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 Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz

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naga
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MessageSujet: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeSam 21 Mai - 12:55

Les 999 femmes oubliées d Auschwitz
Episode-1


Le premier convoi juif vers Auschwitz, l'officier nazi et sa captive: histoire vraie d'un amour tabou

Des 999 premières femmes envoyées à Auschwitz, seules 22 ont survécu.
L'une d'elles a été sauvée par la passion interdite d'un SS.
À quel prix?


L'image stupéfie: elle a tout d'une photo de vacances, à l'exception qu'elle a été prise dans un camp de concentration –d'extermination–, et que la jeune beauté qui prend la pause
y est retenue prisonnière.
Helena Citrónová était l'une des 999 femmes du premier convoi juif officiel vers Auschwitz, en mars 1942.
Dans sa robe rayée, elle affiche un sourire radieux. Les joues pleines, le corps robuste, la posture fière et la chevelure épaisse soigneusement coiffée interrogent.
Pouvait-on être captive, heureuse et en bonne santé à Auschwitz?


Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Zzzz3390


C'est un officier nazi qui a réalisé le cliché. Il en fera des dizaines de copies, découpant la tête d'Helena pour la coller sur des cartes postales –à la montagne, à la mer, en voyage,
en famille, imaginant la vie qui aurait pu être la leur.
Car en 1942, l'Autrichien Franz Wunsch est tombé amoureux fou d'Helena en entendant le son de sa voix, comme un marin de L'Odyssée guidé vers sa perte
par le chant des sirènes.

Un SS fêtait ce jour-là son anniversaire et les jeunes femmes employées au Kanada, nom donné à l'entrepôt de tri des biens des déportés du camp d'extermination,
étaient invitées à venir chanter ou danser pour divertir le groupe. Une des amies d'Helena, connaissant son talent pour le chant, la poussa en avant.
Elle choisit une chanson allemande triste, «Liebe war es nie» («Ce n'était pas de l'amour», choix prophétique?).
À la fin de sa prestation, un jeune homme s'approcha d'elle et lui demanda de recommencer.

C'était, confiera-t-elle plus tard à la Shoah Foundation, créée en 1994 par Steven Spielberg, la première fois qu'un membre des SS s'adressait à elle avec respect.
«Soudain, j'entendais une voix humaine et non un rugissement animal. J'entendais “s'il vous plaît”! J'ai vu l'uniforme et pensé:
“Mon Dieu! Ce sont les yeux d'un être humain, non les yeux d'un tueur.”»

Franz Wunsch a 20 ans. Helena est encore une adolescente, «une vraie pêche, vous aviez envie de pincer ses joues», témoignera son amie Roma Ben Atar Notkovich.
Wunsch est un meurtrier, Helena le sait. «Au début, je le haïssais. Il était aussi diabolique que les autres SS. Mais au fil du temps…» Il gagne son affection en la protégeant,
en apportant, à elle et à ses amies, de la nourriture ou des couvertures. Il lui glisse discrètement de petits mots («Ne t'inquiète pas, je vais te sortir de là.»).

Wunsch veille sur elle sans se cacher des autres, de manière obsessive. Quand elle attrape la fièvre typhoïde, synonyme de mort certaine à Auschwitz, il la soigne,
la regarde dormir, lui cède ses rations de nourriture. «Son amour confinait à la folie», en conviendra Helena.
Elle en tremble: l'un comme l'autre, par cette transgression ultime, risquent la mort. Et si quelqu'un les dénonçait? Cela finit par arriver.
Tous deux sont torturés mais résistent: ils n'avoueront jamais.

Franz Wunsch

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Zzzz3391



Helena est jalousée, parfois insultée, se méfie de toutes ses compagnes d'infortune. «Mais au cours des deux ans et demi qu'a duré cette relation, j'ai pu sauver plusieurs vies»,
se justifiera-t-elle. Dont celle de sa propre sœur, Ruzinka (Roza). Quand elle apprend en 1943 l'arrivée de sa sœur et des deux enfants de celle-ci, elle accourt.
Le docteur Josef Mengele, l'ange de la mort, l'arrête au moment où elle s'apprête à pénétrer dans la chambre à gaz pour y rejoindre sa sœur.
Sans réfléchir, Wunsch, qui ne la quitte jamais des yeux très longtemps, se précipite, la plaque au sol et plaide sa cause auprès de Mengele: il s'agit d'une de ses ouvrières
(«Il n'en reste plus beaucoup, de ces numéros-là.»).

L'indifférence de Mengele lui permet de la mettre à l'abri. Puis, dans un geste fou, il pénètre dans le Krematorium et parvient à récupérer Ruzinka.
Elle est déjà nue, comme ses enfants, attendant sans le savoir d'être gazée. La petite Aviva, 9 ans, tient fermement son frère nourrisson dans ses bras et regarde,
terrifiée, sa mère s'éloigner. «Tout va bien se passer, je te le promets.» Elle ignore qu'aucun enfant ne survit à Auschwitz, que seuls des jumeaux peuvent garder la vie sauve
–pour être ensuite soumis aux expériences de Josef Mengele.
Ruzinka ne pardonnera jamais à sa sœur la mort de ses enfants.


Dernière édition par naga le Sam 21 Mai - 13:20, édité 3 fois
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naga
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeSam 21 Mai - 13:02

Les zones grises de l'histoire
La réalisatrice Maya Sarfaty a découvert l'histoire d'Helena par le biais de l'une de ses nièces, qui se trouvait être sa professeure de théâtre.
Fascinée par l'insondable complexité de l'histoire, elle lui a consacré deux documentaires.
C'est plus particulièrement l'ambivalence des personnages qu'elle a tenté de mettre en exergue.
Elle explique que, de son point de vue, Franz «n'était pas un pur monstre. C'était un officier SS sadique, aucun doute. Mais il était également romantique, tendre,
capable d'un amour pur et de compassion. Helena n'est pas non plus la classique victime qu'on pourrait imaginer: c'est une femme solide, dotée d'un fort instinct de survie,
prête à faire ce qu'il faut pour se sauver, ainsi que sa sœur.
Les zones grises entre monstruosité et pureté sont celles qui me poussent à raconter cette histoire.»

Les zones grises… En 1972, Helena, qui vivait en Israël, a reçu une lettre de la femme de Franz l'enjoignant de l'aider à son tour en venant témoigner à son procès.
La dernière fois qu'Helena avait vu l'officier nazi, c'était lors de leurs adieux, quand il lui avait confié, ainsi qu'à Roza, des bottes fourrées, pour leur permettre de survivre
à leur marche de la mort en 1944. Elle acceptera de témoigner, comme Roza. Wunsch sera acquitté.

Helena a été, à plusieurs reprises, interrogée par les médias sur les raisons qui l'ont poussée à témoigner plutôt que de tenter d'oublier.
Dans l'émission télévisée israélienne «A Different Love», elle trouvait, en 2003, le courage de se confier. «J'étais quelqu'un d'autre, et tout le monde était au courant
de cette histoire. J'étais ternie, il était un SS. Mais le fait est qu'il m'a sauvé la vie. Je n'ai pas choisi, c'est arrivé.
C'est une histoire qui n'aurait pu exister ailleurs que là, sur cette autre planète.»

En 2016, le premier documentaire de Maya Sarfaty dédié à l'histoire d'Helena et de Franz, The Most Beautiful Woman, a reçu l'Oscar du meilleur documentaire étranger
réalisé par un étudiant. Poursuivant sans relâche ses recherches dans les archives de Yad Vashem (l'Institut international pour la mémoire de la Shoah), à Jérusalem,
et celles de la Shoah Foundation, la réalisatrice découvre par la suite plus de témoignages –dont ceux de Franz et d'Helena eux-mêmes–, ainsi que la trace de la famille
et de proches des protagonistes.


Photomontage

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz L_hist10


Pour Love It Was Not, elle échange avec la fille de Franz: «C'était l'amour de sa vie», lui confirme celle-ci. «Si nous avions gagné la guerre, tout aurait été différent»,
se lamentait-il devant épouse et famille en pensant à son amour perdu. Les obsessionnels photomontages de Franz Wunsch inspirent la réalisatrice:
elle reconstitue alors les scènes du passé en utilisant des personnages découpés dans des visuels d'archives.
Le procédé narratif est à la fois fort et troublant –l'innocence quasiment enfantine de ces jeux de papiers provoque un contraste époustouflant
avec la violence des faits historiques.

On regrettera qu'aucune date de sortie ne soit encore prévue en France, mais Love It Was Not est disponible en ligne.
Soixante-dix-sept ans après la fin de l'Holocauste (le 8 mai 1945), Maya Sarfaty y restitue avec finesse, sans tomber dans le sensationnalisme de l'ultime tabou,
le maelström de sentiments des survivants, faisant entendre leurs voix –et, à travers elles, celles des millions de disparus.


source
slate.fr
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeSam 21 Mai - 13:14

Tous deux ont survécu à la guerre – le dernier acte de Wunsch a été de donner aux sœurs des bottes à fourrure pour la « marche de la mort » gelée et forcée loin d’Auschwitz
– et sont retournés dans leurs villes natales.


SS officer Franz Wunsch, 1980

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Helena Citronova

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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeSam 21 Mai - 15:36

Cette histoire est vraie il y a eu un film sur ce sujet, romancé vers la fin.
La fin (réalité) je la découvre ici.
Nous fermons pas les yeux l'amour n'a pas de frontière, jamais et heureusement.
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeDim 22 Mai - 2:17

Un gars qui aurait du etre pendu en 1945 pour les crimes qu il a commis.(helas,il a reussi a sortir du pays et a s echapper)
Un veritable scandale qu il ai ete acquite a cause de la prescription en 1972 .. Evil or Very Mad Evil or Very Mad

Histoire
Franz Wunsch a rejoint la SS avant l’âge de dix-huit ans, qu’il croyait – selon sa propre déclaration – être une force d’élite.
Au début de la guerre, il est allé au front. Après une balle dans le genou sur le front de l’Est, il est affecté à la compagnie d’état-major de l’administration du site SS d’Auschwitz.
En septembre 1942, il est promu SS-Unterscharführer. Otto Graf et lui ont été déployés comme surveillants et commandants dans les gardes SS
du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau et là dans le soi-disant commandement « Canada » dans le camp des sécurités, dans la maroquinerie et dans le Sonderkommando.
Des témoins ont rapporté plus tard qu’il haïssait les Juifs, qu’il faisait des sélections au moins une fois par semaine alors qu’il était de service sur la rampe de chemin de fer
et qu’il battait brutalement des hommes et des femmes.

Franz Wunsch, qui a travaillé comme voyagiste après la guerre, a été emprisonné à Vienne le 25 août 1971.
Il a été acquitté lors du deuxième procès d’Auschwitz à Vienne du 25 avril au 27 juin 1972 avec Otto Graf, également garde SS au camp de concentration d’Auschwitz,
après un procès de deux mois par le jury « malgré des preuves accablantes de culpabilité »le 27 juin 1972 pour prescription (arrêt : LG Wien 20 Vr 3805/64).
L’accusation était « participation à des meurtres de masse dans le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau (transfert de ceux destinés au gazage dans la chambre à gaz
par l’utilisation de la force, coopération dans le service de rampe, jet de la préparation au cyanure d’hydrogène Zyklon B dans les chambres à gaz) et crimes violents contre des prisonniers juifs pendant son service à Auschwitz ».
Cette accusation de meurtre a été faite conformément à l’article 211 RStGB en vigueur au moment du crime, mais en fin de compte,
seul l’homicide involontaire coupable conformément à l’article 212 RStGB a pu être prouvé hors de tout doute, ce qui était maintenant prescrit.
L’accusation de crime violent était basée sur des déclarations selon lesquelles Franz Wunsch avait abattu un Juif grec de 20 ans, un travailleur du commandement du nettoyage,
le 7 octobre 1944, alors qu’un soulèvement avait eu lieu dans le Sonderkommando.

Franz Wunsch, décédé le 23 février 2009, est enterré au cimetière de Hütteldorf.


source
de.wikipedia.org
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vania
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeDim 22 Mai - 9:33

La jeunesse, plus forte que tout le reste...
Le gars a quand même du bol d'avoir échappé à la taule.
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeDim 22 Mai - 10:18

vania a écrit:
La jeunesse, plus forte que tout le reste…
Le gars a quand même du bol d'avoir échappé à la taule.
Il n'est pas le seul.
Vas savoir "politiquement" ce qui s'est passé avec beaucoup d'entre eux ! Neutral
Faut le prendre comme c'est, on peut pas revenir en arrière.
Des pays ont dû les "protéger" sans qu'on le sache, voilà. d'autres ont été emprisonnés, des gros poissons surtout.
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeDim 22 Mai - 13:31

Les 999 femmes oubliées d Auschwitz
Episode-2


Il y a quatre-vingts ans, 999 jeunes Slovaques qui croyaient partir travailler dans une fabrique de chaussures ont dû construire
le futur camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.

Il y a quatre-vingts ans, le premier convoi juif «officiel» pour Auschwitz était rempli de femmes. On en a peu parlé.
Il a même fallu attendre 2020 pour qu'enfin leur histoire soit racontée. Pour quelle raison?
D'après Heather Dune Macadam, l'autrice qui a fait entendre leurs voix, c'est parce que «les intellectuels de sexe masculin ont fait main basse sur la littérature de l'Holocauste».
Le 26 mars 1942, les 999 femmes à bord du train DA 66, parti de la ville d'Hummené en Slovaquie, arrivaient à Auschwitz où les attendaient 999 geôlières allemandes.
La symbolique distille de sombres présages, comme dans un conte des frères Grimm –de grands collecteurs d'histoires, d'ailleurs adulés par Hitler.

La phonétique elle-même vient semer le trouble dans notre inconscient. «Humenné»: «humaine», croit-on entendre.
Dans cette ville de Slovaquie où un tiers des habitants était de confession judaïque, toutes les femmes de plus de 15 ans et non mariées avaient été sommées de se réunir.
Afin de prouver leur patriotisme, elles allaient devoir partir trois mois travailler dans une fabrique de chaussures, leur avait-on fait croire.
Et 200 d'entre elles étaient poussées sans préambule, vêtues de leurs habits du dimanche et valise en main, dans un train.
En chemin, le convoi DA 66 s'arrêterait à plusieurs reprises pour en embarquer des centaines d'autres.

Que le train finisse par acheminer 999 femmes ne devait rien au hasard: Heinrich Himmler s'en remettait à l'occultisme pour parachever sa mission.
Afin de préparer l'arrivée des Slovaques, c'est lui qui avait exigé le transfert de 999 Allemandes de la prison de Ravensbrück vers le camp de concentration en Pologne,
chargées de garder les prisonnières juives. Pourquoi 999?
Sans doute Himmler pensait-il que le nombre lui porterait chance. Il existait même des «unités de mise à l'épreuve 999» (Bewährungseinheiten) dans la Wehrmacht,
composées d'Allemands rétifs aux idéaux du Troisième Reich –une sorte de session de rattrapage, en somme.
Auschwitz était le grand projet d'Himmler, le Reichsführer-SS, maître d'œuvre de la Shoah.
Il n'y parquerait plus uniquement des prisonniers de guerre comme cela avait été le cas jusque-là, mais ambitionnait désormais d'en faire un vaste camp de concentration
pour les juifs. La «Solution finale» s'imposerait un an plus tard. Elles-mêmes l'ignoraient, mais les jeunes femmes du tout premier convoi vers Auschwitz allaient construire
de leurs propres mains le nouveau camp d'extermination.

Des 999 innocentes, plus des deux tiers périraient avant la fin de l'année.


Heather Dune Macadam a consacré vingt ans à passer au crible une formidable somme d'archives et témoignages pour rédiger son livre (suivi d'un documentaire) paru en 2020,
999 – L'histoire des premières jeunes femmes juives déportées à Auschwitz.
L'écrivaine américaine y évoque le sort des malheureuses qui, en lieu et place d'une fabrique de chaussures, ont dû faire face aux plans d'Himmler.
La plupart étaient adolescentes ou à peine adultes; les quelques mères, qui pour sauver leurs filles étaient parvenues à se substituer à elles, seraient les premières à mourir.

Pendant le reste de l'année, elles furent chargées de démolir de vieux bâtiments à mains nues et de construire des dizaines de nouveaux baraquements.
Pas de sous-vêtements sous leurs robes d'étoffe grossière. Leurs souliers de fortune (des planchettes de bois maintenues par des bouts de tissus) et leurs têtes nues, rasées,
les exposaient cruellement à la rigueur de l'hiver polonais.
Certaines avaient hérité d'uniformes des soldats russes morts, l'épais tissu rendu rigide par le sang de leurs précédents propriétaires.
Tant de fantômes, déjà. Un supplice digne du Conte de celui qui s'en alla pour connaître la peur des frères Grimm.
Rien d'étonnant à ce que les nazis aient utilisé les œuvres de ces derniers à des fins de propagande...
Elles sont mortes de froid, de faim, torturées, victimes d'expérimentations pseudo-médicales –ou de leurs propres mains.
Le camp, en l'espace d'une année, s'était rempli de prisonniers juifs (90% des juifs polonais allaient être exterminés; en tout, 1,1 million d'êtres humains perdraient
la vie à Auschwitz-Birkenau).

Pour les survivantes du convoi DA 66, cela se traduisait par une déchirante possibilité d'améliorer leurs conditions de vie.
Elles pouvaient accéder à des «promotions» qui prenaient la forme de tâches variées: transport de corps de la chambre à gaz vers le crématorium, secrétariat pour les nazis,
ou tri des millions d'effets personnels des nouveaux arrivants. Cette dernière occupation constituait le Graal.

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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeDim 22 Mai - 13:39

Le Kanada, terre d'opportunités
Les entrepôts réservés au tri et au stockage étaient situés à un kilomètre de la chambre à gaz. C'est là que les prisonniers fraîchement débarqués étaient triés, également,
en deux files: ceux qui allaient mourir et ceux qui seraient tatoués d'un matricule.
L'endroit avait été surnommé «Kanada» par les prisonniers, comme la promesse d'une terre porteuse d'opportunités nouvelles.
Les SS avaient fini par adopter le surnom. Dans cet immense lieu étaient entassés les biens que les déportés avaient été encouragés à emmener avec eux.


Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Zzzz3403


Il fallait vider les valises, trier vêtements, bijoux, objets précieux ou dérisoires, souvenirs de toute une vie.
Chaque déporté était autorisé à transporter une valise, dont le poids ne devait pas excéder 50 kilos. Elle était frappée du nom de son propriétaire et du numéro de son convoi.
Une grande partie des biens saisis était quotidiennement envoyée au Reich, mais les prisonniers chargés du tri pouvaient parfois récupérer des vêtements, de la nourriture…

Edita (Édith) Friedman Grosman, matricule 1970, s'est éteinte en 2020 âgée de 96 ans.
À Heather Macadam, elle confiait le procès silencieux du regard des autres, presque aussi insoutenable que le sentiment de culpabilité né de cette «miraculeuse» survie.
On pouvait lire la question dans leurs yeux: comment les «matricules bas» (les premiers milliers d'arrivants à Auschwitz) ont-ils pu survivre sinon
en ayant commis «l'impardonnable»?
Certes, relativise Macadam, les employées du Kanada étaient autorisées à laisser pousser leurs cheveux, avaient accès à des rations supplémentaires, des vêtements plus chauds,
à de menus trésors qui peut-être leur offraient une joie fugace, une bouffée de «normalité» –mais elles s'exposaient aussi à l'indicible horreur de découvrir des membres
de leur propre famille poussés vers la chambre à gaz. Ceux qui n'ont pas vécu ce dilemme peuvent-ils juger?


«Pourquoi moi, et pas elle?»
Édith avait 17 ans en arrivant à Auschwitz, 20 quand elle a recouvré sa liberté.
En 1942, sa sœur Léa et elle ont bien failli être exemptées, mais leurs papiers tardant à arriver, elles ont été embarquées par les nazis.
Toute le reste de sa vie, elle a été hantée par une question: pourquoi a-t-elle survécu tandis que Léa a été exécutée? «Pourquoi moi, et pas elle?»
Pourquoi les nazis lui ont-ils laissé la vie sauve, à elle? Comment a-t-elle réussi à s'échapper, en compagnie d'une poignée de jeunes femmes, au cours de la marche de la mort
à laquelle elles ont été forcées lors de l'évacuation du camp? «Une marche de 60 kilomètres, de la neige jusqu'aux genoux, après trois ans de camp…»


Edita (Édith) Friedman Grosman avant de partir a Auschwitz

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Zzzz3404


Les morts jonchaient la route. Quand elle s'est réveillée dans leur cachette de fortune le lendemain, elle était stupéfaite d'être encore en vie.
De retour à Humenné, Édith épouse Ladislav Grosman. Lui a survécu à plusieurs camps et écrira Le Miroir aux alouettes, couronné de l'Oscar du meilleur film étranger en 1966.

Édith est l'une des 22 femmes sur les 999 que comptait le convoi DA 66 à avoir survécu à Auschwitz.
Heather Dune Macadam a pu en retrouver cinq encore en vie et recueillir leur témoignage lorsqu'elle écrivait son livre à leur propos.
Édith –décédée quelques mois après la parution du livre– et d'autres se sont depuis éteintes, mais pas leurs voix.

L'écrivaine n'apprécierait peut-être pas qu'on cite l'un de ces «intellectuels de sexe masculin» qu'elle juge coupables d'avoir laissé les 999 dans l'ombre,
mais elle partagera sans aucun doute son avis:
«Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l'oubli» déclarait Elie Wiesel dans son discours d'acception du prix Nobel de la paix en 1986.


source
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeDim 22 Mai - 14:20

Tu as aussi Bergen Belsen un endroit tristement connu :
Ces photos sont connues.
Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Bergen29

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Bergen30

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Bergen31

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Bergen32

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Bergen33
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeLun 23 Mai - 10:03

Citation :
Heinrich Himmler s'en remettait à l'occultisme pour parachever sa mission.
Afin de préparer l'arrivée des Slovaques, c'est lui qui avait exigé le transfert de 999 Allemandes de la prison de Ravensbrück vers le camp de concentration en Pologne,
chargées de garder les prisonnières juives. Pourquoi 999?
Sans doute Himmler pensait-il que le nombre lui porterait chance. Il existait même des «unités de mise à l'épreuve 999
Complètement barré !...Evil or Very Mad Rolling Eyes
On a encore du mal à comprendre aujourd'hui comment un grand peuple comme le peuple allemand a pu se laisser embarquer par des tarés/ratés psychopathes comme Hitler, Himmler, Goebbels etc... scratch Question
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeLun 23 Mai - 10:51

vania a écrit:
Citation :
Heinrich Himmler s'en remettait à l'occultisme pour parachever sa mission.
Afin de préparer l'arrivée des Slovaques, c'est lui qui avait exigé le transfert de 999 Allemandes de la prison de Ravensbrück vers le camp de concentration en Pologne,
chargées de garder les prisonnières juives. Pourquoi 999?
Sans doute Himmler pensait-il que le nombre lui porterait chance. Il existait même des «unités de mise à l'épreuve 999
Complètement barré !...Evil or Very Mad Rolling Eyes
On a encore du mal à comprendre aujourd'hui comment un grand peuple comme le peuple allemand a pu se laisser embarquer par des tarés/ratés psychopathes comme Hitler, Himmler, Goebbels etc... scratch Question
A cette époque tout foutait le camp, la politique, le boulot, l'argent, la famine etc... Alors ils y ont cru, comme en Italie et d'autres pays, Japon par exemple. Rolling Eyes
penses-tu que ça a changé quoi que ce soit aujourd'hui ? Non !
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeMar 24 Mai - 0:36

Les 999 femmes oubliées d Auschwitz
Episode-3


Deux sœurs, trois ans et quarante-et-un jours: guide de survie à Auschwitz-Birkenau

Rena et Danka sont au nombre des déportés ayant vécu le plus de temps dans le camp.
Rena fut la première des «999 oubliées» à partager, soixante ans plus tard, son histoire inouïe.

«Vous avez intérêt à utiliser votre cerveau pour comprendre tout ce qui se passe, trouver des astuces pour vous débrouiller.
Quel est l'endroit le plus chaud, qui sont les plus dangereux, qui sert un peu plus de soupe. Les nouvelles arrivantes ont à peine le temps de comprendre comment survivre
avant de mourir.»
– Rena Kornreich Gelissen, en janvier 1994, dans un entretien avec l'autrice Heather Dune Macadam qui l'aidera à rédiger ses mémoires,
publiées sous le titre Rena's Promise, «La Promesse de Rena».


Rena Kornreich (1920-2006) avait 17 ans quand elle est arrivée à Auschwitz, en cette fin du mois de mars 1942.
Elle faisait partie des 1.000 premières femmes du camp, «celles qui s'en allèrent pour connaître la peur».
Son bras a été tatoué du nombre 1716, signifiant qu'elle était la 716e femme à y pénétrer. Deux jours plus tard, sa sœur cadette Danka l'y a rejointe.

Qu'en dépit des tortures, des abus, des expériences médicales du docteur Mengele, du manque de sommeil, de nourriture et d'humanité, ces adolescentes y aient survécu
trois années et quarante-et-un jours relève du miracle. Mais révèle également un formidable instinct de survie doublé d'une audace et d'une intelligence peu communes.
Et probablement, en dépit de leur jeune âge, d'une fine connaissance de la nature humaine.


Rena et Danka

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Rena-k11


Nées en Pologne de parents juifs orthodoxes, Rena et Danka, plus jeune de deux ans, étaient les cadettes de quatre sœurs.
Rena avait pris l'habitude de s'occuper de sa soeur, pour soulager l'inquiétude de leur mère Sara. Danka n'avait que quelques mois quand elle contracta une sévère bronchite.

Rena se souviendra de la toux incessante du bébé, des jours durant. Et du silence soudain, brisé par les sanglots de leur mère rabattant le drap sur le visage de l'enfant.
Puis enfin du gémissement «de fantôme» sous le drap blanc, qui signalait son retour parmi les vivants. Aux yeux de sa mère, Danka sera toujours l'enfant fragile,
celle qu'il faut protéger. Rena endossera cette responsabilité, en sachant au fond d'elle que sa sœur saurait ne pas flancher.

Chaïm et Sara étaient fermiers. C'est avec du lait, du beurre et des œufs que cette dernière soudoyait les professeurs du cheder, l'école d'hébreu, pour les convaincre de prendre
ses filles après leur journée d'école. Ils finirent par céder à la pression: Rena fut autorisée à apprendre l'hébreu, seule fillette dans une salle emplie de garçons
qui la regardaient avec curiosité.
Chez les Kornreich, la porte était ouverte aux visiteurs de toutes confessions, aux voyageurs qui avaient faim.
À Noël, les fillettes allaient décorer l'arbre chez leurs voisins. Ces racines saines et solides, ces souvenirs joyeux allaient insuffler à Rena la force de survivre et de veiller sur sa sœur.

L'histoire dans sa tête
«Je touche la cicatrice sur mon avant-bras gauche. […] Tant de personnes dans l'ignorance et tellement de questions: “Que signifient les chiffres?”, “Est-ce votre adresse?”,
“Est-ce votre numéro de téléphone?”
Qu'étais-je censée répondre? “Ça a été mon nom pour trois ans et quarante-et-un jours”?
Un jour, un gentil médecin a proposé une opération chirurgicale pour me l'enlever. J'ai donc choisi d'exciser la question de mon bras, mais pas de mon esprit,
on ne pourra jamais l'effacer.»
– Rena Kornreich Gelissen, dans Rena's Promise.

Pendant cinquante ans, Rena a préféré raconter l'histoire dans sa tête, dit-elle. Puis un jour, elle a éprouvé le besoin de se confier.
Pour ses petits-enfants, pour qu'ils sachent et n'oublient pas. Mais surtout pas pour qu'ils éprouvent de la haine envers ceux qui ont opéré le génocide juif,
non –parce que «haïr, c'est laisser Hitler gagner».

Combien de fois a-t-elle dû ruser pour échapper à la mort?
Alors, dans une vie bien rangée aux États-Unis auprès de son époux John (Gelissen, l'homme qui dirigeait l'unité de la Croix-Rouge néerlandaise qui l'a recueillie en 1945
avec sa sœur), elle a dû à nouveau laisser entrer le chaos et l'horreur.


Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Female10


Revivre le trajet en train depuis la Slovaquie où elle était partie travailler, revoir ses morts (les premiers qu'elle ait jamais vus) et sentir à nouveau la terreur rampante.
Le regard étrange, vide, des prisonniers à l'arrivée, qu'elle ne comprenait pas. La brutalité du rasage intégral (elle s'attendait à raser un jour sa chevelure, mais comme sa mère,
sous sa perruque, une fois mariée). Et le réveil immédiat de son sens de la débrouille, dès le premier jour, changeant subrepticement de file pour échapper
à un examen gynécologique tenant de la torture.

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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeMar 24 Mai - 0:47

Quand Danka arrive deux jours après elle, Rena lui apprend immédiatement les ficelles.
La «Solution finale» ne tarde pas à être mise en place et des milliers de femmes arrivent quotidiennement à Auschwitz-Birkenau.
Ce ne sont plus une ou deux femmes qui disparaîtront chaque jour, mais des dizaines… Il y a encore moins de place sur les étagères qui font office de lit, il faut se serrer
à quatre sous une mince couverture râpeuse et infectée de parasites.

La soupe devient bouillon clair, la tranche de pain est coupée en deux. La construction du camp a laissé des crevasses et cicatrices sur leurs mains, leurs jambes…
Parfois, elles parviennent à se nourrir d'herbe et se délectent de la racine blanchâtre et sucrée des brins arrachés à la hâte, en cachette.

Danka, accusée à tort et battue pour avoir tenté d'obtenir une deuxième ration, décide de se laisser partir. Elle est physiquement faible, maigre –de toute façon, ils l'abattront.
Rena lui fait une promesse: elles sortiront toutes deux du camp d'extermination, vivantes. Ou mourront ensemble, pense-t-elle, mais ne seront jamais séparées.

Combien de fois a-t-elle dû ruser pour échapper à la mort?
Celle-ci arrive souvent sans crier gare, sans raison. Sous ses yeux, un garde SS féminin a donné l'ordre à son chien d'attaquer une prisonnière.
Ce n'est qu'après la mort de Rena que Heather Macadam retrouva la trace de cette femme: Juana Bormann fut pendue, à l'issue de son procès, en 1945.

Les gardes SS Irma Grese («la hyène d'Auschwitz» ou «l'ange blond d'Auschwitz») à gauche, et Juana Bormann, à droite, qui fit tuer par son chien une prisonnière
devant une Rena terrifiée.

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Borman10


Rena est chargée de transporter la victime pour l'enterrer. Elle sent la tête de la malheureuse cogner contre son épaule à chaque pas et craint «de l'abîmer plus encore».
Celle-ci «ressemble à une petite araignée que quelqu'un aurait écrasée du pied».
Pour ne pas devenir folle, elle entretient des dialogues imaginaires avec ses parents, qui l'attendent et l'enjoignent de résister. Jusqu'à quand?
«Comme Sisyphe, dans le mythe grec, nous sommes punies, condamnées à pousser pour l'éternité ce rocher vers le sommet de la montagne.»

Un jour, elles sont choisies pour une mission. L'espoir pointe son nez: au Kanada, dans les entrepôts de tri des biens arrachés aux nouveaux arrivants,
elles sont autorisées à se laisser pousser les cheveux, mettre des vêtements plus chauds et récupérer des rations de nourriture supplémentaires.
On les fait se déshabiller, enfiler de nouvelles robes par-dessus lesquelles sont noués des tabliers d'un blanc immaculé.
Rena est toujours à l'affût: du coin de l'œil, tandis qu'elles attendent en silence, elle voit une kapo biffer un nom d'une liste avant d'emmener une femme avec elle.
L'adolescente devine que celle-ci vient de sauver une de ses proches.
Elle réalise soudain l'absence de numéro sur les robes et comprend qu'elles ont été sélectionnées par le docteur Mengele pour une expérience –de stérilisation,
ce que la rumeur leur apprendra plus tard. Le seul moyen de s'en sortir, c'est de fuir, l'air de rien. Danka ne veut pas en entendre parler: trop dangereux!
De toute façon, nous allons mourir, rétorque Rena. Te souviens-tu de ma promesse? Si tu refuses de me suivre, elle ne tient plus.

Rena a le cœur qui bat, espérant que son chantage fera fléchir sa sœur. Main dans la main, elles s'éloignent d'un pas affirmé, comme si on leur avait intimé l'ordre de retourner
dans le «sauna» (les douches où les nouveaux arrivants étaient classés et tatoués), où elles s'étaient changées.
Longeant la file longue de centaines de femmes en tablier, la marche leur paraît durer des heures.
Miraculeusement, personne ne les a hélées et la porte du sauna se referme derrière elles. Danka est pétrifiée de peur.
Rena s'attèle à l'énorme pile d'uniformes, fouille frénétiquement pour trouver celui de sa sœur, matricule 2779. Puis le sien. Elle se rhabillent, sortent, et reprennent calmement,
main dans la main et la peur aux tripes, vers leur baraquement. Chaque soir, les prisonnières sont comptées –pour estimer les pertes journalières.
Dans la file, immobiles, elles évitent absolument le regard du SS qui les dénombre. Elles sont sauvées, mais jusqu'à quand?


Numéro 1716
Dans ce cauchemar insondable qui semblait sans fin, quelques gestes de solidarité leur permettaient parfois de reprendre leur souffle, pour quelques heures.
Quand Rena flanchait, sa sœur prenait le relais pour la soutenir. À Birkenau, elles avaient retrouvé un petit groupe d'amies d'enfance.
Inexplicable miracle, toutes survécurent à leur internement.

Himmler, obsédé par l'occultisme et la numérologie, avait exigé pour superviser les 999 premières déportées juives que soient envoyées du camp de concentration
de Ravensbrück 999 prisonnières allemandes. Certaines kapos se montraient plus compatissantes (quand les nazis tournaient le dos) que d'autres.

L'une d'elles, une grande brune prénommée Emma, n'était jamais «cruelle par plaisir», notait Rena.
Emma portait un triangle noir, réservé aux «socialement inadaptés» et aux «fainéants». La classification couvrait pêle-mêle les Roms, les alcooliques, les sans-abris,
les handicapés mentaux légers, les lesbiennes et les prostituées.
Un jour que la jeune Polonaise avait commis une infraction, un SS se mit à la battre sans retenue et lui cracha sa sentence au visage: «Ton heure est venue!»
Elle ne pourrait pas, cette fois, échapper à la chambre à gaz ni tenir sa promesse à Danka.
À l'heure de l'appel quotidien, Emma se dirigea vers le bureau du nazi. Quand elle en sortit, elle siffla entre ses dents à une Rena stupéfaite un bref «Disparais!».
Rena, qui devina dans quelle catégorie Emma devait se ranger, lui fut reconnaissante jusqu'à la fin de sa vie –qui intervint finalement bien plus tard que ce qu'elle avait envisagé
ce jour-là.


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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeMar 24 Mai - 0:57

En janvier 1945, les troupes russes approchaient le camp pour le libérer. Rena, Danka –comme Edita Grosman et Helena Citrónová– allaient devoir parcourir 56 kilomètres
dans la neige pour atteindre la gare de Wodzisław, d'où 58.000 prisonniers allaient être transférés vers Ravensbrück. 15.000 allaient périr en chemin.


Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Zzzz3415


Le 29 avril, Ravensbrück était à son tour libéré, soit trois ans et quarante-et-un jours après l'arrivée de Rena à Auschwitz.
Évacuées aux Pays-Bas, les deux jeunes femmes retrouvent ensuite leur aînée aux États-Unis. Leurs parents et leur autre sœur ont sans doute été tués à Auschwitz.
Tout ce qu'elles possèdent d'eux, ce sont des photos récupérées grâce à leur aînée.
«Je n'avais pas de linge ancien, de trousseau hérité de ma mère. Alors j'en ai collectionné, restant debout jusqu'à 3h du matin pour frotter une tache
que d'autres pensaient définitive.»

Mais Rena n'a pas cherché à remplacer, en accumulant ces objets-témoins de vies autres que la sienne, ses propres souvenirs.
«Ce morceau de chair que le médecin a enlevé se trouve au fond d'un bocal, dans du formol qui a fini par conférer à la chair un ton vert irréel.
Le tatouage s'est sans doute complètement estompé maintenant, je n'ai pas vérifié.
Je n'ai pas besoin de rappel. Je sais qui je suis. Je sais ce que j'étais. J'étais dans le premier train pour Auschwitz. J'étais le numéro 1716.»

Danka,elle,a garde son numero.

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Zzzz3416


Rena and Danka 1999

Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Zzzz3417


Rena est décédée en 2006, plus de 60 ans après sa libération, dans le Connecticut, à l’âge de 85 ans.
Rena laisse dans le deuil sa fille, Sylvia et trois fils, Joseph, Peter et Robert. Elle est enterrée à Bethel, CT.
Quatre ans plus tard, en 2010, le mari de Rena, John, est décédé et a été enterré à côté d’elle.
Sa sœur, Danka, est décédée le 21 novembre 2012.



source
slate.fr
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeMar 24 Mai - 9:39

Etonnant que malgré toutes ces années et tous ces témoignages accumulés, il y en a encore pour faire "allégeance" au 3ème Reich.  scratch
Souvent des ignares faut-il encore préciser. Evil or Very Mad Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz   Les 999 premières femmes envoyées à Auschwitz Icon_minitimeMar 24 Mai - 16:06

Excellent récit ça me rappelle les livres de Christian Bernadac. Je les avalais tous les uns après les autres. Dur très dur parfois mais faut savoir. Twisted Evil
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