rien en échange. Les partisans essaient aussi d'incarner une autorité légitime : ainsi, ils privilégient les familles de partisans et de soldats de l'Armée Rouge, notamment par des exemptions complètes ou partielles d'impôt. Ils vont même jusqu'à redistribuer des excédents à ces familles ou aux civils réfugiés. A mesure que se prolonge l'occupation, rares se font les habitants qui ne font pas partie d'une ou plusieurs types de familles : familles de soldats, de partisans, de victimes et de traîtres. Cette appartenance familiale entraîne la récompense ou la sanction.
L'engagement chez les partisans est un mélange de devoir et de contrainte où la loyauté à l'état soviétique est de mise. Ainsi, les anciens soldats démobilisés  sont considérés par les partisans comme toujours liés par le serment prêté à leur entrée dans l'Armée Rouge, dont les partisans s'estiment les représentants autorisés à réclamer le service dû à l'Etat soviétique. Les réfractaires à la déportation en Allemagne constitue une source de recrutement moins importante en valeur relative que les réfractaires du STO en France, qui forment 1 à 2/3 des effectifs. Les anciens prisonniers de guerre sont parfois accueillis avec méfiance. De manière générale, les partisans se méfient de ceux qui veulent s'engager dans leurs rangs par peur plus que par devoir. Ensuite, l'enjeu pour les partisans est de mobiliser les civils qui sont de gré ou de force sous leur juridiction en les compromettant en actes aux côtés des partisans, en les faisant participer à la gestion des territoires, en renforçant leurs liens avec les brigades. Cela peut éventuellement déboucher sur des enrôlements forcés même si cette pratique est condamnée, sachant que cela peut amener des désertions, voire des trahisons.

Le chapitre 7 revient sur les premières opérations anti-partisans menées par les forces d'occupation. Les forces d'occupations à l'arrière du front sont diverses : En premier lieu, des divisions de sécurité de la Wehrmacht qui comptent en principe 10000 hommes chacune, plus âgés en moyenne et moins aptes physiquement que les soldats du front. Ensuite, des troupes régulières et des divisions de waffen ss peuvent renforcer ces troupes. De plus, les Allemands peuvent compter sur des contingents de Hongrois, de Roumains ainsi que d'autres nationalités : Croates, Slovaques, Italiens, Français (LVF), Espagnols (la division bleue), Finlandais, Belges, Hollandais. Enfin, les allemands ont recruté en masse des auxiliaires soviétiques qui sont rattachés à des troupes allemandes (c'est le ces des Hiwis et des Schutzmannschaft, les policiers) ou constitués en unités propres (les unités baltes ou ukrainiennes de la waffen ss et les diverses unités de "volontaires" soviétiques comme la brigade Kaminski).
Confrontés à une guérilla dont ils ne maîtrisent pas les logiques et dont ils sont victimes, les occupants réagissent par une escalade de violences. Leurs opérations de l'année 1942 en Biélorussie et dans la région de Briansk puis en 1943 en Biélorussie à nouveau sont marqués par un schéma tactique récurrent : on boucle une zone et on la ratisse. Face à cette tactique, les partisans esquivent le combat dans la majorité des cas en s'échappant de la zone, en perçant si nécessaire. Il arrive que parfois, les brigades font face et parviennent à tenir tête, un temps tout du moins, aux troupes ennemies. Ce qui caractérise ces actions, c'est la brutalité des occupants face aux civils qui représentent une grande partie des victimes.Par exemple, L'opération Bamberg de mars 1942 s'est soldée par la mort de 4000 personnes dans la région de Gomel en Biélorussie, en grande majorité des civils. Les partisans de la zone n'ont que très peu été inquiété par l'opération Bamberg qui devient un modèle du genre. La région de Briansk est le théâtre de plusieurs opérations anti partisans pendant l'été 1942. La région est dévastée pour parvenir seulement à repousser les partisans des abords immédiats de Briansk. Concernant les civils, les femmes sont évacuées et les hommes tués sur place ou livrés à la brigade Kaminski pour exécution. La conséquence inattendue est que plusieurs brigades partent en raid en Ukraine ou vont s'installer en Polésie. Les partisans sont du coup moins nombreux dans la région de Briansk mais ils ne sont pas vaincus. Les pratiques des occupants et des partisans se radicalisent mutuellement dans leur affrontement, sans que personne ne maîtrise la spirale de la violence ainsi enclenchée.
L'année 1943 voit la création des "zones mortes" notamment en Biélorussie. Sans aller dans le détail, les grandes opérations allemandes (dont Magie hivernale et Cottbus) de cette année causent des dévastations inouïes et coûtent la vie à des dizaines de milliers de civils. La stratégie de "zones mortes" scelle l'abandon par les Allemands des zones visées aux partisans, soudés autour du martyre partagé. Sur les ruines laissées par les Allemands, les partisans consolident leurs bastions, élargissent leur champ d'action, intensifient leur pression sur les zones dites "neutres". La radicalisation du conflit n'est pas seulement la conséquence de la tactique ennemie, mais est aussi sous-tendue par les choix des partisans dans la guerre impitoyable qu'ils ont déclarée à tous leurs adversaires.

Le chapitre 8 revient sur les ressorts et motifs de l'action des partisans. A la différence d'autres mouvements de résistance européens, ils n'ont pas de programmes officiels. Il faut donc chercher pour résumer dans une culture de guerre soviétique reposant sur trois piliers, l'expérience de la violence de masse subie et infligée, la haine de l'ennemi déshumanisé, l'eschatologie de la guerre.
Pour faire simple, les partisans font face à deux types d'individus : les amis et les ennemis. Les ennemis sont de deux types : l’ennemi extérieur, les Allemands, le fasciste, qui devient l'ennemi absolu. Un patriotisme traditionnel est mobilisé pour lutter contre ces étrangers qui envahissent la terre russe. Les atrocités des occupants sont vues comme le révélateur de l'essence du projet nazi. Les partisans y perçoivent même une nouveauté radicale, même par rapport aux violences qu'ont connues ces régions depuis le début du XXe siècle. D'où une déshumanisation de l'ennemi, vue sous une nature bestiale. L'Allemand devient donc un ennemi absolu, au cœur d'un affrontement extraordinaire, total, ultime, apocalyptique, entre la bête et l'homme, la barbarie et la civilisation. L'autre ennemi, c'est l'ennemi intérieur, le collaborateur, le traître. Loin de remettre en cause le discours bolchevique sur les ennemis du peuple, la guerre valide ce récit : le régime soviétique se serait trompé dans ses cibles, pas dans ses objectifs. Pour les partisans, collaborer avec les occupants est une affaire de choix de la même manière que eux ont fait le choix de résister, les collaborateurs ont fait le choix de trahir et ce choix est impardonnable, signe d'une impardonnable faiblesse morale. Cette position s'appuie sur deux décennies de discours soviétiques glorifiant le sacrifice de l'individu au nom de la collectivité, de la révolution, du Parti. La guerre permet de faire tomber les masques entre ceux qui sont loyaux envers l'Etat soviétique, jusqu'au point de tuer un membre de leur famille qui aurait trahi, et ceux qui ne le sont pas, et qui seront éliminés avec leurs familles.
C'est autour de la notion de vengeance que les partisans pensent leur action. Vengeance face aux atrocités des Allemands et face à la trahison des collaborateurs, dont le partisan est témoin direct, au contraire du soldat du front qui découvre progressivement l'ampleur des crimes nazis. Les atrocités permettent la construction d'une communauté imaginée de victimes unis par l'impératif de vengeance. Les cérémonies d'enterrement de combattants permettent aussi la mise en scène d'une communion de l'unité d'une bande/brigade autour du pacte de vengeance ainsi renouvelé. Cet appel à la vengeance est d'autant plus efficace que de nombreux partisans, Juifs et non juifs ont perdu des membres de leur famille, si ce n'est toute leur famille. La vengeance devient même une nécessité, une obligation. La vengeance sur l'ennemi en dehors des combats se fait par deux pratiques omniprésentes : le massacre à l'arme blanche (couteau, hâche) et l'incendie. Les cadavres ennemis sont souvent retrouvés mutilés (ante ou post mortem, les rapports allemands ne le précisent pas). Les prisonniers sont parfois exhibés à la population locale comme trophée avant d'être exécutés, toujours par les partisans. Ceux-ci vont même jusqu'à profaner régulièrement les tombes ennemies lorsqu'ils en trouvent. L'idée est qu'il ne doit rien rester de l'ennemi. C'est pour cette raison que l'incendie est très souvent utilisé. Marque de l'apocalypse déchaînée par les occupants, il est aussi l'arme de la purification de la terre russe. Le massacre accompagné d'incendie pouvait être délibérément utilisé pour "punir" des villages considérés comme hostiles aux partisans. Le massacre des collaborateurs est accompagné la plupart du temps de celui de leurs familles. Là où l'Allemand est un ennemi clairement identifiable, le traître par sa nature perfide, doit être absolument massacré selon les partisans dans une logique de purification du corps social pour rétablir l'intégrité de celui-ci pour ensuite seulement aller au combat contre "la bête apocalyptique". En conséquence, un certain nombre de brigades de partisans avaient tendance à un peu trop se concentrer sur l'élimination des traîtres par rapport à la lutte contre l'occupant, ce qui n'était pas du goût de Moscou. Les partisans vont même plus loin que les autorités soviétiques quant à la question de la répression de la collaboration et dépassent ses attentes. Cette "guerre civile soviétique" que mène les partisans n'a cependant rien à voir avec les politiques d'extermination nazies et n'approche pas non plus les pogroms organisés en Galicie pour les nationalistes ukrainiens en 1941 ou les dizaines de milliers de morts dans les massacres systématiques de la population polonaise de Volhynie par ces mêmes nationalistes ukrainiens en 1943.

Le dernier chapitre traite de la retraite allemande qui démarre en 1943 et qui entraîne le retour de l'armée régulière allemande dans des régions conquises en 1941. Ces régions deviennent tour à tour l'arrière immédiat du front. Le retour de la Wehrmacht entraîne une ultime radicalisation du conflit. Les Allemands engagent des opérations anti partisans de grandes envergures avec des troupes régulières qui leur avait fait défaut les fois précédentes, même pour une opération comme Cottbus. La région de Briansk de mai à septembre 1943 puis la Biélorussie à l'automne 1943 puis au printemps 1944 en font la triste expérience. Écrasé par la supériorité numérique et matérielle (ce qui était déjà le cas avant) de l'ennemi, les partisans n'arrivent pas ces fois là à se dérober comme ils arrivent à le faire et subissent de lourdes pertes. Certaines brigades sont décimées au point qu'elles n'ont plus d'existences que sur le papier. Et les civils qui s'étaient réfugiés dans les zones tenues par les partisans font une fois de plus les frais de ces opérations, d'autant plus que la distinction civils/combattants est abandonnée par la Wehrmacht. Les massacres sont systématiques et planifiés. Ils causent la mort de dizaines de milliers de personnes et la dévastation de régions entières juste avant leur libération.
L'été 1944 reste l'époque de la libération de la Biélorussie lors l'opération Bagration, l'un des plus grand succès de l'Armée Rouge de toute la guerre. Le groupe d'armée Centre est balayé. Les partisans qui ont survécu participent à l'opération en assistant l'Armée Rouge dans son avancée, mais surtout, en sécurisant les arrières. les soldats de la Wehrmacht, dépassés par l'avance de l'Armée Rouge, tentent tant bien que mal de progresser vers l'ouest, accompagnés par des milliers de collaborateurs, d'auxiliaires et de leurs familles. De façon prévisible, ce soudain revirement de situation s'accompagne d'une explosion de violences de la part des partisans, qui exécutent une partie de leurs prisonniers allemands et la quasi totalité des collaborateurs capturés. Après cette première phase de violence euphorique et incontrôlée, les partisans sont mobilisés pour restaurer le régime soviétique dans les régions libérées. Une partie des cadres du mouvement est sélectionné pour rétablir l'économie et reconstruire la Biélorussie. La place centrale accordée aux partisans pour la réintégration des territoires occupés en URSS est mise en spectacle lors de la grande parade de leurs brigades qui se tient à Minsk le 16 juillet 1944. Plus de 22000 partisans en armes défilent dans les ruines de la capitale biélorusse.
La réintégration des partisans dans l'Armée Rouge, en théorie soumis au service militaire s'ils sont déclarés aptes, se fait au fur et à mesure de la libération de l'URSS. Si le processus de réintégration est plus long en 1942 et 1943 (le NKVD s'assure que les partisans sont sûr politiquement, ce qui peut prendre un peu de temps). En 1944, le nombre de partisans à "vérifier" conduit les autorités à simplifier les procédures. En s'appuyant sur les déclarations des commandants de brigades et sur la liste des effectifs, les partisans en âge de servir sont envoyés à l'armée tandis que les autres sont mobilisés pour la reconstruction de la Biélorussie, pour restaurer l'ordre et lutter contre le banditisme qui prend des proportions considérables dans la seconde moitié de l'année 1944. Les brigades de partisans commencent à être dissoutes dès la mi-juillet 1944. Au total, sur 180000 partisans biélorusses effectuant leur jonction avec l'Armée Rouge, moins de la moitié la rejoint. 42000 entrent en fonction dans l'appareil de l'Etat et du Parti, prenant le contrôle de la république du jour au lendemain, en attendant que les retours et la consolidation de l'appareil en 1946-1947 viennent mettre fin, comme en Ukraine, à leur domination. 6000 rejoignent le NKVD. 32000 restent mobilisés dans leurs brigades pour lutter contre le banditisme. Les partisans sont également utilisés dans la lutte contre les mouvements nationalistes ukrainiens, polonais et baltes. Ils assistent alors le NKVD.
Au lendemain de la libération, les partisans fournissent les cadres locaux du l'Etat-Parti. Ils sont objets et acteurs de l'épuration, de la pacification, de la reconstruction. C'est à eux qu'on fait appel pour établir les crimes des occupants mais en même temps, la spécificité de leur expérience disparaît dans la reprise en main par l'appareil soviétique, dans la volonté de l'Etat d'effacer les traces de la guerre civile qui a déchiré ces régions. Enfin, les espoirs des partisans, comme des civils qui les ont soutenus, sont vite déçus, que ce soit le rêve de la décollectivisation jusqu'à celui du renouvellement des élites, en passant par celui d'une "justice" radicale contre le "traîtres" et de l'avènement d'un peuple nouveau épuré de ses éléments nuisibles. Le grand soir n'a pas lieu. Bientôt, de nombreux partisans sont écartés des postes à responsabilité.
La mémoire des partisans est réécrite par le régime, transformé au cours des années 1950 en un récit mythique et héroïque ou un peuple uni dans le sacrifice volontaire, sans traîtres ni même victimes, sans faillite de l'Etat en 1941, sans hésitation du peuple soviétique uni dans sa lutte. Au niveau des Républiques, les identités nationales d'après-guerre sont construites sur le mythe de la résistance armée, les guerres civiles gommées. C'est notamment le cas en Ukraine, ou le mythe du partisan ukrainien, si minoritaire pendant la guerre, accède au premier plan sous l'impulsion de Khrouchtchev. L'activisme mémoriel du Parti culmine dans les années 1960-1970. Les forêts de partisans sont transformées en lieux de mémoires. Les ruines du village martyr de Khatyn en Biélorussie sont choisies pour abriter le mémorial des 618 villages biélorusses incendiés avec leurs habitants par les Allemands (et aussi pour mettre sous le tapis le massacre de Katyn de 1940 près de Smolensk). La Shoah n'est pas évoquée, les Juifs ne sont que des victimes parmi d'autres. A l'étranger, des mémoires différentes voient le jour. Celles des Juifs qui émigrent après 1945 après avoir combattu dans les rangs des partisans et de l'Armée Rouge. Ils s'inscrivent, en Israël en particulier, au panthéon, de ceux qui, les armes à la main, ont permis la survie du peuple juif. La dimension soviétique de l'expérience des combattants est souvent évacuée. Les émigrants anti-communistes ukrainiens et baltes qui fuient l'URSS construisent une mémoire opposée à celle des partisans où ceux-ci sont condamnés comme des agents du stalinisme et des bandits. Si la Perestroïka et les années 1990 ont pu ouvrir un espace pour des tentatives de rompre avec la mémoire officielle et de faire émerger une vision plus complexe des événements, cette fenêtre se referme rapidement. Le conflit entre des mémoires antagonistes sur les partisans soviétiques est trop violent pour faire émerger une vision plus consensuelle. En Russie et surtout en Biélorussie, les partisans restent, jusqu'à aujourd'hui, les héros incontestables de la victoire. Ce fut aussi le cas en Ukraine jusqu'à la révolution orange. Suite à celle-ci, les résistants anti soviétiques sont glorifiés. Dans les Pays Baltes, la radicalisation de conflits mémoriels hautement politisés se traduit aussi par leur judiciarisation. Ainsi, en Lettonie, le partisan soviétique Vasili Kononov est condamné pour crimes de guerre pour sa participation à des meurtres de civils en 1999. Les partisans dans la mémoire collective sont soit des héros qu'il est interdit de critiquer, soit des criminels voués aux gémonies. Si la judiciarisation du débat historique se poursuit, leur histoire risque de rester un mythe.

Bref, je suis bien content d'avoir lu ce livre que j'ai trouvé passionnant et éclairant. Pour celui qui s'intéresse aux Partisans, je vous conseille ce livre !
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vania
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Nouveau livre sur la guerre des partisans soviétiques. Empty
MessageSujet: Re: Nouveau livre sur la guerre des partisans soviétiques.   Nouveau livre sur la guerre des partisans soviétiques. Icon_minitimeDim 6 Jan - 11:23

Excellent.
Merci pour cette synthèse.
Ouvrage original semble t-il, et donc incontournable pour qui s'intéresse au sujet.
Je le commande cette semaine ... Cool
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Nouveau livre sur la guerre des partisans soviétiques.
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