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 Le sort des officiers allemands prisonniers

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CM
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MessageSujet: Le sort des officiers allemands prisonniers   Lun 28 Jan - 21:12

Deux versions d'une boutade célèbre de Staline à propos des officiers allemands :

Le récit de Heydecker et Leeb (pour ne pas faire trop long, les préliminaires et les motifs de la conférence n'ont pas été reproduits) :
Depuis la conférence de Téhéran, en novembre 1943, les Occidentaux connaissent les idées de Staline à ce sujet. Le maître tout-puissant de l'Union soviétique n'en fait point un secret. Il annonce ses intentions au cours d'un dîner qu'il offre à ses chers amis Churchill et Roosevelt. Un dîner à la russe : sans cesse, l'un ou l'autre des convives porte un toast sur ceci ou cela - le beau temps qu'on espère pour le lendemain, ou les livraisons de matériel de guerre. Chaque fois tout le monde se lève et, solennellement, boit une gorgée de champagne de Crimée ou de vodka. (Seul Churchill s'en tient obstinément au brandy.)
Ce soir-là, on en est au vingtième toast, pour le moins. Le repas touche à sa fin. Jusqu'à pré­sent, pas la moindre fausse note: Stalingrad et El Alamein ayant manifestement sonné le glas de la puissance hitlérienne, une joyeuse unanimité règne autour de la table. Mais voilà que Staline apporte une dissonance soudaine dans cette belle harmonie.
- Je propose de boire à une justice aussi expéditive que possible pour les criminels de guerre allemands. Buvons à la justice du peloton d'exé­cution...
Il s'interrompt comme pour goûter le silence de plomb provoqué par ses paroles. Puis, martelant chaque syllabe, il poursuit :
- Je bois à notre résolution de les liquider dès leur capture. Tous, sans exception. Il y en aura quelque cinquante mille...
Un bruit de chute fait sursauter tout le monde. C'est la chaise de Churchill qui s'est renversée. Le vieux lutteur s'est dressé d'uni bond, avec une ra­pidité surprenante chez un homme aussi corpu­lent, aussi flegmatique.
- De tels procédés, s'écrie-t-il, écarlate, seraient en contradiction formelle avec les conceptions que nous autres Britanniques avons du Droit et de la Justice! La Grande-Bretagne ne se prêtera jamais à l'accomplissement d'un assassinat collectif. Ja­mais !
« Staline a l'air de bien s'amuser, note Elliot Roosevelt, fils du président des U.S.A. et son ad­joint-secrétaire-biographe. Impassible en appa­rence, il répond d'un ton courtois, tout en nous adressant des clins d'oeil complices. »
Churchill lui-même, dans ses Mémoires, rap­porte l'incident dans tous ses détails.
« Staline estimait qu'il fallait d'abord liquider le grand état-major des Allemands. D'après lui, « la puissance de frappe » des armées hitlérien­nes dépendait essentiellement de quelque cin­quante mille officiers et experts. Leur exécution détruirait la capacité militaire allemande pour des générations.
« Je répliquai que ni le Parlement britannique ni notre opinion publique n'accepteraient des exé­cutions sommaires. Les Russes commettraient une lourde erreur en sous-estimant notre fermeté sur ce point. Et comme Staline insistait sur la néces­sité de fusiller au moins cinquante mille hommes, je déclarai, d'un ton glacial, qu'à mon sens, l'exé­cution sommaire était inadmissible. Tout homme, nazi ou non, devait être jugé régulièrement, c'est­-à-dire en tenant compte des faits et preuves éta­blis. »
Staline secoue la tête. Alors, Churchill, d'une voix tremblante, lance sa phrase célèbre :
- Je préfère qu'on me conduise sur-le-champ dans le jardin pour m'abattre, plutôt que de lais­ser souiller mon honneur et celui de mon pays par une telle abomination.
Roosevelt n'est pas encore intervenu dans la dis­cussion. Comme Staline se tourne vers lui, il es­saie de détendre l'atmosphère par une boutade :
- Je me rends compte qu'il faudra trouver un compromis. Nous pourrions peut-être renoncer au chiffre de cinquante mille hommes à fusiller pour nous mettre d'accord sur, disons, quarante-neuf mille cinq cents.
Russes et Américains éclatent de rire. Les Bri­tanniques se taisent. Eden cherche le regard de Churchill et lui fait un signe d'apaisement. Mais le Premier Anglais est incapable de se calmer. Il quitte la table pour s'isoler dans une pièce voi­sine. Planté devant la fenêtre, la tête rentrée dans ses épaules massives, il contemple le jardin noc­turne. Mais à peine une minute plus tard, Staline et Molotov viennent le chercher, en affirmant qu'ils ont simplement voulu plaisanter. A vrai dire, Churchill ne les croit qu'à moitié; cependant, il accepte de retourner dans la salle.


La relation de la conférence par Annnette Wieviorka :

Téhéran, 29 novembre 1943. Roosevelt, Staline et Churchill sont attablés pour le dîner avec quelques membres de leurs suites respectives. La conversation porte sur le sort du Reich après sa défaite et le Soviétique lance : « Il faut fusiller 50 000 Allemands. », en précisant que son propos concerne avant tout les officiers de carrière. Le premier ministre anglais dit qu’il préférerait être fusillé lui-même plutôt que de donner son accord. Roosevelt, pour calmer le jeu, propose une transaction : « On pourrait n’en fusiller que 49 000. ». Mais Churchill n’est pas d’humeur à badiner : il s’emporte et quitte la pièce, poursuivi par Staline et Molotov qui le décident à se rasseoir, en prétendant que la proposition n’était qu’une plaisanterie.

Cette anecdote est souvent racontée. Suivant ses affinités politiques, le narrateur convient plus ou moins volontiers que le terrible maître du Kremlin plaisantait, mais il omet presque toujours de remarquer que cette évaluation des peines capitales à prononcer en Allemagne était présentée lors d’un dîner et non d’une séance de travail. Sérieuse ou non, elle n’était donc qu’un ballon d’essai. On peut parler d’une suggestion soviétique mais en aucun cas d’une exigence . La question n’était pas mûre et ne devait pas l’être avant un an et demi… c’est-à-dire avant la chute du Reich et son occupation totale par les trois convives, avec le renfort, in extremis, de la France, sauvée du déshonneur et de l’impuissance par la lucidité précoce du général de Gaulle et son aptitude à rassembler ses compatriotes lors de la libération du pays.

Il est un autre point qu’on ne remarque pas assez : si les Soviétiques apparaissent fort gourmands en termes numériques, ils sont en revanche, à ce moment, les plus modérés quant à la façon de prononcer les peines. Ils veulent un procès régulier et ont été les premiers à le dire, par l’intermédiaire d’Ivan Maisky, leur ambassadeur à Londres. (...)
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Eagle Order
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MessageSujet: Re: Le sort des officiers allemands prisonniers   Lun 28 Jan - 22:53

Ca fait froid dans le dos, mais cela n'est pas étonnant de la part de Staline, ayant déjà fait le "ménage" ou purge de ses officiers avant guerre
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florian
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MessageSujet: Re: Le sort des officiers allemands prisonniers   Mar 29 Jan - 10:45

Remarquable témoignage .
Merci, CM Very Happy
Churchill était certainement le plus lucide des dirigeants occidentaux face aux visées staliniennes.
Dommage qu'il ait tant manqué de sa légendaire fermeté et pugnacité à Yalta et à Potsdam.
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Wilfried
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MessageSujet: Re: Le sort des officiers allemands prisonniers   Mar 10 Juin - 9:20

A ce sujet, que dire du sort des 200 000(environ) soldats allemands qui se sont rendus aux sovietiques à Stalingrad...Seuls 9000 sont rentrés en Allemagne aprés la guerre...
Il ne faisait vraiment pas bon ètre prisonnier russe ou allemand à cette période.
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greg ace
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MessageSujet: Re: Le sort des officiers allemands prisonniers   Ven 13 Juin - 12:20

Un bon officier allemand est un officier avec une balle nuque (pour Staline) Twisted Evil
:cool!:
Comme pour les commissaires politiques (pour Hitler) :Nas:
GREG.
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greg ace
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MessageSujet: Re: Le sort des officiers allemands prisonniers   Ven 13 Juin - 16:36

Bon c'est la loi de la guerre et malheur aux vaincus No Mad
Depuis que l'homme fait la guerre il n'y a jamais eu de pitié pour l'adversaire Evil or Very Mad
GREG.
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Benoit-Douville
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MessageSujet: Re: Le sort des officiers allemands prisonniers   Jeu 19 Juin - 2:44

Je crois vraiment que Staline était sérieux et qu'il voulait abattre 50 000 officiers Allemands, après tout, c'est lui le responsable des 15 000 officiers Polonais abattus à Katyn. En tout cas voici un document intéressant ou environ 60 000 POW Allemands ont été dans ce camp:


http://www.scrapbookpages.com/Sachsenhausen/MassGraves.html

Salutations
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Pyrrhos
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MessageSujet: Re: Le sort des officiers allemands prisonniers   Jeu 19 Juin - 14:57

Disons que s'il avait été seul à décider, une telle mesure aurait été possible pour une raison simple: briser définitivement l'Allemagne par l'élimination de ses élites. Un Katyn allemand. Ce qui n'est que la réciproque, à une échelle moindre, au projet hitlérien pour les Slaves. Cela met bien en évidence la particularité du conflit à l'Est, une particularité pas toujours bien comprise par les Occidentaux: l'idéologie hitlérienne a bel et bien transformer ce théâtre du conflit en guerre de races. Et comme Staline a misé à fond sur le nationalisme russe pour galvaniser la résistance soviétique, une remarque comme celle qu'il fit au cours de ce dîner (un test évident à l'encontre des Occidentaux) ne surprend guère (c'est plutôt la circonstance qui surprend).
Heureusement pour l'Allemagne, Staline renoua bien vite avec la traditionnelle guerre de classes et la lutte pour le communisme (avec notamment la future RDA en vitrine).
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francoist
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MessageSujet: Re: Le sort des officiers allemands prisonniers   Jeu 19 Juin - 23:30

la guerre à l'est fut terrible pour les prisonniers, quelques chiffres en comparaison avec le front ouest et la première guerre mondiale

1914-1917
1 434 000 russes prisonniers en Allemagne 5,4 % de morts parmi eux

2° guerre mondiale
Soldats britanniques et américains prisonniers de l'Allemagne 232 000, 3,6 % meurent
Soldats allemands fait prisonniers par les Soviétiques 3 155 00, 37,6% de morts
soldats soviétiques prisonniers des Allemands 5 700 000, 57,9% meurent

d'après Verbrechen der Whermacht, dimensionen des Vernichtungskrieges 1941-1944, Hamburger Institut fur sozialforschung, 2002
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